Disclaimer en première partie


Chapitre 12 : Le temps des épées

...

Anthéa effectua 5 jumps en moins de 3 minutes, imprudemment, et se réintégra dans son vaisseau avec un vertige à vomir. Elle passa quelques instants à stabiliser son estomac... Et vomit au milieu du pont supérieur, à son grand désespoir. Elle détestait gâcher de la bonne nourriture. Bon, elle pourrait dire aux mecs de la section Recherche et Développement que le module de jumping n'était pas à utiliser trop rapidement et à répétition. A moins qu'ils ne l'aient précisé dans les instructions fournies avec ?
Vacillant quelque peu, cherchant à se mettre sur ses gardes tout en s'essuyant la bouche, elle gagna la porte de l'unité médicale et l'ouvrit. Elle aurait besoin de renfort et de toute façon, le caisson avait fini son cycle de régénération. Elle tapota sur le clavier de contrôle de la capsule et ressortit. Fit le tour de ses affaires et râla. Quand elle entra sur la passerelle, elle tomba sur monsieur bleu bis qui se tenait à moitié courbé contre la paroi du sas vers le couloir, l'air choqué, ni plus ni moins. Il se reprit en la voyant surgir et pointa un livre énorme sur elle d'un air menaçant :
« Vous! Restez où vous êtes, ne vous approchez pas! »
Anthéa leva les mains dans le même geste universel 'ouais-ça-va-j'me-rends', bien que suspicieuse sur l'efficacité du livre dans un combat à mains armées :
« ça va, ça va, calmez vous, je vais rien vous faire... ah, vous venez de rencontrer Owa, c'est ça?
L'espace d'un instant, une vilaine grimace déforma les traits du Nobody et Anthéa en tira les conclusions logiques :
« Okayyyy, est-ce qu'il a... fait... est parvenu à vous faire... des choses réprouvées par la morale et contre votre gré? »
Cette fois, le jeune homme serra les dents et sa main trembla nerveusement. Anthéa devina qu'il tentait de chasser un mauvais souvenir de sa mémoire.
« D'accord, vous en faites pas, je le laisserez pas recommencer, débita t-elle avec automatisme. Si vous voulez je peux vous adresser à une cellule psycho...
_ Comment êtes vous arrivée là? Et qu'est-ce que vous faites là? Fit son interlocuteur en reprenant contenance.
_ Pour le comment, vos collègues qui arrivent vont vous expliquer. Pour le quoi, je viens essayer de rattraper ce satané petit con de métisse. »

...

Il y eut un SWOOOOOSH et Anthéa vit avec un intérêt grandissant un de ces magnifiques portails tout en volutes ténébreuses s'ouvrir au plafond du couloir. Le monsieur à cheveux gris en surgit en jurant et toujours à l'envers sur le plafond, pointa ses armes dans les directions du danger le plus direct.
« Bordel, gamine, refais ça et je te jure que tu vas prendre du poids en plomb !
_ ça ira, je viens de faire régime, répondit Anthéa du tac au tac.
_ Tu commences sérieu... »
BLAF! Quelqu'un tomba du portail sur le sol du couloir en jurant et sacrant :
« BORDEL DE MERDE XIGBAR! QUAND TU OUVRES UN PORTAIL PENSES AUX AUTRES NOM D'UN CHIEN! » Le monsieur aux dreadlocks, qui avait emprunté le même portail que le Numéro II et atterri sur le sol, se redressa, remit de l'ordre dans sa tenue et ses cheveux avant d'invoquer une de ses lances. Anthéa pointa un doigt interloqué, bouche bée, sur l'arme qui venait de surgir du néant :
« P'tain, trop d'la balle comment vous sortez vos armes ! »
Le Numéro III considéra sa lance, sourit à l'expression impressionnée de la femme et répliqua :
« Et encore chérie, ça c'est pas la plus impressionnante... »
Zexion se plaqua une main sur les yeux en considérant l'attitude de son collègue avant d'éclater :
« II, III! Concentrez-vous sur les problèmes les plus urgents! Le prisonnier... il était là à l'instant!
_ Du calme mon pote, on y vient. Il est parti par où?
_ Le sas...
_ Ok. Reste là, on va le rattraper. »
Ils allaient passer le sas quand Anthéa se retourna et l'avertit :
« Ma lieutenant est en cours de réveil. Elle va sortir du bloc médical, ne soyez pas surpris, elle est un peu grognon quand elle se lève. » Zexion considéra la porte de l'unité médicale d'un air circonspect et ils le laissèrent tous à surveiller ce qui allait en sortir. Anthéa suivit les deux autres messieurs en noir sans se poser de questions. Zexion ne s'en soucia pas dans la mesure où il considérait que son cas relevait de la responsabilité de ses collègues.
Dans le couloir, M. Gris, identifié à présent comme étant Zigbar lui demanda :
« Alors, à quoi s'attendre avec l'autre zouave?
_ Ce con a pris toutes mes armes et ma combinaison.
_ Détaille...
_ Une épée, un sabre, deux flingues gros calibres et une combinaison thermo-optique.
_ Une quoi?
_ Une combinaison qui permet de se rendre invisible. On ne vous sent pas, on ne vous voit pas même en infrarouge. Il peut même flouer les sans-cœur les plus petits j'imagine, vu que la combinaison masque même le bruit des battements de cœur. »
Elle grinça des dents alors qu'ils arrivaient au sas et Xigbar se retourna pour lui ordonner :
« Tu restes là, gamine.
_ Non, fit Anthéa d'un ton sans condition.
_ Si tu crois qu'on va te donner une arme pour que tu viennes le chercher avec nous, tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au coude.
_ Je ne crois en rien. Mais je sais ce que veux Owazuri.
_ A part tirer son coup? Demanda M. Dreadlocks.
_ Oui, il me défie... fit la jeune femme d'un ton plus sombre.
_ Bien sûr... Et qu'est-ce qui te fait croire ça?
_ Il n'a pas pris les chargeurs des armes, ni même des réserves ou un médikit, ce qui est totalement débile. Il veut s'amuser en fait, il veut juste que je vienne l'affronter à mains nues. »
Xigbar marqua un temps d'arrêt et considéra la jeune femme. La façon dont elle avait parlé plus que tout confirmait ce qu'il pensait depuis un moment. Ils n'avaient pas affaire à une jeune qui voulait se la raconter. Celle là on sentait qu'elle avait déjà vu de quoi détruire son innocence plusieurs fois. Et vécu assez pour savoir ce que ça faisait de zigouiller des gens vivants. Il écarta son observation et décida de la remettre à sa place pour l'instant.
« Et ben c'est pas de bol parce que c'est nous qui allons le trouver. Si tu veux pas te faire bouffer le cœur, tu restes là quand même. Et tu ne nous gênes pas ou bien je te fiche une balle dans les jambes. Et ce serait dommage faut avouer. »
Il haussa les sourcils d'un air suggestif en passant le sas mais Anthéa y resta insensible. M. Trois se mit en chasse autour du vaisseau tandis que l'homme aux flingues portaillait, sans doute sur les bâtiments alentours pour repérer leur prisonnier.
Anthéa attendit quelques instants avant d'ignorer soigneusement l'ordre de ses geôliers et de se mettre en route pour trouver Owa, avant qu'un de ces messieurs ne lui mette la main dessus. Ou pire... le contraire. Elle partit le long du vaisseau, dans la direction opposée de M. Trois, quitte à le croiser à un moment. Au pire, s'ils s'énervaient de trop de la voir se balader, elle utiliserait la persuasion sexuelle.
Elle se mit donc à monter le long des débris, éboulis, pierre et autres, vers l'arrière du vaisseau, cherchant la moindre trace de son cher ex-lieutenant, futur souffre-douleur et éternel chieur. Elle n'avait pas le choix. Elle n'avait pas d'autres armes à disposition pour lui faire face. Ses couteaux de cuisine étaient merdiques et perdaient leurs lames quand on coupait de la purée avec. Le reste de ses armes sérieuses était en maintenance chez son cher armurier. De toute façon, s'il la voyait armée, Owa ferait de son mieux pour rallonger ce petit jeu et ainsi l'empêcher de réparer le vaisseau et de se barrer. Au pire, elle utiliserait son arme fatale, Vanessa. Elle aussi avait l'habitude de courir après le lieutenant diabolique.

...

Le bruit des débris les plus petits, délogés par des semelles de bottes, résonnait comme des billes de fer dans un seau de granit. Parfois le craquement d'un morceau de béton désagrégé cédant sous un pied malheureux, accompagné d'un 'Merde!' étouffé, ponctuaient la progression. De l'extérieur, on n'entendait pas le ronronnement du vaisseau et seul un léger souffle d'air apportait l'odeur étrangement iodé des quelques sans-cœurs qui rôdaient près du champ de protection. C'était le règne du silence et de l'effort, de la concentration et des hypothèses.
Anthéa et ses associés temporaires autochtones en étaient restés à l'idée classique : Une fois son forfait commis, Owazuri s'était dissimulé quelque part dans le MQNJE en attendant de pouvoir s'échapper ou de commettre un forfait traumatisant pour un pauvre mâle. Ils en avaient oublié la plus facile des stratégies qui permettait à Owa de se cacher aisément et de se mettre hors de portée des sans-cœurs sans se fatiguer : Se cacher SUR le vaisseau.
Il se jeta depuis le surplomb du flanc droit du vaisseau sur Anthéa et l'envoya rouler dans les débris avec souplesse et discrétion. Sa victime rompit son avancée de ninja en jurant de ses pires jurons, lesquels pouvaient faire rougir un bataillon de mercenaires. Elle roula sur elle-même pour se mettre hors de portée de coups d'épée éventuels. Elle se rétablit, deux blocs de pierre sous Owa.
Celui-ci la surplomba avec un sourire de pure jouissance depuis une plaque de béton d'où sortait des tubes de fer, son sabre à la main.
« Tu t'essouffles la vieille, pour t'être faite avoir si facilement. J'aurais pu t'embrocher.
_ T'embroches que les mecs, sale pervers.
_ Tss, je t'épargne une grosse perte de sang et tu m'insultes, quelle éducation, grognasse.
_ J'vais pas te demander de te rendre Owa... mais j'vais te coller une nouvelle dérouillée avec... »
Anthéa s'interrompit en plein milieu de phrase, observa l'asiatique et tiqua sur une chose :
« Hé! Mais tu ne portes pas ma combinaison! Tu me l'as piquée pour rien?
_ Non, je voulais juste l'essayer. Je voulais voir ce que ça faisait d'avoir des seins. »
La combinaison de la voyager étant moulée pour coller à ses... formes. Et forcément un homme qui l'enfilait se sentait des aérations au niveau de la poitrine. Anthéa eut une grimace de dégoût affligée.
« Facet... La première chose que je vais faire c'est de la nettoyer soigneusement. »
Owa sourit brièvement puis pointa le sabre sur la voyager qui se mit en position de défense, les poings levés.
« Alors t'as compris ce que je voulais, la vieille? T'es même venue seule, c'est jouissif.
_ T'emballes pas grand con, je sais qu'il vaut mieux que ce soit moi qui te mettes la main dessus. Et quant aux armes... »
Elle écarta les mains et afficha un air suffisant :
« … comme tu le vois, je n'ai pas peur de m'attaquer à toi comme ça. »
Le métissé se renfrogna et s'esclaffa :
« Tch! Quelle arrogance. Je suis au courant que tu es invincible avec une lame à la main, Anthéa. J'ai bien observé tes environnements de combat. Mais je ne crois pas que tu sauras te la jouer, à mains nues contre une lame! Tout ça, c'est encore ton petit jeu des apparences! »
Il se mit à se déplacer latéralement, descendit d'un niveau, prenant soin de bien assurer son équilibre, cherchant à placer son adversaire en position de faiblesse. Anthéa suivit son manège, lui faisant toujours face, plus bas, poings levés en position de karaté, concentrée sur la pointe du sabre. Il le tenait en garde simple et le faisait danser en arcs de cercle restreints devant lui, rendant difficile l'estimation de son premier coup.
La voyager se concentrait sur sa respiration, sur les arrêtes irrégulières du terrain sous ses bottes et... Des grésillements se multiplièrent dans le silence de leur face à face. Anthéa ne tourna pas la tête, elle devina ce qui se passait. Attirés par les fortes émotions que le combat faisaient surgir, les sans-cœurs s'assemblaient autour du vaisseau.
La première attaque fut un coup de taille vers son abdomen, elle recula d'un bond et se tourna de quart, essaya de frapper la lame du plat de la main au moment où Owa ralentissait pour revenir à sa position initiale mais n'y parvint pas. Elle écopa d'une coupure profonde au dos de la main, se baissa soudain et tenta de flanquer un coup de botte dans les tibias de son adversaire, qui sauta hors de portée sur une marche de béton avant de charger de nouveau. Il piqua vers le bas pour l'embrocher et elle roula sur elle-même, évitant la lame qui ricocha sur le sol de justesse.
Chun-Tao jura. Anthéa en profita pour crapahuter sur une plaque à hauteur de taille située par dessus un pilier brisé dans la longueur. Elle reprenait ainsi de la hauteur. Owa ne lui laissa pas le temps d'anticiper longtemps et effectua un saut digne d'un caïd des arts martiaux, fauchant l'air de son sabre en même temps. A son étonnement, la voyager croisa les bras devant elle en voyant la lame lui arriver dessus et s'arc-bouta contre le coup. La lame fut repoussée par son avant-bras avec un bruit métallique. La manche du maillot, taillée par la lame, révéla une structure articulée qui recouvrait l'avant-bras de la femme et se terminait en un fourreau métallique sur le petit doigt de la main droite.
« Pas si sûre de toi, la vieille, pour avoir mis tes bracelets? grinça Owa avec acidité, en reconnaissant l'appareil.
_ J'ai dit pas armée. Porter une pièce de défense, c'est autre chose.
_ Des mots, rien que des mots! » cracha Owa en attaquant plus férocement. Anthéa reconnut dans son regard la fureur qui le prenait au combat. Ils se trouvaient à présent sur une surface plus plane, un ancien étage d'une monade pas brisé par le crash. Si elle n'avait plus à trop prêter attention au terrain, elle pouvait répliquer à présent. Elle avait déjà une idée précise de comment le vaincre.

...

Xaldin, le Numéro III de l'Organisation, inspectait le toit du vaisseau après en avoir fait le tour. Il restait sur ses gardes, non pas à cause du danger que représentait le prisonnier armé mais celui de la combinaison. S'il ne pouvait pas le voir, alors il pouvait détecter sa présence par les perturbations qu'il produirait dans l'air. Mais pour l'instant rien ne s'était produit. Il crapahutait dans les méandres usées par le froid sidéral quand il tomba sur un paquet de tissu qui gisait au pied d'une antenne avec une épée posée en travers. Il le poussa d'un bout d'une de ses lances pour en évaluer le danger puis récupéra la chose.
C'était une combinaison pour femme, aucun doute là dessus, même s'il mit un moment à en trouver le haut du bas. Et l'épée... Allons donc, le type n'avait pas utilisé ce qu'il avait piqué? Juste le sabre? C'était illogique. Puis il entendit une rumeur sous le vaisseau, de l'autre côté de l'aile qu'il explorait. Il se dirigea vers l'origine du bruit, évitant de marcher aux endroits les plus oxydés et entendit plus clairement :
« Sale bâtard de suceur de queues ! injuriait une voix féminine.
_ Ta mère payait mon père pour ça ! » répondait une voix blasée.
Puis un 'clang' métallique et le souffle ahanant de deux personnes qui se battent. En s'approchant du bord du vaisseau, il distingua la nana qui se battait effectivement contre son prisonnier. Il hésita à intervenir. Il ne devait pas les tuer pour l'instant. Ni l'un ni l'autre même s'il était d'accord avec Xigbar que le mec était moins intéressant et mériterait bien un malheureux accident.
La nana n'était pas armée mais il distinguait des protections sur ses avant-bras qui lui servaient à parer la lame de son adversaire. Et elle s'en tirait pas mal. Donc ils pouvaient ferrailler encore un moment. Il posa la pointe d'une de ses lances contre le sol et soupira. Puis ouvrit un portail vers le toit du building dominant tout Dark City.
Il explora le premier toit puis par ordre logique, alla au second et... un tir identifié fit sauter un morceau de béton à une trentaine de centimètres de ses pieds.
« TU ME CHERCHES VIEUX? » cria quelqu'un depuis les profondeurs de l'espace inter-dimensionnel.
Xaldin pesta contre la manière dont Xigbar se signalait :
« Pas la peine de me tirer dessus, un-œil! Ramène toi! »
Le bras qui tenait une arme et émergeait d'un portail disparut et son propriétaire émergea complétement cette fois d'un autre portail.
« Je devrais te clouer au mur pour m'avoir tiré dessus.
_T'excite pas mon pote, c'était juste pour te signaler que j'étais pas loin.
_Tu pouvais juste gueuler!
_Pas envie de m'user les codes vocales. Pourquoi tu viens me voir? T'as trouvé l'autre con?
_Presque, la nana l'a trouvé...
_Je lui avais dit de pas bouger, putain les femmes !
_Ils sont en train de se battre, faut que tu viennes voir ça, ça vaut le coup d'œil.
_Si on récupère que des morceaux, au moins on sera tranquilles, le patron commence à sérieusement criser avec ces deux types » dit le Numéro II en suivant son collègue à travers un portail.

...

Anthéa suait et paradait dans une danse dangereuse avec son adversaire. Les esquives et attaques qu'elle portait, les coups vicieux, les cris d'efforts de son adversaire, les quelques blessures récoltées, tout alimentait cette ivresse fiévreuse du combat. Owa était dans le même état et Anthéa le voyait enfin se réveiller, ses yeux se mettre à vivre, en opposition avec cette attitude blasée et ennuyée qu'il affichait d'habitude. C'était tout ce qu'il cherchait...
Comment en était-il arrivé là? Cette question restait un mystère pour Anthéa. Elle avait consulté son dossier à Voyager avant qu'on ne lui impose dans l'équipe. Né d'une famille aisée de Trivia, élevé par des parents aimants, une petite sœur, éduqué, avait montré une grande intelligence dirigée vers les arts martiaux à l'âge de 13 ans. Un drame familial et il s'était mis à traîner dans les rues, puis il était parti à l'âge de 18 ans dans la ville sans loi pour devenir un caïd de la guérilla urbaine. Il avait quitté le quartier à 20 ans, pas encore tout à fait lavé par la vie. Mais après, rien jusqu'à la prison de haute-sécurité de Nox, celle d'où l'avait tiré Voyager. Tabula rasa sur 4 années de son existence, une partie entière de son dossier n'existait plus. Avec les moyens dont elle disposait, Anthéa avait poussé ses recherches, ouvrant des portes et déliant des langues mais s'était arrêtée face à la police interne de Voyager. Rien n'en filtrait mais nul doute que ce qu'il avait fait durant ces quatre ans lui avait attiré l'attention de l'agence de contrôle spatio-temporel.
Et en 7 années de travail avec Anthéa, il n'en avait jamais laissé échapper un seul indice.

...

Depuis un poste avancé d'observation, les deux Nobodies appréciaient le combat. Xigbar avait sorti un paquet de cigarettes antédiluvien et s'en grillait une petite en commentant. Xaldin s'était muni d'un paquet de chips et piochait dedans en suivant l'action qui se passait sous leurs yeux.
« Ben mon pote, plus besoin d'Hollywood pour faire des films d'arts martiaux, fit-il en soufflant des miettes de chips. Suffit de les regarder tous les deux, c'est Bruce Lee contre Jet Li.
_ La nana est vachement douée. T'as vu comment elle bouge? »
Ils passèrent un moment à détailler les déhanchés, roulés-boulés et mouvements intéressants des zones périphériques de la voyageuse.
« Quelle souplesse... elle doit non seulement grimper aux rideaux mais sauter au plafond et faire le poirier dans une chambre celle-là... fit remarquer Xigbar. Xaldin ricana avec lui. Puis après un instant de réflexion, entre deux crissements de chips, il dit :
« Dit Xig, cette façon de bouger, ça te rappelle pas quelqu'un? »
Le Numéro II souffla un jet de fumée et se frotta la nuque en constatant lui aussi :
« Ouais, je vois bien... Mais il lui manque une lame pour faire comme le patron.
_ Heureusement pour lui, il serait déçu de savoir que son style de combat durement élaboré n'est pas unique. »

...

A l'intérieur du vaisseau, dans la pièce à vivre, Zexion se demandait pourquoi la femme ne revenait pas. Les événements prenaient une tournure désagréable et il était en train d'élaborer un plan simple pour définitivement se débarrasser de cet homme dangereux qui l'avait agressé, quand la porte qui était jusque là restée close émit un léger sifflement.
Ah, la femme avait bien dit que son lieutenant allait sortir. Zexion ouvrit d'un geste froid et sec son Lexicon. Pas question qu'un autre ennui vienne s'ajouter à ceux existants. Il n'aurait qu'à dire que le nouveau venu ne s'était jamais levé. Non seulement, il éviterait d'avoir affaire à un autre détraqué mental mais en plus il serait tranquille pour explorer la nouvelle pièce. Il s'agissait du bloc médical, toujours selon la femme, ce qui voulait dire de grandes découvertes en perspective, pour son plus grand intérêt ainsi que celui de Numéro IV.
Il se posta devant la porte et prépara un sort particulièrement choquant, puissant et dont l'efficacité ne faisait aucun doute. L'épaisse porte couverte de stickers en diverses langues glissa lentement de côté, laissant échapper un inquiétant nuage de brume froide. La manne blanche s'était accumulée derrière la porte et s'accrochait aux formes d'une silhouette qui en sortit lentement. La forme émergea à gestes raides et titubants du flot velouté et Zexion leva la tête pour estimer l'individu. Puis la leva encore. Une main féminine marquée de tatouages bleutés se tendit lentement vers l'extérieur, tirant hors de la brume fantomatique un être incroyablement grand qui poussa un grondement de bête en colère.
Zexion s'apprêtait à lancer son sort quand l'apparition émergea totalement de l'unité médicale. Il stoppa net, bouche ouverte, yeux écarquillés, définitivement traumatisé par un détail très important. Ne sachant comment réagir, son cerveau méthodique décida de fermer boutique. Suivant son exemple, son corps fit de même et il tomba dans les pommes.
A la porte de l'unité, l'incroyable nouvelle venue poussa un grondement plus précis, tel celui d'un zombie pas tout à fait dépourvu d'esprit, quelque chose comme :
« Caaaaaaaaaafééééééééééééé... »

...

Anthéa esquiva, se baissa, se courba, fit des bonds de côté, glissa, se tordit en tous sens et évita coup après coup. C'était une épreuve qu'elle avait déjà passé. Maitre Terroan l'attaquait au couteau, souvent, pour lui faire développer sa défense et sa réactivité. Mais Maître Terroan était un Iéraüm. Il n'avait pas de colonne vertébrale dure. Ses mouvements étaient si imprévisibles et si souples qu'elle avait du imaginer une nouvelle façon de bouger pour contrer sa faiblesse. Chun-Tao prenait son pied en découvrant cette capacité et enrageait de ne pas la prendre au dépourvu.
Elle ne faisait qu'esquiver, les obligeant à bouger tellement autour du vaisseau qu'une ou deux fois, ils faillirent sortir du champ Axiom. Les sans-cœur les guettaient, s'amassaient contre le champ et Anthéa le vit plier à certains endroits où ils forçaient contre la barrière électro-magnétique. Cette minute d'inattention faillit lui être fatale et elle cria quand la lame du sabre lui entailla le flanc droit. Elle recula assez pour parer le coup suivant et évita de porter la main à la blessure. Elle sentit son sang chaud se répandre sur sa peau et imbiber son maillot. Mais resta concentrée sur le coup qu'elle attendait. Ce n'était pas une ouverture qu'elle cherchait, c'était une occasion. Elle ne pouvait pas porter un coup sans risquer de se faire sabrer dangereusement en retour. Tout était une question de temps et d'occasion et Owa le savait. Il cherchait à ne pas faire ce qu'elle attendait.
Allez! Vas y, porte moi un coup d'estoc, vas-y! Pique!
Elle trébucha vers l'arrière et se rattrapa in extremis. Et entendit des couinements dangereusement proches. Dans leur valse endiablée, ils s'étaient rapprochés de la limite du champ Axiom. Anthéa estimait qu'il était dans son dos, à un mètre environ. Elle grimaça en repoussant de nouveau une série de coups de sabres qui l'amena nez à nez, lame contre bracelet, avec Owazuri.
« Anthéa, ma chère mariée sanglante, est-ce que tu crains ces trucs? »
Elle sentit l'odeur de sa sueur quand il força pour s'approcher d'elle au maximum, le sabre entre eux.
« Dis moi la vieille, est-ce que tu as peur de te faire prendre ton cœur ? Alors qu'il te sert à rien? »
Il força un coup formidable contre les bracelets et ils furent rejetés chacun de leurs côtés dans un claquement assourdissant. Anthéa se sentit envahie par la même sensation de colère et d'arrogance que son adversaire et cracha :
« Et toi, pauvre paumé devenu chien, tu crois qu'ils trouveraient quelque chose à bouffer sur toi? Sur un mec qui n'a tellement plus rien qui le motive qu'il inspire pitié ? C'est ça qui t'empêche de me battre ! »
Elle grimaça un sourire de cruauté :
« C'est tellement bon de te voir sombrer à chaque fois que tu perds! »
Les réflexions d'Anthéa touchèrent juste et l'asiatique chargea en hurlant, le sabre à la perpendiculaire du corps, aveuglé par la soif de vaincre et de rabattre cette femme qui se permettait de le juger.
Anthéa, un genou plié, tendit le bras droit comme pour se protéger et en une fraction de seconde calculée, tourna la main. Elle attrapa le sabre par la lame, d'une main, sciemment, l'écartant d'elle, le laissant glisser sur toute sa longueur, entre ses doigts et son pouce. Le sang fusa et inonda la pierre noire du sol, éclaboussant les adversaires, tachant le métal luisant de l'arme.
A quelque distance de là, Xigbar avala sa fumée et Xaldin resta un chips entre paquet et bouche, médusés par la scène.
Le métal acéré mordit la chair de sa paume serrée, s'y enfonça d'un coup net, sectionnant peau, muscles et nerfs, tirant un hurlement à la femme jusqu'à ce que la lame rencontre les os de la main. Des os synthétiques installés quand Anthéa avait eu son module greffé dans son avant-bras. Des os faits pour résister à tous les accidents possibles, toutes les pressions, tous les métaux connus, afin de garder quelque chose d'intact du corps d'un Voyager.
Emporté par son élan, Owazuri fit glisser la lame du sabre dans la main d'Anthéa jusqu'à la garde en quelques secondes et réalisa son erreur. Il vit la souffrance, la rage et la folie mêlés fondre les traits de son ennemie en un horrible masque quand elle referma les os de sa main en une prison inébranlable sur la garde de son arme.
Le katana s'immobilisa dans la poigne des deux adversaires. Devant cette folie, l'asiatique eut un instant de stupeur, bloqué au-dessus de la Voyager. Il ne surveillait plus la main droite d'Anthéa. Il en eut brièvement conscience au moment où elle vint lui percuter la joue sous la forme d'un poing lancé avec une terrible force. La douleur explosa dans sa mâchoire et se répercuta dans toute sa tête.
Il vacilla vers l'arrière, sonné et tituba de travers en émettant un juron incohérent. Anthéa en profita pour placer un second uppercut, alourdi par la gaine de son canon d'avant-bras défensif, en hurlant toute sa haine et sa douleur. Owa vit des étoiles et tomba vers l'arrière. Une main lui agrippa le col quand il sentit vaguement des petits doigts griffus lui frôler le dos. Il était presque sorti du champ Axiom. Anthéa le tira brutalement de côté pour l'empêcher de se faire attraper par les sans-cœur.
« Oh que non connard! Si quelqu'un doit t'arracher le cœur, ce sera moi! Et moi seule! »
Elle tenait toujours le sabre bloqué dans sa main dégoulinant de sang, des morceaux de chair pendant entre ses doigts quand elle le fit bouler à terre. Puis, d'un geste technique longuement répété, elle lui assena une manchette très professionnelle dans le bas du cou et l'envoya dans les bras d'un Morphée sadique.
Profitant des derniers regains d'adrénaline, chassant toutes les alertes parasites que son corps aurait pu lui envoyer, la Voyager délogea le sabre d'entre ses doigts et le laissa tomber à terre. Puis elle souffla un grand coup, inspira de même et envoya au monde un long hurlement d'animal qui laissa sortir toute sa rage, sa douleur et l'ivresse du combat en une fois.
Elle fit suivre d'un tout petit :
« Ô maman, ma main... » Elle regarda les sans-cœurs qui se massaient et forçaient contre le champ avec plus d'avidité que jamais et lança, plus pour elle-même :
« Oh que non, mes petits. Mon réservoir de rage et de désespoir n'appartient qu'à moi. Crevez. »
Puis elle attrapa une des chevilles d'Owazuri et se mit à le traîner péniblement jusqu'au vaisseau.