Disclaimer en 1ere partie.
Note : Je remercie les personnes qui, à ce jour, sont parvenus à lire jusqu'au chapitre 21. Ouiii, je vous ai vus sur les statistiques. Et donc, merci de lire mes délires:)
Chapitre 21 – Effets secondaires
...
Xemnas était en pleine traversée d'un rapport de Numéro VI en solitaire, ignorant sa fièvre qui montait lentement et les mouchoirs usés qui s'accumulaient, quand on toqua à la porte du bureau. C'était une personne qui n'attendit pas qu'il réponde pour entrer. Il bondit aussitôt sur ses pieds : c'était la femme du vaisseau. Il éprouva un curieux malaise qui grandit au fur et à mesure qu'elle avançait.
« Rebonjour m'sieur blanc, fit-elle en refermant derrière elle, sans vraiment le regarder. Je sais que c'est le Numéro IV ou Bl... Numéro VII qui devraient venir mais ils sont tous les deux dans leur crise de rhume. Ils dorment donc je viens vous checker. »
Elle releva enfin la tête. Xemnas était figé dans une attitude défensive. Il l'observait bizarrement. Anthéa soutenait l'examen sans ciller. Elle savait que c'était un combat passif et elle n'avait pas l'intention de perdre. Ni de le pousser plus loin. Elle laissa passer un moment pour qu'il comprenne qu'elle avait compris et lui fit son sourire n°3 : 'Je te calcule, tu me calcules, on se comprend'. Il se décida à se reprendre et à rompre le silence d'un ton frigorifique :
« Qui vous a dit que j'étais ici ?
_ Vous avez tous émigré dans ce bâtiment, il n'y a que trois étages... Par déduction, j'ai fait les étages un par un...
_ Et si vous ne m'aviez pas trouvé ?
_ J'aurais cherché ailleurs.
_ Je ne souhaite pas que vous vous occupiez de moi... »
Il se rassit avec grâce dans son fauteuil et posa ses mains sur les accoudoirs, la toisant du regard.
« Ouais, je peux comprendre, je suis une étrangère et tout... mais y'a personne d'autre qui peut s'en occuper. Et j'ai juste à cocher des cases sur la feuille, pas besoin de vous approcher ni rien... Et j'ai besoin qu'on me signe les papiers attestant que j'ai donné des médicaments à quelqu'un et pas que je les ai vendu au marché noir.
- Madame, faites vite et sortez je vous prie... » fit-il, exaspéré.
Anthéa acquiesça, elle n'était pas plus enthousiaste que ça à l'idée de rester trop longtemps en sa présence. Elle posa ses questions : Avez vous de la fièvre? Écoulement nasal important? Toussez-vous? Si oui, de quelle importance? Etc... Enfin, elle aborda la question du Gérinox :
« Vous l'avez pris quand précisément ?
_ A 17h.
_ Vous ne vous sentez pas somnolent ?
_ Non. Abrégez je vous prie . »
Ce n'était pas une question. Xemnas se raidit soudain. Puis il porta rapidement les mains à son visage et éternua. Il se rattrapa au bord du bureau et chancela sur son siège. Anthéa s'approcha, inquiète :
« ça va? Vous... » Elle marcha sur quelque chose : un stylo qui était tombé du bureau.
« Ah... » Elle se pencha et ramassa l'objet pour le poser sur un coin dégagé du bureau.
« Je disais est-ce que... »
C'est alors qu'elle remarqua le léger voile de sueur sur le front du chef. Puis elle vit qu'il ne serrait plus les accoudoirs de son fauteuil : Il avait enfoncé les ongles dedans.
« ...ça va?
- Sortez... » fit-il sèchement en effectuant un léger retrait dans son fauteuil. Anthéa se posa des questions : Quoi, elle avait dépassé la limite de distance à respecter? Elle faisait peur?! Alors qu'elle n'avait même pas encore détruit quelque chose?! Puis elle tilta sur ce qui était susceptible d'arriver.
« Okay, mais il faut que vous signez mon attestation pour l'utilisation des médicaments... »
Elle posa la-dite feuille devant lui sur le bureau et ce faisant, se pencha outrageusement par dessus, faisant volontairement saillir son décolleté pourtant boutonné jusqu'au col. Ce fut fulgurant. Anthéa n'avait jamais vu un homme se contrôler aussi totalement, du moins aucun qui n'avait réussi à poser ses yeux sur le devant de sa chemise en une si courte fraction de seconde. Les yeux de M. Blanc se refixérent sur son visage avec une sorte d'automatisme à peine ébranlé. Néanmoins, la goutte de sueur qui descendit le long de son front le trahit. Ses dents serrées aussi.
Il était tendu comme... une corde d'arc...
...qui n'a pas tiré depuis des lustres... ajouta l'esprit sournois et mal placé de la voyageuse.
« Oooookay, fit-elle en reculant prudemment. Restez immobile, je vous ramène des calmants... »
Bon sang, alors le Numéro II n'avait pas complétement menti...
« Qu'est-ce qui vous... fait croire.. que... j'ai besoin de calmants ? »
Anthéa se toucha le bout des doigts, gênée :
« Hum... c'est un des effets secondaires du Gerinox(1)... »
Un des accoudoirs craqua sous la pression des doigts de Xemnas. Anthéa fit un petit bond en arrière, sentant le danger grandir à chaque instant. Elle commençait à évaluer autrement sa décision de faire elle-même le check-up du patron.
« Soyez plus précise, madame... Anthéa. » Xemnas parlait sans desserrer les dents, un tour de force. Il luttait contre une force qui ne s'était jusqu'alors pas beaucoup manifestée chez lui.
« Hmm, c'est un effet rare mais qui arrive parfois... hmm, comment dire ? Une réaction chimique avec d'autres niveaux... Et comme vous ne semblez pas somnolent, ce qui est l'effet normal... et bien... je suis sûre que c'est l'autre effet... »
Le second accoudoir craqua et il fronça les sourcils :
« Mais... encore...?
_ Les composants du médoc se mêlent aux trucs qui gouvernent la libido... réaction hormonale et... Pas de panique ! Y'a des calmants pour ça... deux tout de suite et vous allez dormir... »
Le premier accoudoir éclata enfin et des morceaux de plastique fusèrent, Anthéa bondit vers l'arrière alors que le second suivait de peu.
« Et... vous... aviez... prévenu... Numéro IV?
_ Oui, il était au courant. Ça n'avait pas l'air de le déranger. »
Les gouttes de sueur sur le front de Xemnas se transformèrent en un filet liquide. Il se sentait une envie brutale de tuer Vexen(2). La femme reculait lentement avec des gestes apaisants des mains.
« Mais vous êtes le seul à avoir le second effet secondaire.
_ Combien de temps cela va t-il... durer ?
_ Hmm, tout le temps que vous prendrez le Gerinox(1)... près de 12 heures. »
Elle avait presque atteint la porte. Sans gestes brusques, elle pensait y parvenir. C'était comme se retrouver dans une cage avec un lion qui a mangé des yaourts pendant des semaines. Voire des années, si elle appliquait vraiment la comparaison à cet homme.
« Je pose les calmants à l'entrée... prenez en deux... et vous allez dormir.
_ ...gnnnn. »
Anthéa passa la porte à toute vitesse, la referma derrière elle et courut tout schuss à l'infirmerie où elle récupéra les calmants, ceux qu'elle-même avait du utiliser des années plus tôt. Elle alla les déposer devant la porte, toqua et s'éloigna.
Désolée mon vieux, je ne peux pas en faire plus.
...
Quand Anthéa redescendit, Vanessa n'était pas encore revenue. Elle vérifia sa liste de tâches et s'enquit qu'elle devait contrôler Numéro IX. Elle arriva devant la porte de la chambre qui devait être celle du concerné et toqua. Et re-toqua et finit par tambouriner à la porte avant de l'ouvrir.
Comme les autres, la chambre était chiche en meubles. Une table, un lit et un tabouret. Sur le lit, il y avait un jeune homme assis, en train de gratter les cordes d'une guitare imaginaire tout en secouant la tête au rythme d'un rock diffusé dans les écouteurs qu'il portait. Voilà pourquoi il ne l'avait pas entendue toquer ni entrer. Elle tenta de l'approcher le plus doucement possible, pour éviter de lui faire peur, tourna autour du lit et avança pour lui faire signe.
Quand la silhouette en noir entra dans son champ de vision, Demyx poussa un hurlement suraigu et sursauta. Il faillit basculer dans le vide de l'autre côté du lit et fut rattrapé in extremis par une main diligente qui n'avait pas envie de surveiller un traumatisme crânien en plus d'une épidémie de rhume. Anthéa le tira par la jambe jusqu'à ce qu'il se stabilise :
« Mais qui êtes-vous ? Que faites-vous là ?
_ Je suis une des nana du vaisseau et blablabla...
_ Blablabla ?
_ J'en ai marre de répéter la même chose. Bref, comme vos collègues sont tous endormis ou occupés, je donne un coup de main pour suivre l'évolution de l'épidémie. »
Le jeune homme avait les yeux verts et une coiffure type mulet. Qu'Anthéa considéra un moment, fascinée.
« Quoi, il y a quelque chose avec mes cheveux ? » demanda le Numéro IX en passant la main sur sa crête.
« Nan... ça fait longtemps que j'en avais pas vu... au moins depuis... trop longtemps. Vous vous sentez comment ?
_ ça va... » Il se leva et éprouva son équilibre. « ça va... Dites, vous voyagez dans un vaisseau... C'est comment l'espace ?
_ Grand et froid, dit Anthéa qui avait l'habitude de ce genre de questions.
_ Mais c'est génial ! Vous voyez les planètes et les mondes du haut, sans compter les...
_ Les trous noirs, les champs d'astéroïdes et les vents solaires... ne vous faites pas une image trop idéale du voyage dans l'espace, Monsieur Numéro IX, c'est plein de dangers.
_ Ah ? » Le jeune homme eut l'air considérablement refroidi de son enthousiasme et fit une grimace. Anthéa tourna la page de son paperboard.
« Et votre vaisseau... il y a pas d'extra-terrestre qui mangent les humains dedans non ? »
Anthéa releva la tête pour dévisager son interlocuteur et sut à ce moment précis qu'elle avait trouvé le maillon faible du groupe.
« Mais non, mais non, le rassura t-elle. On les a tous exterminé. Et puis, je serais pas là sinon.
_ Ah. Ouf ! Vous savez on a déjà assez d'ennuis comme ça... » fit le jeune homme comme s'il cherchait à se justifier.
« Bon, en attendant, est-ce que vous vous mouchez ?
_ Non...
_ Est-ce que vous vous sentez fa... »
Le sol se mit à vibrer soudain, les faisant tout deux vaciller. Le jeune homme bondit sur ses pieds, se mit à danser une gigue paniquée sur place en criant :
« Un autre tremblement de terre ! »
Puis il se jeta sous le lit. Anthéa se rattrapa au cadre du lit. Les vibrations devinrent un tremblement plus marqué, un peu de plâtre et de poussière tomba du plafond. Le verre d'eau posé sur le tabouret chuta et se brisa. La voyager se prit à bloquer ses dents qui claquaient, et se demanda si la structure de ce petit monde le condamnait à subir des tremblements de terre ou d'espace. Mais tout s'arrêta d'un coup, ne laissant pour preuve du phénomène qu'une tâche mouillée par terre.
Anthéa s'inquiéta des dégâts que ça avait pu occasionner à son vaisseau puis abandonna. Pour l'instant, elle avait plus important à faire. Elle se pencha sous le lit :
« Bon, je disais : Est-ce que vous vous sentez fatigué ?
_ Hmmm...nononon...
_ Douleurs dans la poitrine ?
_ Nooon...
_ Maux de tête ?
_ Naaaaaaaan !
_ Bon, je ne vois pas de raisons que vous preniez le Gerinox(1) pour l'instant. Au moindre symptôme, vous venez le signaler à quelqu'un. Portez-vous bien. »
Elle sortit et se dirigea vers l'infirmerie. Vanessa n'était pas revenue... Anthéa eut une moue dubitative qui se termina par un sourire entendu. Son stratagème fonctionnait peut être. Elle s'assit quelques instants dans le fauteuil à roulettes de l'infirmerie, explora du regard le vieil ordinateur et l'imprimante qui occupaient une partie du bureau. Elle n'y toucha pas, c'était de la technologie tellement obsolète qu'elle craignait d'abîmer ces pièces de musée si elle y touchait. Elle s'amusa quand même à changer le fond d'écran de l'ordinateur. Puis elle laissa un mot à Vanessa lui indiquant qu'elle allait voir si le vaisseau n'avait subi aucun dégâts.
...
Xemnas avait changé de lieu de séjour. Il devait surmonter cette épreuve terrible loin de tout regard, SURTOUT ceux des membres de l'Organisation. Il tentait de faire appel à sa mémoire et de se concentrer sur un sujet sérieux.
Calmants. Dérivés des psychotropes.
Il fouilla plus avant dans sa mémoire en s'essuyant le front pour la énième fois. Puis il essora le carré de tissu.
Classification des psychotropes par effets, selon Lewin (1924), Delay et Deniker (1957), Pelicier et Thuillier (1991) , Peters (1991)... Chaude sueur exsudée par l'organisme humain, glissant sur la peau, peau tannée, rose, brillante, de...
Il secoua la tête. Il s'était isolé dans une des tours désaffectées du château. Impossible qu'un membre de l'Organisation le voit dans cet état. Il avait retiré son manteau. Et son maillot. Et ses gants. Il inspira une grande bouffée d'air frais et le simple bruit de sa respiration lui rappela d'autres souffles, des halètements...
...permettant de faire la régulation de la circulation sanguine...
Il leva les yeux au plafond. Même la vue d'une surface plane et sans couleur, sans mobilier ne l'empêchait pas de penser à des... futilités... physiques. Son corps qui s'escrimait à le torturer. Il baissa la tête et grimaça. Sa circulation sanguine fonctionnait parfaitement à tous les niveaux, aucun doute.
Il avait une notable amélioration, il ne se mouchait plus. Mais... Il en était au quatrième calmant, sans effet. Il avait du quitter sa chambre au château parce qu'il y avait son lit et que sa vue l'offensait, trouver une salle sans chaise parce que même un pied de chaise le perturbait. Et les calmants n'avaient rien changé. Il avait rapidement éliminé et foulé aux pieds l'idée de demander une assistance médicale plus forte parce que... Il grimaça. C'était de plus en plus éprouvant. Il était en sueur, malgré son dos collé au mur, contre lequel il cherchait de la fraîcheur. Ceci était tellement...
...mur, contre lequel on pouvait, avec un peu d'efforts...
Non. Il ne pouvait pas attendre que cet état se calme. Cela faisait bientôt près de quatre heures qu'il souffrait. Il ouvrit un portail vers une destination inconnue et le passa d'un pas pressé, son manteau négligemment jeté sur l'épaule. Tout valait mieux que de rester sur place à attendre que ça passe.
...
Vanessa passa la porte et s'étira dans tous les sens, comme un chat. Elle avait le teint plus rose que d'habitude et semblait d'excellente humeur. Elle avait gardé sa combinaison mais portait son long manteau jeté sur l'épaule. A part des ronflements provenant d'une chambre et des rires provenant d'une autre, elle n'entendit aucun bruit trahissant une quelconque activité humaine dans le couloir. Une porte était ouverte plus loin mais son occupant n'était pas visible. La femme avança pour laisser son compagnon sortir derrière elle. Elle se tourna et lui sourit, un sourire faible selon les critères humains mais au moins elle ne se forçait pas.
« Je dois aller voir où en est le capitaine.
_ Je dois aller à la cuisine. »
Son compagnon ne put lui rendre son sourire néanmoins son expression faciale était plus douce que d'habitude. Il chercha quelque chose à ajouter, se ravisa. Elle acquiesça à sa demande muette. Il se contenta donc de lui étreindre l'épaule dans un geste qui se voulait affectueux et se dirigea vers les escaliers qui descendaient à la cuisine.
Vanessa poussa la porte de l'infirmerie. Elle savait que le capitaine n'y était pas, elle ne la sentait pas présente. Elle trouva un mot en LU posée sur le bureau principal, bien en vue :
« Vanessa, je suis retournée au vaisseau voir si le tremblement de terre l'a touché, je reviens très vite, A »
Un tremblement de terre ? Quel tremblement de terre ?
Puis la femme comprit ce qui c'était passé. Elle avait eu du mal avec les métaphores pendant longtemps après son recrutement par Voyager. Mais depuis qu'elle fréquentait le capitaine Anthéa, elle en avait appris certains plus récurrents que d'autres. Oui, ça avait été un tremblement de terre, mais pas du type que croyait le capitaine.
...
Dans le château, Xigbar constatait l'avancée de la désinfection par les Reflets, les motivant parfois de la voix. Globalement, ils avaient faits ce pour quoi on les avait amenés ici. Après plusieurs allers et retours dans les couloirs du château, son estomac grogna. Il avait bien dormi, se soignant par la même occasion, mais il n'avait pas mangé depuis au moins 8h. Et il était parti avant de recevoir son repas. De toute façon, il n'avait pas envie de subir l'infâme soupe de Numéro V, qui rappelait de la bouillie pour bébé, sans le bon goût. Il termina ses vérifications et portailla dans le couloir attenant à la cuisine du donjon annexe. Personne ne portaillait directement dans la cuisine du château ou du donjon annexe pour deux raisons :
1/ Numéro IV pouvait s'y trouver lui aussi et comme il prenait la cuisine pour une extension de son laboratoire dans une certaine mesure, une intrusion soudaine pouvait provoquer une explosion. Vexen était capable de rendre explosif un bouillon ou de la purée.
2/ Numéro VII pouvait y être de même et préparer un de ses casse-croûtes compulsifs. Certains évacuaient le stress par le tabac ou l'alcool, Saïx se contentait de tartines beurrées. Et il détestait se faire surprendre en plein acte. Il le faisait payer très cher.
Xigbar passa donc l'angle du couloir menant à la minuscule cuisine du donjon annexe et stoppa net. Un de ses collègues était plaqué le dos au mur, en train d'espionner ce qui se passait dans la pièce. A la structure et aux dreadlocks qui tombaient sur la capuche de son manteau, il n'y avait aucun doute sur l'identité de l'espion :
« Xaldin ? Qu'est-ce que tu... ? »
Une main gantée lui fit rapidement signe de se taire et l'invita à approcher.
« Mais qu'est-ce qui te prends ? Demanda le borgne dans un chuchotement.
_ Écoute... »
Xigbar prêta l'oreille par-dessus l'épaule de son collègue. Il y avait bien quelqu'un dans la cuisine, qui fredonnait avec un manque de rythme et une absence totale d'entraînement quelque chansonnette composée uniquement de 'la'. Vu le ton de baryton de la voix, ce ne pouvait être que...
« Numéro V ? » s'étonna Xigbar tout bas. Les deux collègues s'entre-regardèrent, curieux. Lentement, ils passèrent la tête hors du chambranle de la cuisine, tels deux loups découvrant l'un des leurs en train de se prendre pour un mouton.
Lexaeus était en train de faire cuire un steak tout en continuant sa poussée musicale. Ses cheveux étaient plus ébouriffés que d'habitude et il se déplaçait à pas légers et souples au rythme de sa mélodie inventée. Il ajouta un dernier steak sur la pile et les recouvrit d'une assiette pour les garder au chaud. Sur son visage, une expression s'entraînait à naître, celle de l'insouciance. Les deux autres Nobodies reculèrent prudemment à l'abri du mur. Puis ils établirent une cellule de réflexion un peu plus loin, destinée à faire le point sur le comportement étrange de leur collègue.
« Monsieur stoïque a l'air d'avoir enfin découvert qu'on peut se déplacer sans un balai dans le... Tu crois qu'il s'est drogué ? Ça pourrait être un effet de ces médocs ? Fit Xaldin.
_ C'est un des trucs les plus bizarres qui m'ait été donné de voir, juste après Zexion sous ecstasy. Même pendant les jours de vacances, il n'a pas l'air aussi heureux. »
Ils réfléchirent en silence aux raisons possible d'un tel changement.
« ça a forcément à voir avec les derniers événements...
_ Donc le vaisseau et la présence des deux nanas.
_ Lexaeus est le seul à être resté debout à un moment non ? »
S'ensuivit une période de silence puis Xaldin ajouta d'un ton prudent :
« Je crois avoir vu la géante seule dans l'infirmerie. Elle faisait de la paperasse.
_ Et ?
_ Et... elle avait l'air différente... »
Xaldin réalisa le premier, suivi de près par son collègue qui afficha un air de stupéfaction intense et muet. Leur ébahissement se teinta d'une amertume expliquée par leurs propres tentatives de séduction infructueuses envers les deux représentantes du sexe féminin tombées du ciel.
« Oh le... veinard !
_ Pff, bien sûr, une géante ne pouvait que... s'acoquiner avec un autre géant, constata Xaldin d'un ton amer. Pourvu qu'ils ne fassent pas des gosses, on ne verrait plus le ciel.
_ Bien sûr ! Bon en attendant, j'ai la dalle, moi !
_ Je t'invite, j'ai des réserves dans ma chambre. » offrit le WhirlWind Lancer en époussetant son manteau. Xigbar lui flanqua une claque amicale sur l 'épaule.
« Je savais que je pouvais compter sur toi, mon pote. J'espère que tu as de l'alcool aussi, on va en avoir besoin ! »
...
Anthéa mâchonnait un sandwich, assise sur le marchepied du sas d'accès au vaisseau. Elle l'avait trouvé dans les réserves surgelées, unique rescapé d'un lot qu'elle avait dû écouler sans faire attention lors de ses missions. Le reste des réserves demandait un minimum de préparation et elle n'en avait ni le temps ni la patience. A quelques mètres d'elle, un groupe de petits sans-cœurs se pressaient contre la barrière EM. Ils étaient moins nombreux depuis hier et la femme se demandait s'ils avaient fini par comprendre que la barrière ne les laisseraient pas passer.
Le vaisseau n'avait subi aucun dommage supplémentaire et Nicole était lancée sur un cycle de vérification de la machinerie interne du vaisseau. Il ne restait plus qu'à dégager les réacteurs et à relancer la propulsion, ce qui serait sans doute le plus fastidieux. Les quelques fois où elle avait posé son vaisseau, il avait été relancé dans l'espace depuis une aire de décollage ou une rampe de lancement. Et à l'origine, elle le faisait décoller depuis un hangar du Centre, donc déjà en apesanteur. Bref, ils n'étaient pas encore partis...
La brunette observa les sans-cœur dans une tentative vouée à l'échec de s'occuper. Ils guettaient ses moindres mouvements de leurs petits yeux jaunâtres, tels des prédateurs sans l'expression féroce de rigueur. Sans vraiment réfléchir à ce qui la motivait, Anthéa bougea son sandwich de la gauche vers la droite lentement en observant la réaction des créatures. Les petites têtes noires suivirent le mouvement en toute synchronisation. Ç'avait quelque chose de flippant. Emplie d'une fascination malsaine, Anthéa détacha un morceau de pain beurré de son sandwich et le lança dans le groupe de sans-cœur. Ils suivirent tous la trajectoire du projectile et s'attroupèrent autour dans une mêlée confuse quand il atterrit. Ils s'y attardèrent un instant avant de revenir à leur observation première, à savoir Anthéa et son casse-croûte.
La voyager se demanda qui observait qui : Elle qui regardait les sans-cœur et tentait ses petites expériences amusantes avec eux, ou eux qui attendaient de voir si elle allait faire quelque chose d'intéressant ? Plus certainement qu'elle commette un faux pas qui mettrait son cœur à portée de leurs petites pattes griffues ? Est-ce qu'ils avaient assez d'intelligence pour ça ? Est-ce qu'ils n'étaient pas aussi cons que des pigeons, finalement ?
Ou était-ce elle qui l'était ?
Elle croqua le croûton final et froissa l'emballage du sandwich, avant de le jeter dans le collecteur du vaisseau. Enfin, elle régla son jumper pour retourner au donjon annexe. Elle remettrait en cause son comportement et ses réflexions idiotes plus tard, peut-être.
1 - Gerinox : Nom fictif donné à ce médicament tout aussi fictif. Ressemblance avec un truc existant ne serait que pure coïncidence.
2 - Mais ce n'était pas la première fois. Même en étant un Nobody, on gardait des réflexes émotifs. Et Xemnas connaissait Vexen AVANT de perdre son cœur.
