Je ne peux pas résister à l'envie de poster maintenant le chapitre 2. (Je suis faiiiiiible '). C'est pas très sérieux. Je devrais ête en train de bosser sur mon mémoire, mais à la place j'écris une fanfiction ( Au risque de me répéter : Je suis faiiiiiible '). On entre maintenant dans le vif du sujet. J'espère que vous aimerez l'interprétation libre que je donne à l'univers de Merlin.
Bonne lecture. Et je remercie tous ceux qui m'ont laissé une review pour mon premier chapitre.
Comme convenu, tous furent rassemblés dans la salle du Trône. Arthur sur son fauteuil royal, Gwen à ses côtés. Merlin posté juste derrière son roi. Et de part et d'autre de l'estrade : les chevaliers Léon, Gauvain, Elyan et Perceval. Gaius avait également insisté pour être présent et ainsi que Sire Geoffrey de Monmouth. Tous avaient les yeux fixés sur les grandes portes de bois massif que, d'un instant à l'autre, le visiteur allait franchir, encadré par deux gardes armés de lances.
Lorsque l'étranger fut devant lui, Arthur fut presque déçu. C'était un homme ordinaire, d'un âge indéterminé, au menton carré, le front dégarni, avec des valises sous les yeux. Rien de bien menaçant en somme. Le jeune roi en vint à se demander si les crises récentes de Camelot n'avaient pas rendu son premier lieutenant légèrement craintif. Cependant, l'homme avait pénétrer dans la salle depuis à peine une minute, qu'Arthur ressentit une légère tension dans sa nuque et ses épaules. Il risqua un léger regard en biais et remarqua que Merlin toisait intensément le nouvel arrivant avec cette mine contractée qu'il n'arborait que dans les secondes qui précèdent la bataille.
Car ce qu'Arthur ne pouvait pas ressentir, c'était les ondes magiques qui émanaient de cet homme et l'enveloppaient comme un manteau. Contrairement à Merlin qui, à la seconde où l'inconnu s'était approché du trône, avait senti les picotements caractéristiques qui l'avertissaient de la présence d'un autre puissant sorcier. Voilà pourquoi il dardait avec méfiance son regard sur l'étranger, bandant tous ses muscles, prêt à intervenir s'il voyait la moindre incantation se former sur ses lèvres.
_ Qui êtes-vous ? interrogea Arthur d'un ton solennel, avec un timbre plus tendu qu'il ne l'aurait voulu.
C'était Merlin qui le rendait nerveux, à trépigner en silence.
_ Mon nom est Méléagant. J'ai longtemps vécu dans un village non loin d'Ascetir.
La nervosité d'Arthur monta d'un cran : les quelques rares villages que l'on trouvait à cette endroit à une époque étaient des villages de druides.
_ J'ai malheureusement été contraint de quitter ma terre natale suite à des bouleversements qui ont décimé toute ma famille et obligé les quelques rares personnes que je connaissais à plier bagages.
La formulation était diplomatique, mais le message était clair.
_ Ayant été contraint à l'exil, poursuivit le dénommé Méléagant comme s'il narrait un récit de voyage ordinaire, je me suis aventuré dans de nombreuses régions reculées d'Albion, dont certaines sont demeurées sauvages, notamment dans les Plaines du Nord, comme votre chevalier a dû vous le dire.
Léon frémit. Et Arthur était de tout cœur avec lui. Il y avait chez ce Méléagant quelque chose qui mettait mal à l'aise. Sa voix était trop profonde, trop gutturale, le timbre trop neutre et le ton avait quelque chose de sarcastique.
_ Je n'ai pas fait un si long périple par agrément, Sire. Il y a de cela vingt ans, je me suis mis en quête d'un objet bien particulier. J'y ai consacré ma vie et toutes mes espérances. Afin de pouvoir vous l'apporter, Majesté.
_ Cet objet, quel est-il ? demanda Arthur dont la curiosité fut piqué au vif.
_ Le voici.
Et de sous sa cape, Méléagant tira un cristal de teinte noire, brillant comme de l'onyx. A sa vue, Merlin sentit tous ses poils se hérisser. La sensation lui était familière.
_ C'est un cristal de Neahtid, s'exclama Gaius.
Tous les regards convergèrent vers lui. Même celui de Méléagant qui lui paraissait… hostile.
_ Un cristal de Neahtid, répéta Arthur. Je croyais qu'il n'en existait qu'un seul et qu'il était en notre possession.
_ Le cristal de Neathid n'est qu'un parmi d'autres, Altesse, reprit Méléagant. Il fut dérobé dans l'Antre de Cristal, qui se trouve dans la Vallée des Rois Déchus, par Taliesin le Devin. En châtiment de ce larcin, son âme fut condamnée par la Reine Mâab à demeurer pour toujours dans la caverne après sa mort.
Merlin se remémora sa rencontre avec le fantôme du célèbre devin. Il se rappela également des moments pénibles qui avaient suivi cette rencontre…
_ Chacun des cristaux qui composent cette caverne est une fenêtre ouverte sur le Temps.
Arthur regardait avec intensité le cristal que tenait Méléagant dans sa main. Celui-ci fit apparaitre devant lui une bassine en pierre rempli d'eau. Un tel acte de magie en pleine milieu de la salle du trône était une pure provocation, certains gardes avaient déjà dégainé leurs armes, mais Arthur les stoppa d'un geste. Quoiqu'ait à dire Méléagant, il voulait écouter le récit jusqu'au bout : sa curiosité était piquée à vif et son instinct lui disait que le message était d'importance. Il ressentait une envie et une impatience comparable au jour où Morgause lui avait proposé de voir l'esprit de sa mère Ygerne.
_ Il existe plusieurs cavernes à travers Albion, Majesté. Chacune d'elles renferme un type de cristaux bien défini. Celle de la Vallée des Rois Déchus protège l'avenir, ce qui sera. Une autre, le présent, ce qui est. Une autre encore, ce qui aurait pu être. Et enfin, celle d'où je viens, le passé, ce qui fut.
Le druide marqua une pose. Fixant avec intensité le cristal reposant sur le bord de la bassine. Son regard paraissait même douloureux, tandis que l'objet scintillait à la lumière des bougies.
_ Il m'a fallut vingt ans pour la trouvée. Et cinq années de plus, pour trouver le bon cristal. Celui qui renfermait l'ultime vérité. Un secret si longtemps gardé, si jalousement préservé. Dont la divulgation changera à jamais la face du monde.
_ Quel est-il ce secret ?
_ Voyez par vous-même ?
L'homme fit basculer le cristal dans l'eau. Aussitôt, celle-ci devint trouble. Des formes vagues apparurent à la surface. Elles devinrent de plus en plus en plus nettes. Jusqu'à représenter une scène parfaitement claire.
Dans une forêt sombre, en pleine nuit, une silhouette blanche, emmitouflée dans un grand manteau de soie qui la couvrait de pieds en cape, se découpait dans l'obscurité d'une forêt luxuriante. Elle s'immobilisa un instant, au pied d'un fond rocheux, avant de reprendre sa route d'un pas déterminé. Sa démarche, quoique visiblement intimidée, témoignait d'une assurance, d'une grâce et d'une grande noblesse.
La silhouette marcha quelques minutes, au milieu des roches coupantes, dressées comme des lances, débris d'un champ de bataille. Sa route fut soudain barrée par une autre forme, également encapuchonnée, mais plus sombre et plus massive.
_ Qui es-tu ? lança la voix dure et impérieuse de l'homme qui venait de surgir d'entre les rochers.
_ Je suis Ygerne, répondit la frêle silhouette blanche. Reine de Camelot. Je suis venue car… je souhaiterais… parler à la Reine Mâab.
La voix d'Ygerne était claire et douce, bien qu'elle trembla légèrement. La jeune reine s'efforçait de témoigner d'une assurance qu'elle était loin de ressentir.
_ Pauvre innocente ! cracha l'homme. On ne dérange pas la Reine des Songes pas même lorsque l'on est l'épouse d'Uther Pendragon en personne. Rebrousse chemin. Il n'y a rien pour toi ici…
_ Mais je dois à tout prix consulter Mâab, insista Ygerne, sa voix tremblant de plus belle. Il en va de ma vie et de celle de mon…
_ Pars, te dis-je ! Impudente créature ! Aurais-tu l'audace d'invoquer Mâab comme un vulgaire esprit !
_ Alator, cela suffit !
Un autre homme, d'un âge plus avancé, s'était matérialisé juste derrière le premier. Malgré un visage austère, n'exprimant aucune émotion, il posa sur la reine Ygerne un regard doux et clément. Avec un naturel déconcertant, il tendit une main ouverte vers la jeune femme, qui, bien qu'impressionnée, paraissait ragaillardie par son intervention.
_ Venez, Majesté, dit-il avec déférence. Vous êtes attendue.
Sans hésitation Ygerne prit la main qu'il lui tendait et se laissa guider dans les entrailles de la terre, à travers une brèche dissimulée dans la roche. Ce qui expliquait l'apparition si soudaine des deux hommes.
Ils marchèrent au travers d'une galerie escarpée, étroite et sinueuse. Avant de déboucher brusquement dans une immense salle rocheuse, parsemée de cristaux brillants et blancs comme de la neige.
Le vieil homme fit passer la reine devant lui.
_ Mâab va vous recevoir, dit-il. Lorsque vous aurez terminé, je viendrais vous reconduire à la surface.
Ygerne voulut lui demander quelque chose. Mais lorsqu'elle se retourna pour lui parler, l'homme avait disparu. Le cœur battant, elle se sentit observée, dans cette grotte immense dont elle paraissait pourtant être la seule occupante. Les mains tremblantes, elle abaissa le capuchon de son manteau sur ses épaules, révélant une ondoyante chevelure blonde et un visage pur et doux.
Approche Ygerne !
Ygerne sursauta. Une voix profonde, comme sortie du fond des âges, fit résonner les parois de la grotte. La jeune reine jeta des regards inquiets dans toutes les directions, sans parvenir à en localiser la source.
Tu n'as rien à redouter. Tu te tiens ici dans un lieu sacré, que même la plus sauvage des créatures n'oserait profaner. Tu peux approcher sans crainte.
La jeune femme aperçut alors, à quelques pas devant elle, une lumière à moitié dissimulée par les rochers. Une lumière douce, plus pure que les flammes d'un feu et blanche comme les rayons de la lune. Approchant de la source lumineuse, Ygerne se rendit compte qu'il s'agissait d'une sphère flottant à quelques centimètres au-dessus d'un sol sablonneux. Emerveillée par cette vision, la jeune femme tomba à genoux devant la sphère lumineuse, les pends de son grand manteau s'étalant comme une tente autour d'elle.
Tu as fait un long chemin pour venir jusqu'ici. La sphère s'était mise à palpiter au rythme des paroles qui se répercutaient dans la grotte. En pleine nuit ! Toi qui crains tant l'obscurité. Les questions qui t'accablent t'ont même fait oublier ta peur.
_ Oui, souffla Ygerne presque malgré elle. J'en perdais le sommeil. Il me faut à tout prix des réponses. Une amie m'a assurée que vous étiez seule à pouvoir me les donner.
En effet.
Mâab n'ajouta rien d'autre. Attendant visiblement qu'Ygerne pose ses questions. Cette dernière baissa les yeux vers les plis de son manteau et posa une main sur son ventre.
_ Je vais avoir un enfant, articula-t-elle.
Je le sais. Et cela t'intrigue.
_ Oui. Mon mariage est demeuré stérile pendant de nombreuses années. Tous les druides qui m'ont examinée m'ont affirmée que je ne pourrais jamais concevoir d'enfant de façon naturelle…
Et tu supposes alors que ta soudaine grossesse est due à une intervention surnaturelle.
_ Oui. Uther peut bien dire ce qu'il veut : je ne crois pas aux miracles, je ne crois pas non plus que les druides se soient trompés ou aient sciemment voulu me tromper. Je dois l'enfant que je porte à la magie… n'est-ce pas ?
En effet. Uther voulait à tout prix un héritier mâle. Mais il ne pouvait se résoudre à te répudier ou à attendre ton trépas pour le concevoir avec une autre épouse. Il a donc demandé à la magicienne Nimue de faire intervenir ses pouvoirs, afin que tu tombe enceinte d'un fils.
_ Mais… Pardonnez-moi, je ne suis pas très au fait de cette science… Mais, on m'a toujours dit que, en magie, il était essentielle de maintenir l'équilibre entre les différentes forces de la nature : entre l'eau et le feu, la terre et le vent, la vie… et la mort.
On ne t'a pas trompée. Lorsqu'une vie est donnée grâce à la magie, pour ne pas rompre l'équilibre, une autre doit être prise.
_ Alors… Lorsque je donnerais le jour à mon enfant, je…
Mourrait. Oui. Il n'y a aucun moyen d'empêcher cela. A moins que quelqu'un ne se propose à ta place. Ton époux peut-être…
_ Non ! Je ne suis pas venue vous demander de me sauver. S'il faut que je meurs pour que Camelot ait un prince héritier, alors… qu'il en soit ainsi. Vivante, je ne suis utile à personne. Au moins ma mort servira le Royaume.
Tu as le cœur bon et généreux, Ygerne. Mais tu te trompes, ta vie est utile à ton peuple. Et ta disparition lui causera bien des tourments… Cependant, il est vrai que la naissance de ce fils est vitale…
_ Uther sait-il ce qui m'attend ?
Non. Uther connait mal la magie.
Imperceptiblement, le ton de la voix parut devenir plus méprisant.
Il croit qu'il lui suffit d'ignorer les problèmes, pour que ceux-ci ne lui portent pas atteinte. Cela lui jouera des tours. Il ne va guère se faciliter la tâche.
_ Que voulez-vous dire ?
Des temps sombres s'annoncent. Le monde est sur le point de changer. De subir… une mutation. Les bouleversements qui vont en résulter vont provoquer de grands dommages : des innocents vont périr, des injustices vont être commises, des familles entières vont se déchirer…
_ Et mon fils sera au milieu de tout cela…
Arthur en sera le cœur, la pierre angulaire, l'élément moteur. Ses choix et ses actions vont déterminer la nouvelle face du monde qui est en train de se construire. C'est une tâche difficile et extrêmement périlleuse qui l'attend. Beaucoup d'obstacles vont se dresser sur sa route. Nombre d'êtres malveillants vont vouloir le détourner de son destin…
Ygerne avait la tête qui tournait. Elle ne demanda même pas à la déesse comment elle avait deviné le nom qu'elle voulait donner à son fils. Arthur n'était même pas encore sorti de son ventre, et déjà le ciel semblait prêt à lui tomber sur la tête. Machinalement, elle caressa son ventre, écartant les pans de son manteau, dévoilant une grossesse déjà bien avancée. Sous la soie tendue de sa robe, bien à l'abri dans son sein, Arthur dormait paisiblement, si pur, si fragile, si innocent, inconscient des dangers qui le guettaient à l'extérieur. Les larmes lui vinrent aux yeux.
_ Tant de responsabilités… sur les épaules d'un être si jeune. Mais… Qui veillera sur lui ? Qui le guidera ? Qui le soutiendra dans la tourmente ? Ô Mâab ! Si Arthur a été conçu grâce à la magie, alors vous avez le devoir de le protéger. On m'a dit que vous veillez sur tous les enfants de la magie.
En effet. Rassure-toi, Ygerne. Je n'ai pas négligé ton fils.
_ Vous allez l'aidez !
Je vais lui faire un don précieux. Le plus inestimable qui soit. Le peuple des druides lui-même ne peut se vanter d'avoir été autant favorisé par moi. Je vais assigner à Arthur un guide, une sorte de gardien. Un être sage et puissant, qui saura écarter de lui les pièges que le destin lui réserve.
_ Mais… Qui est-ce ? Où se trouve-t-il ?
C'est alors que de la sphère jaillit un appendice, une sorte de bras constitué de lumière et d'énergie pure. Il tendit sa paume vers Ygerne, lui présentant ce qui paraissait être un petit galet bleu luminescent.
Je te présente Emrys. Je l'ai tiré de ma propre essence et l'ai modelé afin d'en faire le cœur et la source du sorcier le plus puissant qui ait jamais vécu.
Ygerne ne pouvait plus détacher ses yeux de la petite pierre bleue. Elle pouvait sentir sa chaleur et son énergie fondre sur elle, lui redonnant des forces. Comme une douce brise de printemps, Emrys lui conférait une légèreté bienfaisante.
Le bras de Mâab tendit le petit galet vers Ygerne, l'invitant à le prendre au creux de ses mains.
Prend-le. N'ais crainte : Il est plus solide qu'il n'en donne l'air.
Ygerne accueillit délicatement Emrys au creux de sa paume. Au contact de sa peau, la pierre se mit à palpiter au rythme d'un battement de cœur comparable à celui d'un oisillon. Ygerne, qui était arrivée en ce lieu transie et terrorisée, se sentit envahie d'une douce allégresse et d'une sérénité apaisante. Des soubresauts dans son ventre la firent sursauter.
_ Mon enfant ! s'exclama-t-elle. Je l'ai senti bouger.
Et ce disant, elle posa une main sur son ventre, tandis que l'autre tenait toujours Emrys soigneusement. La petite pierre luminescente s'était mise à clignoter. Et Ygerne songea, en le voyant, au rire d'un jeune enfant. Arthur, pour sa part, continuait de bouger et de donner des coups de pieds non pas comme un nourrisson en souffrance, mais comme un petit excité par un phénomène curieux qui suscitait son étonnement et sa fascination. Comme si, par l'intermédiaire d'Ygerne, Emrys et Arthur liaient connaissance, avec cet enthousiasme et cette curiosité propres aux enfants.
_ J'ai l'impression qu'ils se plaisent.
Cette pensée la combla de joie, et des larmes silencieuses glissèrent sur ses joues.
Alors, Mâab « tendit le bras » pour venir reprendre Emrys au creux de sa main. Aussitôt, Arthur cessa de s'agiter.
Je vais trouver un hôte à Emrys, afin qu'il puisse s'incarner et prendre forme humaine. Ainsi, le moment venu, il pourra se joindre à Arthur…
_ Combien de temps cela prendra ?
Le temps qu'il faudra. Ensemble, ils fonderont un nouvel Age d'Or. Une ère de paix, de prospérité et de justice qui perdurera, même après leur disparition, dans le cœur des hommes. Pour tous, ils incarneront l'exemple même de la société idéale, à travers les siècles et les siècles.
Maintenant, vas Ygerne. Pars en paix. Ton fils est protégé. Il aura à ses côtés le plus sage et le plus fidèle des conseillers, et le plus puissant des alliés.
Un silence abasourdi domina la salle lorsque l'eau du bassin redevint claire, laissant voir le cristal qui se trouvait au fond. Assis sur son trône, les mains cramponnées aux accoudoirs, Arthur semblait lutter contre la gravité qui cherchait à le faire glisser au sol. Il dardait un regard éperdu sur le sorcier Méléagant. Gwen qui se tenait à ses côtés sur le trône de droite voyait une grosse veine battre à sa tempe. Elle jeta un regard inquiet à Merlin, qui semblait aussi perdu qu'elle et ne paraissait pas moins hostile à Méléagant que ne l'était Arthur à cet instant. On eut dit que le sorcier avait fait quelque révélation sordide, qui mettait le Roi et son serviteur dans l'embarra. Gwen se dit qu'ils n'auraient pas eu l'air moins gênés si toute la cour les avait surpris au lit.
_ Quel était ce maléfice ? rugit soudain Arthur.
_ Ni plus, ni moins que la vérité, Majesté, répondit calmement Méléagant sans se laisser démonter par le ton rageur du roi.
_ Ne me prenez pas pour un idiot, s'emporta Arthur. On a déjà tenté de me duper par de pareils sortilèges. Je ne suis pas assez fou pour me faire avoir deux fois !
_ Libre à vous de ne pas me croire Sire, mais vous ne pouvez mettre en doute la vision du cristal. Si un homme peu mentir, le cristal ne dit jamais autre chose que la vérité. Même feu le roi Uther n'aurait jamais mis ses révélations en doute.
Arthur fulminait de rage. Le roi s'était levé de son siège et marcha droit vers le druide, dardant sur lui son regard noir. Sans réfléchir, Merlin se précipita sur le chemin de son souverain. Difficile de dire qui, du roi ou du sorcier, il voulait protéger, mais un affrontement serait périlleux entre les deux hommes. Surtout qu'il ne pouvait pas usé de ses pouvoirs devant toutes la cour.
_ Pourquoi êtes-vous venu ? lança impérieusement le jeune serviteur à l'adresse de Méléagant, tout en retenant familièrement Arthur par les épaules. Que voulez-vous ?
Le sorcier toisa Merlin de son regard perçant, comme s'il cherchait à évaluer l'homme qui se trouvait face à lui. Puis, avec une sorte de déférence, il inclina la tête vers le sol et s'exprima humblement :
_ Je suis venu avertir Camelot qu'une armée s'est formée à l'est d'Albion, elle est menée par un sorcier répondant au nom de Jazor.
Un frisson parcourut la salle. Le roi de Camelot, si ce fut possible, parut encore plus furieux.
_ Vous êtes venu nous menacer et me calomnier, moi et ma famille ! vociféra-t-il.
Merlin et Guenièvre, qui s'était joint au serviteur de son époux, le maintenaient à une distance raisonnable de Méléagant. Bien que celui-ci ne paraisse pas le moins du monde impressionné.
_ Non, dit-il sombrement. Je suis venu pour vous proposer de joindre nos forces aux vôtres.
Cette fois l'assistance fut interloquée.
_ Contrairement à ce que l'on vous a enseigné, nous ne sommes pas tous désireux de voir le Royaume tomber entre les mains de sorciers maléfiques. Jazor n'est pas comme nous. Il s'est détourné de nos lois et de notre enseignement, suite aux persécutions dont lui et les siens ont été victimes. Et il a su rallier à sa cause d'autres sorciers que les sévices ont rendus amers et vindicatifs. Ils veulent aujourd'hui en finir avec la loi de restriction sur la magie. De façon radicale.
_ Qu'importe, intervint soudain le capitaine de la garde avec une pointe d'arrogance. Nous avons déjà repoussé par le passé des attaques de sorciers. Nous continuerons.
_ C'étaient des actes de rébellion isolés. Cette fois vous aurez à faire à toute une armée d'hommes et de femmes voulant se faire justice. Vos lances et vos flèches ne suffiront pas à contrer les sortilèges et les malédictions qu'ils lanceront contre vous.
_ Et raison de plus, reprit Arthur. Pourquoi devrais-je vous faire confiance ? Je ne crois pas que vous ayez moins souffert que les autres ?
Cette fois-ci le druide ne répondit pas immédiatement. Il parut plonger en lui-même afin de trouver une réponse correcte à formuler au Roi.
_ Il fut un temps où votre peuple et le nôtre vivaient en parfaitement harmonie. Nous sommes encore aujourd'hui nombreux à vouloir retrouver cette paix d'antan. Mâab elle-même, la Reine des fantômes, notre mère à tous, avait prédit que votre règne engendrerait une ère de prospérité nouvelle, non seulement pour les peuples d'Albion, mais aussi pour la Magie. Comme vous avez pu le voir, elle vous a promis Emrys – ce qui n'est pas un petit présent, vous pouvez m'en croire. Mais elle avait aussi prévenu ceux doués de visions, qu'avant que ce jour ne vienne, beaucoup de sang coulerait, que nous aurions à traverser bien des épreuves et des souffrances. Mais que de ces mêmes épreuves triompheraient ceux qui étaient destinés à guider notre peuple vers une nouvelle ère.
Arthur s'était apaisé, serrant Gwen contre son cœur, il écoutait à présent Méléagant avec un mélange de fascination et de répulsion.
_ La nuit où vous êtes venu au monde, à travers tout le Royaume, chaque magicien à fait le même rêve. Un rêve où le bruit des armes montait jusqu'au ciel, l'odeur du feu entrait dans nos poumons, et au-dessus de tout cela la voix de Mâab disait…
« Partez ! Fuyez ! Ne vous laissez pas prendre ! Ne vous laissez pas attraper ! Cachez-vous où vous pourrez… Puis attendez. Attendez qu'il vienne… Attendez que le Grand Dragon sorte de sa prison… Attendez qu'Uther ne soit plus… Attendez qu'Il chasse par deux fois de Camelot l'Usurpatrice… Alors venez… Venez à Lui… Rangez-vous sous la bannière d'Arthur et suivez les pas d'Emrys… »
La voix s'était élevée du bassin de pierre où reposait toujours le cristal, que tous ou presque avaient oublié.
_ Vous voulez faire combattre des sorciers contre d'autres sorciers ?
_ La magie ne peut-être vaincu que par elle-même. D'où ma petite représentation de tout à l'heure. Sire, que vous le vouliez ou non, vous êtes protégé par l'un des nôtres. Et ce depuis le commencement. Qu'Emrys ait choisi de rester dans l'ombre le regarde. Mais nous, nous sommes prêts à nous battre ouvertement à vos côtés. Pour que le Bien et la Justice triomphent, et que la prophétie de Mâab s'accomplisse.
Méléagant se tourna vers le bassin de pierre et reprit le cristal qui se trouvait au fond.
_ Nous serons dans la forêt cette nuit. L'armée de Jazor ne sera pas en vue avant cinq jours. Nous nous présenterons donc aux portes de Camelot la veille de la bataille. Si vous êtes prêts à nous laisser combattre à vos côtés, vous n'aurez qu'à nous laisser entrer dans la ville. Sinon… nous partirons comme nous sommes venus et vous laisserons mener seuls ce combat.
Et sur ces derniers mots, Méléagant disparu en un battement cils.
