Note : TADADAAAAAA ! La dernière partie est arrivééééééééée ! Et comme je suis gentille, je publie l'épilogue en même temps ( oui, oui ). J'espère que ça vous plaira autant que ça m'a plu d'écrire ce truc. Merci à ceux qui ont eu la patience de me lire ( d'attendre la fin ! ), bonne lecture !
Milouz : L'excuse du "elle a ses règles, c'est une feeeemme" du Moyen-Âge. Hmmm, comme je l'aime cette excuse. Les zozos du Moyen-Âge étaient un peu ( beaucoup ) cinglés. Ils aimaient aussi utiliser les ordalies comme preuve ( du genre, tu n'es pas coupable si ta main ressort sans séquelle d'une plongée dans une eau bouillante ). L'intérêt des œuvres de fiction comme GOT c'est que l'on peut observer ces mœurs particulières à travers nos yeux modernes et se dire que ça cloche. Puis bon, c'est une mauvaise excuse que tu trouves à Sandor ! Tous les personnages ne sont pas attirés par des petites filles ( Jon, Robb, Jaime, Ned ne le sont pas ... même pas Theon qui pourtant est considéré comme un chaud du caleçon, il dit même, dans les romans, que Sansa est trop jeune pour lui ). Mais je comprends que tu aimes Sandor ! Il est très apprécié, il a un côté sombre très prononcé et il a ce cynisme tout particulier qu'on retrouve parfois chez les personnages solitaires. Pour en revenir à la fiction ... IL Y A UNE SUITE ! Je ne m'arrête pas là ! Je ne suis pas si sadique. Et oui, tu as raison, on va voir l'après-taule de Sandor ( enfin, un tout petit bout dans le prologue ). J'espère que tu apprécieras même s'il n'y a pas de happy ending entre Sandor et Sansa. Quoi qu'il en soit, je te remercie ( encore, je sais, mais je ne pourrais jamais le faire assez ! ) pour ta présence sur cette petite fiction et ton soutien. :D Ça m'a vraiment poussé à publier l'intégralité de ce texte.
IV. Devenir une Reine.
19. l'accident
Elle s'était arrêtée de pleurer Sandor plus de deux semaines après son passage en prison. Les premières jours, elle avait cru que tout ça n'était qu'une vaste blague, qu'elle recevrait un appel et qu'il lui demanderait de revenir. Elle avait été tristement naïve. Revoir Joffrey dans les couloirs du lycée avait été le plus douloureux. Elle devait supporter la présence du vrai coupable tout en sachant qu'un autre – celui à qui elle tenait vraiment – passait ses journées entre quatre murs.
Robb ne l'avait plus quittée d'une semelle après toute cette histoire. Elle s'était confiée à lui, lui avait tout expliqué de la situation et il lui avait promis que plus rien ne pourrait lui arriver.
Sandor avait promis lui aussi, mais il n'était plus là pour la protéger des sourires narquois de Joffrey. Il avait gagné, sur toute la ligne. Après s'être moqué d'elle, l'avoir insultée et humiliée, l'avoir frappée, brisée – jusqu'à ce qu'elle en vienne à se détester de s'accrocher à lui malgré tout –, il cherchait encore à lui faire ployer l'échine. Il n'avait que blessé sa proie et en bon charognard, il la suivait, attendant qu'elle s'effondre pour de bon avant de pouvoir l'achever.
Elle redevenait une proie, si facile, si fragile, pour le lion. Le petit oiseau s'était brisé les ailes en chutant d'avoir voulu voler trop haut.
Elle soupira en refermant la boîte à cigarettes en métal que Sandor lui avait donnée. Il y conservait quelques tickets de cinéma et de restaurant. Sandor trouvait ça ridicule de s'attacher à ce point à des vulgaires bouts de papier, elle trouvait ça romantique. Elle gardait près d'elle une trace écrite de ces petits moments qu'ils avaient partagé – seuls souvenirs qu'elle garderait de lui. Elle avait aussi rangé dans son manteau le fidèle briquet de Sandor. Il lui avait confié, quand il l'avait glissé dans sa poche, qu'il n'aimait pas s'en séparer, mais que pour elle, il était prêt à faire un petit effort. Elle l'avait embrassé avec un peu plus de fougue que d'ordinaire. À sa façon, il avait voulu lui dire « je t'aime » et elle s'en était contenté – peut-être même plus que de ces trois mots sur lesquels elle avait longtemps fantasmés avant de se rendre compte que leur valeur n'avait d'égale que leur brièveté.
Robb l'appela une fois de plus de l'étage du dessous. Elle rangea en vitesse les quelques affaires qui traînaient sur son lit et cria un « deux minutes, j'arrive » à son frère aîné.
Les escaliers descendus et une fois dans le salon, elle se retrouva nez à nez avec toute la fratrie Stark – Theon compris. Ses parents s'étaient absentés pour une nuit – un dîner avec les Baratheon – et Theon, apprenant la nouvelle, s'était immédiatement proposé pour jouer les baby-sitter. Sansa était prête à parier que même Bran, qui n'était pas encore arrivé au stade de l'adolescence, serait plus à même de tous les surveiller que Theon.
Ils la fixaient tous, de leurs grands yeux. Elle qui se plaisait pourtant à voir tous les regards se tourner vers elle s'en trouva gênée. Elle n'avait pas pleuré ce jour-là et son visage, bien que triste, ne l'était pas plus que d'habitude.
Elle les interrogea du regard.
« Quoi, encore ?
- Viens t'asseoir à côté de ton baby-sitter préféré. »
Theon lui tendit la main pour détendre l'atmosphère. Elle haussa les yeux au ciel, mais se laissa glisser entre lui et l'accoudoir du canapé.
L'absence de leurs parents leur permettait de savourer un repas devant la télévision – ce qui pouvait aussi être traduit par « les parents sont absents, on peut manger n'importe quoi, n'importe où ». Theon avait commandé des pizzas et ramené des sodas. Il avait mis en route un DVD, un des préférés de ses frères et sœur – La Guerre des étoiles. Sansa avait beau tous les avoir vus une bonne vingtaine de fois, elle n'accrochait toujours pas.
Quand le téléphone sonna, Robb quitta le bras possessif de Theon qui lui entourait les épaules – toute la fratrie savait, seuls peut-être les parents n'avaient pas encore tout compris, mais personne ne disait jamais rien – et décrocha. Un appel de leur mère, sans doute, pour s'assurer que tout allait bien.
Sansa n'entendit que le « d'accord, très bien » que son frère lâcha d'un ton sérieux qu'il n'employait que lorsqu'il se croyait investi de grandes responsabilités.
Il se planta devant la télé et malgré les protestations suraiguës de Jon, Arya, Theon et Rickon, il ne bougea pas.
« Papa et maman ne rentreront pas ce soir. Monsieur Baratheon a eu un accident. Il est à l'hôpital. »
20. scandale
L'enterrement avait été horriblement sinistre. Cersei Lannister, anciennement Baratheon, s'était tenue face au corps, son frère à ses côtés, sans bouger. Un voile noir lui avait recouvert le visage, mais à travers il était possible de lire son regard froid et impassible. Sansa l'avait trouvée belle dès que son regard s'était posée sur sa silhouette élancée, ses cheveux d'or que le soleil lui-même aurait pu jalouser et ses yeux verts comme un jardin en été – comme le serpent qui pouvait s'y cacher.
Renly, le benjamin de la famille Bartaheon, avait pleuré toutes les larmes de son corps, avant d'exploser et de se mettre à hurler sur Cersei. Elle était restée digne, sans broncher, mais Sansa entendait encore les paroles de Renly résonner dans sa tête : « tout est de ta faute ! ». Il avait fallu que Loras Tyrell le retienne et l'empêche de fondre sur Cersei.
« Il tenait à peine debout, tu le savais et tu l'as laissé conduire. C'est de ta faute. C'est toi qui l'as tué, avait accusé Renly. Tu voulais sa mort, tu le détestais, tout le monde le savait.
- Calme-toi, Renly, avait tempéré Loras. Ça ne sert à rien, pas maintenant. Pas ici. »
Il avait essayé de le prendre à l'écart, de prendre ses mains et de lui chuchoter à l'oreille, mais ça n'avait rien changé.
Les yeux rouges et le visage déformé, Renly avait attiré l'attention de tous les invités sur lui. Même Stannis, le frère discret de la famille, tellement plus austère que le très populaire Renly Baratheon et le bourru Robert, était intervenu. À ses côtés s'étaient tenus Monsieur Mervault, son fidèle associé avec qui il faisait prospérer l'entreprise familiale, et son avocate, Maître d'Asshai, avec qui il s'affichait de plus en plus – certains allaient jusqu'à dire qu'elle était sa maîtresse.
« Cesse tes enfantillages et ressaisis-toi, Renly. Ce n'est pas un endroit pour ça. Tu régleras tes comptes avec elle plus tard. »
Stannis n'avait même pas tourné un regard vers Cersei qui était restée de marbre face aux accusations de son beau-frère.
Mais ça n'avait été que le début de la fin pour Cersei Lannister.
Le scandale provoqué par Renly à l'enterrement du maire avait fait la joie des journalistes qui s'étaient emparés de l'évènement pour en faire les gros titres des journaux. Les rumeurs s'étaient multipliées – toutes plus folles les unes que les autres – et même les forces de police s'en étaient mêlées. Robert étant connu de tous comme un alcoolique invétéré personne n'avait remis en question sa mort – il avait perdu le contrôle de son véhicule après avoir heurté un sanglier qui traversait et avait ensuite succombé de ses blessures à l'hôpital. Ce n'était qu'un accident, rien de plus. Et pourtant … rapidement, les forces de police, sous la direction du propre père de Sansa, Ned Stark, l'un des commissaires de police de Westeros, avaient retrouvé des indices suspects après une expertise de la voiture accidentée et des perquisitions dans l'imposante demeure des Baratheon. Les rumeurs s'étaient amplifiées et on avait été jusqu'à dire que Robert n'était pas le père de ses enfants. Elles avaient déteint sur Jaime Lannister – joueur de football populaire et frère jumeau de Cersei. Tout Westeros en avait été bouleversé.
Sansa avait suivi toute l'histoire, car il en allait de l'avenir de toute la ville. Qui remplacerait Robert Baratheon à la mairie ? Qu'adviendrait-il du directeur de police qui voyait que sa famille s'était roulée dans les pires stupres ? Et Joffrey, quel serait le sort de Joffrey ? Sansa aurait menti si elle avait dit qu'elle n'avait pas espéré – au moins un instant – que la situation tourne à son avantage. Peut-être aurait-elle la possibilité d'enfin se protéger contre Joffrey.
Elle n'avait pas manqué la présence de Margaery à l'enterrement de Robert Baratheon, mais ce n'était pas aux côtés de Joffrey qu'elle s'était trouvée. Margaery avait soutenu Renly, aux côtés de son frère. Peu après la fin des funérailles, lorsque les invités s'étaient dispersés, elle s'était approchée de Sansa. Elle avait mis de la distance entre elles d'eux, bien plus que lors de leur première véritable rencontre. Elle lui avait presque paru froide – elle avait arboré non pas la même froideur que Cersei, une froideur hautaine et cinglante, mais une froideur calculatrice et silencieuse. Sansa ne s'y était pas attendue et elle avait eu du mal à lui répondre. Oui, elle acceptait de la rencontrer, mais la raison lui échappait – fallait-il seulement qu'elle la rencontre ?
Elle avait reçu un sms de Margaery plus tôt dans la journée lui proposant de la retrouver dans le parc de Port-Réal et elle l'attendait désormais sur un banc, au milieu des roses.
Margaery apparut avec un peu de retard – dix minutes au plus –, vêtue d'une robe sombre et d'un manteau, sombre lui aussi. Ses cheveux étaient sobrement attachés par un simple élastique. Elle ne portait ni bijou, ni sac à main. Elle était loin de l'image qu'elle avait toujours renvoyée et Sansa réalisa avec une terrible amertume qu'elle avait peut-être eu raison de s'inquiéter pour elle. Margaery était une inconnue, mais inconnue ou non, personne ne devait subir ce qu'elle avait subi entre les mains de Joffrey.
Elle la salua et la remercia de s'être déplacée. Elle s'assit à côté de Sansa et garda les mains posées sur ses genoux. Elle osa à peine la regarder.
Il ne faisait aucun doute que la jeune femme voulait avoir une sérieuse discussion – mais Joffrey en était-il vraiment l'objet ?
« Je voulais te parler de quelque chose, annonça-t-elle, et comme tu as eu la gentillesse, il y a quelques mois de ça maintenant, de me rappeler qu'il vaut mieux s'exprimer en face à face quand c'est important, je me suis dit que je te devais au moins ça. »
Le ton grave de Margaery, ses sourcils froncés – si loin, si loin de son sourire radieux et de sa voix chantante – indiquaient sans doute possible qu'elle allait lui annoncer quelque chose d'important.
« Je te dois au moins des explications, continua-t-elle. Sansa, j'ai fait une terrible erreur en sortant avec Joffrey. Je savais parfaitement qu'il était avec toi, je ne me suis pas préoccupée de ce qu'il t'avait fait, je n'ai pensé qu'à moi à ce moment-là. Je voulais – si je voulais être avec lui, c'était pour sa mère. Pour le théâtre, tu sais. Je pensais que si je sortais avec Joffrey et qu'elle m'appréciait, ce serait plus simple pour moi de me faire une place sur la scène de Westeros avec un allié comme Cersei à mes côtés. C'était stupide, je sais. Cersei ne m'a jamais aimée et même si elle est tombée désormais le pire reste encore que je n'ai pas bougé le petit doigt quand j'ai appris – compris – ce que Joffrey avait pu te faire. Ce n'est qu'aujourd'hui que je me sens avoir assez de courage pour t'en parler, puisque son père et sa mère ne sont plus là pour le protéger. Si j'étais intervenue, peut-être – sûrement – que toute cette histoire n'aurait pas été aussi loin. J'aurais pu t'appuyer, user de l'influence de ma famille quand tu as porté plainte contre lui. J'aurais pu témoigner moi aussi et les choses se seraient sans doute passées différemment. Je pense que je te dois des excuses, aujourd'hui, Sansa. Pour t'avoir menti et ne pas t'avoir soutenue. C'est ce qu'on est censé faire, normalement, entre filles. C'est ce que tu as fait, alors que tu ne me devais rien. »
Elle leva les yeux vers Sansa lorsqu'elle eut fini sa tirade et lui prit délicatement la main. Sansa ne la repoussa pas, mais resta interdite. Elle s'était attendue à tout sauf à de telles révélations et à ces excuses.
Elle ne sut quoi lui répondre – et peut-être qu'après tout il n'y avait rien à ajouter. Elle la prit dans ses bras, la tête calée au creux de son cou, là où une odeur de rose flottait allègrement comme un nuage blanc dans un ciel bleu. Elle murmura en lui caressant le dos :
« Ne t'inquiètes pas, ça ira mieux. »
Quand Margaery referma ses propres bras autour de ses épaules, elle crut l'entendre étouffer un sanglot.
21. procès
« C'est n'importe quoi ! Elles mentent ! Toutes les deux ! »
Joffrey éclata, le bras pointé vers les témoins – et victimes. Ses avocats se penchèrent sur lui et lui murmurèrent quelques mots. Ils avaient tous l'air particulièrement embarrassé, les mains accrochées aux vêtements du petit roi de Westeros, les yeux affolés qui parcouraient le tribunal.
La salle était pleine à craquer. Lorsqu'il ne resta plus aucune place sur les bancs, les gens continuèrent à s'y entasser, appuyés contre les murs. Les forces de police avaient même dû se placer à l'entrée du tribunal pour contenir les visiteurs. Les journalistes, munis de microphones et d'appareils photos, s'étaient placés à l'avant et sur les côtés.
Sansa n'était pas seule. Robb, Theon, Jon et ses parents étaient venus la soutenir. Derrière eux, elle avait reconnu Olenna Tyrell, la grand-mère de Margaery, célèbre actrice en son temps, et Wyllas, Garlan et Loras, les frères de Margaery, à côté.
Joffrey souffrait déjà d'une côte de popularité en baisse et d'un soutien plus qu'éphémère. Il n'y avait personne dans la salle à qui les avocats puissent se raccrocher. Même Jaime, l'oncle de Joffrey, n'était pas présent. Il n'y avait que Tyrion, tuteur légal de Myrcella et Tommen – puisque Jaime s'était envolé, Tywin reposait sur un lit d'hôpital et Cersei croupissait derrière les barreaux d'une prison –, qui avait bien voulu faire le déplacement.
Joffrey les fixait avec des yeux de dément, prêt à leur sauter à la gorge. Sansa détourna le regard, incapable de soutenir celui de son ancien petit-ami. Margaery, elle, n'avait que faire des attaques de Joffrey. Elle ne bougeait pas. Stoïque et calme, ses yeux combattaient ceux de l'accusé.
Elle posa sa main sur celle de Sansa qui cessa alors de trembler.
22. soulagement
Les médias étaient devenus fous. Pendant des semaines toute la famille Lannister avait fait la une des journaux. D'abord Cersei et son séjour en prison, puis Jaime et les rumeurs qui couraient sur la relation incestueuse qu'il entretenait avec sa sœur jumelle, Tywin et l'accident qui l'avait plongé dans le coma – une opération sur laquelle il s'était vu obligé de se déplacer, mais personne, personne n'avait su ce qui s'était vraiment passé – et enfin Joffrey qui, après son procès, avait été condamné pour harcèlement moral et violences à l'encontre de ses deux ex-petites-amies.
Sansa était restée plusieurs jours enfermées chez elle, souhaitant à tout prix éviter les paparazzis. Elle avait été envahie par un étrange sentiment. Elle se trouvait à la fois soulagée d'être débarrassée pour de bon de Joffrey – il passerait quelques mois en prison avant de pouvoir en sortir et, d'ici là, Sansa aurait fini ses années de lycée et entrerait dans les études supérieures, là où elle n'aurait plus à s'inquiéter de voir Joffrey, tous les jours – et en même temps emplie de regrets. Elle pensait à Sandor qui, toujours derrière les barreaux, n'avait pas tenté de la recontacter. Avait-il eu vent de ce qui s'était passé avec Joffrey et Margaery ? Aurait-il été fier de ce qu'elle avait accompli ? Sansa avait affronté Joffrey et même si la peur lui avait tenaillé le ventre pendant des jours, elle avait tenu bon.
Elle avait cherché un moyen pour que la décision influe sur la condamnation de Sandor, sans succès. Elle avait tout de même pris le soin de lui écrire une lettre car même si elle ne pouvait être certaine qu'il la lise elle devait au moins faire ce qu'il fallait. Elle lui avait raconté comment elle avait réussi à faire face à Joffrey et à la peur qu'elle avait eu de témoigner. Elle lui avait expliqué que Margaery était restée à ses côtés pendant toute cette affaire et qu'elle se sentait finalement libérée de cette histoire, prête à avancer. Elle avait conclu en lui disant qu'il lui manquait.
Il n'avait pas répondu.
Quelques semaines après que la tension autour de cette affaire se soit calmée, elle avait reçu un message de Margaery qui voulait la revoir. Elle s'était dit qu'il était peut-être temps qu'elle tourne la page, définitivement, et qu'elle reprenne une vie normale.
Le doute persistait. Margaery avait menti et même si elle ne lui en voulait pas, il était difficile de lui faire confiance – Sansa s'était trop souvent fourvoyée.
Quand elle arriva devant le café où Margaery lui avait donné rendez-vous, elle hésita. Elle jeta un œil vers les vitrines et aperçu derrière le soleil qui s'y reflétait par cette chaude journée d'été la silhouette de Margaery. Elle était assise et lui tournait de dos. Sansa put tout de même reconnaître la prestance de sa stature, ses épaules droites et la chevelure brune qui tombait avec grâce sur sa nuque. Margaery portait une robe à fleurs. Elle était seule.
Sansa inspira profondément et entra. Elle s'assit en face d'elle.
« Sansa, entendit-elle Margaery murmurer. »
Elle l'aurait cru presque se mettre à rougir.
« J'avais peur que tu ne viennes pas. »
Une tasse de thé à moitié vide, qui ne fumait déjà plus, était posée devant elle.
« J'aurais compris, si tu avais fait ce choix. »
Margaery lui offrit un petit sourire qui signifiait sans doute, dans son propre langage, qu'elle la remerciait.
« Je crois qu'au fond de moi, même si j'avais peur, je voulais vraiment te revoir, confia Sansa. »
Et sans même qu'elle ait eu le temps de comprendre ce qu'elle venait de dire, Margaery entrelaça leurs doigts.
23. rapprochement
Margaery déposa devant elles deux verres – un vin blanc qu'elles aimaient boire devant un film – et mit en route la télévision.
Sansa avait pris l'habitude de voir Margaery au moins une fois par semaine. Si Margaery ne la traînait dans voir une pièce de théâtre – qui, selon elle, était toujours fan-tas-tique – ou un film au cinéma, elle lui proposait des expositions, des concerts et même des restaurants. Elle connaissait beaucoup de monde et beaucoup de choses. Elle avait toujours quelque chose de nouveau à lui faire découvrir. Il arrivait que Sansa se demande ce que Margaery pouvait réellement lui trouver de si intéressant. Elles avaient quelques années d'écart – Margaery en était presque à la fin de son cursus universitaire alors que Sansa entrait tout juste à la fac – et même si Sansa avait beaucoup mûri ces derniers mois, elle se sentait encore une jeune fille – pas tout à fait une femme. Elle avait beau être curieuse et s'intéresser à de nombreux arts, elle ne possédait pas la moitié des connaissances de Margaery. Lorsqu'elle le lui en avait fait part, Margaery avait ri, comme si ça avait été une blague.
« Tu n'y es pas du tout Sansa. Je me fiche de ce que les autres en pensent, c'est ce que tu penses qui m'intéresse. C'est le regard éblouit que tu as quand tu découvres quelque chose de nouveau qui me plaît, non pas parce qu'on t'a dit que c'était merveilleux, mais parce que tu le ressens – et ton dégoût, ton ennui, quand ça ne te plaît pas, me plaisent autant. »
Sansa avait été touchée par ce que Margaery lui avait dit et il y avait toujours une petite pointe de fierté qui s'insinuait en elle à chaque fois qu'elle se rendait compte que Margaery s'intéressait réellement à elle.
Elle lui avait donné rendez-vous dans son appartement où elles passeraient la soirée à regarder des films, boire quelques verres de vin et discuter. Sansa avait trouvé en Margaery plus qu'une amie, une confidente. Elle était la seule personne que Sansa connaissait qui avait vécu, à peu de choses près, la même chose qu'elle. Elles n'en parlaient que rarement – moins encore de Sandor –, mais lorsqu'elles le faisaient, Sansa se sentait comprise.
« Tu n'as pas envie de retrouver quelqu'un ? Peut-être que ce n'est pas ce que tu recherches, après tout, je ne peux pas savoir, mais ça m'intrigue. »
Sansa était restée seule après Joffrey, après Sandor et les procès qui avaient suivi. Il y avait bien quelques garçons qui l'avaient invitée à boire un verre entre deux cours et même s'il lui était arrivé d'accepter, elle ne s'était jamais autorisée à aller plus loin. Elle n'était pas sûre de vouloir prendre aussi tôt le risque de souffrir à nouveau – et elle ne se voyait pas expliquer à ces garçons qu'elle connaissait à peine pourquoi elle était si réticente à l'idée d'être de nouveau avec quelqu'un.
« Ce n'est pas que je n'en ai pas vraiment envie, confia Sansa d'une voix douce, mais ça me fait un peu peur. Je me vois mal rencontrer quelqu'un et dès les premiers rendez-vous lui dire que mes deux derniers petits-amis ont fini en prison. Tu imagines sa tête ? Je n'ai pas envie d'être jugée et je ne veux pas non plus mentir et cacher mon passé, tu comprends ? »
Margaery comprenait bien sûr. Elle hocha la tête et lui répondit d'un sourire en coin :
« Je ne te juge pas, tu sais. Je ne te jugerai jamais. »
Ses mots n'avaient jamais été aussi sincères. Sansa le voyait aux yeux qui cherchaient à pénétrer son âme pour en découvrir tous les secrets, mêmes les plus enfouis. Lequel cherchait-elle ?
Sansa connaissait la réponse bien qu'elle ne veuille pas se l'avouer. Elle avait compris le jour où elle avait laissé Margaery entrer dans sa vie qu'elle y prendrait une place importante. Il y avait cette chaleur réconfortante qu'elle ressentait à chacune de leur rencontre. Ses inquiétudes se taisaient et la tension disparaissait. Elle était libérée à nouveau et ce grâce au regard que posait Margaery sur elle, à sa présence, sa douce voix et son visage d'ange.
Margaery lui prit la main et Sansa murmura du bout des lèvres :
« Je sais. »
Elle rougissait à mesure que Margaery se rapprochait. Leurs souffles purent se mélanger pendant quelques secondes avant que leurs bouches se touchent enfin comme deux aimants qu'on aurait tenu trop longtemps loin l'un de l'autre.
24. reconstruction
Des doigts s'emmêlèrent dans ses cheveux lâchés. Ils massaient sa tête et caressaient son cou avec la légèreté d'une plume.
Sansa papillonna des yeux, émergeant d'un demi-sommeil. Ses pieds, ses jambes se murent sous la couette. Elle se mit à bailler et s'étendit comme un chat dans le lit.
Un baiser recouvrit sa joue.
« Bien dormi ? »
Il n'y a avait rien de plus agréable que la voix de Margaery au réveil.
« Très bien, répondit-elle. »
Elle avait passé ses dernières nuits dans l'appartement de Margaery. Certains jours, il était devenu insupportable de se séparer d'elle.
Avant d'avoir été sa petite-amie – son amour et amante – Margaery était d'abord devenue son amie. Elle lui avait permis d'avancer et d'être plus forte. Elle l'avait aidée à faire face à Joffrey, à transformer ses plus mauvais souvenirs en moteur pour l'avenir. Elle avait même pu tourner la page après Sandor.
Depuis Joffrey, depuis Sandor, sa vie avait été bouleversée – comme le paysage de Westeros. Elle avait avoué la vérité à sa famille sur sa relation avec Joffrey et Sandor et s'était rapprochée de ses frères et sœur – Arya et Jon pour qui elle avait eu des mots douloureux.
Et Margaery était restée à ses côtés depuis.
Sansa se tourna vers elle. Une mèche de cheveux bruns barrait son visage presque enfoui dans l'oreiller – elle pouvait quand même apercevoir le sourire de Margaery.
« Peut-être que tu devrais rester, suggéra Margaery qui se redressa.
- Ce soir ? Ça ne va pas faire trop long ?
- Je ne parle pas que de ce soir. »
Sansa comprit. Elles n'avaient besoin que de peu de mots pour s'entendre. Dès leur toute première rencontre, ça s'était passé ainsi. Margaery n'avait pas cru aux mensonges de Sansa et même si elles ne s'étaient pas dites toute la vérité, elles avaient fini par se faire confiance.
Sansa aimait être proche de sa petite-amie, la voir tous les jours, la sentir à côté d'elle la nuit quand elle s'endormait, pouvoir l'embrasser et la serrer dans ses bras juste avant de partir, tout simplement vivre chaque instant de sa vie en sa compagnie. C'était une occasion d'emménager chez Margaery –Sansa y avait déjà déposé tant de vêtements que les placards, pourtant immenses, commençaient à déborder. Il y avait quelques mois – quelques années mêmes – elle n'aurait pu imaginer voir une de ses relations tourner de la sorte. Elle avait naïvement cru que la violence et les insultes jalonnaient le chemin d'une relation. Elle s'était si bien trompée.
Margaery était belle, intelligente, douce et charismatique. Tout ce que Sansa aurait aimé être. Tout ce que Sansa aimait.
Dans ses bras elle appartenait enfin au monde et à elle-même en même temps. Elle avait finalement trouvé sa place.
