Kuma grimaça, il avait fait une erreur, soupirant il dirigea son regard vers la direction dans laquelle il avait envoyé la jeune femme. Il fut rapidement soulagé, rassemblant ses connaissances géographiques, il savait qu'elle ne risquait rien. Elle ne se retrouverait pas seule au milieu de Grand Line ni à Marie-Joie. Il lui enverrait rapidement un oiseau messager pour lui faire des excuses ainsi qu'un peu de ressources pour revenir à bon port.
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De son côté, la jeune femme ouvrait difficilement les yeux, une lumière l'aveugla, elle les referma aussi sec. Elle grimaça, tout son corps semblait être tordu dans une position inconfortable. Une migraine la prenait à la tête. Elle avait la désagréable impression d'être ligotée la tête en bas. Comme si elle était accrochée à quelque chose. Sa peau était dorée par une douce chaleur, comme si elle était à côté d'un feu de bois. Une odeur parvint jusqu'à son nez sans dessus-dessous, agréable pour son odorat. Attendez deux minutes… Elle était pas tombée sur une île peuplée par des cannibales ?!
Elle rouvrit soudainement les yeux, le soleil brûla sa rétine à vif alors que ses sens lui revenaient dans le désordre. Elle reconnut sans mal le goût et l'odorat. Alors que l'un lui apportait les effluves de l'embrun, l'autre lui rappelait le goût désagréable d'un corps en putréfaction, bien qu'elle n'eut jamais consommée de charogne et autres aliments à l'origine douteuse. L'ouïe suivit, bien qu'elle était gênée par de nombreux acouphènes, elle n'entendait que le bruit de l'eau se jetant contre le rivage. Elle devina aux cris des mouettes qu'elle devait être au bord de la mer. Lorsque sa vue revint, elle fut largement récompensée pour sa patience, elle était certes la tête en bas, mais aucun cannibale n'était en vue. Elle se leva avec difficulté, pour voir que ses liens n'étaient que des algues qui s'étaient accrochées à son corps. Elle se trouvait sur un rocher, d'où le fait que son corps lui faisait souffrir le martyr, sur le bord d'une plage sous un soleil de plomb. Elle poussa un gémissement quand sa peau la tirailla. Elle était encore en tenue de civil, c'est à dire, un mini-short en jeans déchiré qui possédait une ceinture en cuir qui avait connu des jours meilleurs, une paire de converse désormais trempée et inutilisable d'un rouge autrefois pétant et un tee-shirt blanc qui descendait jusqu'à sa ceinture sur lequel était écrit un immense « Freetime » en noir.
Elle grimaça, devinant sans mal qu'elle était couverte de coups de soleil. Elle aurait du s'habiller de son uniforme, sa casquette et son manteau lui manquaient déjà. Elle soupira, elle ferma les yeux en se laissant tomber en arrière, ignorant la petite douleur de son crâne rencontrant la pierre. Elle recentra ses pensées pour faire un résumer de sa situation, bien entendu à voix haute.
— Je m'appelle Winifred Jackdaw, je suis contre-amirale dans la marine et après être rentrée de mission et avoir collé deux supérieurs au rôle de ménagère, je suis sortie faire une balade. Balade se situant sur une autre île du nouveau monde où j'avais rendez-vous avec un de mes seuls amis pour manger une glace en tenue de civil. J'ai trébuché comme une idiote sur une racine et lorsque Ku' à voulu me rattraper, il m'a envoyé je ne sais où. Pour ne rien arranger, je suis restée trop longtemps au soleil et je parle désormais toute seule.
Elle soupira, toute se bonne humeur gommée comme l'esquisse ratée d'un artiste.
— J'adore ma vie…
Elle croisa doucement ses bras derrière la tête, son corps encore douloureux pour fixer le ciel dans un état semi-comateux. Elle repassa en boucle les paroles de Tsuru dans sa tête, depuis toujours, elle l'avait connu vieille et avare de compliment, le surnom était resté depuis, c'était sa mamie à elle. Elle fixa le ciel d'un bleu limpide, sans aucun nuage à l'horizon, mais elle ne s'y trompait pas. Dans quelques heures, l'île subira un bel orage, elle devait trouver un endroit où s'abriter. Avec un peu de chance l'île serait habitée, elle disait bien avec un peu de chance. Soit l'île était vierge de toute population, soit elle était peuplée par une tribu de cannibales, personne qu'elle avait souvent côtoyé, soit elle était habitée par de gentils monsieur et madame tout-le-monde qui lui fourniraient bateau et escargophone le tout sans rien demander en échange. Étrangement, elle avait un doute pour la dernière solution. Elle devait être trop pessimiste.
Ou réaliste. Question de point de vue.
Elle ferma les yeux quand une vague l'éclaboussa, la réveillant totalement. Elle recracha l'eau de mer qui s'était infiltrée dans sa gorge, il n'y avait pas à dire, le goût était horrible. Décidant qu'elle n'allait pas attendre une nouvelle douche d'eau froide, elle se leva en grimaçant, tout son corps était courbaturé. Elle détestait cette sensation qui ne semblait lui laisser aucun répit.
Légèrement titubante à cause de son réveil encore récent, elle fit quelques pas hésitants sur le sable, il était chaud. Elle dirigea ensuite son regard vers la mer, attentive. Quelques vagues se mouvait sur l'onde, dansant au gré du vent, au moins elle n'était pas sur Calm Belt. Elle sortit sa montre de sa poche, ouvrant le mécanisme caché derrière le cadran chiffré, pour regarder la boussole intégrée à l'intérieur. Une simple mesure de sécurité que Tsuru lui avait conseillé plusieurs fois avant que la jeune femme ne se plie à ses conseils, un peu à contre-cœur tout de même. L'aiguille pointait toujours vers le nord, malgré les quelques tressautement de l'aiguille, c'était d'une certaine manière rassurant. Elle n'était pas sur Grand Line, mais sur l'une des quatre mers. Désormais, il lui restait à déterminer sur lequel elle était.
Par élimination, elle enleva South Blue et West Blue, la température bien qu'agréable ne correspondait pas à la météo caniculaire de ces deux mers qui régnait durant la saison chaude. Sur cette île, la température était trop basse. Donc elle n'était pas tout au nord des deux mers restante, elle devait se situer près de Calm Belt. Sur un îlot abandonné sûrement dans un petit archipel d'îles vierges. La question était de savoir si elle pouvait contacter le quartier général de la marine avant de mourir de déshydratation et de faim. Il fallait qu'elle trouve de la vie sur cette île. Reprenant une bouffée d'oxygène pour se donner du courage, elle rangea sa montre dans la poche de son short, faisant tinter la chaînette qui la reliait au vêtement. Une simple précaution contre les pickpockets et autres voleurs de la rue. Elle expira lentement avant de se diriger d'un pas paisible vers l'épaisse forêt qui se dressait devant elle. Elle avait l'impression de retourner au camp d'entraînement.
Enfin bref, désormais elle était haut-gradée, survivre quelques jours sur cette île ne devait pas être trop compliqué. Du moins en toute logique, avec sa malchance elle était sûrement tombée sur une île peuplée de cannibales. Pas qu'elle était contre les coutumes des autochtones, mais elle appréciait difficilement l'idée de servir de repas et mourir ainsi bêtement. Quoique, ce ne serait pas plus mal, au moins personne ne chanterait ses louanges. Pas qu'elle n'aimait pas être admirée, c'était humain, mais l'idée que l'on aime que ses souvenirs la dérangeait. Bon, elle devait trouver de quoi communiquer avec l'extérieur.
Retroussant les manches de sa chemise, elle s'encouragea mentalement avant d'énoncer à voix haute le protocole de la marine pour les naufrages. Elle passait pour une folle, mais on n'allait pas s'arrêter sur ces petits détails. Comptant sur ses doigts comme une enfant de six ans, elle commença à parler.
— Premièrement, trier les débris du bâtiment sur lequel j'ai fait naufrage. J'pense que j'peux sauter l'étape. Deuxième étape, vérifier qu'on est seul et qu'on ne va pas tomber sur une tribu de coupeur de tête en allant au petit coin. Troisième étape, trouver un abris en hauteur contre les bestioles et les insectes suceurs de sang. Quatrième étape, trouver de la nourriture comestible et de l'eau qui soit pas infestée de parasites. Cinquième étape, faire une reconnaissance approfondie de l'île pour trouver un potentiel oiseau voyageur pour communiquer avec l'extérieur. Dernière étape pour se faire arnaquer en beauté par la marine, se mettre en boule dans un coin pour économiser de l'énergie et attendre l'arrivée des secours, quitte à servir de self-service pour le premier carnivore qui passe.
Elle marqua une pause, se remémorant rapidement les étapes pour être sûre de ne pas en avoir oublié une.
— Au pire, j'aurais qu'à bouffer des insectes.
Sur cette pensée joyeuse elle entreprit de se mettre en route pour explorer l'îlot sur lequel elle se trouvait, îlot qui, en passant, était ridiculement petit, à peine un kilomètre de diamètre. Sa végétation était en majorité arborescente, bien que qu'un épais tapis de mousse recouvrait le sol, amortissant ses pas. Quelques fougères poussaient à même le sol, créant de larges cachettes qui pourraient toujours lui servir si elle tombait sur les autochtones de l'île, humains comme bêtes. En faire le tour avait eu le mérite de lui permettre de trouver un point d'eau et un vieil arbre couché qui lui servirait d'abris cette nuit. Pour son plus grand bonheur, l'île était inhabitée, seul quelques animaux la peuplait et elle travaillait déjà à une stratégie pour dresser un des nombreux oiseaux qui vivaient dans les arbres.
Bien, elle devait tout d'abord trouver des fruits consommées par un oiseau voyageur et faire son choix, ce serait une bonne idée. Retroussant ses manches, elle retourna au centre de l'île. La plage ne lui inspirait pas confiance, il y avait comme une atmosphère menaçante. De plus, elle devait trouver un oiseau et elle se doutait qu'elle en trouverait beaucoup sur la plage, quoique… Non, l'idée de recruter un canard la dérangeait et un oiseau facteur serait trop long à dresser, à l'état sauvage ils étaient imbuvables. Un éclat coloré lui arracha un sourire, au moins elle avait une large palette de choix.
Alors qu'elle chassait un insecte volant trop près de sa tête, elle remarqua une marque sur son bras, elle fronça ses sourcils. Comment elle s'était fait ça ? Elle détailla avec incompréhension le chiffre romain qui marquait son biceps. Elle se tordit le cou pour le lire, pourquoi elle avait un chiffre quatre sur l'épaule ? C'était quoi ce délire ? Elle chercha dans ses souvenirs, elle eut une grimace, c'est vrai, elle avait totalement oublié le bar. Elle devrait arrêter d'aller boire de l'alcool, c'était pas vraiment sérieux pour un marine.
La marque était encore rougit par son apposition récente, mais elle semblait ne pas s'être infectée. C'était peut-être pour ça que sa peau la tiraillait. Bref, elle retira ses converses avant de les abandonner au soleil, elle ne tenait pas à se faire des cloques aux pieds en marchant avec des chaussures inutilisables. Elle s'était déjà déplacée pieds nus une bonne centaine de fois pour fuir en pleine nuit des connaissances voulant lui faire la peau.
D'un pas guilleret, pour ne pas changer, elle se dirigea vers la forêt. Elle avait de la chance, la mousse protégerait ses pieds, à la limite elle pourrait toujours se faire des bandages avec des plantes. Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire, ouais, elle devrait peut-être se bouger. Elle eut un rire jaune, sa situation était sous-optimale, il ne lui restait qu'à trouver le moyen de se barrer d'ici et de transmettre son testament à Tsuru. Enfin, elle n'avait rien à léguer, à part ses affaires fournies par la marine. Elle était pauvre, tss. Dire qu'ils veulent tous s'engager, autant faire pirate, c'est plus rentable.
Elle se mit à errer dans la forêt, perdue dans ses calculs financiers, elle sentit son corps trébucher sur quelque chose alors qu'elle était à deux doigts de trouver le temps pour rembourser le montant exacte qu'il lui fallait rembourser. Dire qu'elle était criblée de dettes, auprès de ses amis certes, mais endettée tout de même.
Elle ferma les yeux alors que son corps rencontrait durement le sol.
҉
Au quartier général de la Marine, quelques jours après la disparition de la Contre-Amirale Jackdaw Winifred dit le Chien Fou.
Assise dans son confortable fauteuil de vice-amirale, Tsuru dit la Grande Tacticienne buvait paisiblement son thé tout en ayant quelques douceurs pour l'accompagner. Elle poussa un long soupir, satisfaite, depuis que sa subordonnée avait pris son jour de congé le quartier général n'avait jamais été aussi calme. Même en retournant à ses plus vieux souvenirs, la tacticienne ne se souvenait pas d'avoir connu le calme après l'arrivée de sa protégée. Malgré son jeune âge lors de son arrivée, l'insolente avait de suite montré sa capacité à tourmenter les marins les plus aguerris et les plus calme de toute cette ère de piraterie. Si un jour elle atteignait le rang d'amirale… La vieille femme eut un frisson d'appréhension, mieux ne valait pas y penser, ce serait tenter le diable. Déjà que cette petite délurée provoquait de nombreux problèmes sans lever le petit doigt, si elle était hissée à un rang presque intouchable, elle provoquerait une catastrophe planétaire.
Elle fut tirée de ses pensées inquiètes par de petits coups répétitifs, son bonheur gâché, elle tourna la tête pour observer d'un œil interrogatif l'oiseau qui frappait son bec contre la vitre depuis un temps incertain. Une veine commençait d'ailleurs à pointer sur le front du volatile, déjà qu'il jouait le coursier pour une folle qui devrait être internée – de préférence entre des barreaux –, il devait maintenant attendre le bon vouloir pour délivrer son message et retourner sur son île sans risquer ses plumes.
La sexagénaire se leva avec lenteur, se demandant ce qui pouvait bien amener l'oiseau à sa fenêtre. Le détaillant de ses yeux sombres, c'était un perroquet aux plumes colorées, elle remarqua aussitôt le bout de papier à sa patte. Lorsqu'elle déplia le message, elle ne fut plus surprise de l'agacement apparent du volatile. Vu l'auteur du message, elle ne pouvait que comprendre son courroux. Pour se faire pardonné pour le comportement de sa subordonnée, la vice-amirale céda un de ses biscuits au perroquet qui l'attrapa pour le déguster. Il fallait dire que cette humaine était plus agréable que celle qui avait envahi son île. Absorbé dans la dégustation de son repas, l'oiseau eut un sursaut quand la vice-amirale poussa un cri de colère mêlé d'incompréhension.
— WINIFRED ! Maudite gamine écervelée. Cracha la sexagénaire en serrant le papier dans son poing, les jointures blanches de colère.
Elle se laissa tomber sur sa chaise, lassée, elle porta ses mains à ses tempes tentant de se calmer, heureusement avec succès. Il fallait qu'elle garde son calme, après tout personne n'était encore mort. Enfin, pas encore. D'un geste las, elle lâcha le papier froissé sur le bureau avant de quitter la pièce, laissant le messager seul. Intrigué, il s'envola d'un battement d'aile avant de se poser sur le bureau vernis, se dandinant un peu pour atteindre la feuille. Il regarda d'un air ingénu le papier froissé, soit de manière particulièrement idiote pour le premier humain passant par là. Alors que son regard vif parcourait les lignes – ce n'était parce qu'il était qu'un animal qu'il était illettré – il eut une soudaine compassion pour la vieille femme.
Il se demanda en cet instant comment la vice-amirale avait encore la totalité de ses capacités intellectuelles, vivre avec l'énergumène devait forcément avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale de son entourage. Il supposa que ça devait être une question d'habitude. Il relut une dernière fois la lettre, pour être sûr de ne pas s'être trompé.
« Salut Tsuru !
J'espère que tu n'as pas tué mon messager, je sais que tu déteste quand on t'apporte mes messages. Cette fois, promis, personne n'est mort et malgré ma disparition sans nouvelles, je vais bien (même si ça doit t'exaspérer comme toujours).
Pour ma défense, après que j'ai pris mes deux jours de congé (sans demander ton avis, je sais c'est pas bien, mais pour ma défense, la marine ne connaît pas le mot "vacance"), je suis allée rejoindre un ami à moi et- il y a eu des complications… Je suis sur une île quelques part dans une des quatre mers. Bref, l'île est inhabitée, donc je vais me débrouiller pour me sortir de là et retourner au Q.J., ce qui va prendre du temps. C'est donc pour ça que je te demande de ne pas me tuer au moment où je poserais le pieds à l'intérieur de Marine Ford si tu as encore un peu de compassion et de patience à mon égard.
Allez, je vais trouver de quoi me faire un radeau, j'essayerais de te donner de mes nouvelles au une fois de temps en temps. Prend soin de toi, Tsu' ! »
L'oiseau frissonna, il songea subitement au fait qu'il allait rester ici plus longtemps que prévu sur cette île. Hors de question que la folle ne l'utilise de nouveau comme messager. D'un battement d'aile, il sortit par la fenêtre, il avait vu quelques volatiles dans le coin. Il pourra sûrement sympathiser avec eux.
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Ses sourcils se froncèrent alors qu'elle secouait sa tête pour chasser les acouphènes qui l'assaillaient, soit Tsuru avait reçu son message, soit quelqu'un de potentiellement dangereux parlait d'elle. Ou alors elle était juste folle, c'était quelque chose à vérifier, depuis le temps que l'on lui répétait.
Elle frotta sa tête où se trouvait une énorme bosse, elle en avait marre de trébucher sur tout et n'importe quoi, même le vide. Enfin, c'était heureusement que quand elle était perdue dans ses pensées. Elle avait finit par trouver un messager, même s'il n'était pas consentant au début, les plumes constellant ses cheveux le démontrait, elle avait finit par le convaincre après quelques sourires démoniaques dont elle avait le secret. Humains comme bêtes, ils la traitaient tous de démon, il devait sûrement y avoir une part de vérité.
Elle porta sa main à sa bouche pour y fourrer des baies, lorsqu'elle en avait mangé une, elle n'avait ressentit aucun effet immédiat, sauf une bouffée de chaleur qu'on pouvait assimiler à l'alcool. Elle n'était toujours pas morte (au grand regret des animaux la supportant) et cela faisait désormais quelques jours qu'elle était sur cette île. Les premières nuits avaient été calmes, mais elle s'était sentie observée durant les jours qui suivirent. Malheureusement, ce n'était que la nuit qu'elle sentait une autre présence qu'elle sur l'île. Le jour, elle était désespérément seule, elle en était presque poussée à parler avec un rocher pour ne pas devenir folle. Elle disait bien presque, à la place du rocher, elle préférait les animaux, au moins ils avaient des expressions. Bon, ils n'étaient pas ravis en la voyant, mais elle n'y pouvait rien si elle était bloquée ici.
Elle poussa un nouveau soupir, assise en amazone sur la branche de son arbre. Oui son arbre, vu qu'elle en était la seule locataire après avoir chassé la bande de singes humanoïdes qui y siégeait. De base, elle n'était pas intéressée, mais après que ces derniers l'aient agressé, elle lui a porté un intérêt soudain. Maintenant c'était le sien, de cette manière elle avait la paix. Elle ferait n'importe quoi pour parler à des humains, elle n'aimait pas particulièrement martyriser les animaux et ces derniers ne parlaient pas. Dire qu'elle n'avait toujours pas finit son radeau.
Elle manquait peut-être de volonté, pas de survivre mais de quitter l'île. Elle eut un sourire, peut-être que si elle la jouait fine et qu'elle arrivait à partir de l'île sans que Tsuru ne soit au courant elle pourrait rallonger ses vacances. Après tout, ce n'était pas parce qu'elle était une marine qu'elle était accro au travail, c'était même l'inverse. Elle appliquait sa propre justice qui consistait à protéger les civils au détriment de sa mission qui consistait à arrêter le plus de pirate possible. Elle pourrait en plus tenter de revoir Hibari, ça faisait longtemps qu'elle n'était pas allée la voir sur son île. Elle lui manquait assez.
Fatiguée avant même d'avoir commencée, elle se dirigea d'un pas traînant vers la plage où s'entassait le squelette d'un radeau. On ne pouvait appeler autrement l'amas de bois entassé de manière anarchique dans une esquisse d'embarcation. Elle regarda l'horizon en pensant à ses proches pour se donner du courage avant de commencer son dur labeur, elle détestait les travaux manuels, se salir les mains la dégoûtait, étrangement elle n'avait aucun mal à ôter la vie d'un homme. Il fallait croire qu'elle s'était habituée au sang.
Elle se saisit d'un premier tronc d'arbre en réprimant un soupir. Pendant les heures qui suivirent, elle sua l'eau de son corps malgré toute l'endurance qu'elle avait acquise au fil des ans. Dire qu'elle regrettait les heures d'entraînement avec ses frères d'armes, au moins elle avait le droit de dormir dans un vrai lit à la fin de la journée. Elle voulait revoir la civilisation, des être humains et des glaces. C'était son pécher mignon, elle était incapable de résister à l'appel de cette gourmandise. Elle venait de South Blue après tout, la mer du beau temps composés de citoyens aux langues encore variées malgré la généralisation du gouvernement et aux accents prononcés.
Elle même s'amusait de la réaction de ses compagnons quand elle retournait à ses sources et parlait avec facilité toutes sortes de langues oubliées dans les autres mers. C'était sûrement la seule chose qu'elle n'oublierait jamais, de toute manière, elle y retournait assez souvent pour entretenir sa mémoire. Elle usa d'ailleurs de son langage fleuri pour insulter une bûche qui eut le malheur de tomber sur son pied. Elle s'assit en abandonnant son activité pour vérifier l'état de son gros orteil avant de jeter un regard meurtrier au pauvre végétal.
— Per gli dei dell'oceano, maledetto bastone di legno ! Progenie del Diavolo ! Cazzo ! Gronda la jeune femme en s'emparant dudit bout de bois pour le jeter à la mer, hors de portée.
Comme quoi, être deux fois plus grande donnait assez de force pour se venger d'un tronc d'arbre. Affichant une mine fière et ravie, se défouler sur un objet était assez satisfaisant. Elle eut soudain une idée, elle devait se faire une rame et une voile. Sinon elle se ferait jeter par dessus bord à la première tempête venue. Pourquoi elle n'avait pas prit d'armes blanches déjà ? Ah oui, elle les détestait. Elle n'avait même pas prit son revolver, qu'elle idiote ! Elle n'avait eu aucune problème pour l'instant, mais si son radeau se faisait abordé par des pirates elle devrait se défendre à mains nues.
Alors qu'elle se remettait au travail en ruminant, elle s'attela à parfaire son navire d'infortune perdue dans ses pensées. Étrangement, elle était assez consciente de son environnement pour ne pas se tromper dans la conception du radeau. Ce qui la sortit de ses pensées fut un rayon de soleil qui se reflétait sur l'eau. Elle fronça les sourcils avant de grimacer, elle avait passé sa journée à pensée et elle aurait déboisé une bonne partie de l'île si elle était allée couper du bois. Au moins, son navire était presque fini. Elle était en pénurie de corde pour la voilure, la voile et une rame. Assembler les troncs était simple, maintenant elle devait juste refaire de la corde et des provisions. Ce qui l'inquiétait était le stockage de l'eau, elle avait remarqué qu'il y avait de nombreux fruits à coque creuse sur l'île, dont des noix de coco, mais elle devrait aussi trouver une matière fibreuse assez fine pour lui permettre de filtrer l'eau. Elle n'allait pas se faire avoir par les vers au milieu de l'océan, elle n'était pas à son premier voyage et elle préférait de loin consommer des aliments sains.
Elle se redressa en grimaçant, le dos courbaturé, alors qu'elle s'apprêtait à retourner à son abri, elle remarqua un fait étrange. Elle fronça des sourcils, creusant sa ride du lion, elle avait un mauvais pressentiment. D'ailleurs, le niveau n'était pas plus haut la veille ? Elle eut un frisson d'appréhension, mal à l'aise. Elle grimaça, elle devait aller retrouver son abri, si elle s'aventurait de nuit dans la forêt elle se tordait la cheville, mais il était hors de question qu'elle campe sur la plage en attendant qu'un danger potentiel la cueille pendant son sommeil.
Au pire, elle verrait demain, ouais, c'était une bonne idée. Il ne fallait pas croire que son rang faisait d'elle une personne travailleuse et dévouée, s'était seulement lors de ses missions. Le reste du temps s'était une flemmarde, on aurait même pu lui attribuer le titre de reine des flemmardes. Ah, les missions en mer, son navire, ses hommes d'équipages. Leurs donner des ordres lui manquaient, elle était devenue maniaque à force de vivre au côté de Tsuru, elle devait se faire soigner. Elle s'étira en appliquant sa bonne vieille maxime : "si je ne vois rien, il ne se passe rien". Ce qui marchait dans la plupart des cas, le reste c'était des erreurs de calcul, elle n'était pas parfaite, loin de là. De toute façon, elle avait toujours raison, c'était scientifiquement prouvé.
Allongée sur sa branche, elle remua pour s'installer plus confortablement avant de fermer les yeux. Quelques minutes plus tard, les animaux osèrent pointer le bout de leur nez hors de leur cachette. La sorcière s'était enfin endromie.
