Eté 2009
Rachel se frotta le front, fatiguée. Son petit fils était pendu à ses lèvres, mais son fils et sa belle fille également. Ces deux derniers avaient déjà entendu son histoire bien sûr, mais jamais aussi détaillée.
-Mais Mamy, comment il a été arrêté James?
-C'est une bonne question ! dit-elle en souriant à son fils qui lui servait un verre d'eau.
Elle but une longue gorgée pour se rafraichir avant de répondre.
-Quelqu'un l'a dénoncé.
-On sait qui c'était ? demanda avidement sa belle fille.
-Oui. Grâce à mon père et un officier australien. Mais je vous raconterais ça en temps et en heure.
-Mais mamy quand tu dis ton père, en réalité, ce n'était pas du tout ton père ?
-C'est exacte. Je n'ai qu'un vague souvenir de mon papa biologique. Mais jamais je ne l'ai oublié. Ton père porte son prénom : David.
Elle se tu et eut un frisson. A cinq ans on ne se rappelle pas de grand-chose. Sauf si on vit un évènement tragique et ce train cet été là en faisait partie.
-Je n'ai jamais su comment il était mort, ni quand.
David serra l'épaule de sa mère.
-Alors ou en étais je… ? Ah oui ! La libération du camp… Mon père, enfin, House, a été personnellement pris en charge par un soldat américain…
1944
Le jeune soldat prit le temps de s'arrêter avant de rentrer dans l'hôpital du camp. Médecin avant d'être mobilisé, il avait été désigné toubib en chef pour gérer les épidémies et les survivants. Il était heureux de ne pas savoir parler français car il ne savait pas quoi leur dire.
De toute façon se dit il en entrant, eux gardaient généralement le silence. Ils le fixaient ni avec surprise, ni avec mépris (après tout, il était noir), mais avec des yeux vides. Tous à l'exception d'un, qui semblait réfléchir en le regardant. C'était le plus intriguant de tous. Si Foreman aurait voulu connaitre une histoire, c'était bien celle de cet homme là.
Souffrant de graves troubles de sous alimentation comme tous, Foreman avait également du l'opérer à la jambe en retirant complètement un muscle mort. Le patient l'avait lui-même tripoté avant, enlevant surement une balle, ou un débris de fer, en tout cas, le manque de soin avait été fatal au muscle.
Il passa devant les rangées de lits pour demander à l'infirmière de la Croix Rouge ce qui s'était passé la nuit. Chose qui était bougrement compliqué vu que la vieille infirmière et lui ne pouvaient communiquer que par gestes.
Il se dit que cette fois ci ca n'allait pas être de la tarte vu qu'elle s'avança elle-même vers lui, commençant déjà son ballet de grands mouvements.
Un homme lança quelque chose en français à cette dernière qui paru courroucée. Foreman se tourna vers la voix, et il s'aperçu que c'était le pensif qui venait de parler.
-Elle veut vous dire que deux sont morts cette nuit, et qu'aujourd'hui commençait le transfert vers des hôpitaux de la région.
Etonné il ouvrit grand la bouche.
-Vous…vous parlez anglais ? Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ?
-J'aimais beaucoup vos spectacles de mimes le matin.
-Et pourquoi vous vous manifestez que maintenant ?
-Comment est ce que vous alliez comprendre le mot « transfert » ?
-Très juste.
Eric s'installa sur le bord du lit et inspecta rapidement son état général.
-Ne croyez pas que parce que je suis le seul à parler anglais qu'on va faire copain copain tous les deux ! A part si vous avez le grade assez haut pour me faire sortir d'ici avec un tiquet pour mon chez moi en poche.
Foreman sourit, surpris de son franc parlé.
-J'ai le grade assez haut.
-Vraiment ? lui lança-t-il, avec un mépris ironique.
-Depuis combien de temps êtes vous ici ? demanda le jeune homme, ne sachant pas trop s'il appréciait ou pas le bonhomme, ayant relevé la touche de racisme dans sa dernière réplique.
-Trop longtemps.
Foreman se leva et promit de voir ce qu'il pouvait faire.
20h, le service de Foreman était terminé. Il sortit dehors et s'alluma une cigarette.
-Je savais que vous bluffiez.
Il sursauta si violement qu'il cru sentir une minuscule crise cardiaque.
-Un noir ne pouvait pas avoir de grade assez haut pour décider de qui part ou qui reste.
Prenant la mouche, il se retourna vers le « penseur ». Il était prêt à se lancer dans une tirade jalonnée d'insultes envers lui mais il se retint à temps.
Assis sur les marches du baraquement, il semblait tout simplement misérable.
Comme si ce dernier avait compris ce qu'il pensait, il lui lança
-Pas de pitié pour les prisonniers. Vous savez on a vécu suffisamment sous ce régime là pour en être habitué.
Foreman s'assit à ses côtés et lui proposa une cigarette qu'il accepta en silence.
-Comment avez-vous appris à parler si bien anglais ?
-J'ai fais la moitié de mes études de médecine dans le New-Jersey.
-Vous êtes médecin ?
-Non, je me suis juste tapé les années d'étude.
Il tira une grande bouffée et la recracha doucement, son esprit soudain très loin. Foreman se demanda si c'était l'épreuve du camp qu'il l'avait rendu si cynique, comme une sorte de mécanique de défense, ou s'il avait toujours été ainsi.
Lisa Cuddy se leva de bonne heure ce matin. La guerre était finie depuis quelques jours déjà, mais un profond sentiment de tristesse restait ancrée en elle. Depuis ce jour où House lui avait sauvé la vie, elle était restée auprès de la jeune infirmière, Cameron.
Cette dernière qui ne pouvait décidément pas la garder si longtemps sans aucune raisons valables à l'hôpital, l'avait accueillit dans son petit appartement, elle et Rachel. Ainsi, Cuddy avait passé deux des années de guerre sur le dos des autres. Elle n'avait fait que se cacher tandis que son peuple se faisait martyrisé un peu partout.
Elle se sentait de trop. Pourquoi eux et pas pas elle ? Pourquoi Grégory House et pas elle ?
Sans la petite, elle serait devenue complètement cinglée à se morfondre. Ces derniers jours, elle et Rachel étaient ressortie dans la liesse folle du bonheur de la victoire. Cuddy aurait voulu rester à l'intérieur, ne voir personne, mais elle savait que c'était un moment historique que la petite ne devait pas rater. Un premier nouveau bon souvenir, un premier avec elle.
Car oui, Cuddy avait irrévocablement pris la décision de la garder, si personne ne la réclamait.
En quittant la veille l'hôpital du camp, Foreman s'était résolu à aider Grégory House à rentrer chez lui. Peut-être parce qu'il parlait presque parfaitement anglais ou bien parce qu'il avait été médecin ( cette pensée le dégouta de lui-même. Il avait pensé Avait été et non était médecin, comme si sa vie était finie après son passage dans un camp concentration), mais il venait désormais à penser qu'il était de son devoir de l'aider.
Médicalement parlant, seul sa jambe posait encore problème. Il continuait à marcher avec une canne, mais se plaignait aussi de douleurs récurrentes. Il avait réappris à manger (bien que toutefois encore fort maigre) et n'avait aucune infections.
Il valida son dossier et s'occupa personnellement de son trajet retour, organisant toutes les correspondances de trains et payant la différence de 2ème (qu'on octroyait habituellement aux ex prisonniers) à la 1ère classe avec son propre argent.
Ce matin, il lui annonça la nouvelle et pour la première fois il vit se dessiner sur ses lèvres un vrai sourire.
NB : Je ne sais absolument pas si les personnes noires avaient droit aux hautes études en 1940. Vu que pour moi c'est un droit naturel et que c'est moi qui écris, on dira que oui.
Autre chose aussi, j'avais tout une idée de mise en scène pour expliquer la jambe de notre médecin préféré, mais je n'ai pas eu le temps de l'intercaler ici. Peut-être un flash-back? A vous de me dire si vous voulez savoir :)
