Livre I (Chapitre 2)
Renaissance
Dans son rêve, la femme criait et ses supplications lui déchiraient le cœur. Il voulut l'aider, intervenir, mais il était paralysé, crucifié.
Pas Harry ! Pas Harry ! Je vous en supplie... Je ferais ce que vous voudrez...
Pousse-toi, espèce d'idiote...Allez, pousse-toi...
Soudain, son point de vue changea ; il était plus grand désormais, il regardait la femme de haut. Il se sentait mieux, la peine, la pitié qu'il ressentait l'avait quitté, au contraire, il jubilait à présent. Il était si proche du but ! Il avait envisagé d'épargner la femme, mais comme elle s'obstinait, il se décida à en finir avec elle aussi. Tout bien réfléchi, il était plus prudent d'éradiquer cette famille pour de bon.
Il leva le bras, sa main était d'une blancheur cadavérique, il tenait quelque chose entre ses doigts fin ; l'instrument de sa puissance. Il pensait à l'enfant dans son berceau. Ça sera bientôt fini... Mais, avant, il devait s'occuper de la mère. Il y eut un léger souffle puis la lumière verte l'éblouit. Le dernier cri de la femme s'étrangla dans sa gorge, elle fut projetée contre le mur. Elle glissa doucement par terre, désarticulée, l'œil vide. Le rire cruel, glaçant, tant de fois ouïe retentit ; il en était la source cette fois.
Harry s'agitait dans son lit, riant et pleurant tour à tour dans un marmonnement confus.
Réveille-toi..., dit une voix en lui. Réveille-toi, Harry.
Il voulait se réveiller, il le désirait plus que tout, mais il en était incapable. Il ne voulait pas voir ce qu'il allait faire à l'enfant, mais il se sentait tiré comme dans un engrenage. Il devait le faire, il en avait une certitude inébranlable ! L'enfant était une menace, ou plutôt, il en deviendra une s'il vivait ; la prophétie le certifiait. Il s'approcha. Le nourrisson, s'était mis debout dans son berceau, maladroitement. Il avait été calme jusque-là, il regardait ce qui se passait autour de lui avec intérêt, amusé, mais à présent son petit visage était convulsé, son regard chagrin. Il reniflait, prêt à pleurer. Sentait-il que sa fin était proche ?
Il visa soigneusement la tête et savoura un instant sa victoire ; il avait déjoué le destin lui-même. Même s'il était dur pour lui de comprendre comment un être aussi commun pourrait un jour constituer une menace pour lui ; lui qui était allé plus loin que quiconque dans le chemin vers l'immortalité... Le petit garçon le fixait de ses yeux verts, ces même yeux verts que les siens...
Avada Kedavra !
Sa cicatrice explosa. Il avait l'impression que son crane se fendait en deux. Il émergea dans un sursaut de douleur et d'effroi. Gémissant comme un animal blessé, il agrippa son oreiller, y fourra sa tête pour étouffer son cri.
Il est réveillé, dit la voix de Dudley derrière la porte. Son cousin, jeta un coup d'œil furtif de derrière la porte pour s'en assurer ; il devait l'avoir entendu hurler.
Tais-toi Dudley, ne parle pas aussi fort ! grogna l'oncle Vernon. Pétunia, chérie, va le voir avant qu'une infirmière ne vienne.
Petit à petit sa cicatrice se calmait, une douleur diffuse prit le relais ; il avait l'impression vivace d'avoir le cran coincé dans un étau. Ses paupières lourdes comme du plomb s'ouvrirent sur un environnement étranger. Ça empestait une odeur caractéristique d'eau de javel et de médicaments. Il était seul dans une petite chambre jaune canari, avec sur les murs des dessins insipides d'arc-en-ciel et de fleurs. Même s'il y voyait très mal sans ses lunettes, il devina qu'il devait être dans un hôpital ou une clinique.
Sa tête était enturbannée de pansements et pesait lourd sur son cou vacillant. Dans son esprit ses pensées peinaient à se mettre en place ; son cerveau était comme gelé, groggy. Il devait se rappeler à tout prix la raison pour laquelle il avait fini ici ; il allait surement avoir de très grands problèmes avec les Dursley et tant qu'il ne se rappelait de rien, il n'en devinait pas encore l'ampleur.
A en juger par la source de la douleur il s'était fait mal à la tête et méchamment. Pourtant, il se rappelait très bien s'être réveillé dans son placard comme d'habitude. C'était son anniversaire et il avait commencé à penser à toutes ces choses qui n'allaient pas... il avait entendu une voix, oui, il s'en rappelait bien à présent, et il s'était cogné la tête contre le plafond-bas... Oui, ce fut certainement ainsi qu'il s'était fait mal. Il dut conclure à cette version même si tout cela lui semblait être un rêve aussi insensé que celui qui venait tout juste de le réveiller... Un rêve où il faisait du mal...où, il se faisait du mal ?
La tante Pétunia entra et referma avec une grande précaution la porte derrière elle, dans l'optique de faire le moins de bruit possible. Elle le fixa un moment sans rien dire, avec une expression étrange sur le visage. De l'inquiétude ?
Tu t'es réveillé, nota-elle inutilement.
Hum, marmonna-il, incapable d'articuler.
Des infirmiers et des gens de l'administration vont venir te poser des questions, sur ton...accident, lâcha-elle, brusquement. On leur a déjà dit que tu étais tombé dans les escaliers et que tu t'étais cogné le front. Tu vas leur répéter cette version des faits, sans rien ajouter. Entends-tu ?
Je suis tombé dans les escaliers ? s'enquit-il étonné. Il ne se rappelait pas être sorti de son placard.
Ça n'a pas d'importance. Ne me force pas à répéter. Dit leur simplement ce qu'on a convenu, insista-elle, irritée. Tu peux dire aussi que tu es maladroit de nature, s'ils te posent des questions sur les bleus que tu as sur le corps.
Elle parlait rapidement et doucement et ne cessait de jeter des coups d'œil furtifs derrière elle, comme si elle avait peur qu'on la surprenne.
Ne l'écoute pas, Harry.
Malgré sa surprise, Harry tenta de ne pas réagir et de demeurer calme. L'hôpital était un endroit dangereux pour quiconque présentait des signes de folie. La voix en lui n'était ni un rêve, ni une hallucination, elle était bien réelle, elle tentait de l'aider ou du moins, il l'espérait.
Il faut que les choses changent, tu te rappelles ? Elle a peur, ne vois-tu pas ? Tu as un pouvoir sur elle à présent, tu peux faire d'elle ce que tu veux.
Ce n'était pas faux, ce qu'Harry avait pris pour de la préoccupation était en réalité de la peur. La tante Pétunia n'en avait rien à faire de son état et ne s'en inquiétait en aucun cas. Elle craignait juste que des étrangers sachent qu'il dormait dans un placard au plafond si bas qu'il s'y était cogné ou encore qu'il avait un cousin si prévenant qu'il manifestait son attachement par des coups répétés.
Et si je ne voulais pas mentir ? s'entendit-il dire presque malgré lui, car la voix en lui, lui soufflait son texte. Et si j'avais une autre histoire à raconter ?
Le son de sa propre voix lui parut différent, plus assuré, plus rebelle aussi. Il n'était pas réellement sûr d'aimer ça, cette sensation étrange de ne plus contrôler ses propres pensées, ses propres paroles... Mais, il était tellement fatigué et endolori qu'il n'y fit pas obstacle.
La tante Pétunia était soufflée.
Tu vas avoir de très grands ennuis, lui assura-elle.
Pas autant que Pétunia et Vernon Dursley après que tout l'hôpital aura entendu parler du pauvre orphelin maltraité par la seule famille qui lui reste.
Il répétait mot à mot ce que cette conscience en lui, lui dictait. Ce n'était pas si dérangeant après tout, il y avait une grande part de vérité là-dedans. Ce qui le troublait le plus en réalité, c'est ce ton d'insolence, de hardiesse qu'il parvenait à insuffler à sa voix, une voix qui ne lui ressemblait guère.
Il bluffait évidemment, il n'avait pas l'intention réelle de mettre les Dursley dans une mauvaise situation et ce malgré tout ce qu'ils lui avaient fait endurer jusque là ; cependant, la tante Pétunia semblait le trouver très crédible, elle pâlit à vue d'œil, déglutit avec difficulté. Elle paraissait partagée entre l'envie de l'étrangler et celle de le supplier.
Ne flanche pas Harry, c'est le moment pour toi de te distinguer.
C'était exactement ce qu'il s'apprêtait à faire, flancher. Il commençait à trouver que tout cela allait trop loin, qu'il allait trop loin et il craignait les conséquences qui allaient en résulter. Ignorant les sollicitations véhémentes de sa voix intérieure, il fut sur le point de faire marche arrière de s'excuser et de promettre d'obéir, mais un fait inattendu survint.
Mais que veux-tu enfin ? pressa-elle. Dis-moi juste ce que tu veux et tu l'auras ...
C'était une révolution dans le monde d'Harry, on voulait savoir ce qu'il voulait, on s'intéressait à ses envies. Il avait enfin trouvé le moyen d'exister aux yeux de quelqu'un, même si ce quelqu'un n'était que la tante Pétunia, ce n'en était pas moins une victoire pour autant.
Je veux que ça change, annonça-il et cette fois-ci, il était seul maître de ses paroles. Je veux que les choses changent.
Beaucoup de choses vont changer, acquiesça la voix en lui, à commencer par toi Harry. Tu entames ta renaissance...
