23 Mars 1889 France

Le crépuscule tombait à présent sur la ville, le Printemps était revenu accompagné de sa douce tiédeur. La porte d'un grand bâtiment, assez rustique par ailleurs , s'ouvrit. Une silhouette se dessina alors dans l'encadrement de la porte. L'individus sortit du bâtiment et semblait attendre quelque chose. Se tenant bien droit sur le perron de marches, son attention était portée à l'intérieur de la bâtisse La chose ou plutôt la personne qu'il attendait sortit quelques instants plus tard. D'une taille moyenne et d'un pas aérien, une jeune femme vêtue en homme, tenait une lettre légèrement chiffonnée dans sa main tremblante. Un domestique ferma la porte derrière la jeune fille, passablement énervée.

- Eh bien Lucy, ta nouvelle mission te plaît-elle ?

Le jeune homme, auteur de cette phrase arborait une chevelure ébène et des yeux couleurs noisettes. Un léger rire moqueur s'en suivit .

- Affaires étrangères, non mais quel toupet !

- L'assassinat de ton cousin l'a mis dans une colère noire, c'était l'uns de ses meilleurs députés tu sais… Et puis l'air anglais te fera le plus grand bien !

Lucy lui lança un regard des plus meurtriers, ce qui arracha un sourire narquois au jeune homme. Devant cet air aussi cynique, elle préféra lui tourner le dos et s'emporta.

- Je déteste les Anglais, leur stupide langage, leur manière de dégénérés, leur cuisine immangeable, leur thé de quatre heures et leur pays ! Et tout cela, il le sait.

Elle avait exagérément appuyée certains mots en signe de consternation, les joues légèrement rougies par la colère fit pouffer son interlocuteur.

-Prend cela comme une réprimande. Et puis, une fois là-bas, ton rôle sera de représenter la France devant sa Majesté. Cela… Et quelques missions rien de plus enfantin pour toi.

Lucy, qui tournait le dos jusqu'à présent à son interlocuteur se retourna vivement, très intéressée.

- De quelles missions parles-tu, Nicolas ?

Le dénommé Nicolas se rapprocha d'elle et lui prit la main.

- Je n'ai le droit de vous divulguer que le nom de votre hôte.

- Qui est ?

- Le Comte Ciel Phantomhive, issu d'une célèbre famille en Angleterre. Vous vous entendrez à meilleur, j'en suis sûr…

La dernière phrase eut une intonation des plus étranges, ce qui fit froncer les sourcils de la jeune aristocrate. Sans plus attendre Nicolas lui fit u baise main en se courbant légèrement. Sous cet acte de galanterie Lucy retira vivement sa main, comme si un choc électrique l'avait parcouru. Nicolas se redressa et soupira.

- Il faudra bien t'y faire Lucy, une fois en Angleterre, le jeu de rôle reprend et je ne pense pas qu'une femme habillée en homme, fasse bonne figure, surtout dans les bals er les réceptions mondaines.

Leur conversation fut interrompue par le martèlement de sabots sur la route pavée. Une calèche fit son apparition et s'arrêta près du perron, Lucy dévala les marches et se dirigea vers la calèche, un valet lui ouvrit la porte, elle monta sur le marchepied et se retourna une dernière fois vers son interlocuteur.

- Une fois en Angleterre une lettre de ta part sera toujours la bienvenue, je risque de mourir d'ennuis…

- Je t'enverrai des nouvelles de ma personne, accompagnée de la liste de mes conquêtes amoureuses.

Nicolas lui fit un clin d'œil éloquent. Exaspérée devant le sans-gêne de ce dernier elle leva les yeux au ciel et rentra dans la calèche sans prononcer un seul mot de plus, la porte se referma. Elle baissa son regard vers la lettre et médita quelque temps. Cela était vrai, elle détestait l'Angleterre et ses habitants, comme tous les autres d'ailleurs… Elle se massa les tempes. Elle n'avait pas le temps de se faire des relations, son emploie du temps étant surchargé et question fiancé, elle ne se voyait absolument pas « batifoler» avec un homme, trop futile. Elle s'enfonça dans la banquette moelleuse et bordeaux de la calèche. Et puis ce Comte Phantomhive… Ce nom lui semblait vaguement familier. Des recherches s'imposaient, elle voulait savoir où elle allait mettre les pieds. Cela ne devait pas être une coïncidence,

Le Président n'enverrait jamais son «éclaireuse» chez une personne quelque conque… Et puis ses missions dont lui avait brièvement parlé Nicolas, qu'elles étaient telles ? Elle plia maladroitement la lettre et la mit sans unes des poches intérieures de sa veste. Cela l'a consternait, habituellement elle était au courant de sa prochaine mission, mais là tous se déroulait différemment. Elle croisa les jambes.

Quoiqu'il en fusse, elle était obligée d'accepter et elle l'avouait, elle prenait un malin plaisir à les accomplir. Un sourire narquois parcouru ses lèvres en même temps qu'une phrase parcourait ses pensées.

« Qu'importe la perte de nombreuses vies humaines, je payerai ma dette. »