Voilà, après une semaine de (hum...hum...) sérieux. Je poste le nouveau chapitre. Bon celui-là c'est plus un condensé de minis récits. Qu'on fasse un peu connaissance avec ces nouveaux alliés un peu inattendus. J'espère que vous trouverez les seconds rôles intéressants. Moi, j'aime bien les travailler. Bien sûr c'est marrant de jouer avec les personnages pré-existants mais les autres, ce sont mes bébés.

En plus, j'ai passé des moments assez éprouvant pour les nerfs. Alors une petite séance d'estime de soi me ferait du bien. Donc si vous avez envie de laisser un mot gentil après votre lecture, surtout n'hésitez pas. Oui, bon... même si c'est pour dire que c'est pas terrible. ;)


Méléagant tint parole : le matin du sixième jour, les gardes annoncèrent l'attroupement d'une centaine d'hommes et de femmes portant capes et les insignes de l'Ancienne Religion. A leur tête, marchait Alator, le seul à porter le capuchon baissé. Les autres, soit par crainte, soit pour entretenir le mystère, gardaient leurs visages dissimulés. Ce fut avec une certaine mauvaise grâce, que les gardes les laissèrent pénétrer dans l'enceinte de la cité. Les chevaliers durent même se tenir près des lieutenants principaux afin de s'assurer qu'ils ne donneraient pas de contrordre ou qu'un soldat ne lance par mégarde une flèche sur les nouveaux arrivants.

Sur la terrasse de l'aile nord, Merlin regarda la troupe des sorciers pénétrer dans la cour intérieure du palais, soigneusement encadré par les gardes, dont les gestes et attitudes en disaient long sur leurs sentiments vis-à-vis de ces nouveaux alliés.

_ Ils ne sont pas rassurés.

Le jeune magicien se tourna vers Gwen, qui s'était discrètement glissé à ses côtés tandis qu'il observait les manœuvres.

_ Qui ça ? Les sorciers ou les gens de Camelot ?

_ Les deux, je dirais. On n'efface pas en un claquement de doigts vingt-six années de luttes et d'affrontements incessants. Hier ils étaient dans deux camps opposés, aujourd'hui ils doivent combattre côte à côte. Il y a de quoi être perplexe.

_ Je sais, soupira Merlin. J'aurais voulu avoir plus de temps. Mais le temps c'est toujours ce qui nous manque. On se donne un mal de chien pour réussir, pour que tout le monde s'en sorte. Mais les choses tournent rarement comme on le voudrait et le temps qu'on dise « ouf » on se retrouve face à des choix impossibles. De l'extérieur, c'est facile de juger. Mais lorsqu'on est devant le problème, c'est une autre histoire. Il arrive qu'on ne soit pas fier de nos actes, mais qu'on n'ait simplement pas trouvé d'autre recours.

Son regard croisa celui de la jeune reine. Cette dernière parut préoccupée et inquiète pour son ami.

_ Pardonne-moi, dit-il en se détournant. Ne fait pas attention à ce que je dis. La perspective d'une nouvelle bataille me rend mélancolique.

_ Je comprends, ne t'en fait pas. Arthur aussi est d'une humeur de chien. Il va sans dire que cette situation ne lui plait pas du tout…

_ Tu crois que j'ai eu tort d'insister, pour qu'il accepte leur offre ? Après tout, qu'est-ce qu'on sait d'eux ? Je me suis laissé emballer. Mais j'ai tellement envie que ça marche !…

_ Je comprends, l'assura Gwen. Tu as fait ce qui te paraissait le mieux. Comme toujours. Personne ne met en doute tes intentions ; ni moi, ni les chevaliers, ni Arthur…

_ Arthur risque de ne jamais me pardonner si j'échoue…

_ Tu sous-estimes l'attachement qu'il a pour toi. Je te l'accorde, ce n'est pas évident, vue qu'il n'est pas très démonstratif. Mais je peux t'assurer que tu comptes plus à ses yeux que des principes ou une loi archaïque. Si tu lui donnais une chance de te le montrer, tu pourrais être surpris.

Merlin fixa Guenièvre droit dans les yeux. Cette dernière soutint son regard sans ciller. L'espace d'un moment, le jeune magicien eut un doute sur le message que la reine tentait de lui faire passer. Puis finalement, elle se détourna tranquillement en disant avec un certain entrain :

_ Je devrais aller voir s'ils n'ont besoin de rien. Après tout, c'est mon devoir en tant qu'hôtesse.

_ Laisse, j'y vais. Ca inquiètera moins les gardes si c'est le valet du Roi plutôt que son épouse, qui vienne à leur rencontre.

Les sorcières et les druides avaient été réunis dans la cour d'entrée. Visiblement nerveux, ce qui pouvait se comprendre, ils jetaient des regards dans toutes les directions et gardaient un œil sur les soldats munis de lances et d'arbalètes qui ne relâchaient non plus leur surveillance. En s'efforçant d'adopter l'attitude la plus détendue possible, Merlin s'approcha du groupe et vint leur parler.

_ Tout va bien ?

_ En dehors du fait qu'on est encerclé par des soldats armés qui nous passeraient volontiers leurs épées à travers le corps, fit remarquer Mal-Foi assez sèchement, on se porte bien. Merci.

_ Arrête d'être aussi désagréable, le réprimanda Ana. Déjà que la situation n'est pas facile, si en plus tu en rajoutes, il y aura un mort avant la fin de la journée…

Mal-Foi n'ajouta rien, à part un gros soupir qui en disait long sur sa frustration.

_ Je comprends que vous ne soyez pas à l'aise, intervint Merlin. Si vous avez besoin de quoi que ce soit : eau, nourriture, des couvertures pour la nuit… Je peux demander au médecin de la cour de venir vous voir si vous avez besoin de soin…

_ On se passera de l'aide d'un usurpateur ! rétorqua Mal-Foi offensé. Merci bien !

_ Gaius est mon ami, s'emporta Merlin. Et mon mentor. Je vous conseille de lui témoigner le plus grand respect, si vous ne voulez pas que je perde patience…

_ Ce qu'il nous faudrait, intervint Alator afin de détourner la conversation, c'est d'une entrevue avec Arthur. Afin de décider du plan de bataille.

Merlin se mordit les lèvres. Déjà qu'Arthur acceptait à contrecœur que des sorciers et des druides campent sous ses fenêtres, si en plus il devait discuter stratégie militaire avec eux…

_ Je vais voir ce que je peux faire.

En partant pour rejoindre les appartements d'Arthur, Merlin croisa Gauvain dans les escaliers.

_ Gauvain, pourrais-je te demander un service ?

_ Tout ce que tu veux, Merl.

_ Voilà, la présence des gardes armés rend les druides assez nerveux…

_ C'est Arthur qui a insisté ! Tu sais comment il est…

_ Je sais. Je ne te demande pas de les faire partir, mais si tu pouvais… Distraire les sorciers.

_ Comment ?

_ Essaie de leur tenir compagnie, montre-toi amical. Histoire qu'ils n'aient pas l'impression que tout le monde veut leur faire la peau dans cette ville.

_ Très bien, je vais voir ce que je peux faire. Mais tu me laisses gérer ça à ma manière !

_ Tu as carte blanche. Mais par pitié ne les saoule pas !

_ Tu as dit carte blanche !

Merlin retrouva Arthur dans la salle du Conseil, penché sur des cartes, discutant avec des officiers militaires et le seigneur Léon. Le voyant très absorbé, le sorcier se tint à l'écart, préférant attendre plutôt que de les interrompre dans un débat d'importance et risquer de mettre le Roi dans de mauvaises dispositions. Enfin, Arthur finit par noter sa présence. Du moins, il regarda dans sa direction. Qu'il ait compris que Merlin voulait lui parler en particulier, ou qu'il en ait simplement fini, du moins il congédia les officiers et demeura dans la salle quand ils furent partis, faisant mine de jeter un dernier coup d'œil au plan de bataille.

_ Tu les as vus ? demanda-t-il sans lever la tête. Sont-ils installés ?

Merlin savait que ces questions lui étaient destinées, et y répondit brièvement :

_ Ils campent dans la cour, selon vos ordres.

_ Très bien. Les éclaireurs ont confirmé que l'ennemi serait aux abords de Camelot demain, peut-être en milieu de journée. Il faut nous tenir prêts.

_ Justement, à ce propos… Leur chef souhaiterait vous rencontrer, afin de discuter du plan de bataille…

_ Ils peuvent déjà s'estimer heureux que j'ai accepté leur offre, que je les laisse au sein de ma cité. Je ne vais pas en plus leur servir le pain et leur dire toutes mes stratégies.

_ Ce serait pourtant votre devoir, rétorqua Merlin indigné. A moins que votre intention soit de les prendre en otages…

_ Comment peux-tu penser une telle chose !

_ Je constate, simplement ! Tout le monde a compris que vous suivez cette stratégie à reculons. Serait-ce trop vous demander d'être un minimum civil envers eux ? A défaut d'avoir votre confiance, ils mériteraient votre considération ! Ils sont dans une ville où personne ne leur témoigne la moindre sympathie. Plus tard, ils vont devoir livrer bataille contre ceux de leur propre race ! Qui sait si dans les rangs adverses il ne se trouve pas un ami ou un frère contre lequel ils vont être obligés de se battre. Cette situation ne leur plait pas plus qu'à vous, mais eux ont fait l'effort de mettre de côté leurs ressentiments. Si vous voulez que ça marche, il faut que vous fassiez un pas dans leur direction. Que vous leur montriez que vous êtes avec eux et pas contre eux !

Arthur fut à la limite d'être consterné par la réaction de Merlin. Son serviteur paraissait réellement scandalisé par son attitude. En analysant ses propres pensées, le jeune roi se dit qu'en effet, son comportement manquait d'équité dans cette affaire.

_ Très bien, lâcha-t-il. Je vais leur parler. Mais pas plus d'une demi-heure. Et je m'en tiendrais au strict minimum.

_ Merci, Arthur.

Le Roi n'avait encore jamais vu son serviteur aussi véhément. On eut dit que cette affaire le touchait de près. Il se rappela alors de la première fois qu'il était venu dans le village d'origine de Merlin. Cet épisode remontait à si longtemps qu'il l'avait presque effacé de sa mémoire. Il se souvint de l'attaque et de ce jeune homme, William, mort en le défendant. Arthur l'avait surpris en train de déclencher une tempête en plein milieu du combat, pour chasser les attaquants. C'était l'ami d'enfance de Merlin. Il se rappelait avoir ressentit une légère jalousie devant la complicité des deux jeunes gens, alors que lui-même, prince de Camelot, ne pouvait se vanter d'avoir un homme de son âge dont il soit aussi proche. Son attitude lors des funérailles avait laissé à désirer. Merlin n'avait rien dit sur le coup, mais avec le recul, Arthur se dit qu'il aurait mieux fait de tenir sa langue ce jour-là. Son serviteur enterrait un ami et il n'avait pas besoin d'entendre des paroles désagréables sur son compte.

Il était vrai aussi que son serviteur n'avait jamais vraiment exprimé son opinion sur la Magie. Il se contentait d'écouter les sermons en hochant la tête sans faire de commentaire. Quand on lui disait que tous les sorciers étaient maléfiques, il faisait le muet – ce qui était assez incroyable chez lui – ou changeait de sujet.

Arthur se sentit bête tout d'un coup et terriblement maladroit. Encore plus que Merlin – ce qui n'était pas peu dire. Ce fut pourquoi, en arrivant devant Alator et Méléagant, il se montra encore plus courtois et civile que ce à quoi on s'attendait de lui. Ce fut même relativement assez facile.

Gauvain avait pris la liberté de faire monter un tonneau de vin épicé des cuisines, et proposé aux druides de boire avec lui. Ceux-ci avaient d'abords été méfiants, mais envoyant le chevalier vider sa coupe sans se faire prier, ils avaient finalement consenti à se joindre à lui.

Lorsqu'Arthur et Merlin arrivèrent dans la cour, ils étaient dispersés en petits groupes réunis autour des braseros installés pour la nuit, et devisaient de chose et d'autre. Gauvain débattait même avec un grand sorcier aux boucles noires :

_ Non, moi je dis que la meilleure au monde, c'est celle Kantanar. Elle vous laisse un goût sucré sur la langue, qui reste incomparable.

_ Bah ! Je préfère les boissons plus amères de toute façon. J'aime ce qui brûle la gorge. Celle de Candora, une fois qu'elle est bien passée, vous pouvez assommer douze hommes d'un coup sans même vous sentir chanceler.

_ Pour moi, la seule bière que j'aime, c'est celle que l'on fabriquait dans le village de Gaelle'ch, intervint un jeune sorcier qui s'était joint à la conversation.

_ Gaelle'ch ? lança Perceval, qui passait dans la cour rejoindre la salle d'armes. Vous connaissez ce village ?

_ J'y ai vécu de ma naissance jusqu'à mes huit ans, répondit l'interrogé. Lorsque la Grande Purge a commencé, ma famille a été obligée de partir. On était guérisseur de père en fils, et mes ancêtres ont toujours suivi l'enseignement des druides. J'aimais bien cet endroit. C'est le seul, où je me sois senti chez moi.

_ J'en viens également, repartit Perceval.

_ Vraiment. Qu'est-ce que c'est devenu ?

_ Le village a été rasé par l'armée de Cenred. Presque personne n'a survécu. J'ai été obligé de partir à mon tour.

_ Oh, par les Dieux, c'est affreux ! s'exclama le jeune sorcier, sincèrement peiné. Je suis désolé. J'ai souvent eu envie d'y revenir, mais je ne savais pas comment les gens m'accueilleraient. Les villageois aimaient bien mon grand-père, mais après les réformes d'Uther…

_ Quel est ton nom ?

_ Kay Gildas.

_ Kay Gildas. Alors serais-tu apparenté à Kebalar Gildas, dit le vieux Gildas ?

_ Evidemment, c'était mon grand-père. Tu l'as connu ?

_ C'est lui qui m'a soigné lorsque je me suis cassé la jambe en tombant d'un arbre quand j'avais cinq. Et pour pas mal d'autres blessures…

_ C'est toi, Perceval ? Le fils du porcher. Grand-Père disant toujours que si tu arrivais à ne pas te rompre le cou, tu deviendrais une véritable force de la nature.

_ J'adorais ce vieil homme. C'était le seul à ne pas me parler comme si j'étais un idiot. Les autres n'ont jamais voulu me dire pourquoi il était parti. Mais aujourd'hui je comprends. Je me suis parfois demandé ce qu'il était devenu.

_ Il est mort.

Ce fut au tour de Perceval de paraitre ébranlé.

_ J'en suis navré. Il…il n'a pas été exécuté ?

_ Non, répondit précipitamment Kay. Non, les soldats ne nous ont jamais attrapés. Mais il était vieux et cette vie de nomade n'était vraiment pas faite pour lui. Un soir, on campait dans une clairière, il s'est endormi près du feu et il ne s'est jamais réveillé. Mon père et mon oncle l'ont enterré à l'endroit même. Ca a été rapide. Il n'a même pas souffert. C'était le mieux qu'on pouvait espérer. Beaucoup n'ont pas eu cette chance.

Perceval fut très ébranlé par ce récit. Kay et lui passèrent le reste de la soirée dans leur coin, à partager leur souvenir d'enfance et les épreuves qui les avaient conduit jusqu'à Camelot.

Gwen, enhardie par l'attitude des chevaliers et de son époux, c'était jointe aux « invités ». Elle s'était même trouvé des compagnes intéressantes dans les personnes d'Anamaréllys et d'une autre jeune sorcière nommée Gwyneth. Une jeune fille toute maigre, avec une longue tresse blonde et des tâches de rousseur. La jeune reine ne tarda pas à remarquer que le jeune homme que tous appelaient Mal-Foi ne restait jamais loin de la belle Ana. Il lui arrivait même de glisser un regard langoureux vers elle. Mais la jeune sorcière semblait l'ignorer. Les seules fois où elle lui adressait la parole c'était pour se moquer ou lui dire de se taire. Gwen finit par prendre en pitié le jeune homme, qui essuyait les attaques de sa dulcinée sans se plaindre. Elle voulu l'inviter à ce joindre à la conversation. Après réflexion, elle se dit qu'elle aurait pu choisir un meilleur angle d'attaque que :

_ Pourquoi les autres vous appellent-ils Mal-Foi ?

Mal-Foi parut légèrement surpris. Moins par la question en elle-même que par le fait qu'on l'invite à parler.

_ Parce qu'ils disent que j'aime râler pour un oui ou pour un non. Je ne suis pas un hypocrite moi. Je dis les choses comme je les pense. Et si cela déplait à certains, c'est leur problème.

_ Et ce surnom ne vous dérange pas ?

_ C'est pas le pire, répliqua Ana. Avant, ils l'appelaient Ferme-Ta-Gueule (1).

En effet, quitte à choisir, « Mal-Foi » n'était pas si mal.

_ Vous voyagez depuis longtemps ensemble ?

_ On a grandi dans le même village, répondit Ana à la place de son compagnon. Déjà enfant, il passait son temps à gémir et à se plaindre : « Non, je veux pas nager, il fait trop froid. » « Cet arbre est véreux, je grimperais pas dessus » « Les pommes sont pourries » « le cidre est trop amer » et patati et patata… Une fois les autres en ont eu tellement marre qu'ils lui ont jeté un sort de saucisson. Il est resté, pendant trois jours, raide comme un poireau, sans pouvoir bouger un orteil. Sa mère était obligée de lui glisser sa nourriture dans la bouche.

Ana rit à gorge déployée et son rire cristallin résonna sur les murs de la cour. Mal-Foi, pour sa part, rougissait jusqu'aux oreilles et n'osait plus dire un mot.

Enfin, les uns après les autres, les chevaliers regagnèrent leurs appartements, tandis que les campeurs s'installaient pour la nuit. Merlin alla assister Arthur pour son couché, comme à son habitude. Mais lorsqu'il fut sûr que le Roi était endormi, il revint dans la cour. Seul Saunémaïne, Alator et Méléagant étaient encore éveillés. Tous leurs autres compagnons dormaient à point fermé, ou du moins s'efforçaient de trouver le sommeil. Presque naturellement, Merlin vint s'assoir à leurs côtés, bien qu'il se fit l'effet d'un conspirateur entouré de conspirateurs, la présence des trois hommes le mettait à l'aise. Il avait si peu eu l'occasion de dialoguer avec de vrais magiciens, des êtres nés avec la Magie, comme lui, que cette réunion officieuse lui fait l'effet d'avoir enfin trouvé sa place.

_ Le Roi nous a fait part de ces plans, commança Alator tranquillement. Nous accompagnerons les combattants en première ligne en nous efforçant de repousser le plus de sorciers possibles. Ce ne sera pas facile, ils vont se défendre. Mais ils ne s'attendent pas à ce que nous soyons aussi nombreux à avoir rejoint le camp d'Arthur. Nous bénéficierons d'un effet de surprise.

_ A ce propos, dit Merlin, je voulais vous remercier d'être venus. Je sais que c'est très dangereux pour vous et vous êtes face à une position très pénible : de devoir choisir entre servir Arthur ou aider vos frères…

_ Ce ne sont plus nos frère, rétorqua abruptement Méléagant. Ils ont trahi Mâab, ils se sont rebellés contre la Destinée. Un sorcier digne de ce nom ne brave pas ainsi l'ordre des choses. Nous avons tous souffert, mais la souffrance n'excuse pas un tel blasphème !

_ Puis-je vous poser une question directe ?

Merlin était assez choqué par les propos plutôt intransigeants de Méléagant. Ces deux compagnons n'ajoutèrent rien, même si leur avis paraissait plus partagé sur la question.

_ Allez-y, Emrys, l'invita Alator, visiblement désireux de changer de sujet.

_ Comment faites-vous pour avoir une telle foi en Mâab ? Après tout, vous dites qu'en dehors de vous avertir du danger, elle n'a rien fait pour vous aidez depuis plus de vingt ans. Vous seriez en droit de vous détourner d'elle…

_ Et toi, Emrys ? demanda posément Alator. Comment fais-tu pour soutenir Arthur depuis si longtemps ? Alors qu'il semble peu enclin à changer de position sur la Magie. Qui plus est, après toutes ces années et tous les services que tu lui as rendus, il continue de te traiter comme un serviteur. Tu serais en droit de partir en estimant en avoir assez fait…

_ Il n'en sera pas toujours ainsi, se défendit Merlin. Arthur peut paraitre buté parfois. Mais en six ans il a fait de gros progrès. J'aurais l'impression de le trahir si je partais maintenant, au prétexte que ça devient pénible.

_ Il en va de même pour nous. Nous ne vénérons pas la Reine Mâab pour les services qu'elle nous rend ou la protection qu'elle nous offre. Mais parce qu'au travers de son enseignement, nous avons accès à des connaissances qui nous aident à mieux comprendre le Monde et à cerner nos véritables besoins, à distinguer l'indispensable du superflu. Mais Mâab est un professeur exigeant, et il est vrai qu'elle peut parfois se montrer extrêmement cruelle. Mais aucune leçon ne vaut le coup d'être apprise si elle n'est pas difficile.

Merlin écouta attentivement l'exposé d'Alator et du admettre la sagesse de ses paroles. Il se sentit également proche d'eux en se disant que la foi que les sorciers portaient en leur déesse était comparable à sa foi envers Arthur.

_ Demain, dit Méléagant, l'épreuve la plus difficile sera pour toi, Emrys.

Le jeune sorcier dressa l'oreille.

_ Bien sûr nous ferons notre possible pour écarter le gros des troupes ennemies, mais il est un adversaire contre lequel nous seront démunis et c'est Jazor lui-même.

_ Vous ne m'avez pas dit au juste qui est ce Jazor. D'où vient-il ? Quelle est son histoire ?

_ Jazor était autrefois un des plus grands disciples de Mâab. Il était respecté et par notre peuple et par celui d'Uther. Les rois et les mages venaient de très loin pour lui demander conseil. Mais lorsqu'Uther a ordonné la Grande Purge, il a fait raser l'endroit où résidait le sorcier. C'était un lieu sacré, extrêmement respecté. Les soldats qui ont exécuté cet ordre ont tous été frappés par la peste, comme punition divine. Ils sont morts dans d'atroces souffrances. Uther a accusé Jazor d'en être le seul responsable. Il l'a fait pourchasser à très les cinq royaumes, arrêtant et condamnant à mort tous ceux qui lui offraient une aide, même infime. Lui que les sorciers adoraient, que les rois respectaient, s'est retrouvé réduit à l'état le plus misérable. Obligé de mendier quelques graines d'avoine. De se terré au fond des bois, comme un animal. Depuis ce jour, Jazor en a conçu une haine farouche contre tous les Pendragons : non seulement contre Uther mais aussi contre ses enfants.

_ C'est pourquoi, il n'a pas offert son aide à Morgane lorsqu'elle a volé le trône.

_ Et il déteste Arthur, car c'est sa naissance qui a déclenché le début des persécutions. Tu vas devoir surveiller de près ton roi, Emrys. Car Jazor est bien déterminé à le tuer. La colère de Mâab ne lui fait plus peur. Et c'est un sorcier puissant, plus puissant que nous tous réunis.

Alator et Méléagant allèrent se coucher, après avoir donné leurs derniers conseils à Merlin. Il ne resta plus d'éveiller dans la cour, que Saunémaïne et le fruit de Mâab. Merlin n'avait aucune envie de dormir. La perspective du combat qui s'annonçait demain l'empêchait de trouver le sommeil. Et temps qu'il lui restait un compagnon avec qui papoter, autant en profiter.

_ Je me demandais… "Saunémaïne", ce n'est pas un nom d'ici ? Du moins c'est la première fois que j'entends quelque chose de semblable…

_ En effet, répondit l'interrogé, et je doute que tu en croises un qui en ait un semblable. La langue dont il est issu n'est même pas parlée dans tout Albion.

_ D'où vient-elle alors ?

_ De Brocéliande.

_ Je n'en ai jamais entendu parler.

_ C'est une forêt sacrée qui se trouve hors d'Albion. Pour la trouver, il faut traverser la Mer du Sud, on arrive alors sur une terre nouvelle où les druides et les hommes du commun vivent en paix et en parfaite harmonie. Brocéliande est très difficile à trouver car on dit qu'elle est mouvante : on ne la trouve jamais deux fois au même endroit. Elle n'apparait qu'aux voyageurs égarés dont le cœur est pur ou aux mages qui recherchent un havre de paix.

_ Et vous êtes né là-bas ?

_ Moi non. Mais ma mère a vu le jour dans cette forêt. Lorsque nous étions enfants, elle nous racontait à mes frères et à moi les légendes et les contes qui circulaient dans son pays. Elle nous décrivait la forêt dans ses histoires, si bien que j'avais l'impression d'avoir moi aussi vécu là-bas et d'en connaitre chaque arbre, chaque créature, tous animés d'une âme et d'une vie propre.

_ Ce doit-être vraiment fabuleux… commenta Merlin, rêveur. Pourquoi vous n'avez pas cherché à retrouver cet endroit ?

_ Je l'ai fait. Il y a de cela deux ans, j'y ai emmené mes enfants et les ai laissés là-bas. Si les dieux m'accordent une longue vie, j'irais les rejoindre dès que tout sera réglé ici.

_ Pourquoi ? Je veux dire… Pourquoi est-ce si important pour que vous ayez laissé vos enfants là-bas et que vous soyez revenu ?

Saune parut s'assombrir un instant. Merlin craignit de s'être montré indiscret, mais finalement son compagnon poursuivit :

_ La mère de mes enfants était une très belle femme. Elle était sage, très pieuse et elle avait un fichu caractère.

Saune eut un large sourire en faisant ce commentaire. Ses yeux s'illuminant d'une flamme radieuse.

_ Et quand elle parlait tout le monde l'écoutait, car elle savait utiliser les bons arguments et était toujours juste dans ses propos. Quand Jazor a commencé à recruter des sorciers pour son armée, il est passé par notre refuge. Nimora, ma femme, s'est immédiatement opposée à lui. Elle exhortait les gens à ne pas croire en ses mensonges. Et elle parvenait à en convaincre la plupart…

Ce fut à ce moment là, que de l'eau apparut au coin des yeux de Saune.

_ Un jour, où je m'étais absenté de la maison, je suis rentrée très tard. A la minute où je me suis approché de la maison, j'ai su que quelque chose n'était pas normal. Le feu n'était pas allumé, il faisait noir et on était en pleine hiver. En franchissant le pas de la porte, je l'ai appelée, mais personne ne m'a répondu. Elle était étendue sur le plancher, du sang sur le visage et elle ne respirait plus.

Les larmes coulèrent sur ses joues, doucement.

_ J'ai retrouvé ceci, à côté d'elle.

Saune lui montra une médaille sculptée dans du bois de saule, représentant une spirale.

_ C'est l'emblème de Jazor, commenta Saune. Ma femme le gênait dans ses projets, alors sans hésitation il l'a tuée. Comme on écrase un insecte. Je me suis juré que je n'aurais pas un instant de paix, temps que je ne l'aurais pas vengée : en ruinant les plans de Jazor et en l'empêchant de briser les vies d'autres personnes.

Pour conclure, Saune jeta la médaille dans le brasero.


1. A ce propos, j'envoie quoi à Bradley James pour son anniversaire : un petit bouc ou une caisse d'écureilles ?