Disclaimer : Voir chapitre premier
Chapitre 4 – Le zonzon
Le vaisseau n'émettait plus qu'un vague zonzonnement. Il provenait de la salle machine du niveau inférieur mais Zexion ne pouvait y entrer, malgré tous ses efforts. La technologie sur laquelle reposait le fonctionnement de ce vaisseau était au-dessus de tout ce qu'il avait pu voir dans tous les autres mondes. La voix qui se faisait entendre à chaque fois qu'il entrait ou qu'il tentait de toucher aux commandes devait constituer une sorte d'ordinateur de bord à interface orale mais il ne parvenait pas à identifier la langue dans laquelle elle s'exprimait.
Il y avait aussi quelques endroits de stockage, des placards et des tiroirs, qui obéissaient à des commandes tactiles mais là encore, il ne pouvait les déjouer pour en révéler le contenu. Sans compter que l'angle du vaisseau ne facilitait pas les déplacements à l'intérieur. Il misait tous ses espoirs sur les quelques livres papiers qu'il avait découvert dans les objets éparpillés par le crash dans le cockpit. Certains étaient rédigés en plusieurs langues parmi lesquelles l'anglais, ce qui lui permettait d'effectuer des comparaisons avec la langue non-alphabétique qui était utilisée dans ce vaisseau. Au delà de ce travail minutieux, il découvrait aussi certaines informations sur leurs captifs.
Les livres qu'il avait trouvé consistaient en quelques traités d'escrime de différentes cultures, des manuels de pilotage agrémentés de schémas très techniques et un roman des plus banals. Le manuel de pilotage était annoté à quelques endroits d'une écriture fine mais malhabile, visiblement féminine et peu habituée aux crayons. La femme était le pilote. Ces annotations se retrouvaient dans les traités d'escrime. Elle était donc certainement versée dans les arts martiaux. Et le roman, aux pages presque collées par le temps, trahissait sans doute peu de temps libre pour des lectures futiles. Le désordre dans lequel il avait trouvé plusieurs coins du vaisseau rajoutaient à l'hypothèse. Ses premières lectures du manuel de pilotage dénotaient certaines connaissances poussées sur les voyages inter-spatiaux. Et il était à peu près sûr d'avoir compris qu'ils envisageaient les voyages inter-spatiaux dans leur définition la plus pure : les voyages entre les mondes et les dimensions. Ce qui pouvait expliquer la possibilité pour ces voyageurs de s'être égarés dans leur monde.
Il ne restait jamais trop longtemps dans le vaisseau. Il s'y sentait mal à l'aise. Malgré l'ouverture du sas, l'air restait confiné, avec une fragrance de moisi et il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il ne rôdait pas quelque autre organisme vivant. Même s'ils avaient déjà exploré les zones accessibles avec l'angle particulier pris par le vaisseau après son crash, il restait plusieurs portes scellées qu'ils n'avaient pu passer, faute de voir ce qui se trouvait derrière. Il y avait notamment cette porte au niveau de la zone de vie et dont la logique lui disait qu'il s'agissait de l'unité médicale. Elle se trouvait à la jonction de l'espace de vie et des cellules de repos et il pouvait entendre un bruit de machine en marche derrière. De plus, il sentait qu'il y avait un être vivant derrière la porte blindée parsemée de stickers sans signification, un être endormi, immobile, inconscient mais pour combien de temps? Et il était à peu près sûr que certains objets tombés avaient été déplacés et que les signaux clignotants du tableaux de bord n'étaient plus si nombreux. Mais il y avait des explications rationnelles à cela. Du moins se rassurait-il ainsi.
Le Supérieur savait ce qu'il faisait en lui donnant cette mission. Ce vaisseau ne venait pas d'un monde qu'il connaissait et il n'avait manifestement aucun lien avec les gummi ship utilisés par certains autochtones des mondes environnants. Sa technologie en était plus avancée et d'après les livres trouvés, venait d'un monde multi-ethnique qui prenait en compte l'existence d'autres mondes. Cela représentait une source de savoir extrêmement riche à explorer et à exploiter. Et il y trouvait son intérêt : S'il pouvait faire redémarrer ce vaisseau, ils pourraient sans doute passer sur des mondes qui leurs étaient inaccessibles jusqu'à présent.
Il s'écoula bien une journée avant que son geôlier ne revienne à l'assaut. Cependant, Anthéa n'était plus dans le même état d'esprit.
« Il est temps que vous répondiez à quelques questions, mademoiselle. »
Anthéa grommela, remua dans sa couchette et se retourna.
Saïx attendit. Au bout d'un moment, agacé, il tapa dans les barreaux jusqu'à ce que la jeune femme se décide enfin à se lever. Elle s'assit au bord de sa couchette, les cheveux en bataille et le visage fripé.
« Mneuh.. vous savez l'heure qu'il est?
_ Je vois que vous êtes capable de parler ma langue. Cela va vous servir.
_ Meurf.. oui.« Elle se frotta les yeux et bailla.
« Mademoiselle, votre présence ici, avec votre vaisseau, est un fait étrange que nous voulons tirer au clair. Si vous répondiez à mes questions, vous seriez libre de sortir, de rejoindre vos compagnons et votre vaisseau.«
Il n'y eut pas de réponse mais elle cessa de se frotter le visage pour le regarder.
« Si vous commenciez par me dire quel est votre nom?
_ Ouais, j'm'appelle Anthéa. Me dites pas le votre, je ne veux pas le savoir.
_ Bien, miss Anthé-
_ Madame...
_ ..madame Anthéa, pourriez-vous m'expliquer comment vous êtes arrivés ici?«
Anthéa enclencha la deuxième vitesse :
« Non mais, ça s'est pas vu non?! Mon vaisseau s'est crashé!«
Saïx recula devant l'assaut vocal, vaguement choqué de se faire rabrouer aussi directement alors qu'il essayait d'être diplomate. Lui aussi devait faire preuve d'une grande patience. Les réponses qu'il obtiendrait lui permettraient de faire avancer les spéculations de Lord Xemnas sur la présence des intrus. Et encore plus, de se mettre dans ses bonnes grâces.
« J'ai bien compris, madame mais la façon dont votre vaisseau a pu entrer dans... l'atmosphère de cet endroit reste floue.
_ Si j'le savais, j'serais pas ici! Vous croyez quoi? Que j'ai voulu me crasher?! ça va me coûter la peau du cul les réparations!«
Le Numéro VII commençait à s'habituer à l'énervement de la prisonnière. A part le vocabulaire, il reconnaissait à peu près l'attitude d'un des membres de l'Organisation quand il s'était réveillé de mauvais poil.
« Je n'en doute pas, mais comment se fait-il que vous soyez passés si près de notre... planète.
_ ça, c'est les aléas du calcul d'hyperespace, monsieur bleu."
Le numéro VII impacta la façon dont elle venait de l'appeler mais resta stoïque.
« Et... j'en déduis que vous voyagez régulièrement dans l'espace. Que faites-vous exactement dans la vie?
_ Je fais ch*** le monde!"
Cette réponse brève laissa momentanément son geôlier sans réplique. Ce qui laissa le temps à la voyageuse de rajouter :
« Bon ça y est, on finit la petite séance d'interrogatoire? J'ai autre chose à faire que vous tailler une bavette. Si vous voulez vraiment causer, revenez dans quelques heures!«
Là -dessus, elle se vautra confortablement dans sa couchette et afficha clairement sa volonté de reprendre sa cure de sommeil. Saïx serra les dents. Il avait besoin d'autre chose pour briser ce caractère, de quelque chose auquel il pourrait la confronter. Peut-être juste son poing. Il allait essayer avec l'autre intrus. Il s'éloigna dans le couloir. Il faut préciser que pourtant, Anthéa avait répondu de manière exacte à toutes ses questions.
Anthéa repiqua une heure du nez après que monsieur bleu soit parti. Elle était crevée à chaque fois qu'elle revenait. Elle devait faire vite à chaque fois afin que sa disparition ne se remarque pas. Son gardien passait de manière irrégulière et elle se demandait s'ils avaient déjà remarqué quelque chose sur les caméras de surveillance. Apparemment non. Elle utilisait le petit module de jumping chipé au département de la recherche1 pour ses déplacements à l'intérieur du monde. Il comportait moins de risque que d'utiliser son module de voyage spatio-temporel individuel. Elle vidait la matière noire qu'avait régénéré son module dans son réservoir ST(2) de vaisseau dès que possible. Elle avait longuement réfléchi à la situation et fait un check rapide de l'état du vaisseau au cours d'un de ses retours. Elle ne pourrait pas redémarrer le vaisseau ni le désengager avec la semelle magnétique. Pas dans cette ville où les trois quart des infrastructures étaient métalliques. Elle devrait lui faire générer un champ d'inertie et trouver un moyen de le soulever de l'endroit où il était enfoncé. Au moins ce n'était pas une zone marécageuse, sinon elle aurait cherché un maître Jedi dans les environs. Sans déconner.
Pour se dégager de là, elle devait remplir son module de vaisseau de matière noire. Assez pour générer le champ d'inertie nécessaire. Après il lui faudrait relancer les réacteurs, se placer dans la stratosphère et de là espérer pouvoir faire un saut ST.
Elle ne pouvait pas lancer une téléportation dans ce monde. Dans une zone en conglomérat, elle risquait de perdre des morceaux en route ou d'être déviée dans une zone vide. Les fluctuations aléatoires qui passaient entre les amas d'îlots temporellement stables constituaient un danger énorme pour la fiabilité des repérages du module. Et expliquaient sans doute pourquoi son vaisseau et sa boussole étaient devenus fous dans la zone où elle était sortie de l'interespace.
Elle avait réussi pourtant à faire parvenir un message rassurant au Centre, se résumant à « Problème technique avec le vaisseau, réparations en cours. » Il ne lui avait plus resté qu'à mettre Nicole en mode de shut down, de bloquer l'accès à ses biens, de vérifier le champ de protection contre les sans-cœur et de vérifier une fois de temps en temps qu'ils n'aient pas réussi à ouvrir l'unité médicale. Celle-ci était restée bien fermée tout le temps du crash et poursuivait son cycle de régénération de sa lieutenant. Elle en avait encore pour une journée de soins. Il n'y avait pas trace d'Owa, elle supposait donc qu'ils le retenaient ou bien qu'il s'était échappé et se planquait.
De ses geôliers elle n'avait pas eu le temps de chercher qui ils étaient. Elle savait qu'ils étaient plusieurs, aux paroles de monsieur bleu. Elle avait vu l'un d'eux qui venait fouiner dans son vaisseau grâce à la vidéo de surveillance du Casus Belli. Mais comme il ne parvenait pas à ouvrir ses armoires ni la porte de l'infirmerie, qu'il ne pouvait pas communiquer avec Nicole et qu'il ne décryptait pas les écritures en LCV(3) de son vaisseau, il ne représentait aucun danger. Le plus intéressant qu'il trouverait serait les bactéries en formation dans sa vaisselle sale. Mais son intrusion soulevait des questions : Comment ce deuxième monsieur en noir, monsieur 'bleu bis' vu la couleur de ses cheveux, parvenait-il à entrer dans son vaisseau alors que le champ Axiom était enclenché ? Ensuite, comment des autochtones réussissaient-ils à survivre dans cet endroit qui était probablement envahi par les sans-cœur et, autant qu'elle avait pu le constater lors de ses sauts, dépourvu de toute vie ? Et ce manteau noir... Une secte? Étrange... D'un autre côté, elle n'avait pas trop envie d'en savoir plus. Moins elle en apprendrait sur eux, moins elle s'impliquerait dans leur histoire, moins elle risquerait de créer des déviations temporelles. Et puis... pour l'instant, ils n'étaient pas dangereux. Elle estimait qu'elle n'avait tué personne en se crashant sinon ils seraient bien plus hostiles.
En attendant le meilleur à faire était de rester tranquille et de profiter de cette source de repos.
2 - Spatio-temporel
3 - Langue Commune de Voyager
