Chapitre 10
Un silence plombait encore la pièce. L'écrivain se décida finalement à parler.
-Comment tu te sens ?
Kate, qui avait jusqu'alors la tête baissée, leva les yeux d'un air interrogateur :
-Physiquement ou moralement ? J'ai mal partout et je suis soulagée que ce malade soit enfin derrière les barreaux. Avec tout ce qu'il a fait il va se retrouver dans le couloir de la mort sans aucun doute...
Elle soupira. Son lit d'hôpital lui faisait penser à son accouchement. Elle soupira encore, les larmes lui montant à nouveau aux yeux. Son écrivain s'approcha, malgré la distance entre les lits, il lui prit le menton d'une main, de l'autre, il essuia les larmes qui coulaient. Un dialogue silencieux s'était formé, et ils semblaient dans une bulle, où le monde extérieur n'existait plus. Cette fois, il n'y avait ni Ryan ni Esposito pour couper ce dialogue silencieux.
Jim Beckett était dans l'encadrure de la porte, un bouquet de lys pour sa fille. Quand il vit que les amants étaient coupés du monde extérieur, il posa délicatement les lys sur une petite table dans l'entrée, se disant qu'il repasserait quelques heures plus tard, et que de toute façon ça tombait bien puisqu'il n'avait pas encore déjeuné. Il s'éclipsa discrètement. Ce fut Kate qui rompit en premier leur connexion, remarquant soudain les fleurs derrière son ami.
-Tu as entendu quelqu'un entrer ?
Son écrivain la regarda, interrogateur:
-Euh non pourquoi ?
-Les lys derrière toi, ils n'étaient pas là quand Alexis est partie.
Rick, qui pouvait bouger sans avoir trop mal, déplaça sa perfusion, se leva, et revint s'asseoir moins d'une minute plus tard, le bouquet en main. Il le tendit à Kate, qui l'attrapa et lut le petit mot accroché aux tiges. Elle pouvait lire :
"Sois heureuse ma Katie,
Je t'aime,
Papa"
Elle sourit et son sourire s'agrandit encore quand elle vit la mine jalouse de Castle. Elle finit par expliquer que le bouquet venait de son père et la mine de l'écrivain s'adoucit tout à coup. Il se risqua à demander si maintenant que Tyson allait payer, ils pourraient se remettre ensemble. La jeune femme n'eut pas besoin de réfléchir longtemps, tant elle était touchée par ce qu'elle avait entendu de la conversation de Rick et Alexis. Elle inspira profondément avant de lui donner sa réponse.
-Si tu es prêt à me laisser du temps pour guérir, je veux faire mon deuil avec toi.
Le visage de l'écrivain s'illumina d'un grand sourire, ses océans se perdirent dans les émeraudes de la jeune femme, tandis que leurs visages se rapprochaient, franchissant la distance qui les séparait. Les lèvres se joignirent. Ils échangèrent un long et doux baiser. Quand ils se détachèrent, ils sourirent de la même façon, s'enfermant à nouveau dans une bulle. Kate caressa la joue de son écrivain, malgré ses douleurs partout. Jim venait d'arriver à nouveau, après une heure dans un petit restaurant et fut à la fois déçu du fait que sa fille ne lui parle pas et heureux pour elle que les choses se passent bien avec son mari.
Cependant, cette fois la bulle qui venait de se former était plus fragile et Kate remarqua son père . Elle retira sa main de la joue de son partenaire, et fit signe à son père de s'approcher. Rick ne savait plus où se mettre, il ne voulait pas gâcher une discussion père/fille, il savait à quel point c'était des moments précieux. Il se sentait de trop mais il ne pouvait pas sortir de la chambre ans autorisation d'une infirmière, normalement, il n'aurait même pas eu le droit de chercher le bouquet. Jim avait remarqué le malaise de l'écrivain et le rassura d'un sourire : ça ne le dérangeait pas qu'il reste. Mais Rick préféra ne pas prendre part à leur conversation, il ramassa un magazine que visiblement sa fille lui avait apporté et commença sa lecture. Il ne trouvait pas ça particulièrement intéressant mais ça l'évitait de se sentir encore plus mal à l'aise.
Normalement, ils pourraient rentrer chez eux à la fin de la semaine -on était mercredi-, à condition de faire attention, et la vie pourrait reprendre son cours normal...
Sauf si des révélations douloureuses se feraient...
