Voilà, un nouveau chapitre. Je vous remercie tous pour vos reviews et j'espère que vous continuerez à laisser des commentaires. En attendant, voici une petite phase d'explication pour nos amis de Camelot. ;)


_ Qui est Mâab ? Pourquoi est-ce la première fois que j'en entends parler ?

Arthur faisait les cent pas dans la salle du Conseil, occupée par Sire Monmouth, Gaius, Merlin et les chevaliers. Gwen se tenait un peu en retrait, risquant de temps à autres un geste d'apaisement vers son époux, qui se dérobait à ses caresses pour ruminer sa contrariété un peu plus loin.

_ Il s'agit visiblement d'une entité rattachée à l'Ancienne Religion, Altesse, intervint Gaius.

_ Cela nous l'avons tous compris, je crois, s'emporta Arthur. Même Merlin.

Le Roi était tendu. Et dans son impatience il était tel un chien enragé prêt à mordre n'importe qui.

_ Pourquoi est-ce seulement maintenant que j'entends parler d'elle ? s'impatienta-t-il.

_ L'Ancienne Religion ayant été proscrite depuis bien longtemps, intervint Godefroy de Monmouth, il est logique que le nom de Mâab n'est plus jamais été prononcé. Mais même du temps où la Magie régnait encore, son culte était nimbé d'une aura de mystère. Il fut un temps où j'entendais circuler beaucoup de légendes à son propos. Certains la désignaient même comme la Mère de toute la Magie, d'autres qu'elle était la Reine du Royaume des Morts, qu'elle appartenait à la sainte Trinité.

_ La Trinité ?

_ Les dieux qui président à la destiné des Hommes : Azazel, l'Ange de la Mort, Chronos, le Maitre du Temps, et Mâab, la Reine des fantômes.

Un ange passa. Leur laissant le temps d'assimiler l'information avant que le chroniqueur de Camelot ne poursuive :

_ D'après les recherches qui ont été faites par les historiographes qui m'ont précédé, Mâab était l'objet d'un culte sacré, uniquement présidé par un type d'individus bien spécifique qui se faisait appeler « le peuple élu ».

_ En voilà qui ne se prennent pas pour de la m…

_ Comment étaient distingués ces gens ? intervint Merlin, pour couper court à la grossièreté de Gauvain.

_ On raconte qu'il recevait dès la naissance des dons particuliers, qui les distinguaient du commun des mortels et faisaient d'eux des êtres élus par Mâab.

_ Des sorciers, cracha Arthur, une secte entièrement constituée de sorciers. Voilà ce que c'était.

Merlin sentit sa gorge se serrer en entendant Arthur parler de la sorte. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas perçu une telle hostilité dans les paroles de son Roi.

_ Et je suppose, poursuivit ce dernier, que ces êtres, « ce peuple élu », cherchait par tout les moyens à dominer le Royaume.

_ A vrai dire, Majesté, rien ne permet d'être aussi catégorique. Aucun mortel n'a jamais assisté à leur culte et… En somme, je vous ai dit tout ce que les anciens savaient à ce sujet. Moi-même j'étais persuadé qu'après la Grande Purge le culte de Mâab avait complètement disparu…

_ Il semblerait que non. Ils sont comme une hydre, dès qu'on coupe une tête une autre repousse à sa place.

_ La question est de savoir à présent quelle foi nous pouvons attribuer à ces dires, intervint Sire Léon.

Voilà la question gênante que tous tentaient d'esquiver depuis tout à l'heure.

_ Pour ce qui est de la révélation sur les circonstances de votre naissance, je puis du moins affirmer une chose, intervint Gaius. Votre père m'avais fait promettre de ne jamais, au grand jamais, vous en parler, mais aux vues de la situation je vous dois la vérité.

Le vieux médecin laissa échapper un profond soupir avant de lâcher comme une pierre dans une marre :

_ C'est bien grâce à la Magie que vous avez été conçu.

Tous dans la salle furent abasourdi, à l'exception de Merlin et, plus étonnant, d'Arthur lui-même.

_ Je ne reviendrais pas sur les raisons qui ont poussé votre père à faire ce marché avec Nimue, les révélations faites par le cristal ont été plus qu'explicites.

_ A partir de là, poursuivit prudemment Elyan, on peut supposer que la visite d'Ygerne dans la grotte et son interaction avec Mâab sont également véridiques…

_ On peut s'y risquer en effet, répondit Sire de Monmouth. Et pour la personne qui l'a aiguillée vers Elle, je parierais sur Dame Viviane, l'épouse de Sire Gorlois et la mère de Morgane. Elle était versée en magie bien avant que ne débute la Grande Purge. Elle était par ailleurs très proche des prêtresses de l'ancienne religion.

_ Ce n'est pas un hasard si elle a mis au monde deux sorcières…

Arthur s'assombrissait au fur et à mesure que le raisonnement de ses gens le conduisait à une vérité qu'il lui était difficile d'accepter.

_ … Et pour Emrys.

Merlin frissonna en entendant ce nom dans la bouche d'Arthur, car il n'y percevait nul réconfort ou intérêt.

_ Peut-on être sûr que Mâab à tenu sa promesse ? Car enfin, vingt-sept ans se sont écoulés depuis qu'elle a été faîtes, et d'aussi loin que je m'en souvienne aucun homme du nom d'Emrys ne s'est présenté au château en demandant à devenir mon garde du corps personnel.

L'ironie mordante qui coulait des lèvres d'Arthur mettait Merlin de plus en plus mal à l'aise.

_ Peut-être Emrys n'est-il pas à proprement parler un homme, tenta Sire Léon. Peut-être s'agit-il d'un sortilège qui vous protège et vous garde contre les maléfices des autres sorciers.

_ Non, Mâab a dit qu'il devait « s'incarner ». Je ne suis peut-être pas versé en termes magique, mais il me semble que cela veut dire qu'il doit s'agir d'un être fait de chair et de sang. Un être sage et puissant, ironisa encore Arthur. Sensé écarter de moi les pièges que le destin me réserve. Elle n'a pas voulu dire combien de temps cela prendrait. Peut-être des années ? Peut-être ne l'a-t-elle pas encore incarné ? Si cela se trouve elle a menti délibérément à ma mère, pour la pousser à accepter son destin. Peut-être n'a-t-elle jamais eu l'intention de tenir parole.

_ Le druide semblait pourtant persuadé du contraire. Et selon ses dires, il ne serait pas le seul.

_ Oui, et toute une armée d'autres sorciers pensent le contraire, sans quoi ils ne s'apprêteraient à attaquer Camelot.

_ Si Emrys est si puissant, pourquoi ne s'est-il pas manifesté ? Pourquoi a-t-il permis que Camelot soit attaqué par le Grand Dragon et par ma propre sœur ?…

_ La prophétie…

Gwen qui avait gardé le silence jusqu'à présent fit tourner toutes les têtes dans sa direction.

_ Rappelez-vous la dernière prophétie de Mâab disait : … Attendez que le Grand Dragon sorte de sa prison… Attendez qu'Uther ne soit plus… Attendez qu'Il chasse par deux fois de Camelot l'Usurpatrice… Alors venez… Venez à Lui… Le Grand Dragon s'est libéré, on ne s'est comment, de ses chaines il y a cinq ans, aujourd'hui Uther est mort et Morgane a par deux fois tenté de prendre le trône et par deux fois elle en a été chassée. Rappelez-vous, Arthur, lors de votre dernière affrontement, elle a prononcé son nom – Emrys lui-même ne peut rien pour vous – et alors qu'elle allait vous jeter un sort, elle s'en est retrouvée incapable.

La jeune reine se tourna alors vers toute l'assemblée médusée.

_ Vous ne comprenez pas ? Il est déjà à l'œuvre, depuis sûrement bien plus longtemps que nous ne le pensons. A chaque fois que Camelot a paru sur le point de basculer, nous nous en sommes toujours sortis. Et parfois cela tenait véritablement du miracle. Et si tout cela n'avait rien à voir avec la chance. Si quelqu'un, un être puissant aux pouvoirs illimités veillait sur la citadelle.

_ La question reste entière, lança Elyan. S'il est si puissant et qu'il n'a que de bonnes intentions, pourquoi s'obstiner à rester dans l'ombre ?

_ Merlin ?

Ce dernier sursauta comme si Arthur avait fait suivre son nom par « Au bûcher ! »1. Il fixa sur son roi un regard paniqué avant de se reprendre, laissant à ce dernier le loisir d'ajouter :

_ Toi qui es si bavard habituellement, je ne t'ai pas encore entendu t'exprimer sur le sujet…

Arthur fixait avec insistance son serviteur, dans l'attente d'une réponse. Il était rare que le roi sollicite ouvertement les conseils de son serviteur. Même si ses proches savaient que ce dernier lui en donnait continuellement et qu'il arrivait à Arthur d'en retenir deux ou trois de temps à autre. Aussi, Merlin fut momentanément privé de l'usage de sa voix – chose tout aussi exceptionnelle – et marqua les mots qui suivirent par une profonde hésitation :

_ Et bien… Si j'avais la prétention d'être un puissant magicien… et que je devais assurer l'avenir et la protection d'un prince qu'on a depuis l'enfance élevé dans l'idée que la Magie était mauvaise… si je débarquais à Camelot sans savoir à qui je peux faire confiance… qui m'aiderait, qui me mettrait des bâtons dans les roues ou voudrait tout simplement m'éliminer parce que je suis un sorcier… Je ne pense pas que je serais pressé de révéler mon identité… Je serais probablement mort de peur,… à l'idée qu'on me découvre et qu'on m'élimine avant que je n'ai pu accomplir ma destiné… Je serais donc obligé d'agir dans l'ombre… Je m'arrangerais pour brouillé les pistes,… afin que personne ne soupçonne pas présence, qu'on ne se mette pas à me chercher, et qu'on m'empêche ainsi de mener ma barque comme je l'entends... Je crois aussi, qu'à force de devoir mentir pour garder mon secret, je finirais par ne plus trop savoir si c'est une bonne chose que les gens le sache ou pas. Est-ce qu'ils me verraient toujours de la même façon ? Est-ce qu'ils auraient confiance en moi, en sachant que je leur ai menti pendant si longtemps ?... Est-ce qu'ils me laisseraient même agir comme autrefois ?

_ … ?

_ Enfin… je dis ça mais j'en sais rien moi ! De toute façon j'ai jamais rien compris à la Magie, alors pfff

_ Bien, conclut Arthur après avoir dévisagé un moment Merlin avec une pointe d'incrédulité. Je crois qu'on ne sera pas plus avancés ce soir. Allons nous coucher, nous verrons bien si la nuit porte conseil.

Arthur ne put dormir cette nuit-là. Les yeux grands ouverts, il passa son temps à se tourner et se retourner dans son lit. Il pensa un instant à réveiller Gwen, qui dormait paisiblement à ses côtés, pour tenter de lui confier ses tourments. Mais après sa réaction dans la salle du Conseil, il n'était pas certain qu'elle comprendrait le trouble et la répugnance qui l'habitait. Il envisagea un bref instant d'aller réveiller Merlin. Il pourrait parler avec lui toute la nuit, et comme à l'accoutumé son serviteur trouverait les paroles nécessaire pour l'apaiser et lui redonner confiance en lui. Mais il songea ensuite que s'il réveillait Merlin au beau milieu de la nuit, celui-ci passerait plusieurs heures à ronchonner et l'écouterait alors de si mauvaise grâce que serait comme s'il tentait d'avoir une conversation avec un mur. A ce compte autant rester dans sa chambre. Et heureusement, car Arthur aurait été bien en peine de trouver le jeune homme dans sa chambre, car ce dernier s'était glissé hors du château à peine une heure après que tout le monde se soit couché.

Le cœur battant et la respiration incertaine, Merlin, profitant de l'obscurité, s'était glissé par des passages secrets jusqu'à la lisière de la forêt entourant Camelot. Il marchait à présent d'un pas décidé entre les ronces et les fourrés. « Nous serons dans la forêt cette nuit, » avait dit Méléagant. Et Merlin savait que ces mots lui étaient adressés. Bien sûr, le druide ne s'était pas donné la peine de préciser l'endroit exacte – après tout la forêt était vaste – car Merlin ne voyait qu'un seul endroit où ils pourraient se retrouver.

Dans la grande clairière, tous étaient réunis dans l'attente fébrile de leur guide suprême, Celui-qui-est-né-de-l'essence-de-Mâab. Ils étaient une trentaine au totale, hommes et femmes en âge de soutenir un combat, venus de terres et d'horizon différents mais tous unis face à leur destiné. Alator, le mage, l'ancien disciple de Mâab, avait eu beaucoup de mal à les réunir. Il s'était mis en chasse immédiatement après sa rencontre avec Emrys. Ce jour resterait à jamais gravé dans sa mémoire. Lui qui guettait depuis des années les signes d'un changement. Comme beaucoup d'autres, il avait dû fuir, renoncer à une vie de paix et de méditation dans les grottes de la vallée des Rois, pour entrer dans la clandestinité. Comme d'autres, il avait douté, il avait cru que la Déesse les avait abandonnés, livrés à la colère vindicative d'Uther Pendragon. Et puis, alors qu'il n'attendait plus rien de la vie, si ce n'était tristesse et désillusion, voilà que cette jeune sorcière, puis le vieillard qu'elle lui avait demandé de torturer, lui avaient parlé d'Emrys.

D'abord incrédule, il lui avait fallu arracher son secret de la bouche de Gaius pour enfin se rendre à l'extraordinaire nouvelle : Emrys était né. Mieux, il était à Camelot, auprès d'Arthur Pendragon, attendant son heure, comme eux tous. Sa joie avait atteint son comble, lorsqu'il eut l'immense privilège de se retrouver face au Fruit de Mâab. Ce jeune homme à l'apparence frêle et empoté, qui avait bravé tous les dangers pour venir sauver son ami, était son guide, celui qui ramènerait la paix et la justice pour son peuple. Après avoir juré allégeance à Emrys, il s'était immédiatement mis en quête des autres disciples, dispersés à travers tout le pays. Ce serait sa pénitence pour l'affaiblissement de sa foi en la parole de Mâab.

_ Il ne viendra pas, je vous dis, râla la voix d'un de ses jeunes compagnons.

Un jeune sorcier de taille moyenne, au visage pointu et au regard délavé.

_ Il doit être terré dans le château, en train de prier pour que ce grand benêt d'Arthur n'ait pas compris l'enjeu de la prophétie.

_ J'ai essayé de lui signifier discrètement où nous serions, mais il y avait tant de monde autour de nous. Et comme vous m'aviez enjoint de ne surtout pas le démasquer maitre…

_ Il viendra, Méléagant, répondit tranquillement Alator. Je n'ai aucun doute à ce sujet.

_ Sera-t-il prêt à nous aider ? demanda timidement une des femmes.

_ C'est dans son intérêt autant que le nôtre.

_ Tu parles, cracha le jeune sorcier, venimeux. Cela fait six ans qu'il se tourne les pouces à Camelot, sans jamais avoir levé le petit doigt pour notre peuple. Il n'en a rien à faire de nous. Pour lui, nous ne faisons pas parti de ses préoccupations…

_ Le doute ne nous est plus permis, aujourd'hui, s'impatienta un autre sorcier. Mâab a tenu sa promesse : le Grand Dragon et l'Armée des Immortels n'ont pu faire plier Camelot. Nous ne devons pas nous laisser égarer par la haine comme l'a fait Jazor et d'autres mécréants avant lui. Emrys est dans les murs de Camelot. Emrys protège Arthur. En tant que disciples de Mâab, il est de notre devoir de lui prêter allégeance et de nous battre à ses côtés…

_ Vous n'êtes pas lassés de vous réfugier derrière le nom de Mâab et de son fruit des que des soldats à la botte de Camelot viennent incendier vos refuges et égorger vos enfants dans leur sommeil. Regardez-vous, cracha le jeune sorcier avec un sarcasme mordant, vous en êtes réduits à vous planquer dans les bois, dans l'attente d'un hypothétique sauveur qui n'a pas levé une seule fois le petit doigt pour vous, durant toutes ses années où notre peuple s'est fait massacré par les soudards d'Uther.

_ Mal-Foi, s'emporta une autre jeune sorcière, si tu désires te joindre à l'armée de Jazor : vas donc ! Personne ne t'en empêche. Ou sinon tais-toi ! Tes jérémiades me font mal au crâne !...

La réplique de sa compagne eut le mérite de clouer le bec du dénommé Mal-Foi. Offrant un peu de répit au reste de la troupe.

_ Méléagant, lança doucement une autre sorcière, toi qui as pu le voir de près. Quelle impression t'a-t-il fait ?

Tous se tournèrent alors vers celui interrogé, avec une lueur d'avidité dans le regard que même Mal-Foi ne put dissimuler. Gêné par ce soudain intérêt, le druide hésita sur les mots avant de parler :

_ Je ne sais… Lorsque mes yeux l'ont vu pour la première fois… il m'a semblé si jeune. Je crois même m'être demandé comment un homme si peu expérimenté allait pouvoir nous aider…

_ Un gamin sans expérience ! s'emporta Mal-Foi qui décidément ne raterait jamais une occasion de cracher son venin. Voilà celui qui doit nous sauver ! Tu t'es fichu de nous Alator !

_ Je n'ai pas dis cela, s'empressa de rectifier Méléagant craignant qu'on ne l'accuse de quelque blasphème. J'ai simplement voulu dire qu'il m'est apparu très jeune. Mais si c'est Emrys, le Fruit de Mâab, alors je n'hésiterais pas à me battre à ses côtés. J'ai foi en sa destinée et celle d'Arthur. Si Mâab les a choisis pour unifier Albion, alors nous devons avoir confiance…

_ Il me faudra plus que des belles paroles pour me convaincre de risquer ma peau dans un tel jeu de massacre, s'impatienta Mal-Foi. Je te préviens Alator, je suis venu jusqu'ici pour honoré la promesse faite à mes parents, mais si Emrys ne parvient pas à me convaincre, ce n'est pas la peine de tenter de retenir. Quitte à me faire écharper, j'aime mieux que ce ne soit pas dans une entreprise aussi stupide !

_ Je ne contrains personne à prendre les armes pour moi…

Tous sursautèrent. La voix avait jaillit d'entre les buissons, dans l'obscurité. Ecartant les fourrés, une silhouette découpée par le clair de lune sortit du bois pour s'avancer dans la clairière, au milieu de la trentaine de druides et de sorciers réunis. L'homme ôta alors le capuchon qui cachait son visage et tous pour voir ses yeux bleus perçants sous une masse de cheveux noirs comme les plumes d'un merle.

_ Emrys !...

Alator quitta le rocher sur lequel il était installé et vint s'agenouiller au pied de Merlin, renouvelant ainsi le geste qu'il avait déjà fait lors de leur précédente rencontre. Certains l'imitèrent. Mais d'autres demeurèrent sans réaction, comme pétrifiés. C'était donc lui qui devait les guider vers un avenir meilleur. Il paraissait jeune en effet. Et si frêle… Qui aurait pu dire en le voyant que c'était ce même jeune homme qui avait mise en déroute une armée d'immortels, vaincu la magicienne Nimue, Morgause, Morgana, sans parler de Cornélius Sigan et du Grand Dragon…

Embarrassé par cet acte d'humilité, Merlin s'empressa de se pencher pour aider Alator à se relever. Lorsque leurs regards se croisèrent, il lut tant de foi et de reconnaissance dans les yeux du mage que cela le bouleversa.

_ C'est donc toi Emrys, lança Mal-Foi avec méfiance.

_ C'est ainsi que les druides me nomment, répondit humblement le jeune magicien. Mais mes amis m'appellent Merlin.

_ On dit de toi que tu es le plus puissant sorcier qui ait jamais vaincu, renchérit une druidesse avec émerveillement. Les prophéties de Mâab nous ont assuré que tu ferais entrer Albion dans une ère nouvelle.

_ Et bien, c'est ce qu'on m'a dit en effet…

D'un coup Merlin ne savait plus où se mettre. Il ignorait ce qu'il était venu chercher dans cette forêt. En fait si, un peu quand même, mais il ne s'était pas attendu à un tel accueil.

_ Je suis Anamarellys, dit alors une jeune sorcière aux cheveux roux en lui tendant une main amicale. Mais on m'appelle Ana.

_ Je suis Saunémaïne, enchaina un homme grand aux cheveux bouclés, portant la barbe. Mais vous pouvez m'appeler Saune. Je viens des côtes du Sud.

_ Je suis Gandril, de la Vallée des Brumes…

Et l'un après l'autre, ils vinrent s'agglutiner autour de lui. Lui disant leur nom tout en tendant la main pour le saluer ou seulement le toucher. Jamais encore Merlin n'avait eu droit à autant d'attention. Si bien qu'il ne savait plus trop où donner de la tête. Enfin il avisa le visage de Méléagant, qui se tenait en retrait du groupe, en compagnie du jeune sorcier qu'il avait entendu vociférer contre lui lorsqu'il était arrivé. Il trouva alors la force de fendre la foule pour s'avancer vers lui, en lui lançant regard furibond, que le druide soutint avec le même stoïcisme que lorsqu'il avait dû affronter la colère d'Arthur.

_ A quoi rimait la mise en scène que vous avez faite au palais ? questionna Merlin, assez sèchement il dut le reconnaître.

_ Il me fallait attirer votre attention, répondit calmement Méléagant. Au cas où cela vous aurait échappé, une armée de sorciers est en marche vers Camelot.

_ Etait-il indispensable faire cela devant toute la cour ? De déstabiliser Arthur de la sorte en lui révélant les circonstances de sa naissance devant ses chevaliers et ses conseillers…

_ Pourquoi pas ? Après tout, le Roi est directement concerné… Et je n'aime pas les cachoteries. Pour ma part, ou on fait les choses au grand jour ou on ne les fait pas du tout.

Merlin sentit ses pupilles se dilater. Non content d'avoir failli faire voler en éclats sa couverture, voilà que cet homme osait lui donner des leçons sur sa façon de mener ses affaires.

_ Méléagant ne pensait pas à mal, voulut tempérer Alator. Il avait un message important à faire passer, à Arthur comme à toi Emrys. Ainsi, nous n'aurons pas à nous embarrasser de diplomatie. Sachant la vérité, le Roi regarderait notre proposition avec moins de méfiance.

_ Il fallait bien que quelqu'un agisse, renchérit Mal-Foi. Vu que depuis le temps que vous êtes à Camelot, - bien à l'abri dans l'ombre d'Arthur, pendant que nous sommes obligés de nous terrer comme des rats – vous vous contentez de cirer les bottes du Roi sans rien faire d'utile pour nous… Arthur ne sait même pas qu'il a pour serviteur le fruit de Mâab.

_ Je n'aime pas qu'on me force la main, répliqua Merlin avec fermeté.

Il toisa Mal-Foi avec insistance, l'obligeant même à baisser le regard, avant de se tourner vers le reste du groupe. Un sentiment de frustration et de ressentiment lui rongeant le cœur.

_ Vous n'avez pas la moindre idée de tout ce que j'ai dû faire au cours de ces années, des sacrifices qui ont été les miens, du nombre de fois où j'ai risqué ma vie pour préserver celle d'Arthur. Oui, j'ai agit dans l'ombre c'est vrai. Je me suis fait passer pour celui que je ne suis pas. Mais ce n'est ni par paresse ni par facilité. J'aurais été ravi plus que n'importe qui de révéler ma véritable identité. Mais faire cela c'était du même coup ruiner toutes mes espérances et tous mes projets pour Albion.

Le silence s'était fait autour de lui. Chacun des hommes et femmes réunit écoutait son discours avec attention. Et étrangement, loin de l'intimidé, cela lui donna un regain d'assurance.

_ Si vous croyez que j'ai moins souffert que vous des lois contre la Magie, vous vous trompez. J'ai rongé mon frein pendant plus de vingt. Obligé de passer pour un idiot. De me taire et de faire profil bas, alors même que je sentais la révolte bouillir en moi. Mais si je voulais vivre, si je voulais pouvoir évoluer parmi les autres, je ne pouvais pas faire autrement.

« Lorsque je suis arrivé à Camelot, je fuyais un village où je n'ai jamais pu être accepté car même en mentant, les gens sentaient que j'étais différents d'eux. Je ne savais que faire de moi-même et de ses dons qui m'avaient été donnés et dont je n'avais pas le droit de me servir. Le Grand Dragon a été le premier à me parler de ma destinée. Et à aucun moment, le nom de Mâab n'a été prononcé.

_ Cela n'a rien d'étonnant, répliqua un druide. Les dragons ne sont pas supposés suivre le culte de Mâab. Bien qu'ils aient conscience des fils du Destin, ils ne peuvent voir qui les manipule.

_ Mais pour Arthur, s'enhardit une autre. Vous êtes supposé le convaincre de ramener la Magie à Camelot. Alors pourquoi refuser de lui dire qui vous êtes ?

_ Le prince a été élevé par son père dans la haine de la Magie. Et pour ce qui est des expériences personnelles, il a plus d'une fois eu l'occasion d'être conforté dans cette idée par les agissements de certains sorciers, qui n'ont pas hésité à attenter à ses jours. Arthur n'est pas d'un naturel confiant, que ce soit envers les magiciens ou le commun des mortels en général. Depuis son enfance, ses proches n'ont fait que lui mentir et lui cacher la vérité son père le premier. Ceux qui auraient dû être les premiers à le soutenir l'ont trahi et se sont retourné contre lui.

« Il m'a fallut six ans pour gagner sa confiance, pour qu'il me considère comme un ami. Qu'il écoute mes conseils et qu'il remette en cause les préjugés dont on lui a bourré le crâne. Au-delà de ça, c'est un homme bon, qui sait reconnaître ses erreurs et veut à tout prix le bonheur de son peuple. Toutes ses années d'effort sont sur le point de porter leur fruit. Je refuse de tout gâcher parce que vous avez soudain perdu patience. Arthur n'est pas prêt pour entendre la vérité. Surtout maintenant qu'un nouveau danger le guette, la dernière chose dont il ait besoin c'est de douter encore de son entourage. Et pour ma part, quoiqu'il m'en coûte, je me battrai à ses côtés. Non pas pour obéir à Mâab ou pour suivre ma destinée mais parce que je crois en lui, je crois en ce monde de Justice qu'il veut créer… Et même si je meurs avant de voir cela s'accomplir : je préfère mourir pour un rêve que vivre dans un cauchemar.

Ces dernières paroles lâchées, il posa à nouveau les yeux sur la foule réunie autour de lui dans la clairière. C'est alors que tous sans exception, Mal-Foi et Méléagant compris, s'agenouillèrent sur l'herbe couverte de rosée et ployèrent l'échine devant lui. Sans osé se l'avouer, Merlin sentit grandir en lui un sentiment de puissance qui lui donna presque le tournis.

1 Avec la voix d'Eli Semoun dans Kaamelott ^^.