Coucou ! Voilà le chapitre 7 ! Pour les quelques curieux qui veulent savoir où j'en suis avec cette fanfiction : je ne suis pas sûr à 100% de vouloir la continuer. Et si jamais je décide de la continuer, ce sera à un rythme de tortue. Tout d'abord, les reviews se sont faites peu nombreuse sur le chapitre précedent, ce qui n'aide pas un auteur à se sentir motivé (et oui, les retours sont importants, on l'oublie trop souvent). Mais également, la vie est ce qu'elle est : je suis en Master, j'ai des nouvelles responsabilités qui m'occupe l'esprit, sans parler du fait que j'ai désormais un projet de bouquin qui est devenue ma priorité en terme de création littéraire. Bref, rien n'est encore sûr, puisque la vie est toujours imprévisible mais je prefère ne rien promettre quant à l'avenir de cette fanfiction. Bonne lecture !
PS : il doit y avoir des fautes qui traine dans ce chapitre, je n'ai pas été très rigoureuse au niveau de la correction.
- Caporal-chef ! S'écria Armin, faisant son plus beau salut militaire en harmonie avec une Mikasa aux airs suspicieux. Nous profitons du temps qu'il nous reste pour rendre visite à Eren. Sans s'éterniser, monsieur !
Voilà qui était fort embêtant : Levi espérait pouvoir annoncer la nouvelle au jeune Jaeger sans qu'il n'y ait de spectateur… d'autant plus que la lionne qui sert d'amie (D'amoureuse ? Levi n'était pas sûr) à sa recrue nourrit une animosité féroce à son égard. Il n'y avait qu'à voir le regard noir de reproche qu'elle lui lançait en cet instant : son salut ne faisait rien pour camoufler sa défiance. Cette atmosphère oppressante qui s'installait entre les deux guerriers n'était pas nouvelle : elle existe depuis le procès d'Eren.
Pour éviter un imminent cataclysme qui répond au nom de Mikasa Ackerman, ne valait-il pas mieux tenir informé les deux soldats les plus proches du semi-titan de la situation actuelle ? C'est le choix qui semble le plus judicieux. Si catastrophe il doit y avoir, il fallait tout faire pour atténuer au maximum la puissance de la tempête. Faire des messes basses ne ferait qu'impacter davantage la cohésion hiérarchique de l'armée, déjà bien fragilisée depuis la bataille de Trost… Mieux valait jouer la carte de la transparence avec ses cadets.
Levi était convaincu qu'il serait injuste d'évincer les personnes les plus préoccupés par le sort d'Eren. Le nombre de visites recensées par les gardes du cachot démontre qu'un attachement émotionnel très fort lie ce trio. Il serait naïf de penser que la décision prise en petit comité ce matin-même serait acceptée sans questionnements ou protestations. Erwin ne chercherait pas à le contredire, lui qui met souvent un point d'honneur à préserver la cohésion de groupe en ces temps de guerre. Il fallait se serrer les coudes et privilégier le dialogue avant tout.
- Vous tombez bien, à vrai dire, s'exclama calmement Levi en se rapprochant des deux recrues. J'ai quelque chose à vous dire : ça concerne Eren.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?! S'écria une Mikasa paniquée en abandonnant sa posture rigide. Une expérience a mal tournée ?!
Voilà qu'elle se mettait déjà dans tous ses états… sans compter qu'elle n'était pas loin de la vérité. Hors de question d'évoquer les problèmes de transformations d'Eren. Avouer toutes les vérités du monde sans peser le pour et le contre au préalable, c'est non seulement inconscient mais aussi néfaste pour les ambitions de Levi, à savoir apaiser les tensions au sein de ses troupes. Partager une telle information ne ferait qu'inquiéter inutilement les deux recrues, cela risque même de provoquer un accès de méfiance accrue chez Mikasa, qui pourrait se mettre à croire qu'Eren est maltraité par ses supérieurs. Son degré de suspicion est encore bien trop élevé pour pouvoir discuter de ce sujet en sa présence…
- Ce n'est pas de ça dont il s'agit, omit Levi avec tact. Vous n'êtes pas sans savoir qu'Eren traverse une période particulière. C'est bien pour ça que vous lui rendez régulièrement visite, non ?
Armin et son amie d'enfance ne purent qu'acquiescer.
Levi reprit ses explications, tout en s'assurant que les couloirs demeuraient vides. Une veine que cette rencontre fortuite ait lieu à l'heure du petit-déjeuner : l'aile des dortoirs menant aux cachots est ainsi peu empruntée. Cela évite la présence d'oreilles indiscrètes.
- Des aménagements vont être appliqués.
- Des aménagements…? Répéta de façon machinique Armin d'un air passant de l'attention à l'appréhension.
- Oui, confirma le caporal. Je ne vais pas passer par quatre chemins : Eren va être muté. C'est une décision qui émane du commandant Erwin Smith en personne. Il a désigné mon escouade pour l'accompagner jusqu'à son futur lieu de mutation. Je vous demande de ne pas transmettre ces informations aux premiers curieux venus. Les personnes tenues au courant de cette mesure doivent se trouver dans un cercle réduit au possible, jusqu'à nouvel ordre. C'est un aménagement tempo-
- Je crois rêver ! Cracha rageusement Mikasa, outrée par ce qu'elle venait d'entendre. Avec tout mon respect monsieur, je ne suis pas sûre que cette décision puisse être profitable à Eren. Vous comptez sincèrement l'éloigner de ses proches ? Alors qu'il ne fait que s'isoler davantage de jour en jour ?! Vous croyez vraiment que c'est une bonne idée ? Vous ne connaissez absolument rien d'Eren et de ses besoins !
Mikasa mettait le doigt sur un problème que Levi a déjà eu l'occasion d'anticiper : éloigner Eren du QG principale permettrait effectivement de l'écarter des tensions internes aux régiments mais en contrepartie, la décision du bataillon d'exploration aura pour conséquence parallèle d'éloigner davantage Eren de ses amis.
C'est un choix cornélien… Levi a dû se remémorer les raisons qui l'ont poussé à proposer cet idée d'aménagement à ses collègues pour faire un choix éclairé. Il ne s'agit pas seulement d'offrir un temps de répit à Eren. Il est également question de mettre la jeune recrue dans de meilleures conditions de travail. Les expériences d'Hanji doivent reprendre au plus vite : le mystère qui se terre derrière les pouvoirs du jeune titan doit être éclairci aussi tôt que possible.
Levi ne pouvait que comprendre la colère de Mikasa, qui était plus que justifiée. Cependant, nul ne devait perdre de vue l'objectif moteur de toute l'organisation militaire de ces murs : la survie de l'humanité.
Oui, tout les intérêts ne peuvent être satisfait. Oui, c'est injuste. Mais pour le moment, il faut s'y faire et continuer à avancer.
Erwin ne le contredirait pas.
- Je vous l'annonce de manière abrupte, mais c'est un ordre qui doit être exécuté au nom du bien commun.
- Vous ne pouvez pas prendre de telles décisions sans demander l'avis d'Eren ! Vous comptez le faire obéir en utilisant la force, pas vrai ? Ce sera pas la première fois, je connais vos méthodes ! S'exclama avec véhémence Mikasa, au summum de la colère.
Elle vivait un état de rage si intense qu'elle devait serrer les dents et les poings de toutes ses forces pour ne pas bondir sur son supérieur. Elle n'avait aucunement l'intention d'accepter l'existence de cette mesure sans broncher !
Son amour pour Eren est sans limite. Elle est prête à tout pour le protéger. Si elle devait mettre à mal la hiérarchie de l'armée pour préserver son frère de ce monde cruel, elle le ferait avec un plaisir assumé.
Le feu ardent de la haine qui animait le regard de l'asiatique fut atténué par la main réconfortante d'Armin, venue se poser sur son épaule droite. En tournant la tête vers son ami, Mikasa croisa le regard appuyé du jeune prodige. Le message était clair : "laisse-moi calmer le jeu. Tout va bien se passer".
Armin a gagné énormément d'assurance depuis sa performance magistrale à Trost. Ses talents de diplomate ne sont plus à prouver : c'est grâce à ses qualités d'orateur que le commandant Pixis a gracié Eren, en dépit de la méfiance du reste de la Garnison. Sans pour autant en développer un orgueil surdimensionné, le jeune blondinet veut mettre ses talents au service du bien et du juste : au nom de son ami, prisonnier des chaînes de la fatalité.
- Sauf votre respect mon caporal, parla prudemment Armin, j'avoue être perturbé par cette annonce. N'y voyez là aucune insubordination, mais j'aimerais comprendre les raisons qui ont poussé le commandant Smith à prendre une décision aussi radicale.
Levi croisa le regard du jeune blond et y vit une lueur difficile à décrire. Serait-ce de la méfiance ? De la détermination ? Un mélange des deux ? Une chose était sûre : Arlert avait beau être plus ouvert au dialogue que Mikasa, il ne semblait pas prêt à se plier aux quatres volontés de ses supérieurs, surtout s'il est question d'une mesure aussi radicale qu'une mutation.
Levi ne pouvait, encore une fois, que comprendre. Il ne pouvait reprocher à ces jeunes recrues de s'inquiéter pour le devenir de leur ami, de la même façon qu'il ne pouvait reprocher à Mikasa son comportement insubordonné. Le caporal-chef avait parfaitement conscience de l'image qu'il avait renvoyer de sa personne lors du procès d'Eren : celle d'un bourreau autoritaire et méprisant.
Tenir ce rôle fut nécessaire et bénéfique d'une certaine manière : le général Zackley a été convaincu du bien fondé des arguments du Bataillon, permettant ainsi d'arracher Eren aux Brigades Spéciales, qui aurait traité ce jeune garçon d'une manière bien plus inhumaine et contre-productive. Levi n'a eu d'autre choix que de se tenir au rôle qu'il a dû adopter pour le bien de tous.
Pourtant, malgré cette évidente nécessité qui a accablé l'ensemble du Bataillon d'Exploration, il ne peut s'empêcher de trouver ces événements fort regrettables. Lui qui accorde beaucoup d'importance à l'entente entre supérieur et recrue, l'homme aux cheveux de jaie espérait secrètement qu'il était encore possible de développer une relation saine avec Mikasa, Armin et surtout Eren Jaeger.
D'où l'importance de rassurer les deux amis d'enfance du semi-titan. Il fallait leur prouver que ceux qui dirigent le Bataillon d'Exploration sont digne de confiance, que malgré l'image de cruauté qui fut renvoyée par Levi durant ce procès fatidique, la sécurité d'Eren était également comptée dans l'équation qu'on nomme "bien commun".
Malgré le mystère englobant ses pouvoirs et la méfiance de bon nombre des membres du corps d'armée, ce garçon méritait d'être considéré avec respect. Aussi longtemps qu'Eren continuera de se battre au nom de l'humanité, le Bataillon d'Exploration se portera garant de sa protection.
Mais alors que le vétéran s'apprêtait à partager ses convictions les plus profondes avec ses interlocuteurs, il sentit quelque chose lui cogner subitement le dos. Pas suffisamment fort pour le faire tomber mais suffisamment brusque pour que Levi soit déconcerté.
En se retournant, le vétéran planta son regard d'acier dans les yeux troublés d'Eren, qui s'était retrouvé à terre suite à la violence du choc. Pourquoi tant d'empressement de la part de sa recrue ?
Alors qu'il s'apprêtait à demander le pourquoi du comment, le meilleur guerrier du bataillon d'exploration fut pris au dépourvu en observant les traits de son cadet se déformé lentement : il semblait crispé, tendue de toute part… de plus, ses jambes ne commençait-elle pas à trembloter ?
Interpellé par un comportement aussi soudain qu'inhabituel, Levi appella avec prudence le prénom du soldat aux cheveux bruns, dans l'espoir de le sortir de cet apparent état de malaise. Mais cela n'eut pas l'effet escompté, c'est même l'effet le moins désiré qui se produit : Eren baissa la tête, le regard fuyant et humide, les dents et les poings serrés, rallongeant davantage le mur invisible que le semi-titan avait sciemment érigée entre lui et autrui.
Levi n'était pas dupe : Eren était vraisemblablement terrifié. Mais par quoi ?
Pendant que Levi méditait activement sur les origines du comportement d'Eren, la terreur insidieuse qui émanait vicieusement des traits du semi-titan telle une aura macabre finit par être remarquée par les deux amis d'enfance, qui défendait la cause de leur proche quelques minutes tantôt.
Mikasa entreprit de se rapprocher avec précaution de son frère de cœur, lui parlant avec toute la douceur et la tendresse dont elle était capable. Elle espérait ardemment pouvoir l'atteindre, le soulager par ses mots et ses gestes emplis d'un amour pur et inconditionnel pour son sauveur, l'homme qui lui a donné cette sublime écharpe rouge dont elle ne peut plus se séparer.
De par cet état d'esprit empreint de sincérité, la jeune Ackerman ne pouvait que finir le cœur meurtri en sentant la main qu'elle avait affectueusement posée sur la joue de son frère être repoussé avec violence.
C'est sans même avoir le temps de réagir que le trio observa avec effarement le soldat Jaeger fuir à toute vitesse en direction de la salle d'eau commune : il passa entre les spectateurs impuissants de sa détresse tel une flèche tirée avec précision à l'autre bout du couloir.
Levi fut le premier à sortir de sa torpeur.
- Eren, attends ! Clama avec puissance le soldat le plus fort de l'humanité, se retournant d'un air résolue en direction d'Eren, qui s'apprêtait à se cacher du reste du monde en pénétrant pour une durée indéterminée dans la salle d'eau commune.
Laisser sa recrue s'éloigner davantage de ses proches et de ses supérieurs qui ne lui souhaitait que du bien serait un échec total aux yeux de Levi. Il est le garant de la vie de ce garçon, et malgré ce qu'il a pu clamer à la suite de l'expérience ratée de Hanji (sous l'effet de la frustration), s'assurer du bien-être de l'ensemble de ses cadets était aussi important et significatif que tous les entraînements militaires du monde.
Contrairement à la politique machinique, inhumaine que tentait d'appliquer ces porcs d'aristocrates du mur Sina à l'ensemble du régiment pour servir leurs intérêts, Levi gardait en mémoire qu'il n'avait pas affaire à des machines à tuer. Ses soldats sont des humains. Des hommes et des femmes contraints à se battre, à porter le fardeau de l'avenir de l'humanité sur leurs épaules au nom des gens qu'ils aiment, au nom de la patrie qui les a vu naître. Des gens qui méritent d'être soutenus, d'être estimés à leurs justes valeurs, en guise de reconnaissance de leur dévouement et de leur courage.
Tels étaient les convictions profondes de Levi, l'état d'esprit qui le poussait à venir en aide à ce jeune garçon au destin si particulier, si tragique. Il ne le laissera pas sombrer dans la solitude et le désespoir.
Parce qu'avant d'être un titan, Eren est un jeune homme né au sein des murs, avec un passé, des ambitions et une volonté sincère de bien faire, de protéger le lieu qui l'a vu naître et les gens qu'il aime.
Suite à l'appel à la fois impérieux et passionné de son supérieur, Eren eut un moment d'hésitation qui n'a pas échappé au caporal-chef. Cette fraction de seconde durant laquelle il semblait vouloir se retourner vers ses interlocuteurs, bien qu' extrêmement brève et subtil, fut suffisante pour apaiser les inquiétudes de Levi.
Le semi-titan ne s'était pas complètement fermé au monde. Il restait une brèche, un angle d'attaque suffisamment grand pour que le vétéran puisse frapper avec justesse et obtenir ce qu'il désirait du plus profond de son être : la confiance d'Eren.
C'est évidemment dans cette optique que Levi avait entrepris quelques mois auparavant, à demi-mots, de présenter ses excuses à Eren suite à la fâcheuse mise en scène dont il a été victime durant son procès. Le jeune homme avait déclaré comprendre la nécessité derrière les actes violents perpétrés par son caporal, mais peut-être que cet échange timide n'a pas suffi à apaiser le sentiment de culpabilité du vétéran. IL pensait devoir prouver au soldat Jaeger et ses amis qu'il était digne de confiance, que ses intentions étaient bienveillantes, sans arrières-pensées.
Eren décida finalement de continuer sur sa lancée et entreprit de s'enfermer dans la salle d'eau. Mikasa et Armin sortirent finalement de leur état de stupeur en réalisant cet état de fait : ils se précipitèrent vers la porte les séparant de leur ami d'enfance, fou d'inquiétude et l'esprit empli de questions sur l'état de santé du semi-titan.
- Eren ! S'exclama une Mikasa frénétique et désespérée en frappant avec force sur la porte de la salle d'eau. Ouvre-nous, s'il te plait ! Ça ne peut pas continuer comme ça ! Il faut qu'on discute sérieusement de ton comportement !
Les minutes s'écoulent… Aucune réponse.
- Eren ! Renchérit Armin. On a peut-être pas réagi assez vite, mais on voit bien que tu t'écartes progressivement de tes proches. Je sais que tes intentions ne sont pas mauvaises mais sans même le réaliser, tu es en train d'évincer tes deux amis les plus fidèles ! Il faut que tu nous fasses confiance ! Tu ne peux pas continuer à vivre en ermite, ça ne mène à rien !
Malgré l'effort mobilisé par le jeune prodige pour déclencher une réaction chez son ami, aussi infime soit-elle, le silence froid du semi-titan régnait toujours en maître.
Cela blessa profondément les jeunes soldats, désireux de bien faire mais qui prenaient, dans le même temps, douloureusement conscience de leur incapacité à déclencher la moindre évolution dans le comportement d'Eren.
Ils se sentaient aussi impuissant que jamais face à la souffrance apparente de leur ami.
Mikasa en avait les larmes aux yeux. Elle qui s'était juré de protéger Eren de tous les dangers imaginables jusqu'à son dernier souffle, qui se croyait suffisamment influente dans la vie affective de son sauveur pour être considérée comme une confidente digne de confiance… Elle ne savait plus comment atteindre le cœur de son frère. C'était comme le voir se noyer dans un océan agité, hors de contrôle, tandis qu'elle se mettait à douter de sa capacité à nager pour ramener son frère sain et sauf sur la terre ferme.
La belle asiatique tenta une ultime offensive, se remettant à pousser fermement contre cette maudite porte d'entrée en chêne, tellement lourde et robuste qu'elle refusait de céder à la force dévastatrice de l'Ackerman.
- Qu'est-ce qui te fait si peur, Eren ? S'écria d'une voix enrouée Mikasa. Pourquoi tu t'obstines à t'isoler dans ton coin, à ne pas partager ton fardeau avec nous ? On est de ton côté, Eren ! Ne l'oublie pas ! Je t'en supplie… Parles-nous… Termina piteusement la belle asiatique, la puissance de ses assauts contre l'obstacle en bois diminuant à mesure qu'elle se lamentait.
L'état d'esprit confiant que les jeunes gens avaient cultivé durant leur temps de repas commençait à faiblir de façon drastique : Armin le diplomate et Mikasa la guerrière n'avait strictement aucune prise sur la situation actuelle. Eux qui ont nourri l'espoir de tirer Eren de sa crise existentielle à l'aide d'un dialogue franc et rationnel commençaient à réaliser l'ampleur véritable du problème : Eren n'était pas disposé à discuter de ses difficultés. Sa tendance à vouloir prendre tout le poids de l'univers sur ses jeunes épaules semblait prendre le dessus sur tout le reste, y compris son bien-être. Comment faire cesser une telle mascarade, si les mots ne suffisent pas ?
- Je pense que vous comprenez notre décision, maintenant. Affirma Levi d'une voix solennel, en s'approchant de ses interlocuteurs estomaqués.
A l'entente de la voix grave du caporal-chef, Mikasa releva la tête, le regard toujours larmoyant mais désormais brûlant de haine et de reproche, et s'approcha d'un pas lourd et rigide vers l'objet de son courroux. Le visage à quelques centimètres de son supérieur, la belle asiatique déversa toute sa rage.
- C'est de votre faute ! Gronda Mikasa. Vous vous êtes mal occupé de lui ! Vous avez contribué à sa souffrance, en l'enfermant de force dans un cachot, en l'obligeant à participer à vos foutues expériences ! Voilà le résultat, caporal ! Et maintenant vous avez le culot de nous dire que vous comptez rendre Eren encore plus malheureux en l'éloignant du QG, de ses proches… il faudra me passer sur le corps pour-
Recrue Ackerman, coupa sèchement Levi en approchant son regard d'acier des yeux de braise de sa cadette, je ne sais pas qui tu englobes dans ce "vous" mais tu ferais mieux de revoir ton jugement et tes priorités. Ce n'est pas le moment de chercher un bouc émissaire : les faits sont ce qu'ils sont, tu les connais tout autant que moi. Il faut trouver une solution au plus vite, chose que toi et la recrue Arlert n'êtes pas en mesure de proposer.
Mikasa ne savait plus quoi répliquer. Tout se bousculait dans sa tête : sa détresse causé par le sentiment de perdre son frère, sa rancœur envers le caporal-chef Levi en qui elle n'avait aucune confiance, sa frustration en réalisant que les paroles de son supérieur avait un fond de vérité indéniable… elle n'était pour autant pas complètement idiote : elle avait conscience qu'il fallait prendre une décision juste et adaptée au problème actuel.
Mais si cette solution impliquait de se séparer d'Eren… Elle avait beaucoup trop de mal à l'accepter.
- Sois honnête. Souffla le soldat le plus fort de l'humanité d'un air solennel. Vous n'avez plus le choix : vous devez laisser le Bataillon d'Exploration gérer la situation.
- Oh ! Parce que vous croyez que je vais faire confiance aux personnes qui ont maltraité de diverses manières mon frère ! Cracha Mikasa de toute sa hargne. Rien ne va plus quand on vous laisse "gérer la situ-
- Mikasa ! Interrompit Armin d'une voix ferme. Ça suffit.
Coupée dans son élan par ces mots couplés à la main d'Armin tirant sur son épaule droite, Mikasa n'eut d'autres choix que de se taire. Il faut dire qu'il était rare de voir un Armin aussi déterminé à se faire entendre.
- Mikasa… répéta plus calmement le jeune blondinet. Ce n'est pas ton genre d'être de mauvaise foi. Cette histoire de mutation ne me réjouit pas non plus mais j'arrive désormais à peser le pour et le contre.
Jetant un dernier regard peiné en direction de la porte de la salle d'eau, Armin serra plus fermement l'épaule de son amie d'enfance tout en la regardant droit dans les yeux.
- Moi aussi, je veux qu'Eren redevienne celui qu'il était. Mais je ne veux pas non plus céder à des pulsions égoïstes. Je veux agir au nom de ce qu'il y a de mieux pour mon ami. Le caporal - chef vient de nous prouver que ses intentions ne sont pas malveillantes : rends-toi compte qu'il a pris la peine de nous prévenir et de nous expliquer le déroulement de la mutation, parce qu'il sait à quel point Eren compte pour nous. Rien ne l'y obligeait mais il l'a fait quand même.
Levi fut secrètement soulagé d'entendre ces mots.
- Mais… Répliqua fébrilement Mikasa, rien ne peut prouver que ça va être efficace !
- De la même manière que rien ne prouve que ça ne va pas fonctionner. Avec une logique aussi pessimiste, autant rester les bras croisés et attendre que les choses empirent ! Caricatura le prodige. Sois honnête deux minutes : en s'éloignant de ses camarades, Eren aura enfin l'occasion de se ressourcer. Fini les brimades et les regards froids quotidiens !
- Mais il sera loin de nous… avec des soldats qui le surveillent constamment ! Où est la différence entre ici et là-bas ? Protesta la belle asiatique avec moins de hargne qu'à l'accoutumé mais toujours avec méfiance.
- La différence, entreprit de répondre Levi, c'est que Eren n'aura pas à supporter la rancœur des autres. La bataille de Trost a laissé beaucoup de cicatrices qui ne risque pas de guérir du jour au lendemain… En mutant Eren, nous laissons l'occasion aux autres recrues de faire leur deuil, de mettre de côté leurs états d'âmes au fur et à mesure du temps. Vous le savez autant que moi : tout le monde n'est pas capable de faire la part des choses. Eren a déjà été victime d'une agression.
Au vu de l'air horrifié des deux recrues, Levi en conclut qu'Eren n'a jamais raconté cette histoire à ses amis.
- Comment ?! S'écria une Mikasa enragée. Quand est-ce arrivé ?! Qui a fait ça ?
C'est arrivé il y a plusieurs jours, mais peu importe : nous sommes intervenus à temps, il y a eu plus de peur que de mal. Je ne raconte pas ça de manière anecdotique : c'est un exemple concret. Eren n'est pas en sécurité ici, malgré tous nos efforts pour éviter que des relations houleuses ne se développent entre nos soldats. Ca me semble être une raison plus que convaincante pour justifier la décision du bataillon. Je vous l'ai dit : il en va de la sécurité et du bien-être de tous.
Un moment de silence s'installa.
Mikasa ne put s'empêcher de se remémorer les mots de Agnès : elle disait que la présence d'Eren rendait l'ensemble du régiment nerveux à l'idée qu'il puisse se transformer et passer à l'attaque sans que personne ne puisse s'y préparer. La guerrière n'excusait en rien les paroles irrespectueuses de cette garce mais ce souvenir faisait fortement écho à la situation que le caporal-chef Levi venait de décrire.
L'armée vit actuellement une crise sans précédent, à la fois humanitaire et économique. Certains soldats ont même quitté leur fonction à la suite de blessures physiques ou psychiques irréversibles, affaiblissant d'avantage les forces militaires du régiment. Sans parler du bilan très lourd de la bataille de Trost.
Mikasa aimait sincèrement son frère de cœur mais elle ne pouvait plus nier la réalité : la présence d'Eren dérangeait. Elle attisait les flammes de la haine et de la méfiance parmi les soldats. Parce que si Eren, jeune homme à l'apparence humaine, était capable de se transformer, comment être sûr que d'autres soldats ne possèdent pas également cette faculté jusqu'alors inconnue de tous ?
C'était douloureux mais Mikasa se sentait prête à faire une concession : si le départ d'Eren permettait à la fois de préserver sa propre intégrité, tout en rétablissant l'équilibre au sein de l'armée, alors elle était prête à l'accepter.
Cependant, cela ne se fera pas sans conditions.
- Si Eren doit vraiment s'éloigner d'ici, commença Mikasa d'un air déterminé en s'adressant à Levi, je veux que vous me promettez que vous ne le forcerez pas à partir. Respectez sa volonté et n'utilisez pas la violence, si vous voulez que je vous fasse confiance !
- Battre Eren ne faisait absolument pas partie de mes plans, affirma avec détachement le concerné. Contrairement à ce que tu peux penser, je suis capable de discuter de manière civilisée. Autre chose ?
- Aussi, renchérit la guerrière sans se laisser décontenancer, laissez nous suffisamment de temps pour lui dire au revoir. Ne nous l'enlevez pas du jour au lendemain : on ne sait même pas quand il sera possible de le revoir !
Levi hocha solennellement la tête.
- Nous ne sommes pas sans cœur au point de faire déplacer Eren dans la seconde : Erwin a acté que la mutation prendre effet dans quatres jours, le temps de mettre en place tout le déplacement. Ca vous laisse le temps de profiter de sa présence : utiliser vos soirées et vos temps de pause pour voir votre ami. Et rappelez-vous: dès que la situation sera suffisamment apaisée, Eren sera réintégrer au QG principal. Je vous en demande beaucoup, mais soyez patient.
Mikasa était fortement attristé par la tournure inattendue de cette matinée. Mais discuter à coeur ouvert avec son supérieur avait quelque chose de libérateur. Elle ne l'appréciait toujours pas : la belle asiatique percevait une espèce de désinvolture, de froideur chez cet homme qui ne le rendait en rien sympathique, sans compter sur le fait qu'il a déjà levé la main sur son frère. Mais malgré ces griefs, Mikasa arrivait désormais à percevoir le dévouement sincère du caporal-chef à la cause de son corps d'armée. Il agit dans l'intérêt de tous, sans malice. C'est un homme capable de raison et d'honnêteté. La jeune Ackerman décida ainsi de placer ses espoirs en cette opportunité : l'opportunité de laisser Eren prendre ses distances avec le QG, pour qu'il revienne à eux en étant apaisés.
Une situation bien frustrante mais qui semblait désormais nécessaire.
L'heure tourne : les trois soldats pouvaient entendre les autres recrues quitter le réfectoire pour se rendre sur le terrain d'entraînement.
- Vous feriez mieux d'y aller. Je m'occupe d'annoncer la nouvelle à Eren… enfin, quand il se décidera à sortir de cette maudite salle de bain.
Mikasa et Armin hochèrent la tête, effectuant à l'unisson le salut militaire habituel, et se mirent en route pour leur séance de manœuvre tridimensionnelle. Quant à Levi, il emboita le pas vers les cachots. Il comptait attendre le retour d'Eren dans la cellule du cadet. Il ne faisait aucun doute qu'il y repassera: il n'allait tout de même pas assurer le reste de sa journée en pyjama, si ?
- Caporal-chef !
Levi se stoppa abruptement et se tourna vers la source de l'appel. C'était Armin, qui semblait avoir surpris à la fois Levi et Mikasa.
- Oui, Arlert ?
- Je… je voulais vous dire merci. De nous avoir prévenu. Précisa Armin avec un sourire reconnaissant.
Levi se sentit décontenancé. Voilà un genre de parole qu'il n'entendait que très rarement. Malgré sa surprise, le caporal était secrètement ravi de voir qu'il avait pris la bonne décision : il a été transparent avec ses cadets, permettant ainsi d'obtenir un début de ce qu'on nommait plus couramment "confiance".
- Je t'en prie. Souffla sobrement Levi d'un hochement de tête, ne laissant transparaître à aucun moment son contentement. Ce n'est pas tant qu'il ne voulait pas le montrer, mais plutôt qu'il ne savait pas si il était approprié d'exprimer cette émotion.
Il ne restait plus qu'à espérer que les résultats seraient aussi concluants à l'issue de son entrevue avec le jeune Jaeger.
