Disclaimer en première partie


Chapitre 14 : Négociations - Intermède

...

Suivit un petit temps fleuri. Le temps que les hommes en noirs ne rentrent pour débattre de la question, Anthéa demanda à Owa où se trouvait ses flingues et son épée. Il l'envoya sur les roses. Elle sortit un flacon de sérum de vérité et il se montra un peu plus coopérant. Vanessa enfila sa combinaison, au soulagement de Zexion qui restait avec Xaldin pour les empêcher de tenter de partir et s'obstinait à éviter les deux lieutenants. Puis Anthéa sortit et alla sur le toit chercher les revolvers et l'épée laissés sur place par Numéro III.

Il est à noter qu'il resta silencieux quand Anthéa entama des recherches acharnées pour retrouver sa combinaison. De même quand elle menaça Owa qui ne comprenait pas pourquoi elle n'avait pas retrouvé son vêtement. Au bout d'un moment il l'envoya sur les pâquerettes.

Finalement, Anthéa réactiva quelques robots de maintenance afin de dégager le chantier provoqué par... les nausées successives des occupants du vaisseau. Enfin, elle mit le chauffe-eau du vaisseau en route et attendit en ré-attachant Owazuri par les pieds à ceux de la table de la salle.

« M'attache pas la vieille, le jeune va vouloir se venger, fit-il avec un geste de la tête vers la passerelle où les deux hommes en noirs vadrouillaient.

_ ça t'apprendra, jeune con, à courser tout ce qui a... jeune âge...

_ ...et un caleçon, la vieille ! Ne sombrons pas dans le vulgaire non plus, bougonna son prisonnier.

Anthéa s'écroula de rire sur la table, plongeant de nouveau Owa dans des abîmes de perplexité sur son état mental. Mais elle revint vite à plus sérieux.

« Bon, t'as réussi à te barrer, à chopper mes épées et ma combinaison... Mais d'un autre côté... je pige pas : Pourquoi t'as pas essayé de t'associer avec ces types, leur balancer tout ce que tu savais sur moi, sur Voyager, sur notre technologie tout ça pour t'offrir une porte de sortie ?

Bah, ça semblait pas aussi intéressant que de te tenir la dragée haute et de finir par m'échapper de Voyager dont tous les gros pontes croient que leur système d'esclavage est incassable.

Pas logique Owa : Tu savais même pas si ces types pouvaient se montrer plus intéressants. Ils auraient pu t'aider à t'échapper. Ou être des adversaires coriaces. Certains ont l'air d'être de bons combattants.

Non. Leurs gueules me disaient rien. Et pour la drague, à part le petit bleu, ils étaient tous trop vieux...

Des fois, tu me fais peur. » dit Anthéa avec une expression de consternation et d'effroi.

Owazuri eut un grand sourire plein de fierté.

« A ma grande satisfaction, la vieille. »

Anthéa haussa les épaules et passa brièvement dans le cockpit pour prévenir les messieurs en noir :

« J'vais à la douche. Servez-vous en café si vous voulez.

_ Si tu veux de l'aide pour te frotter le dos, je... fit Xaldin en dissimulant l'emballage d'un petit pain aux céréales dans sa poche.

_ Non merci M. Trois, ça ira... »

Elle eut la surprise que M. Six l'interpelle poliment avant qu'elle ne retourne à l'intérieur de la pièce :

« Permettez, madame, que je vous pose quelques questions ?

_ Je vous écoute » dit Anthéa en se demandant ce qu'il voulait

Le jeune homme aux cheveux bleus désigna d'un geste l'occupant de l'autre pièce :

« Concernant votre prisonnier, le système que vous utilisez permet à n'importe qui de lui donner des ordres ou bien vous possédez un appareillage lié au collier qui vous en donne la possibilité? »

Anthéa réfléchit à la question et à où il voulait en venir mais finalement haussa les épaules :

« Deuxième solution. Il réagit à ma voix. »

Zexion computa l'information puis ajouta :

« Et il est nécessaire que vous criiez pour vous faire obéir?

_ Non ça c'est juste que j'aime hurler sur les gens qui m'ont fait chier plus d'une heure. Autre chose?

_ Non merci. »

Anthéa fit la moue, légèrement inquiète et prévint :

« Dites, pas de blague avec Owa, j'en ai toujours besoin entier pour mes frais, tout ça...

_ Ne vous en faites pas, madame, votre prisonnier sera toujours entier et vivant quand vous reviendrez. »

Elle n'en fut pas moins rapide à prendre sa douche.

Quand elle revint, Owazuri était tordu dans une position improbable par terre, protégeant une zone intime de sa personne. Il réagit dès qu'Anthéa fit entendre le son de ses bottes :

« La vieille...

_ Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda Anthéa en se brossant les cheveux.

_ ...ce morpion de fils de pute a IMITé TA VOIX! »

Anthéa constata les contorsions et les marques évidentes qu'Owa avait reçu des ordres déplaisants pour sa propre personne puis fit d'un air désintéressé :

« Mon pauvre petit chou s'est fait malmené, rooooh, et par un plus jeune qu'il voulait molester... mais comme-c'est-dommage. Goûte à tes propres méthodes, jeune con.

_ Va donc te faire... »

On laissera au lecteur le plaisir d'imaginer ce que suggéra Owa à sa geôlière.

….

Quand Anthéa revint à la passerelle, elle était propre et vêtue d'un ensemble composé d'un pantalon noir, d'un body écru et d'une veste grise marquée de l'emblème de Voyager, signe qu'elle se remettait en service. Monsieur Deux était revenu et s'était installé contre le siège du tableau de commande, se tenant à l'oblique à cause de l'angle du vaisseau mais d'un air dégagé, comme s'il se foutait d'être penché à 25°. Les messieurs Trois et Six se tenaient près des piliers et Anthéa se contenta de se pencher vers l'arrière pour contrer l'angle du sol.

« Alors, votre patron veut bien me voir ou on continue à discuter par intermédiaires ?

_ Les intermédiaires te disent bien des choses, gamine. Le patron et son chien-chien seront au donjon dans 20 min. Tu viens seule.

_ Il est accompagné, je viens accompagnée, fit Anthéa d'un ton sans réplique.

_ Pas avec la grande là, elle vaut pour deux.

_ Vous voulez que j'emmène qui ? Owa? »

Elle se vissa un doigt sur la tempe :

« Nan mais... vous y croyez à celle là? On l'a pas coursé dans la moitié de ce trou pour l'emmener de nouveau dans cette passoire qui sert de prison.

_ Hé! Mais il est très bien le donjon ! Protesta Xaldin.

_ T'aurais pas aimé être enfermée dans l'autre donjon, poulette, fit Xigbar avec un geste du pouce derrière son épaule. Notre Numéro IV aurait pu t'avoir à disposition pour ses expériences.

_ Le grand machin blanc qui flotte au dessus du trou? Ben faudra me donner le nom de l'architecte, que je le recommande pour un asile!

_ Numéro II, Numéro III, madame, on s'éloigne du sujet, reprit Zexion d'un air las. Il faut vous décidez, madame, vous avez demandé un entretien avec le Supérieur, il ne va pas attendre éternellement.

_ Ok, ok, j'y vais seule. Et si en revenant, je découvre qu'Owa ou Vanessa ont subi des trucs, je vous jure que je tire au canon dans votre château.

_ T'en fais pas ma jolie, on va en prendre soin de tes copains, dit Xaldin d'un ton qui se voulait rassurant.

_ Une dernière chose, fit Xigbar en souriant. Pour t'adresser à notre patron, vaut mieux que tu saches... »

...

Anthéa fut conduite dans la plus grande salle de son ancienne prison, qu'elle regrettait un peu, c'était plus confortable ici que dans le vaisseau pour dormir. Ses deux accompagnateurs la laissèrent seule avec le M. Bleu ainsi qu'un nouveau venu qui devait être le gourou de la secte. L'homme n'était pas d'un grand âge, pas plus de 35 ans environ, mais ses cheveux étaient déjà d'un blanc laiteux, tout comme ses sourcils, tranchant net avec sa peau matte et Anthéa en conclut qu'il devait s'agir d'un sorcier. La totalité des gens qu'elle avait déjà rencontré et qui présentaient ce genre de physique étaient des sorciers, peu ou prou. Ayant vu la façon dont ces messieurs faisaient apparaître et se servaient de leurs armes, elle était déjà convaincue que la magie était à l'œuvre dans ce monde. En dehors de ces caractéristiques, l'homme avait du charisme. Ses yeux dorés en imposaient tout comme son physique de mordu des arts martiaux. Et il le savait très bien, sa façon de la regarder et de se tenir montraient bien qu'il s'agissait là d'un homme habitué à tenir son groupe d'une main de fer.

Restait à savoir comment lui la percevait, quelles déductions avait-il fait des informations qu'on lui avait fournies sur elle ?

Il s'assit d'un côté d'une table faite de plusieurs tables collées les unes aux autres, d'un air régalien, le M. Bleu à ses côtés, l'air prêt à mordre au premier faux geste de la jeune femme. Anthéa prit place sur la chaise à l'autre bout de la table sans qu'on lui indique et observa son interlocuteur en silence pendant un moment. Par dessus la table, leurs regards se jaugèrent , se confrontèrent, s'examinèrent. Si ce monde avait eu des mouches, on les aurait entendu voler ou tomber raides sur la table. Puis, après un temps de réflexion convenable, le Supérieur commença :

« Madame, nous sommes dans une situation délicate. Vous étiez notre prisonnière et vous voilà demandant une entrevue. Résumons les troubles que vous et vos... compagnons avez causés. Pour commencer, les dégâts matériels sont irréparables... Les bâtiments, le quartier, puis viennent... »

Il consulta un papier devant lui :

« ...les dommages mentaux causés à plusieurs des membres de mon organisation...

J'ai proposé une cellule de suivi psychologique pour ça. Il n'y avait personne dans les bâtiments et je peux signer un gros chèque pour la réparation des dégâts matériels. »

Elle se fit la réflexion que la monnaie locale était si basse dans le cours monétaire intermondes qu'elle pouvait généreusement se payer un astéroïde et une baraque à 5 chambres ici sans entamer son budget. Alors quelques bâtiments...

Son interlocuteur se contenta de replacer ses documents en tas et de faire un geste élusif de la main.

« Voilà qui écarte les sujets les moins importants. Cependant, les troubles que vous avez apporté avec vous dépassent la simple question de réparations. Vous êtes entrés ici selon des moyens qui nous sont inconnus et pour le moins intriguants. Ces lieux ne sont pas de ceux où l'on pénètre assez facilement, et il est à notre avantage que cela le reste. Je serai franc, j'aimerai fortement que ce genre de mésaventure ne se reproduise pas, c'est pourquoi... » Il marqua une pause dramatique.

« Nous ne vous laisserons partir qu'après avoir étudié soigneusement votre mode de déplacement ainsi que diverses questions sur vos connaissances spatiales. De toute façon, vous avez besoin de notre aide pour repartir, sinon vous ne seriez pas ici.

_ Faux. »

Anthéa resta sagement affalée dans sa chaise et parla d'un ton neutre, à la limite de la lassitude.

«Je n'ai aucunement besoin de votre aide pour repartir. Si j'ai demandé des négociations c'est pour régler ces questions une fois pour toutes :

a. Vous ne saurez rien de notre technologie de déplacement dans l'espace parce que, de toute façon, l'ingrédient principal vous en est inaccessible.

b. Vous allez éloigner vos hommes du vaisseau le temps qu'on le remette en état, ça évitera qu'ils ne se blessent avec quelque chose ou quelqu'un.

c. Je considère que je ne vous ai jamais vu, jamais parlé, je me fous de ce monde et de ce que vous y faites, si ça peut vous rassurer. Mes supérieurs se fichent d'où je suis. Pour eux je suis encore en rade, ce qui les intéresse c'est que je re-décolle rapidement. »

Xemnas eut un sourire, un sourire faux, sans joie, malsain.

« Vous faites fausse route, vous aussi en croyant m'impressionner, Madame, avec ces exigences sans fondement. Oubliez vite l'idée de nous émouvoir par quelque affect que ce soit. Vous useriez de l'énergie en pure perte. » Son sourire changea et devint celui de quelqu'un qui s'amuse d'une farce connue de lui seul.

« Nous ne vous laisserons pas partir aussi facilement. Nous saurons vous convaincre, d'une manière ou d'une autre, de nous transmettre vos connaissances. Ce sera à nos conditions ou bien vous resterez dans les ténèbres avec nous... »

Son ton était soigneusement mesuré et il appuyait sur chaque mot avec un calme olympien et une froide confiance. A ses côtés, le monsieur aux cheveux bleus affichait un air féroce et satisfait qui laissait entendre qu'il était prêt à extirper les informations d'une manière désagréable. Et que la tentative d'intimidation de la femme n'avait aucun effet sur lui non plus.

Bref, les négociations s'avéraient plus difficiles qu'elle n'aurait cru. Ça faisait plaisir.

Anthéa se redressa sur sa chaise et un sourire fendit soudain son visage comme une lame de couteau une pêche mûre. Ce n'était pas un sourire agréable. Ses dents apparaissaient entre les lèvres.

« Arrêtez-moi si je me trompe, mais à ce que j'ai pu voir sur le scanner de mon vaisseau, ce monde est assez petit en fait. Même pas la moitié de Trivia. Je dirais même qu'une simple ogive thermonucléaire suffirait à le rendre à l'état de petits morceaux irradiés. »

Elle marqua une pause bien programmée pour que son interlocuteur savoure le sadisme à peine voilé sous son ton.

« Je crois même que si le Goliath, le vaisseau amiral de la flotte avec laquelle je voyageais, venait à tirer dans le coin, ce monde serait juste un parmi d'autres qui disparaîtraient. »

Cette fois, Xemnas leva un sourcil de suspicion. Pas besoin d'avoir un cœur pour deviner ce qui se passait :

« Seriez-vous, madame, en train de proférer une menace ? »

Anthéa cessa de sourire et son air sérieux correspondit bien à la sécheresse de sa voix :

« Tu crois mon grand ? Il t'aura fallu du temps pour comprendre. »

Elle désigna son plexus en continuant :

« Si ma lieutenant ou moi-même mourront, les mouchards contenus dans nos corps enverront l'information à la société pour laquelle je travaille. Ils voudront savoir ce qui s'est passé, ils viendront fouiner par ici, ils ont déjà les coordonnées d'où s'est crashé le vaisseau. Et s'ils découvrent que des mecs cultistes mal intentionnés s'amusent avec un vaisseau de leur technologie, ils vont pas faire dans la dentelle. (D'ailleurs c'est pour ça qu'ils m'emploient ^^). »

Elle fit craquer ses vertèbres d'un petit soubresaut de la tête, ajoutant à son air de folie douce.

« Mais avant ça, avant d'essayer de nous tuer, croyez moi, il y aura quelques autres dégâts. J'ai bien dormi, ma lieutenant aussi, Owa a envie de tirer son coup, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. »

L'acide qui dégoulinait de son discours érodait même les certitudes en acier trempé du Supérieur. Ce n'était pas qu'il craigne de s'attaquer à la petite équipe d'intrus mais les conséquences que cette femme évoquait n'étaient pas négligeables. La technologie du vaisseau et les connaissances sur les mécanismes spatiaux trouvés par Numéro VI accréditaient ce qu'elle disait. Ç'avait toujours été une des craintes les plus grandes de Xemnas, qu'ils tombent sur quelqu'un d'un de ces mondes à très haut niveau technologique ayant des connaissances dépassant largement les leurs concernant les mondes, qui les découvriraient et les élimineraient en tant que menace potentielle. Il n'envisageait même pas de collaborer avec ce genre de société, ses plans... dépassaient ce qu'ils auraient pu accepter. Il reprit son air impassible et déclara :

« Bien, Madame, je vous propose de parler maintenant sous l'angle d'une solution civilisée entre nous. »

…...

Il fut rapidement question de séparer les deux groupes afin de ne pas tenter les hommes de l'organisation de prendre des initiatives personnelles. Anthéa acquiesça elle aussi. En argumentant que sa lieutenant et son ex-lieutenant pourraient eux aussi prendre des initiatives personnelles à conséquences désagréables. Il fut question de laisser tranquille les crashés afin qu'ils réparent le vaisseau dans les conditions techniques optimales. Anthéa acquiesça et ajouta qu'on ne n'était jamais trop prudent avec les fuites radioactives potentielles dans le réservoir ou dans l'armement. Elle et ses lieutenants avaient des moyens de s'en remettre et de réparer ces fuites... mais des personnes non préparées... Xemnas parvint à extorquer à Anthéa la promesse de garder le silence sur leur rencontre et leur existence en ce monde. En échange, Anthéa suggéra que ses hommes se retirent dès son retour sans, littéralement, lui « casser les pieds à poser des questions ».

…...

La voyager revint donc au vaisseau, toujours en courant pour éviter les sans-cœurs, mais avec la légèreté du travail bien accompli. Saïx vint chercher ses collègues avec hargne. Certains exprimèrent leur déception de quitter les nouveaux venus, enfin les nouvelles venues, plus exactement. D'autres laissèrent percer un certain soulagement. Et les rescapés du crash purent enfin s'occuper du vaisseau seuls. Hélas, les ennuis n'étaient pas finis.