Raiting M parce que, même si je n'estime pas avoir été trop graphique, j'aime être libre de ce que j'écris
Une main posée négligemment devant ses yeux comme pour les protéger de la lumière crue d'un soleil à son zénith, un jeune homme allongé sur l'herbe jaunît par les rayons ultra-violet réfléchissait intensément à la suite des événements.
Il n'avait que quinze ans. Quinze ans et presque autant années passées sur cette terre à se battre pour être le meilleur, pour être meilleur que lui, et tout ça pour quoi ? Pour que ce pour quoi on l'avait élevé, conditionné, ne se concrétise des années trop tôt et ne le force à jeter les armes au profit de son éternel rival, grand gagnant d'une guerre dont il réalisait doucement avoir été l'unique combattant.
Near…
Ce garçon, un petit albinos de deux ans son cadet, avait gagné cette bataille. Il était le premier, le successeur officiel d'un homme que personne ne pourrait jamais égaler, pas même lui. Tout ça parce que ce jeune homme ruminant de sombres pensées et répondant au nom de Mello avait décidé de déployer ses ailes et de s'envoler loin de lui.
"Travailler ensemble", lui et ce gamin insondable, avait proposé Roger, mais il en était hors de question. Plutôt chercher seul, en partant de rien et par ses propres moyens, à démasquer la vérité, plutôt que d'avoir à courber l'échine pour profiter de toute l'aide qu'aurait pu lui fournir une coopération.
Au diable les moyens matériels et humains mis à la disposition de son rival. Lui s'en sortirait sans toutes ces fioritures.
Le seul outil qui lui était réellement utile, il le possédait déjà : son cerveau.
Quand aux coéquipiers... Mello avait toujours été un solitaire. Il avait toujours préféré travailler seul, que ses réussites et ses échecs ne dépendent que de lui-même.
Il considéraient les autres humains comme des boulets. Du moins, la plupart du temps.
Matt…
Son colocataire et premier ami à l'orphelinat pour surdoués dans lequel il avait grandi, mûri, nourrit sa soif de reconnaissance et son complexe d'infériorité bien trop poignant pour un enfant de son âge. Un garçon de trois mois plus jeune que lui, au caractère flegmatique en totale opposition avec celui sanguin de Mello.
Si le blond s'énervait à la moindre contrariété, le rouquin, lui, semblait ne jamais rien prendre au sérieux. Tout semblait glisser sur sa peau pâle comme l'eau sur les plumes d'un canard. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette différence de caractère était sans doute la principale cause de cette amitié souvent décrite comme improbable.
Matt était le seul à supporter les excentricités de Mello sans broncher et Mello l'un des rares à se satisfaire des monosyllabes servant de réponse au jeune no-life.
Car si le plus jeune n'était déjà pas des plus volubile, pas spécialement impliqué dans les activités de groupe ou les cours en eux-mêmes, il suffisait bien souvent de lui mettre une apparait électronique quelconque entre les mains pour le voir quitter définitivement la planète terre.
Que ce soit pour se plonger dans l'un de ses nombreux jeu-vidéo, hacker des sites parfois complexes pour son simple plaisir ou encore trifouiller les composants éléctronique de ses engins pour en découvrir l'utilité et les améliorer, Matt perdait toute notion du présent lorsqu'il s'afférait sur son ordinateur ou sa game boy.
Mais Mello s'en foutait, il pouvait parler pour deux.
Car si de prime abord le roux semblait se foutre royalement de ses paroles, n'y réagissant pour ainsi dire pas, le plus âgé des deux n'avait pas tardé à remarquer que ce n'était là qu'une apparence.
Sous son masque de flegme, Matt enregistrait chacune des informations parvenant à ses oreilles. Machine silencieuse et discrète gardant chaque détail, aussi insignifiant soit-il, quelque part dans un coin de sa mémoire.
Les années passant, le jeune geek semblait s'ouvrir de plus en plus à son colocataire, consentant à parler, parfois de lui-même, d'autres choses que de leurs devoirs communs et des nouveaux jeux qui sortiraient le mois prochain.
...
Le corps de Mello changeait doucement.
Des poils poussaient à des endroits que ce dernier aurait sans doute jugé comme incongru si un cours d'éducation sexuelle ne leur avait été dispensé quelque temps plus tôt tandis qu'une certaine partie de son anatomie semblait tendre à s'étendre, suivant la direction de son corps filiforme que beaucoup qualifiaient d'androgyne.
Dans le lit voisin au sien, chaque jour et chaque nuit, il savait que le corps de son ami devait sans nul doute subir le même schéma.
Mais ils n'en parlaient pas, jamais.
Rapidement, ils troquèrent leurs slips kangourou pour des caleçons, laissant plus ample liberté à leur corps nouvellement formé alors que leurs voix d'enfants se modulaient, se transformant lentement pour prendre une teinte plus grave, plus adulte.
A 13 ans, leurs pubertés étaient déjà bien entamées.
Mello se souvenait encore parfaitement de cette nuit de mars où, alors qu'il avait été réveillé de son demi sommeil par le son des draps qu'on froissait, il avait aperçu son compagnon de chambré se lever discrètement et, sans faire un bruit, se diriger vers la salle de bain, les bras chargé de vêtements de rechange.
Le son de l'eau s'écoulant dans le lavabo rompit le silence environnant et, une petite dizaines de minutes plus tard, Matt en ressortait, changé.
Une éponge en main, il s'était dirigé vers son lit, tentant de faire le moins de bruit possible, et, aux mouvements qu'il distinguait dans la pénombre, Mello déduit qu'il était en train de frotter son lit, jetant de temps à autre un regard en direction du jeune-homme faisant semblant de dormir.
Se laissant choir sur son lit encore humide, Matt s'était couvert de sa couette et, quelques instants plus tard, sa respiration régulière emplissait à nouveau la pièce, signe qu'il s'était rendormi.
Les yeux grands ouvert dans l'obscurité, Mello se questionna longuement sur ce qu'il venant de voir, n'étant pas bien sûr de comprendre ce qui venait de se passer.
Si plusieurs jeunes de la Wammy's souffraient d'énurésie, ce n'était plus le cas de Matt. Et, quand bien même cela aurait-il été le cas, il aurait de toute façon fallu beaucoup plus d'aller-retour pour nettoyer un lit ainsi souillé par la vessie d'un garçon de 12 ans.
Heureusement –ou malheureusement- pour lui, le blond eut la réponse à sa question quelques semaines plus tard, alors qu'il se réveillait pantelant d'un rêve qu'il ne parvenait à se remémorer.
Les deux garçons étaient devenu des hommes, ou presque.
...
Le soleil tapait férocement sur ses vêtements d'un noir d'encre, faisant doucement transpirer un Mello souriant à ce ciel parfaitement dégagé qui s'étendait à perte de vue.
Ces souvenirs d'un passé pas si lointain lui faisait lentement prendre conscience de la position dans laquelle il se trouvait.
Lui qui aimait à se penser le plus fort, le plus intelligent et le plus débrouillard de tous. Lui, l'éternel deuxième rêvant de surpasser Near. Lui, l'adolescent qui, hier encore, n'était alors qu'un enfant. Le voilà qui se retrouvait soudainement lâcher dans l'arène sans aucune protection.
Il lui était facile d'ouvrir sa gueule et de se penser supérieur aux autres lorsque qu'il était entouré, mais une fois livré à lui-même, sans plus personne pour l'encadrer, le soutenir et veiller à sa sécurité, il lui était bien plus difficile de garder son aplomb d'antan.
Il n'était encore qu'un gamin, il en prenait durement conscience. Exit son haut coefficient intellectuel et son caractère brut de décoffrage, une fois abandonné à ce vaste monde, il n'était pas plus préparé qu'un autre.
Peut-être même l'était-il moins qu'un autre.
Ce soir, sitôt la nuit tombée, il avait prévu de prendre contact avec le membre d'une petite organisation de malfrats du quartier. Il espérait bien obtenir d'eux des informations sur celui que la presse Japonaise avait nommé Kira, inconnu du grand public si bien pensant. Il avait bon espoir de découvrir parmi des criminels ce que ni L, ni Near, n'étaient encore parvenu à trouver par des moyens légaux. Dusse-t-il pour ce faire vendre son âme au diable.
En quitta la Wammy's, il avait juré de capturer cet Homme, ce criminel, avant Near. Il comptait bien tenir sa promesse, quelques soient les épreuves qu'il aurait à enduré pour ce faire.
Roger, Matt, Linda, et tous les autres pensionnaires de l'orphelinat à qui il n'avait même pas prit la peine de dit au revoir... Le jour où il reviendrait vers eux, le corps de ce prétendu Dieu se balancera au bout d'une corde.
Seule cette certitude lui permettait de se lever chaque matin depuis qu'il avait quitté son cocon, lui donnant la force d'avancer.
Il voulait prouver au monde que lui, Mello, Mihael, ou qui qu'il ait bien pu être par le passé, réussirait là où tous avaient échoués !
...
Lorsqu'il était plus jeune, âgé d'environ six ou sept ans, Mello se rappelait avoir demandé à Matt s'il se souvenait de son passé. De son identité avant son arrivé à l'orphelinat.
Brisant un interdit tacite, il lui avait ensuite révélé le sien. Sans vraiment savoir pourquoi il ressentait le besoin de se confier au rouquin. Sûrement que la perspective de perdre pour toujours son identité le terrifiait, qu'il souhaitait que, au moins, une personne sache qui il avait été avant de devenir Mello. Sache qui était ce Mihael Kheel disparu des documents officiels.
Comme à son habitude, Matt n'avait rien dit, laissant Mello déverser le contenu de son cœur d'enfant sans broncher.
Le blond lui avait alors raconté son enfance en ancienne URSS, lui avait parlé des croyances de ses parents le forçant à se rendre à l'église tous les dimanches alors que l'enfant âgé de tout juste trois ans trouvait déjà tous ces idéaux religieux surfaits.
Il lui avait parlé de leurs morts, de cet accident de voiture qui leur avait ôter la vie. Il lui avait raconté son arrivé en Amérique, à l'âge de quatre ans, et combien il était terrifier. Il lui avait décrit tout ces tests qu'on lui avait fait passé avant de le conduire ici, quelques jours avant son cinquième anniversaire. A l'époque, il n'avait rien compris à ce qui lui était arrivé, se laissant balloté aux grés des décisions d'adultes aux visages effacés par le temps.
Levant les yeux de sa console de jeu, le roux s'était alors contenté d'une seule phrase. Une unique phrase en réponse à l'intégralité de la tirade du blond. Une phrase que ce dernier se rappelait encore parfaitement.
« Mail Jeevas… C'est mon nom »
Une phrase, une seule, simple mais efficace. Aucun détail sur sa vie passé, rien de plus qu'un nom. Un nom que Mello serait le seul à connaitre. Et c'était plus que suffisant.
...
Mail… Comme un E-mail…
Allongé sur l'herbe, observant le soleil décliner à l'horizon, Mello ne put s'empêcher de sourire, prononçant silencieusement ce nom interdit, le faisant rouler entre ses lèvres comme pour en savourer chaque tonalité. Pour ne pas oublier.
Mail… Ce nom, il lui allait à la perfection.
...
Ici, à la Wammy's House, l'âge n'avait aucune espèce d'importance, seules les connaissances comptaient. C'est pourquoi les classes mélangeaient des élèves de tous les âges et de toutes les origines. Enfants, adultes, ce n'étaient là que des mots sans réelles signification en ce lieu.
Mello, Matt et Near étaient tout trois la même classe, ainsi que Linda, de deux ans l'aînée du blond, et d'autres petits génies tels que Yun et Mia, deux jumeaux ex æquo en sixième place du classement.
Les 15 premiers du classement étaient réunis dans une classe, les 15 derniers dans une autre.
Chaque mois, un test leur était remis et, en fonction des résultats, le tenant des classes pouvait varier du tout au tout.
D'aussi loin que remonte sa mémoire, lui, Near et Matt avaient toujours tenu le peloton de tête.
Near en première place, lui en second, et Matt en bon troisième.
Parfois, Mello se demandait si son ami ne faisait pas exprès de rester derrière lui, se contentant du stricte minimum pour ne pas perdre en grade, mais il préférait ne pas trop y penser, de peur de la réponse qu'il risquait de trouver.
Sans doute que le rouquin préférait dépenser son énergie dans ses jeux plutôt que dans ses devoirs, voilà tout…
Les cours en eux-mêmes étaient pour la plupart les mêmes que dans une école standard. Des cours de langues, de math, de physique, de biologie ou encore d'économie, mais poussé bien plus loin qu'ils ne le devraient pour des enfants de leurs âge. Les seules véritables différences avec une école traditionnelle étaient leurs Travaux Pratique du week-end…
Chaque vendredi soir, Roger venait leurs distribuer d'anciennes enquêtes résolues par L, à faire en groupe ou en solitaire, et leurs demandait d'étudier les dossiers durant leurs temps libre du samedi et du dimanche avant de rendre leurs premières hypothèses pour le lundi suivant.
Au début, les enquêtes étaient simple et les profs aidaient à leurs résolution, elles ne s'étiraient en générale pas sur plus d'une semaine ou deux, mais passé un certain nombre de réussite, les enfants étaient livrés à eux-mêmes et plusieurs semaines pouvaient s'écouler avant que le corriger de leurs résultats ne leurs parviennent.
C'était en grande partie en fonction des résultats de ces enquêtes que les élèves étaient réparties dans une classe ou dans l'autre.
Near était le plus fort à ce jeu, suivit de près par un Mello ne manquant pas une occasion pour s'en prendre à l'albinos, faisant parfois preuve d'une mauvaise fois faisant doucement rire sous cape un rouquin au visage impassible, les yeux rieurs sous son épaisse paire de goggles.
Des goggles que, de mémoire de Mello, le garçon avait toujours porté.
Si le blond ne se défaisait jamais de son éternel chapelet, Matt, lui, c'était sa sempiternelle paire de goggles qui ne le quittait jamais. D'abord porté en collier autour de son cou puis, une fois assez grand pour les enfiler, sur son nez fier et parsemé de légères tâches de rousseurs.
...
Observant le ciel virer à l'orange, le vent frais de ce début de soirée faisant frissonner sa peau il y a peu de temps encore brûlée par les rayons du soleil, Mello laissait sa main glisser le long de son torse fin, passant sous son haut pour venir caresser son ventre plat, effleurant la fine pilosité serpentant de son nombril jusqu'à sa toison pubienne. Perdu dans des pensées d'un autre temps, un long soupire lui échappa.
...
Matt avait fêté son quatorzième anniversaire une semaine auparavant et, alors qu'il s'afférait sur son nouveau jeu PC, Mello ne put retenir la question lui brûlant les lèvres depuis de trop nombreuses semaines déjà.
« Matt ? Est-ce que tu t'es déjà mesu… Non, laisse… »
Se coupa-t-il aussitôt, finalement bien incapable de la mener à bien malgré sa verve habituelle.
Ce n'était pourtant rien de plus qu'une curiosité adolescente. Un besoin de se comparer pour se rassurer et se sentir dans la norme, mais même pour un garçon aussi direct que Mello, ce genre de question ne pouvait être posé de bout en blanc.
Quittant des yeux l'écran holographique de son ordinateur, Matt reporta son attention sur son camarade de chambre, notant au passage les légères rougeurs colorant ses joues d'ordinaire si pâles.
Imperceptiblement, un sourire étira la commissure de ses lèvres alors que, ne quittant pas son ami des yeux, il répondait d'une voix égale.
« Oui »
Les yeux écarquillés, le blond fixa le plus jeune avec stupéfaction. Avait-il réellement compris ce qu'il s'apprêtait à lui demandé ? D'aucun auraient pu penser que non, mais Mello le connaissait suffisamment pour savoir que Matt ne répondait que lorsqu'il était sûr d'avoir compris la question.
Comme pour confirmer ses pensées, le roux reprit, d'un ton laissant transparaître un amusement manifeste ayant tôt fait d'accentuer les rougeurs du blond.
« Pourquoi ? Ça t'intéresse ? »
« Pas… Pas vraiment… »
Nia Mello, ne parvenant plus à soutenir le regard de son ami, se maudissant intérieurement d'avoir lancé le sujet.
Il avait certes réussi la prouesse de faire sourire Matt, mais il aurait grandement préféré que ce ne soit pas pour qu'il se foute de sa gueule…
« T'inquiète pas Mello, pour ce que j'en ai vu, t'as pas à rougir du tien »
Une nouvelle fois, l'ainsi interpellé se retourna vers son camarade, les yeux comme des soucoupes, ne s'attendant décidément pas à une telle tournure des événements.
« Comment ? »
« Tu dors en caleçon, tu sais ? Et tu as tendance à bouger durant ton sommeil…»
Ne sachant quoi répondre à ça, le blond se contenta de hocher la tête, toujours mal à l'aise, mais néanmoins rassuré par les insinuations de son ami.
Alors comme ça, il était normal.
Tant mieux.
« D'ailleurs Mello, de quoi tu rêves, la nuit ? »
Une nouvelle fois, le visage du susnommé prit une couleur pivoine. Manquant de s'étouffer avec sa propre salive, il leva son regard vers son camarade et s'emporta.
« Non mais ça va pas ? Est-ce que moi je te demande de quoi tu rêves la nuit hein ?! »
S'énerva le blond, honteux à l'idée que le roux ne découvre ce qui le mettait dans un tel état sitôt le matin, ne pensant pas au fait que la question qu'il avait précédemment posé était elle aussi bien indiscrète.
« De toi. »
Répondit Matt du tac au tac, sans ciller, alors que Mello envoyait valser ses paroles d'un geste de la main.
« C'est pas drôle ! »
Le rouquin haussa les épaules, ne rajoutant rien, peu désireux d'attiser la colère de son ami, et retourna à son jeu.
...
Doucement, la lumière artificielle des lampadaires remplaçait celle solaire. Observant les passants rentrant tranquillement chez eux, Mello se décida enfin à se lever et épousseté ses vêtements couvert de terre, frissonnant imperceptiblement a ce changement soudain de température.
D'ici une petite heure, il rencontrerait celui pour qui il était venu ici.
D'ici quelques heures, sa vie prendrait un nouveau tournant.
...
Cette nuit-là, Matt ne parvenait pas à s'endormir. Il fixait l'obscurité, tournant et retournant dans sa tête les différents scénarios s'offrant à lui pour finir ce niveau et passé à l'étape supérieure sans game over. Car la vie, contrairement à ses jeux vidéo, ne laissait aucun continue.
C'était en faite à sa propre vie, pensé comme à l'un de ses jeux, que le jeune geek était en train de penser.
Derrière lui, il entendait Mello bouger, mais décida de rester immobile, faignant de dormir pour ne pas être dérangé dans ses réflexions. Ce fut sans compter sur le blond.
Le bruit de tissu froissé fut bientôt suivit par des gémissements à peine audibles, comme étouffer par un oreiller, et des plaintes ne laissant nul doute quant à l'activité à laquelle s'adonnait le blond.
Se figeant, le roux retint son souffle, tournant le dos à son camarade.
Si Mello remarquait qu'il était réveillé, pas sûr qu'il ne lui adresse la parole ni ne le regarde dans les yeux durant de long, très longs mois.
Un dernier gémissement contenu emplit la pièce, un dernier froissement de drap, puis le silence.
Sans un bruit, Matt laissa sa propre main glisser le long de son corps jusqu'à atteindre la limite de son pubis et, les yeux fermés, entreprit de soulager à son tour son membre douloureux toujours emprisonné par son étau de tissu.
Ce que Mello ne savait pas ne pouvait pas lui faire de mal, après tout…
...
A plusieurs dizaines de kilomètres de là, Matt était allongé sur son lit, les yeux grands ouverts, contemplant comme chaque jour la chambre laissée vide de cette ombre colérique qui l'a remplissait de vie.
Depuis que Mello était partie, le rouquin comptait les jours.
L était mort, Mello disparu. Rien ne serait jamais plus comme avant, il le savait.
Il n'était plus un enfant —l'eut-il un jour été ?— et il savait que, très bientôt, il devrait faire ses propres choix.
Il avait déjà suffisamment retardé l'échéance.
Contemplant le plafond, il se décida.
Demain, quoi qu'il puisse arriver, il quitterait l'établissement l'ayant vu grandir pour voler de ses propres ailes.
Il était plus que temps qu'il prenne enfin sa vie en main.
Quand il retrouvera Mello —car il était persuadé de le retrouver—, ils seront tous deux devenus un peu plus adulte.
Alors là, et seulement là, il pourra lui dire ce qu'il n'avait jamais été en mesure de lui dire jusque-là.
Le jour où Mello lui avait demandé à quoi il rêvait, il avait répondu que c'était de lui. Il était sincère.
De jour comme de nuit, le blond ne quittait jamais ses pensées.
Son cœur et son corps criaient pour appeler les siens, mais le garçon restait sourd à ses appels.
Si Matt était suffisamment mûr pour aimer, il savait que son ami, lui, ne l'était pas.
Cela n'avait rien à voir avec l'orientation sexuelle, ni quoi que ce soit de ce genre, mais simplement que Mello, de par son caractère et ses choix de vie, semblait se complaire dans une immaturité affective sans chercher à comprendre les implications d'un véritable amour. Pour l'heure, il se refusait à y penser. Ca ne faisait pas partie de ses priorités. Peut-être même le blond pensait-il ne pas mériter pareil intérêt.
A bien y pensé, Matt était persuadé qu'il n'aurait pas été compliqué de le convaincre de partager ses draps.
Mais le geek ne voulait pas se contenter de son corps. Il le voulait tout entier.
Rien qu'à lui.
Car Mello l'aimait, il le savait, même si l'intéressé lui-même semblait ne jamais l'avoir remarqué.
« Matt,
J'ai décidé de partir à la recherche de Kira. Seul.
Je reviendrais te chercher quand j'aurais mis sa tête sur un piquet.
Ne m'oublie pas.
Je deviendrais le numéro un !
Mello »
Oh ça non, il ne l'oublierait pas.
Techniquement c'est un OS, mais en vérité, c'est pas impossible que je fasse une suite si un jour j'ai la foi.
