Disclaimer dans la première partie
Chapitre 7 – Partie de Confrontation
...
Ce fut une heure plus tard que monsieur bleu revint, accompagné d'un autre homme baraqué coiffé avec des dreadlocks. Il tenait une lance à la main et avait l'air près à s'en servir sans discussion préalable. Apparemment, il ménageait son bras gauche, signe d'une violence récente.
« Suivez-nous. » fut son seul discours et Anthéa ne se fit pas prier. Un vrai interrogatoire? Avec un vrai mec entraîné à faire parler et pas un jeune amateur?
Ils lui attachèrent les mains derrière le dos, lui firent parcourir le couloir, monter un escalier et finalement entrèrent dans une pièce blanche, sans fenêtre, où se trouvait une chaise à laquelle on avait attaché Owazuri.. Deux autres hommes en même manteau noir le surveillaient : Un homme d'un certain âge aux cheveux poivre et sel, immédiatement surnommé 'M. Gris' et un plus jeune. Anthéa y reconnut l'intrus qui explorait régulièrement son vaisseau. Celui-ci avait AUSSI les cheveux bleus et coiffés d'une manière improbable qui supposait une utilisation régulière de gel coiffant et de laque. Ainsi qu'un mal-être certain, vu la façon dont il se cachait derrière l'énorme mèche qui pendait sur son visage.
Anthéa engloba tout ce qu'elle pouvait. Elle déduisit d'abord qu'ils n'avaient pas affaire à des oisifs. Ils étaient tous en forme physique. Les manteaux noirs, les capuches ...ils faisaient parti d'une secte? La question des yeux se posaient aussi. Ces hommes manquaient de quelque chose, quelque chose de mental. Pas l'intelligence, autre chose. La voyageuse se perdit en conjectures jusqu'à ce que M. Dreadlocks la fasse s'asseoir sur une autre chaise en face d'Owazuri. Puis il fixa le nœud de ses mains à la chaise.
« Tiens, salut la vieille! »
Owazuri avait un œil au beurre noir et une lèvre fendue toute fraîche. Mis à part ces broutilles, il n'avait pas l'air trop maltraité.
« Je m'attendais pas à te voir encore vivant toi, vu tes manières, fit-elle en le voyant sourire.
_ Moi non plus, vu comme t'es chiante.
_ Trop aimable.
_ Taisez-vous! fit monsieur gris. Et vous n'avez pas intérêt à recommencer à vous bouffer le nez, les deux rigolos. Vu que vous avez du mal à vous délier la langue, on va vous aider un peu. »
Il serra un poing de manière démonstrative. Anthéa leva un sourcil. Elle aurait espéré pouvoir remplir le réservoir du Casus Belli avant d'en arriver là mais manifestement, il allait falloir en passer par quelques turpitudes physiques. Bah... si ça devenait trop insupportable, elle se barrerait. Quitte à revenir chercher Owa plus tard. Mais c'était aussi l'occasion d'en savoir un peu plus sur ces autochtones et ce monde, qui l'intriguaient. Après tout, ce monde n'était pas encore répertorié.
« Bon, on reprend depuis le début : Comment vous êtes arrivés ici? Reprit M. Gris.
_ En crashant le vaisseau, répondit Anthéa. ça, au moins, c'était pas un scoop.
_ Et comment l'incident qui vous a amené à vous écraser est-il survenu? Demanda M. bleu bis avec patience.
_ Ah, ça, si je le savais, on serait pas ici, dit Anthéa.
_ Parce qu'elle sait pas conduire, comme toutes les femmes, ajouta Owazuri.
_ La ferme, conseilla M. Dreadlock posté derrière sa chaise, bras croisés et l'air sombre.
_ Développez les circonstances de votre accident, racontez nous en détails, dit M. Bleu du mur contre lequel il s'était adossé, à l'écart du groupe.
_ On était en vol à trois fois la vitesse lumière, coordonnées normales, deuxième saut. Je commençais à piquer du nez, j'ai été réveillée par le signal d'alerte. Je rouvre les yeux et tout le tableau de bord clignotait, le vaisseau a commencé à dévier de sa trajectoire, on est sorti de la vitesse lumière dans de grosses secousses et là, paf! J'ai vu la ville en dessous et on fonçait dessus. »
S'ensuivit un silence. Les quatre messieurs s'entre-regardèrent puis M. Bleu bis reprit la parole :
« Et aucun indice ne vous permet de déterminer pourquoi votre vaisseau a piqué précisément sur cet endroit?
_ Je sais pas moi... l'atmosphère lui plaisait? »
M. Gris lui assena une petite tape de réprimande derrière la nuque :
« Gamine, un peu de sérieux! »
L'asiatique pouffa, sans raison apparente. M. Bleu bis, qui semblait écouter très attentivement le moindre mot à une distance prudente, reprit enfin :
« Vous avez voyagé depuis un point très éloigné, n'est-ce pas?
_ En effet.
_ Cela corrobore le fait que vous ayez utilisé la vitesse lumière. Vous avez une technologie trop évoluée pour venir d'un des mondes environnants, alors la véritable question est : Qui êtes vous ? »
La question fit son petit effet. Anthéa prit le temps de la réflexion. M. Bleu bis s'avérait bien intelligent, aucun doute.
« J'ai utilisé mon vaisseau. Si tu veux connaître le détail technique, M. Bleu bis, va falloir potasser plus que ça. »
Le surnom fit lui aussi son petit effet et un autre membre de l'assemblée se sentit vaguement satisfait de ne plus être le seul concerné par les surnoms.
« C'est pour ça qu'on est là, justement, fit M. Gris juste derrière son oreille d'un ton inquiétant. Pour empêcher que M. (*pouffe*) bleu bis ne passe le prochain mois le nez plongé dans les bouquins. Alors dis nous d'où tu viens, comment vous faites marcher cet engin et peut être qu'on vous laissera respirer tranquillement.
_ D'où on vient, c'est facile : De Trivia. Partie Nord du quardant abîmé, juste en bordure des astéroïdes 123 à 130. Monsieur tentait de se faire emmener dans le prochain transport pour Pétaouchnok. Ça vous avance hein?
_ Donc vous avez une carte de cet espace. Où se trouve t-elle? »
Anthéa réalisa qu'en voulant faire sa maline, elle avait fait une bourde.
« Dans l'ordi du vaisseau. On connait pu trop les cartes papiers chez nous. »
M. Bleu bis la regarda d'un air qui disait bien que son rattrapage in extremis n'était pas passé inaperçu.
M. Bleu en profita pour revenir à un sujet qui l'inquiétait :
« Et vous connaissez l'existence des sans-cœur, vous l'avez dit vous même. Qu'est-ce que vous en savez? Et quel est ce champ de protection qui les empêche d'entrer dans votre vaisseau?
_ C'est un champ Axiom 2.5, des industries Holtzerm. Tiens d'ailleurs, comment vous avez réussi à nous tirer du vaisseau? Le champ de protection aurait du vous repousser... »
Les ricanements de M. Gris et M. Dreadlocks résonnèrent.
« Nous aussi, on a nos petits secrets, dit M. Gris.
_ Ah? Ah bah, cool.
_ Hé la vieille! fit soudain Owazuri à Anthéa. C'est quoi les sans-cœur ? »
Anthéa soupira : Owa n'avait pas fait les classes de Voyager et ne connaissait donc pas le concept.
« Des petites créatures noires qui cherchent à extraire le cœur des êtres vivants, mais au sens moral du terme. Y'a pas d'effusion de sang, dit Anthéa d'un ton morne. Mais même avec le sas ouvert, comment vous êtes passés à travers le champ...? »
M. Gris lui reflanqua un coup derrière la tête :
« C'est nous qui posons les questions, gamine. C'est tout ce que vous savez des sans-co...? »
Il fut interrompu par le rire de l'asiatique qui avait examiné l'information donnée par Anthéa.
« Qu'est-ce qu'il a celui-là encore? dit M. Dreadlocks avec mauvaise humeur..
_ Ah... je songeais que tu courrais pas de danger toi... fit-il à Anthéa. Ces trucs n'auraient aucune raison de t'attaquer. Ou alors ils auraient sacrément du boulot pour le trouver...
_ Ahahah, fit Anthéa dans un simulacre de rire éteint et après un temps de réflexion. Merci pour la vieille blague...
_ Qu'est-ce qu'il veut dire par là ?
_ C'est la vieille blague du service : Anthéa n'a pas de cœur, elle le laisse dans son tiroir le matin, elle l'a revendu, blablabla... Je t'emmerde Owa.
_ T'oublie celui-ci : elle l'a remplacé par un deuxième estomac.
_ ça commence à être lourd, ducon.
_ ça suffit les deux comiques! imposa Xigbar en voyant vers où la conversation repartait. C'est quoi cette histoire? T'as pas d'cœur?
_ Ah bah si, hein, sinon je serais une grosse anomalie biologique. Nan, c'est une vieille blague parce que je suis rigoureuse, disciplinée, légèrement cynique et que j'exige pareil de mes subordonnés. »
L'asiatique en face d'elle manquait s'étouffer d'hilarité à cette description.
Avec une certaine lassitude, Xigbar recadra Anthéa et Xaldin en fit de même avec Owazuri.
« Aïe! » Dit Anthéa.
Xigbar se regarda la main et l'essuya sur son manteau en grimaçant. Ça faisait un moment qu'elle ne s'était pas lavé les cheveux celle-là.
« Vous connaissez donc les sans-cœur depuis assez longtemps pour avoir développé une technologie permettant de les repousser mais... »
Ils furent interrompus par un SWOOOOSH dans le couloir. Puis par une voix de baryton qui s'arrêta à la porte et n'apparut pas :
« Vous devriez tous revenir, il y a un problème. »
Les quatre messieurs s'entre-regardèrent et M. Bleu déclara :
« III et VI, partez devant, nous allons raccompagner les prisonniers à leurs cellules.
_ ça pue le cramé, non? » Fit Owazuri en reniflant.
...
Après la dispersion des membres de la cellule d'interrogatoire, Anthéa fut ramenée dans sa cellule. Elle suggéra qu'ils prennent bien leur temps pour régler leur problème car elle avait une sieste de retard. Mais Owazuri ne fut pas ramené à sa cellule sans efforts. Il se débattit un peu sur le chemin, le temps que M. Gris (Il finissait par adopter les mêmes dénominations qu'Anthéa) ne lui colle le canon pointu de son arme sur la tempe. Owazuri n'avait qu'un succédané de Sérum dans les veines, il ne courrait pas après un projectile de métal logé dans la tête et s'il estimait ce que venait de raconter la vieille, il ne valait pas un pet de lapin pour les mecs en noir. Malgré cela, il fallait bien qu'il continue à coller à son image, afin qu'ils ne se doutent de rien. M. Bleu lui rendit son coup de pied en traître à la rotule sous la forme d'un bon coup de poing dans l'estomac qui le laissa plié en deux dans sa cellule mais ricanant.
« Dément... t'avais raison... dit Xigbar à Saïx.
_ Et...Kof! Kof! Vous n'avez encore rien vu mes agneaux.. teuf!teuf! Dit Owazuri entre deux tentatives pour retrouver son souffle.
_ La ferme.
_ Dépêchons nous, Numéro II, j'aimerais savoir rapidement ce qui s'est passé et que nous puissions reprendre l'interrogatoire. »
Xigbar observa le prisonnier qui le défiait du regard, même plié en deux.
« Ouais, toi, tu aurais bien besoin qu'on t'interroge plus sportivement.
_ Pas de soucis, vieux. » Owazuri lui fit son sourire déplaisant. Saïx arrêta Xigbar qui levait son arme de nouveau.
« C'est bon Numéro II, allons-y. »
Ils s'éloignèrent et Owazuri entendit un SWOOOOOSH qui indiquait, autant qu'il le savait, qu'ils étaient partis. Il sourit, toutes ses dents bien blanches et bien alignées apparentes. De sous son matelas, il sortit un petit morceau de métal tordu et se remit au boulot.
