La jeune femme est complètement perdue. Si Drago est dans l'encadrement de la porte, qui la tient présentement dans ses bras ?
- Je crois que nous avons un problème mon ange.
La brune reporte son attention sur l'homme qui lui fait face. Si jamais elle avait eu un doute sur son identité, celui-ci s'est évanoui. Jamais son coéquipier n'aurait arboré un sourire aussi carnassier sur ses lèvres fines. Lèvres qui étaient sur le point d'entrer en contact avec les siennes...
Un claquement de doigts plus tard et elle se retrouve démunie de son étreinte. Au même instant, elle entend vaguement l'ancien Serpentard énoncer une incantation, cachée en partie par un bruit de transplanage. À l'endroit exact où se trouvait l'imposteur quelques secondes plus tôt, un cercle fumant se dessine sur le sol. Elle regarde Drago, la baguette tendue dans sa direction, aussi confuse que gênée. Qu'était elle sur le point de faire ?
Libérée de son aura et accablée par la succession des évènements, Hermione se laisse lentement glisser sur le sol. En plus d'avoir failli à sa mission en manquant de discernement, celui qui s'est joué d'elle a encore réussi à leur échapper.
- N'approche pas. Drago s'il te plaît n'approche pas mais écoute moi. On reparlera de ça plus tard mais d'abord, écoute ce que j'ai à te dire.
Drago, surpris par le ton suppliant mais ferme de sa partenaire s'exécute immédiatement. Bien sûr, il est arrivé au moment où la scène ne pouvait laisser la moindre place au doute. Il laissera son cerveau en analyser les détails plus tard. Pour l'instant, ce n'est pas la priorité. Il faut plus que jamais retrouver leur homme. Et quelque chose lui dit qu'Hermione a peut-être découvert quelque chose qui puisse aller dans ce sens...
- Vas-y.
- Viscum... Viscum était un nom qui ne m'était pas inconnu, sans pour autant que je sache en quoi. Ce n'est pas un acronyme. C'est un nom en latin. Un nom de plante qui se trouve notamment dans le livre offert par Neville. Le nom latin donné au gui.
Si la situation n'était pas si sérieuse, le blond aurait sans doute fait une blague comme quoi si la personne qui leur cause tant de tourments s'appelait réellement Guy, il comprend tout à fait qu'il ait adopté un patronyme pour signer ses oeuvres. Mais il s'abstient et garde ses pensées pour lui. Hermione a l'air suffisamment perturbée pour qu'il n'en remette une couche. Cependant, et même s'il s'en veut terriblement de ne pas l'avoir découvert plus tôt, cela donne une piste supplémentaire à explorer en tant que création d'antidote. Peut-être qu'ils sont enfin sur un pied d'égalité avec leur malfaiteur... Car maintenant qu'il sait que ce dernier est capable d'adopter son apparence, qui sait où commencent et se terminent les faux semblants ?
Deux jours plus tard, Hermione se retrouve de nouveau parée de ses plus beaux atours en hommage à son hôte : le marquis de Pontini. Loin de son état hébété provoqué par Viscum, elle n'a plus qu'une idée en tête, en finir au plus vite. Même si pour cela, sa discrétion habituelle est tout, sauf de mise. L'échéance a déjà trop tardé : s'il la veut, et bien soit, elle l'attend. Cette fois-ci, rien de pourra la détourner de son objectif.
- Aussi resplendissante qu'un astre, mais aussi dangereuse qu'une étoile. Viscum n'a qu'à bien se tenir ce soir ma Belle. Car tu vas en faire tourner des têtes... Dommage que Boucles d'or ne soit pas là pour profiter de ton éclat.
Hermione esquisse un léger sourire aux paroles d'Anthony. Drago... Ils n'ont pas encore eu l'opportunité de discuter de ce qu'il s'est passé l'autre soir. Elle a bien conscience aussi qu'elle n'y a absolument pas mis du sien. Le travail a toujours été un échappatoire pour elle, mais qui pourrait le lui reprocher ? Dévouée corps et âme à l'enquête, cela lui a donné le prétexte idéal pour échapper aux regards pesants et interrogateurs de son coéquipier. Tout en n'éveillant pas les soupçons en suggérant un changement de groupe par leur rapprochement plus qu'évident. Mesure plus prudente, compte tenu des circonstances... Même si, elle doit bien l'avouer, elle se sent moins confiante et en sécurité au bras de l'aigle plutôt qu'à celui du serpent. La Hermione de dix sept ans se serait bien moquée d'elle... Fuir n'a jamais fait partie de son caractère. Encore moins devant l'héritier Malefoy. Où diable est passé son courage si flamboyant ?
La jeune femme essaye de se persuader qu'elle l'a fait pour les bonnes raisons, alors que son état d'esprit va à l'encontre de cette faible conviction. Elle se mord légèrement ses lèvres rendues brillantes pour l'occasion avant d'appliquer son masque recouvert de cristaux sur son visage. Hermione soutient ses propres prunelles mordorées dans la glace comme pour braver son reflet. Par Merlin, pourvu que sa bonne étoile veille sur eux.
- Je suis sûre que Loua l'est tout autant... Paré pour illuminer la soirée Lumière ?
- Oh que oui. Qui ne le serait pas à tes côtés et avec un plan si bien élaboré ?
Elle se retient d'exprimer son ressentiment quant à ce plan qui est tout, sauf irréprochable. Heureusement qu'elle n'a pas assisté à la transformation de ses collègues maintenant pourvues de son apparence... Cela évite à sa conscience de flancher et de rester focaliser sur le déroulé des évènements. Elle aurait souhaité en avoir un plus structuré et fiable, mais le temps joue contre eux. Et malgré tous ses défauts, il reste néanmoins, dans l'état actuel des choses, leur meilleur espoir d'avoir un coup d'avance sur leur ennemi commun...
Comme pour son premier bal, ils se matérialisent tous deux dans une ruelle attenante, près du jardin où se déroule la soirée. Un écrin de verdure inconnu des touristes, qui offre une vue imprenable sur le thème de la soirée : la voie lactée. Hermione ne peut retenir un pincement au coeur à l'idée de ne pas pouvoir partager ce moment avec Drago. Car si c'était lui qui avait arboré l'or des griffons la dernière fois, ce soir c'est elle qui se retrouve nimbée d'argent. Comme elle s'en était doutée, les toilettes des autres convives sont dans des tons plutôt sombres bien que miroitant sous la lumière des lanternes. Ses collègues et elle se sont habillées dans un unique but, qu'on les remarque à l'instant même où elles font actes de présence. Quatre fois plus de visibilité sous une apparence identique, pour quatre fois plus de force. Il ne reste plus qu'à surprendre Viscum en plein méfait.
Viscum... La découverte de ce nom, pourtant cruciale, n'a parlé à aucun des agents du MASC présents. Au lieu de les aider, elle a juste soulevée plus d'interrogations que de réponses. La brune n'a en effet jamais rencontré quiconque affublé d'un tel prénom et encore moins quelqu'un qui pourrait autant lui en vouloir. Cette piste les a conduits dans une impasse. D'autant plus que le retour concernant les perles est lui aussi unanime... Il s'agit bien des fruits provenant du végétal, complétés d'un sort de longévité. Le seul point positif c'est qu'un antidote est en cours de validité pour l'administrer au couple encore en vie. Le chemin sera long, mais cela reste une source d'espoir non négligeable et encourageante pour la suite.
Sans tergiverser davantage, elle s'avance la tête haute au milieu des convives, sa main quoique tremblante, solidement ancrée dans le bras d'Anthony. Tout ne peut que bien se passer.
Une fois n'est pas coutume, un orchestre est présent et enchaîne les sérénades. Hermione suits les différentes partitions avec une énergie renouvelée, se laissant porter par la mélodie. Placés sur une embarcation flottant à quelques mètres de la rive, les musiciens sont plongés dans la pénombre, rendant l'instant aussi magique qu'il peut être. Sans se départir de son sourire, Hermione profite de passer de bras en bras pour laisser plus ou moins courir ses mains le long des corps de ses cavaliers d'un soir. Son air joyeux pourrait laisser penser qu'elle est délicatement ivre, mais il en est rien. D'une part parce qu'il s'agit d'Hermione Granger, et d'autre part car elle a retenu la leçon de la dernière fois. Il est hors de question qu'elle ingère de nouveau quelque chose provenant d'un buffet, aussi appétissant soit-il. Les gens sont seulement plus indulgents et moins sur leur garde, lorsqu'ils ont affaire à quelqu'un rendu extraverti par l'alcool. D'autant plus lorsqu'il s'agit d'une femme. Après tout, quel danger représente t'elle une fois privée de la pleine capacité de ses moyens ?
Sans quitter des yeux ceux de ses partenaires, ses doigts, rendus aussi léger qu'une plume, glissent donc sur des épaules, pincent des hanches et impriment leur empreintes sur des poignets. Partout où un sorcier est susceptible de cacher une arme. Il n'y a pas plus de chances que l'homme qu'elle recherche soit là ce soir. Pas plus qu'il ait choisi cette réception plutôt qu'une des trois autres. Encore moins sous sa forme originelle, lui qui a si bien montré son talent pour prendre l'identité d'autrui. Malgré cela, la brune essaie de retrouver derrière les masques un éclat familier. N'importe lequel qui saura lui donner la confirmation que celui qui se trouve devant elle, est celui qui lui procure tant de tourments... En vain. C'est pour cette raison qu'elle tourne inlassablement, encore et encore, sans se soucier de ses talons qui lui brûlent les talons et de son souffle erratique. Elle se concentre juste sur la chance qu'elle a d'en avoir encore un, fait dont ne peuvent plus se vanter quatre amants maudits...
Au bout de deux heures de valses sans interruption, la jeune femme s'éloigne un peu du groupe, n'y tenant plus. La sueur s'est accumulée sous l'attache qui retient sa robe à son cou, et l'endroit la gratte affreusement. Elle en profite pour frotter la zone, geste difficile à accomplir lorsque sa main est sans cesse emprisonnée dans une valse. Anthony ne tarde pas à la rejoindre, ravi de cette occasion plus que bienvenue.
- Merci Hermione de m'avoir donné un prétexte pour m'éloigner de tous ces nobles pompeux. J'ai beau avoir rit à toutes leurs "blagues", seul notre hôte arrive à accaparer leur attention. Ce n'est pas faute d'avoir essayé... Écoute, ma voix en est toute rocailleuse.
- J'entends ça. Mais je te pensais plus convaincant en dandy italien. Peut-être parce qu'une française t'occupe un peu trop l'esprit. Tu as des nouvelles des autres ? J'ai peur que matérialiser mon gallion ne soit pas des plus discrets.
En effet, avec la séparation de leurs équipes, la brune a décidé de réutiliser le principe pensé par l'AD pour maintenir le contact entre les différents membres. Ainsi, chacun s'était retrouvé affublé d'un gallion enchanté, destiner à transmettre le message souhaité aux autres. Si celui d'Hermione est incrusté dans le talon de ses escarpins, celui d'Anthony est camouflé derrière son bracelet de montre. Hermione fait semblant de le lui ajuster, avant de lui faire parvenir les lettres gravées dans le métal.
- Ras du côté de Drago. Ils ont l'air d'être pris dans une soirée de jeux où l'argent ne semblent pas vouloir être détrôné par un indice macabre. Madame Viziello a proposé une dégustation privée de Brandy et d'après l'information qui me parvient, tout le monde est véritablement trop saouls pour se lancer dans une quelconque offensive. Quant aux deux derniers, le couple leur servant de maître et maîtresse de maison a trouvé que c'était une bonne idée de profiter de tout ce beau monde pour présenter ses nouvelles créations vestimentaires. Et à les écouter, ça ne vaut même pas les créations de... Lily Chantilly !
La jeune femme éclate de rire suite à ce retour. Elle comprend pourquoi l'ancien serdaigle s'est attaché aussi vite à sa Blanche Neige. N'empêche qu'avec cette information, elle compatit grandement avec Loua et Terence. Elle n'imagine même pas la tête du défilé en question...
- Peut-être que notre diversion a eu l'effet escompté. Si Viscum n'est toujours pas passé à l'attaque, il y a une chance qu'on l'ait suffisamment perturbé pour qu'il doive repousser ses plans.
- Je l'espère de tout coeur.
Le reste du déroulé de la soirée semble leur donner raison. Les heures s'égrènent et aucune trace de Viscum. Ils restent néanmoins vigilants jusqu'au bout, n'ayant pas oublié que sa présence n'avait été dévoilée qu'à la toute fin des festivités. Seulement, quand l'aube se lève, ils doivent se rendre à l'évidence. Rien n'est venu perturber l'assemblée.
Comme convenu un peu plus tôt, tout le monde se retrouve dans la chambre appartenant à la Bellissima. Le debrief est beaucoup plus rapide et léger que prévu, ce qui met tout le monde de bonne humeur malgré une nuit blanche. Pour fêter ça, Terence commande même une bouteille de champagne à ses frais, pour le plus grand plaisir de Corélia qui a toujours aimé l'effet piquant des bulles contre son palais.
Hermione a beau être ravie de la tournure des évènements, elle n'a qu'une hâte, être au calme et pouvoir enfin enlever sa robe. Car même si elle l'adore, comme toutes les créations de Pansy, l'attache est de plus en plus désagréable à porter. Son vœu sembla s'être exaucé et bientôt, elle se retrouve seule dans la pièce avec Drago. Chose qui n'était pas arrivée depuis un petit bout de temps. Alors qu'elle est sur le point d'arracher le pan de tissu autour de sa gorge, une voix la coupe dans son élan.
- Malgré qu'il y ai eu quatre Hermione ce soir, tu restes incontestablement la plus belle.
Surprise, elle se retourne vers son coéquipier, ne sachant si c'est une nouvelle pique à son égard ou s'il est sincère.
Seulement, son compliment n'a pas l'effet escompté puisqu'il se retrouve soudain menacé par la baguette de sa destinataire.
- Quel est le cadeau que tu as offert à Teddy pour son dixième anniversaire ?
- De quoi ? Hermione ?
- Réponds !
- D'accord, d'accord. Je lui avais offert un déguisement de loup, pour qu'il puisse se sentir aussi proche de son père que de sa mère, et lui faire comprendre, quoi qu'en disent les autres que ce n'était pas une honte. Voilà, rassurée ?
La jeune femme acquiesce et baisse lentement sa baguette.
- Je voulais être sûre...
- Ne t'inquiètes pas, je comprends tout à fait. Et si ça peut te rassurer je le déteste tout autant que toi, dit il en se rapprochant doucement d'elle. Pour deux choses. Pour t'avoir fait douter de mes sentiments à ton égard et pour avoir failli faire ça avant moi.
Sans prévenir, il fond sur ses lèvres. D'abord inerte, elle ne tarde pas à répondre à son baiser. Sa bouche est si douce contre la sienne. Rassuré de ne pas être repoussé, les mains du blond trouvent naturellement leurs places sur la nuque de son amante qui laisse échapper un gémissement de douleur. Il se recule instantanément.
- Je suis désolé, je ne voulais pas te faire mal.
- Ce n'est pas de ta faute. Sûrement un défaut dans la conception de la robe. Mais bon, les créations de Pansy sont tellement superbes que je ne peux lui en tenir rigueur.
L'erreur est humaine.
- Montre moi.
- Je t'assure que ce n'est rien. Peut-on reprendre là où on en était ?
- Avec plaisir amore mais pas avant d'avoir vérifié ce qui t'a fait souffrir.
Son ton légèrement sévère la fait capituler. Délicatement, il dégrafe son haut tout en déposant un léger baiser à la racine de ses cheveux. Sa mâchoire se contracte lorsqu'il découvre ce qu'il y a en dessous. Ce n'est nullement une épingle ou une couture un peu grossière comme le présumait Hermione, mais une inscription directement ancrée dans sa chair. Smascherato. Démasquée.
~
Oui il est tard mais je me rattrape avec ce chapitre non ? Après la déconvenue de la semaine dernière, je vous devais bien ça ! Un baiser, des rebondissements et une lecture plus longue... Ça vous a plu ? Je veux tout savoir !
J'espère tenir le rythme d'une publication tous les mercredis (23h40 ça compte) mais je ne suis franchement pas certaine d'y arriver encore longtemps... Désolée par avance !
Quoi qu'il en soit, l'étau se resserre à Venise...
Dramionement vôtre,
~RowenaMortentia~
