Bonjour à tous,
Voici la suite. La troisième partie de ce grand arc de l'histoire. J'espère qu'il vous plaira. J'attends vos retours, si jamais.
Des bisous:)
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La malédiction de Morrigan.
Chapitre 3 : Memoriam Sigilum - partie 3
L'impression étrange d'être coincée dans un étau, d'avoir ses organes compressés, ses cheveux tirés en arrière et le souffle coupé, voilà une sensation que Bellatrix était heureuse de retrouver, depuis la deuxième fois de cette journée hors de sa cellule. Qui aurait cru que le transplanage lui eût autant manqué. La poigne de Potter, l'aggripant sous son bras droit et le métal froid es menottes, qui ne quittaient pas ses poignets, contre sa peau, en revanche, devenaient insupportables. Elle se dégagea de l'emprise de l'auror d'un coup d'épaule, dès que ses pieds touchèrent les herbes folles, entourant le manoir des Lestrange.
« Je n'ai pas besoin qu'on me tienne la main, je sais marcher seule. » grogna-t-elle au jeune homme.
Un deuxième crac se fit entendre à sa droite et Hermione Granger apparut à son tour. La journée était bien entamée et si, à Londres, le soleil illuminait les rues du Chemin de Traverse, ici, en pleine campagne écossaise, les nuages recouvraient le ciel et la terre d'un épais manteau gris, annonciateur de pluie et d'une soirée froide et humide, voire peut-être de neige. Nous étions en novembre et les hivers étaient rudes par ici. Le temps se mariait parfaitement avec la bâtisse qui leur faisait à présent face, ou plutôt était-ce l'inverse. Bellatrix avait toujours aimé cette austérité qui transpirait du manoir. Debout dans ce grand domaine, protégé par une grande grille, toute aussi noire que les pierres du bâtiment, la demeure des Lestrange semblait poser un regard dédaigneux sur ses visiteurs, les défiant de pénétrer sur son territoire. Territoire abandonné depuis maintenant plus de deux ans. Les mauvaises herbes avaient envahi le jardin, jadis si bien entretenu les elfes de maison. Pourtant, le bastion de la famille Lestrange restait digne, cela grâce à l'immensité du manoir qui impressionnait quiconque posait les yeux dessus. Bellatrix surprit le regard admiratif de Potter, et cela la fit sourire, satisfaite de voir que même le grand Harry Potter ne restait pas insensible à la puissance des sorciers sang-purs, étalée devant ses yeux.
« Comment allons-nous pouvoir rentrer ? » demanda par ailleurs ce dernier à la jeune femme qui lui avait rejoint en deux pas. « Le domaine est protégé par un sortilège j'imagine. » Cette question était adressée à l'ex-mangemort, elle ne répondit pas. Elle n'était pas du genre à gaspiller sa salive pour un morveux comme Potter, incapable de respecter son statut, ni même son nom.
Elle se contenta d'avancer devant le grand portail, qui restait une auguste merveille d'architecture et entendit le jeune homme protester contre son attitude. Protestations qui ne trouvèrent pas vraiment d'oreille puisque Bellatrix sentit la jeune femme la suivre. L'auror cessa donc ses gérémiades d'enfant gâté et vint se placer derrière elles.
Bellatrix se mordit alors brutalement le pouce, jusqu'au sang.
« Mais qu'est-ce-que vous faites ?! » s'exclama Granger.
Elle ne lui accorda pas un regard et se contenta de poser son pouce contre le metal froid et noir du portail. Ce dernier, après quelques secondes, se mit à grincer et s'ouvrit, libérant la voie vers l'allée qui menait jusqu'à l'entrée de la bâtisse.
« Seul le sang pur d'un Lestrange peut se frayer un chemin jusqu'ici. Vous ne pouviez pas rentrer sans moi . » se contenta de répondre Bellatrix en s'avançant d'un pas décidé vers la demeure, qui l'attendait.
« Je croyais que vous n'étiez plus une Lestrange. » renchérit Harry Potter.
Oh mais c'est qu'il retient vite le petit insolent, l'infâme sang mêlé se mêlant de tout, et surtout de ce qui ne le regarde pas !
L'ex-mangemort ne daigna même pas lui répondre. Encore une fois, il ne méritait pas qu'elle gaspille sa salive.
Elle était la dernière à pouvoir pénétrer dans ce manoir. Rodolphus était mort durant la bataille de Poudlard, Rabastan également. Elle ne les pleurait pas, elle n'avait jamais pleuré personne et encore moins ces deux là.
Des incapables ! Qui manquaient d'imagination. Alors que moi, moi j'ai toujours eu les meilleures idées pour servir la cause du Seigneur des Ténèbres.
Le coup de fouet de nouveau lascéra son esprit. Bellatrix connaissait cette douleur, ce murmure qui faisait partie d'elle, mais la sentir revenir, alors qu'elle avait réussi à la tenir éloignée durant ces deux ans à Azkaban, pour une raison totalement mystérieuse, la rendait plus sensible à son effet. Il y avait une époque où la douleur n'était rien, n'était qu'une partie d'elle-même, tellement enfouie dans les recoins de son âme, qu'elles ne se distinguaient plus l'une de l'autre.
Tu t'affaiblis Bella, c'est tout.
Elle grimaça. Heureusement les deux anciens gryffondors furent trop occupés à observer le hall d'entrée, dans lequel ils venaient de pénétrer, pour remarquer le frisson la parcourir. Le sol carrelé de losanges noirs et blancs était époustoufflant, même peu entretenu. Bellatrix, qui pourtant était tant accoutumée à cette magnificence, qu'elle ne l'avait plus remarquée durant les années avant son arrestation, ressentit une vague de chaleur familière l'envahir. Elle était chez elle.
« C'est immense. » murmura Hermione à côté d'elle.
« Et encore Sang de Bourbe ce n'est que le hall d'entrée... »
« C'est sûr que ça doit vous changer de votre cellule. » l'interrompit Potter
« Harry ! »
« Quoi ? Je ne fais qu'énoncer une vérité. »
Cette fois-ci, la détenue ne se contint pas pour répondre. Il était impensable qu'elle laisse une telle avanie entacher son sang si pur et son ego si grand.
« Ma cellule est toujours plus grande que le placard à balais qui te servait de chambre Potter. »
Son ton était calme et doucereux, tel le serpent qui siffle sur sa branche, elle crachait son venin dans un murmure mortel.
« Comment est-ce-que vous sav... »
« Et elle est toujours plus grande que le cercueil vide de mon cousin. »
« Harry, NON ! »
Granger eut juste le temps de retenir l'auror avant qu'il ne se jette sur elle. Bellatrix éclata de rire en voyant le visage du morveux se tordre sous la rage. Se croyait-il vraiment capable de pouvoir la battre à mains nues ? Il était encore plus idiot que l'ancienne mangemort ne le pensait. Et si facile à manipuler, à faire sortir de ses gongs. Vraiment, un délices de voir que ses mots avaient autant d'effet qu'un sortilège doloris. C'est aussi pour cela, qu'elle avait souvent le rôle d'interroger les prisonniers sous le Seigneur des Ténèbres.
« TU L'AS ENTENDUE !? ELLE N'A PAS LE DROIT DE PARLER DE SIRIUS DE CETTE FACON ! »
Il ne se débattait pas cependant, sachant pertinemment que sa supérieure l'arrêterait d'un sortilège s'il s'approchait de la mangemort, ou plutôt que Bellatrix était sans doute susceptible de le maîtriser en quelques prises, même enchaînée.
C'est ce qui rend cette situation d'autant plus amusante.
« Je sais Harry ! J'ai entendu, mais nous avons besoin d'elle, alors s'il te plaît contiens-toi… ne laisse pas tes sentiments obscurcir ton esprit et prendre l'ascendant sur notre mission. ».
Bellatrix était impressionnée. Pour un morveux de sa trempe, il faisait preuve de plus de maîtrise que certains. C'était louable. Mais futile. Potter, lui tapait sur les nerfs peu importe son attitude. A moins que ce fût justement cette attitude qu'elle exécrait, elle ne savait pas trop. Elle vit ses épaules s'affaiscer, mais son regard rempli de fureur lui lança un avertissement qui élargit son sourire provocateur.
« Quant à vous... » l'ex-mangemort braqua son attention sur Granger qui pointait un doigt dans sa direction, répobatrice, les yeux traversés d'un éclair agacé « … veuillez vous montrer digne de la noblesse de votre sang, que vous chérissez tant ,et ne pas plonger tête première dans des enfantillages dignes des imbéciles. Encore une remarque de ce genre et on vous renvoie à Askaban, nous sommes entrés à présent, techniquement nous n'avons plus besoin de vous. »
C'est mignon.
Le ton sarcastique était sans appel, mais Bellatrix ne dit rien. La menace, même si elle ne le montra pas, l'effrayait assez pour l'inviter à contenir les paroles acerbes qui lui brûlaient les lèvres. Elle refusa cependant de faire le moindre geste qui pouvait signifier qu'elle consentait à se tenir tranquille. Mais Ganger sembla se satisfaire de son silence, car elle baissa la main et son regard s'adoucit. Bon sang, elle aurait été si facile à perser à jour dans une salle d'interrogatoire. Ses yeux si expressifs, si profonds… ils étaient partie intégrante de ce qui intrigait l'ex-mangemort, chez l'enquêtrice en cheffe. Elle n'eut pas le temps de se perdre dans l'océan de ses iris noisette, Granger interrompit sa chute dans les vagues des promesses de frissons que lançaient ses prunelles charmantes, d'une phrase qui lui seyait à ravir :
« Où se trouve la bibliothèque ? »
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Le sentiment de pleinitude submergea Hermione, lorsque les portes s'ouvrirent devant eux, pour leur laisser découvrir une haute et longue pièce, dont l'impression d'étroitesse, était la conséquence de dizaines et de dizaines de rangées de livres serrées, traduisant leur nombre incalculable. Elle retint son excitation, ayant conscience qu'Harry n'hésiterait pas à la railler là-dessus… il n'eut pas besoin d'attendre sa réaction d'ailleurs : …
« Je crois qu'on a trouvé ton paradis Hermione. »
Elle ne nia pas. Et elle perçut le ton admiratif de son ami. Même lui était impressionné par la taille et l'exhaustivité de cette bibliothèque. Elle s'avança d'un pas, vers la première étagère qu'elle pouvait atteindre, et passa un doigt presque amoureux sur la tranche poussièreuse du livre, qui s'offrait à elle. Ô elle aurait tant voulu disposer d'assez de temps de tous les feuilleter, rester ici pour l'éternité. Harry n'avait pas tort, lorsqu'il parlait de paradis, ce n'était même pas une exagération. Face à tant de beauté visuelle, mais aussi olfactive, car elle pouvait sentir les fragances des vieux livres, ce parfum si cher à son âme, alors qu'elle ne les avaient pas encore ouverts, elle pouvait se perdre... Mais ils n'étaient ici que pour un seul ouvrage, et manquaient de marge dans cette course aux indices. Le temps, elle ne le capturerait pas, car il était beaucoup trop avancé dans cette fuite, et il lui faudrait le rattraper, ou ne pas trop le perdre de vue.
Contenant donc son envie erratique de se jeter sur les livres qui n'attendaient qu'elle, Hermione détourna, à contrecoeur, le regard de la bibliothèque pour le poser sur l'ex-mangemort et demanda.
« Qu'est-ce-qu'on cherche exactement ? »
Les yeux noirs de Bellatrix attrapèrent les siens alors, elle eut l'impression qu'ils ne les libéreraient jamais. Ce fut une drôle de sensation. La dernière fois qu'elle avait ressenti cette attraction si étrange, destabilisante, douloureuse presque, cela avait été dans le manoir des Malfoy… Non, ne pas y repenser…
« Je ne sais pas. » Répondit simplement la détenue. « Je n'ai pas le nom exact du bouquin, c'est comme si quelque chose bloquait mes souvenirs. »
Harry jeta un regard incrédule à Bellatrix, celle-ci leva les yeux au ciel.
« Ne t'en fais pas petit Potter, je ne vous ai pas fait venir ici pour rien. Je n'ai pas le titre, mais j'ai la couverture. Le livre est grand, la couverture est en cuir, noir, dessus est gravé un arbre en doré et...»
« Quel genre d'arbre ? » demanda Hermione.
« J'ai l'air d'une botaniste ? »
« On dit dendrologue en fait, pour les arbres. Cela vient du grec Dendron qui signifie arbre et logie qui signifie science, c'est l'étude des arbres. La botanique, c'est l'étude des plantes, ce n'est pas vraiment la même chose. »
Le regard de Bellatrix la fixait toujours, semblant attendre qu'elle termine son exposé, une lueur agacée le traversant alors.
« C'est très intéressant Sang de Bourbe, 10 points pour gryffondor. Maintenant arrête de m'interrompre, tu vas voir que ça va répondre à toutes tes questions de Miss Je-sais-tout avant même que tu les poses, c'est magique ! »
Hermione sentit le rouge de l'humiliation et de la colère poindre sur ses joues. Mais elle parvint à contenir les paroles acerbes qui menaçaient de franchir ses lèvres, alors pincées, par sa raison. Plus forte que son Ego cette fois-ci. Elle laissa donc poursuivre l'ex-mangemort à contrecoeur, muselant au préalable la tonne d'interrogations, qu'elle aurait envie de poser.
« Je disais donc, il y a un arbre doré, entouré d'un cercle runique, je ne me souviens plus de la forme exacte de chaque rune, cela reste flou. »
Il y eut un silence expectatif, mais il semblait que Bellatrix avait fini de parler. Harry brisa donc cet instant qui eût pu devenir gênant, s'il avait duré davantage de temps.
« Donc, si je résume, on cherche un bouquin, dont on ne connaît ni le titre, ni l'auteur, donc impossible d'utiliser le sortilège d'attraction dessus, dans cette immense bibliothèque qui doit contenir au bas mot plus de 1000 exemplaires ?... »
Hermione compatit à son air dépité et découragé. Cela allait leur prendre des jours ! Mais avaient-ils seulement le choix ?
« Autant ne pas perdre de temps alors. » Et elle prit l'initiative d'avancer dans le premier rayon. Tout en lançant ses directive à son sulbalterne. Retrouvé le rôle d'enquêtrice en cheffe ! Enfilé le costume de la meneuse, qu'elle appréciait autant qu'il la mettait mal à l'aise. Mais c'était là une fonction obligatoire à celle qu'elle voulait réellement atteindre. Pas par ambition, mais par idéal qu'elle voulait atteindre, celui de la justice.
« Il vaut mieux qu'on se sépare, nous convrirons plus de surface. »
Harry ôpina du chef, mais il n'attendit pas pour émettre son objection : « Hors de question que nous la laissions seule dans les rayons. Je ne lui fais pas confiance. »
Un « humpf » dédaigneux s'échappa des lèvres de l'ex-mangemort et Hermione soupira. Mais elle avait en tête les consignes du ministre, qu'elle ne souhaitait pas, non plus, décevoir. Puis, la jeune femme savait, par expérience aussi, que son ami avait raison. Ils ne pouvaient pas accorder leur confiance à Bellatrix Black. Après tout, jusqu'ici, elle n'avait fourni aucune preuve, peut-être ceci était une machination dans le but de s'évader. Rien ne leur prouvait que la détenue puisse avoir des intentions louables. Parce que jusqu'ici, elle n'en avait jamais eues.
Cepedant il lui était impensable de laisser Black et Harry seuls dans une même rangée de la bibliothèque, l'un allait finir par étrangler l'autre et Hermione ne pouvait prendre le risque.
« Très bien, elle reste avec moi. Toi, prends l'autre bout de la pièce, on se rejoindra au centre… enfin j'espère bien que nous trouverons avant. »
Efficace, comme toujours, parce qu'il avait été formé, par la vie, pour l'être, l'auror s'engagea dans les rayons et Hermione le perdit de vue. Elle était de nouveau seule avec l'ex-mangemort, qui la suivit, ses chaînes produisant ce bruit désagréable sur le sol, devant la première rangée de livres, qu'Hermione inspectait. Elle prit la liberté d'examiner les étages du dessus, laissant à l'enquêtrice en cheffe le soin de s'occuper des rayons du bas, ceci se fit tout d'abord sans d'autre bruit que leur pas à cadence réduite et leur souffle profond traduisant leur concentration.
Les ouvrages qui se présentaient à elle, étaient tous plus inestimables les uns que les autres et le rat de bibliothèque qu'elle était, se frustrait de ne pouvoir tous les lire. Des œuvres sur l'interprétation des rêves sorciers, des œuvres sur les remèdes anciens du temps des fondateurs, les origines magiques et runiques d'Excalibur, un livre d'histoire sur les politiciens gobelins… tant de titres aussi incroyables qu'uniques, qui lui échappaient.
Bellatrix dut lire dans son regard la frustration qui consumait son coeur de lectrice chevronnée, car elle lança, brisant le silence studieux qui s'était intallé entre elles : « Le petit rat de bibliothèque est déçu à ce que je vois. Tu t'attendais à ne trouver que des ouvrages sur la magie noire peut-être ? »
Hermione hôcha la tête négativement, avant de renchérir, gardant un ton cordial malgré l'appellation qui la fit quelque peu frémir de colère. Elle avait toujours détesté ce surnom. « Non. Je me dis juste que j'aurais aimé avoir le temps de lire ces ouvrages. Cette bibliothèque est incroyable ! »
Il y eut quelques secondes de silence. L'ex-mangemort était à quelques centimètres d'elle, uchée sur une petit échelle, afin d'atteindre les rayons surélevés, elle la regardait de haut, au sens propre, comme au sens figuré. Même si l'ancienne gryffondore n'était que peu effrayée par les hauteurs, qui vous jeaugeaient avec dédain, lorsque vous vous trouviez aux pieds de leur immense sommet, elle était déstabilisée par cette position de faiblesse sous-entendue. Mais, elle ne le montra guère. Il lui était impensable de laisser croire à ce serpent qui s'apprêtait à la piquer de son sarcasme, que tout ceci l'atteignait. Et pourtant, pourtant, plus que les mots venimeux, le regard noir d'une profonde rancoeur et d'une tristesse presque imperceptible pour quiconque dédaignant s'intéresser à ces iris mystérieux, qui jugeait le sien, l'ébranlaient assez pour qu'elle eût pu chanceler, si elle n'avait pas eu les mains posées sur les étagères en bois, heureuses béquilles à son trouble.
«C'est presque mignon Sang de Bourbe. Tu as ce même éclat dans le regard, que la gamine de gryffondor que tu étais jadis. Toujours cette soif de connaissance, cette ambition de savoirs. Tu aurais fait une bonne serdaigle, et une bonne serpentard, si ton sang avait été plus pur. »
La stupeur saisit alors Hermione. Comprenait-elle vraiment les paroles de Bellatrix, ou bien était-ce son imagination, impériale illustration des envies cachées de son coeur, qui lui jouait des tours ?
« … c'est un compliment ? »
La mangemort pointa un doigt accusateur dans sa direction.
« Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit Sang de Bourbe. Cela aurait pu, en effet, être un compliment, si tu avais eu le sang d'une sorcière. Or ce n'est pas le cas. »
La jeune femme ne put, cependant, retenir un sourire se dessiner en coin de ses lèvres.
« Qu'est-ce-qui te fait rire Granger ? »
« Je le prends quand même comme un compliment venant de votre part. »
Bellatrix émit un grognement de frustration. « Je t'ai dit que ce n'en était pas un. »
« Peut-être, peut-être pas. »
« Granger... » le ton était menaçant, aussi la jeune femme n'insista-t-elle pas. Mais son coeur réchauffé par cet échange vint murmurer sa joie à son âme et ses joues s'empourprèrent légèrement. Elle espéra cependant que la mangemort ne s'aperçût pas de son trouble. Quoique le terme ne fût pas vraiment approprié, puisque la sensation chaleureuse, qui s'emparait de son être, était loin d'être désagréable. En revanche, ce qui bouleversait sa raison c'était de penser à la cause de cette sentation. Pourquoi ? Une question dont la réponse était évidente, mais qu'elle refusait de se formuler dans son esprit. Heureusement pour elle, alors qu'elles entammaient la rangée située, face à celle qu'elles venaient de terminer, un livre attira toute son attention, laissant s'envoler l'impression fugace, qui avait troublé ses sens et son coeur jusqu'alors.
« ça alors : Métamorphoses et Animagus : maîtriser les composantes animales dans les sortilèges ! Cela fait des années que je le cherche ! »
L'ex-gryffondor se précipita vers l'immense volume, qui l'appelait alors et l'ouvrit sur la page du sommaire. Ici, dissimulant la table des matière, était glissé entre les deux premières pages, un parchemin bien jauni, semblant dater de plusieurs années. Il s'agissait d'une copie. Puisque le haut de la page était affublé d'un O, comme optimal. En haut à gauche, à la plume, proprement tracé, le nom de Bellatrix. La copie était un devoir rendu, parfaitement rédigé, si Hermione se fiait à la remarque du professeur Mcgonagall en commentaire : « Des recherches dans l'ensemble très efficaces. Votre travail est des plus complets. Je vois que vous avez lu une grande partie des ouvrages recommandés pour ce devoir, et même au -delà. Excellent travail ! ».
« Apparemment, je ne suis pas la seule qui aurait fait une bonne Serdaigle. » fit donc remarquer la jeune femme en brandissant le parchemin. Bellatrix descendit de son échelle, et regarda d'un peu plus près, en plissant les yeux, ce que lui montrait Hermione. Elle croisa les mains sur sa poitrine, visiblement contrariée, les joues quelques peu rougies par l'embarras.
« Humpf. Certes. J'étais une bonne élève. »
« Plus que ça ! Votre devoir est incroyable. Tout ça en quatrième année. Par la Barbe de Merlin, j'aurais aimé avoir ces connaissances à cet âge là ! »
« C'est une matière qui m'intéressait. » se justifia la mangemort, sans relever le compliment, même si Hermione perçut une lueur de fierté dans son regard. « J'aimais la métamorphose. J'aimais apprendre. Je voulais toujours en savoir plus. Poudlard était une merveille, même pour moi ayant grandi dans ce monde sorcier. Et pourtant je n'ai jamais pu étancher ma soif de connaissances sur la magie. C'est comme si, comme si... chaque nouveau savoir en appelait un autre. C'est aussi pour cela qu'une grande partie de cette bibliothèque contient des livres de ma collection personnelle, parce que je ne pouvais pas m'en séparer. »
« Je comprends ce sentiment. »
Et leurs regards se croisèrent, se noyèrent l'un dans l'autre, l'iris noir, impénétrable pourtant, épousait les prunelles noisette, dans cette harmonie qu'ils se découvraient soudainement. Un lien, un nouveau, qui se tissait, aussi solide mais aussi instable que le fil du destin qui les rapprochait alors. Elles l'avaient. Ce point commun. Qui eût pu le croire, qu'entre la noirceur et l'éclat de la bonté il y eût ce lien aussi imperceptible fût-il ? Pas Hermione, qui s'était surprise à ne plus percevoir la sombre vérité qu'elle souhaitait mensongère du souvenir de la torture. Le frisson qu'elle ressentit alors, n'eut rien à voir avec la frayeur ou le traumatisme qui l'avaient poursuivie jusqu'à présent dans ces cauchemars. Cette fois, ce ne fut pas ce venin, ce sarcasme, ou cette rancoeur triste qui l'ébranlèrent depuis les iris noirs de Bellatrix ,mais tout autre chose. Comme si, cette soif de connaissances, qu'elles se découvraient en commun, devenait alors la seule chose qui comptait entre elles. Cela ne dura qu'un instant, qu'une fraction de secondes à l'écho d'infini, avant qu'Hermione, destabilisée, comme au bord d'un précipice, décide de rompre le temps, par instinct de survie de son âme ébranlée.
« C'est d'ailleurs pour cela que nous sommes ici. »
Ouf, de nouveau de l'air. La noyade évitée, elle rangea le livre, iceberg de leur paquebot à la dérive. Reprenant le chemin des hauteurs, Bellatrix répondit, la voix railleuse toujours, signature de sa partition d'ancienne mangemort, obligée de collaborer avec l'ennemi.
« Jalouse de mon excellence Granger ? »
Hermione émit un petit rire, leva les yeux pour regarder celle qui la dominait, par sa position sur la petite échelle, et eu un petit sourire.
« Non. Je suis au contraire déçue. Je m'attendais à mieux venant de la sorcière la plus brillante de son âge. »
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Le silence. Il lui avait manqué durant son incarcération. C'est drôle. Lorsqu'elle était revenue d'Azkaban, après son évasion, elle avait eu du mal à trouver le sommeil, parce que les cris, les hurlements de folie, dont elle avait fini par s'habituer, lui manquaient.
Et les hurlements de tes victimes aussi
Mais ce soir. Si elle n'écoutait pas ce sifflement dédaigneux, et si elle devait se montrer sincère envers elle-même, si Bellatrix n'arrivait à sombrer dans la somnolence, parce qu'elle n'avait toujours que somnolé, elle devait se l'avouer : c'était parce que Granger hantait ses pensées et son esprit, plus qu'à l'accoutumé.
Hermione Granger.
Elles étaient si différentes… et pourtant, si proches. La fille la plus brillante de son âge. C'était en effet ainsi qu'on appelait l'ex-serpentard… c'était aussi ce qu'on disait de Granger. Elle l'avait vu dans son regard, ce même éclat de fascination face aux ouvrages, cette passion pour les savoirs, qu'elle même avait toujours entretenue. Pendant un instant, qui lui avait paru durer des heures, elle s'était reconnue en la jeune femme et cela lui avait fait peur. Peur. Parce qu'elle s'était sentie sur une pente vertigineuse sans possibilité d'échappatoire, de prise, à laquelle s'accrocher. Comme si accepter de lui ressembler devenait la pire des trahisons…
C'en est une ! Ce n'est qu'une Sang de Bourbe.
Une impure, qui pourtant l'avait appelée Black.
Lorsqu'ils avaient interrompu leurs recherches, pour prendre un repas frugal, et ensuite occuper les chambres, vides depuis deux ans, pour se reposer un peu, elle avait été celle qui lui avait proposé de la conduire dans son propre logement. Potter avait grogné, mais n'avait pas objecté. Cependant, il avait suggérer à Granger de verrouiller la porte.
C'est ainsi que Bella s'était retrouvée dans sa chambre. La sienne. Et comme il était bon de sentir la douceur des draps sous ses doigts ! même si ses poignets brûlaient sur le métal froid de ses entraves. Au fond, elle lui en était reconnaissante. D'avoir un lit. Un moment seule. Pour penser. Et cela, elle ne cessait de le faire depuis que le sortilège de verrouillage avait été lancé…
Hermione Granger… elle était la clef. Durant cette journée de recherches, à ses côtés, elle n'avait rien entendu, rien ressenti de ce sifflement sinueux qui lui sciait les oreilles et l'esprit en deux. Hermione Granger était son répit, sans qu'elle sache pourquoi, ni par quel miracle. Seule Granger lui offrait cet espace clair, où son esprit pouvait penser par lui-même, où sa folie la laissait de côté le temps d'un instant ou deux. Mais pourquoi ?! C'était ce qui la perturbait, la bouleversait et elle voulait la fuir, autant qu'elle souhaitait ne pas quitter ses côtés, parce que le repos qu'elle lui offrait était grisant. Si envivrant ! Bellatrix ne savait plus ce qu'elle voulait. Mais elle savait ce dont elle avait besoin. Et elle avait besoin de Granger pour comprendre le souvenir qui la hantait et pour découvrir ce qui les liait…
