Chapitre 20 – Les renforts

...

Vanessa redressa la tête en entendant la sonnerie en trompette de son communicateur. Elle fit un saut qui la propulsa hors de la trappe du changeur de circuits, se déplaça à quatre pattes le long du passage étroit et émergea comme un chat en chasse dans le couloir de maintenance. Elle sortit le communicateur de la poche de son habit, qui était resté suspendu à la patère. Quand le capitaine était absent, elle en profitait pour se mettre à l'aise.

Elle secoua l'objet jusqu'à ce qu'il lui transmette l'appel (on avait abandonné l'idée de lui donner un communicateur avec des touches(1) ou à réponses vocales(2). Finalement, un certain Steve(3) du département de développement technologique lui avait fait un appareil sur mesure).

« Vanessa ?

_ Oui, capitaine.

_ Les messieurs en noir sont tous malades et comme je dois suivre le règlement, on doit leur donner un coup de main pour être sûres qu'ils guérissent. Pourriez-vous venir m'aider ?

_ Bien sûr capitaine.

_ Mais venez quand vous en aurez fini avec le changeur de circuits...

_ J'ai presque fini capitaine. Je dois faire autre chose avant de venir ?

_ Et bien, à part vous habiller... Ah, si : vérifier que Owa continue à dormir.

_ Bien reçu.

_ Fin de transmission. »

La lieutenant géante secoua de nouveau l'engin jusqu'à ce que l'écran s'éteigne. Elle termina le huilage des changeurs de circuit, s'habilla et alla jusqu'au placard où était rangé le lieutenant Owazuri. Elle jeta un coup d'œil dedans. L'asiatique dormait profondément en soupirant de temps en temps. Elle avait un avis partagé sur le second lieutenant. D'un côté il la traitait de géante et l'insultait quand elle le ramenait de ses exactions, elle n'aimait pas son attitude vis-à-vis des jeunes garçons et elle le trouvait insolent avec le capitaine. D'un autre, il pouvait parfois se mettre à lui expliquer certains concepts qui lui échappaient et se révélait un parfait compagnon pour la chasse. Et il y avait cette fois, étrange, dans la passe de Tlune, où il aurait eu l'occasion de s'échapper, il était revenu sur ses pas pour l'aider à se débarrasser des bandits qui l'assaillaient. Il lui rappelait un de ses petits frères. Jeune, violent et très fier. Mais la fierté faisait ressortir de bonnes choses.

Elle se rendit dans le cockpit et regarda le plafond, elle ne pouvait pas s'en empêcher quand il lui fallait parler à l'Intelligence Artificielle.

« Mademoiselle Nicole ?

_ Oui, Lieutenant Vanessa, fit la voix désincarnée de l'IA.

_ Je vais quitter le vaisseau, vous voulez bien vous mettre en surveillance ?

_ Oui, Lieutenant Vanessa.

_ Portez-vous bien, faites attention à vous.

_Merci, Lieutenant Vanessa. »

Après avoir enfilé de nouveau sa combinaison et son manteau, Vanessa quitta le vaisseau, écartant les sans-cœurs de son passage en les envoyant en l'air.

Anthéa souleva délicatement la tête de Numéro VII et récupéra les feuilles de diagnostic. Puis elle ressortit dans le couloir et se fit un planning des check à effectuer. Entre ceux qui n'avaient pas encore pris le médoc et ceux qui l'avaient pris, elle allait être occupée. Le géant silencieux, Numéro V, entrait dans chaque chambre et laissait ou pas un plateau-repas constitué d'une nourriture saine et roborative (une soupe épaisse comme de la purée et une tranche de pain). Alors qu'elle annotait une feuille avec les matricules des membres, elle entendit un certain tumulte au bas de l'immeuble. Un cri de sans-cœur à l'agonie retentit et la porte d'entrée principale s'ouvrit.

Se précipitant, la voyageur vit Vanessa entrer en époussetant sa combinaison et son manteau. Elle lui fit un petit signe de la main :

« Ah, contente de vous voir, Vanessa. »

Celle-ci monta les escaliers.

« En quoi puis-je vous aider, capitaine Anthéa ?

_ Et bien, est-ce que vous pourriez aller mettre M. Bleu – qui est écroulé dans cette pièce – dans sa chambre... la deuxième en partant du fond ? Il fait un peu désordre dans l'infirmerie. Vous en faites pas, il a pris des médicaments et il dort profondément.

_ Bien capitaine.

_ Moi je vais checker le... Numéro X, il avait l'air d'être le plus malade. »

Vanessa entra dans la pièce appelée infirmerie et regarda le M. Bleu qui gisait sur le bureau. Elle ne l'avait pas dit au capitaine, mais elle se hérissait à l'idée de le toucher ou d'avoir quoi que ce soit à faire avec lui. Elle n'aurait pas su expliquer pourquoi. Elle aurait bien avancé prudemment la raison de l'instinct. Une bonne raison, selon toute logique puisque le capitaine l'utilisait souvent. Cependant, les ordres étaient les ordres et elle allait faire son devoir.

A gestes prudents, comme un chat qui cherche à ne pas se mouiller, elle approcha ses mains des épaules de l'homme en noir et chercha, hésitante, comment le saisir. Elle toucha la capuche et opta pour ce morceau inoffensif. L'homme en noir continuait de ronfler doucement, ce qui la conforta dans son idée.

Elle referma la main sur le tissu et l'entortilla dedans pour plus de prise. Puis elle vira la chaise de sous les fesses du patient d'un coup de pied précis. Saïx émit un « Oumpfff » quand son manteau lui remonta brusquement sous les bras et que le col lui serra la gorge. Il sortit brièvement de son inconscience et sentit qu'il avait les bras en l'air et qu'on le traînait. Le sol défilait sous lui, entre ses jambes. Mais il se sentait engourdi. Il ne put que grogner faiblement en signe de protestation et renifler pour empêcher son nez de couler.

Anthéa était en train de faire des déductions pour trouver la chambre de Numéro X quand Vanessa passa à côté d'elle, traînant Numéro VII derrière elle par la capuche. Le manteau du membre de l'organisation chuintait horriblement sur le carrelage. La voyager capta le regard léthargique mais conscient du Numéro VII et s'inquiéta de sa réaction future. Mais... le voir se faire traîner par Vanessa, les bras en l'air et les jambes traînantes, comme un chaton par sa mère, c'était trop savoureux pour être interrompu. Et tant pis pour les conséquences.

Elle toqua à la porte de ce qui devait être la chambre de Numéro X. Plusieurs fois, sans réponse. Elle finit par ouvrir la porte en prévenant :

« Diiiites, je rennnntre. »

La chambre était comme les autres : Petite et aménagée à l'arrache. Un lit était disposé contre le mur, une chaise servait de table de nuit. Un paquet de cartes était posé dessus. La forme allongée sous d'épaisses couvertures noires et blanches s'agita un peu à son approche puis se retourna et se redressa. Lui au moins portait un vrai pyjama.

Mais il avait le regard halluciné et rouge de quelqu'un en proie au rhume et au Gerinox.

« Qui...êtes-vous... ? Fit-il, sur la défensive.

_ Je suis une des nana du vaisseau. Je suis venue donner un coup de main à Numéro VII et aux autres pour vous faire des check médicaux. J'ai l'habitude de ce genre de truc. »

Il eut l'air de décrocher au deuxième mot. En fait, son esprit enregistra des fragments de syllabes et sa vision floue lui faisait voir une silhouette vaguement féminine. Puis il inspira, renifla et...

TCHOUUUUUUUUUUUUUUUM !

Il y eut un son cristallin et le temps remonta de deux minutes, donnant un aspect encore plus flou à toute la pièce. A l'étonnement de Luxord, la femme se trouvait toujours là. Mais elle se tenait la tête et vacillait.

Anthéa fit une embardée sur la gauche quand le temps autour d'elle se contracta et se dilata. Elle sentit une nausée violente l'envahir et une douleur lui vrilla le crâne après l'éternuement de son patient. Elle regarda autour d'elle, abasourdie... On aurait dit un phénomène temporel... Mais impossible de le savoir exactement... Elle commença à paniquer puis se mit à réfléchir et...

« Vous êtes Dame Temps ? » Demanda le blondinet de son état semi-comateux. Il cherchait à attraper un mouchoir sur son lit, un mouchoir brodé de petits carreaux, trèfles, cœurs et piques. Anthéa se ressaisit, l'aida à prendre l'objet convoité et répondit :

« Euh... non?

_ Mais alors.. qui est mon père ? »

Ne trouvant aucune explication rationnelle sinon que Numéro X était en plein dans la période hallucinatoire de sa maladie, Anthéa choisit de répondre :

« Dark Vador.(4)

_ Ah ? »

Mais il n'avait pas l'air de savoir qui était Dark Vador, ni qui il était par la même occasion. Anthéa acquiesça, lui prit la température, écouta sa respiration et décida de lui faire avaler un nouveau médicament. S'il continuait à délirer comme ça, elle lui injecterait un petit antibiotique supplémentaire. Et le filmerait peut être, pour ses nuits où elle avait besoin de rigoler. Elle lui tapota le bras d'un air réconfortant.

« Allez, dormez, Numéro X, je reviens vous voir bientôt. »

Il acquiesça comme un zombie, se réencastra dans ses oreillers et se rendormit. Anthéa nota ses observations et sortit. Elle médita un moment sur ce qu'elle venait de ressentir. Quand ce blondinet avait éternué, le temps avait fait quelque chose. Plus tôt, quand M. Dreadlocks avait éternué lors de leur premier meeting, le vent s'était engouffré dans la pièce. Il y avait quelque chose avec leurs éternuements, comme s'ils déclenchaient des phénomènes élémentaires... Bof. Elle aurait bien pris un prélèvement sanguin à Numéro X pour étude à Voyager, mais ça demanderait de remplir encore des formulaires et d'expliquer pourquoi et comment elle avait atterri ici. Et... et puis elle avait promis de leur foutre la paix. Donc elle se contenta de noter que Monsieur Dix était à surveiller et repartit à l'infirmerie.

...

Lexaeus retira la cuillère de la bouche de Zexion et le plateau de la desserte. Le Numéro VI avait à peine avalé trois cuillerées de soupe avant de se rendormir. Il avait aussi bu un peu d'eau mais est-ce que ça pouvait compter comme nourrissant ? Il soupira devant l'assiette à peine entamée et ressortit de la chambre, laissant son collègue à son repos. Lui-même ne se sentait vraiment pas malade, à part un peu de fatigue, due à l'agitation de ces derniers jours. Et la présence de ces deux intruses le rendait nerveux. La petite brune semblait sincère mais qu'est-ce que ça signifiait pour quelqu'un qui n'avait plus de cœur ? Et sa lieutenant était... perturbante, sans qu'il sache encore préciser pourquoi.

Une porte claqua à sa droite alors qu'il se dirigeait vers la porte de la chambre de Numéro IV. Justement, la plus grande des deux femmes venait de sortir de la chambre destinée à Numéro VII. Elle stoppa net en le voyant et le regarda attentivement. Il lui rendit son regard. Quelques secondes s'égrenèrent sans qu'il sache quoi dire. Puis elle dit en désignant la porte derrière elle :

« Il dort. » Lexaeus acquiesça de la tête et essaya de définir la façon dont cette femme le regardait. Une voix vint l'interrompre :

« Ah, Vanessa, vous avez fini ?

_ Oui, capitaine.

_ Est-ce que vous pourriez aller voir ce que devient Monsieur Numéro II ? Sa fiche est remplie mais c'est flou.

_ Bien capitaine. »

Anthéa lui tendit une fiche. Puis elle s'adressa à Lexaeus :

« Je vais aller voir le Numéro VIII.

_ Il se trouve avec Numéro XIII dans la chambre entre X et IV.

_ Ah, parfait, je ferais le check des deux. Vous voulez que je leur apporte leurs plateaux en même temps ?

_ Vous ne pourrez pas, je vous accompagne. »

Il poussa la desserte sans lui laisser le temps de répondre. Mais effectivement, elle aurait eu du mal à soutenir le clipboard et les deux plateaux. Anthéa observa le dos du géant et se remémora le regard et la question de Vanessa. Bah, pourquoi pas, après tout ? Le tout c'est qu'il allait falloir être claire mais subtile pour faire évoluer les choses.

Ils arrivèrent devant la porte de chambre la plus bruyante du couloir. Une voix surtout dominait, la voix d'un jeune homme en pleine forme. Anthéa posa la main sur la poignée puis fit un signe au Numéro V :

« Dites... »

Elle lui fit signe de se baisser pour lui confier quelque chose tout bas. Intrigué, le géant descendit un peu à sa hauteur.

« Vous avez un ticket avec ma lieutenant. Elle aime le café, la musique et ne pas parler pour ne rien dire. Juste pour que vous le sachiez... »

Puis elle lui adressa un sourire de connivence avant de toquer à la porte :

« C'est l'heure de la bouffe ! » Fit-elle d'une voix forte, sans plus aucune subtilité. Une voix leur indiqua d'entrer.

Anthéa s'exécuta et laissa passer Numéro V. Cette pièce était un peu plus grande que les autres et deux personnes l'occupaient.

« Ah chouette ! » Fit un grand rouquin filiforme en se levant du fauteuil sur lequel il se prélassait. Puis Anthéa ajouta :

« Et aussi l'heure de la visite médicale. » Le rouquin changea d'expression à ces mots.

« Vous faites pas de bile, le rassura t-elle. Voyons... vous êtes Numéro VIII ?

_ Euh... Oui, acquiesça prudemment le concerné.

_ Et donc, le jeune homme blond... » Elle pointa le doigt sur le dernier occupant de la pièce qui était assis sur le lit.

« … doit être Numéro XIII. »

Le concerné semblait être le plus jeune de tous et Anthéa ressentit immédiatement sa différence. Au milieu de tous ces hommes sombres et graves, il avait l'air plus innocent. La Voyager se demanda si ça tenait à sa jeunesse apparente ou si c'étaient ses yeux d'un bleu pur qui donnaient cette impression. En tous cas, il avait l'air un peu fatigué mais n'était pas visiblement malade.

Pendant que le Numéro V leurs donnaient leurs assiettes, elle relut la fiche du Numéro VIII. Lui avait été traité avant les autres et manifestement... vu les observations... et ben ç'avait été le cobaye du groupe. Il avait l'air en pleine forme, tout feu tout flamme, pendant qu'il parlait la bouche pleine avec son camarade ou agaçait son plus grand collègue.

« Vous avez l'air d'aller bien tous les deux. Monsieur Treize, vous vous sentez fatigué ? »

Le jeune homme blond sembla réfléchir à la question puis secoua la tête.

« Non tout va bien... Mais qui êtes vous madame ?

_ Madame Anthéa nous aide à soigner les membres de l'Organisation pendant toute la durée de la crise. Elle connaît la maladie qui nous touche car elle provient de son vaisseau, répondit le Numéro V.

_ Exactement. Étant donné que Messieurs IV et VII sont eux aussi en train de se soigner par le repos, et bien on donne un coup de main. Il y a ma lieutenant aussi. Alors : Éternuements ? Écoulements nasaux ? »

Elle poursuivit son check dans le bruit de repas de Numéro VIII et sous le regard attentif de Numéro V. Elle finit par conclure :

« Vous m'avez l'air en pleine forme, Monsieur Treize, restez isolé pour l'instant et au moindre symptôme, prévenez quelqu'un.

_ Je vais rester avec lui, n'est-ce pas Roxas ? Se proposa le Numéro VIII.

_ Sûr... fit le concerné.

_ Justement, vous... Vous vous sentez comment... Monsieur Huit ?

_ Vous pouvez m'appeler Axel, c'est mémorisé ? Sinon ça va. Je me sens très bien. Je tiens la forme.

_ ça tombe bien. Comme Monsieur V s'occupe de la nourriture et que ma lieutenant s'occupe des autres, est-ce que vous pourriez aller faire le check de votre patron ? Je ne sais pas où il se trouve et... »

Axel se figea, se raidit et la regarda comme si elle lui avait demandé de descendre dans une fosse remplie de lions et de scorpions. Il se leva posément et demanda :

« Un instant...

_ Mais qu'est-ce que vous... ? »

SCHBONK !

Anthéa et Lexaeus restèrent abasourdis pendant quelques secondes devant le spectacle du Numéro VIII qui venait de foncer la tête la première dans le mur. Anthéa se mit à râler :

« Mais j'y crois pas ! »

Lexaeus et elle prirent un Axel titubant sous les aisselles pour le faire s'allonger sur le lit. Avant de tomber dans les pommes, le coupable fit :

« Nan.. peut pas... »

Le jeune Numéro XIII s'empressa auprès de lui :

« Axel ?! Pourquoi il a fait ça... ?

_ Ah bah, c'est clair, Monsieur Treize, dit Anthéa furieuse. Il cherche une excuse pour ne pas aller faire le check de son patron... Et je ne peux pas vous envoyer vous non plus vu que vous êtes en attente...

_ C'était malvenu, Numéro VIII » fit Lexaeus d'une voix réprobatrice. Mais le jeune rouquin était déjà dans les bras de Morphée, avec soulagement semblait-il.

...

Après avoir vérifié que le Numéro VIII ne s'était rien fait de trop grave et que le Numéro XIII ne s'en faisait pas de trop pour son collègue, Anthéa et Lexaeus sortirent de la pièce. La jeune femme lui conseilla de prendre un peu de repos.

« Je vais envoyer Vanessa faire votre check, après tout, c'est pas parce que vous avez pas de symptômes qu'on doit pas remplir votre fiche. » Le géant acquiesça sans un mot et partit à la cuisine.

Vanessa arriva en sens inverse, un paquet de feuilles à la main.

« Capitaine? Tout va bien?

_ Bah, ça peut aller... Sauf que le Numéro VIII s'est claché la tête contre le mur pour ne pas aller s'occuper de son chef ! Y'en a dans ceux que vous avez vu qui est capable de se déplacer?

_ Monsieur II je pense, est presque guéri. Il reste son mode de déplacement qui est anormal.

_ Pardon?

_ Il continue à marcher sur les murs. »

Anthéa mit un moment à saisir le mode de pensée de son lieutenant. Comme Vanessa faisait appel à une logique à toute épreuve et qu'il était difficile parfois de voir les choses autrement que de son point de vue une fois qu'on y avait goûté, Anthéa essaya d'expliquer avec prudence :

« Euh... je ne crois pas... Vanessa... que ce soit un symptôme de maladie.

_Vraiment? Pourquoi les autres ne le font pas alors?

_Et bien, je crois qu'il est le seul à pouvoir faire ça.

_Si vous le dites Capitaine... »

Vanessa haussa les épaules. Pour elle, ça ne représentait pas une bizarrerie si extraordinaire que ça.

« Et donc vous avez vu monsieur gris ? Comment va t-il ?

_ Nan vraiment, gamine, tu peux m'appeler Numéro II, fit une voix depuis le plafond.

_ Quand vous m'appellerez Anthéa. Vous vous sentez comment ? Vous avez pris des médocs ?

_ Nan, pas besoin. Un peu de sommeil et tout va mieux.

_ Sûr ? Faudrait pas que vous faisiez le bravache pour faire une rechute.

_ Naaan, tout va bien. Je sais quand je vais mal. »

Le Numéro II avait l'air d'être ce genre de personnes qui s'occupait de choses bien plus importantes que leur santé et qui finissaient toujours par la faire obéir à ses caprices. Des hommes sains quelque part, que le repos et une aspirine guérissaient de tout.

« Je vous tiens à l'œil quand même, fit Anthéa sans hostilité. Je vous referais un test dans deux heures, ok ?

_ Si ça te fait plaisir, fit-il avec un grand sourire de requin.

_ Et tant qu'on y est, j'ai besoin que quelqu'un aille voir votre chef, lui aussi faut qu'il soit soigné... »

Le Numéro II ne sembla hésiter qu'une seule seconde :

« Berse... Numéro VII n'est plus en état ?

_ Nan, tout le monde est au repos. J'ai aussi envoyé Numéro V se reposer un peu, il a fait à manger pour tout le monde depuis un moment. »

Mais Xigbar avait déjà préparé son plan pour éviter d'avoir à s'occuper de Xemnas :

« Désolée gamine, si Numéro VII n'est plus dans la course, je vais devoir aller au château pour voir où ça en est. »

Anthéa soupira de résignation. Il battait ses hommes celui-là pour qu'aucun ne veuille seulement apparaître en sa présence ?

« Bon, j'ai compris... Fit Anthéa d'un ton las. Je vais aller voir votre chef. De toute façon, j'ai toujours besoin que quelqu'un me signe mes papiers de stock de médocs. Autant que ce soit lui. Il est où ? »

Xigbar eut soudain un petit sourire en coin :

« Il est à l'étage au-dessus j'imagine. Fais attention quand même, il peut être... insistant avec les dames. »

Anthéa dévisagea le Numéro II, dubitative :

« Vraiment ? Il ne m'a pas paru comme ça... bah, c'est pas grave... J'ai l'habitude.»

Xigbar ouvrit un Corridor des Ténèbres en ricanant. Vanessa remit sa feuille d'état de Numéro II à Anthéa et demanda :

« Que puis-je faire ensuite ?

_ Il faudrait aller voir Numéro V, le très grand monsieur... Lui faire un check lui aussi. »

La lieutenant marqua un temps de réflexion puis acquiesça. Anthéa la regarda partir en se disant que maintenant, la suite était entre ses mains et celles de Numéro V. Elle espérait ne pas avoir commis d'impair. Bah, Vanessa était grande, elle savait se débrouiller. La Voyager chercha donc les escaliers pour trouver où Monsieur Crinière d'argent s'était planqué.

...

Vanessa se dirigea vers ce qui devait être la chambre du Numéro V. Elle avait de l'intérêt pour cet homme, de par sa taille mais aussi parce qu'il ne réagissait pas comme la plupart des autres spécimens masculins qui produisaient tout un tas d'hormones en désordre dès qu'ils la voyaient.

Elle toqua à la porte désignée. On lui ouvrit. C'était bien cet homme aux cheveux couleur de la terre rouge des montagnes de sa jeunesse et aussi grand qu'elle. Il arborait l'expression modeste et impassible qu'elle lui avait déjà vu. Il lui fit signe d'entrer sans un mot.

Dans la chambre, il avait dressé une petite table. Dessus, il avait disposé deux tasses et une cafetière fumante répandait une odeur douce de café de bonne qualité. Il avait même posé un petit vase avec quelques fleurs à côté des tasses. Il y avait un appareil qui diffusait une musique douce et Vanessa identifia ce que le capitaine appelait un piano et un violon. Elle sourit, en prenant soin de ne pas trop dévoiler ses dents.

Ils se regardèrent un long moment, s'estimant, se jaugeant et Lexaeus déclara enfin :

« Je n'ai pas de symptômes de la maladie en fait. »

Vanessa repoussa la porte derrière elle et la verrouilla, les laissant tranquillement enfermés tous deux.


1-Les touches sont toujours trop petites.

2-Vanessa ne comprend pas le concept de parler à un objet inanimé.

3-Allez, un petit hommage au monsieur de la pomme.

4-« Lux, je suis ton père... » Je sors...