Disclaimer : Les personnages appartiennent à Gaston Leroux et les chansons à Andrew Lloyd Weber pour la plupart.

J'ai laissé les paroles des chansons en français, mais si vous souhaitez être transportés, je vous conseille les versions originales. Personnellement, je me suis collée énormément au film (2004). Autant sur les physiques que costumes, décors.

Pour toutes chansons au cours de cette fiction qui ne serait pas présente dans film/comédie musicale de base, vous trouverez les références à la fin du chapitre.

Bonne lecture !

R0mancière.


Chapitre 14. The Point of no Return

Personne n'avait l'esprit tranquille, tous semblaient aux aguets tandis que la pièce se déroulait sans encombre. Son Ange allait-il tenir sa promesse ? Allait-il rester caché ? Christine ne vivait que pour cela, que pour cet instant où la pièce se finirait et où son Ange apparaitrait dans la nuit. Alors ils partiraient ensemble. Oui c'est ce qu'elle désirait.

La pièce était un véritable chef d'œuvre, l'on pouvait ressentir chaque détail de la souffrance de l'homme « laid » qu'il était. Erik emmenait le public dans les abîmes du tourment et de la misère de son âme, de sa vie. La douleur était divine et ne laissait indifférent personne.

Les femmes aux robes espagnols rentrèrent sur scène, la Carlotta était toujours aussi belle, même si on âme, elle, restait toujours aussi laide. C'était la fin du deuxième acte, il ne restait plus qu'une seule chanson après celle-ci. La dernière. La plus belle, la plus fabuleuse. La plus passionnelle. Et son Ange avait tenu sa promesse…

« Là, le seigneur sert la dame,
Là, le maître prend son repas,
Là est l'agneau sacrifié,
Stupide et désespérée

Pauvre jeune fille,
Du frisson de quelques baisers volés,
Le prix tu devras payer !
Dans ton linceul enroulé,

Servez la belle innocente,
Puis le maître de céans,
La machination s'enclenche,
C'est le triomphe de Don Juan !
Une fois encore.
»

Le décor était posé, les femmes repartir en coulisse et Ubaldo Piangi apparut sur scène aussi laid et gras qu'à son accoutumé avec l'autre ténor qui jouait le rôle de Passarino.

« Passarino, fidèle ami !
Récitons notre farce,

- Votre invitée croit que je suis vous !
Je suis le maître, vous le quidam,
Vous vous êtes croisés,
Elle n'a pu voir ton visage,
Elle croit dîner avec moi,
Qui de son maître usurpe la demeure !

- Nous mangerons et boirons,
Volant ce qui m'appartient,
Quand il est tard et que le vin,
Commence à faire son effet,

- Je rentre, j'imite votre voix,
Fermant la porte violemment !

- Je dirai : « Vite, cachons-nous dans ma chambre ! »
La pauvre fille n'a aucune chance,

- Surtout, mets bien mes affaires,
Et c'est la victoire !
Sauf s'il ne m'échappe un rire !
»

Christine sentit l'angoisse monter en elle. La dernière scène, la dernière chanson, le cauchemar était presque fini. Tout était fini. Déglutissant avec difficulté elle rentra sur scène et commença à chanter.

« Dans sa tête, un sentiment délicieux,
Dans son cœur, des battements amoureux…
»

Elle se mit à genou au sol, ses yeux rencontrèrent ceux de Raoul un instant. Bientôt, elle ne le reverrait plus jamais de sa vie. Bientôt, elle serait avec le seul homme qui comptait en son cœur. Ubaldo devait revenir… Et alors… Tout irait pour le mieux.

« Mon maître…

- Passarino…
Laisse-nous, notre piège est posé,
Qui n'attend que sa proie,
»

Christine laissa ses doigts courir sur la rose, une magnifique rose rouge sans épines… Que faisait Piangi ? Elle avait à peine entendu sa voix lorsqu'il était entré sur scène…

« Tu viens à moi,
Exprimer une ardente attente,
Aspiration jusqu'alors retenue,
En silence… silence…
»

Le cœur de Christine s'arrêta dans sa poitrine. Non impossible, ça ne pouvait être lui. Pourquoi était-il ici ? L'angoisse monta en elle avec violence… Etait-il devenu fou ? Erik posa un index sur sa propre bouche comme pour appuyer les propos de sa chanson. Elle ne devait rien dire, rien faire. Mais tous savaient déjà…

« Tu viens à moi
Pour que nos sentiments fusionnent,
Dans tes pensées déjà, tu succombes,
Tu plies, abandonnant toute pudeur,
Tu plies, tu succombes.
»

Fermant les yeux, la jeune femme tenta de contenir son trouble tandis que tous les danseurs et autres acteurs de l'Opéra se pressait sur les bords de la scène pour les voir. Le Fantôme et la pauvre soprane partager ensemble leur ultime duo.

« Maintenant tu es à moi,
Aucun remord,
Tu as décidé,
Décidé…
»

La chanson était pour eux deux, elle n'en avait aucun doute tandis que son Ange s'approchait d'elle. Oui, elle avait décidé, elle n'avait plus aucun doute sur ce qu'elle éprouvait. Son regard plongea dans celui de son Ange.

« Par le point de non-retour,
Nous passons tous deux,
Il n'est plus matière
A d'innocents jeux,
»

Sa voix était envoutante, son regard plus chaud que les braise d'un feu ardent. Il était beau comme un Dieu, jamais encore elle ne l'avait vu aussi confiant, une prestance et une sensualité qui aurait pu faire de l'ombre à Satan lui-même. Comment un homme aussi terrorisé du monde et qui se catégorisait lui-même de laideur et de monstre pouvait se présenter sur scène avec autant de confiance. Il incarnait à la perfection la beauté de Don Juan.

« Plus question de « si » ou de « quand »
Plus de résistance,
Ne pense plus,
Et que le rêve s'installe
»

Il tournait autour d'elle tel le serpent qui tentait Eve, le corps de Christine tremblait, cette transe qu'elle avait connu ce soir-là, dans les tréfonds de l'Opéra, alors qu'il lui ouvrait son âme. Elle le ressentait à nouveau, au fond d'elle. Sa poitrine se serrait en une douleur presque jouissive tandis que son ventre s'embrasait.

Elle n'avait nul doute, c'était lui. Son seul et unique amour, son âme sœur.

« Qu'un feu intense embrase ton âme
Désir ardent, apothéose,
La séduction extrême,
Et final
»

Sa voix se brisa sous la sensualité des paroles, donnant un aspect plus bestial à son personnage. Il la maintenait contre lui, caressant sa gorge, son visage puis s'écartant. Christine était dans une transe sans égale. Elle oublia peu à peu la scène, les policiers, le public. Plus que l'homme en face d'elle comptait. Et le désir charnel qui s'emparait de son être.

« Par le point de non-retour,
Nous aurons accès
Aux plus profond
Et merveilleux secrets,
Passons le point de non-retour
»

Saisissant sa main, il la guida à lui, avant de tendrement la lâcher et la laisser partir. La scène lors des répétitions avec Ubaldo Piangi n'avait jamais eut cette dimension. L'on pouvait ressentir une passion dévorante, un bouleversement sans faille. Et tandis que la jeune femme se retournait de celui qui fut son professeur, elle laissa son regard parcourir le vide le temps d'un instant. Qu'était-elle en train de faire ?

Son regard vint alors happer celui de Raoul, un regard doux et empli de pitié. S'il pouvait comprendre en un regard la demande de pardon silencieuse qu'elle lui demandait.

« Unique instant
A ce moment, les mots se voilent
A ce moment, les mots s'affaiblissent,
Jusqu'au silence,
Silence…
»

Raoul semblait inquiet, mais Christine n'en avait cure, elle faisait confiance en son Ange, s'il était ici, c'est qu'il avait trouvé le moyen de les faire disparaître ensuite. Alors lentement, Christine se détourna de Raoul, avec toute la sensualité dont elle était capable, ne fit qu'un avec son Ange.

« Je suis venue,
C'est à peine si je sais pourquoi,
Dans mes pensées j'ai déjà évoqué,
Nos corps abandonnés,
Réunis, enlacés.
»

Ces paroles étaient si justes, si criante de vérités. Elle ne désirait que lui, elle ne voulait que ses bras, ses lèvres… Ses mains. Connaître toute sa vie cette passion ardente qui dévorait son ventre.

« Et je suis là, près de vous,
Aucun remords,
J'ai décidé…
Décidé…
»

… Oui, elle avait décidé… Elle ne voulait plus revenir en arrière…

« Par le point de non-retour,
Aucun reniement,
Notre jeu passionné enfin commence…
»

Sa voix était plus rauque, moins candide, elle se dirigeait d'un pas assuré aux escaliers derrière eux, son Ange suivant le mouvement. Elle allait faire honneur à son Opéra, leur montrer à tous le génie de son Ange…

« Par-delà le bien et le mal
Une dernière question
Faut-il pour ne faire qu'un
Attendre encore ?
»

Elle vivait, elle était possédée par les paroles, son âme vibrait, son corps réclamait, son esprit se brouillait. Il n'y avait que lui. Lui. Lui. Et elle.

« Que le sang passe brûlant nos veines
Pour que les bourgeons puissent éclore
Et que les flammes
Enfin nous dévorent…
»

La sensualité dont elle faisait preuve semblait troubler son professeur qui semblait sous le charme de cette femme à peine sortit de l'enfance qui jouait le rôle de sa vie. Le rôle de la sensuel gitane. Il la désirait de façon ardente. Et Christine ne rêvait que de l'étreindre pour de bon. De mettre fin à ce tourment avec lui. Que ses lèvres enfin se pose sur celles de son Ange. Que ses mains caressent ses hanches et se perdent dans sa chevelure brune.

Arrivée enfin en haut des escaliers, Christine vit du coin des yeux Raoul se relever, elle était là, face à son Ange, et plus rien ne comptait si ce n'était le brasier dans son ventre. Le Fantôme ôta sa cape noire, et tout deux reprirent d'une seule voix ce chant passionnel qui saisissait le public entier au cœur.

« Par le point de non-retour,
Obstacle ultime »

La prenant par les bras, il la tourna dos contre lui, ses mains caressant son ventre… Son bassin caressant ses reins, Ils étaient au plus proches. Christine ressentit tout son être explosé à ce simple contact. Elle ne voulait rien d'autre que ses bras.

Et ainsi ils reprirent ensemble, leurs voix résonnant dans l'Opéra à l'unissons, ce n'était plus une chanson, c'était une déclaration au monde.

« Le pont est franchi
Regardons-le qui brûle…
»

Leurs voix ne faisaient qu'une, leurs âmes ne faisaient qu'une. Ils n'étaient désormais qu'une seule et même entité. Elle n'avait besoin de rien d'autre. Simplement de sa voix se mêlant à la sienne dans un seul et même accord. Elle s'abandonna dans ses bras. Les mains de son ange glissèrent sur sa gorge et tous furent l'espace d'un instant sous le choque de ce duo qui venait de transcender l'âme de tout ceux ayant assister à ce duo incroyable.

« Après le point de non-retour… »

Christine ne voulait plus quitter ses bras. Son esprit vaquait dans un monde fait de volupté et de sensualité dont il était le seul à avoir la clé.

La « laideur », soulevée par les ailes de l'amour, avait osé regarder la « beauté » en face. Et la jeune Soprane ne vit ni le regard effrayé des danseuses de l'Opéra, ni les signes de la Police qui commençait à monter les escaliers… Ni les larmes qui ruisselaient sur les joues de Raoul tandis que le Vicomte comprenait que depuis tout ce temps il s'était montré aveugle… Et alors que la le piano jouait ses dernières notes, la voix de son Ange résonna dans tout l'Opéra tel un murmure.

« Vivons un seul amour,
Amour unique et sublime,
Guide-moi
Sauve-moi de ma solitude…
Dis que tu me veux toujours
»

Ses mains se perdirent dans ses cheveux, l'autre maintenant toujours sa taille contre lui. Elle était bien. Si le Paradis devait-être un lieu, il serait celui-là. Elle se laissait bercer par ce doux chant, par cette merveilleuse mélodie…

« Près de toi...
Si tu vas au bout du monde
J'irai…
Christine…
»

Christine se tourna vers son Ange, son regard d'une infinie tendresse ne trompait pas sur ses sentiments à l'égard de cet homme. Les larmes embuèrent son regard… Mais alors qu'il continuait de chantonner… Ses yeux se perdirent par-dessus son épaule. Un policier arrivait…

« C'est tout ce que je veux… »

Prise d'une angoisse, et dans un mouvement de panique, la jeune femme ôta son masque à son Ange, provoquant les hurlements des personnes autour d'eux. Un coup de feu retentit mais ne les atteignit nullement.

Le regard empli de haine d'Erik se posa sur Christine qui semblait au bord du désespoir… Tout se passa si vite… D'un geste violent il l'attrapa par la taille avant de couper une corde se trouvant sur le côté, le plancher sous leurs pieds s'ouvrit et ils tombèrent à l'intérieur d'une trappe qui immédiatement se referma derrière eux. Christine entendit des hurlements, et un bruit fracassant. Immédiatement la jeune femme comprit…

Le grand lustre était tombé…

Son Ange n'avait pas tenu sa promesse.