Un nouveau chapitre (décidément je suis irrécupérable -). Je remercie chaleureusement tous mes reviewers : Black59 (qui me suis depuis un moment), je comprends pas que t'en ai toujours pas marre de moi ), Lele-35, Kiwi, lafraise, Meyli Vaisyl, PtitBiscuit et tous ceux que j'oublie, et ceux qui mette cette fic en Alert ou dans leur Favorite.

Et pour répondre à la question de PtitBiscuit : Bien sûr, le fait que l'un des sorciers s'appelle Mal-Foi n'est pas innocent. Sans avoir transposé le personnage directement d'un univers à l'autre, j'ai eu envie de faire une petite référence. Et puis je trouvais ça marrant que les Malfoy tiennent leur nom du surnom d'un ancêtre qui irritait tout le monde. XD

Voilà, en vous souhaitant une bonne lecture !


A l'aube, Merlin était de retour dans les appartements de Gaius. Il ne fut guère surpris de trouver le vieillard assis à sa table, en train de l'attendre. Le jeune homme vint rejoindre son mentor et s'installa en face de lui. Ils restèrent un moment à se regarder dans le blanc des yeux.

_ Tu les as trouvés ? demanda Gaius, plus pour la forme car il se doutait déjà de la réponse.

_ Oui. J'ai même trouvé Alator parmi eux. Il semblerait que ce soit en fait lui qui soit à l'origine de ce rassemblement.

Gaius ne quittait pas son protégé des yeux. Celui-ci paraissait fatigué et préoccupé.

_ Quelque chose te contrarie, Merlin ?

_ Honnêtement, vous ne l'êtes pas vous ? répliqua-t-il avec lassitude. A peine les choses semblent elles rentrer dans l'ordre que de nouveaux problèmes arrivent... Je n'en vois plus la fin ! J'essaie pourtant de faire tout mon possible, mais au finale j'ai l'impression que rien ne change. Voir que c'est pire qu'avant ! Comme si je passais ma vie à essayer de remplir un tonneau percé !

Puis il abattit sa tête sur la table, l'entourant de ses bras. Gaius, touché par la détresse du jeune homme posa une main réconfortante sur son épaule.

_ La tâche que tu dois accomplir n'est pas aisée et exige bien des sacrifices. Il est normal que tu te sentes abattu : tu as l'impatience de la jeunesse et la passion des hommes déterminés. Mais n'oublie pas tout le chemin parcouru. Il y a six ans, tu n'étais qu'un jeune paysan mal dégrossi qui sortait de sa campagne, aujourd'hui tu es le confident d'un roi. Tu as chassé les ennemis du Royaume et vaincus les plus puissants sorciers. Tu restes focalisé sur la destinée que tu dois accomplir, si bien que tu oublies de considérer tout ce qui a déjà été fait. Tu n'as pas seulement un destin exceptionnel, Merlin. Tu es quelqu'un d'exceptionnel.

_ Pourquoi ne m'avez-vous jamais parlé du culte de Mâab ?

La question lui trottait dans la tête depuis un moment. Mais il n'avait pas encore osé la formuler. Ce moment d'intimité avec son tuteur lui parut propice. Gaius fut quelque peu gêné par sa demande, ou plutôt pris au dépourvu. Pour la première fois, le vieux médecin semblait réellement perdu.

_ Je ne t'en ai jamais parlé car je ne savais rien à son sujet. C'est la vérité Merlin. Seuls les initiés connaissent le culte de Mâab et je n'en fais pas partie.

_ J'ai vu que Méléagant vous regardait bizarrement. On aurait dit… qu'il vous en voulait pour quelque chose…

Gaius marqua un nouveau temps de réflexion. Plus résigné que vraiment abattu, il laissa glisser son regard sur les étagères du laboratoire avant de répondre :

_ Je ne connais pas ce Méléagant, mais je crois savoir les raisons de son ressentiment envers moi. Vois-tu Merlin… Ce que révèle le culte de Mâab, c'est que la Magie était à l'origine exclusivement pratiquée par des êtres dotés dès la naissance de dons particuliers. Cela remonte à des temps immémoriaux, bien avant que l'écriture ne soit inventée, à une époque où le savoir et la connaissance se transmettaient uniquement par voie orale. En ce temps là, ceux qui étaient nés avec la Magie avaient le contrôle total sur toute sa pratique et son enseignement. Les sorciers ne transmettaient leur savoir qu'à d'autres sorciers. Ceux qui étaient nés simples mortels étaient exclus de cette science. Et puis, je suppose que d'une manière ou d'une autre des gens étrangers au culte et au cercle des sorciers sont parvenus à s'approprier quelques pratiques. Comment tout cela à commencer ? Mystère. Quoiqu'il en soit, à l'époque qui a précédé la Grande Purge, beaucoup d'hommes et de femmes pratiquaient la Magie sans avoir au préalable reçu l'enseignement des druides ou des mages. Ils en saisissaient le mécanisme, mais sans en percevoir les principes et les éléments fondamentaux. En somme, ils usaient d'un pouvoir immense, sans comprendre que celui-ci les dépassait complètement.

_ Et vous étiez l'un de ceux-là ?…

_ Ma curiosité de scientifique a vite été piquée au vif par cette science, se justifia le médecin. En tant qu'homme de science je voulais comprendre son fonctionnement. Quand je pense à celui que j'étais à cette époque, je me dis que j'étais un grand naïf. Je n'ai personnellement jamais franchi les limites. Mais d'autres l'ont fait. Et souvent, les résultats ont été désastreux. Ce qui était logique en un sens. Permettre à des non-initiés de pratiquer la Magie, c'était comme laisser un enfant de deux ans jouer avec une arbalète.

_ Et c'est une de raison qui ont poussé Uther à engager la guerre contre la Magie…

_ Oui. Ce n'est pas pour prendre sa défense, mais tous ces sorciers amateurs posaient de réels problèmes et beaucoup se sont enivré de leur pouvoir, au point de commettre des actes véritablement atroces. Mais dans son souci d'éradication, Uther n'a pas fait dans le détail : il a fait massacrer autant les bons que les mauvais sujets. C'est pourquoi, les sorciers initiés qui ont survécu à la Grande Purge ont gardé de la rancœur pour les gens comme moi. Avec quelques raisons, il faut bien le reconnaitre.

_ Mais tous ces sorts que j'ai appris, tout cet enseignement qui m'a permis de me perfectionner, c'est à vous que le dois.

_ Un enseignement que j'ai tiré de mes propres recherches, grâce à des grimoires et des recueils de formules qui ont pour la plupart été probablement transcrits sans l'accord de leurs détenteurs originels. Ce qui, aux yeux des hommes comme Méléagant, n'est ni plus ni moins que du pillage.

_ Je suis né avec la Magie. Elle fait partie de moi. Quand bien même voudrais-je la renier que je ne le pourrais pas. Mais je n'ai jamais été éduqué par les druides. Je n'avais même jamais entendu parler du culte de la Reine Mâab avant aujourd'hui. Dans quel camp je devrais me situer ? Celui des initiés ou celui des usurpateurs ?

_ Je crois que tu n'es ni dans l'un, ni dans l'autre : tu es unique. Et si ce que le cristal du Druide a révélé est la vérité, alors même aux yeux des Mages tu es exceptionnel.

_ Le fruit de Mâab en personne… Bizarrement, ça ne me ravit pas plus que ça. Déjà que je trouvais Arthur pénible, si maintenant je dois en plus suivre la volonté d'une déesse vieille de plus de mille ans…

}{

Ce matin, en se rendant dans les appartements de son souverain, Merlin eut la surprise de trouver celui-ci déjà levé et à moitié habillé.

_ J'en conclus que vous n'avez pas beaucoup dormi cette nuit, déclara le jeune serviteur en posant le déjeuner de son maitre sur la table.

_ Comment voudrais-tu que je dorme après ce qui vient de ce passer ?

_ Si je puis me permettre, Arthur. Je me serais attendu à ce que vous étrangliez ce druide sur place après les vérités qu'il avait osé vous balancer…

_ Ce n'est pas l'envie qui m'a manquée. Mais au fond de moi, je crois que j'étais plus ou moins préparé à ce genre de révélation.

Arthur s'assit à sa table de travail, la tête entre les mains.

_ Avec le temps, je crois avoir assimilé que mon père n'était pas sans défauts. J'admets aujourd'hui, qu'au cours de sa vie, il ait fait des erreurs et qu'il ait eu des secrets, même pour moi. L'histoire de Morgane est un exemple du genre : à force de la tenir à l'écart, de s'empêtrer dans le mensonge pour cacher ses fautes, il a fini par la perdre non seulement pour lui-même, mais pour nous tous.

Il releva les yeux vers Merlin, qui le considérait avec mansuétude.

_ Ne te méprend pas, ajouta-t-il, je n'excuse pas ce qu'elle a fait. Mais je ne peux m'empêcher de me dire que tout ceci aurait pu être évité. Si seulement il avait été honnête avec elle, avec nous…

Le souvenir de Morgane était encore vif dans le cœur du jeune sorcier. Malgré les égarements de la jeune femme et le fait évident qu'elle s'était perdue elle-même en s'abîmant dans la haine et le ressentiment envers Uther, puis tous ceux qui s'étaient opposé à elle, Merlin ne pouvait s'empêcher de se sentir en parti responsable. N'avait-il pas tenu Morgane à l'écart de ses plans ? N'avait-il jamais rien fait pour qu'elle se sente moins isolée ? S'il lui avait révélé que lui-même avait des pouvoirs, peut-être aurait-elle eu suffisamment foi en lui pour ne pas tomber dans les filets de Morgause. Si elle avait su qu'elle pouvait trouver en lui un interlocuteur qui saurait la comprendre…

Mais il ne fallait plus y penser. Morgane était perdue. Perdue pour tous, comme disait Arthur.

_ C'est pourquoi aujourd'hui, je peux admettre qu'il ait également trompé ma mère pour avoir un héritier mâle.

Puis il quitta son siège et marcha vers une fenêtre.

_ Ceci étant dit, que mon père et Nimue aient dupé ma mère, pour satisfaire les caprices de l'un et les ambitions de l'autre, est une chose. Qu'elle en ait eu conscience, et se soit sacrifiée pour le bien du Royaume, c'en est une autre.

_ En cela vous lui ressemblez, déclara spontanément Merlin avec douceur.

Arthur tourna la tête vers son serviteur, un sourire triste sur les lèvres, mais il semblait sincèrement touché.

Merlin hésita. Le Roi paraissait être dans de bonnes dispositions à son égare aujourd'hui, mais pouvait-il se montrer hardi au point d'aborder un sujet vraiment difficile…

_ Quelque chose te préoccupe, Merlin.

L'interrogé redressa la tête, nerveux.

_ Je le vois aux cernes que tu as sous les yeux, répondit Arthur à son regard légèrement paniqué. Tu n'as pas mieux dormi que moi cette nuit.

_ A vrai dire, je n'ai pas fermé l'œil. Je me demandais quelle décision vous prendriez par rapport à la proposition de Méléagant.

Arthur fit une pause, visiblement hésitant.

_ Je l'ignore. La dernière fois que j'ai fait confiance à un sorcier, cela s'est retourné contre moi…

_ Peut-être avons-nous joué de malchance, tenta Merlin. Après tout, Uther était mourant… Peut-être était-il trop tard pour votre père de toute manière.

Arthur posa un regard perplexe sur son serviteur. Certes, ses arguments étaient valables, et une fois passée sa colère et son chagrin, il s'était rendu compte lui-même qu'il avait employé ce moyen en désespoir de cause.

_ Ce sorcier vous avait demandé de rétablir la Magie s'il réussissait. En tuant votre père, il devait savoir qu'il ruinerait toutes ses chances…

_ Je te l'accorde. Il n'empêche qu'aussi loin que se porte ma mémoire, je n'ai aucune raison de me fier à un sorcier.

_ Et que faites vous d'Emrys ?

Arthur étouffa un ricanement amer.

_ Quoi ? Tu crois en cette histoire de sorcier dépêché par une déesse de l'Ancienne Religion pour me servir de guide et de garde du corps.

_ Vous n'y croyez pas, vous ?

_ Honnêtement, il faut être un lâche ou avoir l'esprit fourbe, voir les deux, pour se dissimuler de la sorte et faire ses coups en douce. Qu'Emrys soit réel ou pas, je ne vais pas me reposé sur un hypothétique protecteur dont je ne sais rien et qui semble peu désireux de se lier d'amitié avec moi.

Et ce disant, Arthur posa une main chaleureuse de son serviteur avec un grand sourire :

_ Non, le seul homme en qui j'ai une totale confiance, c'est toi. Tu ne m'as jamais trompé et tu t'es toujours tenu à mes côtés. Et à mes yeux cela a plus de prix qu'un quelconque pouvoir magique.

A ces mots, le jeune sorcier ignorait ce qui devait l'emporter dans son cœur de la fierté et de la joie ou de la honte et du désespoir. Arthur avait l'art et la manière de le réconforter tout en le blessant. Même s'il n'en avait pas conscience la plupart du temps.

_ Cependant, si une armée de magiciens en colère attaque Camelot, ce ne serait pas mal d'en avoir dans nos rangs… disons une trentaine.

Arthur dévisagea son valet avec quelque suspicion.

_ Je te trouve bien préoccupé par la question.

Merlin sentit sa salive déserter le fond de sa gorge.

_ C'est bien la première fois que tu t'intéresses autant à ces individus…

_ Je m'inquiète juste de savoir quelles chances on aura contre eux, l'interrompit Merlin. N'en déplaise à votre royale Majesté, des lances et des épées n'ont jamais arrêté des sortilèges.

_ Nous verrons bien. Pour le moment, aucune armée n'a été aperçue aux abords du Royaume.

_ Il serait judicieux d'envoyer des éclaireurs aux frontières. Histoire d'en avoir le cœur net.

_ Je verrais cela avec Sire Léon.

}{

Trois jours plus tard, les éclaireurs revinrent avec des nouvelles plus qu'alarmantes : à l'Est des frontières du Royaume, on avait observé des migrations anormales de villageois et de paysans, effrayés par des signes inquiétants comme l'eau des rivières devenue rouge comme le sang, les oiseaux avaient désertés les forêts, des Wilddeorens étaient sortis de leurs cavernes pour attaquer les villages en pleine nuit, ainsi que des griffons et des vouivres. Et finalement, au cinq jour, des sentinelles virent marcher vers la cité une armée hétéroclite composée d'hommes et de femmes – environs deux cents. Leurs troupes ne semblaient pas très disciplinées, ni formées au combat, mais lorsque les patrouilles envoyées par Arthur, afin de contenir les troubles éventuels, s'étaient heurtées à eux, cela avait été un vrai jeu de massacre. Ils n'avaient épargné qu'une poignée d'hommes, afin qu'ils retournent au château, porteurs d'un message.

_ Nous avons vu celui qui se fait appeler Jazor, narra l'un des rescapés. Ses troupes lui obéissent aveuglément, je crois même que beaucoup ont peur de lui.

_ Au départ, nous étions plus nombreux à avoir été capturés. Le sorcier Jazor nous a fait aligner devant lui, il a désigné six de nos compagnons, que ses sbires ont isolé… et… Il… il les a…

_ Il les a fait brûler devant nous. En un claquement de doigts. Il n'a même pas eu à les toucher ni approcher la moindre torche. Ils ont hurlé pendant un temps interminable, commenta l'homme encore en état de choc. Je sens encore l'odeur de la chair carbonisée entrer dans mes poumons…

_ Une fois que nos compagnons furent réduits à l'état de cendre, le sorcier s'est tourné vers nous et il a dit : « Voici comment la justice d'Uther s'est débarrassé des miens, voici comment je me rends justice. Dites au fils d'Uther Pendragon, qu'avant la nouvelle lune, j'aurais réduit à l'état de cendre tous ceux qu'il aime, tout ce à quoi il est attaché. A l'image de nos parents, de notre peuple, sa vie ne sera plus que poussière. Le temps du Pardon est révolu. Nous avons suffisamment attendu. Puisque Mâab nous a abandonné, puisque l'héritier du trône refuse de nous rendre notre liberté, nous la reprendrons nous-mêmes. »

Arthur avait écouté attentivement le récit des trois survivants, la mine grave. Merlin, toujours posté derrière lui, était en proie aux larmes, qu'il s'efforçait de retenir avec le plus de dignité possible.

_ A combien de jours sont-ils de Camelot ?

_ Encore trois, et ils seront aux portes, Majesté.

Arthur congédia les trois témoins, ordonnant qu'on les traite avec déférence et convoqua la Table Ronde.

Dans une salle plus réduite, dans les sous-sols du château, le jeune Roi avait fait déménager la table de pierre du château des anciens rois. Ce fut son premier commandement, après son mariage. Il avait décrété que désormais, à chaque crise majeure, ce serait autour de cette table que seraient prises les décisions les plus graves et les plus impératives concernant l'avenir de Camelot. S'y tiendrait ceux qui avaient été les premiers à se porter volontaires durant la première attaque de Morgane. C'est pourquoi, au soir du cinquième jour, Arthur, Guenièvre, Merlin, Léon, Elyan, Perceval et Gauvain furent réunis autour de cette même table.

_ Comme vous le savez tous, commença Arthur, nous sommes en passe de subir une nouvelle attaque. Cette fois l'ennemi ne vient pas de l'intérieur, cependant il est clair que leur volonté de nuire ne faiblira pas avant qu'ils aient accompli leur sombre projet. Nous avons la chance d'avoir été prévenus, de nous être préparé à cet affrontement. Il reste un problème de taille cependant : nous n'avons aucun moyen de contrer leurs armes.

Tous acquiescèrent en silence.

_ Si je nous ai rassemblés ici, repris Arthur, c'est que, pour le moment, nous n'avons en perspective qu'un seul moyen d'essayer d'égaliser nos chances. Cependant, c'est une décision lourde de conséquences. D'autant plus s'il s'avère que nous avons une fois de plus été dupés. Je ne peux me reposer sur mon propre jugement, et risquer le péril de nous tous en me trompant. C'est pourquoi je m'en remets à vos avis, afin que nous prenions ensemble la bonne décision.

Tous avaient le regard braqué sur Arthur. Et Merlin sentait battre dans sa poitrine son cœur affolé.

_ Devons-nous ou pas accepter l'aident des Mages et les laisser entrer dans la citadelle ?

Il y en moment de silence, qui ne dura pas plus d'une minute, mais parut une éternité à chacun d'eux.

_ Arthur, intervint Sire Léon, je connais votre sentiment sur la Magie et sachant ce que vous avez vécu, je ne peux que vous approuver. Ceci dit, je me rappelle d'une fois où je fus mortellement blessé lors d'un combat. Je ne serais sûrement ici aujourd'hui, parmi vous, sans l'intervention des druides. Ils m'ont sauvé. Alors que rien ne les y obligeait. Et ils n'ont rien demandé en retour. Il est vrai que nous avons dû essuyer beaucoup d'attaques de sorciers maléfiques, mais devons-nous refuser de croire qu'il y ait des êtres compatissants parmi eux, désireux de voir régner la paix ?

_ Merci, Sire Léon. Quelqu'un veut-il ajouter quelque chose ?

Gauvain prit la parole, l'air désabusé :

_ Si nous nous battons seuls, nous perdrons sûrement. Si nous nous battons avec les sorciers, nous serons peut-être trahis. Entre un peut-être et un sûrement le choix est vite fait.

_ Elyan ? Perceval ? Désirez-vous parler ?

_ J'ai été possédé par l'esprit d'un druide, énonça Elyan. J'ai partagé sa colère et son ressentiment, mais surtout son chagrin et sa douleur, face à l'injustice dont il avait été victime, et dont rien n'avait pu le libérer. Peut-être est-il déjà trop tard, Arthur. Mais si nous ne faisons rien pour changer cet état de fait, alors nous ne devrons pas nous étonner que des attaques de ce genre se produisent et se renouvellent si par miracle nous parvenons à survivre à celle-ci.

_ Perceval ?

_ J'ai perdu toute ma famille à cause d'une sorcière. Je connais la capacité destructrice de la Magie. Mais quoiqu'il arrive, je me battrais à vos côtés. Je n'ai pas peur de la Mort. Et je préfère mourir en me battant, plutôt que vivre en esclavage.

Chacun des chevaliers approuvèrent leur camarade. Arthur se tourna vers Guenièvre qui lui sourit doucement.

_ En t'épousant, j'ai accepté de porter avec toi le poids des responsabilités de ce Royaume. J'aime ce peuple autant que toi. Et je donnerais ma vie pour chacun. C'est pourquoi pense que nous devons employer tous les moyens pour le protéger. Quitte à piétiner les lois du règne précédent. Il s'agit d'assurer notre survie et celle de nos sujets.

Arthur déposa un baiser chaleureux sur la main de son épouse, tout en lui rendant son regard amoureux et son sourire triste.

_ Et toi, Merlin. N'aurais-tu rien à dire? Ce serait bien la première fois.

En effet, depuis le début de la réunion, Merlin n'avait ouvert la bouche. Plongé en lui-même, il analysait chacune de ses émotions et de ses réflexions. Lorsqu'Arthur lui adressa la parole, le jeune sorcier regarda intensément son roi, avec une gravité qui lui était jusqu'alors inconnue.

_ Arthur, jusqu'ici vous n'avez eu affaire qu'à des sorciers malfaisants motivés par la haine et le désir de vengeance. Si bien que vous vous êtes convaincus que tous avaient juré votre perte. Me je crois pour ma part, qu'il y ait parmi eux des hommes et des femmes qui désirent vivre dans un monde de Paix et de Justice. C'est vrai, ils ont souffert qu'on les traite en paria, qu'on les traque, qu'on les exécute sans même entendre leur défense. Vous les avez punis lorsqu'ils vous nuisaient. Mais leur a-t-on jamais donné la chance de prouver qu'ils pouvaient être différents ? Si nous voulons que cette guerre cesse, il faut cesser de nous voir mutuellement comme des ennemis et essayer de travailler ensemble, main dans la main.

Arthur considéra un long moment son ami. Ces paroles avaient quelque chose de véhément, comme une supplique ou un appel à l'aide.

_ Acceptez l'aide des druides, Arthur, l'abjura Merlin. Et si un seul d'entre eux se retourne contre vous durant la bataille, je vous autorise à m'exécuter avec lui.

Ces derniers mots jetèrent un froid dans le groupe. Un moment, Merlin crut être allé trop loin. Emporté dans son discours, il avait oublié toute mesure et craignait de s'être trahi. Il croisa les yeux de Guenièvre et de Gauvain. Puis son regard se porta à nouveau sur Arthur.

_ Soit, dit celui-ci. Qu'il en soit ainsi. Si les sorciers reviennent aux portes de Camelot et demandent à se joindre à nous, nous accepterons leur aide. Et pour la première fois depuis plus de vingt-huit ans, Camelot comptera des druides et des mages dans ses rangs.


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