Mars 1889 - France
En ce début de Mars, le temps était particulièrement pluvieux, ce qui n'empêchait pas un homme de marcher d'un pas vif et déterminé sous la pluie battante. Encapuchonné dans une longue cape noire descendant jusqu'à ses mollets, on ne voyait de lui, certaines mèche brunes et la pointe de son nez où perlait quelques gouttes de pluie.
L'individus monta la volée de marches qui l'amenèrent vers la grande porte boisée et méticuleusement travaillait. Il toqua trois coups secs. Une servante vînt lui ouvrir.
-Oh ! Monsieur le Comte, nous ne vous attendions pas avant -
Elle fut coupée par un revers de main de l'homme qui calqua ses bottes à l'extérieur. Il marqua une légère pause puis poussa violemment la domestique qui se claqua la tête contre le mur et sombra dans l'inconscience. Satisfait, il scruta la pièce des ses yeux sombres et retira sa cape, laissant voir un jeune homme d'une vingtaine d'années au physique qui aurait fait ravage dans les années 1850.
-Où est cette petite peste prétentieuse ?
Après avoir soufflé ces quelques mots, il se dirigea vers les escaliers d'une démarche nonchalante, et les monte d'une traite, attardant son regard sur le blason de la famille, seul ornement sur ce mur qui paraissait désespérément vide. Il continua sa quête et prit la volée de marches menant au couloir de gauche. Essayant de se faire le plus discret, il tendit l'oreille à chacune des portes. Alors qu'il allait perdre patience, une sorte de grattement irrégulier se fit entendre, il se rapprocha de la porte, très exactement la troisième à droite, au son des grattements se rajouter une sorte de crépitement… Un feu… Il ne perdit pas de temps et ouvrit la porte à la volée.
-Comment se porte mon adorable cousine ?
La cousine en question était assise derrière un bureau en ébène, remplissant diverses paperasses. Elle n'avait pas réagit à l'entrée en trombe de son cousin et continuait tranquillement son occupation .
-Eh bien, Louis, que fais-tu ici ? Je doute que tu t'inquiètes pour ma personne et dans la société, tu n'es pas connu pour tes visites de courtoisies…
L'homme tiqua, comme à son habitude, elle posait une question, question à laquelle elle répondait sans laisser le temps à son interlocuteur de se justifier. Mais le problème n'était pas là.
-Tu pourrais daigner me regarder quand je te parle. Ton éducation est à refaire, ma chère Lucy.
La réaction de la jeune fille ne se fit pas attendre, elle se redressa vivement, plaqua ses paumes de main sur le bureau d'ébène et planta son regard dans celui de son cousin. Ses longs cheveux châtains et ondulés étaient tirés en une queue de cheval, sur son front pâle, elle arborait une longue mèche, chose assez extravertie à cette époque. Elle portait une veste typique de l'Armée Napoléonienne Les boutons d'or et les épaulettes dorées ravivaient l'éclat de la veste.
-Quand cesseras-tu de t'habiller comme un homme ? Il faut savoir mettre ses courbes en valeur pour user de son charme, de plus tu devrais plus souvent sortir, monter ta côte de popularité, avec ton jolie minois tu serais courtiser par les plus beaux jeunes hommes des soirées mondaines.
L'Homme s'était à présent rapproché de sa cousine et s'était emparé de sons menton à l'aide de ses longs doigts aquilins. Celle-ci s'était laisser faire ses lèvres s'étirant d'un fin sourire moqueur, elle arqua un sourcil.
-Je n'ai hélas, point le temps de me pavaner dans ce genre de soirées.
Elle lui retira rapidement ses doigts qui lui caressaient à présent la joue et reprit son regard froid.
-Comment se porte les affaires ?
Lucy se rassit dans l'imposant fauteuil, posant un de ses coudes sur l'accoudoir, elle reposa sa joue dans le creux de sa main.
-Cela ne te regarde pas.
-Bien sûr que si ma chère. Reprendre l'entreprise de tes défunts parents n'est pas une mince affaire. De plus j'ai récemment appris que tu avais fait le serment de remonter l'estime de ta famille envers la France. Tu cherche toi-même les complications… Tes parents n'ont en aucuns cas nuit à notre Patrie.
-Tu prétends savoir qu'elles étaient leurs ambitions et leur acte final, mais tu baignes dans l'ignorance comme tous les autres. Seul notre Président est dans le confidence.
-C'est-à-dire ?
La curiosité du comte était maintenant à son plus haut niveau, ce qui arracha un sourire malicieux à la jeune fille.
-Tu en sais déjà de trop.
-Tu n'es qu'une gamine, pimbêche et cynique. Tu te penses invulnérables mais tu es faible. Faible car tu es seule, tu
n'as personne pour te soutenir, t'épauler. Beaucoup de gens parlent, on dit de toi que tu n'hésiterai pas à tuer pour parvenir à tes fins. Suite à ces rumeurs, j'ai fais quelques enquêtes pour prouver ton innocence. J'ai été stupide.
Louis marqua une légère pause, Lucy, elle, examinait tranquillement ses ongles, un sourire enjôleur parcourait ses lèvres. L'homme reprit, fouillant d'une main tremblante les poches intérieures de sa veste.
-C'en est désolant, je sais maintenant ce que tu es réellement… L'assassinat du Vicomte De Sartiges, je sais maintenant que tu n'es pas toute blanche dans cette affaire.
Lucy tiqua, elle parut déstabilisée le temps de quelques secondes et dirigea doucement sa main vers l'un des tiroirs de son bureau et entreprit de l'ouvrir discrètement.
-Qu'es-tu devenue ? Que cherches-tu à prouver, à faire ?
Il sortit un petit revolver d'une de ses poches et visa le front de sa cousine, au bord des larmes.
-Il faut que tu arrêtes tout cela, Lucy ou je serais obligé de …
Cette dernière s'était à présent emparé d'un petit couteau qu'elle glissa habilement dans sa manche de veste puis se leva et contourna le bureau malgré l'arme pointée sur elle.
-Tu n'oseras jamais tiré, je suis ta seule famille.
Il y eut un long silence. Elle en profita pour laisser glisser la lame le long de son poignet afin de pouvoir empoigner le couteau puis facilement, Louis baissa son arme malgré le danger.
-Comment une jeune fille de 14 ans a-t-elle pu devenir ainsi ?
-Ce que j'ai subi, a fait de moi, ce que je suis maintenant…
Tout se passa très rapidement, le bras de Lucy se leva et s'abattit sur le thorax de Louis. Celui-ci hurla de douleur et laissa tomber son arme en s'écroulant à terre.
-L…Lucy…
Un léger filet de sang sortit de sa bouche, la jeune fille s'agenouilla près de lui, lui retira le couteau et en essuya la lame.
-Tu en sais de trop, cela aurait pu me nuire…
Louis dans un dernier effort, prit la main de sa cousine et la lui serra en soufflant son dernier mot.
-Z… Zakhor…
Il sourit, ses yeux se voilaient déjà que Lucy les ferma. Elle fut plongé quelques temps dans ses pensées suite au dernier mot de son cousin. Puis se relevant elle hurla le nom de sa dame de compagnie pour que celle-ci efface toutes traces de son crime. Elle regarda pour la dernière fois sa victime gisant au sol et quitta la pièce sans regarder en arrière.
