Disclaimer en première partie.


Chapitre 11 - Rencontre du second type

...

Zexion contemplait le vaisseau crashé depuis le toit d'un des buildings environnants. Sa forme triangulaire, élaborée sans doute pour rentrer facilement dans une atmosphère, était altérée par les larges ailes qui déformaient la coque à mi chemin des deux côtés. Le vaisseau s'évasait vers l'arrière, jusqu'aux sorties des réacteurs qui formaient deux énormes bosses à la base de la coque. Un seul d'entre eux était parfaitement visible dans la position où il se trouvait. Les débris de la monade que le vaisseau avait renversée avant de s'écraser dans les décombres s'étaient accumulés à la sortie du second. Comme un canard dont on aurait tiré dans l'aile, le vaisseau gisait légèrement de guingois sur son lit de décombres.
Ses couleurs dérivées du gris métalliques avaient été altérées par son séjour dans l'espace mais elles restaient plus claires que la pierre noire et le verre teinté brisé qui constituaient l'essentiel des bâtiments de Dark City. Malgré le fait qu'aucun être vivant n'ai habité ces immeubles, le crash du vaisseau faisait une horrible cicatrice dans la ville. L'appareil faisait bien 20 mètres sur 10 et la tranchée de destruction qu'il avait laissé dans son sillage coupait tout un quartier comme un gouffre de ténèbres totales. Plus aucune lumière n'y brillait. Les rues du reste de la ville étaient faiblement éclairées par diverses fausses enseignes au néon accrochées aux bâtiments et quelques réverbères faiblards luttaient eux aussi vainement contre l'obscurité ambiante du monde. Nul ne savait qui les avaient installés, la ville avait été construite ainsi. Pas étonnant que le taux de sans-cœurs errants soit plus élevé dans la zone touchée par le crash qu'ailleurs. Les quelques signaux, clignotants et autres lumières qui s'allumaient de façon sporadique dans les ravines et renfoncements compliqués de la coque supérieure du vaisseau ne produisaient aucune clarté digne de percer les ténèbres durablement. Leur rythme et leur nombre laissaient penser à Zexion que le vaisseau était en veille et donc il n'était pas impossible de le faire redécoller. Si le prisonnier avait réussi à parvenir à ce vaisseau, qui sait s'il n'était pas en mesure d'y pénétrer et de l'utiliser?
Car le contrôle du vaisseau par interface vocale était risqué et généralement, ce genre d'interface était suppléé par un contrôle manuel. La présence d'un tableau de bord muni d'un... comment appeler cette demi-sphère... objet à interface manuelle en témoignait. Et si le pilote principal venait à être dans l'impossibilité de diriger le vaisseau par sa voix, les concepteurs avaient du prévoir un système de secours qui ne demandait pas un individu particulier. Le Numéro VI était sûr de ses déductions à ce sujet. Il ne lui manquait qu'un peu de temps et une traduction des indications sur le tableau de bord.
Il songea qu'il aurait été plus simple de demander à Numéro V d'ériger une barrière de pierre ou de relever la porte du sas manuellement. Mais il avait encore en mémoire certaines remarques acerbes de SaÏx concernant ses capacités au combat ainsi que ses manœuvres pour éviter les corvées. Des remarques faites en réunion, ce qui vaudrait à Saïx de voir ressurgir certaines photos intéressantes sur son compte. Mais qui poussa Zexion à réfléchir pour se sortir seul de cette mission simple. Une illusion bien faite à l'entrée du sas convaincrait n'importe qui de de ne pas y pénétrer.
Il fallait cependant qu'il inspecte de nouveau l'intérieur du vaisseau. Selon toute vraisemblance, le prisonnier devait s'y trouver car sinon, où serait-il à l'abri des sans-cœurs? Numéro VI se méfiait plus que ses collègues du prisonnier masculin. Vexen avait beau l'avoir médicalement examiné et n'avoir rien trouvé d'extraordinaire sur son cas, le simple fait que ce soit cette jeune femme à l'organisme modifié qui ai été envoyée pour le retrouver et le convoyer signifiait qu'il était bien plus... retors et plein de ressources qu'il ne le laissait croire.
Aussi Zexion portailla t-il sur le sas du vaisseau après avoir invoqué son Lexicon et préparer quelques sorts à lancer. Après n'avoir rien détecté de dangereux et refermé son portail, le Numéro VI s'engagea dans le vaisseau. Le sol en pente était praticable quand on portait les bottes à semelles épaisses copyrightées de l'Organisation XIII. Par rapport au sol, Zexion estimait que le vaisseau penchait à un angle de -25°. Le vaisseau pointait cockpit vers le bas et conduisait donc immuablement au centre de commande de l'engin. Il emprunta le couloir pavé de plaques métalliques percées en dessous desquelles on pouvait voir courir des câbles de tailles et de couleurs différentes assemblées en larges faisceaux.
La paroi intérieure était en panneaux parcourus de cavités, d'alcôves et de câbles, apparemment destinés à la machinerie. La paroi extérieure était dans une matière plastique dure et d'un gris métallique à peine plus clair que la coque, sinon plus propre et qui ne souffrait que de marques de visserie et de soudures à intervalles réguliers. Aucune ouverture, aucun hublot ne venait briser la monotonie de ce couloir. L'air sentait moins le renfermé mais des relents métalliques et chimiques persistaient, ainsi que les traces des personnes passées ici durant les dernières 48 heures.
Zexion resta collé contre une paroi avant d'ouvrir le sas, vérifia visuellement que rien n'avait changé dans la pièce qui servait de passerelle et y entra enfin prudemment. Le sol en sorte de linoléum grinça sous ses semelles. Il était d'une couleur crème douteuse, pour ne pas dire sale et très usée aux zones de passages les plus empruntés. Il y avait une zone vers le couloir périphérique qu'il venait d'emprunter et celle qui menait à la salle de vie principale, à mi-chemin de la passerelle.
Il s'approcha du siège de commandement qui se trouvait devant le tableau de commande, lequel était encastré dans la façade opposée au sas d'entrée. Il représentait à l'heure actuelle le point accessible le plus bas de l'angle du vaisseau. Le siège, recouvert d'un cuir noir qui avait dû avoir une certaine splendeur à une époque, était impraticable dans ces conditions. Il était monté sur un rail qui permettait de le déplacer d'un point à l'autre du tableau de bord semi-circulaire et équipé de plusieurs leviers et manettes qui devaient servir à en régler la hauteur et l'écartement du bord de la console. Le rail avait un embranchement qui partait vers le dernier sas de la pièce, placé symétriquement par rapport à celui du couloir périphérique. Une fonction devait permettre au pilote d'être amené sur son siège dans ce couloir mais Zexion ne pouvait en deviner plus, le sas condamné ayant résisté à toute tentative d'ouverture.
Plus intéressante était la vitre qui occupait toute la paroi nord de la pièce, au dessus du tableau de commandes. De l'extérieur, la paroi qui servait d'ouverture vitrée apparaissait comme un rectangle bombé de 5 mètres sur 3, fait d'une matière épaisse d'un noir opaque et plus lisse que le reste de la carrosserie. Il émergeait à peine du tas de gravas qui recouvraient le vaisseau. Mais de l'intérieur, c'était une véritable vitre d'une transparence légèrement verte qui laissait parfaitement voir l'extérieur. Zexion avait été très impressionné de constater que, malgré la violence du crash, aucune fissure ou fêlure n'était apparue dans la zone vitrée. Il se doutait naturellement que la surface servait aussi d'écran de contrôle.
Au dessous, le tableau de commandes restait un mystère, même s'il confirmait qu'il y avait bien un mode manuel pour piloter. Le demi-cercle était divisé en trois zones distinctes avec une couleur pour chaque et des boutons, interrupteurs à bascule et à glissière, des relais et des commutateurs se disputaient les espaces. Quelques indications étaient rédigées sur les panneaux bleutés mais elles restaient pour l'instant vagues pour le Numéro VI. Enfin, au centre, à portée de main du pilote, une demi-sphère émergeait du tableau, mobile dans son logement, dirigeable d'un coup de doigt et certainement déjà sollicitée vu les traces digitales qui en ornaient la surface bleutée et rétro-éclairée. Le Cloaked Schemer avait déjà tenté de l'actionner avec précaution mais l'écran était resté vide et la voix artificielle avait réagi la première fois pour ne plus s'exprimer ensuite. C'était assez frustrant.
De part et d'autre de la pièce, en retrait du siège, se dressaient deux épais pylônes de la même matière grise que le revêtement intérieur du vaisseau. Le pourtour de chacun était bombé comme des alcôves de ruche. Les alcôves servaient de compartiments de rangement que l'on pouvait tirer hors du pylône. Certains étaient ouverts et avaient répandus les objets qui avaient assommé la pilote. L'un d'entre eux avaient révélé les ouvrages dont Zexion s'était servi pour effectuer sa comparaison linguistique et il comptait bien ouvrir le reste par la force dès qu'ils auraient... maîtrisé le prisonnier échappé. Au haut de chaque colonne, à hauteur atteignable pour un humain qui tendait le bras, on avait fixé quelques vulgaires portemanteaux. Dessus, la pilote avait accroché des colifichets : des perles brillantes en grappe, des pierres de couleur percées et quelques photographies sur une matière rigide qui donnait un aspect très réaliste aux scènes saisies. Vu les sujets des photos, il s'agissait de scènes de la vie de la pilote. L'une d'entre elle était tombée et Zexion l'avait soigneusement mise de côté sur le tableau de bord.
C'était quelque chose d'important à examiner plus tard, il en avait la certitude.
Tout comme ce qui se trouvait en haut de l'autre colonne, quelque chose de si peu esthétique que sa présence devait avoir une autre importance. C'était une masse de nœuds de rubans de soie, tâchés, déchirés, sales mais qui avaient du être blancs un jour. La masse hirsute pendait avec l'angle du vaisseau...
Zexion s'arrêta net dans son observation et releva le nez. Cette fragrance mêlée de sueur, de musc, de métal et de cuir était récente. Le prisonnier se trouvait ici.

...

Owazuri, dans la pièce de vie centrale, était enfin parvenu à ses fins avec le placard de la vieille. Celui où elle planquait ses armes. Il avait du batailler pour glisser ses doigts dans l'interstice. Il avait repéré ça un an plus tôt : Elle usait tellement le rangement que le sas se verrouillait en laissant du jeu. A l'aide de beaucoup de patience et d'un couteau qui traînait dans l'évier du coin cuisine (lequel était équipé d'un couvercle, dieu merci, sinon toute la vie que contenait cet évier se serait répandue dans le vaisseau et aurait prospéré) il avait débloqué le système aimanté du placard intégré. Il était en train de coincer les flingues dans le dos de sa ceinture quand il entendit le pas de quelqu'un dans le cockpit.
Ça ne pouvait être que les hommes en noir qui revenaient. Ou la vieille directement. Dans les deux cas, il savourait la rencontre. Alors qu'il posait la main sur la garde du sabre au lien noir accroché à sa ceinture, la porte vitrée menant à la passerelle s'ouvrit et un des hommes en noir s'avança. C'était le très jeune homme aux cheveux d'un bleu terne,qu'il avait vu lors de l'entretien, M. bleu bis, selon les termes d'Anthéa. Il tenait à la main un énorme livre relié de cuir avec un symbole indéfini dessus et fit un geste péremptoire .
« Vous feriez mieux de vous rendre. Le vaisseau est encerclé !»
L'ex-prisonnier lui sourit légèrement.

...

Zexion eut un vague souvenir de mal-être en découvrant le prisonnier attendant presque sa venue dans la pièce centrale du vaisseau. De toute façon, il devait le reconnaître, cet homme lui avait inspiré le dégoût dès qu'il l'avait vu sur les écrans de surveillance. Et les réflexions de ses collègues sur le sujet n'avaient pas amélioré les choses. Autant la femme semblait plus simple et civilisée que celui-ci suintait la décadence et le vice. Ses ténèbres à lui étaient déjà réveillées. Et certains indices physiques s'y ajoutaient. Ce regard d'un marron tirant trop sur le doré qui vous observait par dessous... Ces mèches de cheveux effilés qui lui tombaient sur le front rajoutaient encore à son air sombre. Et, observa Zexion, il avait la main nonchalamment posée sur la garde d'un katana accroché à sa ceinture. Il avait du s'en emparer dans le vaisseau, tout comme l'épée accrochée dans son dos. La façon particulière dont son pouce était tourné sur la garde laissait comprendre qu'il ne considérait pas cette arme comme un simple accessoire. Des complications s'annonçaient en perspective, même si le Numéro VI avait déjà défait des ennemis armés pareillement par le passé.
« Sérieux? Par vos p'tits nains noirs grouillants?
Le Numéro VI resta silencieux.
_ Donc c'est du bluff.
Owa laissa percevoir un ricanement, puis tourna la tête vers l'arrière en faisant craquer ses cervicales d'un air dégagé.
_ Mon pauvre chaton, il aurait fallu qu'il y en ai au moins quelques uns ici. Mais... Je peux te faire apprécier leur absence. Celle de tes camarades aussi.
Le jeune homme restait immobile. Son visage ne marquait aucune émotion, mais Owa voyait dans ses yeux qu'il réfléchissait, et vite. Il fit un premier pas prudent en direction du Nobody. Il s'arrêta en voyant le livre se soulever légèrement, trahissant une main qui venait de se crisper. Zexion esquissa un léger sourire.
_ Ce n'est pas comme si leur présence m'était d'une aide indispensable.
_ Ah! Un petit frondeur! Voilà qui n'est pas pour me déplaire. Tu es sûr que tu n'aimerais pas qu'on fasse plus ample connaissance?
_ Votre proposition ne m'intéresse pas du tout.
_ Ah ces jeunes. Voyons... Je peux aussi y mettre les formes, voire les moyens pour briser cette distance qui nous sépare.
_ Si vous faites allusion à votre armement, je ne pense pas qu'il puisse vous suffire.
_ Vraiment? Et bien voyons ça... »
Chun-Tao tira son sabre dans un léger sifflement et bondit vers l'avant en cours de phrase. La lame effectua un arc de cercle et aurait atteint le livre de Zexion si celui-ci n'avait pas esquivé au dernier moment. Le Nobody se plaqua contre le mur en serrant son arme et se prépara à lancer un sort d'illusion quand la lame vint se placer contre sa jugulaire. Il expira bruyamment, il n'avait pas vu l'homme changer son sabre de main... Chun-Tao inclina sa lame de façon à ce qu'elle soit posée à la perpendiculaire de la gorge de sa victime.
« Tu vois, jeune homme, c'est si facile de se rapprocher. »
Il s'approcha lentement et riva ses yeux à celui visible du jeune Nobody. Zexion sentit sa gorge s'assécher. Ces yeux... il était entouré en permanence d'êtres dont les yeux ne reflétaient plus aucune pitié, aucune émotion, aucun sentiment et dont les teintes allaient d'un doré effrayant à un vert émeraude, teintes presque impossibles pour un Somebody. Il avait déjà affronté le regard glacial et silencieux du Supérieur, sans le vaincre, mais il s'y était confronté à plusieurs reprises, tout comme à ses semblables. Ils étaient effrayants par leur couleur mais aussi le vide qui y vivait. Pourtant, cet homme qui possédait encore un cœur, et parce qu'il possédait encore un cœur, était autrement effrayant. Ses iris étaient intenses et l'attention de son assaillant portée entièrement et exclusivement sur lui le déstabilisaient, exerçaient une fascination paralysante. Il ne parvenait pas à se tirer de ce moment d'égarement.
« Et une fois que le premier pas a été fait, le reste de la distance n'est qu'un détail. »
Chun-Tao libéra une de ses mains et commença à l'approcher du visage du jeune Nobody avec une lenteur hypnotique.
« Quant aux moyens... ils pourraient être... moins affutés... »
Zexion frémit d'horreur quand Owazuri lui caressa très légèrement la joue mais la lame sur sa gorge ne bougea pas d'un pouce.
« Le choix est tien, la manière du moins... fit la voix soyeuse, invitante, de l'asiatique.
_ Éloignez-vous de moi! »
La voix de Zexion vacilla mais il réussit à y mettre de la menace. L'homme sourit et approcha son visage cette fois, jusqu'à ce que le Numéro VI sente son haleine sur sa joue, tout en lui tenant le menton de deux doigts.
« Sinon quoi, mon chaton?
_ Sinon mes simili vont vous interrompre définitivement. »
Owazuri stoppa et fut soudain conscient du changement dans son dos. Il lâcha aussitôt le jeune homme et se baissa avec la rapidité d'un serpent. Quelque chose siffla à son oreille et il se jeta de côté pour avoir le temps de se retourner. Trois créatures d'un blanc neigeux, aux mains dépourvues de doigts, aux crânes ornées d'un symbole étrangement phallique, se tenaient, ondulantes, dans le cercle central de la pièce. Une autre s'était placée entre lui et le jeune homme.
« Immobilisez-le! » ordonna Zexion.

...

L'asiatique considéra les créatures et le jeune homme, redevenu plus sûr de lui et dont le livre lévitait à présent. Il dégaina l'épée et bondit sur la table rectangulaire fixée au sol à sa gauche. Deux des 'simili' foncèrent sur lui, flottant dans les airs plus que sur leurs pattes et le visèrent. Il effectua deux passes de katana et l'un des deux se dissout en lambeaux ténébreux. Il enchaîna en portant un coup d'estoc de l'épée au second et sauta de la table avant de voir le résultat de son attaque.
Il y eut un autre son soyeux, un bruit de pages tournées et Owazuri se retrouva entouré cette fois d'une dizaine de simili. Zexion fit un nouveau geste et ils se jetèrent sur lui. L'asiatique tournoya avec souplesse, faisant décrire des sinusoïdes à ses lames autour de lui et touchant les simili les plus proches. Puis, ignorant les autres, il fit un dernier demi-tour agile et chargea vers le jeune homme avec une expression de rage aussi brutale que soudaine, ses lames croisées devant lui. Les simili derrière lui ne furent assez rapides que pour attraper son manteau mais sans parvenir à le ralentir et ceux devant furent simplement projetés hors de son chemin par sa charge.
Zexion fit léviter son Lexicon, effectua un tour de poignet dans le vide et un panneau se détacha du plafond pour tomber comme une protection devant lui. Mais trop tard. Sans hésiter, l'asiatique passa au travers de l'illusion et elle se dissipa. Le Nobody tenta de se protéger de son livre mais en vain. La pointe du sabre se planta à gauche de son visage et celle de l'épée à droite, les lames toujours croisées entre les mains de son assaillant.
Le regard injecté de sang du guerrier le cloua de nouveau sur place.
« Finalement, t'es pas trop mon type. » dit l'homme calmement avant de décroiser ses épées brutalement, ignorant les simili qui lui attrapaient la tête, posaient leurs entraves sur son dos, ses jambes. Zexion hurla quand les deux lames le tranchèrent en un 'X' ironique, le sabre tranchant de son épaule gauche aux basses côtes droites et l'épée de son épaule droite aux basses côtes gauches. Son cri se perdit dans les limbes tandis que son image s'évaporait dans les ténèbres.
L'asiatique virevolta sans se déconcentrer et se débattit jusqu'à se débarrasser des simili les plus gênants. Il trancha, estoqua, frappa et élimina tous ses ennemis. Il grimaça de frustration en se débarrassant de ces êtres faibles, sans intérêt ni consistance. Il avait l'impression de frapper dans l'air. Le sorcier avait disparu de la pièce mais il savait que ce n'était pas fini.
Un sorcier qui meurt ne disparaît pas sans un festival de sang, de sons et de lumières. Un sorcier ne se laisse pas tuer si facilement non plus. Owazuri en avait l'expérience. Il adopta la posture classique de la garde à deux lames, une en diagonale haute, l'autre en diagonale basse et s'approcha de la vitre qui le séparait du cockpit. Elle s'ouvrit automatiquement et il la passa avec concentration, se préparant à la suite.
Son esprit dopé à l'adrénaline fonctionnait à plein régime. Ce mince jeune homme dont il aurait aimé se rapprocher très intimement avait invoqué ces choses... Mais aussi une illusion. Car le panneau de plafond dans lequel il avait foncé s'était dissout sur son passage. Il n'avait reçu aucun choc, n'avait rien éclaté. Il n'y avait pas trace du moindre débris dans la pièce. Donc c'était un illusionniste en plus d'un invocateur. Que pouvait-il invoquer de plus?
Il serra les dents. Putain de trucs magiques, des moyens de lâche pour se défendre, des moyens de ceux qui ne savent pas se battre comme des hommes, tchh! Et cette illusion était minime. S'il avait vraiment voulu pousser l'illusion, il y aurait eu des débris. Il n'avait fait que le tester. Ce qu'il avait tué... n'avait pas de consistance non plus. Donc le sorcier était toujours en vie et dans le vaisseau. Et Owa savait que son environnement ne le favorisait pas. La pièce centrale était assez grande pour qu'on puisse s'y battre avec des épées, en restant raisonnable, mais ce n'était pas une position sécurisée. Et se battre avec deux lames dans le reste du vaisseau était handicapant à cause de la place qu'il devait gérer. Le cockpit avec ses deux colonnes était trop encombré et trop en pente aussi pour lui assurer son équilibre. Les couloirs étaient trop étroits. Dehors. Il maîtrisait mieux dehors. Plus d'endroits où se cacher, plus d'ombres où se dissimuler...
Donc il devait sortir, et vite.

...

Zexion se tenait contre un des piliers, son Lexicon lévitait devant lui et ses mains volaient au-dessus des pages qui tournaient à un rythme démentiel. Il extrayait chaque partie de l'environnement qui l'entourait et le modifiait. Il n'abandonnait pas l'idée de ramener cet... individu méprisable à se rendre et à lui livrer des informations intéressantes sur ce vaisseau ainsi que sa compagne. Mais pour le tromper dans une illusion et le tenir sous son contrôle, il devait confronter le sujet à l'illusion afin qu'elle s'implante dans son esprit et qu'il ne puisse plus y échapper. S'il se révélait vraiment intenable, il irait définitivement chercher ses collègues plus... dotés en muscles.

...

Owa traversa le cockpit sans rien rencontrer. Il respirait le plus silencieusement possible pour prêter attention à la moindre variation de son environnement. Il avait déjà eu affaire à des illusions, notamment à cause de la vieille quand elle s'exerçait à ses trucs psychiques. Mais dans son cas, elle affectait seulement l'esprit, pas l'environnement. Il n'était pas encore fixé sur la façon dont opérait ce jeune homme.
Tout lui semblait normal quand il passa le sas qui le séparait du couloir menant à la sortie. La sortie, logiquement c'était là qu'il allait essayer de l'avoir. Mentalement, l'asiatique savait qu'il pouvait pousser les limites de son intelligence très loin, mais il devait admettre que les endroits et les personnes qu'il avait rencontré au cours de ses missions avec Anthéa le dépassaient. Ce qui avait renforcé son aversion profonde pour les sorciers. Et bien qu'il aurait fallu le torturer à mort pour lui faire admettre, la vieille lui avait enseigné un ou deux trucs utiles pour se défendre en cas de machins magiques. Dont un qui venait bien à propos. Quitte à se tromper, autant essayer celui-ci. Il pourrait le mettre sur le compte de la vieille truie s'il échouait. Aussi ferma t-il les yeux et se concentra sur le souvenir qu'il avait du couloir dans lequel il avançait.
Il guettait le moindre bruit, le moindre déplacement d'air, le moindre petit détail qui lui indiquerait que son adversaire essayait de l'avoir plus directement. Il serrait les dents en se focalisant autant sur le maintien de son souvenir clair du couloir que son aptitude à réagir si on l'attaquait. Mais rien ne vint et au bout des 23 pas qu'il estimait, il se tourna vers ce qui devait être le sas. Il se sentait à la bonne inclinaison du vaisseau, au bon endroit de la paroi intérieure...
Il tendit lentement le sabre devant lui, toucha la paroi du vaisseau, fit glisser la lame le long et..

...

Zexion avait jeté un sort de silence autour de lui. Aussi se déplaçait-il dans le silence le plus total derrière le métisse, en veillant à garder une distance appréciable. L'homme avançait plus prudemment à présent, le sabre et l'épée au clair, en position de défense. Il guetta sa progression jusqu'au sas et se concentra sur l'illusion. Il avait donné l'impression que la sortie était entièrement obstruée par des rochers et des débris de bâtiments détruits par le vaisseau. Fraîchement amassés de main humaine. Comme si un membre de l'Organisation avait effectivement obstrué le sas depuis l'extérieur. Il avait poussé le sens du détail jusqu'à donner au mur de débris un aspect compact méticuleux, les interstices entre les pierres comblées par de la terre sèche, tel que le faisait Numéro V, spécialiste de la terre, quand il utilisait ses pouvoirs.
Le prisonnier s'arrêta devant le sas et étrangement, tendit le sabre pour ...éprouver la solidité de la paroi? Puis il tendit son arme au milieu de l'entrée, tentant d'éprouver l'illusion. Zexion réagit aussitôt, voyant qu'il devrait rajouter un peu de crédibilité à son travail.
« Vous n'avez pas le choix, vous êtes bloqué ici. Je peux m'en aller sans sortie mais pas vous. Je vous offre une dernière chance de vous rendre. Et de coopérer. »
L'asiatique tourna lentement la tête vers lui et cligna des yeux tout en déclarant :
« On dirait que je me trompais toute à l'heure. En fait, tu aimes te faire désirer... puisque tu en redemandes! »
Il chargea aussitôt, ses lames parallèles au sol, de chaque côté. Zexion tendit la main pour lancer un sort qui donnerait l'impression que le vaisseau vacillait et projetterait son ennemi au sol. Mais son instinct de survie l'interrompit et lui évita de se faire planter comme un insecte au mur derrière lui quand l'asiatique fut sur lui en quelques secondes. Il émit un 'Gnn' offensé et tenta de lancer un sort de feu mais un coup de genou dans son Lexicon l'en dissuada. Un souffle chaud passa sur son visage et...
« La vieille est une sacrée pétasse, mais elle connaît quand même des trucs... » dit mystérieusement l'homme en rouvrant les yeux sur un Zexion abasourdi. Il les avait tenu fermés dès qu'il avait estimé la direction du magicien.
Zexion s'offusqua. Ce... ce... perverti ! Il avait fermé les yeux! Voilà pourquoi il avait échappé à son illusion! Le sorcier n'avait pas envisagé de devoir pousser l'illusion à un niveau mental très élevé. Il n'avait usé que d'une illusion visuelle, pas physique. Encore une fois, il avait sous-estimé son adversaire. Il grimaça.
« Tu es fort, chaton, mais il vaux mieux avoir des griffes, plutôt que de la magie, avec moi... »
L'épée effleura l'oreille de Zexion quand il tenta de bouger et il sursauta quand le genou de son adversaire s'insinua entre les siens.
« Qu'est-ce que vous croyez faire!? Fit Zexion d'une voix un peu plus aigüe.
_ Humm... connaissance forcée ? »
Puis il piqua brusquement du nez vers le Nobody et lui lécha la joue. Zexion cria et se plaqua contre le mur avec un dégoût violent. Mais son agresseur avait stoppé et semblait écouter. Puis il retira brusquement les lames du mur et s'écarta en couvant le Nobody tremblant du regard :
« Dommage, chaton, une autre fois... »
Puis il s'enfuit à toutes jambes dans le couloir, passant au travers de l'illusion de Zexion devenue vacillante, à l'image de l'estime très entamée de son propriétaire.
Enfin, Zexion entendit les bruits qui provenaient de la pièce principale. C'était les bruits de quelqu'un de malade qui évacuait ses soucis. Il récupéra son Lexicon et le serra contre lui comme s'il se raccrochait à une bouée de sauvetage.