Chapitre 3
Je fus réveillée par des éclats de voix, déboussolée par cet environnement si étrange. Il était tard dans l'après-midi, déduis-je en regardant à ma gauche à travers le mur transparent. Habituellement, même après une nuit de garde à l'hôpital, je ne dormais pas autant. D'ailleurs, je n'avais pas été fatiguée et puis soudain, j'avais piqué du nez et avais accepté de suivre Alice pour être installée dans une chambre. Voilà qui ne me ressemblait pas.
« Et comme par hasard elle est dans ma chambre ! » enrageait un homme au rez-de-chaussée.
Je restais sous les couvertures, attentive et un peu effrayée.
« Elle n'est pas responsable de ce qui lui arrive, ne t'en prends pas à elle ! » je reconnus la voix d'Esmé.
« Mais c'est impossible, Carlisle, tempêta toujours l'homme. Elle joue les amnésiques mais c'est peut-être un agent du FBI qui sait ! »
« Tu racontes n'importe quoi. » tempéra en rigolant un autre homme, sa voix plus grave que les autres.
« Edward, calme-toi. »
« Tu crois qu'elle ressemble à cette jeune fille qui a disparu mais ta mémoire te joue des tours. »
« Ce que tu peux être fatiguant ! s'emporta une femme que je n'avais pas encore entendu. Si il dit que c'est la même Bella Swan, on ne peut pas douter. Et d'ailleurs il te suffit d'écouter ses pensées pour être fixé ! »
Le silence se fit, j'attendis en haletant, le cœur battant la chamade. J'étais tombée chez des fous, je n'avais pas d'autres explications. Je devais m'enfuir, Carlisle était sans doute digne de confiance mais il était clair que ses compagnons, sa famille, ne partageait pas sa générosité et m'était déjà hostile.
« Elle est réveillée depuis combien de temps ? » questionna Carlisle.
« Aucune idée. Sans Alice et Jasper… » râla le fameux Edward.
Esmé frappa à ma porte quelques secondes plus tard.
« Tout va bien, Bella ? »
« J'ai un peu peur. » balbutiai-je.
« Oh ma pauvre… ne t'inquiète pas, tout va bien, tu es en sécurité ici. »
Je ne pus m'empêcher que de la toiser. Pouvais-je réellement lui faire confiance ?
« Je suis vraiment dans le futur ? » voulus-je savoir une bonne fois pour toute.
« Oui, ma chérie. »
Elle entra dans la pièce et s'assit très lentement sur le lit à mes pieds.
« J'aimerais pouvoir tout t'expliquer mais il y a des choses qu'il vaut mieux que tu ignores. Nous tous ne voulons que ton bien. Tu es ici chez toi. »
« Edward ne semblait pas de cet avis. » marmonnai-je.
Esmé parut peinée, elle posa sa main, trop froide, sur la mienne, je n'eus pas le cœur à la repousser.
« Tu as disparu le 24 mai 1918, nous sommes le 24 mai 2018. »
« Un siècle. »
Je me souvins avoir fait ce vœu avant de m'endormir mais c'était ridicule. Si ce genre de vœu se réalisait, ça se saurait. Pourquoi moi ? Pourquoi cette nuit là ? Pourquoi un siècle. Et pourquoi Carlisle était-il toujours là ?
« Tu te trouves à Skokie, à ton époque ce n'était que le village de Niles Center. » enchaîna Esmé.
« Alors je suis prisonnière ici… présumai-je en retenant mes larmes. Je ne reverrai pas mes parents. »
« Il y forcément une raison à ta présence ici, et surtout une façon de te renvoyer à ton époque. Garde espoir et s'il te plair, ne te crois pas prisonnière chez nous, ma chère. »
Carlisle et un jeune homme blond, intimidant et sombre, furent soudain sur le seuil de ma chambre, enfin de celle que j'occupais.
« Ne crains rien. » me demanda le médecin.
« Quelles sont mes options ? » éludai-je, en me levant.
« Vivre ici, avec nous, le temps que je comprenne ce qu'il s'est passé et que je découvre comment te ramener chez toi. »
« Techniquement tu es chez toi ! intervint Alice en se glissant entre les deux hommes. Cette maison a été construite sur le terrain où se trouvait la ferme de tes parents. Par contre ta maison a disparu, c'est pour cela que tu t'es retrouvée en pleine nature. »
Les bras chargés de sacs bigarrés, elle entra dans la chambre et ordonna à ces messieurs de nous laisser entre filles.
« Je t'ai apporté des habits à ta taille, que penses-tu des pantalons ? »
Je lui fis non de la tête, non pas parce que je ne le voulais pas mais parce que je ne pouvais pas accepter que cette famille m'offre autant de vêtements.
« Ça n'est pas un problème pour nous. » devina Alice.
« Vraiment ? »
Il n'y avait aucun moyen pour moi de savoir si le confort de leur maison n'était que le fruit de la modernité ou de l'argent.
« Carlisle pense que tu devrais tout ignorer de notre époque mais je crois que tu dois réaliser ce qu'il y a de nouveau. Je suis certaine que tu hésiteras à rentrer chez toi. »
« Tu as vu quelques chose ? » lui souffla Esmé.
« Oui. »
« Vous m'avez dit de ne pas poser trop de questions, alors par pitié, évitez ce genre de phrase énigmatique. » râlai-je.
« Pardon. »
« Et vous ne m'avez toujours pas répondu, qui est Edward ? »
Elles échangèrent un regard, j'en roulai les yeux au ciel.
« Je suis dans sa chambre, c'est ça ? » insistai-je.
« Oui. »
« Et de ce que j'ai pu entendre, il n'est pas ravi de me savoir ici. »
« Il n'a aucune raison de t'en vouloir. » s'empressa de me rassurer Esmé.
« J'ai besoin d'un brin de toilette. » annonçai-je en me relevant.
J'avais trouvé l'astuce pour échapper à Alice, me dis-je, sauf qu'elle refusa de quitter la salle de bains.
« Tu ne sais même pas ce qu'est un soin capillaire et entre nous, tu devrais t'épiler. Les poils aux jambes ne sont plus en vogue au vingt-et-unième siècle. »
« Personne ne voit mes jambes, personne n'est censé les voir. » rétorquai-je en la vrillant du regard.
Alice pesta tout bas, apparemment j'allais bel et bien lui donner du fil à retordre. Une fois seule, je me déshabillai et m'allongeai dans la baignoire. L'eau chaude me ravit une fois de plus et me permit de digérer cette histoire de fous.
Accepter leur version des faits était le plus simple. J'avais magiquement traversé le temps, un siècle précisément, sans encombre. J'étais coincée, sans les connaissances nécessaires pour voyager, sans argent surtout. Mes parents me manquaient déjà mais je devais profiter de cette expérience incroyable et, comme l'avait dit Esmé, garder espoir de retourner à mon époque. Quelle chance que je n'aie pas souhaité vivre à l'époque de Jane Austen !
Le seul point qui me chiffonnait toujours était que Carlisle était là à cette époque. Comment avait-pu vivre un siècle sans vieillir ? Était-ce une prouesse de la médecine moderne ? J'en doutais, le fantasme de l'éternité était décrié par les scientifiques et les philosophes. Chaque vie devait s'éteindre, la nature était ainsi faite et jamais il ne fallait la contrecarrer.
Plus tard, en dînant, j'observais longuement Carlisle, cherchant des signes physiologiques d'un quelconque changement. Il me semblait bel et bien qu'il était le même qu'hier, enfin qu'un siècle plus tôt. Alice et Esmé étaient également près de moi, je n'avais pas encore vu le fameux Edward, l'autre homme et la femme qui avaient participé à la discussion animée de l'après-midi.
« Que sont devenus mes parents ? » demandai-je à Carlisle, une fois mon repas terminé.
« Ils t'ont cherchée, longtemps. Ils ont cru, et moi aussi je dois bien l'admettre, que tu avais quitté la ville pour intégrer une unité d'infirmières. »
« Oh… alors ils m'ont crue morte ensuite ? »
« Je le pense. Je ne suis pas resté très longtemps après ta disparition. J'ai essayé de te retrouver, je comprends maintenant pourquoi c'était impossible. »
« Êtes-vous toujours médecin ? »
« Oui. » souffla-t-il en se crispant.
« Et vous Esmé ? »
« Je ne travaille pas… je m'occupe ceci dit. J'adore restaurer de vieilles maisons. Si celle de tes parents n'avait pas été détruite, je l'aurais rénovée. »
Tous les deux tournaient autour du pot. Que me cachaient-ils encore ?
« Comment savez-vous cela ? » persistai-je.
Carlisle prit la parole après un regard vers Alice qui hocha la tête légèrement.
« J'ai racheté le terrain à tes parents, quinze ans après ta disparition. Je voulais les aider, ils y ont vécu jusqu'à leur mort en 1948. »
« Comment est-ce arrivé ? »
« Un accident de voiture, m'apprit-il doucement. Je me suis toujours senti coupable de ta disparition, je pensais réellement que tu avais intégré la Croix Rouge et que tu t'apprêtais à partir en Europe. »
« Qui a gagné au fait ? » voulus-je savoir.
« Pourquoi ne lui ferions nous pas un petit cours d'histoire avancé ? proposa Alice. Jazz a tout ce qu'il faut en DVD. »
« Tu crois que c'est une bonne idée ? » intervint Esmé.
Les voici qui parlaient de nouveau entre eux et utilisaient des mots que je ne connaissais pas. C'était légèrement agaçant.
« Qu'est-ce qu'un DVD ? »
« Tu es déjà allée au cinéma ? » éluda Alice.
« Deux fois. »
« Alors figure-toi qu'aujourd'hui, on a un écran de cinéma chez soi ! Plus petit bien sur. »
Elle m'entraîna dans le salon et pointa l'écran noir que j'avais déjà remarqué plus tôt. Elle se saisit d'une longue et fine boîte et l'écran s'anima. Les couleurs vives me fascinèrent, le son limpide m'émerveilla.
« Trouve un DVD avec des images d'archives. » dicta Carlisle à Alice, qui fila à l'étage.
« Tu n'es pas fatiguée, Bella ? » s'enquit Esmé.
Je lui fis non de la tête. Elle m'apporta une épaisse couverture ainsi qu'un coussin. Un DVD, m'expliqua Alice, était un support plus petit que les bandes de pellicules utilisées à mon époque.
Et le spectacle commença, des images telles que j'en avais déjà vues, en noir, gris et blanc, des voix distordues parfois. Mais parfois une personne parlait, filmée en couleur, un vétéran ou un historien. J'appris tant de choses sur la grande guerre mondiale, la censure avait bien joué son rôle à mon époque. La conclusion du documentaire me glaça d'horreur, il y avait eu ensuite une autre guerre mondiale.
« Tu pourras voir ce que tu veux dès demain, tu devrais te reposer. » me dit Carlisle.
« Que s'est-il passé ? »
« Tu le sauras demain. »
« Sommes-nous toujours en guerre ? »
« Pas ce genre de guerre. » soupira Esmé, son visage triste.
Je retournai à la chambre d'Edward, le cœur lourd. Pourquoi après de telles horreurs, le monde s'était de nouveau engagé dans une nouvelle guerre mondiale ? Je m'endormis en me disant que j'avais eu de la chance de ne pas avoir vu ces atrocités, celles de mon époque et celles qui avaient suivies.
En pleine nuit, j'entendis du bruit dans la chambre, un livre sans doute tomba à terre, je me redressai en sursaut. Un homme était figé au pied du lit, je ne pus distinguer que ses yeux noirs et ses cheveux ébouriffés dans la pénombre. Je me mis à crier, ce qui l'amusa, il éclata de rire puis disparut.
Qui donc s'est amusé à faire peur à Bella? Prochain chapitre PDV d'Edward! Merci pour chacune de vos reviews!
