Disclaimer : Voir chapitre premier


Chapitre 5 – Numéro Sept

Le numéro VII redescendit d'un pas pressé vers les donjons. Il avait pris le rapport du numéro XI, revenu de sa mission et comptait à présent s'occuper de l'interrogatoire du second intrus. Il ouvrit un portail vers le bâtiment qui leur servait de prison provisoire et stoppa dans l'antichambre des sous-sols aménagés en prison... ou plutôt, en cellule de détention, tel qu'il devait s'en convaincre. Cependant, en toute logique, ils ne laisseraient surtout pas leurs prisonniers sortir de leurs geôles.

Ils étaient bien trop précieux d'un point de vue scientifique. Ça c'était l'avis du numéro IV et vu ce qu'il avait mis en exergue lors du dernier meeting, il pourrait en effet découvrir certains processus biologiques intéressants. Mais c'était surtout le fait que des personnes extérieures ai pu pénétrer leur monde qui passait avant tout. A ce jour, les membres de l'Organisation étaient les seuls à pouvoir entrer et sortir du Monde Qui N'a Jamais Eté grâce aux Corridors des ténèbres. Et ils étaient en mesure de les ouvrir uniquement parce qu'ils étaient des Nobodies.

Or, aucun des deux intrus n'en était, bien que d'un point de vue comportemental, l'homme aurait pu. Cela remettait leurs théories sur la structure de leur monde et des mondes alentours en question. La seule explication qui restait sur le moyen utilisé résidait bien sûr dans ce vaisseau. Ce qui constituait un danger plus grand. Que ce soit un procédé technologique et non un individu isolé qui pouvait entrer dans le MQNJE(1) doublait les possibilités que d'autres puissent venir. Venir les déranger, poser des questions, les chasser, détruire le Kingdom Heart.

La dernière fois qu'il était allé prendre ses ordres, Saïx avait surpris Lord Xemnas arpentant son bureau à grandes enjambées nerveuses, chose impensable quand on considérait son attitude blasée constante. Il attendait des réponses des prisonniers, de celles qui le rassurerait sur la sécurité de leur monde. Si ces intrus étaient un cas isolé, ils seraient éliminés. S'ils prouvaient la possibilité que d'autres pouvaient venir dans leur monde... alors dans ce cas, il faudrait sans doute envisager de se déplacer... C'était un terrible coup porté à leurs plans et aux délais envisagés. Surtout avec la mission qui se préparait à Port Royal.

Saïx soupira. Et il avait confié l'étude du vaisseau à Numéro VI. Il ne mettait aucunement en doute les capacités de Numéro VI à trouver le moyen de se servir de ce tas de ferrailles, ainsi que des informations sur les individus intrus. Cependant, il doutait de la façon dont il se servirait de ces informations. Zexion ne courrait pas après le pouvoir au sein de l'Organisation. Il avait déjà estimé à quel point diriger toute cette bande de... Nobodies représentait comme dangers, efforts, responsabilités et grande capacité à contrôler ses nerfs. Mais il était toujours à la recherche de moyens subtils d'exercer une certaine maîtrise sur ses collègues. Saïx grimaçait toujours rien qu'à l'évocation de certaines photos sur son compte. Le Numéro VI aimait pouvoir vous demander quelque faveur ou action sans que vous puissiez aisément lui refuser. Ou qu'on se moque de lui sans qu'il ai une réplique blessante et pleine de sous-entendus à lancer. Et il donnait de gros maux de tête à Saïx qui cherchait depuis toutes ces années à quoi il voulait aboutir par toutes ces petites actions, ces petites manipulations, ces mensonges et ces secrets.

Le Numéro VII s'arrêta et regarda le Kingdom Heart par une fenêtre. Sa lumière blafarde le baigna un court instant et il s'en sentit mieux. Zexion était sans doute un paranoïaque asocial mais il était intelligent, peut-être plus que lui. Un petit génie dès le plus jeune âge et tombé lui aussi dans les ténèbres malgré ce jeune âge. Ce n'était pas sans raison qu'on l'avait surnommé le 'Cloaked Schemer'. Il était presque impossible de deviner ce qu'il tramait dans l'ombre de son Lexicon. Sous peu, Saïx planifiait de 'restreindre' l'emprise de Numéro VI sur les membres de l'Organisation.


Le prisonnier se prélassait dans sa cellule. Il passait son temps sur sa couchette, à observer le plafond en balançant un pied. Il était typé asiatique mais mélangé européen. Ses yeux n'étaient pas bridés à la chinoise et son teint était plutôt mat. Il avait une chevelure noire, drue, coupée court et ébouriffée de manière contrôlée. Il semblait avoir une trentaine d'années et être en forme physique.

Il portait un pantalon de cuir noir, des bottes noires, un long manteau de cuir noir tombant jusqu'aux chevilles. Il avait coupé les manches du manteau à mi-bras et le gardait toujours ouvert , ce qui laissait voir un sweat-shirt qui, pour être original, était d'un noir uni. Il avait une paire de gants coupés pour laisser le bout des doigts libres. Quand ils l'avaient pris, il était équipé d'une ceinture à large boucle en forme de crâne et de plusieurs chaînes qui semblaient à la mode dans certains mondes pour les dérangés appelés 'gothiques' par leurs contemporains. Sur le papier, cet accoutrement faisait cliché, mais sur lui, tout prenait un air calculé, comme si chaque pièce de son costume avait une fonction bien précise.

Saïx était déjà venu le voir et le prisonnier s'était contenté de le toiser de haut en bas, puis de sourire d'un air sadique le reste de son interrogatoire. Pour l'instant, l'intrus continuait à se prélasser d'une manière un peu trop obséquieuse pour être de l'indifférence.

Saïx employait l'anglais pour parler aux intrus, c'était la langue la plus courante dans les mondes alentours. S'ils en avaient parlé une autre, il aurait du demander à Numéro VI ou Numéro IV de venir l'identifier. Heureusement que ce n'était pas le cas.

« Vous êtes vous décidé à communiquer? »

L'homme ne se tourna pas, il se contenta de suivre Saïx du regard tandis qu'il longeait les barreaux de sa cellule.

« Je vois. Pourtant, cette attitude que vous entretenez ne semble pas durer longtemps. Apparemment vous avez quelques difficultés avec ce collier qui vous orne le cou. »

Le Numéro VII eut la satisfaction de voir l'homme grimacer enfin. Sur les caméras de surveillance, on avait vu à plusieurs reprises l'homme chercher à se débarrasser de ce collier métallique épais qui serrait son cou juste assez pour ne pas l'étouffer et qui semblait rentrer dans sa nuque.

« Nous pourrions peut être nous arranger. Je pourrais vous aider à vous débarrasser de cet appareil et en échange, vous répondrez à mes questions. »

Saïx avait parlé d'une voix basse, celle de celui qui entame un petit complot pour lui-même. L'homme lui jeta un regard plus appuyé et le Numéro VII fut surpris de voir de la vexation dans son regard. N'ayant plus de cœur, le Nobody avait du mal à se faire une représentation des réactions émotionnelles humaines dans certaines situations. Mais dans d'autres, il avait exactement les connaissances suffisantes pour savoir quels leviers pousser chez les gens pour les forcer à faire ce qu'il désirait. Le marché qu'il proposait à l'homme était sincère, bien qu'il ne l'eut pas comploté individuellement. On lui ôterait ce collier, tant que Numéro IV l'autoriserait, pour des raisons médicales et de sécurité. Mais on le laisserait bien enfermé néanmoins.

« Tu n'as aucune idée de qui et quoi je suis, dit l'homme avec un accent menaçant dans la voix. Il n'y a rien que vous ne m'offririez que je ne peux obtenir moi-même. »

Il se leva, à gestes souples, calculés et Saïx y vit les mouvements de quelqu'un qui pratique les arts martiaux assidument. Lord Xemnas se déplaçait un peu de la même façon, avec plus de dignité cependant.

« La position dans laquelle vous vous trouvez ne vous permet pas d'être aussi regardant sur les propositions que nous avons à vous faire. »

L'homme s'approcha encore des barreaux et le Numéro VII grinça des dents. A présent le prisonnier ne montrait plus une attitude hostile. C'était bien l'inverse et ça le mettait très mal à l'aise. Il l'observa un moment.

« Jolie couleur de cheveux » fit-il enfin en faisant rouler le 'hair' de manière lascive. Le Numéro VII recula : Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous avec sa couleur de cheveux? Ah, ils avaient tous deux des cheveux noirs... Était-ce une caractéristique de leur monde d'origine?

« Il n'y a rien à savoir de moi. A part peut-être si tu veux me connaître très intimement. »

Saïx recula franchement cette fois, une réaction qu'il regretta car elle trahissait une habitude émotionnelle. Il serra les dents et se reprit, se montrant plus offensif.

« Il s'agit de la façon dont vous êtes arrivés jusqu'ici qui m'intéresse. Si vous répondez, vous gagnerez l'avantage sur cette jeune femme qui semble vous avoir... capturé. »

Cela, il l'avait déduit de la description des Numéro II, III et V sur la configuration des lieux quand ils étaient arrivés dans le vaisseau.

« Encore une erreur. » répondit l'asiatique, laconique. Il haussa les épaules, secoua la tête puis retourna d'un pas lent vers sa couchette. Il reprit sa pose favorite et se désintéressa totalement de son geôlier.

Saïx réfléchit rapidement: Quelle erreur avait-il pu commettre? De croire que cet homme était le prisonnier de la jeune femme? Que la question de ses origines ne le mette en danger? Improbable. Peu logique. Il avait déjà dû forcer son raisonnement pour admettre que c'était cette jeune femme, trop jeune, qui avait capturé un homme semblant plus fort et plus vieux qu'elle. Cependant, il devait reprendre le contrôle dans cet interrogatoire, ne pas se laisser dominer par cet homme.

« Pour l'heure, vous en commettez une plus grande en restant dans le silence. Vous comprendrez bientôt à quel point vous gagneriez à négocier.

_ Va donc emmerder la vieille et laisse moi en paix. »

Saïx releva le surnom donné à la jeune femme et quitta le sous-sol, en prenant soin d'ouvrir un corridor des ténèbres hors de vue et d'oreilles du prisonnier.


Pour Anthéa, on approchait de la nuit du second jour. Pour les autochtones, s'ils respectaient les 24 h, ça devait être le troisième jour depuis qu'elle s'était crashée.

Un plateau était posé sous les barreaux et Anthéa ne le dédaigna pas. C'était presque mieux que son ordinaire car pas lyophilisé ou préparé par quelque extra-terrestre qui ne connaissait pas les goûts humains. Un peu gras à son goût et il manquait du pain mais avec le temps elle avait appris à manger tout ce qui ne remuait pas dans l'assiette.

Elle entama son repas et en était arrivée au milieu de l'assiette quand elle détecta un goût étranger. Chimique. Elle ferma les yeux, fit revenir la bouchée et se concentra sur le goût puis sur le composant. Du soporifique... un somnifère. Une dose assez importante pour la faire roupiller artificiellement un long moment. Elle finit l'assiette, finit son repas puis se mit en méditation Moïre. Il lui fallut plus de deux heures pour parvenir à ses fins et contrer les effets du produit, étant donné qu'il se répandait très rapidement dans l'organisme. Quand elle en sortit, elle était en nage mais rien n'était venu la perturber. Elle se leva et évacua le produit avant de se remettre à lire un journal sur son module, l'affichage s'imprimant sur la surface de ses lentilles de contact.


1 - Monde Qui N'a Jamais Été