Dernier chapitre et conclusion de cette histoire. Un grand merci à tous mes lecteurs/lectrices, j'espère ne pas vous avoir déçus, et à Shima-chan, pour son aide précieuse.
Le jour était levé depuis quatre heures, lorsque le tocsin sonna dans Camelot, annonçant le retour du roi Arthur. Une foule en liesse se regroupa tout le long du chemin, de l'entrée de la ville-basse jusqu'aux portes du palais, pour saluer son retour. Bien sûr, les badauds ne manquèrent pas de remarquer Merlin, assis en croupe derrière Arthur. Même si des murmures intrigués circulaient autour d'eux, cela n'entama pas l'enthousiasme général. Certains hardis osaient même s'approcher, tendre le bras pour toucher les jambières ou les genoux du Roi. Merlin sentit même certaines de ces mains le frôler, faisant monter en lui un frisson irrésistible dont il lui était difficile de déterminer la nature.
Enfin, ils arrivèrent dans la cour du palais, où les gardes alignés firent une haie d'honneur pour les accueillir. Au pied du grand escalier d'honneur, se tenaient Guenièvre, ainsi que les quatre chevaliers, Gaius et, à la stupéfaction de Merlin, Hunith.
Arthur descendit le premier de cheval, aussitôt reçu dans les bras de sa reine, les chevaliers formant un cercle autour d'eux. Merlin mit tout son temps pour faire de même, avec des gestes extrêmement lents. A peine eut-il posé le pied à terre que Gaius et Hunith l'entourèrent de leurs bras. Il ne sut comment il s'en dégagea, mais il vit Gauvain s'avancer vers lui, lui tendant la main. Mais une autre s'abattit sur son épaule.
Arthur, sans le regarder, s'adressa à Léon :
– Les druides sont-ils toujours là ?
– Ils n'ont pas bougé, Altesse. Aucun mal ne leur a été fait, comme vous l'avez ordonné.
– Bien. Réunissez-les sur la grande place. Réunissez tout le monde. Je veux que tous les habitants de Camelot, du premier courtisan jusqu'à la gardienne d'oies, soient présents. Est-ce clair ?
– Tout à fait, Sire.
– Prévenez-moi lorsque ce sera fait.
Et sans ajouter un mot, il pénétra dans le château, entraînant Merlin avec lui, dont il n'avait pas lâché l'épaule.
Environ deux heures plus tard, toute la citadelle était réunie sous le grand balcon de pierre du château. Il ne manquait personne à l'appel. Du plus éminent aristocrate au plus modeste domestique ou mendiant. Les druides et les magiciens qui avaient participé à la défense de la ville se tenaient eux-mêmes au milieu de la foule. Tous attendaient avec fébrilité l'arrivée d'Arthur. De hautes personnalités de la Cour se tenaient déjà sur le balcon. Les observateurs pouvaient noter le visage tendu du seigneur Gauvain, le regard inquiet de la reine Guenièvre et l'expression figée des chevaliers.
Enfin, les trompettes retentirent, annonçant l'arrivée d'Arthur. La fébrilité électrique qui régnait au sein de l'assistance redoubla lorsqu'Arthur apparut enfin, suivi de près par Merlin.
Le Roi vint se placer sur le bord de la balustrade, face à son peuple, et Merlin se plaça à sa droite. Nulle n'aurait su dire quelle pensée occupait son esprit à cet instant. La tête et le dos droits, le regard fixe et lointain, les mains jointes dans le dos, le jeune magicien était l'incarnation même de la dignité et de la tension.
Arthur prit alors la parole :
– Citoyens de Camelot, en ces heures sombres qui ont marqué notre cité, vous avez tous fait preuve d'un courage et d'une loyauté sans faille. Me rendant fier d'être votre souverain et m'incitant à toujours me montrer digne du dévouement dont vous m'avez honoré. C'est pourquoi, en ce jour même, je veux moi aussi vous prouver ma loyauté et ma gratitude par un geste qui ne manquera pas d'avoir des répercussions sur mon règne à venir et – j'ose l'espérer – celui de mes successeurs.
Ce faisant, il posa à nouveau sa main sur l'épaule de Merlin.
– Cet homme, que beaucoup d'entre vous connaissent, Merlin, est mon serviteur depuis maintenant six ans. Au cours de toutes ces années, il a été de toutes les guerres, de toutes les batailles, face au danger, au péril de sa propre vie. Et malgré cela, sa loyauté et son courage n'ont jamais faibli. A maintes reprises, sa sagesse et ses conseils nous ont permis d'échapper à la catastrophe. Il y a peu encore, nous le prenions tous pour un homme ordinaire. Mais son duel face au sorcier Jazor nous a révélé à tous sa véritable identité : Merlin est un sorcier.
» Un sorcier qui a non seulement su vaincre l'un des mages les puissants que Camelot ait eu à affronter, mais qui en a combattu et terrassé bien d'autres avant ce jour. Oui, depuis six ans, Merlin œuvre dans le plus grand secret contre les ennemis de Camelot en usant de ses pouvoirs magiques, qui semblent ne connaître aucune limite. Et pour ce faire, il a agi au mépris de la loi, dans la clandestinité, sans jamais recevoir la moindre récompense ou le moindre châtiment. Pour me sauver. Pour nous sauver tous.
» Et en vertu de la loi éditée par Uther Pendragon, proscrivant tout usage de la magie, la justice exige que Merlin soit mis à mort.
Un sursaut agita l'assemblée. Un bourdonnement de murmures indignés fit vibrer les oreilles d'Arthur. Sur le balcon même, la Reine et les chevaliers semblaient avoir été frappés par la foudre.
Seul le principal intéressé demeura imperturbable à la tombée de cette déclaration. Merlin aurait presque pu paraître détaché, étranger à l'affaire, comme si le discours qui venait d'être prononcé ne le concernait en rien ou qu'il n'en avait pas écouté un mot. Ce qui en réalité n'aurait pu être plus faux. Non seulement Merlin n'avait pas perdu une miette du discours d'Arthur, mais il en avait analysé chaque mot, pesé chaque silence, comme Arthur l'avait fait lui-même. Il vit même la main de son roi se lever pour exiger le silence, comme s'il ce fût agi de la sienne.
– Mais, lança Arthur, moi je dis : que seul un fou peut récompenser le dévouement et le courage par la Mort. Bien que Merlin ait enfreint la loi, bien qu'il se soit rendu coupable de sorcellerie, qu'il ait agi dans la clandestinité et la dissimulation, son seul et unique but était de défendre Camelot et chacun de ses habitants, tout simplement en usant du talent qui était le sien. C'est pourquoi, moi, Arthur Pendragon, déclare que Merlin d'Ealdor n'a commis aucun crime, ne s'est rendu coupable d'aucune traîtrise. Qu'il a agi pour le bien de tous et qu'il est digne de toute notre gratitude et de tous les honneurs.
» En vertu de cela, je déclare qu'à compter de ce jour, la Magie est de nouveau la bienvenue au sein du royaume de Camelot que plus aucun sorcier, druide, guérisseur ou mage, si son désir est de vivre en paix ou de servir les intérêts du Royaume, n'a rien à redouter de nous et peut pratiquer son art et sa science en toute liberté et quiétude. Cette loi prend effet immédiat.
Il y eut un instant de flottement dans l'assemblée, où chacun eut l'impression d'avoir cessé de respirer. Quand une exclamation de joie perça le silence :
– Vive le roi Arthur !
En un éclair, la phrase fut reprise par toutes les bouches :
« VIVE LE ROI ARTHUR ! LONGUE VIE AU ROI ARTHUR ! »
Sur le balcon de pierre, l'allégresse s'était emparée de chacun. Si bien que les chevaliers, oubliant toute retenue se précipitèrent pour prendre Merlin dans leurs bras. Guenièvre elle-même serra la main du jeune magicien dans les siennes et la garda un long moment. Merlin, pour sa part, ne quittait pas des yeux le visage baigné de larmes d'Hunith – c'était elle qui avait poussé le premier cri d'allégresse que tous reprenaient en chœur – dont Gaius tenait les épaules avec chaleur.
« Vive Merlin ! »
L'intéressé sursauta brusquement à l'entente de son nom, qui fut repris par une part de l'assistance.
« Vive Merlin ! Gloire au magicien de Camelot ! »
Bientôt, les noms de Merlin et Arthur furent acclamés de concert, se fondant dans la même intensité en une clameur unique :
« GLOIRE AU ROI ARTHUR ET A L'ENCHANTEUR MERLIN ! »
Enfin, après encore quelques minutes, Arthur invita la foule à se disperser, promettant que des festivités suivraient bientôt, pour marquer le début d'une nouvelle ère. Tous quittèrent le balcon pour regagner l'intérieur du palais. Merlin ne sentait plus ses pieds toucher terre. Ce jour pour lequel il s'était tant battu, pour lequel il avait tout donné, était enfin arrivé. Entré dans une sorte d'état second, depuis qu'Arthur avait annoncé la légalisation de la Magie, il avait suivi le groupe sans vraiment savoir où il allait, jusqu'à ce qu'il sente les deux bras d'Arthur se refermer sur lui dans une étreinte fusionnelle. Ce geste fut assez exceptionnel pour le faire sortir de sa transe. Jamais encore Arthur ne s'était laissé aller à un geste aussi démonstratif surtout en public. Merlin osa même lui rendre son étreinte en passant ses bras dans le dos de son souverain.
– Promets-moi une chose, Merlin, souffla Arthur à l'oreille de son ami.
– Tout ce que vous voudrez, Arthur.
– Qu'il n'y aura plus de mensonge entre nous.
– Sur ma vie, mon Roi, plus jamais je ne vous mentirais.
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Rendez-vous dans une prochaine fic.
