Blabla inutile : cette fanfiction est vouée à l'échec. Enfin, c'est ce que je me suis toujours dit après avoir écrit le premier chapitre. Je n'arrive pas à la faire vivre comme je le veux, n'arrive pas à la mener vers les chemins que je désirais emprunter en traçant mon brouillon et ses lignes directrices. J'avais cependant ce chapitre deux en stock, écrit il y a un peu plus d'un an, et j'ai décidé de le publier malgré tout. Il n'est pas très long, pas forcément très intéressant mais au moins, ce sera une chose de faite.
Bonne lecture.
Sa baguette trône paisiblement sur sa table de chevet, de son côté du lit, de son côté de la chambre. Un froid liquide pénètre la poitrine de Remus quand il se rend compte que cette baguette, auparavant un signe concret de la présence de Nymphadora, représente dorénavant cette absence vivace qui l'anime et qui résonne dans l'espace creux des draps. L'objet est toujours là, attendant son possesseur avec la plus douce des patiences ; toujours là, mais sans Nymphadora.
Il tente de parler aux gens, aux êtres l'entourant, à Andromeda qui a perdu sa fille, à Molly qui reste muette en repensant à Fred, à Bill qui semble égaré dans des pensées sommaires, et peu importe, peu importe car le spectre de Nymphadora plane partout, où qu'il aille, quoi qu'il fasse ; l'orage s'abat sans relâche et Remus n'est plus qu'un homme qui a perdu sa femme ; un homme veuf et vulnérable qu'on voudrait consoler sans trouver les bons mots ou la bonne veine à injecter.
Est-il vraiment à plaindre devant leurs larmes ? Jauger un niveau de douleur ne lui sied pas ; cela lui paraît même cruel. Il fait taire ses pensées les plus crues avant de pénétrer dans la douche, déterminé à appuyer sur « pause » et à vomir son malaise en le laissant s'écouler dans les tuyaux d'évacuation.
Il ne sent plus très bien sa cage thoracique ni ses pieds ; l'eau est chaude, beaucoup trop chaude et des plaques rouges mangent ses bras, ses genoux, sa poitrine. Il s'engourdit dans ce froid de l'âme, entre ces vagues aux relents étranges.
Les semaines passent ; il meurt un petit peu plus à chaque fois alors que les larmes rougissent sans cesse ses yeux. Il ne leur reconnaît même plus leur blanc d'origine, leur clarté intense devenue maintenant bancale.
Sirius laisse son carré de sucre se dissoudre vainement entre les vagues fumeuses du thé contenu dans sa tasse impeccablement blanche pendant qu'Andromeda s'épuise à manipuler quelque chose, toujours, pour ne pas se poser ; pour ne jamais se poser. Elle paraît si brave dans la négligence de ses cheveux d'ombre, dans la fraicheur de cette maison où elle est désormais seule, seule, seule, véritablement seule ; les mots restent inlassablement bloqués dans sa gorge – l'horreur n'a donc cessé de grandir depuis ce dimanche bien triste dont la douleur découle et bave sans plus de cérémonie.
Une incandescence éphémère s'allume en elle lorsqu'elle finit par se tourner vers Sirius, l'observant de longues minutes ; son cousin, surpris, relève un sourcil avant de sourire, l'âme alimentée par un sentiment dilué de joie bien que l'atmosphère y soit bien peu encline.
— Ted t'a toujours apprécié, tu sais, dit-elle d'une voix étrangement aiguë.
D'épaisses mèches brunes lui tombent sur le front, éclairant ses yeux ternes et délavés par cette poussière que Sirius en vient à retrouver chez tous ceux affectés par le deuil : cette poussière incolore, insoluble et insaisissable mais pourtant si particulière qui inonde chaque être d'un souvenir suintant et amer, brûlant et indésirable. Prenant diverses formes, elle a pris place dans sa poitrine, près de ses poumons et de son cœur : souvent, une toux le saisit, le fait suffoquer, le stoppe dans ses actions ; et il se remémore la jeune femme qui n'est plus en s'autorisant la noyade, en laissant la poudre paralyser ses muqueuses avec la plus tendre des intentions.
