Note : La troisième partie ( et non la dernière ) est arrivée. J'ai fait la meuf un peu chiante, je me suis dit qu'un épilogue serait pas mal. Du coup, je coupe au mauvais endroit. Vous allez me détester ... J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Milouz : Sandor fait un peu trop "cliché" à mon goût. Il est un peu trop pédophile aussi, c'est pour ça que je ne peux écrire du Sandor/Sansa que dans un AU où leur écart d'âge n'est pas trop important. Bon, en revanche, je ne le trouve pas graveleux, contrairement à d'autres personnages de ASOIAF/GOT ! C'est une des seules choses que je ne lui reproche pas. Mais contente que tu l'apprécies dans ma fiction, ça me fait vraiment plaisir ( ben oui, pour un personnage que je n'aime pas, s'il plaît à quelqu'un qui l'adore, c'est plutôt cool ! ). Par contre, je suis tellement désolée que tu aies espéré pour rien, la fin ne va pas du tout te plaire. Pas de happy ending entre Sandor et Sansa malheureusement. J'espère que tu aimeras quand même. En tout cas, merci beaucoup pour ton soutien ! :)


III. Déployer ses Ailes.


13. rupture

Elle avait laissé Joffrey sans réponse pendant près d'une semaine. Elle ne voulait plus le voir, plus en entendre parler, mais qu'allait-il arriver si elle décidait de le quitter ? Elle craignait sa réaction plus que tout autre chose. S'il piquait une crise à une vulgaire remarque, une rupture risquait de l'enrager.

Sansa avait donc opté pour une solution stupide, si stupide qu'elle croyait à peine avoir eu cette idée. Elle fréquenterait encore pendant un temps avec Joffrey, attendant qu'il se lasse d'elle – elle ne ferait encore effort en sa présence, ni pour lui plaire, ni pour lui paraître agréable – et verrait Sandor en secret. Ils n'auraient peut-être pas autant de moments à partager qu'un couple ordinaire, mais c'était toujours mieux que rien. Elle était de toute façon bien plus rassurée de savoir Sandor prêt d'elle lorsqu'elle voyait Joffrey.

Elle en avait longuement discuté avec Sandor. Il n'était pas particulièrement fan de l'idée, mais avait accepté. Il savait à quel point elle pouvait avoir peur de Joffrey et de ses réactions.

Ils se passaient du temps ensemble entre les cours, après les cours parfois et le week-end, quand Joffrey souhaitait voir Sansa. Ça n'avait rien d'idéal et supporter Joffrey devenait de plus en plus difficile, mais elle ne voyait pas d'autres solutions sur le moment.

Ça ne dura qu'un temps. Joffrey lui ouvrit lui-même une porte de sortie. Il se trahit un jour, alors qu'il voyait une autre fille. Elle les avait croisés dans un centre commercial, main dans la main, pendant qu'elle faisait le tour des magasins avec Jeyne. Margaery Tyrell se tenait prêt de lui. Elle provoqua un scandale au milieu de l'allée. Toutes les têtes se tournèrent vers eux et elle simula, pour achever en beauté sa représentation de la parfaite petite-amie blessée par la trahison, une crise de larmes. Elle le quitta sur le champ, lui rétorquant que ce n'était plus la peine de s'occuper d'elle puisqu'il avait Margaery, et quitta les lieux, Jeyne la soutenant avec des paroles réconfortantes. Elle lui demanda gentiment de rentrer chez elle. Elle avait besoin de rester seule pour faire le point et se retrouver.

Elle s'en voulut un peu de mêler sa meilleure amie à ces histoires – et de lui mentir aussi éhontément. Mais c'était pour la bonne cause. Joffrey ne devait rien savoir. Elle était enfin débarrassée de ce monstrueux petit-ami et pouvait retrouver celui qui l'avait soutenue.

En réalité, plutôt que d'aller s'enfermer dans sa chambre pour pleurer toutes les larmes de son corps, elle s'empressa de rejoindre Sandor dans son appartement. Elle lui sauta au cou sans réfléchir quand elle l'aperçut et le laissa incrédule sur le pas de la porte.

« Qu'est-ce qui t'arrive, petit oiseau ?

- Il n'y a plus de petit oiseau qui tienne, lâcha-t-elle, tout sourire. Joffrey voyait Margaery en secret. Je lui ai dit que c'était fini entre nous. Il a quelqu'un d'autre maintenant. Il n'a plus besoin de moi. »

Elle plaignit Margaery envers elle avait presque un devoir d'information sur la réelle nature de Joffrey, avant qu'il ne soit trop tard et qu'il ne lui fasse du mal, mais sur le moment elle savoura le goût de sa liberté retrouvée dans les bras de Sandor qui lui accorda, pour la première fois, une esquisse de sourire.


14. tout recommencer

« J'aimerais quand même t'accompagner à ton prochain match, voir à quoi ça ressemble … voir comment tu te bats et t'acclamer.

- Même pas pas la peine d'y passer. »

Sandor entra dans le salon avec deux assiettes, une qu'il lui tendit, l'autre qu'il garda pour lui. Ils déjeunaient et passeraient la journée ensemble.

Sansa avait prétendu sortir en ville avec une amie, toute l'après-midi, pour voir Sandor. Elle avait pris le bus jusque chez lui et le soir, il la ramènerait. Il n'appréciait pas tellement qu'elle mente sur l'endroit où elle se trouvait, mais il ne pouvait pas y faire grand-chose. Elle n'en avait même pas parlé à Robb et craignait la réaction de ses parents s'ils apprenaient qu'elle fréquentait Sandor Clegane, le délinquant juvénile dont le frère aîné croupissait en prison depuis quelques années pour avoir massacré Elia Martell et ses enfants.

« Mais ça pourrait être sympa. Je n'ai jamais vu de combat de boxe.

- Écoute, Sansa, je joue pas au football, comme Loras Tyrell ou ton frère. Je fais de la boxe. Je pense pas que l'ambiance te plairait. Et j'ai pas envie qu'on te voit avec moi.

- Est-ce que tu as honte de moi ? fit-elle mine de s'indigner.

- Bien sûr, j'ai honte de la princesse Sansa Stark. C'est ça, t'as visé en plein dans le mille.

- Sandor.

- Je peux t'emmener où tu veux. Voir des films que j'aime pas, des concerts dont j'ai rien à foutre, t'accompagner pour faire des activités qui m'intéressent pas … ce que tu veux, en fait. Mais les matchs de boxe, on oublie.

- Je t'ai déjà vu te battre. Je crois que tout le monde t'a déjà vu te battre.

- C'est pas pareil et c'est pas la peine d'insister. J'ai dit non. »

La discussion fut close et ils n'en reparlèrent plus.

Plus tard, ils s'allongèrent l'un à côté de l'autre dans le canapé et regardèrent un film. Ils n'étaient pas du genre à beaucoup parler et préféraient apprécier les silences. Parfois, ils ne partageaient même pas les mêmes activités. Sansa le rejoignait chez lui, mais elle sortait un livre et lisait ou ses cours et travaillait pendant qu'il s'entraînait dans une pièce qu'il avait aménagée dans son appartement.

Sansa aurait aimé pouvoir se contenter de ce qu'ils avaient, mais quelque chose clochait dans leur relation. Quand ils sortaient, ils ressemblaient plus à deux amis – si ce n'était pire – qu'à un couple. Elle osait à peine lui prendre la main, de peur d'être rejetée.

Sandor avait-il honte d'elle ? Elle avait dit ça pour plaisanter, sans en penser un seul mot, mais Sandor l'avait mal pris. Elle l'avait senti dans le ton de sa voix, presque moqueuse. Puis elle s'était souvenue des paroles blessantes de Joffrey, du choc de Robb qui avait envisagé la possibilité qu'elle fréquente Sandor, de l'étonnement de celui-ci lorsqu'elle l'avait embrassé la première fois.

Sandor pouvait-il penser qu'il ne méritait pas d'être avec elle ? Elle ne l'avait pas tout de suite envisagé, mais plus le temps passait, plus elle se disait que c'était possible et le fait qu'elle ne parle à personne, même à ses proches, de leur relation, ne devait rien arranger.

Il la raccompagna chez elle le soir venu et s'arrêta à quelques pâtés de maison de la propriété de ses parents.

« Tu peux te garer en face de chez moi, tu sais, lui dit-elle.

- Je me suis dit que ça ferait mauvais genre si tes parents te voyaient avec moi. Tu leur as pas dit que tu me voyais aujourd'hui.

- C'est vrai, mais peut-être que je devrais. »

Sandor se contenta de hausser les épaules avant de redémarrer la voiture et de se garer près du portail qui menait au jardin des Stark.

« On se revoit bientôt, murmura Sansa. »

Elle l'embrassa chastement sur la joue et descendit en lui faisant un signe de la main avant d'entrer chez elle.

Elle entendit les pneus crisser sur le béton et le véhicule s'éloigner. Dans le couloir de l'entrée, Robb, vêtu d'un survêtement de sport, s'arrêta. Il la détailla de bas en haut avec un regard interrogateur et confus. Quand il passa à côté d'elle, il lui chuchota à l'oreille :

« Si tu veux vraiment nous faire croire que tu vas chez une copine, essaye au moins de masquer l'odeur de cigarettes sur tes vêtements. »


15. déclaration

« Je t'aime, tu sais. »

Elle n'avait pas franchement réfléchi quand elle avait prononcé ces quelques mots. C'était sorti tout seul. Ils s'étaient seulement vus entre deux cours, au détour d'un couloir, après que Sandor avait échappé à Joffrey.

Elle l'avait embrassé et le calme régnait autour d'eux. Ça lui avait juste semblé être le bon moment pour le dire.

Leur relation ne durait que depuis quelques semaines – pas même deux mois à vrai dire –, mais la simplicité de Sandor et la quiétude qu'il lui procurait avaient été suffisants pour la mettre en confiance. Il était l'inverse de Joffrey : quand Joffrey aimait se faire remarquer et entendre, Sandor préférait rester dans l'ombre, muet.

Comme il l'était en ce moment même.

Sandor s'était figé sur place, toute trace de potentiel sourire s'était effacée de ses lèvres. Elle avait vu dans son regard qu'il cherchait une échappatoire, mais il n'y en avait pas. Elle ne lui en laisserait pas.

« Sandor, calme-toi, s'il te plaît, lui dit-elle en prenant ses mains dans les siennes.

- T'es en train de te moquer de moi, c'est ça ?

- Pas du tout. »

Elle était presque vexée de cette remarque. Comment pouvait-il imaginer qu'elle le traite ainsi ? Après tout ce que Joffrey lui avait fait subir quand elle était avec lui, il était tout simplement devenu inenvisageable qu'un jour elle puisse traiter quelqu'un de la même manière.

« Écoute, je ne t'oblige pas à dire ou faire quoi que ce soit. Je voulais juste le dire, c'est tout. »

Elle ne lui en voudrait pas s'il ne lui retournait pas ses sentiments. Elle ne voulait ni le forcer, ni qu'il se sente oppressé. Sandor n'était pas du genre démonstratif et elle l'avait accepté. Elle n'avait pas besoin qu'il lui répète à longueur de journée combien elle pouvait être belle et comme il appréciait d'être près d'elle. Il lui suffisait de le regarder pour lire dans ses yeux tout ce qu'il n'osait pas dire – tout ce qu'il n'avait pas besoin de dire.

Il se contenta de l'embrasser sur le front pour lui répondre et elle l'en remercia de son plus beau sourire.


16. s'afficher sans crainte

Sandor lui avait conseillé de se mêler de ses affaires et de ne pas mettre son grain de sel dans cette histoire. Ce que Margaery Tyrell faisait de sa vie ne les concernait pas. Sansa ne connaissait même pas cette fille, à vrai dire. Elle avait entendu parler d'elle, par des amis, des connaissances, la voyait sur les réseaux sociaux – Margaery, si belle et photogénique que les miroirs et les objectifs devaient rougir en l'apercevant – et l'avait entrevue quelques fois. Mais elle ne lui avait jamais adressé la parole, pas même un bonjour. Margaery l'avait saluée une fois et souri – et Sansa s'était sentie tout chose, elle se serait cachée si elle avait pu. C'était tout – si on omettait cette fois, dans le centre commercial où elle avait fondu en larmes et que Margaery s'était faite toute petite à côté de Joffrey.

Mais le seul fait d'imaginer Margaery qui était si appréciée et populaire, si talentueuse et intelligente, avec un gosse tel que Joffrey, un garçon insupportable, manipulateur et méchant, lui donnait la nausée. Elle ne pouvait concevoir que quelqu'un d'autre subisse ce qu'elle avait vécu entre ses doigts.

Ça avait été plus fort qu'elle quand l'occasion de lui parler s'était présentée. Elle l'avait aperçue, seule, devant la vitrine d'un centre commercial. Elle avait les yeux rivés sur son téléphone portable.

Elle était sortie avec Sandor cette après-midi là. Il avait besoin de faire une course dans un magasin de sport et elle voulait flâner de boutiques en boutiques, elle l'avait donc laissée à l'entrée du magasin et était partie de son côté. C'était là qu'elle avait aperçu Margaery.

Elle s'était avancée à petits pas, en espérant que Margaery ne la trouve pas trop étrange de venir ainsi lui parler alors qu'elle ne la connaissait même pas – surtout pour lui annoncer ce qu'elle était venue lui annoncer – et s'était plantée à côté d'elle.

Elle était maintenant là, devant cette vitrine à fixer elle ne savait trop quoi, n'osant pas aborder cette fille – qui était déjà à l'université, en deuxième année, qu'allait-elle penser d'elle ? –, ni même bouger.

La délivrance arriva quand Margaery la remarqua. Sansa n'eut qu'à feindre la surprise.

« Sansa Stark, c'est ça ? demanda Margaery.

- Comment … je suis surprise que tu me connaisses, répondit-elle, sans avoir même besoin de feindre l'étonnement.

- Joffrey a tellement souvent parlé de toi. »

Sansa ne sut dire si c'était un mensonge pour la flatter ou s'il y avait une petite part de vérité dedans.

« Tu as l'air étonnée. Tu ne devrais pas. Oh, je ne me suis même pas présentée. Margaery Tyrell.

- Je sais. Tout le monde parle de toi au lycée, assura Sansa avec un sourire. Et … nous nous sommes déjà vues, non ?

- C'est vrai. Mais je ne pouvais pas être certaine. Enfin, il y a bien cette fois où … Sansa, je suis désolée. Joffrey ne m'avait pas dit que vous étiez toujours ensemble. Il parlait de toi, c'est vrai, mais je pensais que vous aviez rompu.

- Ce n'est pas grave, vraiment. Je suis passée à autre chose. »

C'était sincère. Elle aurait même voulu remercier Margaery d'avoir été la cause de leur séparation. Elle se retint néanmoins. La situation était déjà bien trop étrange pour qu'elle en rajoute.

« Qu'est-ce que tu es venue voir ici ? À la recherche d'un bijou ? demanda Margaery, pour changer de sujet. »

Sansa mit quelques secondes à comprendre. Elle se trouvait en face d'une bijouterie. Elle n'y avait même pas prêté attention. Ce n'était ni des bagues, ni des boucles d'oreille qu'elle regardait, mais des montres pour hommes.

« Un cadeau pour ton père, un de tes frères, un ami … ou même un petit-ami ? Ou est-ce pour toi ? tenta de deviner Margaery avec tant d'enthousiasme, qu'elle ne s'était sans doute pas rendu compte qu'elle lui tenait désormais la main. J'adore ce genre de montres. Il y a plus de choix que dans les rayons pour femmes et les designs sont tellement plus intéressants.

- Un cadeau, pour un petit-ami. »

Sansa pouvait être bonne menteuse, elle se l'était prouvé lorsqu'elle avait fréquenté Joffrey, mais il lui arrivait, quand elle était prise au dépourvu de perdre totalement ses moyens. Elle s'en était rendu compte tout particulièrement au moment où elle avait commencé à fréquenter Sandor. Elle devait mentir continuellement à Joffrey et à vrai dire, si Sandor n'avait pas été là pour lui sauver la mise de temps en temps, les choses auraient sans doute dégénéré. Margaery, toute confiante qu'elle était, la déstabilisait.

Elle eut un réflexe maladroit et jeta un coup d'œil vers la boutique de sport où elle pouvait apercevoir Sandor à la caisse. Margaery ne manqua malheureusement pas ce geste.

« Oh ! Toi et Sandor êtes ensemble ? Je n'étais pas au courant. Depuis combien de temps ? Ce doit être tout récent. Je vois fréquemment Sandor, mais il ne parle jamais de toi.

- Joffrey ne le prendrait sans doute pas aussi bien que toi, expliqua Sansa. On a préféré ne pas trop en parler. D'ailleurs, si tu pouvais garder ça pour toi …

- Absolument. Je suis bête. Je préfère ne même pas imaginer sa réaction, s'il l'apprenait, lâcha Margaery en une grimace. Votre secret est en sécurité avec moi.

- Comment … comment vont les choses entre vous ?

- Ça va. »

Cette réponse la fit définitivement craquer. Elle ne pouvait plus garder ça pour elle. Au diable les mensonges.

Elle devait tout lui dire.

« Margaery … je suis désolée, je ne peux pas. Je … je ne me suis pas arrêtée ici par hasard. Je cherchais depuis un moment à te parler, mais tu vois, sur internet … ce n'était vraiment pas une bonne idée. Je voulais te mettre en garde contre Joffrey. Ça peut paraître étrange d'entendre ça de la bouche de son ex-petite-amie, tu te dis peut-être même que je suis jalouse, mais … sache-le. Joffrey n'est pas toujours … il n'est pas toujours aussi charmant que ce que l'on peut croire. Il peut arriver qu'il … comment dire … qu'il perde pieds.

- Pourquoi est-ce que tu me dis tout ça ? demanda alors Margaery. »

Il n'y avait aucun ton de reproche dans sa voix, seulement de la curiosité.

« Je n'ai juste pas envie que quelqu'un d'autre ait à revivre la mauvaise expérience que j'ai vécue avec lui. Je … tu m'as l'air d'être une fille géniale. Tout ce que j'entends à propos de toi à chaque fois … les gens t'apprécient beaucoup. Je ne veux vraiment pas qu'il te fasse ce qu'il m'a fait. C'est tout. Je t'assure, il n'y a aucune jalousie de ma part. Je ne cherche pas non plus à briser votre couple – peut-être qu'entre vous les choses se passent très bien, je l'espère sincèrement.

- Merci, Sansa. Merci pour ton honnêteté, j'apprécie. Mais, je t'assure, je suis parfaitement consciente de ce qu'il est. »

La surprise frappa Sansa de plein fouet. Elle ne sut quoi répondre. Se pouvait-il que Margaery ait choisi Joffrey pour ses défauts ? Se pouvait-il qu'elle accepte la situation dans laquelle Joffrey l'avait mise ? Elle n'était pas sûre de comprendre.

Sandor le rejoignit à ce moment.

« Salut ! lança Margaery. »

Il se contenta d'un hochement de tête et se tourna vers Sansa pour l'interroger du regard. Il paraissait confus.

« Je devrais peut-être vous laisser, dit Margaery. »

Avant de partir, elle embrassa Sansa sur la joue, ce qui la fit sursauter et rougir – elle la connaissait à peine.

« Ne t'inquiète pas pour moi, Sansa, murmura-t-elle. Je vais bien. »

Sansa la regarda s'éloigner, les pans de sa jupe se soulevant légèrement à chaque pas.

La voix grave de Sandor la sortit de sa torpeur :

« Tu lui as dit quoi ?

- Je suis désolée, s'excusa Sansa. Je sais que tu ne voulais pas lui en parler, je sais que ça risque de m'attirer des ennuis, mais je ne pouvais pas la laisser entre ses mains … sans être sûre que … tu vois.

- Je sais. C'est pas grave. Pourquoi je t'en voudrais ? J'espère juste qu'il cherchera pas à se venger.

- Tu penses qu'il pourrait … ?

- J'espère pour lui qu'il ne cherchera pas à se venger. »

Les traits de Sandor se contractèrent et il la regarda droit dans les yeux. C'était une promesse qu'il lui faisait.

Il se pencha vers elle et, pour la première fois, le baiser qu'il lui donna ne fut pas à l'abri des regards.


17. décalage

« Tu m'as manqué, lâcha Joffrey, avant de lui arracher un baiser. »

Elle n'aurait su expliquer comment elle en était arrivé là, avec Joffrey, les mains accrochées à son bras et sa bouche collée à la sienne.

Elle était simplement sortie de classe et s'apprêtait à rejoindre Sandor, à l'abri des regards, entre deux étages.

Mais Joffrey l'avait prise par surprise.

Elle tenta de le repousser une première fois, mais ce fut sans succès. Elle commença à paniquer quand Joffrey plaqua l'une de ses mains sur son cou pour l'attirer plus près de lui. Elle se sentait comme prise au piège, de nouveau en cage, là où les barreaux se refermaient lentement sur elle. Bientôt, on ferait entrer le lion qui sortirait les griffes et la déchiquetterait sans aucun scrupule pour en faire son repas.

Elle le frappa une première fois au bras pour qu'il s'écarte. Il n'en fit rien. Elle gifla alors du plat de la main et le son de sa paume s'écrasant contre la joue de son ex-petit-ami claqua si fort qu'elle en fut elle-même choquée. Joffrey se dégagea immédiatement. Il recula juste assez pour lui montrer son mécontentement.

La suite se passa si vite que Sansa put à peine comprendre ce qui lui arrivait. Elle vit Joffrey, rouge de colère, un réseau veineux violet se dessinant sur son visage, lever la main, avant qu'il aille s'étaler sur le mur d'en face. Il détala dans les escaliers, Sandor courant après lui.

Elle se précipita à leur suite quand, le choc passé, elle reprit possession de son corps.

Dans la cour, le pire des spectacles avait lieu. Ce qu'elle avait craint depuis des mois était finalement arrivé.

Les élèves s'étaient regroupés en masse autour de Sandor et Joffrey. Il ne fallut à Sandor qu'un coup pour envoyer celui-ci au tapis. Il n'eut même pas le temps de se relever que Sandor l'enjambait déjà et réitérait son coup.

Les acclamations donnèrent la nausée la nausée à Sansa et le regard que lui lança Robb d'entre la foule la glaça.

« Ça devait arriver » lui criait-il.

Sandor allait avoir des ennuis et elle finirait par s'en vouloir, impuissante devant la situation dont elle était à la fois actrice et spectatrice.

Elle s'avança à grands pas, prenant son courage à deux mains, et écarta les élèves sur son passage pour se faufiler jusqu'à Sandor.

« Arrête, cria-t-elle. Arrête ! Ça n'en vaut pas la peine. »

Il se retourna, le regard dur, presque méchant, rivé vers elle.

« Je peux pas le laisser te toucher encore une fois.

- Mais c'est toi qui vas avoir des problèmes. S'il te plaît, arrête avant qu'il ne soit trop tard. »

Sansa se glissa entre eux et fit reculer Sandor qui retroussa ses lèvres en un rictus mauvais.

La dernière fois qu'elle l'avait vu ainsi, Sandor était soûl et elle avait eu peur de lui. Cette fois-ci, elle avait peur pour lui.

Il chercha à la fuir du regard, mais la tâche se révéla plus ardue que prévue. Sansa n'était pas prête à l'abandonner maintenant. Qui pouvait savoir ce que Joffrey allait lui réserver ? Sandor, qu'il le reconnaisse ou non, aurait besoin d'elle.

« Ok, murmura-t-il. C'est bon. »

Sansa se sentit soulagée de l'entendre. Les bras de Sandor se détendirent sous ses doigts et il retrouva un visage humain.

Elle le voyait, il était au bord du gouffre, prêt à y plonger à tout moment et elle n'était pas certaine de pouvoir le retenir s'il s'y jetait. Il fallait qu'elle le retienne avant qu'il n'explose et qu'il déverse une nouvelle fois sa rage sur Joffrey. Quelques coups, ce n'était pas bien grave. Joffrey méritait bien quelques bleus, mais s'il y avait ne serait-ce qu'un point de suture ou une fêlure, ce serait l'occasion parfaite pour envoyer Sandor croupir dans un trou pour le reste de ses jours – peut-être pas jusqu'à la fin de ses jours, mais pour un bon moment tout de même.

« Est-ce que ça va ? demanda-t-elle.

- Ça va, répondit-il, un peu sonné. Je suis désolé. Je sais que c'est pas ce que tu voulais. Mais j'ai juste pas pu m'en empêcher. C'était trop pour moi. »

Elle le prit dans ses bras sans réfléchir, sans se dire qu'autour d'eux des dizaines d'étudiants les regardaient avec des yeux ronds comme des billes. Ils avaient rivé leurs mirettes inquisitrices sur eux, prêts à les fusiller. Ça n'avait plus d'importance désormais.

Une voix s'éleva derrière elle, derrière les murmures qui grondaient.

« Je le savais ! J'en étais sûr ! hurla Joffrey qui s'était redressé. »

Il avait l'œil gonflé, ses cheveux étaient décoiffés et ses veines perçaient tout son visage.

« Tu préfères ce clébard répugnant à moi … tu préfères rester avec ce dégénéré avec sa gueule de travers qu'avec moi ! Quel genre de filles peut préférer un gars comme lui ? T'es minable, vous êtes minables tous les deux ! Aussi pathétiques l'un que l'autre ! »

Une lueur démente apparut sur le visage de Joffrey, un rictus fou étendit ses lèvres.

« Une chienne qu'il a trouvé pour chauffer son lit ! C'est ça ! T'es qu'une chienne ! Une – »

Il aurait sans doute voulu poursuivre, mais le poing qu'il reçut en plein dans l'estomac lui coupa la respiration.

Robb avait jailli de la foule pour fondre sur Joffrey.

La suite resta assez confuse. Le groupe d'élèves qui fourmillait toujours autour de Joffrey s'était rué vers lui pour le défendre, les amis de Robb avaient fait la même chose. Sansa avait fait son possible pour le retenir, mais Sandor était lui aussi retourné se battre. Ils avaient fallu plus d'une douzaine de lycéens, quatre professeurs, deux surveillants et les forces de police pour tous les séparer. Ils avaient tous été envoyés à l'infirmerie avant d'être convoqués dans le bureau du proviseur – Sansa comprise.

Mais Sandor fut le seul à quitter le lycée, les menottes aux poignets.

Sansa n'avait pas pu retenir ses larmes quand elle avait dû tout expliquer à ses professeurs.


18. descente aux enfers

Joffrey avait porté plainte pour coups et blessures à l'encontre de Sandor – personne d'autre n'avait été inquiété. Il avait prétendu avoir déjà été victime de ses coups de sang. C'était ridicule. Tout le monde savait pertinemment que Tywin Lanniste payait Sandor pour assurer la protection de Joffrey.

Le casier judiciaire de Sandor n'avait pas joué en sa faveur lors du procès. Il avait déjà à son compteur des condamnations pour diverses violences – certaines ayant conduit à des incapacités temporaires de travail assez importantes – et de nombreuses dégradations. Sans Tywin Lannister pour le soutenir, les juges s'étaient faits un plaisir de le condamner d'une peine privative de liberté ferme. Avec les sursis qu'il avait accumulés, il s'était retrouvé avec plus de trois ans de prison.

Sansa était présente sur le banc des témoins lors du jugement. Elle s'était mise à pleurer quand la sentence était tombée. On ne lui avait même pas laissé le prendre dans ses bras une dernière fois.

« Pleure pas, petit oiseau. Ça ira, lui avait-il lancé, les mains repliées dans le dos, le rictus moqueur accroché à ses lèvres et les yeux humides. »

Ils avaient eu beau axer la défense de Sandor sur les agissements de Joffrey, la violence verbale et physique à laquelle Sandor et Sansa avaient été soumis en côtoyant, ça n'avait rien changé.

Sansa avait immédiatement réagi en accusant Joffrey de harcèlement moral et de violences, mais elle n'avait même pas eu droit à un accès à la Justice. L'affaire avait été immédiatement classée.

Elle avait donc attendu pour revoir Sandor, attendu qu'il puisse recevoir des visites et qu'il accepte de la voir.

La salle où on l'avait conduite était sinistre. Des familles s'y retrouvaient, des couples, des amis. C'était une ambiance particulière, sinistre, presque en dehors de la réalité.

On avait amené Sandor, vêtu d'une tenue orange criarde, des menottes maintenant toujours ses poignets dans son dos. Il s'était assis devant elle, surplombant la table qui les séparait comme un immense bloc de roche massif. Elle ne manqua pas les blessures sur ses mains, ni le bleu sur sa joue.

Ils n'avaient pas pu s'embrasser.

« Qu'est-ce que tu fous ici ? demanda-t-il d'une voix rauque et agressive qu'elle ne lui connaissait plus. »

La question la tétanisa. Elle ne sut quoi répondre et un silence morbide suivit.

Sandor dut se répéter pour qu'elle réagisse.

« Sérieusement, Sansa, qu'est-ce que tu fous là ?

- Je … je suis venue te voir. Je pensais que tu serais content de me voir. »

Son rire la glaça. Il lui rappelait les premières impressions qu'elle avait eues de lui, lorsqu'elle l'avait aperçu pour la première fois aux côtés de Joffrey lors de ses premières journées au lycée.

« Dis-moi comment je peux être content en te voyant ici ? Dans un endroit pareil ? Qu'est-ce que tu crois que tu fais là, hein ? Je dois faire trois putain d'années dans ce trou et tu crois sincèrement que c'est ta visite une fois de temps en temps qui va y changer quelque chose ? »

Elle baissa la tête et s'excusa d'une petite voix, un peu plus parce qu'elle se sentait en partie responsable de cette situation que parce qu'elle était venue.

« Quoi ? grogna Sandor.

- Je suis désolée, répéta Sansa. C'est de ma faute. Si tu es ici, ce n'est seulement à cause de Joffrey, ni de ce que tu as fait, c'est aussi à cause de moi.

- Conneries. C'est la faute de ce petit con de Joffrey. Et la mienne. C'est tout. T'y peux rien, Sansa.

- Alors ne me reproche pas de venir !

- Tu comprends pas, hein ? »

Non, elle ne comprenait pas. Sandor était son petit-ami, il lui manquait, elle voulait le voir. Il n'y avait rien de plus normal que ça.

« Je veux pas que tu viennes, t'as rien à foutre ici, que ce soit pour moi ou pour n'importe qui d'autre. Tu vaux juste mieux que ça.

- Sandor, je veux pas …

- T'as rien à vouloir ! »

Cette fois-ci, il se redressa avec brusquerie. Les gardes se précipitèrent vers lui pour le maintenir, mais il se rassit immédiatement et baissa d'un ton.

« Tu dois pas rester ici, t'entends ? C'est pas que tu comptes pas pour moi, Sansa, c'est juste que t'as plus rien à attendre de moi. Tu gâcherais ta vie à m'attendre. »

Sansa en eut le souffle coupé. Elle aurait aimé pleurer, pour se soulager, mais il était face à elle et elle ne pouvait pas se le permettre. Elle n'avait rien perdu, lui passerait ses trois prochaines années entre quatre murs à un âge auquel on commence à construire sa vie.

Elle acquiesça pourtant, elle n'avait pas vraiment le choix.

Quand ils se quittèrent, Sansa brava les limites que les gardes avaient fixées et arracha un dernier baiser à Sandor.

Il la regarda avec surprise et tendresse une dernière fois, avant de se cloisonner à nouveau derrière son masque de bête.

« Envole-toi, petit oiseau. Y a plus rien pour toi ici. »

Elle sortit de la prison, abasourdie. Les larmes ne coulèrent que lorsqu'elle passa les barreaux qui coupaient le pénitencier de la réalité et se dirigea, à petits pas, les jambes tremblantes, vers la voiture de son frère qui l'attendait à l'extérieur. Il se tenait droit, figé devant le pare-choc du véhicule, Theon nonchalamment appuyé à côté de lui. Elle chuta dans ses bras et laissa aller ses sanglots. Elle eut beau essayer, sans Sandor, ses ailes n'eurent plus la force de la retenir.