27 Mars - Centre de l'Angleterre.

Le temps était gris et sombre malgré le début d'après-midi. La route de campagne était calme et paisible. Les arbres aux multiples bourgeons se dressaient maintenant le long du chemin tels une hais d'honneur improvisée. Une calèche tirée par deux chevaux gris pommelés vînt déranger la sérénité de ce lieu. Le cocher semblait épuisé et les deux destriers trottaient lourdement. A l'intérieur de la calèche l'ambiance n'était pas non plus à son apogée. Lucy, accoudée à la fenêtre de la calèche, croisait et décroisait ses jambes en regardant le paysage d'un air absent. Sa dame de compagnie, assise en face d'elle contrastait parfaitement avec l'humeur de sa maîtresse, apparemment heureuse de ce voyage en terre anglaise, elle sourit.

- Nous arrivons bientôt Mademoiselle.

Lucy ne daigna pas lever les yeux et continua à scruter les alentours. « Tous était si… morne » pensa-t-elle. Le voyage s'était très mal passé, ayant le mal de mer, elle avait dû dormir pendant toute la traversée, et pour couronner le tout, cela faisait maintenant cinq heures qu'elle parcourait ces routes sinueuses sans la moindre pause. Elle soupira. Comme l'avait prédit, le Président ne l'avait pas mise chez une quelconque personne. Après maintes recherches, elle avait découvert que le Comte Phantomhive était en réalité un adolescent âgé de 13 ans. Chien de garde de la Reine était noté en encre rouge sur le dossier confidentiel qu'elle avait consulté. Peut être jouait-il le même rôle ? Elle en doutait… Elle desserra le nœud du col de sa chemise. Ne préférant pas écouter les conseils de Nicolas, elle s'était habillée en homme. La calèche s'arrêta net, fronçant les sourcils, elle se leva. La porte s'ouvrit soudainement sur un homme vêtu de noir, sous l'effet de surprise la dame de compagnie poussa un léger cri de stupeur et Lucy porta sa main à son arme rangée dans une de ses poches « au cas où » . L'homme aux cheveux d'ébène et à la peau d'ivoire prit la parole. Lucy tiqua sur ses yeux… pourpres.

- Bienvenue au Manoir de la Noble Famille Phantomhive, Lady Deroscher. Je me nomme Sebastian Michaelis et je suis le majordome de Monsieur.

Il avait accompagné sa phrase d'une légère courbette et tendit l'une de ses mains à Lucy pour l'aider à

descendre de la calèche. Cette dernière dit mine d'ignorer la main tendue et descendue seule. Elle ricana en voyant le « manoir », tout à fait différent du sien. Le jardin n'était pas sous son meilleur jour, des arbres à moitié déracinés et aucune symétrie apparente, un vrai désordre et un manque de goût total accompagné du mauvais entretient, choses sûrement normal chez les Anglais pensa-t-elle. Sebastian reprit.

- Bien… Si Mademoiselle veut bien se donner la peine… Monsieur vous attend…

Il fit un geste las de sa main ganté en direction de l'entrée. Elle hésita un instant puis se dirigea vers la porte, le majordome lui emboîta le pas afin de lui ouvrir cette dernière. Elle rentra et la première chose qu'elle vue fut un escalier et un adolescent se tenant bien droit, légèrement accoudé à l'une des rampes. Elle le dévisagea, les cheveux gris-perle et un unique œil, bleu océan l'examinait toute entière. Son attention fut alors attiré sur le cache-œil, elle résuma que celui-ci avait perdu son œil lors de la mort de ses parents et de l'incident de son manoir, manoir par ailleurs reconstruit…

L'ambiance était froide, aussi froide que l'expression du visage du jeune comte, il descendit et vint à sa rencontre. Elle se rendit soudain compte qu'elle le dominait de quelques centimètres.

- Bienvenue Miss Deroscher, j'espère que le voyage s'est bien passé…

Elle marqua une légère pause le temps de se réhabituer à la langue anglaise. Le ton de Ciel était aussi froid que son visage, elle plongea son regard dans son unique œil et cru apercevoir un léger sentiment de… rivalité ?

- Le mieux du monde Comte Phantomhive.

- Bien…

Il semblait alors à Lucy que celui-ci examinait ses vêtements. Le doute en fut certifié quand ce dernier arqua un sourcil.

- Tout cela est très original pour une Lady, c'est une mode en France ?

Lucy ouvrit légèrement la bouche afin de répondre à sa « question », quand celui-ci ricana tout en se dirigeant vers la salon.

Assise dans un des deux canapés vermillons se faisant face, Lucy, jambes croisée examinait sa tasse de thé à laquelle elle n'avait pas encore touché. Son hôte, lui, tasse à la main semblait apprécier la situation. Lucy regarda l'horloge, quatre heures allait sonné, cela faisait donc 15 minutes qu'elle était en présence du Comte, l'ambiance, électrique et tendue semblait présager les plus mauvaises augures. Elle releva le regard pour croiser celui de Ciel, un fin sourire narquois avait pris possession de ses lèvres, il semblait ravie de tous. Voyant son expression, un regard noir lui fut lancé.

- Je suppose que vous êtes au courant de la situation.

Elle sursauta légèrement suite à la soudaine prise de parole.

- Bien sûr que oui ! Je suis là pour voir votre Reine et vous êtes mon hôte, rien de plus simple.

Il semblait vivement exaspéré par sa réponse et posa sa tasse de thé sur la table située entre les deux canapés.

- C'est bien ce que je pensais, vous ne savez rien.

Il regarda l'horloge, Lucy rougit de honte, son honneur en prenait un sacré coup.

- Alors ne me laissez pas patauger dans l'ignorance et confiez-moi la situation.

- Je vous divulguerez le tout quand notre troisième invité arrivera. *son ton changea et parut plus sec* Si il n'est pas en retard !

Quatre heures sonna. Au quatrième coup de l'horloge, la porte s'ouvrit à la volée. Lucy eut le temps d'apercevoir une chevelure blonde et une rafale de couleur mauve courir vers un Ciel exaspéré. Le garçon se jeta sur le canapé et s'empara des épaules du Comte tout en le câlinant.

- Oh ! Ciel comme cela me fais chaud au cœur ! C'est la première fois que tu m'invites, j'en suis énormément touché.

Il frotta sa chevelure dorée contre la joue du jeune Comte en riant, sous l'air médusé de Lucy. Les Anglais étaient pires que ce qu'elle pensait… Autant par leur comportement, que par leur goût vestimentaire… Le blondinet en était la preuve idéale. Elle leva les yeux au ciel. Un veston vert, une chemise immaculée et une longue veste mauve, cela passé, mais un short avec des bas… pour un homme ?! Ciel, agacé, repoussa le jeune homme d'une main, comme si de rien n'était.

- Comte Trancy, il serait préférable de vous tenir en homme mûr, j'ai de la visite…

Alois se releva, agacé et s'aperçut enfin de la présence de Lucy. Leur regard se croisèrent, jamais elle n'avait vu des yeux aussi bleus. Il devait avoir son âge. Un silence s'installa.

- C'est qui, elle ? *Il regarda Ciel, et reprit d'un air théâtral* Tu me trompes, c'est ça ?!

Sous le ton employé Lucy se leva, Ciel reprit la situation en main.

- Enfin ! Calmez-vous et rasseyez-vous. Alois, cesse tes broutilles et assied toi à côté de notre française, Lady Lucy Deroscher.

Lucy se rassit, Alois se rapprocha alors tout près de son visage et lui souffla.

- Ma mignonne, je ne ferai qu'une bouchée de toi, j'adore les langues étrangères !

Elle écarquilla les yeux de stupeur, ne sachant quoi répondre elle rougit violemment de colère. Un coureur de jupons ? Encore ?! Elle pensa brièvement à Nicolas et à son tableau de chasse. Et puis cette voix puait le luxure, elle frissonna.

- Vous êtes ignoble ! Même une truie en chaleur fuirait devant vos avances !

Satisfait de sa réaction, il sourit et s'assit près d'elle. Cette dernière s'écarta vivement en s'asseyant à l'extrémité du canapé, et ne préférant pas s'enfoncer, elle s'assit sur le rebord, afin de se lever rapidement si le dégénéré avait pour soudaine envie de lui sauter dessus. Préférant rester sur ses gardes elle le regardait du coin de l'œil. Après cette légère distraction, Ciel leur jeta un regard glacial et reprit.

- Lady Deroscher, je vous présente le Comte Alois Trancy…

Alois le coupa.

- Ciel, arrête de nous vouvoyer… *Il était à présent très sérieux, et parlait comme un parfait aristocrate, Lucy en fut déstabilisée* Nous devons faire équipe tous ensemble après tout. *Il se retourna vers Lucy et lui sourit* Appelez-moi Alois.

Après la prise de parole d'Alois, celle-ci avait blêmie, son regard allant de Ciel à Alois.

- E… Equipe ?

- Exactement ! *Ciel sortit une lettre officielle* Votre Président vous a transféré en Angleterre pour nous assister dans notre enquête, on vous dit l'une des meilleures espionnes de France. Mais passons, le problème est que depuis quelques semaines, un meurtrier gêne la sérénité de notre Pays et tourmente notre Majesté. *Il tendit la lettre à Lucy qui l'a prit et l'a survola*

- Quel genre de crimes ?

Ce fut Alois qui répondit, sourire au coin des lèvres, il prit la tasse de thé que Lucy n'avait pas encore touché.

- De jeunes Ladies sont sauvagement assassinées, 6 ont été retrouvé, poignardé. La dernière avait 16 ans, décédée de 12 coups de couteau au niveau du thorax. *Il porta la tasse à ses lèvres, Ciel continua*

- Les victimes ont toutes un point commun, elles étaient encore pures. Pures et fiancées.

- Tu oublies quelque chose, Ciel . *Il posa sa tasse, se leva et prit la lettre des mains de Lucy qui releva le regard* Toutes les victimes ont été retrouvé près d'un lieu de culte, les Cathédrales notamment… *Il regarda Lucy, son air sérieux fut remplacé en quelques secondes d'un sourire pleins de sous-entendus* Alors… Intéressée ?

Choquée par le double-sens à peine masqué de sa phrase elle se retourna vers Ciel.

- Hors de question ! Bien que cela soit fort intéressant, je refuse !

Le jeune comte soupira et lui répondit las.

- Nous n'avons malheureusement pas le choix… Notre Majesté et votre Président ont conclu un contrat ensemble, afin de renfoncer l'entente de nos deux pays. Et puis, nous en avons pour 1 mois à passer ensemble et encore, ceci reste un minimum…

Le cœur de Lucy rata un battement, Alois suite à cette nouvelle semblait ravit, éclatant de rire il lança quelques mots qu'elle ne comprit pas tant que ça tête tournait. Elle le vit alors improviser quelques pas de danse en claquant des doigts.

- Olé !

Elle se sentit glisser… Puis ce fut le noir complet…