Disclaimer dans la première partie


Chapitre 10 – Dans l'ombre

...

Owazuri se planquait dans les ombres du vaisseau et celles des bâtiments. Il prenait soin de ne pas faire trop de mouvements brusques. Cela faisait un moment qu'il ourdissait de se débarrasser de ce collier de chien qui le tenait à la merci de sa présumée supérieure hiérarchique et plus globalement le mettait à la solde de la société Voyager. Découvrir que la couchette de sa cellule était équipée de ressorts avait été un bonus conséquent. Dans les prisons de Lenveret, les responsables carcéraux avaient depuis longtemps compris qu'il ne fallait laisser aucun équipement en métal à disposition des prisonniers.
Tout était trop facile en fait, comme si leurs geôliers étaient des débutants dans l'art de la détention de personnages dangereux et que la vieille ne se doutait de rien. Ça ne lui ressemblait pas d'ailleurs. Ou c'était toujours ce théâtre qu'elle jouait pour détourner les soupçons de son identité. Bah, tout ça était presque sans importance. L'interrogatoire (de débutants) l'avait amené à connaître l'environnement dans lequel il se trouvait bien mieux qu'à son arrivée et c'était Anthéa elle-même qui lui avait fourni la clé pour échapper à ces trucs... les sans-cœurs. Il était curieux au sujet de ces choses. Quelques uns l'avaient poursuivi dès qu'il avait mis le pied dans la rue, ce qui l'avait excédé, il aurait aimé que ça confirme ce que certains disaient à son sujet. N'étant pas armé pour les affronter, il avait aussitôt tracé à toute vitesse vers le vaisseau et malgré la façon dont ces choses apparaissaient sans relâche, il avait réussi à leur échapper...
A partir de son arrivée au vaisseau, il avait improvisé à partir des informations qu'il recueillait inlassablement. Anthéa avait fait des erreurs en le laissant parfois seul près du vaisseau, en voulant l'empêcher de commettre ses exactions en mission. Elle ignorait qu'il s'était donné la peine d'étudier le Casus Belli autant qu'il le pouvait, en observant avec attention sa maintenance ou en écoutant les instructions de son IA. Elle ignorait même que le champ Axiom avait une faille, celle qui lui avait permis de pénétrer dedans.
Le régulateur de champ se trouvait sur le toit du vaisseau, au niveau des installations de communication, dans une des crevasses métalliques de la coque. Une des tiges métalliques de l'arbre des communications permettait de régler l'écart du champ par rapport à la coque. Elle dépassait de près de trois mètres du vaisseau et disparaissait parmi les autres antennes qui hérissaient la zone. Si on se laissait glisser le long de la tige métallique, le champ était affaibli par son propre poids et l'on pouvait ainsi se retrouver sur le vaisseau, sous le champ.
Il avait du longuement zigzagué sur la pente des débris qui s'amassaient à l'avant du vaisseau, pour amener la masse de sans-cœurs le suivant à se gêner et à ralentir, le temps de le laisser escalader le bloc de béton et de ciment plus massif qui surmontait le vaisseau. De là, il avait pu s'élancer précisément sur l'antenne qu'il visait et se laisser glisser sous le champ. Il ne lui restait qu'à descendre du vaisseau jusqu'au sas ouvert et prélever ce qui pourrait lui servir dans les zones accessibles. Il avait travaillé avec Anthéa, il l'avait vu porter sa combinaison, il l'avait vu ranger son vaisseau et évoluer dedans. Il connaissait la plupart des emplacements intéressants ; son râtelier à épées, le coffre de ses flingues, les réserves d'aliments de survie, les kits prêts à emporter... Que d'erreurs de la part de cette chère Anthéa. Il en venait à se poser sérieusement des questions sur l'avancée de sa sénilité.
Owazuri se doutait qu'il devait être rapide car ces types devaient surveiller et fouiller le vaisseau. Il comptait sur son évasion pour faire diversion. Mais ils ne tarderaient pas à revenir au vaisseau. Il lui fallait donc se rendre rapidement invisible et autonome.
Et ces types qui les avaient capturés, qui étaient-ils au fait ? A première vue, il jugeait que c'était une secte mais pas dans le genre des faiblards qui vénèrent quelque chose pour avoir un but dans la vie. Non, ceux-là étaient bien robustes et armés en combattants individuels, comme l'avaient prouvé M. Dreadlocks et M. Gris. M. Bleu était un guerrier lui aussi, sans aucun doute mais il avait aussi un regard qui dénotait une intelligence sans scrupules, orientée vers un but précis et prêt à prendre des détours pour y parvenir. Ils pourraient devenir intéressants au combat, pour peu qu'ils arrêtent d'essayer d'être civilisés. Surtout maintenant qu'il était armé.
Bon, il ne pouvait pas faire redémarrer le vaisseau, il ne pouvait pas se tirer d'ici sans se faire bouffer par les sans-cœurs, il ne lui restait donc qu'à s'adonner à ses passe-temps favoris.

...

Anthéa végétait dans un état somnolent bienheureux, rêvassant à une douche chaude et un bon repas, quand elle entendit des pas dans le couloir. En râlant, elle se redressa et se réveilla. Les deux messieurs aux cheveux bleus se pointèrent, accompagnés de M. Dreadlocks, tous l'air pressés et l'interpellèrent immédiatement à travers les barreaux :
« Mademoiselle Anthéa...
_ MADAME Anthéa!
_ Madame Anthéa, reprit Saïx et Anthéa devina qu'il le faisait exprès, nous ne pourrons vous confronter de nouveau à votre prisonnier.
_ Ah, vous avez craqué hein? » Dit Anthéa, déduisant qu'ils l'avaient soit matraqué, soit tué. « Je vous en veux pas, il est vraiment...
_ Non, vous feriez mieux de voir ceci et d'en tirer vos conclusions :
Mr Bleu leva quelque chose à hauteur d'yeux et Anthéa reconnut un collier d'obéissance made in Voyager. Ou plutôt, LE collier d'obéissance qu'elle vérifiait régulièrement quand elle travaillait avec Owazuri. Elle ferma les yeux et une expression douloureuse passa sur son visage.
« Oh merde, il a réussi à enlever son collier. Oh la merde!
- Ce collier servait à retenir votre prisonnier?
- A le... maîtriser. Bon... il s'est échappé, c'est ça...? »
Ses interlocuteurs se consultèrent du regard mais ne répondirent pas. Anthéa joua sur son 50-50 : Soit ils l'avaient toujours, soit le vieux briscard s'était échappé. Elle opta pour l'option la plus probable :
« Bon et ben, bon courage pour lui remettre la main dessus. »
Sur ce, elle s'éloigna des barreaux et retourna à sa couchette, laissant ses geôliers abasourdis un instant.
« Un de ses premiers objectifs va être de se venger de vous. Cela ne vous inquiète t-il pas ? Fit M. Bleu.
_ Son premier objectif va être de récupérer une arme et ensuite de tirer un coup. Je vous conseille de mettre les plus jeunes en sûreté.
_ S'il s'échappe hors d'ici, il va rencontrer les sans-cœurs à l'extérieur, vous perdrez votre prisonnier, fit Saïx en ignorant la dernière remarque.
_ Oh quel dommage... »
Le ton qu'elle avait pris démentait totalement son inquiétude à cette nouvelle :
« Et dire que je ne verrais pas ça... » précisa t-elle.
Elle haussa les épaules et s'assit sur sa couchette :
« Tant pis. Bon courage pour l'attraper, messieurs, j'y ai passé du temps pour ma part.
_ Vous craigniez que votre prisonnier se fasse définitivement éliminer par les sans-cœurs. »
Anthéa s'immobilisa et Saïx poursuivit :
« Vous avez déjà dit que cela vous empêcherait de couvrir vos frais que son corps ne disparaisse, ce qui veut dire que ça ne vous rend pas si indifférente qu'il se balade en liberté, à notre merci. Et à celle des sans-cœurs. Vous avez l'air bien au courant de l'existence des sans-cœurs et de ce qui se passera s'il se fait prendre. »
Anthéa se tourna vers M. Bleu et ne pouvait plus prétendre rester impassible. Il continua sans attendre :
« Vous craigniez que tout le travail que vous avez fourni pour l'attraper n'ai servi à rien. Malgré vos tentatives pour faire croire qu'il est insignifiant, vous tenez à le ramener en vie... Votre façon même de faire croire que vous nous laissez le problème est un leurre. Puisque vous allez sortir de votre cellule pour voir s'il ne s'est pas dirigé vers votre vaisseau. Lequel est votre seul moyen de fuite. Mais nous avons les deux en notre contrôle. »
Il fit un geste de conclusion de la main.
« Si vous tenez vraiment à récupérer votre prisonnier et à repartir, vous allez devoir coopérer. Ou bien vous pourriez rester ici pour très longtemps... »
Anthéa accusa le coup. Elle se s'approcha à pas de loup des barreaux avant de se pencher en avant et de défier M. Bleu du regard en disant :
« ça, c'est que tu aimerais. »
La façon dont elle le dit fut de trop.
Le Numéro VII avait passé une très mauvaise et trop courte nuit. Il avait essuyé un discours de Lord Xemnas, lequel gagnait en complexité dès qu'il stressait, il avait du consulter plusieurs fois un dictionnaire pour le suivre, il avait dû travailler avec le Numéro VI qui lui portait sur les nerfs et enfin, cette espèce de gamine lui tenait tête... Il berserkait pour moins que ça. Il était temps de lui donner une véritable leçon.
Anthéa vit le monsieur Bleu 1 disparaître dans un vortex sombre et sursauta quand il se rouvrit dans sa cellule. Elle n'eut pas le temps de réaliser ce qui se passait qu'un poing très énervé venait lui percuter la joue. Elle partit de côté, vacilla et parvint à ne pas tomber.
Saïx, furieux, savoura de la voir crier et son air blasé se briser enfin. Elle se tint le visage en gémissant puis, à sa déconvenue, se redressa et cracha une dent ensanglantée dans le lavabo. Elle mit un temps à reprendre ses esprits puis lui fit face :
« Choli crochet... » Elle massa sa mâchoire endolorie et grimaça. Puis, elle fit un pas incroyablement rapide pour quelqu'un qui venait de se prendre un coup de poing du Numéro VII, combla la distance entre eux et vint lui mettre un coup de boule magistral. Ce fut au tour de Saix de vaciller vers l'arrière en se tenant le visage. Après un court instant de surprise et de douleur, il entra dans une rage incontrôlable.
« Hey les mecs! Sortez le de là! »
Numéro III portailla rapidement dans la cellule et attrapa le berserk juste avant qu'il ne se jette sur la femme pour reportailler en l'emportant avec lui. Anthéa s'était reculée contre le mur, effrayée, bras levés en position de boxe défensive mais les baissa dès qu'il eut disparu. Elle souffla et gémit. Elle avait réellement vu les pupilles du mec devenir félines, ses cheveux se hérisser et ses mains... se tordre comme si elles étaient griffues. Comme un … loup-garou.
« Je crois que t'es loin d'imaginer à quoi tu viens d'échapper ! Fit M. Gris depuis quelque part.
_ Ouh! M'avait l'air parti... pour me mettre en charpie...Outch! »
Anthéa se tenait le front à présent. Sur le coup, elle avait oublié la douleur mais à présent, elle la sentait bien s'installer pour un moment. Outre les cheveux bleus, ce mec avait une tête en acier.
« N'empêche qu'il a raison, fit M. Gris sans qu'elle le voit. Tu sors de cette cellule et tu te fous de nous, gamine. Alors tu vas nous dire comment, ensuite faut qu'on rattrape ton petit copain. »
Anthéa faillit vomir rien qu'à cette seule idée.
« Hé mollo, les insultes!
_ La ferme, comment tu sors de cette cellule? Et crois-moi, on ne va pas être plus sympas que M. Bleu. »
M. Gris avait un ton ferme et froid, bien éloigné de son attitude cool et détachée de vieux briscard qui a fait ses armes. Anthéa chercha d'où il parlait. M. Dreadlocks réapparut dans un de ces vortex ténébreux, l'air essoufflé et exaspéré par son rôle de transporteur d'individus dangereux. Le regard qu'il jeta à la prisonnière fit réfléchir Anthéa. Ça devenait sérieux. Owa échappé, elle découverte, son vaisseau devait être gardé si M. bleu bis n'était pas là. Et ils n'étaient plus légèrement inquiétants, ils devenaient sérieux. Elle soupesa le pour et le contre de sa prochaine réplique.
Une balle lui effleura l'oreille et M. Gris ajouta après que le bruit de l'explosion eut fini de résonner :
« Et là, ça te débouche l'oreille, gamine ? »
Anthéa porta la main à son oreille, choquée... mais préféra continuer à jouer les chieuses.
« Je n'en sors pas vraiment. Je la quitte. »
La réponse rehaussa l'énervement et elle entendit le bruit d'un flingue dont on fait jouer le chien. Elle leva enfin les yeux : A l'envers sur le plafond, M. Gris la visait avec une arme dont elle n'avait jamais vu le modèle. Il serrait les dents et n'avait pas l'air enclin à apprécier ses jeux de mots techniques. Par réflexe, elle leva les mains, geste multiverien permettant de signaler à l'adversaire qu'on a compris qu'il a le plus gros flingue. Le fait que le type se tienne sur le plafond comme si c'était le sol n'était plus qu'un détail dans l'océan des trucs bizarres dans lequel elle surnageait.
« Tu as déjà perdu une dent, gamine, tu as envie de perdre quoi d'autre? Une oreille? Une main? Une épaule? Vas y, c'est la liste au Père Noël. Je peux faire dans le chirurgical à distance.
_ Non pas vraiment. Mais je dis la vérité. J'utilise un modulateur spatial individuel pour retourner à mon vaisseau de temps en temps.
_ Un... modulateur spatial...?
_ Oui, un petit truc qui me permet de me projeter à une distance de plusieurs mètres de l'endroit où je me trouve, avec la garantie de ne pas me réintégrer dans un mur ou à moitié dans le sol. Ça fait partie de la technologie à laquelle j'ai accès. »
Xigbar grogna :
« Heureusement qu'on a pas Numéro IV avec nous, il aurait déjà le scalpel et le tournevis à la main.
- Mais pourquoi t'es restée enfermée alors? Demanda Xaldin en s'approchant des barreaux.
- Ben vous m'avez filé à bouffer déjà et la couchette était plus confortable que celle de mon vaisseau. En fait elle est un peu en pente ma couchette de vaisseau en ce moment. »
S'ensuivit un silence consterné de la part des deux membres de l'organisation.
« Si je baisse les bras, vous n'allez pas tirer par réflexe? Demanda Anthéa d'une petite voix ingénue.
_ J'hésite. T'es vraiment une casse-c...
_ Oui, merci, je travaille dur pour y arriver. » Xigbar quitta le plafond et atterrit souplement sur le sol, ne lâchant pas ses armes. Elle baissa les bras et souffla. Xaldin tapa sur un barreau avec une de ses lances et dit de sa voix de stentor :
« ça ne suffit pas comme explication.
_ Je me doute... Alors essayons de nous comprendre : Je n'ai rien à foutre de qui vous êtes, quel culte vous vénérez et où je suis. Le vaisseau s'est crashé ici par accident, tout ce que je veux c'est reprendre Owa, réparer le vaisseau et repartir chez moi. C'est pour ça que je sortais en douce. Je génère un peu de carburant à chaque fois pour être prête à repartir. Et je n'avais tout simplement pas envie que vous tentiez de m'en empêcher ou qu'on ai à se taper dessus comme des barbares.
_ A quelques instants prêts, on en venait à ça. Qu'est-ce qu'il a ce type pour que tu y tiennes si fort?
_ Ben, déjà il coûte cher. »
Xigbar eut un soupir d'exaspération et Anthéa fit un mouvement de mains pour le calmer :
« Ok, ok, j'explique. Chun-Tao Owazuri est un guerrier urbain solitaire sur Zalian IV. Il a toute une partie de l'underground de la capitale sous son pied. Là-bas, c'est le règne de la guérilla urbaine. Et il est... enfin... était un des plus craints des guerriers. Dans toute la racaille qui traîne, vous avez toujours quelques uns qui s'élèvent au dessus du lot et dont les combats sont comme des spectacles pour tout le monde. Owazuri était le meilleur. Non seulement il est très doué en survie en milieu urbain mais c'est aussi un crack au combat rapproché. Son arme est le sabre. Il est très intelligent et très dangereux. Et je pèse mes mots.
_ Mais bien sûr, fit Xigbar avec un haussement d'épaules. On est pas des enfants de chœur non plus, gamine. Mais c'est pas tout, hein? T'as bien dit 'Planquez les plus jeunes ' toute à l'heure à son sujet ? Pourquoi ?
Anthéa leva les yeux au plafond et soupira.
« Ah par tous les enfers, j'espérais qu'on en viendrait pas à ça...
_ C'est quoi le problème? Ce type c'était qui à la base? Demanda Xaldin en sortant un petit pain au melon de son manteau et en l'entamant.
_ Ben il me servait de lieutenant. C'est un... Il travaille pour ma société contre son gré, pour purger ses condamnations. Ce n'est pas quelqu'un à prendre à la légère, croyez moi loin de là. On me l'a collé pour ça d'ailleurs » précisa Anthéa avec amertume. Elle se mit à marcher en long et en large nerveusement.
« Mais si c'était déjà un prisonnier qui purgeait sa peine, pourquoi tu dis que tu le ramènes pour être jugé?
_ Il a refait une connerie, alors qu'il était en mission... »
Les deux hommes en noir attendirent la suite, stoïquement, sauf M. Dreadlocks qui mastiquait son petit pain. Il rappela à Anthéa un spectateur avec son pop-corn.
« Ouiiii, eeeeeet...? l'encouragea faussement Xigbar.
_ Ah... vous voulez savoir? Se morfondit Anthéa. Ça vous suffit pas de juste savoir qu'il faut le tenir en laisse et pas laisser les jeunes gens à portée de ses mains? »
Xigbar eut un petit sourire sadique :
« Non, moi aussi je suis chiant et j'aime les détails gênants. »
Anthéa savoura l'amertume de se voir retourner ses propres piques.
« Vous l'aurez voulu : On était en mission, on s'est séparé et lui est parti sur une piste qui passait par un lycée pour jeunes hommes. Quand je suis venue le rechercher parce qu'il répondait pas; il avait fait un bordel.
- Il avait fait LE bordel...? corrigea Xigbar incrédule.
- Non non, UN bordel. Le lycée était devenu un véritable bordel... une maison close pour garçons dépravés. Chun-Tao est un guerrier urbain intelligent mais aussi un teenophile pervers homosexuel, sadique et dominateur. Oui, je crois qu'avec tous ces adjectifs j'ai fait le tour. »
Xaldin faillit s'étouffer sur une bouchée de pain sous le coup de la révélation et le Numéro I garda un silence teinté de stupéfaction. Après quoi, il lissa nerveusement ses cheveux en arrière en réfléchissant à ce qu'il devait faire. On n'était pas sûr d'où se trouvait le prisonnier échappé après tout...
Anthéa s'aperçut que M. Dreadlocks ne s'étouffait pas du choc de sa description mais plutôt de rire car il avait réalisé avant les deux autres la situation et la cracha entre deux éclats :
« Pfffff... et on a envoyé Six!
_ Six? C'est qui ça Six? Demanda Anthéa surprise.
_ Le petit monsieur bleu... fit Xigbar.
_ Le jeune ? Oh putain, me dites pas qu'il est seul avec Owa dans les parages ?!
_ T'en fais pas gamine, M. bleu bis a de la ressource. »
Anthéa s'approcha des barreaux, refroidie et inquiète :
« Croyez moi, il vaudrait quand même mieux le retrouver rapidement. Il est au vaisseau? »
Xigbar la toisa et ne répondit pas. Ils s'affrontèrent quelques instants du regard jusqu'à ce que la Voyager l'avertisse :
« On se rejoint là bas, M. Gris. »
Elle toucha son avant-bras d'un geste rapide et disparut de la cellule.
« Merde! » jura Xigbar en serrant le poing.