Chapitre 12
Elle ferma les yeux un instant, avant de déclarer :
-Laisse-moi te raconter une petite histoire. C'était il y a une quarantaine d'années-
Rick ferma les yeux, s'attendant au pire.
-Lors d'une soirée où tout le monde avait un peu trop bu, un homme plutôt séduisant m'a fait la cour. On a fini la soirée dans un lit, je ne connaissait ni son nom, ni son histoire, ni son adresse, ni son numéro de téléphone. C'était une affaire d'une nuit et quand je me suis réveillée, il n'était pas à mes côtés. Deux mois plus tard, j'étais enceinte. Richard, ce malade, c'est ton père.
(Musique : "Over my shoulder" de MIKA : watch?v=nQz3btgWlvE)
Castle, sous le choc des déclarations de sa mère, alla s'enfermer dans sa chambre. Il passa toute la soirée à lancer des objets contre le mur, et à pleurer. Il agissait comme un automate. Il avait tellement mal qu'il ne ressentait plus la douleur de son bras bandé, ni de son autre main, qui s'était entaillée avec un morceau de vase fracassé contre le mur. Kate, Alexis et Jim étaient restés consoler Martha, même si ils étaient blessés par l'attitude que Tyson avait eu envers son fils, puis sa petite fille. Ils cherchaient des réponses à leurs questions.
Dans sa chambre, Rick avait fini par se calmer, et pleurait silencieusement, allongé sur le lit. Soudain, quelqu'un toqua à la porte. Il grogna :
-Je ne veux pas en parler, Alexis.
-C'est Kate. Et je n'ai pas l'intention de dormir sur le canapé cette nuit !
Rick se leva et alla déverrouiller la porte. Kate le prit dans ses bras, et ils restèrent là, enlacés, à pleurer. Quand le stock de larmes fut épuisé, Kate emmena Rick s'asseoir sur le lit et, lui tenant les mains, se mit à lui parler.
-Ta mère ne l'a jamais revu. Il n'a jamais été informé qu'il avait un fils.
-Ca ne change rien à ce qu'il a fait. Il a tué ta mère, tant d'autres femmes innocentes et notre fille. Tout ça pour des histoires de vengeance. Même s'il n'était pas au courant qu'il décimait sa famille, même s'il ne se souvient pas d'avoir couché avec ma mère étant bourré, c'est un monstre. Je m'étais toujours imaginé un père cool, sympa, pour m'échapper des moqueries que m'infligeaient les autres. Je rêvais de le rencontrer, de pouvoir enfin avoir une famille. Et maintenant que je le connais, je n'ai qu'une envie, le rayer de la surface de la Terre.
Kate reprit Rick dans ses bras. Ils finirent par s'endormir, enlacés et leurs chemises trempées des larmes de l'autre. Jim alla dormir dans la chambre d'amis, et Alexis, qui avait trop peur de laisser sa grand-mère seule, alla dormir avec elle dans la chambre tapissée de photos de l'actrice et de ses années de gloire. Le lendemain, ils se réveillèrent tous avec une énorme faim, les pommes de terre ayant été oubliées dans la cuisine. Ils prirent un petit-déjeuner à la hauteur de leur faim.
Castle avait formulé la demande de voir son père pour lui expliquer ce qu'il avait fait. Kate l'accompagna jusqu'à la prison où Tyson attendait d'être jugé avant de se rendre dans le couloir de la mort. Sa cellule était renforcée et gardéeen permanence par trois policiers. Il était seul et son petit sourire narquois ne l'avait pas encore quitté. Il fut néanmoins surpris d'avoir de la visite. Sa surprise s'accentua lorsqu'il vit qui venait le voir. Il ricana de son petit rire sardonique et dit d'un ton aussi méprisant que possible :
-Oh, mais qui voilà, Inspecteur Gadget ! Et son fidèle toutou Finot ! Mais où est donc passée Sophie ? Ah oui c'est vrai je l'ai tuée... HAHAHAHA ! Mais qu'est-ce qui vous amène donc ? Vous voulez que je prie sur la tombe de chacune des femmes que j'ai tuées ?
Kate, voyant que son écrivain perdait tout son sang-froid, et sachant qu'elle ne tiendrait pas longtemps non plus avant d'exploser, elle se décida d'intervenir.
-Jerry, asseyez vous. Vous reconnaissez cette femme ?
Tyson, méfiant, regarda longuement la photo de Martha Rodgers, et dit avec dédain :
-Nan et elle est pas mon genre... Mais bon j'ai bien fait une exception pour cette sal*** d'avocate, alors...
Kate serra les poings et essaya de contenir sa colère et de rester professionnelle.
-Il y a une quarantaine d'année, lors d'une soirée, vous avez couché avec cette femme. Vous étiez probablement saoul et le lendemain, elle s'est retrouvée seule, et, neuf mois plus tard, à s'occuper de votre enfant.
-Bah et alors, j'ai fait pire que d'avoir un enfant caché, alors pourquoi vous êtes venue ? Pour me faire culpabiliser ? Eh ben c'est loupé !
Kate n'essaya même plus de calmer Rick. Ce dernier ce leva et lui asséna les mots suivants :
-Cet enfant, c'est moi. Vous avez abandonné votre fils et vous avez tué votre petite fille, vous avez privé vos futurs petits-enfants d'une grand-mère maternelle et d'un grand-père paternel. Vous méritez ce qui vous arrive. Vous n'êtes pas digne que quelqu'un vous appelle un jour "Père".
Les réactions ne se firent pas attendre. Les trois gardes pensèrent :"Vlan dans ta poire !", le jeune couple fut soulagé que tout soit sorti et Tyson était là, bouche-bée, les yeux équarquillés. Soudain, une larme perla le long de sa joue. Une once d'humanité émergeait enfin de ce monstre, mais bien trop tard. Puis, le démon reprit son corps, lorsque ses pensées qui vagabondaient rencontrèrent le souvenir de sa mère qui l'avait "abandonné" trop tôt. Une rage folle s'empara de lui. Il avait envie de tuer. Cet acte était devenu un loisir pour lui. Même s'il aimait beaucoup la préméditation, il ne faisait plus le poids face au diable incarné en son corps. Il ne réfléchissait plus, il agissait selon ses désirs et sentiments.
Mais, il était dans une cellule sans autre ouverture qu'une porte munie de barbelés, il était menotté à un tuyau faisant le tour de la pièce, et trois policiers gardaient un oeil sur lui en permanence. Ce fut à ce moment qu'il comprit que sa situation était désespérée. Le couple s'éloigna de la cellule. Quelques minutes plus tard, un coursier apporta la nouvelle : il passerait le lendemain matin son audiance devant le juge. Et deux jours plus tard il serait exécuté. Il réalisa enfin qu'il n'était pas immortel, ni invincible, il réalisa toutes les erreurs qu'il avait commises depuis le décès de sa mère. Et il réalisa enfin qu'il était humain, et qu'il savait regretter. Mais, c'était trop tard.
Lui, Jerry Tyon, maître du monde, qui contrôlait toujours tout, s'était fait prendre à son propre jeu. Il ne lui restait plus qu'à attendre. Il avait tout perdu. Il ne lui restait plus que ses yeux pour pleurer, et plus que son coeur pour souffrir. C'était la fin.
