NDA : Je reste… insatisfaite de ce chapitre. Je continue à essayer de le corriger, mais je ne sais pas précisément ce qui ne va pas. Il semble épisodique, je suppose, et je n'arrive pas à dire si c'est équilibré ou juste trop compliqué et complètement aléatoire. J'imagine que je vous laisserai décider. En tout cas, enfin, le voilà, avec amour. Je ne possède rien que vous reconnaissez, etc. Merci à tous ceux qui continuent à lire et à ceux qui continuent à reviewer… Je ne vous mérite pas, mais c'est vous qui m'avez donné envie de continuer avec cette histoire, donc ce chapitre est pour vous.
NDT : J'ai eu une petite baisse de motivation qui avait commencé avec le chapitre 3 et a continué ici, d'où la certaine durée entre les sorties (plus le fait que ce sont des gros chapitres, vous avez 43 pages word ici), mais s'il y a une chose que je peux vous promettre, c'est que je n'abandonnerai pas cette traduction, donc pas d'inquiétude ! Merci pour votre patience, et bonne lecture.
Chapitre 4
Chaque septembre, Dumbledore traînait Severus Snape loin de son emploi du temps immensément chargé afin de participer à la réunion annuelle des directeurs de Maison. C'était long et pénible, largement dû au fait que chaque directeur de Maison avait une opinion légèrement différente sur chaque question, et c'était rare quand un troisième vendredi de septembre, Severus Snape apprenait quelque chose qui lui importait ou qu'il ne connaissait pas déjà durant la réunion des directeurs de Maison. De ce fait, cela lui semblait être une soirée gâchée de façon phénoménale. La seule raison pour laquelle il venait était pour empêcher Albus de mettre à exécution une forme de vengeance mesquine, dont les résultats seraient indubitablement de mauvais goût et/ou lui provoqueraient un mal de crâne.
En 1986, quand Severus avait manqué pour la dernière fois une réunion d'équipe, le Directeur avait demandé gaiement aux elfes de maison de peindre les chaudrons du Maître des Potions en rose. Sans lui dire. Encore mieux, le Directeur avait eu l'idée de construire ensuite une illusion sélective d'étain noir uni sur les chaudrons, lié à la signature magique de Severus. Il n'y avait qu'Albus, réfléchit Severus plus tard, pour lancer à tout-va des magies aussi énormément difficiles que celles-là pour une simple farce. Imaginez sa surprise quand, en entrant dans sa salle de classe lundi matin et sortant un chaudron de son placard pour montrer une nouvelle potion pour ses élèves de NEWT, la classe entière avait éclaté de rire. Le bruit joyeux était sans précédent dans sa salle de classe, et bien que Severus eût rapidement défait l'illusion et retiré d'un sort la couleur abjecte, l'histoire s'était répandue comme un feu de forêt avant le déjeuner, et Severus n'avait plus jamais manqué une réunion d'équipe depuis.
Peu importe ce qui pouvait être dit quant au sens de l'humour tordu du Directeur, ses méthodes étaient certainement efficaces.
Donc Severus était assis là, silencieux et guère impressionné par les causettes inconséquentes de ses collègues, à siroter une tasse de thé fort et à attendre que le Directeur arrive pour qu'ils puissent commencer cette farce de réunion. Il n'admettrait jamais qu'il trouvait ses confrères directeurs de Maison légèrement moins irritants que le reste des hommes joviaux du Directeur, même s'il avait la suspicion pernicieuse que les trois autres se considéraient comme amis proches. S'il ne les désabusait pas de cette notion, eh bien, c'étaient ses affaires.
Albus arriva, enfin, et ils commencèrent la réunion avec les annonces habituelles de début de semestre, suivies par l'ouverture des rideaux de la scène de théâtre. Minerva, comme d'habitude, la saisit avec une vigueur qui démentait son âge :
« Nous devons vraiment décider de ce que nous allons faire concernant Marcus Flint, dit sèchement la directrice de Gryffondor. Il s'en est sorti avec un plagiat évident et flagrant toute l'année dernière, et j'admets que l'on a été un petit peu distrait par la maladie, mais on l'a laissé faire bien trop longtemps.
— Je dois dire, cela n'a pas l'air d'avoir changé du tout cette année, ajouta Pomona. Donc nous pouvons être sûrs que qui que ce soit qui fait les devoirs de Flint n'a pas terminé ses études l'année dernière.
— Mais nous ne savons toujours pas qui les fait, dit Filius. Et sans ça ou une autre preuve significative, on ne peut pas punir Mr. Flint.
— Exactement, s'exprima Severus pour soutenir Flint. De plus, je dois questionner si, dans ce cas-ci, Mr. Flint a réellement besoin d'être puni. »
Minerva soupira bruyamment.
« Et nous y voilà encore. Je t'en prie, Severus, dis-nous exactement pourquoi un de tes serpents devraient encore une fois recevoir un traitement de faveur ? »
Tu es bien placée pour parler, pensa Severus de façon plutôt sarcastique, repensant à tous ces misérables lions qui restaient impunis, mais il dit simplement :
« Dis-moi, Minerva, pourquoi est-ce que l'on donne des devoirs aux enfants ? Est-ce pour les punir ?
— Certainement pas, intervint Filius. C'est pour les aider à apprendre et aussi à jauger leur vitesse d'apprentissage et de compréhension.
— Donc nous sommes d'accord que les devoirs sont pour le bénéfice des élèves, pas le nôtre ? demanda de façon rhétorique Severus, ignorant le regard noir de Minerva. Dans ce cas, il me semble que Mr. Flint a reconnu le but des devoirs et fait un jugement plutôt éclairé concernant l'usage de son temps. S'il connait déjà le contenu, quel est le but de le forcer à le régurgiter à ses professeurs, quand c'est un gâchis à la fois de son temps et du nôtre à devoir noter une rédaction de plus ?
— Ce n'est pas à l'élève de décider ce dont il a besoin ou pas de faire… commença Minerva, mais Severus la coupa.
— Alors peut-être que l'on devrait laisser décider pour nous les résultats des tests, que tu admettras toi-même sont impartiaux. »
Severus sortit un rouleau de parchemin qu'il avait amené pour cette éventualité même et le fit passer.
« Marcus Flint n'a reçu que des O à ses BUSEs cette année, et je ne crois pas exagérer quand je dis qu'il aurait fait tout aussi bien s'il avait eu la chance de les passer l'année précédente.
— Ça alors, dit Pomona en levant les deux sourcils au rouleau de parchemin. En effet. Et dans tellement de matières aussi. Arithmancie, Runes, et Soins aux Créatures Magiques. Je ne me rappelle pas qu'il était dans ce dernier cours, par contre…
— Il ne l'était pas, dit Severus, avec un sourire juste en coin. Il a passé l'examen sans suivre un seul cours. Tel que je le comprends, il a étudié pendant quelques mois avec Alesana Selwyn, une amatrice de créature bien connue, avant de s'enregistrer pour l'examen. Clairement, il trouve les cours ici à Poudlard à la fois lents et inutiles pour ses études. »
Minerva se pinça les lèvres, mais même elle ne pouvait pas manquer d'être impressionnée.
« Il est brillant, il n'y a pas de doute là-dessus, mais le fait reste qu'il bafoue les attentes académiques placées sur lui par ses professeurs et force un autre élève à faire son travail. Peu importe à quel point il est remarquable, ce n'est pas une excuse pour de la fainéantise et du harcèlement.
— Sauf que nous n'avons pas la preuve de la fainéantise ou du harcèlement, dit Pomona en fronçant les sourcils. Parce qu'il rend tous ses devoirs et nous n'avons pas encore entendu un murmure de plainte d'un autre élève. Qu'est-ce que l'on peut faire à part attendre et regarder ?
— Est-ce que l'on n'a vraiment aucune idée de qui pourrait être l'autre élève ? demanda Filius avec hésitation. On sait que ce n'était pas un des derniers septième année parce que son travail a la même voix cette année, ce qui rend d'autant plus probable que ce soit un sixième ou un septième année maintenant. Cela pourrait être un cinquième année, mais je ne vois pas Flint trouver un quatrième année ou quelqu'un de plus jeune pour faire ses devoirs de niveau BUSE l'année dernière. »
Minerva toussa inconfortablement et prit la parole :
« Il se pourrait que j'aie un nom… cela me semble extrêmement improbable, mais les similarités entre les devoirs sont… notables. »
Severus pouvait dire au regard sur son visage qu'elle parlait de l'un de ses petits lions. Cela l'ulcérait d'une amertume terrible d'admettre un jour qu'une de ses charges pourrait être moins que noble.
« Qui, Minerva ? demanda Filius. Je n'ai vu aucune similarité dans la façon d'écrire parmi mes autres années supérieures.
— Ce n'est pas le style qui est similaire, dit Minerva avec précaution, c'est le contenu. Je parle de Percy Weasley. Ses rédactions sont écrites dans un ton et une voix complètement différents de celles de Flint, mais il parle de choses très similaires. Il a des interprétations similaires sur les sujets et il les approche par le même angle, plus souvent que non. Mr. Weasley pose aussi souvent des questions en cours, que j'ai remarquées ont tendance à être en relation avec les choses écrites dans les rédactions de Mr. Flint. Dans l'ensemble… c'est une tendance perturbante.
— Peut-être, mais Percy Weasley ? répéta Pomona avec incrédulité. Il ne tolèrerait pas plus de tricherie qu'il ne rendrait son badge de préfet. Ce serait la dernière personne à faire des faveurs à Marcus Flint, hormis peut-être Olivier Dubois, et la première personne à rapporter une tentative de harcèlement ou de chantage, même sur sa personne.
— J'aurais pensé cela aussi, mais… »
Minerva haussa les épaules avec impuissance.
« Bref, est-ce que vous autres pouvez garder un œil sur le travail de ces deux élèves ? Peut-être que je me trompe, mais sinon…
— Mr. Weasley serait puni également, tu réalises ? ajouta Filius tristement. Il a contribué à la tricherie, que ce soit sous la dureté ou non.
— J'en suis consciente, dit Minerva avec raideur. Néanmoins, la justice doit être faite. »
Severus fut tenté de lever les yeux au ciel à la pure dramatisation qui avait lieu dans la pièce. Il était seulement reconnaissant que le Directeur n'ait pas encore parlé, comme il y avait seulement tant de niaiserie et de balivernes qu'il pouvait supporter dans une conversation.
« Personnellement, je ne vois toujours pas où le mal est fait. »
Les autres directeurs de Maison lui lancèrent des regards exaspérés, mais Severus continua :
« Les notes de Mr. Weasley n'ont pas baissé d'un seul point durant l'année dernière. S'il est celui qui fait le travail supplémentaire, il apparaîtrait que cela soit seulement à son avantage. Il étudie deux fois plus, y arrive bien, Flint ne perd pas son temps, continue à bien y arriver, et tout le monde y gagne. Je ne vois toujours pas le mauvais côté de cette situation, malgré l'infraction aux règles techniquement impliquée. »
Sans mentionner le fait que Severus doutait sérieusement que ce fût le travail de Weasley. Bien qu'il semblât y avoir une connexion avec le préfet de Gryffondor… c'était comme si son esprit avait toutes les pièces mais ne pouvait pas tout à fait saisir leurs relations. Ah, bon. Cela lui viendrait.
« C'est un peu gonflé de de ta part, Severus », pointa Pomona avec bonne humeur.
Il était vrai que Severus était généralement plutôt attaché aux règles, mais dans ce cas, c'était dans le meilleur intérêt d'un de ses élèves qu'il exprime de la clémence, donc il le faisait. C'était vraiment aussi simple que cela.
« Néanmoins, Severus soulève un point intéressant, intervint enfin Albus. Il me semble qu'il n'y a pas encore de preuve de méfait, même s'il y a assez de fumée pour commencer à rassembler les lances d'incendie, comme les moldus diraient. »
Severus doutait énormément que les moldus disaient quelque chose comme ça.
« Dans tous les cas, gardez un œil sur la situation et nous verrons si quelque chose de plus précis en ressort. C'est tout ce que nous pouvons faire pour le moment. »
Minerva parut partagé, mais elle laissa volontiers la conversation couler vers d'autres sujets. Le reste des éléments sur le programme de tout le monde avait peu ou rien à voir avec Severus et donc il ignora largement le procès-verbal jusqu'à ce que le sujet du fauteur de trouble numéro un de Serpentard, Rigel Black, fut amené par Albus lui-même.
« Je suis sûr que je n'ai pas besoin de vous rappeler les événements infortunés du printemps dernier. Comme vous le savez tous les quatre, Quirrell a finalement été identifié comme étant le complice à la culpabilité immédiate pour l'introduction de la maladie dans notre école, et de ce fait, nous nous sommes passés de ses services sur-le-champ, dit Albus. Ce qui est toujours d'une préoccupation pressante toutefois, n'est pas l'instrument de la maladie, mais celui de son remède. Rigel Black. Un jeune homme surprenant, je suis certain que nous serons tous d'accord là-dessus. Voyons, à cette même période l'année dernière, nous discutions de son manque apparent d'habileté magique digne de ce nom, et maintenant nous nous trouvons stupéfait par sa profondeur et son étendue. Des pensées ?
— Je suppose que tu fais référence à sa capacité vraisemblablement unique d'entrer dans l'esprit d'une personne par le biais de son noyau magique ? clarifia Minerva. Eh bien, je ne sais pas grand-chose là-dessus, mais je peux dire qu'après les deux premiers mois, sa performance académique s'est retournée de façon dramatique. Tu l'as fait changer de baguette, n'est-ce pas, Severus ? »
Severus inclina la tête.
« En effet, il utilisait une baguette qui ne lui correspondait pas, et en plus de cela, il réprimait sa magie à un niveau incroyable. Directeur, je suis sûr que vous avez remarqué que le garçon n'a pas d'aura magique discernable. »
Albus acquiesça pensivement.
« Je l'ai remarqué à l'Infirmerie quand le jeune Mr. Black a réveillé Mr. Malfoy de son coma. Très étrange chez un enfant, bien que ce ne soit pas entièrement du jamais-vu.
— En effet, dit Severus. Mais la répression magique de Mr. Black n'était pas entièrement le résultat d'un trauma psychologique. En fait, il semblerait que cela soit principalement conscient, même s'il y a un élément inconscient inévitable qui l'empêche d'utiliser son plein potentiel même maintenant qu'il dirige sa magie consciemment. Il a un contrôle extraordinairement bon sur sa magie, ce qui l'a empêché à la fois d'utiliser sa magie au début quand il n'était pas enclin à l'exercer, et qui je crois lui offre une créativité unique dans l'utilisation de sa magie.
— Oui, bien dit, Severus, dit Albus. Jeune Mr. Black, pour le dire simplement, a un tel contrôle sur sa magie qu'il est capable parfois de travailler en-dehors des limites normales de la magie formée. Par cela, je veux dire qu'il pourrait être possible pour lui d'exercer sa magie d'une façon dont il n'a pas appris un sort ou une forme, tout comme la magie accidentelle de l'enfance, sauf qu'elle est délibérément exploitée. Il y a eu des cas de cela dans le passé, le plus notable de ces cinquante dernières années à peu près étant Tom Jedusor, et généralement un tel contrôle sur sa magie est le signe d'un puissant sorcier bourgeonnant. Toutefois, il est dur de jauger le potentiel de Mr. Black, comme la majorité de sa magie est, en effet, réprimée. Il n'a pas d'aura à lire et même les niveaux de son noyau magique sont difficiles à estimer du fait de sa nature élémentaire.
— Le feu ? supposa Filius. C'est toujours le plus dur à dire avec les types feu, parce que beaucoup de leur énergie magique est cachée en potentiel, à attendre de brûler et créer de l'énergie au dernier moment. L'endurance est vraiment le seul moyen de juger un noyau de feu.
— Ce qu'il a en abondance, dit Severus, ne s'embêtant pas à cacher la fierté dans sa voix. Les niveaux de Black sont bien au-dessus de la normale, si la quantité de magie qu'il peut imprégner en continu dans des potions de haut niveau est d'une quelconque indication.
— Est-ce que tu penses qui va être de niveau Lord ? demanda Pomona, pensive. Sirius Black n'était certainement pas négligeable, mais je ne me rappelle pas que Diana Black ait eu un niveau de talent extraordinaire. Elle était bosseuse et motivée, mais pas naturellement talentueuse comme semble l'être Rigel.
— Peu probable, dit Minerva. Il y a un niveau Lord qui nait par siècle, statistiquement parlant, même si je suis sûre qu'il fera honneur à l'école d'ici la fin de ses études. »
Bien avant ça, si Severus Snape avait son mot à dire.
« Quoi qu'il en soit, nous devons garder un œil attentif sur Mr. Black également, dit Albus. Il a déjà montré avoir des profondeurs et des talents cachés. S'il montre plus de dons inhabituels, nous nous assurerons qu'il obtienne la formation nécessaire pour qu'il les exploite de façon bénéfique. »
La réunion se conclut peu de temps après et Snape se retira dans ses quartiers. Même si son corps bougeait à un rythme lent, son esprit tournait vite en réflexion. Flint, Weasley, Black, magie, pouvoir, connaissance. Il y avait une sorte de connexion qui lui manquait, mais à la vue des devoirs d'été qu'il n'avait pas encore corrigés empilés sur son bureau, Severus mit ses pensées de côté et se tourna vers des affaires plus pratiques. L'année scolaire avait juste commencé après tout. Il y avait tout le temps pour résoudre des énigmes plus tard.
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Lionel Hurst n'avait jamais été appelé une commère. Jamais non plus n'avait-il, à sa connaissance qui n'était pas mince, été nommé un fouineur, un cancanier, ou même un voyeur. Il était vrai que sa mère l'accusait souvent d'écouter aux portes et occasionnellement, il été connu pour fureter si la situation le justifiait, mais un commérage ? Certainement pas. Car commérer insinuait un penchant pour faire passer ce que l'on savait, et Leo ne serait certainement jamais accusé de ça. Ses lèvres étaient pratiquement cousues l'une à l'autre, en fait, mais ses oreilles… eh bien, c'était une autre histoire. Si Leo était à la tête du réseau le plus extensif d'informateurs et d'espions du pays, y compris ces crétins d'Aurors avec leurs sortilèges de "surveillance" sophistiqués, eh bien, c'était parce que Leo écoutait. Ses oreilles étaient partout ; elles ne rataient rien d'important dans toutes les tranches de la communauté sorcière. Si une mouche tombait raide morte à Newport de causes mystérieuses, Leo entendait un compte-rendu de quatrième main de l'incident deux heures plus tard.
Ce qu'il voulait dire, c'était que Leo était toujours en train d'écouter, et si quelqu'un se retrouvait à parler — eh bien, commérer — en même temps, eh bien, ça ne faisait pas vraiment de lui une commère, non ? Juste un opportuniste. Ses scrupules ainsi apaisés, Leo s'installa plus confortablement dans son fauteuil à la Boutique de Beauté de Miss Betsy et ouvrit un peu plus grand ses oreilles. Deux sorcières sous des séchoirs de l'autre côté de la pièce avaient une conversation très intéressante et Leo ne voulait pas en manquer un bout.
« …sont très muets à ce propos, disait à son amie la sorcière avec à peu près quatre kilos de bigoudis sur la tête. Je veux dire, tu penserais que comme on est ceux qui vivent en-dessous qu'on mériterait de savoir à qui au juste ils l'ont loué. Ça pourrait être une sorte de voyou. Ou pire, un espion du Ministère ! »
Leo regarda par-dessus le magazine Sorcière Hebdo qu'il tenait pour passer inaperçu. L'amie de la sorcière-en-bigoudi ne parut pas convaincue, mais elle parut quand même intriguée.
« Un espion du Ministère ? Oh, Gale, qu'est-ce que tu vas nous sortir la prochaine fois ? » dit-elle en battant des mains vers son amie avec son Brillance Miracle encore humide sur les ongles.
Le vernis à ongle changea abruptement de couleur, devenant bleu ciel vif.
« Oh non ! Regarde ce que j'ai fait. Reviens ! »
Elle battit des mains encore et le vernis devint jaune soleil.
« Pour l'amour de Merlin, je vais devoir repasser tout le spectre des couleurs. »
En disant cela, elle continua à battre rapidement des mains jusqu'à ce que le vernis à ongle devînt vert, violet, rouge et finalement prenne un rose nacré avec lequel elle était apparemment satisfaite.
« On ne sait jamais Patricia, insista Gale, les yeux élargis par autre chose que ce machin Mascara Magique collant. Cela paye d'être prudent, particulièrement en ces temps-ci. Allons, il pourrait être un mage noir ! »
Patricia fit une moue et lança un regard très exaspéré à son amie.
« La petite Clara Botting n'a-t-elle pas dit que c'était un garçon qui vivait au numéro huit ? Comment un garçon pourrait être un mage noir ou un espion du Ministère ? C'est probablement un jeune orphelin ou ses parents se sont enfuis et l'ont laissé. Rien de bien nouveau par ici. »
Les oreilles de Leo tressautèrent et il fronça les sourcils à l'article à quelques centimètres du bout de son nez. Les mots "Sept Sortilèges pour Charmer votre Prince Charmant (Sans qu'Il ne Suspecte Rien)" sautèrent sur la page, mais Leo ne les voyait pas vraiment. Un gamin orphelin qui vivait seul dans les Basses Allées ? Il ferait mieux d'envoyer quelqu'un passer voir le galopin. Peut-être qu'ils pourraient lui trouver une place dans la Cour comme coursier, ou peut-être que Solom pourrait avoir besoin d'un assistant. Aucun enfant ne devrait se débrouiller seul – pas tant qu'il était le Rogue.
« Bon, si, admit Gale. Cependant, c'était presque la seule chose qu'elle a dite. Sa mère est venue et l'a grondée, super férocement, pour parler de "ce cher garçon, Harry" dans son dos. J'aurais voulu savoir ce qui leur prend aux Botting pour être aussi muets dessus. Je veux dire, j'ai vécu au numéro sept, Ruelle Cornouiller pendant presque bientôt dix ans maintenant. J'ai le droit de savoir quand un galopin étrange emménage dans mon propre immeuble et Mrs. Whitlock aurait dû me dire qu'elle avait loué le lieu de toute manière.
— Je te le dis, Gale, plus personne n'a de bonnes manières, dit tristement Patricia. Hey ! Betsy ! Ce séchoir est bien trop chaud ! »
Miss Betsy vint en courant et agita sa baguette sur le séchoir en question un certain nombre de fois. Le séchoir en lui-même ne faisait en fait rien, d'aussi loin que Leo savait. C'était juste une façon esthétique de contenir les enchantements de réchauffement et de déshydratation. Cependant, les vieilles maquerelles aimaient le rituel et le spectacle d'un spa moldu, donc elles gardaient le simulacre. Quand Miss Betsy repartit, les deux sorcières d'âge moyen reprirent leur conversation :
« Je ne vois juste pas pourquoi tu ne peux pas aller en haut et voir le nouveau locataire par toi-même, dit Patricia. Je veux dire tu t'en es plainte, tu as demandé aux Botting, donc pourquoi tu ne fais pas quelque chose ?
— Tu ne crois pas que j'ai essayé ? » claqua Gale.
Elle roula des yeux.
« Le garçon ne répond jamais à la porte. Il ne sort ni ne rentre jamais, même si, bien sûr, Mrs. Whitlock avait une connexion de cheminette, donc qui sait quels horaires il a. Mais même, tu penses qu'il aurait pris le temps de se présenter.
— Eh bien, quel type de visiteurs il a ? Tu pourrais leur demander à l'un d'eux concernant le garçon, suggéra Patricia.
— Il n'en a pas, dit Gale en secouant la tête. Le garçon doit vivre comme un fantôme, qui que ce soit. Il n'a jamais les lumières allumées le soir non plus. Frank et moi, on pense que peut-être il est sans le sou et ne veut pas trop utiliser les commodités. Cela ferait certainement sens. Le galopin est aussi silencieux qu'une souris. Il met jamais la radio sorcière – et crois-moi, on le saurait vu comment les murs sont fins. Il possède probablement même pas de chaussures, parce qu'on ne l'entend jamais marcher. C'est ça ou c'est un animagus chat. »
Les deux sorcières blablatèrent l'une sur l'autre pendant une bonne minute de la blague et Leo se retint de lever les yeux au ciel parce qu'ils étaient visibles au-dessus du magazine.
« Tu dois forcément savoir quelque chose sur le garçon, dit malicieusement Patricia. Je te connais, Gale, s'il y a un petit potin bien en chair à portée de main, tu le mords à pleine dent et t'en suces le jus. »
Leo se dit intérieurement que c'était une façon parfaitement dégoûtante de dire les choses.
« Eh bien, la petite Clara a en effet dit une autre chose avant que sa m'man la tire par l'oreille, dit Gale, faisant prolonger le suspense avec délectation.
— Ne me fais pas supplier, souffla Patricia. Allez vas-y, qu'est-ce que c'était ?
— Elle a dit… »
Gale se pencha près d'elle et Leo dut jeter un rapide sortilège d'amplification de son pour capter le reste.
« … que le voisin avait les plus jolis yeux verts qu'elle avait jamais vus. »
Patricia grogna tout haut.
« Espèce de vieille chouette pénible, tu m'as eu avec tes histoires. Des yeux verts, bien sûr, je croyais que tu allais dire que c'était un prince en fuite ou un truc du genre. Pourquoi tu me mélanges toujours bien le sang et puis tu me laisses avec quelque chose d'aussi ordinaire ?
— Oh, tu es juste trop amusante à embêter, Trish. »
Gale gloussa de son amie derrière ses propres bouts de doigts néons.
La conversation tourna vers d'autres choses, mais Leo était pris dans ses propres pensées et ne prit pas la peine de leur prêter attention plus longtemps. Un garçon aux yeux verts appelé Harry ? Ça ne pouvait pas être le même Harry, bien sûr, mais d'un autre côté… quelle était la probabilité ? Peut-être qu'il devrait rendre une petite visite à la Ruelle Cornouiller. Mais alors pourquoi Harry avait dit qu'elle était partie en Amérique si elle restait en fait dans les Basses Allées, Leo ne pouvait le comprendre. Non pas qu'il pourrait un jour comprendre cette miss. C'était quelque chose d'autre, sa Harry.
Ses rêvasseries furent interrompues quand le Sorcière Hebdo fut arraché de ses mains de façon plutôt grossière. Il leva la tête sur des yeux noisette familiers et ne put empêcher la grimace de résignation sur son visage. Il aurait pu s'en douter. Qui d'autre pouvait le prendre au dépourvu ?
« Leo, mon garçon, quelle surprise. »
Eleni Hurst lui sourit d'une manière que Leo trouvait particulièrement un tantinet malfaisante.
« Tu es enfin venu te faire couper les cheveux ? Merveilleux. »
Leo déglutit.
« Maman, mais qu'est-ce que tu fais ici ? »
Sa mère haussa un sourcil et regarda dans le salon, clairement peu impressionnée par son lieu de choix pour l'après-midi.
Leo réessaya :
« Tu sais que c'est un institut d'embellissement, Maman, non ? Qu'est-ce que tu voudrais faire dans un tel lieu quand tu es déjà si belle naturellement ? »
Eleni Hurst gloussa d'un air pince-sans-rire.
« Trop forcé, Leo, bien trop forcé. Tu ne t'en sortiras pas avec ton baratin cette fois. »
Deux heures et une coupe de cheveux complètement hors de prix, Leo fuit – oui, il pouvait se l'admettre à lui-même, fuit – les griffes de sa mère et erra jusqu'à la Ruelle Cornouiller. Il contempla la porte d'entrée des numéros sept et huit pendant un moment, mais vraiment, quelle sorte de Rogue était-il s'il toquait ?
Leo fit le tour au-derrière des bâtiments de Cornouiller et compta les fenêtres jusqu'à ce qu'il atteigne celle qu'il cherchait.
Je vais juste jeter un rapide coup d'œil, pensa Leo alors qu'il réalisait le sortilège de glu sélective qu'il avait appris avant d'avoir huit ans sur le bout de ses doigts et de ses orteils. Si personne n'est à la maison, il ne sera pas là pour être gêné par mon observation. Si c'est un autre Harry qui vit là, je lui offrirai une place dans le Rogue, et si c'est ma Harry, eh bien, elle me devra quelques explications.
Gagnant-gagnant-gagnant, pensa-t-il joyeusement alors qu'il forçait une fenêtre avec la facilité de l'habitude. Il se laissa tomber silencieusement sur le sol poussiéreux – qui que Harry soit, il ou elle devrait vraiment apprendre le sortilège Evanesco – et se remit debout pour voir… rien. Il n'y avait rien ici. Leo fronça les sourcils et avança sans bruit dans la pièce d'à côté. Elle aussi était complètement vide, à part quelques plans de travail construits dans le mur qui indiquaient que la pièce était censée être une cuisine. Il regarda dans tout l'appartement et ne trouva pas une seule trace de vie. Pas de meubles, pas de photos sur les murs, rien. Juste un pot de poudre de cheminette sur le manteau de cheminée dans la pièce à vivre.
« Bon, si c'est pas suspicieux », se dit Leo à lui-même, légèrement amusé.
Soit quelqu'un jouait un tour élaboré à la dame qui vivait au numéro sept, soit il y avait quelque chose de bizarre qui clochait.
Leo se passa une main dans les cheveux et souffla une expiration silencieuse, réfléchissant dur. Peut-être que sa Harry avait loué l'appart et puis… était repartie à l'école en Amérique. Ça n'avait aucun sens. Qui s'embêterait à louer un appartement dans lequel il n'allait pas vivre ? Peut-être qu'elle avait vécu là depuis tout ce temps et avait vraiment cheminetté ici toutes ces fois où il l'avait raccompagnée au Chaudron Baveur. Peut-être qu'elle n'était pas Harry Potter du tout. Peut-être qu'elle n'était même pas une fille ! Après tout, il l'avait seulement crue sur parole… non, non, sa mère avait su que c'était une fille immédiatement, donc ceci, au moins, c'était vrai. Tout de même, si elle avait vécu là avant, elle aurait soit laissé des meubles en anticipation de ses prochaines vacances d'été, soit elle aurait arrêté de louer l'appartement si elle avait déménagé.
De plus, Gale du salon de beauté avait donné l'impression que ce Harry était un voisin plutôt récent, et elle avait aussi dit qu'elle ne l'avait jamais vu avant. Cela ne ferait sens que si Harry avait loué l'appartement à la fin de l'été et était repartie à l'école avant d'emménager.
Mais pourquoi Harry ferait ça ? Leo secoua la tête, sa Harry avait des parents et un endroit où vivre et allait à l'école en Amérique. Ça ne tenait pas de debout. Il réalisa qu'il sautait aux conclusions. Il pouvait y avoir d'autres vrais garçons appelés Harry avec des yeux verts dans les Allées, bien que pourquoi ils loueraient un appartement et n'y vivraient pas, il ne pouvait supposer ni l'un ni l'autre. D'un autre côté… Harry avait travaillé au Storeroom tout l'été, à mettre de côté pour quelque chose de gros. Est-ce que c'était ça ? Et si elle n'avait pas prévu de vivre dedans du tout ? Et si l'appartement était un plan de secours, une sorte de lieu sûr où elle pourrait aller si quelque chose se passait mal ? Leo avait toujours eu le sentiment que Harry était impliquée dans quelque chose de lourd et Krait approuvait. Anticipait-elle une sorte de difficulté et avait besoin d'une place prête pour se cacher ?
Il ne savait pas, mais il savait qu'il devrait garder un œil sur la Ruelle Cornouiller. Et il devrait probablement garder une oreille dans cette école en Amérique également. S'il avait vent que Harry filait à l'anglaise, au moins il saurait où la trouver et peut-être l'aiderait, si elle le laissait faire.
Leo quitta l'appartement aussi silencieusement qu'il était venu, toutes les traces de pas dans la poussière effacée nettement avec un autre sort bien pratique qu'il avait appris quand il n'était qu'un galopin. Il avait un hibou à envoyer à une de ses connaissances aux États-Unis et peut-être qu'il s'arrêterait aux tables de Bavboules dans le parc. On pouvait toujours trouver de bons commérages – euh, des informations – autour d'une table de Bavboules.
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La majeure partie de septembre passa avant que Rigel sente qu'elle avait repris le rythme. Quand le troisième samedi à Poudlard survint, Rigel n'arriva pas à croire qu'autant de temps s'était passé. C'était d'une part parce que Rigel avait été tellement distraite à essayer de faire tout rentrer dans sa nouvelle routine qu'elle n'avait pas remarqué le passage des jours, et d'une autre part parce que depuis les trois semaines qu'ils avaient repris l'école, Rigel n'avait encore rien appris. Leurs professeurs faisaient principalement une révision exhaustive des cours de l'année dernière, puisqu'autant des élèves étaient tombés malades durant le semestre de printemps. Tout le monde avait passé les examens, mais il était immédiatement apparent que la plupart des connaissances des élèves était au mieux inégale, même chez ceux qui n'avaient pas véritablement été malades mais simplement distraits par la maladie de leurs camarades. Donc Rigel endura des leçons interminables sur des choses qu'elle savait déjà, à s'ennuyer tellement qu'elle commença à prendre ses manuels de Guérison à tous ses cours, pas juste Histoire de la Magie, dans un effort d'apprendre quelque chose pendant que ses camarades d'école rattrapaient ce qu'ils avaient échoué à apprendre l'année passée.
Ses amis ne pouvaient pas comprendre pourquoi c'était aussi facile pour elle. La plupart d'entre eux avaient seulement été malades quelques jours, ou peut-être deux semaines, mais il y avait des lacunes évidentes dans leurs connaissances. L'atmosphère tendue et confuse du printemps dernier n'avait juste pas été propice pour prêter vraiment attention à leurs études. Rigel, de l'autre côté, avait passé tout l'été à revoir les matières de première année pour ses cours par hibou-correspondance, et s'ennuyait à mourir à attendre le jour où ses professeurs recommenceraient enfin à présenter du nouveau contenu.
Puis, bien sûr, il y avait Défense Contre les Forces du Mal. Même si Lockhart leur présentait certainement du nouveau contenu, ce n'était pas exactement le genre d'informations que Rigel pouvait voir sortir aux BUSEs.
« Je vous jure sur Salazar, si cet abruti nous donne une interro surprise de plus sur sa couleur favorite… »
Draco fusilla d'un air mutin la Grande Table, où Lockhart paraissait être en train soit de régaler une Professeure Chourave réticente quand il avait occis la Banshee de Bandon, soit d'exhiber une voix incroyablement mauvaise en chant.
Pansy tapota le bras de Draco en consolation et lui passa les tartes aux fraises.
« Ce n'est que pour une année. Peut-être moins.
— Même ça c'est trop long, dit Draco, même si son ton ennuyé était un peu sapé par la façon dont il empilait des tartes aux fraises sur son assiette. Pense à tous les dommages qu'il pourrait causer sur nos esprits en une année. Sans mentionner notre stabilité psychologique. Je n'ai jamais eu envie de m'assommer, mais cinquante minutes en sa présence et… urgh. Où est-ce que Dumbledore a seulement trouvé ce gars ? »
Pansy prétendit réfléchir.
« Il feuilletait probablement sa copie de Sorcière Hebdo et s'est dit "eh bien, voilà un bien bon gars. Avec un sourire comme ça, il inspirera sûrement les élèves ! Appelons-le."
— Vraiment ? »
Crabbe regarda Pansy avec un air plutôt vide.
« Non, Vince, pas vraiment, dit Pansy avec un soupir. Il a probablement été le seul à postuler. Mon père m'a dit que c'est extrêmement difficile de convaincre quiconque de prendre le poste à ce stade, avec la malédiction et tout.
— Pourquoi est-ce qu'il est maudit, d'abord ? demanda Theo en fronçant des yeux.
— J'ai entendu dire que Serpentard l'a maudit quand il a quitté l'école », commenta Tracey Davis par-dessus la table.
Millicent secoua la tête.
« Il a seulement été maudit les quarante, cinquante dernières années. C'était quelque chose que Dumbledore a fait, je crois. Il a énervé quelqu'un avec beaucoup de pouvoir et la personne a maudit le poste.
— Pourquoi ce poste, par contre ? pressa Theo.
— Je suppose que celui qui l'a maudit y a d'abord postulé, dit Pansy, pensive. Le Directeur a probablement rejeté sa candidature ou l'a grandement offensé d'une autre façon.
— Pourquoi il a refoulé un sorcier suffisamment puissant pour lancer une malédiction qui dure aussi longtemps ? demanda Draco. Il a l'air d'être meilleur que Lockhart de façon exponentielle, et qu'on n'a pas encore en fait vu faire de magie.
— Il devait être Sombre, dit Blaise d'un air entendu, poussant un petit pois solitaire dans son assiette. Cela aurait été une raison suffisante pour Dumbledore pour refuser sa candidature.
— Snape est Sombre, pointa Theo.
— Chuuut ! »
Davis jeta un œil noir à Theo, avec un regard appuyé sur Rigel.
« Oh, oui, parce que personne n'aurait deviné sans Theo pour le pointer, dit Draco en levant les yeux au ciel. Ne sois pas stupide, Davis. Rigel sait que Snape est Sombre. »
Rigel acquiesça sans difficulté. C'était plutôt clair pour Rigel, qui avait vu le noyau magique de Snape et avait personnellement senti le tranchant caractéristiquement agressif de sa magie. Puis bien sûr, il y avait le fait que son affinité avait été de notoriété publique depuis que son père était à Poudlard.
Les politiques Sombre et Claire étaient une chose délicate dans le monde magique. C'était l'argument de l'inné et l'acquis joué à dangereuse échelle. Dans une certaine mesure, la famille avait beaucoup à voir avec où sa propre magie penchait. Beaucoup de monde naissait avec une prédisposition à la magie Blanche ou Noire, soit transmise par le sang soit juste à cause de la façon dont l'âme était faite naturellement. Puis, bien sûr, il y avait le fait que l'environnement dans lequel un enfant passait les quelques premières années de sa vie influençait lourdement leurs tendances en conditionnant subtilement l'enfant à la sensation de la magie soit Blanche soit Noire. Inconsciemment, un enfant commençait à former sa magie d'une façon similaire à ce qu'il était habitué à vivre. De plus, la magie brute elle-même avait la tendance de prendre les propriétés de ce avec quoi elle était entrée en contact pendant une longue période de temps, comme elle le faisait quand elle était absorbée par une pierre. Le pouvoir inexercé d'un enfant répondait généralement de la même façon, penchant vers le Sombre ou le Clair en fonction à la fois de ses inclinations naturelles et de son environnement.
Puis, bien sûr, il y avait la magie Neutre. Comme autant de monde qui penchait soit vers le Sombre soit vers le Clair, il y avait un nombre égal de ceux dont la magie n'utilisait pas la magie d'une façon ou d'une autre. Un large nombre des utilisateurs de magie Neutre étaient né-moldus, prêtant foi à l'idée que les penchants Sombre et Clairs dérivaient plus de l'environnement que d'une inclinaison naturelle, mais il y avait aussi des né-moldus Sombres et des né-moldus Clairs, donc l'idée d'une tendance inhérente vers l'un ou l'autre ne pouvait pas être écartée.
« Savoir n'est pas la même chose que savoir, disait Davis avec colère. Si tu continues à lui donner des noms précis, il nous rapportera tous à son père Auror. »
Rigel haussa un sourcil, mais ce fut Blaise qui prit la parole sur un ton cinglant :
« Tout d'abord, tu viens juste d'admettre de tes propres mots de faire partie du "nous" dont tu as si peur que Rigel va rapporter, dit Blaise, épinglant la fille avec un regard de réprobation intransigeant. Deuxièmement, si l'on doit parler de personnes rapportant sur d'autres personnes à leurs pères alors on devrait inclure toutes les personnes coupables d'une telle action. Si l'on regarde autour de nous ceux avec les moyens de seulement envoyer des lettres… »
Là, il regarda avec amusement Crabbe et Goyle.
« …Rigel est probablement le seul que je supposerais à ne pas avoir activement informé sa famille sur le reste de notre année. »
Rigel fut légèrement surprise de voir que chaque deuxième année de Serpentard tourna les yeux à ça. Elle avait su que Draco rapportait sur elle — avait même tacitement approuvé, mais que tous envoyassent des informations chez eux les uns sur les autres ? Intéressant. Et Blaise n'en n'avait pas fini :
« Troisièmement, le père de Rigel n'a pas été un Auror depuis plusieurs années – il travaille à Ste Mangouste maintenant. Quatrièmement, Rigel s'est déplacé dans nos noyaux magiques le printemps dernier quand il nous guérissait de la maladie. S'il ne sait pas exactement qui de nous est Sombre et qui est Clair maintenant, il ne mérite pas de posséder une baguette. Et finalement, dit Blaise en paraissant plutôt satisfait par la façon dont le visage de Davis prenait une couleur violacée inappropriée en réponse à ses mots, comme Rigel est assis ici et pas aux tables de Gryffondor ou de Poufsouffle, je doute énormément qu'il accorde seulement de l'importance à ce que sont nos penchants personnels, car même s'il est d'une manière ou d'une autre ignorant des mécaniques du débat, il manque évidemment au minimum de préjugés de la sorte desquels tu étais si rapide à partir en hystérisme trouillard. »
Leur section de la table tomba dans un silence sidéré alors que Blaise concluait son speech impromptu. Davis fixait la table et fronçait des sourcils avec une certaine mauvaise humeur, même si elle ne prit pas la parole pour contredire les points de Blaise.
Rigel s'éclaircit la voix un peu maladroitement et dit :
« Même si Blaise a présenté ça très joliment, je vais dire ceci maintenant pour qu'il n'y ait pas de confusion. »
Les yeux de ses camarades se verrouillèrent sur elle avec des expressions variées de concentration attentive. Intégrant leurs visages intensément intéressés, Rigel réalisa qu'ils devaient se poser des questions sur ce point précis depuis un moment. Combien de temps s'étaient-ils retenus de la questionner quant à sa position sur les politiques Sombre-Claire ? Depuis le trajet en train, quand elle s'était placée fermement dans le camp anti-SOW ? Plus tôt que ça, même ?
« Je suis tout à fait éduqué sur le sujet des inclinaisons Claire et Sombre et, comme Blaise l'a justement indiqué, franchement, je me moque complètement dans quel camp se trouvent mes amis. D'aussi loin que je suis concerné, c'est une décision personnelle qui n'est à la fois pas mes affaires et hors de ma juridiction en tant que compatriote magique pour l'influencer ou y placer une valeur idéologique. Ceci dit, tout comme ce n'est pas mes affaires, ce ne sont celles de personnes d'autre non plus, donc je ne partagerai pas ce que je sais sur vos inclinaisons avec quiconque, tout comme je ne discuterai pas des inclinaisons des autres avec vous.
— Toi et Blaise parlez comme Professeur Snape, dit Goyle en clignant des yeux.
— On parle comme des académiciens, dit Blaise, ses yeux brillants d'une hilarité voilée. Parce qu'on est tous les deux lettrés, n'est-ce pas, Rigel ? »
Rigel inclina la tête en accord. Elle savait qu'elle parlait comme un des journaux de potions qu'elle aimait lire, mais il valait mieux paraître plus vieux que plus jeune, à son avis.
« Pour en revenir au sujet, par contre, hésita Theo, ça te va qu'on soit Sombre ? Je veux dire non pas que cela importerait si ça ne t'allait pas. Hum, mais tu l'es hein ?
— Oui, Theo, dit Rigel. La magie est la magie, d'aussi loin que je suis concerné. C'est là où la magie se mélange avec la politique que les choses deviennent fuligineuses.
— Dans ce cas, à partir de maintenant, la magie sera la magie et les politiques seront quelque chose d'autre, d'accord ? dit Pansy en leur adressant à tous un regard. Je pense que cela sera bien plus confortable si l'on peut séparer les deux, dans tous les cas.
— Je suis d'accord, dit Draco, surprenant Rigel et la plupart des autres également. Quoi ? C'est un triste fait que ces récentes années les deux sont devenues trop mélangées. Quand les inclinaisons magiques déterminent quelles politiques on soutient et que les politiques de sa famille déterminent ses inclinaisons magiques, eh bien, alors on a perdu de vue le but, non ? »
Rigel pensa que c'était une plutôt bonne façon de présenter les choses.
Elle avait beaucoup appris sur la magie Blanche vs. Noire dans ses recherches sur la magie formée durant l'été. Certains des textes qu'elle avait trouvés étaient naturellement biaisés, mais entre les extrêmes trouvés dans la Bibliothèque Familiale des Black et les autres extrêmes jonchant la Bibliothèque des Potter, elle pensait qu'elle avait une compréhension balancée du conflit.
C'était une croyance commune, bien qu'incorrecte, qu'il y avait des "sorts Clairs" et des "sorts Sombres" et qu'un sorcier avait carte blanche pour décider de quels sorts utiliser. Cela menait directement à l'implication morale que si l'on était un "bon" sorcier, on ne choisirait pas d'utiliser des sorts "Sombres".
La vérité était un petit peu plus compliquée. En réalité, Clair et Sombre faisaient référence non pas aux sorts qu'une personne utilisait, mais à la façon dont sa magie était modelée. Ce n'était pas le sorcier qui choisissait les sorts qu'il utilisait, mais la façon dont il modelait sa magie qui déterminait quels sorts il était capable d'utiliser.
Toute la magie n'était pas le même genre de magie. Ceci était clair pour quiconque qui comparait la magie des sorciers à la magie des elfes de maison, par exemple. Mais cela allait plus loin que ça. La magie des sorciers n'était pas la même non plus, et juste de la même façon qu'il y avait des choses que les elfes pouvaient faire que des sorciers ne pouvaient pas, il y avait des genres de magie que les sorciers Clairs pouvaient faire que les sorciers Sombres ne pouvaient pas, et vice versa. Les sorts et rituels qui marchaient seulement si l'on modelait sa magie d'une façon mentionnée comme "Noire" étaient naturellement appelés des sorts Sombres et des rituels Sombres. La même chose était vraie pour la magie Blanche. C'était simplement la magie qui pouvait être faite en modelant sa magie dans une forme que les sorciers Clairs utilisaient intrinsèquement. Les termes inappropriés de "Clair" et "Sombre" dérivaient du simple fait que la magie formée des sorciers Sombres avait un tranchant plus puissant. La magie Noire était généralement plus rapide, plus forte et, oui, plus dangereuse en général que la magie Blanche. Elle avait une… agressivité qui était nécessaire pour réaliser des maléfices comme les Impardonnables. Parce que les maléfices les plus destructeurs pouvaient seulement être lancés par ceux qui maniaient la magie d'une façon Sombre, la magie Noire avait une mauvaise réputation.
De la même manière, il y avait certains sorts que l'on pouvait réaliser seulement en utilisant la magie d'une façon Claire. La magie Blanche était plus lente, mais très précise. La magie Blanche pouvait créer des choses détaillées et délicates. Ce n'était pas que la magie Noire était moins compliquée — certains des rituels Sombres avancés étaient extrêmement complexes, prenant des mois à mener à bien — mais elle était moins directe. La façon dont les sorciers Sombres formaient leur magie lui laissaient une qualité sauvage qui la rendait parfois imprévisible, et pas si convenable pour les sorts Clairs, qui faisaient appel à des paramètres exactes et une forme stricte. Avec la magie Blanche, un sorcier pouvait enchanter un cure-dent pour peindre une fresque de la Chapelle Sixtine sur le dos d'un papillon. Plusieurs sorts de Guérison de haut niveau, qui requéraient un résultat exact pour s'assurer de la sécurité du patient, étaient aussi seulement utilisables pour les sorciers à tendance Claire. Si un sorcier Sombre tentait le sort, au mieux il échouait et au pire, il compromettait sérieusement la sécurité du patient.
Bien sûr, la magie Noire avait sa propre façon, très forte et très rapide, de Guérir, tout comme la magie Blanche avait des façons très précises de mutiler une personne pour la vie. En toute honnêteté, cela serait plus juste de faire référence à un type de magie comme bleu et l'autre comme rouge. Le Bleu ne peut pas être utilisé pour faire de l'orange et le Rouge ne peut pas être utilisé pour faire du vert, mais ils peuvent tous les deux être utilisés pour faire du violet.
À la fin, les inclinaisons magiques relevaient de la tradition familiale et de préférences personnelles, et la moralité avait très peu à voir logiquement avec elles. Malheureusement, la nature en apparence souvent violente de la magie Noire causait les sorciers d'inclinaison Sombre à être traité avec suspicion. La théorie était quelque chose comme ça : seulement quelqu'un qui possède un pistolet peut tirer avec un pistolet, et même s'il était vrai que pas toutes les personnes avec des pistolets les tireraient, la meilleure pratique était… d'enregistrer… les personnes avec des pistolets, pour que si quelqu'un se fait tirer dessus, on sache qui est à blâmer.
Quand les politiques rejoignaient le débat, bien sûr, les choses devenaient encore plus compliquées. Rien n'était inévitable. Les Bones étaient traditionnellement Neutre dans leur usage de la magie, mais choisissait également toujours de se ranger avec les politiques du côté Clair. Sirius venait d'une longue lignée de sorciers Sombres, avait grandi dans un environnement Sombre, et même utilisait sa magie d'une façon Sombre, et pourtant lui aussi, choisissait les politiques Claires, même si c'était plus une façon de se distancer de sa famille et pour faire bénéficier ceux qui lui importaient que pour un principe idéologique concernant les inclinaisons magiques. Des fois un sorcier d'une famille Claire choisissait de voter Sombre ou finissait tout simplement Sombre magiquement parlant par chance, et vice versa, même si une telle chose était généralement vue comme une trahison par les familles les plus traditionnelles.
À la fin, Rigel croyait fermement que le bien et le mal existait, mais elle ne pensait pas qu'ils étaient incarnés dans la magie Blanche ou Noire. C'était les gens qui tiraient sur des gens, pas les pistolets. C'étaient les sorciers mauvais qui causaient destruction et violence, pas les sorciers Sombres ou même la magie Noire.
« Donc qu'est-ce que tu es alors ? demanda curieusement Theo.
— Clair évidement, dit Davis avec mépris. Regarde les gens avec qui il a grandi. Son père est Clair, et ces Potter sont pratiquement incandescents. »
Rigel fronça les sourcils, se demandant où Davis avait trouvé l'idée que Sirius était Clair. Sa magie s'était développée dans un environnement Sombre et la tendance pour le Sombre était profondément enraciné dans son sang dans tous les cas. C'était exactement le genre de confusion de politique avec la véritable affinité magique à laquelle les gens devraient faire plus attention.
« Ce ne sont pas tes affaires, dit délicatement Pansy, même si elle ne pouvait pas tout à fait cacher sa propre curiosité.
— Je veux dire, ça l'est un peu… hésita Theo. Il connaît toutes les nôtres après tout. Un prêté pour un rendu et tout ça. »
Rigel considéra cela. Il était vrai qu'elle connaissait leurs affinités. Comme on pouvait s'y attendre, étant donné leurs familles, tous ceux de leur année avait une affinité Sombre, à part Pansy, qui était Claire, et peut-être Blaise, dont Rigel n'avait pas eu une très bonne lecture sur sa magie. Bien sûr, Rigel aurait pu deviner cela après leur première semaine en Métamorphose si elle avait su ce qu'elle savait maintenant.
Les métamorphoses basiques, tout comme la magie générale, étaient classées comme Neutres. Le terme "neutre" prêtait à confusion parce que ce qui avait voulu être dit était que quiconque pouvait faire de la magie basique, ceux avec un tranchant Clair, un tranchant Sombre, ou ceux sans inclinaison sur leur magie. En réalité, il y avait des sorts Neutres de haut niveau qui étaient réellement Neutre, dans le sens qu'une personne devait avoir une magie parfaitement balancée pour les accomplir — ni magie Noire ni Blanche ne marcherait avec ces types de sorts. Mais en tout cas, les métamorphoses étaient très distinctes quand réalisées avec de la magie Blanche, Noire ou Neutre. Quand Draco avait métamorphosé une allumette en aiguille, son allumette avait pratiquement explosé en une aiguille. Le changement avait été péremptoire et instantané. L'allumette de Pansy, de l'autre côté, avait changé lentement mais sans transition en aiguille avec une précision délicate.
Les métamorphoses de Rigel étaient juste erratiques, comme n'importe quoi d'autre avec sa magie. Ce n'était pas comme avant que sa magie ne commence à travailler avec elle — les sorts marchaient toujours maintenant, mais des fois, ils marchaient instantanément et d'autres fois la magie prenait tout son temps pour le faire. Cependant, d'autres fois elle changeait une partie de quelque chose d'abord et puis l'autre partie un moment ou deux plus tard, et quelques fois, Rigel pouvait jurer que la magie avait changé l'objet sur lequel elle travaillait en quelque chose de complètement différent avant de le métamorphoser correctement. Cela arrivait si vite toutefois que Rigel ne pouvait pas être sûre.
« Je suppose que je suis Neutre », dit Rigel après un long moment de contemplation.
En vérité, elle ne savait pas ce que sa magie était. Elle semblait volage, des fois se manifestant avec un tranchant Sombre, d'autres fois si raffinée qu'elle devait être Claire, donc Neutre était probablement la supposition la plus prudente puisqu'elle ne savait pas pour sûr. Certaines fois, elle se demandait ce qui n'allait pas avec sa magie, mais ces pensées n'étaient pas terriblement constructives, donc elle tendait à ne pas s'en inquiéter.
« Vraiment ? »
Draco paraissait un peu sceptique, mais il prit une autre bouchée de tarte aux fraises sans la questionner plus.
Alors qu'ils retournaient dans leurs dortoirs, Draco prit la parole avec espoir :
« Donc, les sélections de Quidditch sont ce soir. Est-ce que tu viens, Rigel ? »
Rigel tergiversa automatiquement :
« Je ne sais pas. Je veux dire, tu as dit que Flint ne cherchait vraiment qu'un batteur, pas vrai ? Généralement, je joue en tant que poursuiveur… »
Comme attendu, Draco tourna des yeux cajoleurs vers elle.
« Allez, Rigel, essaie quelque chose de nouveau ! Je parie que tu ferais un bon batteur. Tu es plutôt bon pour frapper ces petits vifs d'or d'entraînement avec moi et un cognard est une cible bien plus grosse.
— Plus lourde aussi, par contre, commenta Rigel, appréciant pas mal de faire traîner les choses. Et frapper une cible se déplaçant indépendamment est probablement plus dur que de frapper une balle morte avec une trajectoire prévisible.
— Roh, fais-le juste, Rigel », dit Pansy.
Son expression était parfaitement résignée.
« Il n'y a pas de mal à essayer et Draco ne te pardonnerait jamais si tu n'essayais pas. J'imagine que c'est ce que je récolte pour m'être liée d'amitié avec des garçons. »
Rigel sourit un peu.
« Je suppose que je pourrais essayer. Peut-être que tu devrais aussi, Pansy. Si tu ne peux pas les battre…
— Cours dans l'autre sens ? suggéra ironiquement Pansy. Merci mais non merci ; la tribune des spectateurs est le plus proche que j'ai jamais voulu être d'un jeu de Quidditch, et même ça, c'est un effort pour ma sensibilité. »
Draco et Rigel échangèrent des regards de désappointement moqueur avant de se mettre à sourire avec amusement. Pansy les poussa d'un air joueur et ils passèrent le reste du trajet vers la salle commune à essayer de ne pas rire — ils ne pouvaient pas être vus en train de discuter gaiement dans les couloirs des cachots, après tout. Que penseraient les Gryffondor ?
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Cet après-midi, ils se dirigèrent vers le terrain de Quidditch pour les sélections et si Rigel avait trouvé que l'épreuve de l'année dernière était intimidante, ce n'était rien par rapport à ce que Flint avait préparé pour cette année.
Tout d'abord, avant même de passer les tests pour des positions individuelles, chaque candidat devait accomplir un test général de vol sous la forme d'une course d'obstacle. Rigel ignorait quel Maître Artisan de Sorts Flint avait fait chanter pour mettre en place le terrain pour l'équipe de Quidditch de Serpentard, mais plus de la moitié des postulants laissèrent tomber à la simple vue de ce qui attendait ceux suffisamment déterminés pour essayer la course.
Le but était de faire trois tours de terrain aussi vite que possible, mais Rigel sentit que si sept joueurs réussissaient à seulement terminer trois fois, ce serait un miracle de magie et d'un vrai coup de chance. Ils étaient limités par le biais d'un enchantement de plafond extra étendu à une portée verticale de presque dix mètres au-dessus du niveau du sol sur tout le circuit. Personne ne savait ça, bien sûr, jusqu'à ce que le premier quatrième année infortuné fonce droit dedans en essayant de voler au-dessus du premier obstacle — une lame en métal géante qui se balançait comme un pendule au-dessus du circuit. Le garçon se prit la barrière-plafond invisible avec un bruit sourd écœurant et descendit faiblement en spirale vers la pelouse (qui était heureusement juste dix mètres sous lui et renforcée par un sortilège de coussinage juste pour une telle éventualité), récupérant d'une commotion cérébrale.
Il va sans dire que le second gamin en ligne expérimenta une soudaine chute de cran et insista gracieusement que quelqu'un d'autre pouvait passer devant.
Après le pendule-rasoir se trouvait une série de cerceaux à travers lesquels ils devaient voler pour valider le tour. Certains des cerceaux étaient placés gauchement à l'horizontal pour que la personne doive les approcher d'en haut ou d'en bas et risque de percuter le sol ou la barrière si elle tentait la manœuvre trop rapidement. Après les cerceaux se trouvait une étendue de terrain qui avait été placée sous ce qui semblait être un enchantement météorologique localisé, spécifiquement un sortilège d'orage plutôt méchant. Cette section entière de la course était détrempée avec des vents agressifs et une pluie diluvienne pour tester la capacité d'un voleur à maîtriser des conditions extrêmes de Quidditch. Rigel aperçut un éclair qui craqua dans les lourds nuages noirs depuis là où elle se tenait à côté de Draco dans le rang et détourna rapidement les yeux. Ça n'allait pas être beau.
Immédiatement après le segment pluvieux, ils feraient face à trois canons. Un des canons — et ils ne sauraient pas lequel jusqu'à ce qu'ils y arrivent — tirerait une balle de la taille d'un cantaloup dans l'air devant eux. Si la balle était jaune, ils devaient l'attraper comme un souafle. Si elle était bleue, ils devaient la frapper avec leurs poings et si elle était rouge, ils devaient éviter d'être touchés par elle. C'était un test à la fois de coordination des yeux et des mains et de prise de décision en une fraction de seconde. Bien sûr, il allait sans dire qu'à ce stade-là, leurs doigts seraient glissants par l'eau et probablement gelés après avoir volé sous la pluie, ajoutant un autre niveau de difficulté à la tâche.
Puis il y avait l'étendue de terrain qui ressemblait à une sorte de morceau d'emmental transparent grand de dix mètres. De ce que Rigel pouvait voir, c'était une sorte de labyrinthe en trois dimensions qui réclamait que les voleurs se frayent un chemin dans des trous cylindriques étroits et trouvent le passage vers l'autre côté sans trop revenir sur leurs pas. Cela testerait la maniabilité ainsi que l'endurance sous l'angoisse et la douleur car, comme Flint leur informa joyeusement, la construction entière était légèrement chargée par un sortilège d'électricité statique. S'ils frôlaient les bords du labyrinthe tout en manœuvrant à l'intérieur, ils recevraient une décharge vive pour l'erreur.
Rigel supposa que cela testerait également la mémoire à court-terme d'un candidat, s'il réussissait à terminer leur tour pour un nouvel essai du labyrinthe.
Une fois ceci passé, c'était une ligne droite jusqu'à la ligne d'arrivée/de départ. Le truc ? Cette section du circuit était là où se trouvaient les cognards. Flint avait rassemblé six des machins sans cervelle pour l'occasion, et ils rebondissaient partout comme des billes de flipper dérangées entre les bords de la course, le sol et l'enchantement de plafond. Le but dans ce segment était plutôt simple : ne pas se faire pulvériser.
Après ça, ils avaient juste à le refaire. Deux fois.
« Bon, si les Gryffondor ne sont pas impressionnés par ça, ils ne doivent pas avoir les yeux en face des trous, commenta Pansy de là où elle leur tenait compagnie en ligne. Ce n'est pas trop tard pour venir t'asseoir dans les gradins avec nous, les gens sains d'esprit, ajouta-t-elle à Rigel, examinant la faux en balancier avec une répugnance méfiante.
— Merci, Pan, mais je crains qu'à partir de maintenant tu devras être suffisamment saine d'esprit pour nous trois », dit Rigel, serrant et desserrant ses doigts autour du manche lisse du Comète 260 d'Archie.
Il était presque identique à son propre Comète et elle avait compris ses petites spécificités lors d'un échauffement rapide avec Draco, donc elle ne s'inquiétait pas trop de la différence.
Pansy leur tira sa révérence avec une dernière admonestation d'être prudent et de ne pas se faire tuer, ce à quoi Draco répondit joyeusement que certaines choses valaient la peine de mourir. Leur amie blonde secoua juste la tête et leur souhaita bonne chance avant de partir d'un pas nonchalant vers les gradins.
Peu de temps après que le cinquième candidat avait été disqualifié pour avoir soit sauté un cerceau ou s'être fait souffler par le sortilège d'orage, Flint se faufila jusqu'à eux et haussa un sourcil inquisiteur.
« Alors ? dit le capitaine, un sourire suffisant jouant sur le coin de ses lèvres. Qu'est-ce que vous en pensez ?
— Impressionnant, dit facilement Rigel.
— La magie, pas la compétition », ajouta Draco sans sourciller.
Flint rit d'appréciation.
« Eh bien, merci. »
Rigel cligna des yeux.
« Tu as fait tout ça tout seul ? »
Flint lui lança un air entendu et Rigel rougit d'embarras. Pour une raison inconnue, elle oubliait toujours la pure brillance de Flint. Que ce soit par la façon dont il se comportait ou son approche générale décontractée et bourrue de la vie, elle était toujours tentée de le sous-estimer — et elle était celle qui devrait savoir mieux que quiconque à quel point il était intelligent. Elle ne faisait ses devoirs que parce qu'il n'en avait pas le besoin, après tout.
« Ah oui. C'est vraiment très bien fait, Flint.
— Aussi un peu vindicatif, commenta Draco alors qu'ils regardaient le balai d'une sixième année à l'allure chétive prendre feu suite à un contact malchanceux avec la foudre.
— Madame Pomfresh a été prévenue de s'attendre à des patients. Au moins, personne ne pourra dire qu'ils ne savaient pas dans quoi ils se lançaient, dit Flint, sans une once de remord sur le visage alors qu'un autre aspirant se faisait disqualifier. Oh, il a atteint la salve de canons. Dommage qu'il ne puisse pas distinguer le rouge du jaune. »
En effet, le petit troisième année avait tendu automatiquement le bras pour attraper la balle avant de réaliser qu'elle était rouge — mais à ce moment-là, il était trop tard pour éviter le projectile et il le frappa dans l'épaule malgré la tentative du troisième année pour l'esquiver.
« Qu'est-ce qu'il se passera si personne n'y arrive ? demanda curieusement Rigel.
— Ne parle pas trop vite », dit Flint, levant le menton vers le candidat suivant.
C'était Adrian Pucey, vit-elle, et il était de l'autre côté du premier obstacle si vite qu'elle manqua presque de ne pas le voir. Pucey vola à travers les cerceaux presque aussi rapidement, roulant et tournant le balai pour passer les cerceaux les plus délicats aussi vite que possible. L'enchantement d'orage ne sembla pas le décontenancer, à part qu'il le fit se pencher plus sur son balai et faire un léger écart sur le côté pour éviter un vent fort glacial qui le fouetta par devant. Quand le canon tira une balle bleue, Pucey la frappa infailliblement et puis il traça son chemin dans le labyrinthe, bien plus lentement qu'il n'avait volé, mais toujours à un rythme incroyablement stable. Il se prit une décharge deux-trois fois quand il dut rebrousser chemin à une impasse, mais il fut rapidement de l'autre côté et se rua avec une témérité terrifiante à travers la dernière manche de la course. Un des six cognards s'approcha dangereusement près pour casser le nez de son balai, mais Pucey cabra brusquement au dernier moment et fonça sur la ligne d'arrivée avant que les cognards ne puissent lui en faire voir une belle.
Des acclamations s'élevèrent de la ligne des Serpentard en attente et un petit nombre d'applaudissements du côté des tribunes faiblement peuplées se fit entendre également quand Pucey se lança dans son deuxième tour. Celui-ci lui causa un peu plus de problèmes, comme il avait atteint la lame en balancier avec un mauvais timing et dut freiner pour éviter d'être coupé en deux avant de continuer. Bon, la lame était probablement émoussée pour que personne ne se fasse vraiment déchiqueter, mais l'effet poussait quand même à la terreur.
« Maintenant, ça, c'est un joueur de Quidditch, dit Flint non sans une grande quantité de fierté. Six minutes et seize secondes ! cria-t-il au reste d'eux. C'est le temps à battre si vous voulez une place garantie dans l'équipe ! »
Les aspirants en attente poussèrent des cris d'enthousiasme, pressant vers l'avant pour s'approcher du début de la ligne.
Draco se moqua d'eux :
« Comme si quiconque pouvait battre le temps de Pucey. C'est le meilleur voleur en termes de pure maniabilité dans l'équipe, après toi, Flint.
— Je sais, dit Flint. Je veux juste voir s'ils se motiveront ou pas. »
Rigel grimaça face aux compétiteurs énervés soudain déterminés à faire la course aussi tôt que possible. Les jeux psychologiques de Flint étaient définitivement dans son top trois des choses les plus effrayantes qu'elle avait un jour eu l'occasion de voir, juste à côté du portrait horriblement renfrogné de Walburga Black et du sourire de Mr. Jedusor. Un éclair de bleu, comme un gilet bien taillé, passa rapidement dans son esprit, un bref moment pendant lequel l'idée de la peur fit bouillonner les souvenirs dans sa tête comme un bâton planté dans de l'eau boueuse, mais elle le fit disparaître d'un clignement d'yeux. Elle n'avait pas le temps d'être distraite par le passé.
Quand ce fut le tour de Draco, Rigel lui offrit un sourire rassurant et le regarda comme un faucon dès que son attention fut sur la course. Elle avait foi en Draco, véritablement, mais s'il semblait même pour une seconde qu'il allait vraiment être déchiqueté par la lame de rasoir probablement émoussé… eh bien, elle et sa magie ne se tiendraient pas là à ne rien faire.
À la fin, sa circonspection ne fut pas nécessaire. Draco avait été un membre de l'équipe de Serpentard pendant une année entière, même s'il était en réserve, et cela se voyait vraiment. Il volait avec une telle aisance que si on ne regardait que lui et pas ce qui l'entourait, on pouvait presque oublier que les obstacles étaient même là. Il passa dans les cerceaux avec une précision pratiquée et même si la pluie lourde fit goutter sa frange directement sur son visage, il parvint quand même à attraper la balle jaune lancée vers lui avec une facilité relative. Le labyrinthe lui prit un moment ou deux à décrypter, mais le second et le troisième tours allèrent beaucoup plus vite une fois qu'il avait compris le rythme de la course.
Son ami finit en à peine moins de sept minutes et il atterrit avec un grand sourire, les joues rougies par l'exercice et les pupilles larges d'excitation.
« C'était super, Dray, dit honnêtement Rigel. Tu passes définitivement. »
Draco l'éclaboussa un peu avec l'eau de ses manches d'un air joueur.
« Tu as intérêt à être là avec moi, Rye, donc ne merde pas.
— Rye ? » répéta Rigel avec amusement.
Draco détourna brièvement les yeux, puis les reposa sur elle avec un air de défi.
« Pansy et moi avons des surnoms. Pourquoi pas toi ? »
Puisque dire "parce que Rigel n'est pas mon prénom en premier lieu" n'était pas une option, Rigel haussa juste les épaules et laissa tomber.
« Bon, quand faut y aller », dit Rigel.
Elle monta sur son balai et décolla d'à peu près deux mètres pour faire du surplace, attendant le signal. Quand le sifflet retentit, elle se propulsa vers le gigantesque pendule en balancier de la mort. Il était bien plus menaçant de près, mais comparé à la vitesse d'un balai, il paraissait aussi bouger bien plus lentement que lorsqu'on était à l'arrêt. Rigel n'eut aucun problème à manœuvrer vers le côté où la lame n'était pas et se concentra immédiatement pour ne pas rater un seul des cerceaux qui venaient ensuite. Elle avait regardé les gens tenter la course pendant une bonne demi-heure donc elle prit le trajet que Pucey et Draco avaient tous les deux pris, comme cela semblait être le plus efficace de manière générale. C'était un peu de la triche, mais elle pensait surtout que c'était prêter attention et être intelligent.
Elle s'était préparée contre le vent et la pluie mais fut complètement prise au dépourvu par le froid. Archie et elle n'avaient jamais joué au Quidditch au milieu d'un orage avant (Lily aurait fait briser leurs balais en deux pour y avoir seulement pensé, et vraiment, pourquoi le voudraient-ils en premier lieu ?). L'eau était une chose, l'entravant quand cinq kilos supplémentaires de poids s'absorbèrent dans ses robes, et un cauchemar en visibilité. Non pas pour la première fois, elle remercia la potion Polynectar pour ne plus avoir à porter de lentilles, qui seraient sûrement parties avec l'eau quand la pluie commença à être poussée horizontalement contre elle par des vents impossibles. Le froid, par contre, était quelque chose d'entièrement différent. Il gela ses muscles et lui donna envie de se figer d'inconfort pendant des secondes précieuses après avoir passé la pluie de l'autre côté. Durant ces secondes, la balle bleue sembla venir de nulle part ; bien que Rigel la frappa instinctivement pour qu'elle ne touche pas son visage quand elle réalisa enfin son approche, si ça avait été n'importe quelle autre couleur, elle aurait été disqualifiée.
En grimaçant, elle se fit la note mentale d'être plus prête en sortant de l'orage au prochain tour. Le labyrinthe, elle avait déjà regardé plusieurs autres le faire, donc elle suivit simplement le chemin qu'elle avait mémorisé et essaya de ne pas toucher les bords. Toutefois, une manche drapée négligemment démontra exactement à Rigel à quel point une décharge "anodine" pouvait être douloureuse quand conduite par des robes et de la peau trempées comme une soupe. Sérieusement désorientée par la décharge, Rigel parvint juste à baisser la tête face à un cognard qui vint en fonçant vers elle avant qu'elle n'ait même le bout de son balai hors de la sortie du labyrinthe.
Décidant qu'elle ne voulait pas passer plus de temps dans cette section qu'elle ne le devait, Rigel fonça aussi vite qu'elle le pouvait tout en maintenant un circuit de vol irrégulier pour dérouter le charme chercheur des cognards, qui agissait comme un verrouillage automatique de navigation sur le non-cognard mouvant le plus proche dans le périmètre du charme.
Elle passa à toute allure la ligne d'arrivée, se rua une fois de plus sur le pendule menaçant et recommença le procédé ridicule en entier. Ça alla mieux la deuxième fois et elle se sentit assez confiante la troisième fois qu'elle rencontra les obstacles. Alors qu'elle traça son chemin sur la course pour le dernier tour, il lui vint à l'esprit, pas pour la première fois, que beaucoup des choses dans lesquelles les sorciers s'impliquaient étaient une pure blague quand regardées à un certain angle. Ah, bon, telle était l'influence de la magie, supposa-t-elle, qui était une force de blagues plus qu'elle n'en avait jamais vu d'autres.
Rigel finit avec un temps respectable de huit minutes et neuf secondes. Pas aussi bon que ceux qui avaient été dans l'équipe l'année précédente, mais définitivement dans le top douze.
Flint les divisa ensuite en qui postulait pour quelles positions et appela ceux qui avaient terminé le plus vite pour chaque position. Le gardien de l'année dernière fut appelé, ainsi que le gardien potentiel qui avait le temps le plus rapide. Il garda Draco et une cinquième année qui avait un temps de trente secondes plus rapides que Rigel pour être testés comme attrapeurs. Les deux poursuiveurs de l'année précédente hormis Flint furent gardés sur le terrain, ainsi que les trois plus rapides parmi les aspirants. Pour batteur, puisque Derrick n'était pas capable de passer les sélections, Flint garda Bole, l'autre batteur vétéran, et trois des nouveaux avec les temps les plus rapides — y compris Rigel, qui s'était placée pile au milieu de ses deux compétiteurs, et tous les trois s'étaient placés à une bonne minute en-dessous de Bole.
Les batteurs et les attrapeurs sortirent du terrain pour regarder les poursuiveurs et les gardiens passer les sélections en premier. Leur sélection était assez simple, juste un jeu blanc de souafle, avec un gardien à chaque set de buts et les six poursuiveurs se faisant face pour voir qui marquait le plus de buts.
« Beau vol, Rigel ! dit Draco quand le match amical des poursuiveurs-gardiens commença.
— Pas aussi bien que le tiens, dit Rigel en souriant un peu. Tu as volé comme si tu n'avais même pas remarqué les obstacles.
— Quels obstacles ? rit Draco. Oh, ces vieux trucs ? Flint nous entraîne avec des sorts d'obstacles tout le temps. Tu ne t'es jamais demandé pourquoi je revenais de l'entraînement trempé jusqu'aux os, alors même qu'il faisait soleil dehors ? »
Rigel n'avait honnêtement jamais remarqué la divergence. Elle ne savait pas si c'était parce qu'elle ne prêtait pas assez attention au temps ou, elle grimaça intérieurement, si elle ne prêtait pas assez attention à ses amis. À voix haute, elle dit :
« Je me suis dit qu'il ne valait mieux pas poser de questions.
— Eh bien, Flint aime nous obliger à ne pas nous relâcher, dit Draco en haussant les épaules, ne remarquant apparemment pas comment ses mots faisaient sérieusement flipper les gamins se tenant le plus près d'eux. Une fois, il nous a entraînés avec des sorts d'assourdissement sur les oreilles pour que l'on aiguise notre reconnaissance situationnelle avec seulement la vue, et une fois il a lancé un enchantement de freinage sur nos balais pour les faire bouger plus lentement, mais ensuite il a enchanté les cognards un peu plus vite pour qu'on apprenne à réagir plus vite pour qu'on compense notre manque de mobilité. La plupart d'entre nous ont fini à l'Infirmerie, mais ce fut une expérience enrichissante. »
Rigel jeta un œil perplexe à Draco. Son ami n'avait jamais décrit une expérience comme "enrichissante" si elle lui causait un inconfort physique. En regardant le gamin de l'autre côté de Draco, qui était remarquablement vert du visage, Rigel comprit que Draco lui racontait cela pour le bénéfice de ceux autour d'eux. Elle trouva que c'était un peu risqué, puisqu'il aurait pu la dissuader autant que la compétition, mais peut-être que Draco se moquait de s'il l'affectait également, ou peut-être qu'il avait foi en la puissance de son estomac.
Décidant de mettre la main à la pâte, Rigel feignit un ton de voix intéressé mais nerveusement incrédule et demanda :
« Donc les enchantements météorologiques sont communs aussi ?
— Oh ouais, dit Draco avec un sourire innocent qui aurait dû faire sonner des signaux d'alarme dans la tête de quiconque qui connaissait l'aristocrate blond. On s'est entraîné dans toutes sortes de conditions. Tu penses que la pluie glacée et la neige seraient le pire, mais des fois on s'entraîne dans un brouillard si épais que tu ne peux pas voir le bout de ton balai, encore moins un cognard fonçant droit sur toi. Puis il y a les jours où Flint augmente les enchantements de chaleur localisée du stade à des niveaux de désert et ne nous laisse pas nous réhydrater avant qu'on ait 100 points. Le pire, par contre, c'était définitivement l'invasion de sauterelles.
— In-invasion de quoi ? »
La fille qui affrontait Draco pour la place d'attrapeur craqua enfin et s'en prit au blond :
« Tu ne peux pas être sérieux ! »
Draco cligna des yeux, comme si pris extrêmement par surprise que quelqu'un douterait d'une telle chose.
« L'invasion de sauterelles. Une fois Flint a métamorphosé toutes les feuilles mortes sur le terrain en une nuée de sauterelles qui ensuite ont attaqué aléatoirement, pour voir à quel point on était bon à ignorer des distractions pénibles. Laisse-moi te dire, ces trucs mordent comme peau de chagrin. »
Rigel avait maintenant bien du mal à ne pas laisser un sourire amusé sur son visage et du coin de l'œil, elle pouvait voir Bole sourire ouvertement en coin alors que le reste des aspirants batteurs et attrapeurs laissèrent tomber leur faux-semblant de ne pas écouter et les regardèrent bouche bée d'horreur.
« Quelle sorte de sadique fou Flint est ?
— J'ai vu Higgs avec des morsures sur son cou l'année dernière ! s'exclama un garçon aux yeux perçants qui tentait batteur. Je croyais que c'était de sa petite amie sur le moment, mais maintenant… c'est tordu. »
Rigel toussa rapidement dans sa main pour déguiser le rire qui lui échappa. Honnêtement comment les gens pouvaient croire ce genre de trucs ? La majorité était probablement vraie dans une certaine mesure, mais les sauterelles ne mordaient certainement pas — elles n'avaient même pas de dents. Juste une carapace qui était principalement utile pour épaissir les Philtres Débilitant. Au mieux, une pourrait être capable de pincer avec sa bouche, mais il n'y avait aucune chance que cela pénètre la peau, et Rigel doutait que cela ressemble à quoi que ce soit comme un suçon d'adolescent.
Néanmoins, les trois autres candidats qui n'étaient pas déjà dans l'équipe semblèrent sidérés par cette information.
« Je croyais que ce truc de course d'obstacle était juste une tactique d'intimidation, pour tester les nerfs, vous voyez ? dit avec un froncement de sourcil l'autre batteur potentiel, un garçon baraqué dans une écharpe argentée qui, selon Rigel, était hautement incommode pour voler. Mais si c'est le genre de choses auxquelles on peut s'attendre tout le temps… le prestige de jouer dans l'équipe de Maison n'en vaut juste pas la peine. »
Sans un autre mot, le garçon quitta le terrain et ne regarda pas en arrière.
Rigel envoya un regard subrepticement impressionné et Draco lui fit juste un sourire suffisant. Maintenant, c'était essentiellement elle et le garçon aux yeux perçants qui étaient en compétition pour la deuxième place de batteur, puisque Bole avait pratiquement une place garantie de retour dans l'équipe.
Peu de temps après, les poursuiveurs furent décidés et la position de gardien également. En accord avec ce que Draco avait présumé, les anciens membres gardèrent leurs places et les aspirants furent renvoyés avec des expressions déçues. Il y avait une exception — la fille qui avait tenté gardien contre Bletchley fut gardée en réserve, puisqu'elle avait réussi à arrêter tous les buts sauf un des poursuiveurs chevronnés.
Flint fit venir les batteurs, dont il nota évidemment avec amusement qu'il n'y en avait maintenant que trois et leur expliqua en quoi consisterait leur sélection.
« À l'origine, leur informa Flint, j'allais vous donner à chacun un cognard et puis voir combien de fois vous pouviez le frapper avec précision dans un des cercles de but en dix minutes. »
Rigel se sentit soudain plutôt soulagée qu'il l'avait exprimé d'une telle manière si bien qu'il était clair qu'un tel exploit n'était plus attendu d'eux. Les buts de souafle étaient une cible extrêmement précise dans laquelle frapper un cognard. Généralement avec les cognards, on avait juste à les frapper dans la direction générale d'un joueur adverse — il n'avait pas à entrer en contact, il devait juste constituer une menace assez forte pour que le joueur adverse arrête ce qu'il était en train de faire à ce moment-là, comme poursuivre le vif d'or ou bloquer les buts, dans le but de l'éviter. C'était bien, parce que les cognards restaient rarement dans la trajectoire dans laquelle on les frappait. Ils étaient ensorcelés pour virer et faire des embardées, et c'était sans compter l'influence des charmes chercheurs qui les tiraient vers la source de mouvement la plus proche. Essayer d'en frapper un à travers un anneau rigide pour souafle et juste-à-peine-assez-grand serait presque impossible.
« Puis je me suis dit, quel était le but là-dedans ? Dans un vrai match, les cibles ne vont pas rester immobiles, continua allègrement Flint. Et puis il n'y a pas de sens du risque quand on vise un anneau immobile. Donc je suis parvenu à une façon de vraiment tester vos compétences. »
Rigel ne pensait pas être la seule à déglutir.
« Mais avant d'expliquer, laissez-moi appeler les attrapeurs par ici. »
Flint siffla et fit un geste avec deux doigts à Draco et la fille contre laquelle il compétait. Ils arrivèrent en trottant immédiatement et à leur arrivée, Flint présenta à chacun un anneau en plastique léger, grossièrement de la taille d'un seul anneau de but. L'estomac de Rigel commença à chuter quand son regard passa des anneaux aux yeux brillants de Flint, aux visages innocemment excités des attrapeurs potentiels.
« Je peux voir par la perte rapide de couleur sur ton visage que tu as compris, Mr. Black, rit sombrement Flint. Eh bien ne gâche pas la surprise avant que je n'y arrive. Mais bref, je trouvais que des cibles mouvantes étaient juste essentielles pour des bonnes sélections de batteur, et pour les rendre plus réalistes, les cibles doivent être à proximité de quelque chose qui n'est clairement pas une cible. Comme, disons, un coéquipier. »
Le garçon au regard perçant bredouilla et ouvrit la bouche inintelligiblement tandis que la fille tentant attrapeur sembla être en train de se mordre la langue pour s'empêcher de protester avec véhémence alors qu'elle réalisait ce qu'il se passait.
« Puis bien sûr, il y a cette part de moi qui déteste perdre mon temps, dit Flint en contemplation. Et c'est la part de moi qui est parvenue avec une brillante idée pour faire d'un cognard — euh, je veux dire, d'une pierre — deux attrapeurs et incorporer également les sélections pour les attrapeurs dans cette situation. Pour tous ceux qui ont besoin qu'on leur épelle les choses, c'est comme ça que ça va se passer. Malfoy et Caviet auront chacun un de ces anneaux collé avec un enchantement de glu sur le bas de leurs balais. Juste pour prouver à quiconque qui pense autrement que je ne soumets jamais mon équipe à quelque chose que je ne suis pas prêt à faire moi-même, moi aussi, j'aurai un anneau collé à mon balai pour cette sélection. Comme vous avez pu le remarquer, cela veut dire qu'il y a trois anneaux et trois batteurs passant les sélections. À ce propos, bien joué pour avoir réduit le troupeau, Malfoy. Maintenant je n'aurai pas à choisir un spectateur lambda pour arriver à quatre. »
Draco lissa ses plumes sous les louanges, même s'il lançait toujours des regards appréhensifs au cerceau en plastique dans sa main.
« Maintenant chacun de vous aura un cognard — ils seront codés par des couleurs, donc n'essayez pas de frapper celui d'un autre à moins qu'il ne vous attaque directement — et vous aurez quinze minutes pour voir combien de fois vous pouvez le faire passer dans votre cerceau. Les cerceaux seront également codés par couleur et Pucey sera mes yeux dans le ciel pour compter les points. Les deux batteurs avec le plus de "buts" gagne, mais soyez conscient que frapper la personne ou le balai de celui qui porte votre cerceau donnera lieu à une sérieuse déduction de points, dit sévèrement Flint.
— Hum, Mr. Flint ? dit le garçon aux yeux perçants en levant nerveusement la voix. Pourquoi est-ce que les attrapeurs portent les cerceaux ? Je veux dire, ça sera plus dur pour eux de manœuvrer avec eux, donc comment est-ce qu'ils vont attraper le vif d'or ?
— Ils ne vont pas l'attraper, dit Flint en haussant les épaules. Pas de vif d'or dans ce jeu. Je sais déjà que Malfoy peut attraper un vif d'or quand il essaye suffisamment dur et j'ai vu assez du vol de Caviet pour assumer qu'elle a également du talent. Cette sélection n'est pas une histoire de talent toutefois — je peux vous le faire rentrer dans le crâne une fois que vous êtes dans l'équipe. C'est une histoire de tripes. Les attrapeurs seront jugés sur à quel point ils maintiennent la pression d'être une cible en mouvement constant. Leur rôle ici demande du cran pour ne pas craquer et aussi de faire confiance à leur coéquipier. Un cognard mal chronométré et vous pouvez les assommer dans l'air, mais ce n'est guère différent de comment sera un vrai match, donc il vaut mieux s'y habituer maintenant. »
Rigel pensa que c'était un petit peu pas du tout vrai. Aucun batteur ne tirerait un cognard sur un joueur qui était juste à côté de son propre joueur. On visait les voleurs solitaires. Les attrapeurs ou les gardiens, les autres batteurs et occasionnellement le poursuiveur errant. Et c'était quand on visait seulement quelqu'un. Les cognards n'avaient pas besoin de l'aide d'un batteur pour viser d'autres joueurs — ils faisaient ça d'eux-mêmes. La majeure partie du boulot d'un batteur était de maintenir les cognards éloignés de ses propres joueurs. Surprendre l'autre équipe était généralement juste un bonus.
Flint colla les anneaux en bas de son balai et de ceux de Draco et la fille Caviet. Il enchanta ensuite celui sur son balai en rouge, Draco en bleu et Caviet en vert.
« Bole, tu es rouge. Black, bleu. Tuiggins, tu es vert », dit Flint.
Cela n'échappa à l'attention de Rigel que Flint était en binôme avec le batteur le plus expérimenté et était donc le moins susceptible d'être touché. Caviet semblait aussi être un peu méfiante des paires et elle examina les doigts tapotant nerveusement de Tuiggins avec une inquiétude malaisée.
Pucey apporta trois cognards, un enchanté en rouge, un en vert et un en bleu et quand Flint les libéra, les trois batteurs décollèrent dans les cieux après leurs cognards aussi vite que possible. Les attrapeurs et Flint s'élevèrent avec précaution avec leurs anneaux colorés. Il était immédiatement apparent qu'ils devaient voler bizarrement avec leurs jambes rentrées en hauteur et hors du chemin s'ils ne voulaient pas avoir une cheville cassée par un tir qui ne passait en fait pas à travers l'anneau. Néanmoins, ils semblaient bien se débrouiller et Rigel n'eut pas plus de temps à leur accorder alors qu'elle se précipitait dans les airs après la brutale comète bleue qui traçait dans le ciel au-dessus d'elle.
Quand elle rattrapa enfin le cognard, elle le suivit juste pendant un moment, perdue. Qu'est-ce qu'elle devait faire maintenant ? Elle ne pouvait pas l'attraper et attendre le tir parfait comme si c'était un souafle, mais elle ne pouvait pas le frapper à l'aveugle vers l'anneau de Draco non plus, comme il était à la fois trop loin et à un mauvais angle pour un tir. Elle envisagea de le frapper lentement dans la direction de Draco jusqu'à ce qu'il soit assez proche pour avoir une meilleure visée, mais avec assez d'élan le cognard était aussi susceptible d'aller là où elle le frappait que n'importe où ailleurs. On ne donnait tout simplement pas de petit coup d'encouragement à un cognard dans la direction que l'on voulait qu'il prenne, après tout.
Alors qu'elle maintenait l'allure avec le cognard bleu pendant quelques moments de plus, elle vit Tuiggins faire une frappe plutôt solide sur son cognard vert vers Caviet. Malheureusement, elle était trop haute et Caviet fut forcée de baisser la tête et de rouler rapidement pour éviter de se faire toucher sur le torse par la balle verte lumineuse. Rigel secoua la tête à la bêtise. La seule façon que cela aurait marché était si Caviet était montée assez pour que la balle traverse…
Oh. Rigel cligna des yeux à la réalisation. Bien oui, exactement.
Flint n'avait-il pas dit que ce n'était pas une histoire de compétences ? C'était une histoire de cran — pour les batteurs et les attrapeurs. Rigel tourna son balai sur le côté pour qu'elle puisse suivre le cognard sur sa route aléatoire et apercevoir Draco une fois de plus. Il la regardait, semblant content d'attendre qu'elle passe à l'action. Rigel siffla vivement juste comme Flint l'avait fait sur le terrain et bougea son bras en un mouvement pour lui indiquer de s'approcher. Draco sembla saisir l'idée assez rapidement et il vola à toute allure vers elle.
Si elle ne pouvait pas amener le cognard à l'anneau, ils amèneraient l'anneau au cognard. N'était-ce pas le but que l'anneau soit mobile ? Il fallait l'admettre, un joueur adverse ne coopérerait jamais durant un match, mais Flint n'avait pas dit qu'ils ne pouvaient pas travailler ensemble, et dans la Maison Serpentard, cela valait aussi bien à dire qu'ils le pouvaient.
Draco arriva rapidement à côté d'elle, même si ses mouvements étaient larges et exagérés à cause de l'anneau.
« Qu'est-ce qu'on fait ? cria-t-il au-dessus du vent.
— On gagne ! hurla Rigel en réponse. Si tu m'offres un tir direct vers l'anneau à moins de dix mètres, je peux le faire. »
Draco grimaça mais acquiesça.
« Pas de problème. Vole devant lui et offre-lui une cible. Il se dirigera droit sur toi et je garderai l'anneau directement derrière son passage. »
Rigel acquiesça et se pencha sur son balai. Elle se propulsa en avant, arrivant au niveau du cognard bleu puis le dépassant. Elle put dire quand le charme chercheur sur le "devant" du cognard se verrouilla sur elle. Le cognard commença à bouger juste un peu en réponse aux variations minuscules de ses mouvements. Elle augmenta suffisamment sa vitesse pour créer une bonne distance au-devant du cognard, mais sans le surpasser complètement et quand elle sentit qu'elle avait assez d'espace, elle cria :
« Maintenant, Draco ! »
Elle arrêta le balai si brusquement qu'il se retourna parfaitement en place et elle prépara sa batte dans la fraction de seconde qu'il lui fallut pour tourner sur place. Le cognard se rapprocherait dans cinq secondes et elle avait une ligne de mire directe sur Draco qui faisait du surplace juste huit mètres derrière. Ce n'était pas une distance très longue et un batteur inexpérimenté pourrait être tenté de frapper le cognard à moins que la puissance maximale, au cas où il raterait, pour ne pas mettre son coéquipier en danger plus que nécessaire.
Rigel, toutefois, n'était pas si naïve. Si elle frappait le cognard à moins de 100%, cela augmentait dramatiquement la chance que le cognard brise la trajectoire et vise Draco à la place. Le charme chercheur pouvait être défait avec de la force brute, donc le seul moyen de le faire voler juste était de s'engager totalement dans la frappe, mais cela voulait aussi dire que si sa visée était fausse, Draco n'aurait pas le temps de s'écarter du chemin avant que le cognard ne le touche.
Tout cela traversa rapidement sa tête en cinq secondes et avant qu'elle ne puisse perdre les nerfs, elle posa ses yeux sur l'anneau bleu et laissa sa batte partir devant avec toute sa puissance. Le crac de la batte contre le cognard en métal était toujours quelque peu écœurant à bout portant, mais un batteur s'y habituait rapidement. Le cognard changea de direction avec une énergie violente et fonça dans l'autre direction vers Draco avec toute la soudaineté d'un maléfice de bombardement.
Rigel maintint sa respiration alors qu'elle regardait le trajet du cognard. Il semblait dans les faits se diriger droit vers la tête de Draco. Elle savait, dans la portion logique de son esprit, qu'il n'allait pas frapper Draco dans la tête. Ils étaient juste au-dessus de la partie de la course d'obstacle où les enchantements météorologiques avaient été lancés et à cause de cela, il y avait un fort vent descendant créé par le vide du sort alors qu'il aspirait les courants d'air dans l'espace enchanté pour être utilisés dans l'orage. Le vent tirerait le cognard vers le bas d'un bon mètre à approximativement trois mètres de la position de Draco si Rigel avait mis la correcte rotation sur le cognard quand elle l'avait frappé, mais une partie très alarmée d'elle venait juste de réaliser que personne n'avait dit ça à Draco.
Juste alors qu'elle se maudissait pour ne pas l'avoir prévenu quant à la trajectoire illusoire, elle réalisa que son ami ne plongeait pas hors du chemin comme n'importe quelle personne saine d'esprit l'aurait fait dans cette situation. Draco faisait toujours du surplace là, à l'endroit même où il avait été quand elle avait visé et l'expression sur son visage était de l'attente, pas de l'inquiétude. Draco, qui n'avait aucune idée qu'elle avait un jour joué en tant que batteur et l'avait seulement vue frapper des petits vifs d'or d'entraînement avec une batte, n'était pas un poil inquiet que le cognard volant vers son visage était sur le point de lui casser le nez.
Il lui faisait confiance.
La réalisation était comme un coup au plexus solaire et Rigel était reconnaissante que le cognard ne se dirigeait pas vers elle parce qu'à la façon dont elle sursauta à la compréhension soudaine de la foi complètement injustifiée de Draco en elle, il l'aurait ratée entièrement. À la fin, Draco fut suffisamment inébranlable pour eux deux et le cognard retomba en effet au dernier moment pour piquer dans l'anneau en plastique et continuer sa route vacillante vers l'autre côté du terrain.
Draco poussa un cri de joie et des acclamations avant de voler vers elle et d'envelopper brutalement un bras autour de ses épaules en un étrange enlacement dans les airs.
« C'était génial ! Refaisons ça. Je parie qu'on peut en avoir trois de plus durant les dix prochaines minutes si on est assez rapide. »
Rigel le fixa juste, n'osant pas ouvrir la bouche de peur de ce qui en sortirait. Le voir faire plier un cognard du regard sur rien de plus que la foi qu'il avait en ses capacités, Rigel ne pouvait juste pas croire que quelqu'un comme lui était ami avec quelqu'un comme elle. Draco, avec ses cheveux ébouriffés dans tous les sens et son expression de plaisir intense avec des yeux grands ouverts, était la liberté incarnée. Qu'il puisse s'abandonner complètement et faire confiance à quelqu'un comme ça — à elle, parmi tant d'autres — frottait à nu quelque chose en elle. Elle qui lui avait menti depuis le moment où ils s'étaient rencontrés, elle qui ne pouvait même pas lui dire son vrai nom, elle qui utilisait ce jeu comme une façon de réprimer les suspicions de sa famille et comme un seul plaisir égoïste dans sa vie d'indulgences sacrifiées, tandis que Draco volait avec la liberté de quelqu'un qui ne prétendrait jamais être quelque chose qu'il n'était pas, peu importe à quel point les choses pourraient être plus faciles pour lui s'il le faisait. Elle ne pourrait jamais être digne d'un tel cadeau et le pire, c'était qu'elle ne pouvait même pas dire à Draco à quel point sa confiance en elle était remarquable, parce que la comparaison ne ferait que soulever plus de questions auxquelles elle ne serait jamais capable de répondre.
« Rigel ? Rigel ! Temps imparti ? Allô ?! »
Rigel sortit de ses pensées et se maudit. Son esprit rêvassait toujours aux pires moments.
« Ok, faisons ça, déclara-t-elle. Même méthode. Quand je te dis de ne plus bouger, fais exactement ce que tu as fait tout à l'heure.
— Pas de problème, dit Draco en souriant. Montrons-leur de quoi on est fait. »
Il semblait que le reste des sélections serait une victoire facile. Durant les cinq minutes suivantes, Rigel et Draco marquèrent deux fois de plus avec leur cognard et Tuiggins ne semblait même pas en avoir eu un. Il poursuivait une Caviet nerveuse en cercle alors qu'il essayait de trouver le courage de la viser à nouveau et qu'elle essayait de rester immobile suffisamment longtemps pour être sûre que le cognard allait la toucher avant de plonger à nouveau hors du chemin. Flint et Bole étaient…
Attendez. Qu'est-ce qu'ils faisaient ? Flint faisait du surplace d'un air nonchalant du côté est du terrain et Bole était du côté complètement opposé à l'ouest, canalisant son cognard. Canaliser était quand le batteur avait besoin de contrôler le cognard mais n'était pas encore prêt à le frapper. À la place, le batteur tentait le cognard en volant devant lui, comme Rigel avait fait plus tôt, pour le faire suivre la trajectoire qu'il choisissait sans s'en débarrasser encore. Il y avait un match célèbre des années 1960s dans lequel les batteurs d'une équipe avaient décidé de ne rien faire d'autre que de canaliser les cognards durant tout le match, les retirant complètement de l'équation et laissant leurs poursuiveurs, qui étaient mondialement connus à l'époque, travailler sans interruption et gagner le match.
Rigel se demanda ce que Bole faisait avec son cognard, par contre. Il ne le rapatriait pas vers Flint — à la place, il semblait voler vers là où Draco et elle essayaient d'aligner un autre tir sur les bords des tribunes nord-ouest. En fait… oh, merde.
« Draco, attention ! »
Elle changea de direction avant que leur tir ne soit aligné et frappa distraitement le cognard bleu loin d'eux alors qu'elle se propulsait vers la position de Draco. Le cognard bleu n'était pas celui dont ils devaient s'inquiéter, parce que Bole venait juste de donner un grand coup au cognard rouge droit sur eux — ou plus spécifiquement, droit sur Draco, qui, avec l'anneau encombrant attaché à son balai, ne serait probablement pas capable de manœuvrer suffisamment rapidement pour éviter la balle fonçant sur lui.
Les yeux de Draco volèrent sur la balle et quand il réalisa sa proximité, un regard sombre résigné prit le dessus sur ses traits du visage. Peu importe où il bougeait, le cognard était assez proche pour le suivre à ce stade. À moins que…
« Vole vers moi ! » cria Rigel, pliée en deux sur son balai pour arriver à temps.
Elle n'y serait pas arrivée si Draco était resté là où il était, mais quand il vola vers elle aussi vite qu'il put avec ce stupide anneau, cela ramena également le cognard vers elle. C'était juste — trop juste — mais Rigel parvint à lever la batte entre le cognard rouge et l'épaule gauche de Draco quand il la dépassa à toute vitesse. Elle le toucha à peine et déplaça seulement le cognard de trois mètres en arrière, mais c'était plus de temps qu'il ne fallait pour que Rigel ramène son bras et le frappe plus directement quand il revint.
Elle le frappa, pas vers Bole, mais vers Flint, dont elle était sûre que ç'avait été l'idée. Elle pouvait pratiquement le sentir sourire narquoisement de l'autre côté du terrain, et elle fut presque déçue que le capitaine évite le cognard aussi facilement. Ceci dit, il ne l'avait pas reçu à quasiment bout portant, comme Draco. Bole lui lança un haussement d'épaules indifférent alors qu'ils le fusillaient du regard avec énervement, même s'il envoya un sourire légèrement désolé à Draco en revenant vers Flint.
« C'est l'heure ! » rugit Flint en levant sa montre.
Il descendit pour atterrir aux poteaux de but est et les autres le suivirent.
Tuiggins parut vivement déçu, tandis que Caviet semblait quelque peu soulagée d'être de nouveau sur terre.
« Bon, dans l'ensemble, je dirais que c'était plutôt pathétique, dit Flint, détachant l'anneau de son balai et le jetant au sol avec un dégoût désinvolte. Tuiggins, tu n'as pas marqué un seul but. Black, tu en as marqué trois, mais seulement parce que ton partenaire t'a aidé activement. Dans un vrai match, ça ne le fera pas. Caviet, tu as les nerfs d'un lapin effrayé et la seule raison pour laquelle je ne te bannis pas des sélections futures, c'est parce que Tuiggins vise comme de la merde, et franchement, je ne suis pas surpris que tu ne lui aies pas fait assez confiance pour rester immobile. Le seul qui a montré du vrai cran, c'est Draco.
— Et Bole ? intervint Tuiggins en fronçant les sourcils.
— Quoi Bole ? dit Flint d'une voix traînante. Il est dans l'équipe depuis des années et n'a rien à me prouver. Donc évidemment, Draco va être attrapeur titulaire et Black occupera le poste de batteur. Des questions ? Non ? Bien, alors dégagez de mon terrain. »
Draco sourit d'un air ravi et frappa Rigel dans le bras.
« Tu as réussi ! Ha, et tu ne voulais même pas passer les sélections. »
Rigel lui sourit d'un air perplexe.
« Tu as réussi aussi, M. l'Attrapeur Titulaire. Allons l'annoncer à Pansy. »
Ils coururent jusqu'aux tribunes où les spectateurs étaient assis et Pansy se dépêcha de descendre pour les rejoindre.
« Alors ? demanda-t-elle d'un air excité. Vous avez dû réussir, personne d'autre n'a fait de buts.
— On est tous les deux dans l'équipe, dit Draco avec fierté. Ce qui veut dire que maintenant, tu dois définitivement venir à tous nos matchs. »
Pansy soupira, mais ils pouvaient voir sa fierté pour eux derrière le geste de surface.
« C'est ce que j'obtiens pour être amie avec deux garçons indécrottables. Avec Rigel dans l'équipe aussi, ce ne sera rien d'autre que du Quidditch toute la journée.
— Tu apprendras à adorer ça, dit Draco de manière rassurante.
— Et si c'est pas le cas, tu auras de multiples occasions pour t'entraîner à exhiber patience et intérêt factice durant les six prochaines années, ajouta pensivement Rigel.
— Et au moins, tu sauras de quoi tu parles quand tu auras finalement un petit ami et qu'il est intéressé par ce sport, dit Draco avec une impression plutôt mauvaise d'un sourire canaille.
— Chacun y gagne, dit Pansy avec un enthousiasme extrêmement faux. Et qu'est-ce que tu veux dire par "finalement" ? J'ai à peine treize ans et je ne te vois pas avec une petite amie pendue au bras.
— Bah c'est parce que je suis trop jeune pour m'attacher à quelqu'un, dit Draco joyeusement, utilisant la voix snob accablée qu'il feignait quand il blaguait. Et de toute façon, pour une fille, c'est plus pathétique d'être seule.
— Ceci explique cela, dit Rigel. Je trouvais que Draco paraissait un peu pathétique ces derniers temps. »
Draco fit une bonne impression de bouderie tandis que Pansy et Rigel rirent sur toute la route du château.
« Qu'est-ce qu'on pourrait faire du reste de la soirée ? demanda Draco une fois qu'ils atteignirent le hall d'entrée du château.
— Je pense que Pansy devrait décider, dit Rigel. On l'a fait endurer ces sélections pendant des heures après tout.
— Et cela m'a coûté quelques années de ma vie aussi, dit Pansy d'un ton pincé. Espèces d'imprudents. Il se trouve que Rookwood m'a intimé vouloir parler avec toi à un moment, Rigel, donc je pense que l'on devrait voir ce qu'il manigance ce soir. »
Rigel regarda curieusement Pansy.
« Moi ? Pourquoi donc ?
— Qui sait ? dit Draco. Mais ce sera forcément intéressant si Rookwood, et donc Rosier, sont impliqués. »
Rigel trouva que "intéressant" était un bon mot pour les rencontres du genre Rosier-Rookwood, mais ne pouvait pas dire qu'elle attendait ça avec impatience. D'une certaine façon, les choses devenaient toujours plus compliquées avec les cinquième année aux alentours.
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Ils retrouvèrent Rookwood dans la salle commune de Serpentard à peu près une heure avant dîner et, comme on pouvait s'y attendre, Rosier se trouvait là avec lui.
« Eh bien, eh bien, le prometteur "trio d'argent" a pris le temps de venir nous voir après tout, dit Rosier, ses yeux dorés brillant d'amusement. Je suppose que ça veut dire que nous sommes encore intéressants, Rookwood.
— Comme si ç'a un jour été la question, dit facilement Pansy. Et qu'est-ce que tu veux dire par "trio d'argent", Aldon ?
— Tu ne savais pas ? dit Rosier, appréciant clairement agiter l'information devant eux. Les gens commencent à vous remarquer tous les trois. Le descendant Malfoy, la fille unique de Rose Parkinson et l'héritier de l'ancienne Maison des Black, trois Serpentard visiblement talentueux avec de l'argent et du pouvoir familial à ne plus savoir quoi en faire, tous dans la même année et en prime, meilleurs amis. Il n'y a vraiment aucun doute que vous trois irez loin — la seule question est jusqu'où ?
— Tu as oublié plein d'esprit et séduisants, dit Draco avec grandeur, un sourire jouant sur sa bouche.
— Je n'ai pas oublié, dit Rosier d'un air ravi. Je ne voulais juste pas vous ennuyer avec des choses que vous savez déjà.
— Dans tous les cas, assez-vous, s'il vous plaît, dit Rookwood, montrant d'un geste les trois fauteuils vides en face du canapé que Rosier et lui partageaient. Merci d'être venus.
— De quoi voulais-tu me parler ? demanda Rigel, concluant qu'il valait mieux ne pas perdre trop de temps.
— Un de nos amis communs s'est récemment retrouvé en possession d'une vipère péliade particulièrement lunatique, dit Rookwood. Il l'a reçue en cadeau et donc n'a vraiment aucune idée de comment prendre soin de la créature. Il est venu me demander de l'aide, puisque je travaille avec toutes sortes d'animaux à la réserve naturelle de ma famille. J'ai une abondance de connaissances théoriques mais peu d'expériences pratiques avec les serpents donc je pensais me renseigner auprès de toi, si tu as des astuces pour des dresseurs inexpérimentés. »
Rigel cligna des yeux. C'était… inattendu.
« Pourquoi est-ce que Pucey n'achète tout simplement pas un livre sur comment garder des serpents ? »
Rookwood haussa un sourcil.
« Je crois comprendre qu'il trouvait que cela semblerait… suspicieux, pour un élève à Serpentard de chercher des informations sur comment garder des serpents. Comme tu le sais, à strictement parler, les animaux de compagnie hormis les hiboux, les chats, les rats et les crapauds sont interdits à Poudlard.
— Père a essayé de faire changer les règlements, mais le conseil d'administration insiste que les serpents sont plus dangereux que les chats et les crapauds etc., dit Draco en secouant la tête avec regret.
— Effectivement, dit Rosier, donc tu vois la situation désespérée d'Adrian ? Heureusement que nous avons parmi nous quelqu'un avec un père amateur de serpent. Alors, Black, des astuces ? »
Le cerveau de Rigel cala pendant un instant. Qu'est-ce qu'elle pouvait dire ? Elle ne faisait pas grand-chose à part occasionnellement caresser les serpents dans la cour de Sirius, et savait seulement ce qu'ils mangeaient parce qu'Archie se plaignait tout le temps des souris mortes dans le congélateur.
« Je ne suis pas sûr, dit-elle d'un ton désolé. Mon père s'occupe d'eux pour la majeure partie du temps. Je passe juste du temps avec eux quand ils s'ennuient.
— Mais c'est justement ça, dit Rookwood, se penchant avec intention en avant. Tu sembles savoir t'y prendre avec les créatures. Comment pourrais-tu savoir autrement qu'ils s'ennuient ? Tu as dit à Adrian que son serpent était fatigué et avait faim, comme si de telles choses étaient évidentes. D'ailleurs, le semestre dernier, tu as obtenu d'une certaine façon du venin de serpent d'arbre pour Alice et les serpents d'arbre sont notoirement difficile quant à qui ils autorisent à les approcher. »
Rigel trouvait que le serpent d'arbre qu'elle avait rencontré dans la forêt ne semblait pas trop difficile quand confronté à la possibilité d'un repas gratuit et elle dit :
« Je les soudoie juste, surtout. Si tu leur montres une souris, ils coopèreront assez facilement. Les serpents en général semblent être des animaux pragmatiques, trop intelligents pour refuser de la nourriture gratuite. »
Rookwood parut à moitié déçu et à moitié pas étonné.
« Tu n'as pas à mentir, Black. Si tu ne veux pas me dire comment tu le fais, alors ne le dis pas, mais il n'y a pas besoin d'insulter mon intelligence. J'ai laissé passer avec le venin de serpent d'arbre, parce que j'étais encore semi-convaincu que c'était quelque chose qu'Alice t'avait persuadé de faire, mais bien qu'Aldon apprécie ses petits jeux de tromperie, pour moi, ça devient vite vieux de se faire mentir en pleine face. »
Rigel grimaça mais ne pouvait pas nier l'affirmation.
« Hé, fais attention à ce dont tu accuses notre ami, grogna Draco. Rigel a le droit d'avoir ses secrets, tout comme n'importe qui d'entre nous. N'agis pas comme si ce sont tes affaires, et ne pose pas de questions dont tu sais qu'il ne peut pas te donner une réponse franche.
— Ce n'est pas un crime d'être curieux, dit Rosier d'une façon joyeusement acerbe. Et tu ne peux pas nier que l'habitude de Black à user de faux-fuyants et de détournement d'attention énervent même vous, ses amis, par moments. »
Pansy regarda ses vieux et ses nouveaux amis, pas du tout sûre de quel camp choisir, et dit :
« Calmons-nous un moment. Je suis sûre que c'est un malentendu. »
Mais ça n'en était pas un. Rigel ferma brièvement les yeux, pensant qu'elle aurait dû anticiper que les choses finiraient par lui tomber sur la tête comme ça. Quelqu'un remarquerait sûrement tous les mensonges et toutes les évasions qu'elle faisait et la mettrait dos au mur. Il se trouvait juste qu'ils avaient remarqué depuis un moment et s'étaient abstenus de le mentionner par politesse. Que pouvait-elle dire ? Elle ne voulait pas commencer à révéler ses secrets chaque fois que quelqu'un la faisait se sentir coupable de mentir, mais elle n'avait pas réalisé non plus que cela devenait à la fois si flagrant et si insidieux — est-ce que les autres personnes commençaient à lentement en avoir marre également ? Si elle pouvait s'attendre à plus de confrontations à l'avenir, peut-être qu'elle pouvait céder juste un petit peu. Après tout, si elle leur donnait assez de vérité pour les satisfaire, alors ils ne penseraient pas à chercher plus en profondeur, pas vrai ? L'approche classique de se plier pour ne pas casser avec un fond de détournement d'attention en plus.
Rigel parla lentement, comme si incroyablement incertaine, même si en vérité, elle avait déjà pris sa décision. Même si ce qu'elle était sur le point de révéler pouvait être dangereux, c'était aussi un de ses secrets les plus… innocents. Ce n'était pas illégal, après tout, mais c'était suffisamment mal vu que l'avoir caché pour cette seule raison était plausible. C'était, en résumé, le secret parfait à révéler pour apaiser les cinquième année.
« Tu as raison, dit-elle en les regardant un à un. Vous avez tous raison, d'une certaine façon. Je garde des secrets et ce ne sont vraiment pas vos affaires non plus. Malgré ça… j'imagine que je n'ai pas besoin de garder celui-là plus longtemps, tant que vous pouvez être discrets là-dessus. »
Elle vit qu'elle avait toute leur attention donc elle feignit un air penaud d'embarras.
« Mon père ne le connaît pas du tout parce que, eh bien, ce n'est pas vraiment quelque chose que l'on évoque dans une conversation banale et c'est aussi un peu… Sombre. »
Draco haussa un sourcil et les coins de la bouche de Rosier retombèrent légèrement. Pansy cligna juste des yeux vers elle et Rookwood semblait complètement impassible.
« Non pas qu'il y ait quelque chose de mal avec le Sombre, ajouta Rigel. Je me suis juste dit que ce n'était pas quelque chose que ma famille comprendrait vraiment. Peu importe, en vérité je n'ai pas vraiment de connaissances spécialisées en serpents. Je les comprends seulement parce que je peux… eh bien… les comprendre. »
Il y eut un temps de silence, puis Draco dit :
« Quoi ? »
Rigel prit une inspiration prudente.
« Je peux parler aux serpents et les comprendre quand ils parlent. »
Voyant qu'aucun des quatre ne savaient quoi dire exactement en réponse à cela, elle radota :
« C'est comme ça que j'ai su que le serpent de Pucey avait faim — il me l'a dit. C'est aussi comme ça que j'ai obtenu le venin — j'ai juste demandé. Donc je suis désolé de ne pas vous l'avoir dit plus tôt, mais traditionnellement, c'est vu comme une sorte de talent malpropre et ce n'est pas que j'en ai honte, mais vous savez à quel point je déteste l'attention et un parleur de serpent à tendance à beaucoup attirer d'attention une fois que c'est connu. »
Draco déglutit difficilement.
« Je n'arrive pas à croire que… tu… ne nous aies rien dit ! Ouah ! Rigel, à quoi tu pensais, au nom de Salazar, à garder un talent comme ça caché ? Est-ce que tu sais à quel point cela va te rendre populaire à Serpentard une fois que tout le monde… oh… Ah oui, donc, on ne peut le dire à personne, c'est ça ? »
Rigel grimaça d'un air désolé.
« Je ne préfèrerais pas, dit-elle faiblement. Tu n'es pas en colère contre moi ?
— Eh bien je suis déçu que tu aies eu l'impression que tu devais nous cacher cette part de toi-même, dit sérieusement Draco et Rigel vit Pansy hocher la tête en assertion muette. Mais comme tu as dit, c'était ton secret. Qu'est-ce qui t'a décidé à nous le dire maintenant ?
— Je me disais ces derniers temps que je devrais faire un petit peu plus confiance à mes amis, dit Rigel en souriant. Et tu viens juste de me prouver pourquoi je le devrais. Merci.
— Tu n'as pas à nous remercier pour garder tes secrets, Rigel, dit doucement Pansy. On le ferait de toute façon. Et tu n'as pas à t'excuser pour être toi-même. On t'aime tel que tu es, peu importe qui tu te révèles être. »
Rigel sentit un sentiment chaud monter en elle, débutant dans son estomac et se précipitant vers sa tête, où il s'accumula et la rendit étourdie de bonheur.
« Vous êtes les meilleurs amis que j'aurais pu demander, les gars. Je ne vous mérite pas.
— Bien sûr que non, dit Pansy avec légèreté, touchant Rigel avec son épaule. Mais on est amis avec toi de toute façon, parce qu'on est merveilleux à ce point. »
Draco acquiesça d'un air royal et ils rirent tous les trois en compréhension parfaite.
« Non pas que ce ne soit pas touchant », dit Rosier, la voix empreinte d'un amusement mielleux.
Les trois deuxième année se tournèrent pour regarder les cinquième année avec des expressions identiques de surprise chagrine, ayant tout à fait oublié que les deux autres étaient toujours là dans leur moment de déclaration d'amitié.
« Mais juste pour être clair, tu es un Fourchelang, Black ? »
Rigel acquiesça lentement.
« Eh bien, cela explique beaucoup de choses, dit Rookwood.
— Je ne me demande plus pourquoi tu as été placé à Serpentard, convint Rosier, mais je me demande plutôt comment ton père ne l'est pas. Les traits comme ça ne sont-ils pas généralement héréditaires ?
— C'est très récessif dans ma famille, dit Rigel. En fait, je pense que ça vient d'une autre famille, une dans laquelle on est entré par mariage à un moment donné, et qui a été transmis accidentellement jusqu'à ce qu'il se soit activé chez moi par chance.
— Je suppose que c'est possible, dit Rookwood. Généralement les magies familiales garantissent que les talents et capacités sont transmis dans la ligne directe uniquement, mais il y a toujours des exceptions. Cela pourrait même venir de la lignée de ta mère.
— Eh bien, peu importe comment tu l'as obtenu, c'est incroyable. Dire que je connais un Fourchelang personnellement, dit Draco en la regardant d'un air implorant. Tu es sûr que je ne peux pas le dire à mon père ? »
Rigel secoua la tête.
« Je ne te dirais pas quoi faire et je t'ai donné la permission d'écrire à ton père à mon sujet l'année dernière, donc tu es dans ton droit de le faire, mais j'apprécierais vraiment si tu le gardais pour toi-même pendant un temps au moins. Je veux avoir une année scolaire sans histoire, tu sais ? Et toute la sensation que quelque chose comme ça causerait… »
Pansy acquiesça lentement.
« Rigel a raison. Les Fourchelangs sont rares et les Fourchelangs puissants encore plus — la plus grande partie de la lignée de Serpentard avait un tel degré de consanguinité qu'ils ont fini cracmols, après tout, et les descendants survivants ont disparu dans l'obscurité des dizaines de décades auparavant. Tu dois être un descendant d'une des lignées encore plus anciennes que Serpentard, où la lignée s'est séparée avant que Serpentard ne devienne connu pour le trait — après tout, il n'était pas le premier Fourchelang, juste le plus connu, donc tu aurais pu l'obtenir de n'importe où, en fait. L'idée, c'est qu'un Fourchelang qui apparaît de nulle part après tout ce temps… ce sera déconcertant pour beaucoup de personnes.
— Particulièrement par rapport aux politiques actuelles, dit Draco, paraissant à nouveau sérieux. Les tensions de sang sont à un niveau jamais atteint et un trait Sombre puissant qui apparaît maintenant en particulier chez l'Héritier d'une famille sang-pure célèbre ferait définitivement grincer des dents à certains. Tu serais au mieux la figure emblématique de la puissance sang-pure et au pire une menace pour la faction de la Lumière et leurs arguments que la consanguinité des sang-purs mène à des cinglés sans talent et magiquement impuissants. »
Tout le monde se tourna pour fixer Draco pendant un moment.
« Quoi ? Je l'ai lu dans un des pamphlets que mon père brûle toujours dans la cheminée, dit Draco sur la défensive.
— Donc bref, dit Rigel, maintenant vous quatre savez pourquoi je suis "doué" avec les serpents. Je crains de ne pas pouvoir t'aider avec des astuces pratiques sur comment les gérer, Rookwood, même si je ne rigolais pas quand je disais que les soudoyer marche à merveille.
— Ça ne fait rien, dit Rookwood avec un revers de la main. J'ai appris quelque chose de bien plus intéressant.
— Et puisque l'on peut voir à quel point le climat actuel est… délicat, nous garderons aussi ce talent entre nous pour l'instant — même si Rookwood préviendra probablement cette chère Alice, dit Rosier avec un sourire en coin. Les seules personnes à qui ces deux-là ne peuvent pas garder un secret, c'est à l'un et l'autre. »
Rigel sourit.
« Merci. Je suis désolé de vous avoir tous menti, même si je le referai probablement dans le futur.
— On comprend pourquoi tu l'as fait, dans le cas présent, dit Pansy en tapotant gentiment son bras.
— Et cela rend plus intéressant d'être ton ami si tu ne vides pas ton sac tout d'un coup, la taquina Draco. Autrement on pourrait s'ennuyer.
— Dans cette veine, je voulais vous demander… est-ce que vous pourriez me mentir un peu plus souvent ? demanda doucereusement Rigel. C'est juste que j'ai été si peu intéressé par vous récemment… aïe ! »
Draco lui avait lancé le coussin de son fauteuil.
« Je pense que c'est le signal pour nous, Edmund, dit Rosier en se levant gracieusement. Merci pour cette conversation… instructive. À un de ces quatre, petits serpents. »
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L'après-midi suivant, Rigel finissait juste une rédaction particulièrement éreintante d'Arithmancie pour Flint quand il lui vint à l'esprit qu'elle n'avait pas passé beaucoup de temps avec ses amis Gryffondor depuis le début du trimestre. Puisqu'elle avait besoin de demander quelque chose à Percy concernant les métamorphoses liées pour la dernière rédaction de Flint de toute façon, elle s'arrêta dans des toilettes pour se débarrasser de son déguisement (la colère de Madame Pince n'avait pas diminué d'un iota avec le nouveau semestre) et partit sans détour vers le portrait qui gardait le repaire des lions.
Neville ouvrit la porte quand elle toqua sur le portrait. Le jeune Gryff paraissait un peu diminué pour une raison inconnue, mais quand il vit qui était dans le couloir, il sourit un peu.
« Évidemment que tu viendrais maintenant et pas avant, Rigel. »
Rigel haussa un sourcil.
« Je peux revenir plus tard si tu préfères.
— Non, non, dit Neville. Tu ferais tout aussi bien d'entrer, juste… euh… enlève ta cravate, tu veux ? Et, hum, tu n'es pas ici pour voir Ron, n'est-ce pas ? »
Rigel cligna des yeux vers sa cravate vert et argent, mais la retira sans discuter et la rangea dans son sac.
« Je voulais en fait parler à Percy, mais ç'aurait été bien de passer du temps avec toi et Ron pendant un moment. On ne s'est pas beaucoup vu en-dehors des cours. »
Neville soupira.
« Eh bien, Percy est avec Ron, malheureusement, et Ron est à l'Infirmerie. »
Rigel fronça des sourcils.
« Est-ce que Ron va bien ?
— Il va bien, dit Neville. C'est sa sœur, Ginny. Le mieux que Madame Pomfresh peut nous dire, c'est qu'elle s'est évanouie à un moment entre le petit déjeuner et le déjeuner. Ils l'ont trouvée dans le couloir de Sortilèges et l'ont amenée à l'infirmerie, mais elle ne s'est toujours pas réveillée. »
Rigel fronça un peu plus des yeux.
« Est-ce que c'est… ? »
Neville savait exactement ce qu'elle demandait.
« C'est pas le Syndrome du Sommeil, non. Mais Ron et ses frères sont quand même très inquiets. C'est la plus jeune de la famille, tu sais, et leur unique sœur.
— Je suis désolé d'apprendre ça pour la sœur de Ron, dit Rigel, mais pourquoi est-ce que je dois enlever ma cravate ? »
Neville se mordit la lèvre d'inquiétude.
« Ne te mets pas en colère, mais certains des autres Gryffondor pensent que c'est un Serpentard qui a jeté un mauvais sort à Ginny. Ils disent que les première année ne s'évanouissent pas sans raison donc elle a dû être vraiment choquée ou effrayée ou alors quelqu'un l'a ensorcelée avec un sort de sommeil.
— Même si quelqu'un l'a fait, cela pourrait être n'importe qui, dit Rigel. Elle a été trouvée dans le couloir de Sortilèges, pas dans les cachots. Peut-être qu'un fantôme l'a surprise ou elle n'a simplement pas assez mangé au petit déjeuner.
— Je sais, dit Neville en haussant les épaules. Mais tu sais comment sont les sentiments de Maisons. Ils voient ça comme une attaque sur la Maison des lions et le premier suspect est la Maison des serpents. Donc, comme je t'ai dit, tu peux entrer, mais ne crie pas ta Maison sur tous les toits, d'accord ? »
Rigel secoua la tête.
« Ça ne fait rien, Neville. Je pense que je vais aller à l'Infirmerie pour m'assurer que les Weasley vont bien. Tu veux venir ?
— J'en reviens juste, il y a dix minutes, dit Neville. Cela devenait un peu… eh bien, tu verras, je suppose. Merci quand même. À plus tard, Rigel. »
Rigel retraça ses pas jusqu'à l'Infirmerie, un lieu qu'elle était sûre ne jamais vouloir revoir, et se dit qu'elle s'arrêterait juste pour présenter ses hommages rapidement et puis irait se dépatouiller avec sa rédaction de métamorphose par elle-même. Après tout, il n'y avait pas de raison qu'elle reste longtemps — elle ne connaissait même pas Ginny Weasley et elle ne voulait pas embêter Percy avec de l'académisme pendant qu'il était inquiet pour sa sœur. La même chose valait pour prendre des nouvelles de Ron ; cela pouvait attendre jusqu'à ce que ses inquiétudes pour sa famille soient dissipées.
Elle entra et trouva l'infirmerie beaucoup plus vivante qu'elle ne l'avait été la dernière fois qu'elle y était et elle marqua la source de l'atmosphère comme étant Fred et George, qui avaient réussi d'une façon ou d'une autre à faire apparaître un kiosque à musique entier sans se faire virer par Madame Pomfresh. En fait, Rigel ne voyait la redoutable infirmière nulle part dans la pièce. Fred avait ses mains sur une sorte de flûte — une flûte à bec, pensait-elle que cela s'appelait — et George tapotait sur un piano miniature tout en frappant de temps à autre une grosse caisse avec son pied. Ron tenait avec hésitation une paire de maracas, ne semblant avoir aucune idée de quoi faire avec elles et Percy se tenait debout les bras croisés, un regard désapprobateur sur le visage et un tambourin qui lui était clairement destiné abandonné sur la table de chevet. Sur le lit en lui-même se trouvait une jeune fille avec de longs cheveux roux et une abondance de taches de rousseurs qui devait être leur sœur, Ginny.
« Qu'est-ce que vous faites ? » demanda Rigel quand il devint clair qu'ils n'avaient pas remarqué son entrée.
Ron se retourna et laissa tomber à la hâte les maracas sur le pied du lit, comme s'il ne pouvait pas croire qu'il s'était fait prendre en train de les tenir. Percy soupira et commença à expliquer, mais Fred le coupa après s'être levé d'un bond de là où il était perché sur la barrière du bas du lit pour ébouriffer les cheveux de Rigel et accrocher un bras amical autour de ses épaules.
« Si bon de ta part de demander, chiot, mais je pensais que c'était plutôt évident », dit Fred d'un ton réprobateur.
À son regard vide, George prit pitié d'elle et offrit :
« On réveille Ginny, bien sûr. »
Rigel acquiesça comme si ça avait du sens.
« Et est-ce que ça marche ?
— Non, du tout, dit Percy d'un air renfrogné. Tout ce qu'ils font, c'est me donner un mal de crâne.
— Tu avais un mal de crâne ce matin, dit Fred dédaigneusement. Tu n'as pas besoin de notre aide pour en avoir un. D'ailleurs, si tu as un problème médical, préviens l'infirmière.
— Et comment je suis censé faire ça quand vous deux l'avez fait fuir ? demanda Percy avec exaspération.
— La faire fuir ? Nous n'avons jamais fait une telle chose, n'est-ce pas, George ? » dit innocemment George.
Fred y réfléchit.
« J'ai bien peur qu'il fasse référence à cette petite histoire que nous lui avons dite à propos d'un Poufsouffle de troisième année qui est tombé dans les escaliers Ouest, Fred.
— Ça peut en effet être vrai, dit raisonnablement George. Les troisième année sont notoirement maladroits. »
Rigel dut réprimer un sourire à la vérité de cette affirmation. George dut le voir toutefois, car il dit :
« Ah, il semble que quelqu'un se rappelle d'un incident qui est peut-être moins révélateur de notre propre grâce en tant que troisième année que ce qu'on apprécierait.
— Hé, montre un peu de respect, dit Fred, offensé. D'où tu prends ton pied à te moquer de nous comme ça ? On est dans un lieu de guérison. »
Percy soupira :
« Comme si vous deux connaissiez quoi que ce soit sur le respect. Sans mentionner le fait que personne n'aura de guérison faite avec l'infirmière partie à la chasse au dahu dans les escaliers Ouest.
— Eh bien si tu ne vas pas le mentionner… ne le fais pas, suggéra Fred.
— Tu sais, je déteste l'admettre… mais Percy n'a pas tort, dit Ron, grimaçant un peu aux regards trahis que Fred et George se mirent à lui lancer. Je dis ça comme ça, Pomfresh pourrait avoir une meilleure chance pour réveiller Ginny que tout ceci. »
Il montra d'un geste les instruments de musique et Fred sortit sa baguette avec un reniflement offensé.
« Eh bien si tu n'es pas appréciateur… »
Il agita sa baguette sur la flûte à bec qui disparut aussitôt. Trois secondes plus tard, les autres instruments de musique disparurent également, de toute évidence de leur propre chef.
« Comment est-ce que tu as fait ça ? dit Rigel sans le vouloir. C'était une métamorphose liée ! J'essaie de comprendre la théorie derrière ça depuis le déjeuner. »
Fred échangea avec George un regard qui les fit tous les deux acquiescer à quelque chose que personne d'autre ne comprit avant de se retourner vers elle :
« Théorie ? Quelle théorie ? On le fait juste. »
Rigel resta bouche bée devant le rouquin pendant un moment. Était-ce ce que les autres personnes ressentaient quand elle "faisait juste" des choses ? Que c'était énervant.
« Donc vous ne pouvez pas me l'expliquer ?
— George pourrait, dit Fred avec un bâillement. Il aime comprendre les trucs. Une fois que c'est fait, j'ai juste à accorder mes données magiques aux siennes et à les copier pour obtenir le même résultat. »
Rigel les fixa juste… il n'y avait pas de mots pour expliquer à quel point cette capacité devait être incroyablement brillante, sans mentionner pratique…
« Ouais, ouais, les jumeaux sont spéciaux, peu importe, dit Ron en roulant des yeux face au génie de ses frères. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi tu t'intéresses aux métamorphoses liées ? C'est un sujet de sixième année.
— Oh, vraiment ? dit innocemment Rigel.
— Tu devrais savoir que ça l'est, dit Percy en fronçant les sourcils. C'est pour ça que tu l'apprends, non ? Parce que c'est la même chose que ce que j'apprends maintenant ? »
Rigel tressaillit intérieurement. Elle avait oublié que Percy était là et ce qu'elle lui avait dit par rapport à pourquoi leurs études de métamorphose coïncidaient si parfaitement.
« Heu, ouais, c'est juste embarrassant, tu sais ? Prendre de l'avance… j'imagine que je devrais pas avoir trop honte d'être studieux. »
Quatre regards examinateurs croisèrent le sien et elle se rappela mentalement de ne pas essayer de berner les enfants Weasley quand elle pouvait l'éviter. Ils étaient tous extrêmement vifs d'esprit à leur propre façon et elle avait l'impression que leur amitié ne l'exemptait pas de leur examen avisé.
« Du coup, est-ce que votre sœur va aller bien ? » demanda Rigel, se sentant comme une poule mouillée pour utiliser leur sœur malade pour dévier la conversation, mais elle était franchement intimidée par tant de regards sérieux aux yeux bleus tournés vers elle.
Ron fronça des sourcils, jetant un œil en arrière sur le visage de la fille endormie.
« Pomfresh dit que ce n'est pas la maladie, mais que ce n'est pas un sommeil naturel non plus, ou le boucan de Fred et George l'aurait réveillée depuis le temps. »
Rigel regarda avec plus d'attention Ginny Weasley. Elle était plus pâle que ses frères et puisqu'elle avait les muscles fuselés délicats d'une fille qui s'exerçait régulièrement, Rigel partit du principe que la pâleur était un symptôme, pas une caractéristique naturelle. Sa respiration était régulière, mais ses paupières palpitaient rapidement, comme si elle était au milieu d'un sommeil paradoxal sérieux. Si ce n'était pas du sommeil par contre…
« Elle semble montrer tous les signes d'une activité mentale intense, dit Rigel. Est-ce qu'elle médite souvent ? Elle pourrait être allée trop loin dans une transe, ce qui voudrait dire qu'elle se réveillera à son propre rythme quand son corps aura trop faim ou sera trop fatigué pour maintenir l'état méditatif.
— Pomfresh a demandé quelque chose de similaire, dit Ron, mais d'aussi loin que je sache, Ginny n'a jamais exprimé d'intérêts dans les arts de l'esprit de toutes sortes. Elle n'est pas exactement une fille à rester tranquillement assise. »
Rigel fronça des sourcils.
« Oh. Quoi qu'il en soit, je suis sûr qu'elle va se réveiller bientôt, Ron. Ne t'inquiète pas. »
Cela semblait superficiel, même pour elle, mais qu'est-ce qu'elle pouvait dire d'autre ?
« Ouais ou tu pourrais la réveiller », dit lentement Ron.
Fred et George froncèrent des sourcils de manière identique vers lui, mais il se dépêcha à continuer :
« Je dis juste ça comme ça, Rigel peut entrer dans la tête des gens, vous savez ? Peut-être qu'il peut la réveiller plus tôt, si c'est vraiment juste une question de temps.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, dit Percy. Je suis sûr que Rigel a une bonne intention, mais c'est une chose dangereuse d'aller dans les esprits d'autres personnes. »
Rigel acquiesça d'un air désolé.
« Je ne me sentirais pas confortable d'expérimenter le plongeon d'esprit sur ta sœur. Je l'ai seulement fait avec la maladie parce que l'alternative était si terrible.
— Qu'est-ce qu'il y a de si terrible à ce que Malfoy soit malade ? grommela Ron sombrement. Petit con prétentieux. »
Rigel se mordit la lèvre et dit avec précaution :
« Draco est mon ami, Ron, et il était en train de mourir.
— Urgh, je sais, ok ? »
Ron souffla une expiration remplie d'agacement.
« Il reste un Malfoy quand même. Tu sais, s'il n'était pas ton ami, je l'accuserais d'avoir rendu Ginny comme ça. »
Rigel fut prise par surprise. Elle n'avait pas réalisé que Ron et Draco se détestaient autant.
« J'étais avec Draco et Pansy la majeure partie de la matinée, Ron. Je ne pense pas du tout qu'il ait fait quoi que ce soit à Ginny.
— Ouais, probablement pas, dit Ron à contrecœur. Mais rien d'autre ne fait sens. »
Rigel pensa secrètement que cette théorie n'avait pas de sens non plus, mais ne dit rien.
« Tu sais, Malfoy senior s'est retrouvé dans une bagarre avec notre père à Fleury et Bott juste avant la fin des vacances, dit soudainement Ron, contemplant Ginny à nouveau. Papa a cassé le nez du gars. C'était par rapport à quelque chose que Lucius Malfoy a dit à Ginny, en fait, donc ce n'est pas vraiment exagéré de penser que… eh bien, quelqu'un a dû lui faire ça, non ? Elle ne s'est jamais évanouie avant et tu peux être aussi certain que la magie qu'elle n'est jamais entrée dans un coma sans raison à la maison.
— On en saura plus quand elle se réveillera, Ron, dit gentiment Percy. Ginny saura ce qui lui est arrivée.
— J'imagine », dit Ron avec morosité.
Il y eut quelques minutes de silence gênant après ça, jusqu'à ce que Rigel ne puisse plus le supporter :
« Si elle ne se réveille pas d'ici ce soir, pourquoi n'irais-je pas demander à Madame Pomfresh et au Professeur Snape de me superviser pendant que j'essaie de la réveiller ? »
George lui sourit chaudement et Fred ébouriffa encore ses cheveux.
« Je suppose que si les Professeurs supervisent… merci, Rigel, dit Percy. Est-ce que tu as toujours besoin d'aide avec les métamorphoses liées ce soir ?
— Oh, ça ira, dit Rigel. J'étudierai ça un autre moment. »
Flint pouvait gérer une note plus basse qu'un "O" pour celui-là.
« Bon, dans ce cas, viens avec nous, chiot, dit Fred, frottant ses mains d'une façon absolument pas réconfortante. On a plein de travail à faire si Ginny va se réveiller ce soir.
— Du travail ? répéta inconfortablement Rigel.
— Mais bien sûr, dit George en souriant. On doit accueillir le retour de notre sœur dans le monde des éveillés avec style, n'est-ce pas mon frère ?
— En effet, mon frère, dit Fred. Je dirais que cela nécessite quelque chose de vraiment grandiose pour enjouer cette pauvre Ginny pour avoir manqué un jour entier de repos.
— Rien de pire que de se réveiller un lundi, approuva George solennellement.
— Oh, non, vous deux allez jouer un tour à quelqu'un encore, c'est ça ? »
Percy secoua son doigt dans leur direction.
« J'ai bien envie de prévenir McGonagall avant que vous ne fassiez quelque chose pour embarrasser le reste d'entre nous, suffisamment infortunés pour partager votre nom de famille.
— Ah, mais un avocat bourgeonnant tel que toi n'accuserait jamais quelqu'un avant qu'une preuve au-delà d'un doute raisonnable ne soit établi, dit gravement Fred.
— Innocent jusqu'à preuve du contraire, Perce, ajouta George. Même toi, tu ne peux réfuter ça. Allons viens, chiot, et sortons d'ici avant qu'il trouve un moyen de réfuter ça. »
Rigel eut à peine le temps de saluer Ron et Percy qu'elle fut menée sans cérémonie hors de l'Infirmerie et enlevée jusque dans un couloir peu utilisé par les jumeaux.
« En fait, j'ai un peu plus de recherches que j'allais faire cet après-midi… »
Elle s'arrêta quand ils l'entourèrent avec des expressions sérieuses.
« Oh, tu ne t'échapperas pas de ça, dit George avec une gaieté mordante. On ne t'a pas vu de tout le semestre. Est-ce que tu sais à quel point c'est frustrant de repousser de très bonnes farces parce que notre pierre de touche est trop occupée à apprendre des sujets de métamorphose de sixième année pour venir à la tour nous dire "bonjour" ?
— C'est très frustrant, au cas où tu te demandais », ajouta Fred distraitement.
Rigel grimaça et ouvrit la bouche pour s'excuser, mais Fred continua allègrement :
« Ne t'excuse pas, chiot — tu fais ça trop de toute façon — et n'agis pas comme si on t'avait frappé. On n'est pas en colère parce qu'on sait comment tu es. »
Rigel n'était pas sûre de ce que cela voulait dire exactement, mais cela ne l'empêchait pas de se sentir un peu coupable.
« Mais on va insister que tu nous aides avec cette farce, dit George, lui souriant d'en haut avec sa taille supérieure. Et en retour, je t'apprendrai les métamorphoses liées. »
Rigel sourit en retour et céda :
« Ok, qu'est-ce qu'on fait ?
— Eh bien, c'est amusant que tu demandes… »
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Ils passèrent les quelques heures suivantes à préparer la farce qu'ils allaient lancer le jour suivant si Ginny se réveillait. D'aussi loin qu'il était question de farces, c'était étonnamment… gentillet. Rigel avait vraiment hâte de voir le résultat final.
Ils revinrent à l'Infirmerie après avoir fini un dîner de "travail" où Binny voulut bien convaincre les autres elfes de ne pas nettoyer leur dur labeur le jour suivant. Après leur avoir assuré que les résultats disparaîtraient d'eux-mêmes vers le déjeuner, les elfes acceptèrent plus ou moins joyeusement de laisser la farce tranquille.
Quand ils arrivèrent dans la salle blanche comme de la chaux, Madame Pomfresh était de retour (et fixa les jumeaux avec un regard très mécontent qui communiquait exactement comment elle se sentait pour avoir été envoyé plus tôt dans les escaliers Ouest pour un Poufsouffle de troisième année imaginaire) et Professeur Snape se tenait à côté du lit de Ginny, un air de concentration sur son visage qui dit à Rigel qu'il tentait probablement la Legilimancie. Rigel était impressionnée qu'il maîtrise les arts de l'esprit au point où il pouvait rester debout tout en étant essentiellement inconscient.
Alors qu'ils s'approchèrent de là où Ron et Percy se tenaient à part sur le côté à observer, les traits du Professeur Snape se réanimèrent abruptement quand sa conscience revint à la réalité.
« C'est inutile, dit Snape à Pomfresh en secouant la tête. Il y a quelque chose qui obscure son esprit à la Legilimancie. Ce n'est définitivement pas la maladie. La barrière était solide, mais là c'est plus une sorte de brume sombre, évadant les sondes mentales avec une élasticité alarmante. Je dirais que c'est le travail d'un Occlumens accompli si vous n'aviez pas déjà insisté que Ginevra Weasley est sans éducation dans les arts de l'esprit.
— Est-ce que cela se dissipera naturellement, Severus ? » demanda Pomfresh avec des sourcils plissés.
Snape fronça les siens également.
« Sans plus d'informations, c'est impossible à savoir. »
À en juger par l'expression troublée planant dans les yeux sombres du Maître des Potions, Rigel conclut qu'il doutait que ce soit le cas.
« S'il vous plaît, monsieur, intervint Rigel, pourrais-je être d'une quelconque aide pour Ginny ? »
Snape et Pomfresh tournèrent des regards examinateurs sur elle.
« Je suppose qu'il est possible que votre talent particulier pourrait au moins fournir un éclairage sur la situation, dit lentement Snape. Toutefois, l'état de l'esprit de Miss Weasley est actuellement inconnu. Nous n'avons pas affaire à la maladie, et de ce fait, il pourrait y avoir quelque chose de considérablement moins bénin rôdant dans le paysage mental de la jeune fille. Je n'aime pas l'idée que vous alliez dans son esprit seul et mal préparé. »
Rigel acquiesça.
« Je comprends, monsieur, mais s'il y a une bonne chance qu'elle soit en danger par ce qui a causé son effondrement, il est important de comprendre ce que c'est pour que Madame Pomfresh essaie de le soigner ou alors contacte une sorte de conjureur de sort ou autre. »
L'infirmière pinça les lèvres.
« Mr. Black a raison, Severus. Ce dont j'ai besoin, ce sont des informations, et il y a très peu de choses qui peuvent causer des dommages permanents à la conscience d'une personne sans avoir directement accès à leur propre niveau mental. À ce titre, il ne semble pas y avoir beaucoup de danger pour Mr. Black, qui projettera seulement sa conscience dans l'espace mental de Miss Weasley. S'il se sent en danger, il peut, bien sûr, simplement briser la connexion ; sa conscience retourna automatiquement dans son propre esprit. »
Snape avait l'air de quelqu'un qui avait goûté une tige d'asclépiade pour vérifier sa viabilité et l'avait trouvée tournée.
« Très bien, finit-il par dire. J'autorise ceci, mais j'aimerais que vous me permettiez d'établir une connexion avec votre noyau, Mr. Black. Si je sens qu'une durée de temps suffisante s'est passée au niveau physique, j'enverrai une pulsation dans le passage pour vous alerter que vous devez revenir en toute hâte. »
Rigel accepta.
« Attendez juste un moment, alors, monsieur. »
Elle prit place sur le lit à côté de Ginny et sombra facilement dans son paysage mental. La montagne familière apporta un sourire nostalgique à son visage alors qu'elle traversait en se dépêchant le labo leurre et la trappe. Elle adorait venir ici. Il y avait quelque chose de libérateur dans l'air et elle pensait que cela avait à faire avec la possibilité d'être complètement elle-même quand elle était dans le confort de son propre esprit. Quoique… elle s'arrêta un moment pour se concentrer et rendre les yeux verts de son avatar gris. Même si son corps physique était maintenant polynectarisé de façon semi-permanente pour avoir les yeux d'Archie, son elle mental gardait toujours les yeux verts et de longs cheveux noirs. Elle se sentait un peu plus grande par contre, donc au moins son estimation d'elle-même vieillissait correctement — imaginez, être mentalement une enfant de onze ans pour toujours.
Elle chuchota le mot de passe à sa Salle de l'Espace et prit un moment pour simplement savourer la chaleur de son noyau magique avant de prendre le plongeon maintenant familier dans le soleil. Quand elle atteignit l'autre côté de son noyau magique, où il se manifestait dans le monde physique comme une boule de magie concentrée vers son abdomen, elle utilisa la partie de sa conscience qui contrôlait son corps physique et dit :
« Je suis prêt. »
Un moment plus tard, une épine de magie plutôt agile vint à toute vitesse vers son noyau magique de la direction où elle sentait que le noyau de son Professeur se trouvait. Elle se poussa du chemin et envoya une torsade de sa propre magie enflammée pour le rencontrer et aider à établir la connexion. Elle pouvait sentir une pulsation de magie venir d'un air interrogateur le long de la connexion, donc elle envoya une pulsation affirmative en retour. Puis elle étendit ses sens vers les noyaux magiques qu'elle ne reconnaissait pas par sensation. Elle connaissait celui de Ron, et celui de Madame Pomfresh en périphérie, et survola les deux noyaux presque identiques également, présupposant qu'ils devaient être ceux des jumeaux. Des deux autres, elle s'étendit vers le plus petit et le plus dense des deux noyaux et y établit une connexion.
Il semblait jeune et plutôt chaud, donc elle sut avant d'envoyer sa conscience le long de la connexion que Ginny Weasley devait elle aussi être de type feu. Sans surprise, au premier coup d'œil, le noyau de Ginny ressemblait à une boule d'or bouillonnant. Il bouillait et ondulait comme si une flamme nue le chauffait constamment de l'intérieur et quand elle lui offrit sa main et demanda le droit d'entrer, le feu liquide en fusion tel de la lave alla à sa rencontre pour recouvrir sa main comme un gant chaleureux. C'était une sorte de noyau réconfortant, décida-t-elle, mais il paraissait aussi un peu… volatile.
Sa silhouette entière fut bientôt recouverte d'or chaud et après avoir pataugé à l'aveugle vers l'avant pendant un moment, elle sentit une chaleur accablante la submerger, comme si elle venait juste d'entrer pleinement dans une flamme trempée. Puis sa tête sortit de l'autre côté pour ne voir… rien. Absolument rien. D'aussi loin que ses yeux pouvaient voir, il n'y avait que de l'air. La boule de métal enflammé dans laquelle elle était submergée flottait dans un paysage de néant de ciel bleu apparemment infini. Elle hésita avant de s'éloigner du noyau, incertaine de ce qu'une chute mortelle ferait véritablement dans le paysage mental d'une autre personne, mais aussitôt qu'elle lâcha le noyau, la gravité prit des vacances.
Elle flottait, nota-t-elle avec grand intérêt. Non, elle volait. À la plus infime pensée, elle parcourait les airs, en haut, en bas, et n'importe quelle direction qu'elle pouvait imaginer. C'était la chose la plus étrange qu'elle avait un jour expérimenté dans l'esprit de quelqu'un d'autre. Il y avait un garçon qui utilisait des nuages comme des surfaces dures dans son esprit, mais juste voler dans les airs ? La plupart des gens gardaient une adhérence basique à l'ordre naturel de l'univers, même dans leurs têtes, mais Ginny Weasley semblait se ficher de la physique. Ou peut-être qu'elle adorait juste voler.
C'était amusant d'attraper le coup pour bouger via du surplace mental, mais après un moment, elle se rappela à elle-même. Elle était ici pour récolter des informations et la source d'information privilégiée semblait complètement manquer à l'appel.
Où était Ginny ?
Il n'y avait pas vraiment d'horizon à regarder parce qu'il n'y avait pas de sol qui "rencontrait" le ciel. C'était juste une étendue bleue vierge dans toutes les directions. Incertaine de quoi faire d'autre, elle cria :
« Il y a quelqu'un ? »
Après avoir attendu le battement requis en cas d'une réponse, elle soupira. Plan B, alors.
Elle partit dans une direction aléatoire, décidant de traiter le noyau magique en fusion comme le Nord et de simplement voyager loin de lui. Après avoir flotté pendant un moment, jetant tout le temps un œil au-dessus de son épaule pour vérifier que le seul point de repère était toujours en vue, elle commença à se sentir mal à l'aise. Ses omoplates commençaient à la démanger, comme si quelqu'un fixait particulièrement fort son dos. Elle ralentit son vol et regarda autour à nouveau, mais toujours rien en vue.
« Allô ? réessaya-t-elle. Ginny Weasley ? »
Rien, à part la sensation d'être observée qui augmenta vivement, et elle abandonna le simulacre de flotter pour adresser l'observateur invisible :
« Je sais que tu es là.
— Tu peux me voir ? dit une voix douce juste derrière elle. Il a dit que tu n'en serais pas capable. »
Harry se retourna pour fixer le carré d'air d'où était venue la voix. Elle ne pouvait rien voir, mais au moins elle savait qu'elle n'était pas seule.
« C'est toi, Ginny ?
— Comment est-ce que tu connais mon nom ? » demanda à nouveau la voix.
C'était définitivement la voix d'une jeune fille.
« Tes frères me l'ont dit, dit Harry. Ils m'ont envoyé te chercher. »
Tout d'un coup, une fille qui ressemblait énormément à la Ginny Weasley qu'elle avait récemment vue dans l'Infirmerie se matérialisa devant elle. Ses cheveux roux étaient écartés de son visage par une queue-de-cheval, mais quelques mèches s'étaient échappées pour encadrer l'expression ennuyée de son visage.
« Mes frères ? Donc après m'avoir ignorée tout le mois dernier, maintenant ils reconnaissent mon existence ? »
La fille, qui devait être l'avatar mental de Ginny, eut un petit rire.
« Typique. Donc ils t'ont envoyée pour me "chercher" ? Qui es-tu ? Et comment est-ce que tu es même rentrée ici ? »
Harry cligna des yeux face au ton agressif.
« Je m'appelle Rigel Black. Je suis entré via ton noyau magique, parce que ton corps physique s'est évanoui dans le couloir de Sortilèges. Est-ce que tu sais comment c'est arrivé ?
— Le couloir de Sortilèges ? marmonna Ginny en fronçant des sourcils. Je n'ai été nulle part près du… attends. Rigel Black ? Celui qui a soigné le Syndrome du Sommeil ? Mon frère Ron m'a parlé de toi dans une de ses lettres. Et Fred et George t'ont mentionné cet été aussi. Je crois que même Percy t'apprécie en fait, mais… »
George la regarda de haut en bas avec une confusion évidente.
« Je croyais que tu étais un garçon. »
Harry essaya de paraître aussi embarrassée que ce qu'un vrai garçon aurait sûrement été.
« Mon avatar mental a juste des cheveux longs, bien que si on se rencontrait dans le monde physique, tu me verrais avec des cheveux courts.
— Oh, dit Ginny. Bizarre. Bref, tu m'as trouvée. Maintenant quoi ?
— Hum », hésita Harry.
Quoi en effet ?
« Eh bien, je suis censé comprendre ce qu'il t'est arrivé pour que Madame Pomfresh ou Professeur Snape puissent te réveiller. »
Ginny frémit.
« Quoi que tu fasses, ne laisse pas Snape entrer ici ! Il déteste ma famille. C'est probablement de la faute de Fred et George, bien que je ne me rappelle pas qu'il ait été très attaché à Charlie, maintenant que j'y pense.
— Il n'est pas si mal… »
Harry s'arrêta devant le regard peu impressionné de Ginny.
« Dans tous les cas, est-ce que tu te rappelles ce qu'il s'est passé pour te rendre inconsciente ? Est-ce que tu méditais ou est-ce qu'un autre élève t'a lancé un sort quelconque ? »
Le visage de Ginny devint soudain minutieusement neutre.
« Rien ne s'est passé. Je veux dire, ouais, j'imagine que je méditais. C'est encore le cas, en fait, mais je me réveillerai bientôt si tout le monde est vraiment si inquiet. Je veux dire, pff, ça ne fait qu'une demi-heure. »
Harry secoua la tête.
« Ça fait plus quelque chose comme une demi-journée, au moins. »
Au regard choqué de la fille, Harry sourit avec sympathie.
« Cela peut être un peu difficile de juger le temps dans le domaine mental. Ça aide de mettre une alarme dans le monde physique pour t'en sortir après quelques heures, juste au cas où, bien que si tu ne t'es même pas réveillée quand ils t'ont déplacée… Tu devais être dans une méditation très profonde. Tes frères faisaient toute sorte de bruit pour essayer de te réveiller.
— Donc en d'autres termes, Fred et George faisaient du boucan, Ron regardait et Percy, comme d'habitude, était complètement inapte à essayer de les arrêter, dit Ginny platement.
— Quelque chose comme ça, dit Harry distraitement. C'est étrange par contre que tu sois si difficile à réveiller, particulièrement si tu n'es pas encore très expérimentée en Occlumancie. C'est généralement difficile de maintenir la concentration méditative au début.
— Qui a dit que j'étais inexpérimentée ? dit Ginny un peu sur la défensive.
— Eh bien, j'ai juste supposé, je suppose. D'un, tu ne sembles pas familière avec la différence de comment le temps est vécu sur le plan mental, et de deux… »
Harry regarda l'air autour d'elle de manière significative.
« Excuse-moi, mais tu ne sembles pas avoir passé de temps à faire beaucoup de choses avec ton paysage mental. »
Ginny souffla.
« Ce n'est que la première couche. C'est, genre, une illusion. C'est pour ça que tu ne pouvais pas me voir jusqu'à ce que je t'y autorise. Ma conscience se manifestait dans la couche en-dessous de celle-ci, ce qui me permet de voir le premier niveau sans que les intrus me voient en retour. »
La façon dont elle avait dit "intrus" fit grimacer Harry et s'excuser rapidement :
« Je suis seulement entré parce que tes frères étaient si inquiets. Aucun de nous n'a réalisé que tu t'étais évanouie volontairement et avec le Syndrome du Sommeil juste le trimestre dernier… on ne voulait prendre aucun risque. »
Ginny s'adoucit un peu.
« Ces idiots. Ils ne font jamais attention à moi, mais dès que j'ai seulement un genou éraflé, c'est comme si c'était la fin du monde. Quand même, j'imagine que je devrais te dire merci pour être allé aussi loin pour une totale étrangère, Black.
— Appelle-moi Rigel s'il te plaît, dit Harry. C'est un peu ridicule de faire des manières dans son propre esprit. Est-ce que tu peux te réveiller de toi-même alors ? Question ridicule, j'imagine. Si tu as déjà les boucliers pour dévier Snape, tu dois être plus expérimentée que ce que j'avais supposé. »
Ginny acquiesça avec précaution.
« Cela me prendra quelques minutes par contre. J'ai quelques… choses à régler ici avant de partir. »
Harry acquiesça.
« Ok, je m'en vais alors. J'ai hâte de te rencontrer officiellement et ne sois pas trop dure avec tes frères quand tu te réveilleras, d'accord ? Particulièrement Ron. Il était très inquiet que quelqu'un t'ait jeté un sort ou autre. »
Ginny soupira.
« Ouais, Ron est un con complet, mais il est moins fou que le reste de ma famille. Oh, attends. »
La rouquine se concentra pendant un moment et tout d'un coup, l'espace entre là où elles faisaient du surplace et là où flottait la masse d'or bouillant disparut.
Harry sourit, dépitée.
« Donc tout ce temps que j'ai passé à m'éloigner du noyau était aussi une illusion ? C'est plutôt impressionnant. »
Étrange aussi. Comment Ginny pouvait à la fois être si bonne en Occlumancie et aussi si inexpérimentée avec ses bases ? Peut-être qu'elle était autodidacte. Et Merlin savait que Harry comprenait à quel point il était difficile d'obtenir une compréhension complète sans un professeur. Après tout, elle connaissait toutes sortes de choses sur les métamorphoses de cinquième année, mais presque rien sur les métamorphoses de troisième année.
Ginny eut un sourire en coin.
« Merci. Maintenant va-t'en de mon esprit. »
Harry haussa un sourcil amusé, mais plongea volontairement une main dans le noyau magique de Ginny. Ce faisant, Ginny se raidit.
« Qu'est-ce que tu… Dégage ! Tu le rends furieux, va-t'en. »
Interloquée, Harry ne fut pas du tout prête pour la violente poussée que Ginny lui donna qui l'envoya en trébuchant dans le noyau en fusion bien plus rapidement qu'elle n'avait jamais passé un noyau avant. Elle haleta de façon inefficace quand elle se libéra de la substance collante, incapable de reprendre son souffle parce qu'elle était mentalement essoufflée, pas physiquement.
Au nom de Merlin, qu'est-ce que ça voulait dire ? C'était la deuxième fois que Ginny avait mentionné un "il" en étant dans son esprit et c'était la première fois que quiconque avait réagi négativement à la sensation de Harry passant dans leur noyau magique. En fait, elle ne pouvait se rappeler de personne qui avait même mentionné une sensation accompagnant l'action. Étrange.
Elle réfléchit à cela alors qu'elle se repliait en suivant la connexion vers son noyau, envoyant une pulsation via le lien avec le noyau de Snape ce faisant pour lui indiquer qu'elle avait fini. Peut-être que "il" était une personnalité alternative de Ginny ? Elle avait lu des choses sur le trouble dissociatif de l'identité et théoriquement, cela ferait sens pour une personne dont la conscience était dissociée de manifester des avatars séparés sur le plan mental, non ? Ou peut-être qu'il était possible de créer une conscience séparée limitée à la sphère mentale qui n'avait rien à voir avec les dédoublements de la personnalité. Si la magie de Harry avait sa propre personnalité, ne serait-il pas possible de créer une conscience de magie pure ? Méditant là-dessus, Harry refit le trajet dans son esprit et finit par revenir dans la réalité.
En ouvrant les yeux, elle fut immédiatement bombardée de questions par les Weasley et Madame Pomfresh. Snape était silencieux, mais le regard dans ses yeux réclamait des réponses tout aussi clairement que des mots.
Rigel commença à expliquer mais fut interrompue par un irrité :
« La ferme, vous autres ! Oh, pas vous, Madame Pomfresh. Juste ces idiots. Franchement, quelle façon de se réveiller.
— Ginny ! » s'exclama Ron, visiblement soulagé à la vue de sa sœur en train de lentement se lever.
Bon, en train de tenter de se lever jusqu'à ce que Fred et George chargent sur elle pour l'enlacer fort.
« Sœurette ! crièrent-ils en l'écrasant dramatiquement dans un câlin entre eux.
— Oui, oui, je vais parfaitement bien, maintenant allez-vous en de moi », dit Ginny, bien que sa voix fût un peu étouffée.
Madame Pomfresh s'avança et insista pour faire un bilan de santé complet sur la fille avant de la déclarer en aussi bonne santé que cela pouvait être attendu après ne pas avoir mangé de toute la journée.
« Je vous ai dit que j'allais bien, madame, dit Ginny. Je pratiquais ma méditation et je suis allée un peu trop loin, c'est tout.
— Depuis quand tu médites ? demanda Ron, son nez se plissant d'un air sceptique.
— Est-ce que je te raconte toute ma vie ? Non ? Alors n'agis pas comme si tu la connaissais, dit brusquement Ginny. Après que tu as écrit à la maison sur le Syndrome du Sommeil, tu t'attendais à ce que je fasse quoi ? Attendre que mon esprit se fasse envahir par du goudron noir visqueux ? Non merci. J'ai travaillé dur pour protéger mon esprit. D'ailleurs, j'aurais pu me mettre au pole dance pour tout ce que vous quatre savez, vu comment vous m'avez évitée tout le semestre. »
Ses frères parurent alternativement embarrassés et penauds.
« Désolé ? offrit Fred. Mais on va se faire pardonner dem… »
Il s'arrêta au regard soudainement suspicieux sur le visage de Snape.
« …un jour. »
Après ça, Ginny fut forcée de rester dans l'infirmerie pour la nuit "juste au cas où" et Rigel partit pour préparer sa partie de la farce que les jumeaux prévoyaient. Ce n'était rien de compliqué, mais ce serait certainement chronophage, et les chances de se faire attraper… eh bien, c'était une bonne chose qu'elle avait la cape de son père, sans mentionner la Carte des Maraudeurs. Si elle arrivait à se faire choper avec ces deux avantages, elle le méritait probablement, n'est-ce pas ?
NDA : Donc le voilà, après tant de temps. […] Je me dis que certains de mes personnages deviennent de plus en plus OOC, mais, franchement, ne l'étaient-ils pas depuis toujours ? J'espère que c'est toujours reconnaissable comme étant une fanfic HP et si non, que c'est au moins appréciable pour tous ceux qui continuent à lire après tout ce temps. Plein d'amour, -Violet.
NDT : Comme d'habitude, pas de promesses pour le prochain chapitre, mais comme il fait la moitié de celui-là, moins de temps j'espère ! Mais en même temps, après toutes ces années de covid, j'ai enfin décroché un travail au Japon, donc toute la paperasse et le déménagement risquent de me prendre du temps. Sur ce, l'extension Growing Together des Sims 4 sort demain donc il faut que je prépare ma partie pour avoir un nouveau-né !
