10 Septembre 1976

Harry observait attentivement la table des Serpentards. Cette maison ne fonctionnait vraiment pas comme les autres le faisaient, et il était assez fascinant de l'étudier de temps en temps pour essayer de la comprendre. Le jeune professeur avait déjà constaté de l'existence d'un leader de chaque promotion de Serpentard, et il semblait qu'ils communiquaient tous ensembles pour mener la maison dans une unique direction. Beaucoup d'entre eux étaient de futurs Mangemorts, comme Avery pour les septièmes années, Mulciber pour les sixièmes, Lestrange pour les quatrièmes et Carrow pour les troisièmes. Cette position était d'ailleurs idéale pour influencer grandement le recrutement d'élèves pour Voldemort, au grand damne du jeune sorcier.

Puis, sous la position de leader, il y avait les suiveurs. C'était des enfants qu'Harry ne reconnaissait pas vraiment, pétris d'ambitions qui n'avaient rien à voir avec le pouvoir. Lucinda Talkalot, élève de septième année, en était le parfait exemple. C'était la capitaine de Quidditch, et elle voulait manifestement continuer à monter sur son balai une fois les études terminées.

Les suiveurs étaient des Serpentards assez dociles, qui s'accommodaient des règles de leur maison. Ils pouvaient se fondre dans la masse, étaient assez doués pour être subtils et fidèles à leurs camarades. Ce qui faisait d'eux la cible parfaite des futurs Mangemorts : C'était des sorciers qu'Harry ne connaissaient pas, des sorciers qui ne seraient surement jamais marqués. Mais c'était des potentiels sympathisants, qui pouvaient être utilisés pour infiltrer silencieusement toutes les strates du monde sorcier.

Sous les suiveurs, il y avait une autre catégorie de Serpentard. Une plus disparate et isolée, regroupant principalement les marginaux et les introvertis. La plupart de leurs camarades mettaient ces élèves à l'écart, pour une raison ou pour une autre. Harry supposait que la pureté de sang pouvait être une explication, avec la richesse manifeste et le pouvoir magique décelé. Cette catégorie était assez fascinante à observer, à la fois solitaire, isolée et étrangement soudée entre eux.

Et enfin, il y avait Rogue. Harry ne parvenait même pas à le placer dans une catégorie ou une autre, tant son statut au sein de sa propre maison était ambigu. Le jeune sorcier était souvent approché par un groupe ou un autre, échangeait volontiers avec un leader ou un marginal. Mais à la fin, il finissait toujours indubitablement seul, tel un électron libre. Le nez dans ses livres ou dans ses pensées.

Et après une semaine passé à l'observer, Harry ne savait toujours pas quoi penser de l'adolescent sinistre. Il avait des gestes qui ne trompaient pas l'œil vigilant du jeune professeur, comme sa propension à s'isoler ou encore sa manière d'agir face à la foule ou face à un bruit fort. Il avait manifestement été maltraité quelque part dans sa jeunesse, mais il était aussi doté d'une étrange fierté et d'une solidité mentale qui forçait le respect. Il était amer et méchant, mais il ne ployait pas face aux autres, à tel point qu'Harry ne savait pas par où commencer pour approcher cet adolescent en particulier.

Cela dit, il n'avait pas attendu la fin de sa première semaine de travail pour commencer sa prévention auprès des étudiants de Poudlard. Il était devenu fréquent que des étudiants de Serpentards et de Serdaigles viennent le voir à la fin des cours, pour demander plus de renseignements sur une chose et d'autres. Certains avaient même évoqué avec lui le sujet de la magie noire afin d'appréhender sa réaction. Harry avait répondu à leurs questions de manière vague, promesse qu'il voulait parler de ce sujet avec eux plus tard. Il savait que cette manière d'agir entretenait l'ambigüité de sa position sur la guerre contre Voldemort, mais le jeune professeur ne se sentait pas encore prêt à parler de ça avec ses élèves. Il n'avait pas encore bien rodé son discours, et il devait sans doute en parler très vite à son mentor pour avoir des conseils sur la question.

Fort de ses pensées, Harry repoussa son assiette de nourriture et détourna son regard des Serpentards. A coté de lui, ses collègues professeurs bavardaient sur les futures équipes de Quidditch de Poudlard, mais si Harry fut tenté de les écouter parler, il préféra néanmoins se relever et jeter un coup d'œil à Silvanus.

- J'ai des copies à corriger, Je vous retrouve tout à l'heure.

- Déjà, Caradoc ? S'étonna celui-ci. L'école a commencé il n'y a même pas une semaine.

- Il faut croire que je suis un professeur tyrannique, répondit Harry avec un sourire en coin avant de s'éclipser de la Grande salle pour prendre le chemin de la salle des professeurs.

Les couloirs étaient vides et calmes à cette heure où tout le monde mangeait. Harry fit le chemin d'un pas lent et tranquille, appréciant l'atmosphère unique du château. Tout, ici, respirait la magie et la sérénité. C'était la nostalgie et le calme, la grandeur et l'aventure. C'était vraiment des sensations qu'Harry avait un peu oubliées ces dernières années, perdu entre les livres de magies noires et les grimoires de théories magiques.

Une fois arrivé à la salle des professeurs, Harry poussa la porte et retira sa robe pour la ranger dans le vestiaire. A son époque d'origine, le jeune sorcier n'avait jamais vraiment fait attention à la disposition de la salle des professeurs et, pourtant, elle valait le coup d'œil autant que les autres salles de Poudlard. Il s'agissait d'une vaste pièce, lambrissée d'un bois riche et chaud, avec un plafond haut et de belles fenêtres qui apportaient beaucoup de luminosité à l'endroit. Près de la porte se trouvaient la fameuse penderie dans laquelle il venait de ranger sa robe, celle là même que lui et Ron avaient utilisée pour espionner McGonagall dans sa jeunesse. Des fauteuils dépareillés mais néanmoins confortables se trouvaient ça et là, s'agençant dans un ordre qui n'était compris que par les professeurs eux-mêmes. Et enfin, des chaises et des bureaux étaient placés de part et d'autre de la salle, pour permettre un travail efficace dans un environnement convivial.

Dehors, la nuit tombait lentement. Le silence était calme, paisible. Comme si rien d'autre que la paix ne pouvait s'inviter ici. Harry ferma les yeux un instant pour sentir la magie de Poudlard chanter avec la sienne et apaiser ses craintes sur les potentielles discussions difficiles à venir. Il se laissa bercer par cette force solide et enchanteresse, celle qui portait la croissance de chacun de ses élèves tout en les protégeant de tous les dangers. Harry aimait vraiment se perdre avec Poudlard de temps à autre, juste pour oublier, pendant quelques minutes, tout ce qui pouvait parfois peser lourd dans son esprit.

Mais il finit par s'arracher à contrecœur de la délicieuse étreinte de magie pour s'asseoir dans un coin de la pièce et sortir les parchemins de ses élèves. Il y en avait tout un tas, de longueurs variables. Certains ressemblaient à des papiers tout plats et vides, tandis que d'autres étaient tout aussi longs que les parchemins attendus aux ASPIC. Cependant, la majorité de ses élèves n'avaient pas fait l'effort de lui rendre le fruit d'une réflexion construite, ce qui traduisait une lecture parcellaire du chapitre théorique. Harry gloussa à sa constatation, songeant qu'à leur âge, il aurait sans doute été le premier à rendre un tel devoir. Mais en tant que professeur, il allait se faire un plaisir, la semaine prochaine, de leur poser tout un tas de questions détaillées, juste pour voir jusqu'où s'étirait leur compréhension réelle du sujet. Et tant pis si, pour se faire, il dévorait le temps prévu pour la pratique de la magie.

Il était en train de corriger les devoirs de ses troisièmes années lorsque, soudainement, la porte de la salle des professeurs s'ouvrit de nouveau. Harry tendit l'oreille pendant quelques instants, mais il reconnut rapidement le pas du professeur McGonagall. Un pas noble, cadencé et léger, qui se rapprocha pour poser une tasse chaude à coté de lui. Du café, si Harry se fiait à la merveilleuse odeur qui s'en dégageait.

Surpris, le jeune sorcier releva la tête vers son ancienne directrice de maison et la regarda. Celle-ci lui rendit un sourire chaleureux, qui tranchait vraiment avec la distance polie mais prudente qu'elle lui avait offert les premiers jours.

- Vous travaillez dur, nota-t-elle finalement en s'installant à coté de lui.

Harry haussa les épaules à la constatation et prit le temps de nettoyer sa plume pour qu'elle ne goute pas sur ses parchemins.

- Je veux qu'ils parviennent à faire un bouclier solide le plus tôt possible, confia-t-il pensivement. Si je ne travaille pas tout autant qu'eux, ils ne peuvent pas parvenir là où je veux les emmener.

McGonagall s'installa à coté de lui et drapa sa robe autour d'elle. Comme toujours, elle avait une sorte d'élégance noble et sage qui fascinait un peu Harry.

- Vous savez que les protections ne sont pas au programme de toutes les années, n'est-ce pas ? demanda-t-elle avec une mine pensive. Je sais que vous avez donné la même leçon à toute l'école. Vous avez même convaincu Septima et Lula de travailler sur ce sujet dans leurs cours respectifs.

Harry eut un sourire amusé à l'information. Septima et Lula étaient respectivement les professeurs d'arithmancie et de rune. Ils avaient eu plusieurs débats autour de ce sujet ces derniers jours, et ils avaient tous les trois refait le monde sur la manière de protéger un endroit à l'aide de plusieurs sortes de magie. Lors de ses études, Harry s'était avéré être très bon dans ce domaine, à l'image de sa fidèle baguette de houx d'ailleurs, mais il avait une manière bien à lui de percevoir ce sujet. Sa méthode avait même fasciné les deux femmes, et il était devenu fréquent de les voir parler théories magiques dans la salle des professeurs. Ils avaient même commencés un article scientifique sur ce sujet, qui leur avait appris beaucoup des uns comme des autres.

- Et bien… reprit Harry en chassant de son esprit le souvenir de ces deux femmes et de la dernière théorie qu'ils avaient élaborés. Les sorts de boucliers représentent souvent la dernière ligne de défense d'un sorcier. Ces élèves sont des enfants, certes, mais ce n'est pas une excuse pour leur retirer le droit de posséder cette ultime défense. Si, par malheur, ils font un jour face à des Mangemorts… J'aimerais qu'ils puissent être en mesure de se protéger, eux et leurs proches, où qu'ils soient. Ils n'ont pas à mourir dans une guerre qui ne les concerne pas.

Harry avait dit ces mots d'une voix sombre et pensive, en songeant à sa propre jeunesse et à ces combats qu'il avait menés. Il avait toujours été si fier de s'élever face à Voldemort, surtout lorsqu'il était jeune et inconscient des réalités de la vie. Mais après des années de guerre, après la perte de ses proches et en ayant conscience de la destinée qui pesait sur lui… Il se disait à présent qu'il aurait aimé ne pas avoir combattu Voldemort si tôt dans sa vie. Qu'il aurait aimé se contenter de lancer un protego avant de fuir à l'abri du danger. Et cette impression était d'autant plus renforcée qu'il avait passé les dernières années à être éduqué dans un environnement sain et protégé en Amérique. Qu'il avait pu se relâcher, se construire et se trouver là bas, chose qu'il n'avait jamais pu faire ici, à son époque d'origine.

Il ne souhaitait sa vie à personne. Surtout pas à ses élèves.

McGonagall le tira de ses songeries en s'avançant vers lui pour attirer son attention. Harry releva un sourcil pour lui signifier que tout allait bien, avant de lui donner un sourire désolé pour s'excuser d'avoir été absent pendant quelques instants. Puis il attrapa sa tasse de café pour en humer l'odeur avant de la boire tranquillement.

- C'est une noble volonté, reprit la vieille sorcière avec un sourire tranquille. J'avoue que j'étais septique sur vos véritables intentions, au début de l'année, mais… Plus je vous observe, plus vous me semblez être une personne juste et droite dans vos convictions. Ma maison vous aurait surement accueillie avec plaisir, si vous étiez né sur le sol britannique.

Harry eut un sourire amusé à cette remarque. Il reposa sa tasse de café et se pencha vers elle, complice.

- Vous le pensez vraiment ? demanda-t-il avec un léger rire. J'ai souvent tendance à me perdre dans les livres, et je trouve que la fidélité et la loyauté sont les plus nobles de toutes les valeurs…

- Et vous savez manipuler les mots comme un véritable Serpentard, commenta McGonagall en haussant un sourcil appuyé sous le rire d'Harry. Mais non. Je pense vraiment que vous auriez été un incroyable Gryffondor. Fier de vos principes, assez courageux pour les défendre et, manifestement, prompt à protéger votre monde.

Elle eut un sourire pincée sous la surprise sincère et touchée d'Harry. Il n'avait été là que depuis une semaine, mais elle avait déjà compris ça de lui ? Mince, il avait sous-estimé la perspicacité de la sage sorcière…

- Et personne n'avait encore réussi à faire taire Potter et Black comme vous l'avez fait, il y a de cela quelques jours déjà. Ils se sont d'ailleurs comportés admirablement bien depuis votre leçon. Je ne sais pas combien de temps cela va durer, mais tous les professeurs sont d'accord pour dire que c'est un interlude particulièrement agréable.

Harry roula des yeux au rappel de cette fameuse leçon. Il n'avait pas aimé corriger son père et son parrain de la sorte, mais il tenait à leur apprendre à ne pas blesser les autres élèves et à écouter en classe. Mais le jeune sorcier savait néanmoins que leurs représailles le frapperaient bientôt, et que c'était la seule raison pour laquelle ils avaient été si calmes ces derniers temps. Il faudrait qu'il soit plus prudent, dorénavant, pour ne pas tomber dans l'un de leurs pièges.

- Je leur ai juste montré qu'ils n'étaient pas dispensés d'écouter le cours et qu'ils devaient aussi respecter leurs camarades. Je déteste les intimidateurs, maugréa-t-il avec une colère maitrisée.

- Dans ce cas, il serait peut-être bon pour vous de les tenir à l'œil, songea la vieille sorcière avec un air pincé. Aucun professeur n'a jamais pu les prendre en flagrant délit, comme on m'a dit que vous l'avez fait. Ce ne sont pas des enfants de cœur, et je pense que vous vous en êtes faits des ennemis.

Harry eut une moue agacée par cette nouvelle révélation, mais il finit par se redresser en soupirant de dépit. Au fond de lui, il détestait savoir qu'il se trouvait sur la liste noire de sa famille. Il détestait être l'ennemi de son père, de son parrain et de Remus. Mais faire semblant de ne pas voir leurs actions était bien trop lui demander. Il ne savait pas encore ce que contenait la fiole qu'il avait confisqué, puisqu'il l'avait envoyé à son ancien professeur de potion il y avait encore trop peu de temps pour que ses résultats ne lui reviennent… Mais il savait déjà que le contenu de cette fiole aurait perturbé toute la classe et aurait emmené quelques élèves à l'infirmerie. Et ça, il ne pouvait décidément pas l'accepter

- Vous avez raison, répondit-il finalement. Je ferais bien attention à garder les yeux ouverts.

Il pouvait tout aussi bien récupérer sa vieille Carte des Maraudeurs, quand il demanderait à son mentor des conseils sur le discours qu'il allait servir à ses élèves. Utiliser la création de son père et de son parrain contre eux était une idée intéressante et un peu révoltante, c'était vrai… Mais ce serait quand même bien plus facile de les garder à l'œil s'il avait un tel artefact pour l'aider.

- Merci, professeur, reprit Harry en relevant les yeux vers la sorcière. Pour m'avoir prévenu.

- Je vous en prie, mon cher. Et, par pitié, appelez-moi Minerva. Je n'ai jamais été votre professeur, après tout.

- Minerva, répéta Harry en clignant des yeux.

Il aimait bien le son du prénom de sa respectable directrice de maison. Il n'avait jamais osé le prononcer ou le penser autrefois, lorsqu'il était encore un jeune élève de Poudlard ou un membre à part entière de l'Ordre du Phénix… Mais distinguer son ancienne professeure de cette sorcière de vingt années plus jeune n'était peut-être pas une mauvaise idée, tout compte fait.

Et puis, ils étaient collègues, maintenant. Il avait le droit de le faire.

- Seulement si vous m'appelez Caradoc, Minerva, répondit Harry avec un sourire chaleureux.

La directrice adjointe sourit à son tour avant de continuer sur un sujet plus léger. Ils parlèrent de pédagogie pendant encore un petit moment, avant qu'ils ne se dédient finalement à la correction de leurs copies en silence. Dans un coin de sa tête, Harry se disait que c'était quand même très agréable de renouer avec une partie de son passé qui lui avait été inconnue jusqu'alors, et qui ne lui était pas clairement hostile.


18 Septembre 1976

Sur les conseils de Minerva, Harry n'avait pas tardé à récupérer la Carte des Maraudeurs auprès de Timaois, après s'être assuré que la magie résiduelle du voyage dans le temps était suffisamment faible pour ne pas être détectée par le Ministère. Retrouver sa vieille et fidèle carte l'avait étrangement réconforté : Sa texture était familière, rassurante, presque nostalgique, et Harry se plaisait à imaginer que c'était cette sensation que l'on ressentait en retrouvant un objet très précieux de son enfance

Et puis, honnêtement, c'était tellement plus simple de regarder le château sous le prisme de la Carte. Il pouvait suivre le trajet de tout le monde, pouvait débusquer n'importe qui et surveiller tous les étudiants qui lui semblaient étranges. Si cette carte avait été un trésor pour lui en tant qu'étudiant, elle était devenue une véritable mine de diamants bruts entre ses mains d'enseignants.

Cela dit, tenter d'utiliser la Carte pour piéger les Maraudeurs n'était pas une idée très fine. Le petit groupe possédait la même arme qu'Harry, et lorsque le jeune professeur les voyait comploter dans un coin de la Carte et s'y rendait, les sixièmes années réagissaient instantanément à son approche et déguerpissaient sans demander leurs restes. Ils avaient joué à ce jeu du chat et de la souris plusieurs fois au cours de la semaine, jusqu'à ce qu'Harry ne finisse par abandonner l'espoir de les attraper en flagrant délit. De dépit, il s'était contenté de surveiller leurs allées et retours dans les diverses pièces du château, tout en attendant patiemment le moment où il pourrait les surprendre.

Il avait alors prit l'habitude de garder très souvent sa Carte active auprès de lui. Elle côtoyait fréquemment son parchemin de surveillance en classe, ou ses piles de devoirs lorsqu'il se rendait en salle des professeurs pour un café ou pour un peu de tranquillité. Grâce à elle, il avait pu arrêter rapidement une bagarre entre élèves, et surprendre un petit Lockhart de douze ans avant même que celui-ci ne parvienne à accrocher un énorme portrait de lui à l'entrée du château.

Sa Carte avait aussi révélé à Harry un étrange petit jeu du côté des Serpentards. Un petit groupe de futurs Mangemorts se réunissaient de temps en temps dans une salle du donjon qui n'était pas répertoriée, une pièce qui était même inconnue au jeune professeur. Ce dernier n'avait pas eu besoin d'un dessin pour comprendre ce qui se tramait dedans, et il avait tôt fait de garder un œil sur tous les membres de cet étrange groupe. Parfois, quelques personnes extérieures les rejoignaient pour l'une de leurs réunions, et Harry notait scrupuleusement chaque nom qui s'aventurait là bas pour garder un œil sur eux à l'avenir.

Et souvent, le sorcier osait s'attarder sur le prénom de sa mère. Lily passait la majorité de son temps à la bibliothèque, comme Hermione le faisait à son époque. Rogue n'était jamais loin d'elle, l'observant souvent en secret et tentant parfois de s'approcher d'elle. Mais la jeune femme semblait l'éviter, et elle n'hésitait pas à fuir quand les deux points s'approchaient trop près l'un de l'autre. Harry avait suivit ce petit jeu avec un regard pensif, et il avait constaté, au fil des jours, que les tentatives de Rogue se faisaient de plus en plus rares. Dorénavant, le jeune professeur savait toujours où se trouvait le point de l'adolescent sombre : Il se cachait souvent dans l'une des salles de la tour de l'horloge, sans doute à brasser quelque chose d'étrange ou à comploter quelque chose de bizarre. Lily, elle, avait trouvé sa place dans la tour de Gryffondor, ou, plus rarement maintenant, dans l'un des recoins calmes de la bibliothèque.

Il était d'ailleurs en train de regarder le point tranquille de Lily quand, soudain, on toqua à la porte de son bureau. Harry cligna des yeux à la brusque distraction et, d'un coup de baguette, il désactiva la Carte et la reposa à coté de son parchemin de surveillance. Puis il releva les yeux vers la porte de son bureau pour l'ouvrir d'un sort informulé avant de jeter un coup d'œil par la fenêtre. A l'extérieur, le soleil se couchait doucement, unique preuve que le diner leur serait bientôt servit.

Quand le jeune professeur reporta son attention sur le pas de la porte, ce fut pour découvrir le visage adolescent d'un jeune Serdaigle bien apprêté. Il y avait une certaine grâce dans ses mouvements qui soulignaient son coté plus érudit qu'aventurier, et un port altier qui témoignait d'une certaine aisance magique et financière. Ce dernier ne regarda pas longtemps Harry, bien vite intéressé par la bibliothèque plutôt fournie de son enseignant.

A l'intérieur, il y avait des titres assez rares sur la théorie magique, des livres parfois uniques et souvent écrits à la main. La plupart d'entre eux venaient de ses trouvailles dans la salle de classe, mais d'autres étaient tirés de sa propre bibliothèque. Il les utilisait parfois lors des discussions avec ses élèves, surtout lorsqu'ils venaient le voir pour approfondir leurs connaissances sur les différentes méthodes de protections efficaces.

Cela dit, Harry ne suivit pas le regard du gamin. Il était bien trop occupé à analyser l'enfant pour ça. Le jeune professeur connaissait bien le Serdaigle, puisqu'il faisait partis de ces étudiants qui venaient souvent le voir pour assouvir leur insatiable curiosité. Celui là était d'ailleurs venu le trouver plus d'une fois pour obtenir des renseignements parfois borderline sur la Défense contre les Forces du Mal. L'enseignant avait répondu patiemment à toutes ses questions, déviant parfois pour ne pas aborder frontalement les principes même de la magie noire.

Chose qu'il allait devoir faire aujourd'hui, cependant. Pas plus tard qu'il y avait deux jours, il avait vu, sur la Carte, le point de l'étudiant échanger avec le groupe des Serpentards du donjon. Le jeune homme n'était pas encore allé à l'une de leur réunion, mais cela avait suffi à Harry pour le placer sur la liste des élèves qu'il devait surveiller.

- Monsieur Hopkirk, commença Harry en l'invitant à s'asseoir d'un signe de la main.

- Bonjour, Professeur Dearborn, répondit le garçon en s'asseyant nerveusement sur sa chaise.

Harry haussa un sourcil devant l'agitation manifeste de l'enfant. Ce dernier se tordait les doigts tout en regardant frénétiquement autour d'eux, à l'affut du moindre objet angoissant. Pourtant, le bureau de son professeur n'était pas intimidant, loin de là. Harry l'avait aménagé dans la digne lignée de sa salle de classe, mettant l'accent sur une chaude couleur marron et y plaçant de nombreuses chandelles ça et là pour rendre la pièce accueillante. Sur son bureau de bois sombre, il y avait quelques copies d'élèves, deux élégantes plumes bleues et trois pots d'encre de différentes couleurs. De l'autre côté, il y avait quelques uns de ses artefacts : Un en forme de stylo Moldu, son parchemin de surveillance, sa Carte, ainsi qu'une petite statue désossée d'un chevalier en armure propre à Poudlard. Harry bricolait parfois ce dernier pour se changer les idées entre deux copies, et seules quelques pierres précieuses apparentes et quelques morceaux de chemins de runes témoignaient de sa future fonction de garde de son bureau.

- C'est le moment où nous abordons cette discussion, n'est-ce pas ? demanda soudainement Harry d'une voix neutre, qui fit pourtant se tendre d'anticipation le jeune homme.

- De quoi vous voulez parler, professeur ?

La voix de l'étudiant était plus aigüe que d'habitude et son corps était tendu comme un arc. Son regard était à la fois craintif et intéressé, et Harry lui répondit par un air compréhensif et patient. Il retira alors soigneusement ses lunettes pour les laver, prenant ce temps pour organiser ses pensées et se rappeler de tous les conseils de Timaois. La conversation qui allait suivre ne serait pas facile, et il en avait parfaitement conscience : Il était passé par là, lui aussi, quand il était arrivé à New York.

- De magie noire, Monsieur Hopkirk. On vous l'a vendue comme étant un remède à tous vos problèmes, n'est-ce pas ? Une manière d'atteindre vos objectifs facilement, une occasion d'apprendre quelque chose que le monde vous interdit. Et cela vous tente, ce qui est très compréhensible. Après tout, rien n'est impossible à la magie noire. Et elle a tous les atouts pour vous attirer dans ses filets.

Lorsqu'Harry remit ses lunettes, l'étudiant était si raide que son professeur avait l'impression de lui avoir lancé le maléfice du saucisson sans même avoir utilisé de sort. Cependant, dans les yeux vifs du jeune Serdaigle, une lueur de respect, de fascination et de crainte brillait dorénavant. Oh oui, il était bel et bien venu ici pour avoir cette discussion là.

- Je m'en doutais, murmura-t-il en se relevant de son siège.

Le jeune enseignant tourna le dos à son élève et se dirigea vers son armoire pour l'ouvrir. A l'intérieur, il n'y avait pas d'ingrédients de potion douteux comme c'était le cas pour Rogue, ou de mystérieux artefacts comme pour Dumbledore. Il y avait juste quelques pièces détachées et, surtout, une bouilloire ancienne, une cafetière à piston et une belle quantité de café et de thé.

Il fit chauffer la bouilloire d'un coup de baguette, et prépara du thé pour eux deux. Il ne cacha jamais ses gestes, pour que son étudiant puisse constater qu'il ne faisait rien pour l'empoisonner. Il posa ensuite deux tasses face à eux et fit couler le thé à l'intérieur, avant de finalement reposer la bouilloire pour reprendre enfin sa place derrière son bureau.

- C'est bien que vous soyez venus me voir, reprit Harry en attrapant la tasse que l'étudiant n'avait pas prise pour lui.

Le garçon serrait la porcelaine entre ses doigts, et il observait pensivement le liquide doré. Il avait l'air un peu plus détendu que lorsqu'il était arrivé, mais il semblait toujours craindre cette discussion. Puis, soudainement, il rassembla tout son courage et releva les yeux sur Harry.

- Je… je me disais que vous sauriez surement la vérité à ce propos. Vous avez l'air de vous y connaitre en magie noire.

- C'est le cas, bien que j'aurais préféré que ce ne le soit pas, soupira Harry avec regret. La magie noire est une tentatrice, Monsieur Hopkirk. Elle est belle, fascinante. Elle vous promet de tout soigner, de vous donner le pouvoir ou le savoir que vous souhaitez. Je vous avais dit en début d'année que les Forces du mal étaient semblables à une hydre : Le recrutement facile de ses adeptes contribue énormément à la rendre éternelle. Elle passe de maitres à élèves et collecte ses dîmes au passage.

Harry but son thé avant de poser sa tasse sur la table. Il laissa un petit silence accueillir ses mots, puis il se rapprocha légèrement du jeune homme, comme s'il lui faisait une confidence.

- La Magie Noire est une Force du Mal, vous ne devez jamais l'oublier. Sa bonté est sous condition, là où sa cruauté est sans limite. Elle offre le monde, mais elle a toujours, toujours un prix : Votre magie, votre âme, votre corps, votre esprit… Elle piochera en vous sans jamais vous demander de permissions, jusqu'à vous rendre accroc, jusqu'à effacer tout de vous. Telle une drogue, elle vous demandera toujours plus : plus de pouvoirs, plus de savoirs, plus de compétences. Et pris dans cet engrenage, vous deviendrez esclave de la moindre de vos envies.

Le jeune étudiant pâlit au fur et à mesure de son discours. Harry ne cachait rien des méfaits de la magie noire, sachant son étudiant suffisamment mature pour comprendre ce qu'il lui disait. Néanmoins, il lui laissait le temps de traiter les informations, le temps de poser des questions s'il en avait. Et, pendant cette petite pause, l'enseignant vit son élève serrer sa tasse de thé entre ses doigts tandis qu'un profond froncement de sourcils se dessinait sur son visage. Harry n'avait même pas besoin d'être Legilimens pour comprendre que le jeune homme était en train de comparer les dires de son professeur avec ceux de ses camarades. Après tout, les deux discours étaient tellement éloignés l'un de l'autre qu'il était difficile de faire des ponts entre les deux.

- J'aime à prendre le vampire pour exemple, reprit tranquillement Harry. Tant que ce dernier n'est pas affamé, ou qu'il ne vous a pas pris pour cible, il peut être parfaitement charmant. Très beau, séducteur, fascinant, plein de sagesse et d'histoires à vous raconter. Vous ne comprenez le danger qu'une fois qu'il a planté ses dents dans votre carotide… Et à ce moment-là, il est trop tard pour réagir.

- Mais les gens qui ont été mordu par un vampire ne disent pas que c'est bien, osa dire le jeune homme et Harry gloussa d'amusement à cette répartie.

- S'ils ont été sous le charme du vampire, ils n'ont pas conscience de la douleur d'une morsure. Et les autres sont trop morts pour en parler, précisa l'enseignant avant de se redresser contre son siège. Mais il est vrai que les mages noirs ont tendance à glorifier leur magie et le soutien qu'elle leur apporte. Car c'est une magie efficace, et ça, c'est vrai… Pour peu que vous n'ayez aucune considération pour la vie en elle-même : Vous souhaitez du pouvoir ? La Magie noire sera ravie de rabaisser les autres pour vous valoriser. Vous préférez la fortune ? Alors elle fera en sorte de corrompre les esprits des autres pour votre propre profit.

- Et si on veut la connaissance ?

- Elle peut aller jusqu'à dépouiller le cerveau de quelqu'un d'autre pour voler ces savoirs, résuma Harry d'un signe de la main. La Magie noire ne crée pas : Elle détruit. Si vous souhaitez avoir quelque chose, elle le prendra juste autre part, sans s'encombrer de morale ou de dignité.

Le sorcier posa un regard intense sur le jeune homme pendant que celui-ci pesait ses mots. Ce dernier était toujours concentré sur son thé, de nouveau tendu et presque terrifié par les mots de son professeur.

- Elle ne peut pas juste aider à la concentration ? Par exemple ? Ou prendre la connaissance d'un mort ?

Harry gloussa à l'idée.

- Les potions feront mieux dans le premier cas. Le deuxième relève de la nécromancie. Et, entre nous, Monsieur Hopkirk… Le savoir sans pratique, sans compréhension, ni assimilation, sert-il vraiment à quelque chose ? Et une recherche sans éthique vaut-elle la peine d'être menée ? Soyez honnête avec vous et avec moi : quel genre de sorcier vous voulez être ? Quel genre de traces voulez-vous laisser dans l'histoire ? Quel genre d'accomplissements vous chercher à atteindre dans votre vie ?

L'étudiant regarda son professeur et considéra la question qui lui était posée. Harry lui laissa le temps de réfléchir et un silence confortable s'installa entre eux, uniquement rompu par le gazouillement d'un oiseau qui s'était posé sous la fenêtre du bureau. Le jeune enseignant savait qu'il avait posé une question difficile à son élève, une question qu'un enfant de seize ans ne pouvait pas s'être posée un jour. Harry était l'exception à la règle, bien sûr, puisqu'il avait su très jeune quel genre de sorcier il voulait devenir. Son destin – et Voldemort lui-même - ne l'avait pas laissé choisir, après tout.

Quand il fut évident que le Serdaigle réfléchissait vraiment à sa question, le jeune professeur reprit tranquillement la correction de ses copies pour lui laisser du temps. Il ne s'interrompit que lorsque l'enfant reprit enfin la parole.

- Je voudrais être un sorcier sage.

- Sage ? Ou connaisseur ? Car la sagesse s'exprime dans la prudence et la modération avant tout, répondit Harry. C'est prendre le temps de considérer les risques de chaque action pour les limiter le plus possible. C'est très différent d'un sorcier qui possède le savoir.

L'enfant pencha la tête.

- La magie me fascine. J'aimerais vraiment la comprendre, la maitriser, l'analyser. Je ne sais juste pas comment je veux le faire, répondit finalement l'étudiant, en plissant les yeux, presque agacé contre lui-même de ne pas réussir à répondre à sa propre question.

- Vous êtes encore jeune, vous avez le temps de réfléchir à cela, reprit gentiment Harry. Mais si je peux me permettre de vous donner mon avis sur la base de nos nombreuses discussions, je peux vous dire que votre curiosité s'épanouirait beaucoup dans le métier de Langue-de-plomb… Et cela vous apporterait bien plus de réponses que si vous décidez de devenir un mage noir. Je suis même persuadé que la Magie Noire pourrait rapidement être un frein à vos ambitions : Vous êtes le genre de personne qui se plait à comprendre, plus qu'à savoir. Obtenir la Connaissance sur un plateau d'argent est très tentant, mais en seriez-vous satisfait ? Et, surtout, seriez-vous content d'être obligé d'arrêter vos recherches pour vous soumettre à la volonté d'un Seigneur, ou à celle d'une Magie ? Seriez-vous heureux de risquer des années de vie d'Azkaban alors qu'une autre voix plus sûre, plus excitante, pourrait vous donner les mêmes résultats ?

L'étudiant roula des épaules, incertain. Il se décida à boire son thé pour se changer les idées, sans oser croiser le regard de son professeur. Harry en profita pour attraper un parchemin et y noter la référence de trois livres qu'il savait être dans la Réserve de Poudlard.

- Un avis éclairé vaut mieux que plusieurs discours, décréta-t-il en lui tendant son parchemin. Vous avez entendu celui des mages noirs, et le mien… Je pense qu'une troisième source peut compléter votre réflexion.

- Une source plus objective ? demanda l'étudiant en haussant un sourcil, et Harry en rit.

- J'ai mes raisons pour être aussi vindicatif sur la Magie Noire. Le fait que je la connaisse bien n'aide certainement pas à rester neutre face à elle. Mais j'ai pourtant essayé de prendre du recul pour vous permettre de mieux vous projeter dans mes mots. Cela dit, oui, cette personne est plus objective. C'est un célèbre chercheur qui a fait de longues études sur la magie noire et sur les effets de son utilisation. Les mages noirs apprécient cet ouvrage, puisqu'il démontre concrètement le pouvoir de leur magie. Mais entre nous, je trouve que le passage sur les effets de la dépendance est bien plus intéressant.

- Vous ne craignez pas que cette référence me pousse à devenir un sorcier noir ? demanda pensivement le jeune étudiant en prenant religieusement la note que lui tendait son professeur.

- Je ne le pense pas, non. Je crois vous avoir assez bien cerné, Monsieur Hopkirk, répondit simplement Harry avant de repousser sa tasse de thé pour montrer qu'il estimait cette conversation terminée. Avez-vous d'autres questions ?

L'étudiant termina pensivement sa boisson avant de nier et de se relever lentement de sa chaise. Il jeta un coup d'œil à l'horloge, assez pour constater que le diner avait commencé il y avait déjà quelques minutes. Le jeune sorcier avait manifestement envie de partir pour manger et aller lire les livres recommandés par Harry, mais il semblait aussi vouloir rester ici, le temps de trouver toutes les réponses aux questions que lui avait posées son professeur.

- Non, Professeur, termina finalement le jeune homme. Mais je reviendrais dès que j'en aurais.

- Je n'en doute pas, répondit Harry en attrapant ses copies pour reprendre ses corrections.

Et il savait qu'il reviendrait le voir. Quand il aurait lu les grimoires, quand il aurait réfléchis sur ce qu'avait soulevé Harry, il reviendrait le voir. Ce dernier espérait, en son fort intérieur, qu'il n'avait pas fait d'erreurs en lui confiant cette petite note qui lui donnait accès à la réserve. C'était un savoir important qu'il plaçait entre ses mains, un savoir qui l'avait glacé jusqu'à l'os quand lui-même l'avait lu, il y avait de cela quelques années maintenant. Il espérait juste que l'adolescent saurait comprendre les avertissements qui s'y cachaient.

Ce ne fut qu'une fois seul qu'Harry se permit de soupirer lourdement pour s'affaler contre sa chaise. Il jeta négligemment sa plume sur la table et retira ses lunettes pour se masser le nez.

- S'il devient un mage noir à cause de ce stupide bouquin, je jure que je brulerais l'entière réserve de café de Timaois pour le remercier de ses conseils débiles, maugréa-t-il avant de soupirer lourdement.

Au moins, il avait réussi à mener à bien cette discussion stressante, et c'était déjà ça. Jusqu'à la prochaine fois, tout du moins.