Disclaimer en première partie
Chapitre 16 – L'organisation s'organise
...
Une réunion immédiate se tint dans le château suspendu au dessus du gouffre, à peine Xigbar fut il sorti du Corridor des Ténèbres1 qu'ils avaient ouvert depuis le donjon annexe.
« Bon, faut trouver Saïx, lui expliquer la situation et prévenir le patron. IV et VI vous avez toute liberté pour étudier ces médocs et la maladie. »
Les concernés étaient déjà en route pour le laboratoire du sous-sol, débattant sans prêter attention au Numéro II qui reprit :
« Lexaeus, mon vieux, tu te sens pas malade, toi? »
Le géant brun, Numéro V de l'Organisation, acquiesça d'un air calme, nullement atteint par la situation de crise qui s'annonçait.
« Super, dit Xigbar avec l'entrain d'un scarabée neurasthénique. Il faut trouver le gamin et s'assurer qu'il va bien. Vu la grippe qu'il a fait en revenant d'Atlantica, il risque de morfler avec ce truc et le patron nous en ferait un drame... en cinq actes... On doit le surveiller. »
Le géant eut un mouvement d'acquiescement de la tête et ouvrit un autre Corridor des Ténèbres pour partir à la recherche du plus jeune des membres de l'Organisation. Celui-ci avait une valeur particulière au sein du groupe et sa faiblesse de santé le rendait sujet à l'attention de ses collègues.
« On ferait bien de répertorier qui est malade. Et de prévenir ceux qui sont en mission depuis que ce truc s'est crashé qu'ils restent dans les mondes où ils sont, le temps qu'on fasse nettoyer le château par les Reflets, dit Xaldin d'une voix enrhumée.
_ Je m'en occupe, mon pote. De ton côté, tu peux nous mettre quelques Reflets au boulot?
_ Ça ne devrait pas poser de problèmes, répondit le WhirlWind Lancer en sortant son mouchoir de nouveau.
_ Bon sang, on avait vraiment pas besoin de ça en ce moment », grinça le Freeshooter à l'adresse de son collègue immédiat. Ce faisant, il lissait ses cheveux poivre et sel vers l'arrière, un signe de nervosité fréquent chez lui. « Les nanas n'amènent vraiment que des ennuis.
_ Bah, celles-là valent le coup qu'on se remue un peu.
_ Tu devrais arrêter de te faire des films sur ces nanas, Xaldin. Je crois qu'il vaut mieux oublier l'idée de flirter avec ces deux là.
_ Woooh, Xigbar, t'étais un des premiers à les trouver intéressantes à reluquer.
_ A reluquer oui, à recruter aussi. Mais pour le reste... celles là, c'est pas le genre de celles que tu dragues sur la plage ou au bar. Ces nanas là ont bouffé de la vie et de sa merde et je crois qu'elles ont fait le tour de la question sur les mecs. Pour elles, ont est des ennemis potentiels, rien d'autre.
_ Tu te fais vieux, mon vieux, si tu abandonnes si vite... ricana Xaldin en se dirigeant vers l'escalier qui descendait de la Salle Grise pour aller à Ruines et Création, une autre section du château.
_ Lucide, mon pote. » marmonna Xigbar pour lui-même en commençant à réfléchir à sa propre mission.
….
Xaldin arpenta les couloirs les plus usités, alla à la bibliothèque qui servait de bureau à Numéro VII et finalement se dirigea vers le balcon où le Berserker aimait à s'exposer aux rayons de lumière diaphane du Kingdom Hearts. C'était un endroit qu'aucun Nobody n'aimait fouler. Saïx ne venait là que quand il était d'une humeur particulièrement instable et qu'il abreuvait sa rage aux rayons lumineux du satellite. Les récents événements devaient l'avoir amenés là.
Bien que bourru, le Numéro III n'en était pas moins conscient qu'un Saïx énervé était dangereux. Lui annoncer qu'ils étaient tous sujets à une épidémie revenait à faire sauter le bouchon d'une bouteille de coca secouée. Il se racla la gorge pour se signaler tout en gardant ses distances et Saïx se tourna vers lui dans un mouvement félin, le regard irrité :
« Qu'y a t-il Numéro III ?
_ On a un problème, VII. La nana du vaisseau a découvert que le rhume de Xigbar, c'est un virus qu'il a choppé dans son vaisseau. »
Les pupilles de Saïx se dilatèrent quand il plissa les yeux.
« Et en quoi ceci nécessiterait-il mon intervention ?
_ ça va tous nous affecter si j'ai bien compris. Ça doit être ce qu'a Numéro VIII. Le virus se répand par l'air, celui qu'on a tous respiré dans le château. Faut qu'on isole les membres qui sont malades et qu'on désinfecte le château.
_ Un rhume ne nécessite pas de prendre des mesures aussi extrêmes et les missions actuelles ne peuvent pas prendre de retard...
_ Le problème c'est que ça commence comme un rhume mais ça devient plus grave. IV a les détails et il est parti analyser le médoc que la nana nous a donné pour voir si c'est pas dangereux. En gros, on va tous se retrouver au pieu dans peu de temps. »
Le visage de Saix tressaillit, une lueur d'irritation s'alluma dans ses yeux et Xaldin se sentit instinctivement serrer sa lance plus fort.
« Nous n'avons pour l'instant que quelques membres malades, qu'est-ce qui nous prouve que cette femme nous dit la vérité ? Vous l'avez faite parler en prenant les précautions nécessaires ? Lord Xemnas accepterait très mal que des membres éminents de l'Organisation se soient faits conter des mensonges par une simple étrangère. »
Il serra les mâchoires, son regard brilla tandis qu'il ajoutait avec hargne
« Surtout si c'est un mauvais prétexte qui ralentit les plans concernant... concernant... »
Il stoppa net et Xaldin regarda avec intérêt son visage se tordre dans une mimique étrange, presque comique avant de...
ATCHAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !
Xaldin se protégea à temps le visage mais quand il regarda de nouveau, Saïx se tenait à la rambarde du balcon, l'air hébété. Il reprit sa contenance en quelques instants, jeta un coup d'œil mauvais à Xaldin qui ne put réprimer un rictus. Ç'avait été un éternuement total, avec explosion d'air et projection de substances partout. Saïx faisait toujours les choses à fond.
Sous un regard goguenard, le Luna Diviner se tourna avec dignité et froideur vers le KH et déclara :
« Que l'on se serve des salles inoccupées du donjon annexe comme d'une infirmerie où isoler les membres de l'Organisation infectés. Numéro IV doit endiguer et soigner ce virus au plus vite. Je m'occupe de répertorier les membres malades, mettez les simili au travail de la désinfection du château.
_ Tu préviens le chef ?
_ J'avertirais le Supérieur de ce contretemps » dit le Luna Diviner en appuyant les termes respectueux qui désignaient le dirigeant de l'Organisation. Il ne supportait pas les libertés que prenaient certains membres pour nommer leur leader.
« Ok. Pour les autres en mission, Xigbar s'occupe de leur dire de rester où ils sont, histoire qu'ils tombent pas malades eux aussi.
_ Parfait, je ne vous retiens pas, Numéro III. »
Une fois que Xaldin fut parti et hors de portée d'oreilles, Saïx put enfin se moucher bruyamment, maudissant ses cloisons nasales malmenées.
….
Tel un paquebot majestueux fendant lourdement les glaces de l'Arctique, le Numéro V s'était dirigé vers un couloir annexe de l'infirmerie, se doutant déjà de l'endroit où pouvait se trouver le numéro XIII. Le numéro VIII et lui avaient développé une affinité difficile à expliquer lorsqu'il s'agissait de Nobodies. A cause du statut de chaperon d'Axel envers Roxas et à force de mener leurs missions ensemble, ces deux là avaient fini par créer des liens que des êtres dépourvus de cœur n'auraient pas dû connaître. Le petit Numéro XIII avait cette particularité de susciter des questions sur leur nature de Nobody, non seulement de par son comportement mais aussi par sa simple existence. Tous les membres qui l'avaient eu sous leur responsabilité au cours d'une mission avaient ressenti cette étrange différence dans les yeux du garçonnet. Des yeux comme des miroirs qui vous sondaient les tréfonds de l'âme malgré leur innocence et vous renvoyer une image de vous perturbante, plus vivante, plus... sensible.
Lexaeus l'avait éprouvé. Ce jeune garçon portait une grande partie de leurs espoirs sur ses épaules, pour lui il semblait naturel qu'il soit différent. Il était important de s'assurer de sa santé. Il tourna à un angle et entendit une voix.
« ...serra vers Olga et lui murmura des mots... euh, Axel, je pourrais pas plutôt te glisser ce livre pour que tu le finisses toi-même ?
_ Nan pas possible, si je prends un livre en ce moment... atcha ! Il finira réduit en cendres. » fit une autre voix atténuée par l'épaisseur d'une vitre.
Roxas était assis par terre dans la salle de surveillance qui jouxtait la salle médicale où Axel était isolé pour l'instant. Le grand rouquin était allongé sur le lit ignifugé, en short, un bras sous la tête, des mouchoirs en tissu ignifugés à portée de main et attendait que le numéro XIII finisse de lui faire la lecture. L'affichage lumineux au dessus de la porte scellée indiquait 45 degrés celsius ambiants à l'intérieur de la cellule. De quoi recréer une ambiance tropicale. Roxas sursauta en voyant approcher la silhouette imposante et referma son livre pour le cacher prestement derrière son dos. Ignorant l'ouvrage sans doute trop libertin pour la morale des membres plus anciens de l'Organisation, Lexaeus demanda :
« Numéro XIII, comment te sens-tu ?
_ Je vais... bien, répondit le jeune garçon d'un ton prudent.
_ Tu n'as pas les signes de la même maladie que Numéro VIII ?
_ Hééééé ! Justement, quand est-ce que je sors de là, Lexaeus ? Fit le concerné depuis derrière sa vitre.
_ Non, je me sens... normal, hésita Roxas. Et pour Axel?
_ Numéro IV viendra s'occuper de VIII bientôt. Au cas où tu commencerais à te sentir malade, va voir Numéro IV immédiatement. Nous sommes susceptibles d'être tous atteints de la même maladie que VIII, expliqua patiemment le géant. Vexen teste un médicament pour nous soigner en ce moment. »
Il scruta le regard confus mais cristallin du jeune garçon blond, aux cheveux toujours désordonnés quoi qu'il fasse et conclut qu'il avait l'air en bonne santé. N'ayant aucun autre ordre à lui donner, il s'éloigna sans un mot de plus.
« Vexy occupé à tester un médoc ? Et ben je suis pas prêt de sortir de là, fit Axel en le regardant partir. C'est tout de même beaucoup pour un simple rhume...
_ C'est peut être plus grave... fit Roxas avec un peu d'inquiétude.
_ Naaan, sinon Vexy serait plus agité que ça, il m'aurait déjà fait des prélèvements et tout. T'aurais vu quand on est revenus de ce monde où il y avait la grippe aviaire, il psychotait à fond. Il a dû prélever au moins un litre de sang à tout le monde.
_ C'est tout de même étrange, je devrais peut être aller voir à la Salle Grise.
_ Mais non, sinon le Géant Terre t'aurait dit d'y aller. Allez, lis moi la fin du chapitre, s'iiiiiiil te plaîîîîît ! »
Numéro XIII soupira. Il avait un instant espérer échapper à la suite de ce livre qui lui en avait déjà appris plus qu'il n'aurait voulu sur les rapports entre hommes et femmes. Mais Axel s'ennuyait dans la salle de confinement et il n'avait pas envie de le laisser seul à ruminer son isolement. Il rouvrit le livre et soupira derechef. Heureusement que ce n'était pas un illustré.
….
Une ombre avançait furtivement dans les couloirs, longeait des murs, se glissait le long des angles pour disparaître derrière une colonne et réapparaître au plafond derrière une autre. Il tenait fermement une arme dans chaque main, les agrippant comme ses derniers recours pour préserver sa vie, chérissant leur poids, leur luisance parfaite et leur capacité léthale tout en guettant son ennemi potentiel. Son œil aiguisé scrutait le moindre recoin des pièces qu'il parcourait, tel un ninja en quête de sa proie, se glissant parmi les ombres et les ténèbres avec une aisance démoniaque. Il parcourut trois pièces, prit le chemin vers un couloir, ouvrit un portail pour semer sa piste et sortit du portail dans une autre pièce.
Puis une dissonance dans le silence de son passage vint heurter son ouïe à l'affût. Une note ténue qui mourut presqu'aussitôt née. Le Freeshooter se plaqua le dos à un mur, ou plutôt à un plafond, vu qu'il marchait sur le mur, encore au grand dam du personnel de ménage. Il se glissa jusqu'à une ouverture en forme de sigle de l'organisation et repéra sa proie. D'autres notes fleurirent sous des doigts inspirés, se superposant à un chantonnement fait de « Mmmhmmhhhmmmhmhmhm », créant une harmonique agréable à l'oreille. Le musicien reprit depuis le début, concentré dans son œuvre, ignorant l'espion qui l'observait, dissimulé dans le coin supérieur de l'entrée du Hall des Mélodies Creuses.
La musique s'épanouit de nouveau, accompagnée de la voix profonde et soyeuse de son créateur, donnant vie à une mélopée suscitant un étrange mélange de solitude et de mélancolie. Il se transforma et évolua alors que les notes s'élevaient et se battaient pour devenir un chant d'espoir animé par le combat. Xigbar baissa son arme. Il détestait tout simplement être perturbé dans ses convictions. Ils étaient des Nobodies, ils n'étaient pas en mesure de ressentir des sentiments. De les manipuler, oui, de les affecter aussi mais pas de les faire naître. Pourtant, le Numéro IX y parvenait, dans le secret de sa solitude, dans cette communion avec son instrument qui était parfois comme une transe dont on devait le tirer. Demyx était de loin le plus inutile des membres pour le combat, maladroit et trouillard, mais il avait un don que d'autres enviaient pour la musique.
Le Freeshooter joua avec ses pouvoirs dimensionnels et émergea à moitié du sol derrière Demyx qui, assis sur le sol, sa cithare entre les bras, remuait de la tête en rythme avec son inspiration.
« Demyx, appela t-il.
_ Mhhhhmmmmhhh.
_ DEMYX !
_ Laaaammhmmmhhhhh!mmhhh ! »
Xigbar fit un mouvement agacé dans les espaces dimensionnels et le musicien sursauta en criant quand une botte taille 42 surgit du sol juste sous son fondement à grande vitesse.
« WAAAAAAH , JE ME RENDS ! JE ME RENDS ! NE ME DEVOREZ PAS !
_ Calme toi, mon pote... »
Le numéro IX resta un instant tremblant à quatre pattes sur le sol, les fesses en l'air, les bras sur la tête pour se prémunir d'une autre attaque tandis que son instrument disparaissait dans une gerbe de bulles.
« C'est moi, Numéro IX, allez relève toi !
_ Oh, Xiggy, c'était toi ! Héééé ! C'est pas que je me plaigne ou quoi, mais ça fait mal ! »
Les armes du Freeshooter cliquetèrent.
« Non, d'accord, ça fait pas mal tout va bien... fit nerveusement le Numéro IX en levant les mains.
_ Tu te sens malade ? T'as éternué ?
_ Euuuuuuh... je crois pas... je... »
Devant l'attitude indécise de son collègue, Xigbar soupira et ordonna :
« Va à la Salle Grise, on va tous être malades il paraît. On va faire nettoyer le château alors on va migrer quelques temps dans le donjon annexe. T'as pigé ?
_ Euh... pas tout mais je peux aller à la Salle Grise...
_ C'est bien mon pote, fit Xigbar en désinvoquant une de ses armes et en tapotant le dos du jeune membre qui se triturait visiblement pour trouver quelque chose à dire ou faire. Allez, grouille toi et traîne pas en route. »
Le jeune homme à la coupe mulet acquiesça et prit le chemin des escaliers en trottinant, pressé d'obéir aux ordres. Xigbar le laissa faire, attendit quelque chose et eut un mouvement entendu de la tête quand un cri alla decrescendo avec une chute dans les escaliers. Il cria depuis le palier :
« UN CORRIDOR DEMYX ! OUVRE UN CORRIDOR ! »
Un « gnnnnnn » positif lui répondit. Le Numéro IX avait même tendance à oublier qu'on l'autorisait à utiliser des portails pour se déplacer plus que le quota autorisé en général, pour éviter qu'il ne se perde encore dans le château. Xigbar leva les yeux au ciel une dernière fois quand il entendit le bruit du corridor puis se prépara à sa prochaine visite.
….
« CE N'EST PAS POSSIBLE ! »
Le cri éclata et rebondit comme un boomerang aiguisé entre les murs du laboratoire. Zexion se retira les mains des oreilles.
« Cette composition moléculaire... avança t-il en sentant la tension de l'autre côté de la paillasse.
_ ...EST IMPOSSIBLE ! hurla un Vexen surexcité. Il arracha son masque chirurgical et jeta ses gants rageusement dans la poubelle des déchets biohazard. Puis il s'appuya à la table d'expérimentation et se passa une main dans les cheveux en grinçant des dents.
_ Et votre analyse, Numéro VI ? Demanda t-il afin de reprendre contenance.
_ Le virus que j'ai identifié sur les échantillons de Numéro II se situe à mi-chemin entre le rhinovirus et le coronavirus. Mais dans le cas de Numéro VIII, le virus est un type A présentant des agglomérations d'hémaggluttinine dépassant ce que l'on connaît. Et je pense qu'en les laissant cultiver encore ces agglomérations vont muter par glissement. Mais impossible de déterminer pourquoi. Je ne parviens pas à comprendre la mutation qui fait produire des ARN viraux à de simples coronavirus. »
Il repoussa de nouveau sa mèche de cheveux et la fit tenir avec une épingle pour se coller l'œil au microscope.
« De plus, dans l'échantillon de Numéro III, je vois d'autres mutations qui sont des structures virales réassorties. Elles s'attaquent aux ARN de façon incohérente. »
Une vague de fraîcheur déferla dans la pièce déjà maintenue à température peu élevée pour conserver les produits les plus instables. Le grand homme blond, dans son manteau de cuir noir, se mordillait un doigt en réfléchissant à voix haute :
« Mnmm, de telles circonstances... alors le médicament est adapté... mnmn...
_ Nous pouvons sans crainte le donner aux membres atteints ? »
Vexen fit un geste du bras fataliste :
« Tch ! Il est sans danger pour nous autres mais... il serait long de le synthétiser ici. L'étrangère a dit qu'elle en avait pour 6 personnes, or nous sommes 12 membres. Et surtout... »
Zexion prévint la nouvelle volée verbale en protégeant ses oreilles :
« … QUELLE TECHNOLOGIE EST CAPABLE DE PRODUIRE DE TELS MELANGES ?! »
Il leva les bras au ciel et des flocons de neige volèrent en tous sens, donnant à son air échevelé un côté saisonnier. Puis, d'un coup le scientifique se mit une main en coupe sous le menton :
« Je dois convaincre le Supérieur de me laisser examiner ces intrus plus en profondeur... Cette technologie, ces possibilités offertes dans nos recherches...
_ Vous savez Numéro IV, il va être l'heure d'aller voir Numéro VIII.
_ ...nous découvrions d'où ils viennent, nous pourrions envahir leur monde et récupérer des données de leurs laboratoires...
_ Et selon les ordres, il faut nous occuper des membres malades.
_ ...même des incursions par les Corridors des Ténèbres, sans contacts directs avec les autochtones serait...
_ Et vous ne deviez pas récupérer la notice de ce médicament en langue compréhensible ?
_ ...avec de la chance, un de leurs scientifiques serait manipulable et... »
Vexen faisait des allers-retours entre la paillasse et l'établi où se trouvait l'incubateur pour cultures, perdu dans des plans machiavéliques. Zexion retira ses gants, rangea les éprouvettes non utilisées et termina de coller des étiquettes sur les tubes. Puis il accrocha sa blouse de laboratoire à la patère et sortit.
….
Luxord retira son couvre-lit en velours et le laissa tomber sur le tapis à côté de son lit. Il avait trop chaud. Un tas de mouchoirs utilisés remplissait sa corbeille à papier et débordait un peu à côté. Il renifla pour la énième fois et regarda la magnifique pendule à balancier qu'il avait installé dans un coin de sa chambre. Le bruit régulier le rassurait et lui tenait compagnie dans les soirs de solitude. Il ferma les yeux et écouta... toc...toc... comme le battement d'un cœur qu'il n'avait plus...
Toc toc...
« Hé ! Luxord ! »
Ah non, ça c'était un autre toquement. Et un toqué. Dans les deux sens du terme.
« Entrez... »
Xaldin pointa sa figure renfrognée par l'entrebâillement de la porte :
« Numéro X, tu te sens en état de déplacer ton lit ?
_ Voilà une question intéressante, Numéro II. Tu as décidé d'étudier les configurations fengchui de nos chambres afin de coordonner nos karmas ?
_ Hé ? Fit un Xaldin visiblement dépassé.
Luxord soupira et résuma sa réponse :
_ Oui, je peux déplacer mon lit mais j'aimerais savoir pourquoi.
_ T'aurais pas pu le dire comme ça dès le départ ?
_ J'essaie d'élever le débat culturel parfois, Numéro II.
_ C'est inutile. En tous cas, on va tous avoir le truc que tu as, la faute à la nana au vaisseau. Donc on va tous s'installer dans le donjon annexe le temps de faire nettoyer le Château. J't'ouvre un corridor et tu tires ton lit dans une pièce du donjon. IV et VI vont venir nous voir pour répertorier les malades et donner de quoi nous soigner. »
Là dessus, il tendit le bras et un Corridor des Ténèbres s'ouvrit au pied du lit. Puis il ferma la porte sans attendre. Luxord soupira, s'irritant le nez par la même occasion. Il renifla et éternua violemment.
TCHAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Le Corridor disparut.
Toc toc...
« Hé ! Luxord ! »
_Entrez... »
Xaldin pointa sa figure renfrognée par l'entrebâillement de la porte :
« Numéro X, tu te sens en état de déplacer ton lit ? »
Luxord cligna lentement des paupières. Ah, c'était d'un fatiguant cette réaction qui voulait que le temps remonte deux minutes à chaque fois qu'il éternuait !
Il décida de raccourcir le débat :
« Oui, je peux déplacer mon lit mais j'aimerais savoir pourquoi.
_ Bon ben tant mieux car on va tous avoir le truc que tu as, la faute à la nana du vaisseau. On va s'installer dans le donjon annexe le temps de faire nettoyer le Château. J't'ouvre un corridor et tu tires ton lit dans une pièce du donjon annexe. IV et VI vont venir nous voir pour répertorier les malades et donner de quoi nous soigner. »
Là dessus, il tendit le bras et un Corridor des Ténèbres s'ouvrit de nouveau au pied du lit. Puis sans attendre, le Whirlwind Lancer ferma la porte. Luxord se pinça le nez pour ne pas éternuer de nouveau.
….
La jungle résonnait d'une multitude de cris d'animaux et des bruits de leurs activités diverses. C'était presque une cacophonie, mais cela restait supportable pour Marluxia. Il aimait entendre la nature vivre, le crissement de la terre sous ses pas, le sifflement soyeux des feuilles immenses qu'il écartait avec grâce de son passage, le craquement presque imperceptible des arbres gonflés de sève qui poussaient et...
« Hiiii ! HORS DE MON CHEMIN VERMINE ! »
Un coup de tonnerre ponctua l'exclamation, signifiant qu'un innocent animal ou un insecte imprudent avait croisé le chemin de Numéro XII, Larxene. Elle crapahutait derrière lui avec bien moins d'aisance mais elle avait le mérite de réussir à suivre son rythme, au prix de quelques annihilations végétales ou animales.
Leur mission avait été longue et désagréable. Le Cœur de la Jungle n'était pas le monde de prédilection de Marluxia et encore moins celui de Larxene. Débusquer ce sans-cœur vicieux qui hantait la zone s'était révélé un labeur coûteux en énergie, surtout en portant ces épais manteaux de cuir dans cet environnement lourd et humide.
Marluxia passa de nouveau sa main dans ses mèches couleur de rose pour les aérer. Elles restèrent collées à sa nuque et il soupira.
« MARLUXIA ! Tu as une faux pour quoi ? Pour décorer ?! Taille un chemin dans toute cette salade !
_ Le chemin est déjà tracé Numéro XII, répondit-il d'un air dégagé.
_ Non il ne l'est pas, je n'arrête pas de me prendre des branches, des lianes et des... trucs ! Et il y a des insectes sur à peu près toutes !
_ Nous arrivons bientôt, répondit le numéro XI, stoïque.
_ Il vaudrait mieux parce que je te jure que je vais finir par craquer ! criailla Larxene. Ce Saîx... je vais lui électrifier quelque chose de douloureux... pour nous avoir envoyé ici ! »
Numéro XII était en apparence une charmante jeune femme blonde, aux cheveux courts soigneusement coiffés vers l'arrière avec seulement deux mèches qui se relevaient légèrement par rapports aux autres. Ses magnifiques yeux verts reflétaient de la malice et du caractère. Hélas trop. Son apparence n'était qu'un leurre pour les malheureux qui auraient cru s'en prendre à une douce jeune femme. Outre un caractère féroce, elle avait pour élément l'électricité et n'hésitait pas à s'en servir à toutes fins, des plus utiles aux plus douloureuses avec des consonances sadiques.
« Nous serons hors de portée de vue ou d'oreilles d'éventuels espions une fois dans la clairière. Et nous ne pouvons pas emprunter un Corridor n'importe où.
_ Mon... œil ! Qu'est-ce que tu veux qui nous espionne ici ?! Il n'y a que des bestiaux idiots et des saletés d'insectes.
_ Il y a ce sauvage et les chercheurs que nous avons aperçu.
_ Le sauvage, comme tu le dis, a le QI d'une moule et les chercheurs sont comme Vexen, toujours le nez dans leurs tubes ! Ne me fais pas rire ! »
Et ainsi de suite. Marluxia déboucha enfin sur un coin du sol dégagé. Il soupira de soulagement. Il avait hâte de se doucher, de se laver les cheveux et d'arrêter de baigner dans 2 litres de sa propre sueur. Il se préparait à ouvrir le Corridor qui les ramènerait au château quand quelque chose attira son attention. C'était une feuille de papier bleutée. Elle semblait fraîche, pas encore atteinte par l'humidité ambiante.
Il la prit précautionneusement, avec des gestes de prudence dignes d'un agent du MI6 ouvrant un colis potentiellement piégé. Quelques lignes d'une écriture peu soignée, définitivement de quelqu'un qui n'aimait pas écrire, étaient tracées sur le papier.
Yo Marlu et Larx. On a une maladie au château, le patron dit que vous devez rester où vous êtes le temps qu'on s'en débarrasse. On vous contactera quand ce sera fini. A + Xig'
Marluxia poussa un long soupir et porta la main à son front d'un geste élégant mais las.
« Qu'est-ce que tu fous ? Ouvre ce Corridor qu'on s'en aille ! » fit une voix derrière lui. Il sentit des gouttes de sueur supplémentaires lui descendre le long de la tempe tandis qu'il réalisait qu'il allait devoir annoncer la nouvelle à Larxene.
Quelques instants plus tard, une tempête électrique se déclencha dans la jungle.
...
Xemnas était en train de valider les rapports des dernières missions. L'écriture de celui qu'il lisait était laborieuse. C'était l'écriture de quelqu'un qui a considéré qu'apprendre à écrire ne faisait pas partie de ses priorités et s'y adonnait le moins possible :
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Membre : Xig' le second
Date : Un jour
Monde : Agrabah
Objectif de la mission : Ramener un truc du désert
Descriptif de la mission : J'y suis allé, j'ai buté des sans-cœurs, j'ai trouvé le truc je suis revenu. C'était vraiment chiant.
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Xemnas soupira. La prose de Xigbar équivalait à celle d'un élève de 6e. Encore heureux que Vexen l'ai longtemps harcelé pour qu'il ait une orthographe correcte. Encore que l'écriture du Numéro IV n'ai rien à envier à l'orthographe de Xigbar. Le soupir du Supérieur se répercuta entre les murs de la salle qu'il avait investi en tant que bureau pour la journée. Il en changeait sans cesse, pour échapper aux perturbateurs. Seul Numéro VII était au courant et ne viendrait le déranger que pour une véritable urgence.
Il renifla. Le château lui semblait plus froid que d'habitude ces temps-ci. Il faudrait en toucher un mot à Numéro IV à l'occasion, non pas parce qu'il baissait la température de sa seule présence mais parce qu'il était le seul à savoir régler l'antique chaudière. Et il faisait toujours trop chaud pour lui. Il renifla de nouveau. Puis éternua violemment, à trois reprises. Il reprit sa respiration, étonné. Ces manifestations bruyantes d'irritation nasale ne lui arrivaient que rarement. Puis il baissa les yeux. Très délicatement, il prit la feuille du rapport de Xigbar et après l'avoir froissée, la classa consciencieusement dans la corbeille. Ce n'était pas comme s'il jetait des informations importantes.
On toqua à la porte. Une seule personne avait assez de respect pour les nerfs de son supérieur pour toquer avant d'entrer. Il reprit une attitude posée et réfléchie avant d'inviter le Nobody à entrer.
« Oui, Numéro VII. »
Saïx entra et vint jusqu'au bureau.
« Supérieur, je viens de recevoir des informations de la plus haute importance.
_ Quelles sont-elles ?
_ Il apparaît que les membres qui ont exploré le vaisseau ont été exposés à un virus qui s'y trouve. Ils l'ont rapporté sur eux et ont contaminé le château. Tous les membres ayant fréquenté le château ces dernières 24h sont sujets à développer la maladie. Il s'agit d'un rhume qui peut dégénérer en une infection plus importante.»
Xemnas se leva, pris d'une nouvelle angoisse.
« Poursuivez, Numéro VII.
_ La femme commandant le vaisseau l'a déduit d'un prélèvement sur Numéro II. Elle est encline à nous fournir le médicament contre la maladie. Numéro IV est en train d'examiner ce remède afin de déterminer s'il est adapté à notre condition. J'ai pris l'initiative de déplacer tous les membres malades dans le donjon annexe afin de pouvoir faire désinfecter le château correctement. Les numéros II, III, VIII et X sont déjà malades.
_ Mais combien ces intrus vont-ils nous apporter d'ennuis ?! » Sa question était purement rhétorique, c'était sa manière d'exprimer sans trop de débordement la fureur qu'il éprouvait.
« Il nous faut prévoir deux à trois jours de soins et sans doute quelques jours supplémentaires si des membres incubent plus longtemps que d'autres.
_ Cela signifie une semaine de retard dans nos plans ! »
Xemnas se mit à parcourir la pièce à grandes enjambées, calculant toutes les conséquences de cette épidémie avec des gestes emphatiques.
« Il y a un risque si nous envoyons les membres valides à l'heure actuelle en mission, ils peuvent développer la maladie pendant la mission. Et qu'adviendra t-il si un nouveau membre vient dans le château ?
_ Selon la femme, si nous désinfectons le château, il ne devrait pas y avoir de répercussion.
_ Tch, je n'ai pas confiance en ces intrus. Que Numéro IV évalue ces facteurs. Que les membres de l'Organisation soient soignés selon ses indications et dès qu'il sont de nouveau valides, qu'ils reprennent les missions !
_ Bien Supérieur. Et... avez-vous ressenti des prémisses de la maladie ? »
Xemnas écarta le problème d'un geste évasif de la main.
« Pas pour l'instant. Vous pouvez disposer, Numéro VII. »
Saïx acquiesça et ouvrir un Corridor vers le donjon annexe, laissant le Supérieur se rasseoir à son bureau avec un évident futur mal de tête.
