Epilogue
Le temps avait passé. Les saisons s'enchaînaient, de l'hiver au printemps, de l'été à l'automne... Les larmes étaient séchées, seuls les bons souvenirs restaient dans la mémoire. Ce 27 mars semblait spécial. Ils marchaient dans les allées, cherchant du regard ce que leurs parents souhaitaient leur montrer. Soudain, leur mère s'arrêta. Leur père lui prit l'épaule. Et enfin ils regardèrent en direction de la pierre, et ce qu'ils virent les laissa bouche-bée. La tombe était couverte de fleurs multicolores, et une photo était posée au milieu. Le petit garçon en salopette rayée s'approcha et demanda :
-Qui là, papa ?
-La petite fille en robe violette, c'est ta maman. Le dame à côté d'elle est ta grand-mère et le monsieur ton grand-père. Ta mamie est décédée en défendant une cause remarquable : la vérité.
Mais la fillette en robe d'été tira la veste de son père et demanda :
-Non, là qui ?
Elle montrait une petite sépulture discrète, adjacente à celle de sa grand-mère. La tombe était la seule de ce cimetière à être faite de granit rose. L'épitaphe sur la pierre n'était qu'un nom et une date et sur la pierre reposait un seul bouquet, de houx vert et de bruyère en fleurs. Un petit coeur formé de cailloux parait le simple mausolée, et au milieu, on pouvait distinguer une photo d'écographie, une des seules qui ait été prise de son vivant. Cette sépulture discrète paraissait différente. Sans doute par sa simplicité et sa discrétion, c'était la pierre tombale la plus émouvante du cimetière.
La mère s'accroupit à côté de sa fille et lui expliqua :
-Un jour, tu connaitras toute l'histoire. Quand tu seras prête à l'entendre. C'était ta grande soeur.
L'homme enlaça sa femme, puis ils prirent chacun la main d'un de leurs enfant et rentrèrent à la maison. Ils honoraient la mémoire de leur famille. C'était le jour le plus difficile de l'année. Cette année-là, elle aurait eu quatre ans. Son père lui aurait appris à jouer au Laser Game, et sa mère aurait joué aux poupées avec elle. Elle aurait marché, serait tombée, et ses parents l'auraient aidée à se relever. Mais elle n'était plus là, et, malgré la tristesse qui les rongeait, ils continuaient de vivre. Car, même dans les pires journées, il y a de la place pour de la joie.
Corinne Clara Castle et Jameson Alexander Castle, âgés de deux ans, venaient de rencontrer leur grande soeur pour la première fois. Ils ne connaissaient pas encore son histoire, et étaient encore trop petits pour tout comprendre. Mais une chose était sûre, ils aimaient malgré la distance cette soeur dont ils ne connaissaient presque rien, sinon son nom. Elle s'appelait Johanna.
