Salut!
Merci Guest et Annabelle! C'est grâce à vos messages que je publie plus vite ;)
J'adore les questions que vous vous posez :)

A samedi!

Bonne lecture!

¤o¤o¤

Chapitre 11
Je ne sais pas quoi faire de toi
(Ride the tiger)

Je bois mon café accoudée au bar de ma cuisine, mon esprit empli des images de la veille.

Edward…

Je ne sais pas exactement ce qui m'a poussé à… ça. Des détails insignifiants sans doute, l'insistance de mes amis pour que je me lâche un peu, le fait que Carmen l'apprécie et cet attrait imbécile entre nous.

Ses yeux, ses mains, sa bouche…

Je suis sur un nuage. Je sens bien que la soirée m'a laissé une sorte de sentiment de plénitude à la fois confortable et troublant.
Ce que j'ai ressenti hier avec Edward était trop fort, trop passionnel et trop… déstabilisant. Je ne savais pas comment réagir après ça, j'étais complètement perdue. Je ne peux pas lui donner d'espoir, je n'en ai pas moi-même, c'est la raison pour laquelle je l'ai mis dehors. Et vu mon attitude, j'espère qu'il sera moins pressant parce qu'il va m'être plus difficile de lui résister à présent.

Son odeur, ses cheveux, sa peau…

Je ne vais pas me mentir, Edward est un amant exceptionnel. L'ardeur qu'il m'a insufflée était d'un érotisme rare et sans précédent en ce qui me concerne.
Un bon coup oui, très bon même, mais rien de plus, je ne veux rien de plus.
Je me voile la face ? Peut-être.
Même si notre soirée m'incite à recommencer je ferai tout pour combattre ce sentiment.

Sa voix, ses soupirs, sa fougue…

Mon téléphone me sort de mes rêveries.

- Emmett ?

- Plage !

J'écarte le combiné de mon oreille tant il hurle. Le son furieux de guitares électriques me parvient. Il est surexcité.

- Bella ?

- C'est moi, je marmonne.

- On va à la plage ! Il fait 35 degrés à l'ombre, je passe te chercher dans 15 minutes !

Son enthousiasme me gagne mais il me faut plus de temps.

- Non ! 30 !

- 15 !

- Je me réveille à peine laisse-moi le temps de reprendre un café.

- Tu te lèves à cette heure-ci ?!

Je jette un œil à l'horloge, midi trente. J'hallucine, jamais je ne me lève aussi tard.

- Ouais…

- 20 minutes et je t'amène le café.

- Ok !

Je me lève d'un bond. C'est une très bonne idée, je suis ravie. Le soleil et l'océan vont me changer les idées et je l'espère chasser Edward de mes pensées.

Une douche rapide finit de me réveiller totalement.
Je passe mon maillot de bain, un bikini triangle simple avec nœuds, noir. J'enfile une robe de plage légère, à bretelles, courte, blanche avec un peu de dentelle sur le décolleté et le bas.

La sonnette de l'appartement se fait entendre mais je ne suis pas prête. Mon téléphone retentit en suivant. Je ne regarde même pas l'émetteur, je souris, Emmett s'impatiente.
Je fais mon sac sans me presser pour ne rien oublier.

Je dévale les escaliers, excitée de passer ma journée avec Emmett. J'ouvre la porte de l'immeuble avec fracas et hurle un : « Plage bitch ! » en levant les bras au ciel.
Je veux faire rire Emmett et lui montrer que je suis aussi motivée que lui mais mon sourire se fane en moins d'une seconde.

Il est là, appuyé contre sa voiture à côté d'Emmett. Si ses yeux sont cernés, leur éclat n'en est pas diminué. Il porte un tee-shirt blanc qui fait ressortir de hâle de sa peau, un de ses éternels jeans élimés et ses baskets préhistoriques. Rien de nouveau et pourtant il est élégant au possible. Il n'est pas tout près mais son charisme m'atteint et je retiens mon souffle.
Nos yeux se trouvent et nous restons quelques secondes en suspens, moi figée par la surprise, lui… lui je ne sais pas… mais je perçois dans son regard la même amertume qu'hier soir quand il est parti.
Il rompt le charme rapidement, brutalement même, et met ses lunettes de soleil.

Emmett vient me prendre dans ses bras, il me soulève et me fait tourner sur place.

- Qu'est-ce qu'il fait là ? je grince à son oreille.

Emmett est bien moins discret que moi. Il se dirige vers Edward et le prend par le cou.

- J'ai appelé Edward pour qu'il passe l'après-midi avec nous. C'est cool non ?

Non, ça ne l'est pas et quelque chose de diffus dans son allure m'indique qu'il n'est pas plus ravi que moi. Mais alors qu'est-ce qu'il fait là ?

- Je ne savais pas qu'on viendrait te chercher si ça peut te rassurer, lance-t-il en entrant dans sa voiture un rien dépité.

Voilà qui répond à ma question.
Son ton est dur. Bizarrement ça me plait. Pour la première fois depuis que je le connais, il est d'humeur renfrognée. Il est encore plus séduisant mais je m'arracherais un bras plutôt que de l'avouer.

- Salut Edward, fais-je plus froide que la glace. Je vais bien merci.

Il ne répond pas, mon ironie ne semble pas à son goût. Il n'a pas aimé la fin de l'épisode d'hier visiblement. Pour une fois monsieur « j'ai toujours le sourire » est assombri. Quelque chose pétille au creux de mon ventre.

- Maintenant que vous avez bien refroidi l'atmosphère, on peut peut-être y aller, dit Emmett sarcastique.

Il me laisse m'assoir à l'avant et nous roulons.
Ma robe est fluide et remonte un peu sur mes jambes à cause du courant d'air. Même si je ne le vois pas, je sens le regard d'Edward sur moi. Je ne peux pas le nier, j'aime ça. Mon corps se réchauffe un peu plus.

Ses yeux…

Nous arrivons sur l'avenue principale qui descend jusqu'à l'océan. Il est d'un bleu limpide et brille avec les rayons du soleil. Edward bifurque, il se dirige vers China beach, ma plage préférée, la moins fréquentée de San Francisco.

Les doigts d'Edward tapotent sur le volant et ils ne sont pas au rythme de la musique. Il est nerveux.

Ses mains…

Je descends ma robe sur mes cuisses et croise les jambes. Je vais faire ce que je sais faire de mieux avec lui, le fuir ou le faire fuir.
Il ébouriffe ses cheveux et la tension monte d'un cran.

Ses cheveux…

Le fait qu'il soit là, près de moi, rend les souvenirs d'hier plus envahissants et moins supportables. Il boit une gorgée de son café et une minuscule goutte s'attarde sur la commissure de ses lèvres. Sa langue vient la récupérer.

Sa bouche…

Bordel ! Je secoue la tête et me concentre sur mon café. Je vais devoir batailler ferme avec moi-même. Si ma raison est certaine qu'il ne doit pas m'approcher, mon corps réclame le contraire.

- Monte le son Edward !

Emmett veut entendre le titre « Always love ». Il chante comme s'il était dans sa salle de bains, c'est-à-dire un peu faux et un peu trop fort. Il adore cette chanson, elle est un peu son hymne. J'imagine que l'influence hippie de San Francisco n'y est pas pour rien, « aime toujours, la haine t'aura à chaque fois ».
Edward amusé l'accompagne au chant.

Sa voix…

Il déclame les paroles avec une présence folle et un sourire tranquille. Elles lui vont bien. Elles me font penser au fait qu'il est très positif, toujours de bonne humeur et d'une assurance à toute épreuve. Il semble que l'amour et la détermination soient les moteurs de sa vie.

Nous arrivons sur la plage. J'enlève aussitôt mes chaussures et le sable chaud sous mes pieds me calme relativement. Nous trouvons un coin tranquille. Tandis que j'étends ma serviette, Edward répond au téléphone et fait un signe de la main.
Je suis son regard et j'aperçois au loin une nymphe qui arrive à pas mesurés. Rosalie et son air hautain nous rejoignent. Elle porte une tunique transparente qui laisse entrevoir un maillot de bain deux pièces, sans bretelle, agrémenté de fins dessins dorés. Elle est stupéfiante de beauté. Elle enlace chaleureusement Edward et s'approche.

- Salut Bella ! sourit-elle gaiment.

Rosalie et moi avons pas mal discuté au club de boxe hier soir. Elle est directe, franche et drôle. Il m'a paru qu'elle cachait très habilement sa personnalité derrière un masque impassible.

- Salut Barbie…

Je la regarde avec des yeux agrandis par la surprise. « Barbie » m'a complètement échappé ! Même si nous avons fait connaissance, nous ne sommes pas proches à ce point.
Elle éclate d'un rire gras, totalement décalé par rapport à sa prestance. Je ris à mon tour.

- J'adore cette nana ! clame-t-elle.

Emmett et Edward nous regardent avec des yeux ronds emplis d'incompréhension, ils haussent les épaules et posent leurs serviettes.

Rosalie enlève sa tunique et je vois le regard d'Emmett fondre. Il fait très chaud, mais sa température corporelle vient encore d'augmenter. Elle ignore mon ami et s'installe près de moi.
J'ôte ma robe à mon tour. Je ne sais pas bien pourquoi je suis gênée de me déshabiller devant Edward alors qu'il était entre mes jambes hier soir. Surement parce que l'obscurité m'offrait comme une sécurité. Il n'a pas vu les détails de mon corps et notamment mes tatouages. J'avais un certain avantage, je connaissais déjà son physique.

Encore une fois, sans le voir, je ressens le poids de son regard sur moi. Je m'assois et serre les cuisses. Je mets mes lunettes pour me protéger du soleil bien sûr mais aussi pour mieux cacher mes émotions. Je m'enduis de crème solaire, les tatouages n'aiment pas le soleil, et je demande à Rosalie de m'aider pour le dos.

- Je vais me baigner, déclare Edward en enlevant son jean.

- Ouais moi aussi ! s'affole Emmett.

Rosalie et moi nous regardons de concert. Nous ne comprenons pas bien l'urgence d'aller se baigner dans une eau à 15 degrés. Outre la température de l'eau, un détail de taille se rappelle à moi. Je ne peux pas le laisser faire.

- Edward ! Non ! je crie autoritaire.

Il se retourne abasourdi.

- Tu ne peux pas te baigner avec ton tatouage tout neuf !

Je suis un peu en colère. Je le lui avais expliqué.

- Je ne mouillerais pas mon dos.

- Tu ne dois pas non plus l'exposer au soleil.

Il râle mais se ravise d'enlever son tee-shirt.
Je suis ravie qu'il ne se déshabille pas, il sera moins tentant ainsi. Il rejoint tout de même Emmett.

Rosalie et moi profitons du paysage magnifique.

- Alors ? Tu as laissé ton numéro à Jacob hier soir ?

Ses yeux sont malicieux. Elle a tout à fait compris quand Jacob m'a accostée au club de boxe qu'il m'ennuyait plus qu'il ne me charmait.

- Tu rigoles ? Trop lourd.

- Il est pas mal pourtant.

- Oui c'est vrai mais il ne me plait pas.

- C'est quoi ton genre ?

- Je n'ai pas de genre.

Je n'ai pas de critère, d'habitude je me fie au feeling. Et puis pour une relation d'un soir, je ne fouille pas vraiment dans la personnalité du gars, une belle gueule me suffit.

Jasper et Alice débarquent et mettent fin à notre discussion.
Il faut croire qu'Emmett a invité tout San Francisco. L'après-midi tranquille que j'imaginais s'évapore sous mes yeux.

Jasper nous lance un « salut » enthousiaste et souriant, sa petite copine est bien moins chaleureuse. Elle n'est pas froide mais elle a toujours cet air gêné ou indécis.

- Où sont les gars ? demande Jasper.

- A l'eau.

- Ils se baignent ? s'étonne-t-il.

Je hoche la tête en souriant. Oui, ils sont complètement tarés.

- Je vais aller sonder la température de l'eau. Tu viens ? demande-t-il à Alice.

- Heu…je ne sais pas trop…

- Viens trésor.

Trésor ?! Putain mais où est donc passé Jasper ? Elle est peut-être un alien qui lui a bouffé le cerveau !
Il tend la main vers elle, elle la prend avec hésitation et ils partent lentement vers l'océan.

- C'est quoi son problème ? je demande à Rosalie.

- A Alice ? demande-t-elle sans surprise.

Je hoche la tête.

- Elle est timide.

- A ce point c'est maladif.

- Un peu à vrai dire. Ça a empiré après l'accident d'Edward. Tu sais qu'Edward a eu un accident ?

- Oui.

Je ne précise pas que je tatoue ses cicatrices. Je me suis aperçue qu'ils étaient proches je suppose qu'elle doit le savoir.

- Il se rendait à un spectacle auquel Alice participait. Ses parents avaient insisté pour qu'Edward y aille, c'est la raison pour laquelle il a quitté ses amis plus tôt ce jour-là.

Je réfléchis quelques secondes.

- Et donc Edward lui en a voulu.

- Non. Edward n'est pas rancunier. Il a beaucoup de défauts mais pas la rancune, sourit-elle.

Je ne crois pas être d'accord avec ça, il semble m'en vouloir après hier soir.

- Alors c'est elle qui s'en veut ? Même si son frère lui a pardonné ?

- C'est exactement ça.

- Elle se pourrit la vie pour rien.

- Elle est comme ça. Même avant l'accident, Alice a toujours eu du mal avec les gens. Elle est mal à l'aise, elle a toujours l'impression de déranger, de ne pas mériter leur amitié ni même ses diplômes. Elle est surdouée et se sent en décalage.

- Elle a été trop couvée peut-être.

- Non, ses parents sont très aimants mais pas étouffants. Ils ont insufflé à leurs enfants l'autonomie de leurs choix. D'ailleurs, Alice s'est débrouillée seule pour ses études. Pas financièrement bien sûr, mais elle a trouvé elle-même son université, ses stages et seul son talent et son travail acharné lui ont permis d'être où elle est aujourd'hui. Mais elle n'en tire aucune fierté. Elle a la sensation qu'elle n'a aucun mérite, qu'elle a eu de la chance ou qu'elle a été prise par erreur, pourtant elle est brillante.

- Elle a le complexe de l'imposteur.

- Le quoi ?

- Le complexe de l'imposteur.

Rosalie se tourne entièrement vers moi, intéressée ou intriguée par ce que je viens de dire.

- Elle ressent un sentiment d'illégitimité, elle pense qu'elle n'est pour rien dans ce qu'elle réussit, qu'elle n'est pas assez bien pour les autres…

- Tu as fait psycho ?

Je ris.

- Non pas du tout, mais je lis toutes sortes de livres.

Et le sujet m'intéresse parce que je connais ce complexe. J'en étais atteinte au moment où j'ai atterri au foyer, en tous cas c'est à ce moment-là que j'ai été diagnostiquée. Je ne le manifestais pas comme Alice mais tout ce que je réussissais était dû à la chance ou à un autre facteur que moi-même et je faisais tout pour prouver au monde entier que je n'étais qu'une imbécile et que je n'étais pas digne d'être aimée. Les choses se sont plus ou moins arrangées avec le temps et notamment mon choix pour le tatouage.

- Des livres de… psycho ? Vraiment ?

Elle baisse ses lunettes sur son nez et me regarde comme si j'étais dingue.

- Oui ça m'arrive, je ris. J'ai été suivie pendant un moment, alors la psychiatrie m'a intéressée. J'ai lu quelques auteurs.

Je m'allonge sur les coudes pour lui montrer que je n'ai pas envie d'en dire plus. Rosalie comprend, elle n'insiste pas.

J'ai un peu plus d'empathie pour Alice et je suis étonnée qu'Edward n'ait pas décelé la pathologie de sa sœur alors que je viens de le faire en cinq minutes. Mais évidemment, les lectures ne font pas tout et je peux me tromper, je ne suis pas spécialiste.

Edward revient seul.

- Alors ? Rafraichi ? demande Rosalie un rien moqueuse.

- Oui, ça fait du bien !

Seul son caleçon est mouillé et malgré la fraicheur de l'océan, je perçois nettement une protubérance très bien placée. Je baisse les yeux discrètement.

- Où sont Alice et Jasper ?

- Ils se baladent au bord de l'eau.

- J'y vais !

Elle se lève rapidement et m'abandonne, seule avec Edward. Je ne suis pas assez stupide pour penser qu'elle ne le fait pas exprès.

Il s'assoit et allume une cigarette comme si je n'étais pas là. Je m'allonge sur le dos et ferme les paupières, avec un peu de chance je vais m'endormir, sauf que je viens quasiment de me lever, il n'y a aucune chance pour que je m'endorme.
Quand j'ouvre les yeux Edward est allongé, posé sur un coude et regarde l'océan. Ses cheveux s'agitent doucement dans la brise, sa peau dore sous le soleil flamboyant et ses mains font tourner nonchalamment son téléphone. Il est ailleurs, pensif.

Il tourne la tête dans ma direction et je ferme les yeux aussitôt.
Je perçois un mouvement, le sable crisse et quelque chose me fait de l'ombre. Je me décide à regarder. Edward est près de moi, allongé dans la même position mais sur la serviette de Rosalie. Ses yeux sont sur moi et mon corps s'engourdit. Je dois me reprendre.

- Qu'est-ce que tu fais là ? je demande glacée.

- Emmett m'a appelé pour aller à la plage. Quand je suis arrivé chez lui, il m'a dit qu'il devait passer chercher une copine sans préciser qu'il s'agissait de toi. J'ai reconnu ton immeuble évidemment.

- Non, ma question c'est qu'est-ce que tu fais là, sur la serviette de Rosalie ?

- Je ne peux pas m'en empêcher.

- Eh bien trouve un moyen.

- Il n'y a rien à faire B. E. 2L. A. Même ton au revoir sanglant d'hier soir n'a pas réussi à me faire changer d'avis.

- J'étais pas au top, je peux faire mieux.

- J'en suis sûr.

Son sourire m'indique qu'il ne parle pas du fait de le mettre à la porte mais plutôt de la relation qui l'a précédé.
Je lève les bras au-dessus de ma tête et m'étire en me cambrant.

- Fais pas ça, dit-il tout à fait sérieux.

Son sourire a disparu, son regard s'obscurcit et ses poings se serrent.
J'ai plusieurs techniques pour le désarçonner et s'il le faut, je peux faire ma peste.

- Qu'est-ce qu'il y a Edward ? Tu es mal à l'aise ? Tu veux retourner sur ta serviette ?

Je me trémousse un peu en soupirant.

- Tu vas me faire bander et il faudra que j'explique aux autres qui m'a mis dans cet état.

- Ça ne me gêne pas.

Il souffle, un peu exaspéré.

- Tu ne peux pas renier ce qui s'est passé.

- Et qu'est-ce qui s'est passé Edward ?

Mon ton est dur et je relève mes lunettes pour enfoncer mes yeux dans les siens. Je le défis clairement d'exposer la chose.

- Ça…

Il lève doucement sa main et fait glisser le revers de ses doigts sur mon bras toujours au-dessus de ma tête.
Ma peau répond dans la seconde, un frisson suit son mouvement. Mon bas-ventre aussi se réveille.

- Tu ne peux pas l'ignorer.

Sa voix est un murmure profond et me transporte. Spontanément je ferme les yeux.
Ses doigts continuent leur progression et passent, tout près de mes seins puis sur mes côtes. Je serre les jambes mais je ne peux pas cacher mes tétons qui commencent à durcir.

- Juste ça…

Sa main arrive à hauteur de mes hanches, jusqu'au nœud qui retient mon bas de maillot. Son doigt suit la ligne de l'élastique puis revient, il cherche à passer dessous sans jamais le faire.
Je suis tendue, terriblement excitée mais farouchement en retenue.

- Nous sommes faits pour faire l'amour ensemble.

Si son charisme m'a enivré, ses mots me font atterrir brutalement.

Je vire sa main sans ménagement.

- Il n'est pas question d'amour Edward, je suis claire ?

Il cherche sur mon visage une réponse qu'il ne trouve pas. Il est déstabilisé par mon changement d'attitude.

- Hier soir, nous avons baisé et il est possible qu'on recommence mais ne joue pas au prince charmant avec moi, je ne supporte pas.

Il réfléchit quelques secondes.

- D'abord je ne joue pas au prince charmant, je suis le prince charmant, dit-il avec un sourire angélique.

Il ne peut pas s'empêcher de faire ce genre de blagues agrémentées d'une bonne dose de dérision. Emmett a un peu le même genre d'humour. En réalité je le trouve drôle mais je retiens mon sourire, je préfère lui adresser un regard sérieux.

- Et ?…

Il hésite, longtemps à mon goût.

- Quand ?

- Quand quoi ?

- Quand recommence-t-on ?

Je m'attendais à ce qu'il m'envoie balader. Je suis déstabilisée mais bien sûr je ne laisse rien paraitre. Ma réflexion doit lui paraitre longue parce qu'il insiste.

- Quand ?

Sa voix est rauque et dans ses pupilles perce son envie. A cet instant il est si sexy que je pourrais craquer dans la seconde.

- Ce n'est pas si simple, j'ai des conditions.

Il met sa tête sur sa main et la commissure de ses lèvres se soulève. Il attend, amusé. Ce gars est cinglé ou maso de persévérer à ce point.

Bien entendu je n'y ai pas réfléchi, d'habitude je n'ai pas d'exigence. Alors je brode des contraintes au fil de mon inspiration.
La première chose qui me vient à l'esprit est la plus évidente.

- Pas de baiser…

- …sur la bouche je sais. Et ?

Il se rapproche et nos corps se frôlent. Il m'aide sans le savoir.

- Jamais de démonstration en public. Nous ne sommes pas un couple. Ce que nous faisons ne regarde personne d'autre que nous.

J'accompagne mes propos d'un ton et d'un regard sévère.
Il recule un peu.

- Et ?

Je débite sans vraiment réfléchir.

- Jamais chez moi et jamais au salon.

- Chez moi ?

Merde !

- Si nécessaire, sinon j'aime autant éviter.

Il réajuste son caleçon de bains. Est-ce qu'il est dur ? J'ai du mal à résister à l'envie de mater mais je préfère soutenir son regard.

- Donc tous les endroits publics à part ceux que tu viens de citer ?

Et encore merde ! Je vais me faire prendre à mon propre piège. En plus, des idées d'Edward et moi dans des endroits plus érotiques les uns que les autres envahissent mon esprit bordélique. Je serre un peu plus les cuisses.

- On verra...

J'espère sincèrement qu'il va se reprendre et m'envisager autrement. Comme une folle qui ne mérite pas tant d'efforts par exemple.
Il marmonne quelque chose dans sa barbe de trois jours. Il mordille sa lèvre inférieure.
Putain, je suis chaude. Maintenant que les choses sont dites, j'ai une furieuse envie de lui.
Je dois mettre le coup de grâce, trouver ce qui le fera changer d'avis.

- Une dernière chose. Je ne tombe pas amoureuse, jamais, et je ne reste jamais très longtemps avec mes amants. Je ne veux pas que ça te pose de problème quand on se reverra pour finir ton tatouage.

Ses yeux plongent dans les miens et mon monde s'arrête de tourner. J'ai beau m'en dissuader, j'ai beau le contrer de toutes mes forces, Edward a quelque chose de différent, quelque chose d'innommable, de flou, mais quelque chose qui me séduit sans l'ombre d'un doute.

- On va devoir échanger nos numéros de téléphone.

Putain ! Il accepte ?

- Est-ce que ça veut dire que tu es d'accord ?

- Il faut croire que je suis assez fou oui.

- Ou assez stupide.

- Aussi.

Il rit un peu, il est heureux, comme d'habitude.

- J'ai ton numéro au salon, je t'appellerai.

J'omets sciemment de lui dire que j'ai enregistré son numéro sur mon portable personnel. Je suis prévoyante et j'anticipe toujours, j'ai tous les numéros de mes clients sur mon portable.

- Non, on les échange maintenant.

Son air autoritaire me laisse pantoise. En deux secondes, il est passé de la joie au sérieux, c'est stupéfiant et…attirant au possible.

- Pourquoi ?

- Parce que tu as déjà beaucoup d'avantages sur moi, celui-ci n'est pas négociable.

- Pourtant il le faudra. Je, j'insiste bien sur ce mot, t'appellerai.

- Quand ?

- Je ne sais pas.

Ses poings se serrent et ses yeux sont intenses. J'y lis clairement le dépit, la déception et…quelque chose qui ressemble à de l'incompréhension.
Il se lève rapidement et enfile son jean tout aussi vivement. Je me redresse.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Son changement d'attitude est troublant.

- Je rentre. Ne t'inquiète pas, Rose vous ramènera.

- Mais…

Mais je ne sais pas quoi ajouter. Je devrais être contente, j'ai ce que je voulais, il me fuit, pourtant, une boule bloque ma gorge. Je ne sais pas exactement ce qu'elle signifie, je penche pour de la déception.
Il s'éloigne sans un regard et je reste pantoise.

Emmett revient alors que la silhouette d'Edward vient de disparaitre au loin et secoue sa tête sur moi. L'eau est gelée et je grogne bruyamment.

- On ne peut pas vous laisser deux minutes tous seuls vous deux ! Qu'est-ce que tu as fait d'Edward ?

- Il est parti.

- Quoi ? Mais… pourquoi ?

Emmett est lui aussi stupéfait.

- Je crois que le tatouage le gênait avec la chaleur.

- Oh… Il est parti comme ça ? Sans dire au revoir ?

- Faut croire que oui.

Il me connait trop, je ne peux pas lui mentir.

- Qu'est-ce que t'as fait ? demande-t-il avec un regard accusateur.

- Rien ! Je t'assure ! On s'est même pas parlé.

- Me prends pas pour une buse, je vous ai vus.

Je reste muette. Je préfère me taire plutôt que d'inventer des mensonges ou de dire la vérité.

Emmett s'assoit près de moi, sur la serviette de Rosalie.

- Putain Bella… ce gars est cool, vraiment…et j'en reviens pas de te dire ça mais… vous allez bien ensemble.

- N'importe quoi, qu'est-ce que tu racontes ?

- Il y a un truc entre vous… Faudrait être aveugle pour pas le voir.

- Oui, de l'antipathie.

- Ou de l'attirance.

- Pff…

Sa remarque me touche mais bien sûr je me terre dans le silence.

- Bouge de ma serviette !

Rosalie et son autorité naturelle reviennent avec Alice et Jasper et me sauvent d'une discussion tendue.

- La voilà ta serviette Barbie.

Son « Barbie » est méprisant. J'ai rarement entendu Emmett parler avec arrogance, je suis vraiment étonnée.
Rosalie lui sert un regard plus noir que le fond d'une cave. Il ne baisse pas la tête, au contraire. Ceux-là ne deviendront pas amis ils ont vraiment l'air de se détester. La tension entre eux est palpable.

Jasper, Emmett et moi parlons du boulot. Rosalie participe à la discussion mais Alice écoute, tête basse et se triture les doigts.
Peut-être parce que je la connais mieux, peut-être parce que je la sens trop à l'écart, je lui adresse la parole.

- Et toi Alice, que fais-tu dans la vie ?

- Oh, rien d'aussi intéressant que vous.

Aussitôt, Jasper la prend par la taille. Son geste m'agace un peu. Elle est une grande fille et je ne vais pas la bouffer.

- Dis toujours…

- Je suis avocate en dernière année, je suis en stage.

- Tu as une spécialité ?

- Pour l'instant, je gère les dossiers qu'on me donne. Je n'ai pas le choix.

- Et qu'est-ce que tu préfères ?

- Les causes désespérées.

Son regard s'éclaire.

- Comme quoi ?

Elle me raconte son travail. Elle y met du cœur et pour la première fois, elle semble sûre d'elle. C'est assez fascinant de voir ses expressions changer à ce point, son sourire s'égaille et ses mains s'animent.
Je suis plutôt intéressée et même impressionnée. Comme elle le précise ce ne sont pas des affaires très importantes mais elle semble douée dans son domaine, très douée même.

- Tu travailles pour qui ?

- Le cabinet Volturi.

La tête d'Emmett se dévisse dans sa direction.
Les Volturi possèdent la plupart des commerces de la ville. Emmett a beaucoup bataillé pour ouvrir son salon à la place du restaurant qui s'y tenait quelques années auparavant. Encore aujourd'hui, je sais que les Volturi lui posent problème, mais je ne sais pas de quel ordre.

- Il est renommé non ?

- Le plus réputé de San Francisco, précise Rosalie.

Alice sourit sans élan.

- Félicitations ! Ça ne doit pas être facile d'y rentrer.

- J'avais un bon dossier scolaire et l'entretien s'est bien passé. Ils avaient besoin d'un stagiaire, quel qu'il soit.

- J'imagine qu'ils ne t'ont pas prise pour ton sourire.

- Peut-être, je ne sais pas vraiment pourquoi ils m'ont choisi moi. Ils n'avaient aucun intérêt à le faire. Je n'ai bénéficié d'aucun appui outre les lettres de recommandations de mes professeurs, comme beaucoup d'étudiants.

- Ils ont vu tes capacités c'est tout. Tu es très qualifiée et ils te paient comme une stagiaire, quoi demander de plus ?

Elle rougit, mal à l'aise devant mon compliment.
Le même sentiment que la première fois que je l'avais vu au salon refait surface. J'ai envie qu'elle aille bien, qu'elle se sente détendue. Peut-être aussi parce que son humeur est communicative et je déteste être minée.
Alice n'a pas à rougir de qui elle est, elle me semble intéressante et je suis persuadée que si Jasper craque sur elle, ce n'est pas par charité.

L'après-midi est bien avancé quand nous rentrons. Rosalie n'a pas posé de problème pour nous ramener. J'aime beaucoup sa personnalité. Nous échangeons nos numéros pour faire peut-être une virée un de ces jours ou nous rejoindre à la boxe.
Emmett ne semble pas partager mon avis, ils ne se sont pas adressés la parole, ce qui est rare. Emmett est si jovial et sociable que son attitude est étrange. D'autant plus que je suis à peu près certaine qu'ils s'entendraient bien.

Devant mon immeuble, je n'ai pas envie de rentrer. Je marche jusqu'au parc.

Je repense à Edward, à sa déception et cette sorte d'incompréhension dans ses yeux. Je pense aussi aux paroles d'Emmett. C'est la première fois qu'Emmett me parle d'un homme, il l'aime vraiment beaucoup.

Je passe devant l'endroit où nous avons mangé avec Carmen et Eléazar. Je sais qu'Edward plait à Carmen. Elle se moque de ma vie sentimentale, tant que je suis heureuse elle l'est aussi. Mais je sais qu'au fond, elle voudrait me voir amoureuse. Elle voudrait que j'arrive à faire confiance à un homme qui m'accompagnerait. Même si elle n'a jamais été mariée, elle a eu plusieurs relations longues qui se sont plus ou moins bien finies mais dont elle parle avec un plaisir évident.

En ce qui me concerne, j'imagine que le fait d'avoir été tellement délaissée par la première personne que j'ai aimée, la personne la plus importante du tout début de ma vie ne joue pas en ma faveur. Je devrais haïr ma mère pour ça et j'ai eu une période où ce fut le cas, mais aujourd'hui, je préfère l'ignorer. Il n'empêche que je garde les stigmates de cette enfance de merde.
J'arrive à y réfléchir, à l'intellectualiser, à faire la part des choses, mais lorsque je sors de ma tête, dans la vraie vie, je m'aperçois que je reste une petite fille face aux sentiments. J'ai l'impression que si on me connait bien, on ne peut pas m'aimer et de la même façon, que si je me laisser aller avec un homme, il m'abandonnera tôt ou tard.

Aimer Emmett, Jasper ou Carmen m'a paru naturel. Je crois que dans un sens j'avais besoin d'eux à ce moment-là et mes sentiments se sont développés facilement.
La relation avec Sue a mis plus de temps à se concrétiser. Malgré sa bienveillance, je me suis montrée revêche. Elle était une figure « administrative », imposée et j'ai eu du mal à lui faire confiance. Elle était ma dernière chance et je m'entêtais à lui prouver que j'étais une moins que rien (comme le disait ma mère) et qu'elle perdait son temps à essayer de m'aider. Heureusement elle était plus pugnace que moi et elle a su m'amadouer.

L'angoisse me serre la poitrine. Je sens les larmes monter à mes cils. Je déteste être dans cet état. J'essuie mes yeux d'un geste brusque. Il est hors de question que le cafard obscurcisse ma soirée. Je refuse de me résigner à la tristesse.

Puis-je vraiment passer ma vie à m'isoler ? Puis-je cacher mes sentiments, même à moi-même ? Ça fonctionne plutôt bien pour l'instant. Vraiment ?...

Mes mains tremblent lorsque je saisis mon téléphone.

« Ce soir » je pianote sans vraiment y réfléchir. J'envoie.

Je range l'appareil dans mon sac et je retourne chez moi.
Je prends une longue douche. Mon corps est détendu même si mon esprit est toujours agité.

A reculons, comme si j'avais fait une bêtise, je prends mon portable. Je l'allume sans me presser.
L'écran indique : « 1 message : Edward Cullen. »
Mon cœur accélère mais je ne le laisse pas faire. Je respire profondément et je me calme avant de lire.

« Non. Pas ce soir »