Disclaimer : Les personnages appartiennent à Gaston Leroux et les chansons à Andrew Lloyd Weber pour la plupart.

J'ai laissé les paroles des chansons en français, mais si vous souhaitez être transportés, je vous conseille les versions originales. Personnellement, je me suis collée énormément au film (2004). Autant sur les physiques que costumes, décors.

Pour toutes chansons au cours de cette fiction qui ne serait pas présente dans film/comédie musicale de base, vous trouverez les références à la fin du chapitre.

Bonne lecture !

R0mancière.


Chapitre 13. The Trap

Son souffle devint court tandis qu'elle arrivait enfin en haut des marches d'escalier. Elle poussa la trappe au-dessus de sa tête et se retrouva enfin dans les écuries. Personne ne l'avait vu, et il semblait encore faire nuit. Du foin tomba un peu sur elle, s'entremêlant dans ses cheveux. Christine n'en avait cure. Elle recouvrit précieusement la trappe pour que personne ne la voit et des écuries rapidement avant de rentrer dans l'Opéra en priant pour que personne n'ait remarqué son absence. Mais alors qu'elle allait emprunter les escaliers pour remonter aux dortoirs, une main agrippa son bras.

« Christine ! »

Raoul était face à elle, le regard fou d'inquiétude. Il enlaça la jeune femme dans ses bras avec force et vint enfouir son visage dans ses cheveux bruns.

« Par Dieu, Christine… J'ai cru que je ne te reverrai jamais.

- Ô Raoul, je vais bien…

- Que s'est-il passé ?

- Je n'en sais rien… Je voulais tant voir mon père… Et au cimetière… Il y a eu cette voix… Ce chant…

- Christine…

- Je t'ai entendu au loin… Mais après tout est absolument noir… Je ne me souviens de rien… J'ai repris conscience il y a de cela à peine quelques instants… J'étais dans la paille… Dans les écuries… »

Elle mentait… Pour la première fois de sa vie, Christine mentait délibérément. Mais elle devait le protéger, protéger Erik… Et après ils seraient heureux.

« Ô Christine… Cette chose, cette chose qui chante n'est nullement ton père… Ni même un ange…

- Je le sais Raoul…

- Il n'ait qu'abomination… J'aurai dû te croire, ce soir-là, sur les toits… Tu étais terrifiée et je ne t'ai pas écouté.

- Raoul … il n'est pas…

- … Chut mon Amour… Viens, suit moi, il faut que je te parle. »

La jeune femme suivit son ami d'enfance et tout deux se retrouvèrent bientôt à l'extérieur.

« Après ta disparition, je suis allé trouver les Directeurs chez eux, et nous avons convenu d'un plan pour l'arrêter.

- Quoi ?

- Dimanche, nous jouerons l'Opéra Don Juan. »

Christine resta interdite, tout deux se trouvait désormais devant le vitrail de la petite Chapelle. Un plan pour arrêter son Ange ? Non… Comment…

« Mais que voulez-vous faire ? »

Raoul esquissa un doux sourire compatissant et commença :

« Nous étions aveugles, alors que la réponse était là ! Sous nos yeux ! Nous avons une chance de ferrer notre factieux.

- Je ne comprends pas…

- Il faut rentrer dans son jeu ! Faire jouer son œuvre, mais nous avons en nos mains l'as qui renversera la partie, Christine.

- L'as ?

- Toi.

- Comment ?

- Mon Amour, si tu es présente sur scène, si tu joues dans l'œuvre de ce fou…il sera forcément là. »

La jeune femme commença à blêmir. Raoul avait toujours été d'une intelligence remarquable. Déjà enfant il inventait toute sorte de plan pour piéger les lapins et les ragondins qui longeait la rivière. Raoul savait ce qu'il faisait, et il allait l'utiliser elle pour en venir à ses fins.

« Christine, tu ne risques rien ! Les portes seront closes ! La police sera présente de part en part de l'Opéra. Il sera cerné. La chute du rideau verra la fin du règne du Fantôme de l'Opéra ! Et tu… nous serons enfin en paix mon Amour. »

La jeune femme repoussa son fiancé quand celui tenta de l'embrasser. La haine grandissant en son cœur fut si violente qu'elle eut du mal à la contenir.

« Raoul ! Cet homme n'est pas un monstre ! »

D'abord choqué, le jeune Vicomte regarda sa compagne avec compassion… Elle vivait dans cette illusion depuis dix longues années désormais. Il était normal qu'elle le défende encore… Il devait pourtant lui faire entendre raison.

« C'est un assassin !

- C'étaient des accidents !

- Des… accidents ? Christine tu ne penses tout de même pas que…

- … C'est un génie Raoul ! Un génie de la Musique ! Un Ange qui réussi à rendre chaque mélodie merveilleuse ! Et sa voix m'énivre de tant d'accent superbes… Raoul… Il n'est pas mauvais !

- Christine… Christine…

- Christine… »

Il était là, elle venait de l'entendre. Comme ce soir là sur les toits, elle venait d'entendre sa voix. Alors pourquoi ne ressentait-elle aucunement sa présence ? Pensait-il encore qu'elle l'avait trahit ?

L'angoisse montait en son cœur tandis que Raoul la prenait dans ses bras.

« Cesse de t'accrocher à ce mirage. Il n'est nullement ton père, ni ton ange de la musique. Il n'est qu'une illusion bâtie sur ton chagrin. Le génie a viré à la folie… »

Les sanglots secouèrent son corps, un cri déchirant l'âme vint briser le silence si délicat de la nuit. Raoul vint prendre plus fort contre lui sa douce fiancée tandis qu'elle se laissait aller à son chagrin.

Réalisait-elle que son Ange n'était en fait que Fantôme ?

Non… Bien sûr que non… Christine pleurait son désespoir d'être incomprise, sa peine d'être impuissante face à ce qui se mettait lentement en place autour de son Ange… Elle ne pourrait le sauver…

Christine monta sur scène, son costume d'Aminta soulignant ses courbes à la perfection. Elle ressemblait à une bohémienne que l'on voyait à la cour des miracles. La rose rouge perdu dans ses cheveux rajoutait une touche romantique et sensuelle à son personnage. L'Opéra était d'une beauté incroyable.

Don Juan était un homme à la beauté renversante, un libertin dont l'âme fut condamnée au tourment de l'enfer depuis de nombreuses années.

Aminta, elle, était une jeune tsigane à la beauté pure, la jeune femme résistait à Don Juan de toute ses forces. Elle ne voulait être comme toutes les autres.

Pourtant celui-ci tombe réellement amoureux d'elle, et décide de la tromper sur son identité pour qu'enfin elle lui fasse confiance, sans les préjugés qui vont avec son nom.

Celui-ci monte alors un plan des plus complexes. Il se fera passer pour Passarino, son fidèle serviteur tandis que le vrai Passarino se fera passer pour Don Juan. Tandis qu'Aminta et lui son entrain de diner, le faux Don Juan doit arriver sur scène et le faux Passarino entrainera la belle Aminta dans une cachette… Là, l'amour et la passion se mêlerons et Aminta cèdera sa pureté et son amour à Don Juan, qu'elle pensait être Passarino.

Une histoire d'amour complexe, et rocambolesque où la beauté n'a rien à voir avec l'amour. Où les erreurs du passés son balayé par la passion… A la première écoute, toute la troupe de l'Opéra fut choquée par les partitions. L'Opéra était sans nul doute parfait, c'était du pur géni. Christine en fut tant chamboulée qu'une larme avait roulée sur sa joue tandis que la Carlotta critiquait ce travail des plus brouillons… Non… Ce n'était nullement brouillon, c'était un Opéra plus sombre, avec des changements de tonalité indescriptibles, les chants étaient moins hauts, plus doux, avec une puissance qui ne comptait pas sur la hauteur des notes mais sur les émotions que l'on donnait au chant.

« Mademoiselle Daaé, c'est à vous.

- Oui Monsieur Reyer. »

La jeune femme s'avança au centre de la pièce, elle chantait la première chanson d'Aminta, la jeune gitane rêvait de partir loin, de quitter sa vie qui ne la satisfait pas. Et c'est à ce moment là que Don Juan la voit pour la première fois… Un arrière-goût de déjà vu brûlait la gorge de Christine… Erik avait retranscrit leur vie à travers un Opéra des plus sombre et beau.

« Je vis avec la nuit,
Je ne supporte pas la lumière,
Quand recommencerai-je à vivre ?
»

Son cœur se serra dans sa poitrine tandis qu'elle marchait sur scène tel que la mise en scène le voulait. Elle avait la sensation que son Ange parlait à travers elle.

« Un jour je m'enfuirai,
Laissant tout cela derrière moi,
Qu'est-ce que l'amour pourrait-il encore faire de moi ?
Quand l'amour en aura-t-il fini avec moi ?
»

Christine prit son une inspiration, se souvenant des cours de son professeur, elle inspira grandement en son ventre avant de continuer.

« A quoi bon vivre de rêve en rêve,
Et redouter le jour où le rêve s'achèvera
. »

Les larmes montèrent à ses yeux, tous pensaient qu'elle jouait à merveilles le rôle d'Aminta, mais elle, elle savait. Elle savait que ces mots, ce choix des mots n'étaient nullement un hasard.

« Un jour, je m'enfuirai,
Laissant tout cela derrière moi,
A quoi bon vivre de rêve en rêve,
A redouter le jour où le rêve s'achèvera…

Un jour je m'enfuirai,
M'enfuirai…
» [1]

Le dimanche arriva bien trop vite au goût de la jeune soprane. Que se passerait-il ce soir… ?

Elle venait d'allumer un cierge pour son père mais tout se bousculait en son esprit tandis qu'elle fixait la lumière scintiller… Était-ce réellement une bonne idée ? Qu'allait-il se passer ?

Elle avait tenté par tous les moyens de prévenir son Ange, mais cela se révéla impossible, il restait sourd à ses appels. Elle avait eu beau supplier dans la Chapelle, dans la chambre de la Prima Dona… Partout … Il restait sourd…

Une larme roula sur sa joue, comme si Christine savait déjà quel destin funeste les attendaient.

Des pas résonnèrent alors derrière elle, et elle sut immédiatement qu'il s'agissait de Raoul.

Elle devait lui dire, elle devait lui parler.

« Raoul, j'ai peur… »

Cessant de fixer le vide, elle se retourna. Elle ne pouvait être l'appât qui permettrait à la police de piéger son Ange. Elle ne pouvait pas lui faire ça. Elle préférait ne plus jamais revoir son Ange qu'être la cause de sa chute. Rapidement la jeune femme se leva, le regard implorant, les yeux larmoyants. Elle promettait devant Dieu d'épouser Raoul si cela pouvait sauver la vie de son Ange de la Musique.

« Ne m'oblige pas à faire ça ! »

Raoul s'avança vers elle, l'épée à sa taille témoignait de sa décision mais Christine espérait un miracle. La jeune femme se releva pour faire face à son ami d'enfance.

« Cela m'effraie, ne me soumets pas à une telle épreuve… Raoul… Je ne peux lui faire cela… Je ne peux pas faire cela… Ô Raoul… Ce que j'espérais tant par le passé est devenu ce que je redoute le plus désormais… »

L'amour désormais n'était que cauchemar en l'esprit de Christine. Elle n'espérait plus qu'une seule chose, que cette tragédie cesse. Tant pis si elle devait se sacrifier, mais Erik devait vivre. Elle devait le protéger comme il l'eut toujours protégé, elle.

« Il chantera toujours dans ma tête… »

Sa voix était brisée par l'angoisse tandis que ses yeux se perdaient désormais dans le vide… Raoul la fixait, un regard empli de pitié. Il n'allait pas changer d'avis, elle le savait. Mais alors que faire ?

« Tu dis toi-même qu'il n'est qu'un homme et rien d'autre…
Que toute sa vie, il n'a que souffert…
»

Son regard était impartial, il voulait en finir et il ne laisserait aucune échappatoire à Christine… Mais qu'était-elle ? Un simple trophée que deux hommes convoitaient et pour pour qui son cœur battait ? L'un d'amour l'autre d'amitié …

« Je suis sans réponse, cruelle décision, devrais-je donner ma vie pour le droit de la vivre ? Ou tromper cet homme qui m'a insufflé ma voix ? C'est l'impasse, que puis-je faire ? Si toutefois j'ai le choix…

- Sans remord il trucide, sans morale, il étrangle ! Tu ne peux refuser…

- Pourtant je voudrais tant… Mon Dieu si j'accepte de jouer que va-t-il m'arriver ? Dans cet Opéra…

- Christine… Je ne suis pas indifférent… Mais tous nos espoirs reposent maintenant sur toi… »

Raoul enlaça Christine avec force tandis que la jeune femme laissait les larmes couler sur ses joues en silence… Elle n'avait nullement le choix…


[1] One Day I'll Fly Away écrite par Joseph Leslie Sample et Will Jennings et chanté par Nicole Kidman (Moulin Rouge)