Rating M vers la fin du chapitre (tout petit passage).
Chapitre 8
PDV Bella
J'avais appris ma leçon, en 2018, les États-Unis étaient en guerre contre les terroristes, donc pas de pays en particulier. Ce qui signifiait qu'Edward avait voulu combattre lors d'une des deux guerres mondiales et mon instinct me disait qu'il s'agissait de la Grande Guerre.
Il se comportait tellement comme un garçon de mon époque, il avait beau prétendre n'avoir que dix-sept ans, et en avoir l'air, il partageait le secret de jouvence de Carlisle. Edward avait eu mon âge à mon époque, il s'y était passé quelque chose et depuis, il n'avait pas vieilli.
Devais-je le confronter pour autant ? Si les Cullen me mentaient, ça n'était pas par jeu, c'était pour se protéger, j'en étais convaincue.
En fait ce qui me turlupinait n'était pas tant leur secret que l'attitude distante mais protectrice d'Edward envers moi. Il semblait vouloir à tout prix m'ignorer sans pour autant s'éloigner de moi. Ma seule hypothèse jusqu'alors avait été que j'étais surveillée de près, mais après cette soirée à parler avec lui, j'espérais que nous pourrions être enfin amis.
Dans leur chambre, Alice et Jasper s'étaient engagés dans des activités amoureuses trop bruyantes, j'en avais le rouge aux joues. Je proposai à Edward d'aller au salon et écouter de la musique, pour tenter de couvrir les râles du couple.
« Quelle musique préfères-tu ? » le questionnai-je en m'installant au milieu du canapé.
« Celle des années cinquante. » répondit-il en souriant.
Il chercha une station de radio qui diffusait une musique je n'avais entendue qu'une fois : le jazz.
« Ma mère serait furieuse si elle savait que j'écoute cette musique. » rigolai-je.
Comme je l'espérais, il vint s'asseoir près de moi.
« Les codes ont changé, le jazz n'est plus mal vu. Après, ça a été le rock qui a été considéré comme scandaleux. »
Je fermai un instant les yeux, bercée par la musique et surtout grisée par la présence d'Edward à quelques centimètres de moi. Je n'avais pas oublié cette sensation inédite et puissante que j'avais connu quand il m'avait portée. Même en ayant alors mal à la tête, j'avais été affectée par ce contact assez intime.
Quelque chose de froid frôla ma joue, je sursautai et ouvris grand les yeux. Edward baissa son regard, sa main encore proche de mon visage.
« Comment se fait-il que ta peau soit si froide ? Il fait une chaleur ici. »
Il ne répondit pas, se contenta de frotter ses paumes sur ses cuisses, agité.
« Tu devrais aller dormir. »
Je me levai rapidement, il crut avoir gagné mais jura tout bas en me voyant me servir une téquila.
« Ça n'est pas raisonnable. »
« Rien n'est raisonnable pour moi et pourtant, me voici ! Je vis chez des inconnus aux mœurs étranges et - »
Alice gémit de plus belle à cet instant. J'en tombai lourdement sur le canapé, juste à côté d'Edward qui me prit le verre des mains.
« Comment tes parents peuvent-ils tolérer ça ? » critiquai-je franchement.
« Tu ne devrais plus boire. » eluda-t-il en posant le verre de téquila sur le guéridon à sa droite.
« J'ai bien compris la révolution sexuelle et je me doute qu'ils sont amoureux, mais ne peuvent-ils pas être discrets ? » m'écriai-je.
« Je suis entièrement d'accord avec toi. »
Une fois de plus, son regard, sombre ce soir, s'attarda sur mon visage.
« Tu as déjà fait l'amour ? » osai-je d'une petite voix, rougissant un peu plus à chaque mot prononcé.
Il avait l'air gêné, pas la peine de rougir pour me le prouver. Je regrettais aussitôt mes paroles, je posai ma main sur son bras et parvins à articuler.
« Excuse-moi, c'était totalement déplacé de ma part. »
« Non, ne t'excuse jamais. »
« Ça doit être difficile de vivre avec tous ces couples. Tu as une petite-amie peut-être ? »
« Non. »
Voilà qui était très intéressant, une nouvelle pièce ajoutée à mon dossier « les Cullen ne sont pas si ordinaires qu'ils veulent le faire croire ».
« Et toi, Isabella ? »
Un hoquet de stupeur plus tard, j'osai formuler une réponse.
« Non… jamais… À mon époque, ça n'est pas envisageable. J'ai échappé à un mariage forcé, enfin je crois avoir gagné cette bataille contre mes parents. »
« Je suis désolé que tu aies eu à subir cela. »
« C'est ce genre de pratiques qui m'ôte toute envie de retourner à mon époque. » confiai-je gravement. »
« Pourtant c'est la tienne… Carlisle n'arrive toujours pas à poser d'hypothèses sur ta venue. Dieu sait que j'ai longtemps douté de toi, mais il y a une raison pour laquelle tu es là. Et il y en a une pour que tu n'y restes pas. »
Mon cœur se serra, mes paupières chassèrent quelques larmes. Si j'avais eu le moindre petit espoir d'une belle histoire d'amour avec un jeune homme mystérieux, Edward venait de le tuer.
« C'est pour ça que ce serait mieux si tu oubliais tout. Comprends-moi ! ajouta-t-il à la hâte face à mon regard furieux. Il n'y a rien de plus terrible que de savoir ce qu'on aurait pu avoir mais que l'on n'aura jamais. »
« Je ne vais pas rester éternellement dans cet endroit, hein ? Et c'est comme un purgatoire ici, je ne peux pas partir, je reste liée à cette terre où je suis née et où j'ai grandi. C'est comme si dieu me disait : ma grande, tu n'iras jamais nulle part dans la vie… »
Sa main s'approcha de la mienne, elle ne me toucha pas à même la peau, elle frôla ma manche.
Je pourrais blâmer l'alcool demain, en attendant, je posai ma tête sur son épaule.
« Isabella. » murmura-t-il.
Il s'écarta de moi et me repoussa véritablement quand mes mains s'accrochèrent à sa chemise.
« Pourquoi tu ne m'appelles pas Bella comme les autres ? » lui reprochai-je.
« Tu devrais aller dormir. »
Cette fois-ci, il me rejetait sans faux-semblant. Mon cerveau se libéra des effluves d'alcool instantanément, ma vision désormais plus claire, mes gestes plus sûrs, je me levai et évitai son regard. Je n'allais pas me donner en spectacle, ça non. Je ne fus pas longue à sortir de la maison, ignorant l'air trop frais et le vent. Je traversai la pelouse et empruntai le sentier qui m'avait emmenée ici.
Edward m'appela plusieurs fois, me demandant de rentrer, me répétant qu'il faisait froid et que je n'étais pas en état de marcher en pleine nuit. Me prenait-il réellement pour une petite demoiselle sans force ?
Regarde-moi faire, pensai-je en retroussant ma jupe et en pénétrant dans les sous-bois.
J'étais la reine des idiotes de m'être entichée d'Edward, je m'étais montée la tête, comme avec Carlisle. Mais ça avait été plus fort qu'avec Carlisle, plus évident, plus excitant aussi. Le pire était qu'Edward ne s'était même pas joué de moi, j'aurais préféré, je l'aurais blâmé lui et non moi.
_oOo_
D'abord je crus qu'il s'agissait d'animaux, leurs râles rauques m'attirèrent, je ne réussissais jamais à m'approcher de bêtes, je n'étais pas assez discrète.
Je les ai surpris au milieu d'une petite trouée d'arbres. Leurs peaux pâles luisaient au milieu de cet océan vert foncé, elles scintillaient presque, même si c'était physiquement impossible. Je me cachais derrière un arbre mais ne pus pas me retenir de les épier.
Même à une quinzaine de mètres de distance et grâce à la lune haute, je les voyais parfaitement. Rosalie et Emmett étaient à genoux, complètement nus. Lui derrière elle, sa bouche nichée dans les boucles blondes, ses mains sur les seins ronds et fermes, son sexe pointait entre les cuisses écartées de sa femme, caressant ainsi son sexe à elle. Elle gémissait, suppliait, ordonnait et lui n'écoutait pas, il faisait ce que son désir lui dictait, comme si c'était instinctif. D'un geste rapide et brutal, Emmett la força à se mettre à quatre pattes et Rosalie se mit à crier avec force mais pas de douleur, de plaisir.
Je respirais à peine, subjuguée par cette vision. Comment pouvaient-ils me paraître si beaux et si sensuels ? Moi qui ne savais rien du sexe, c'est à peine si je me touchais en me lavant. Moi qui n'avais jamais expérimenté le désir avant, en voyant ce couple faire, je me sentis brûler de l'intérieur.
Leurs gémissements se transformèrent en cris d'extase, je ne pouvais avoir aucun doute sur cela. Je m'éloignais en courant, continuant sur la route que j'avais voulu suivre. Mes pas étrangement sûrs me guidèrent sur le sentier jusqu'à l'endroit où je m'étais couchée en 1918 et m'étais réveillée en 2018.
Je m'assis en tremblant sur le sol humide et frappai le sol avec colère. Oh comme j'étais jalouse de Rosalie et d'Alice. Moi aussi je voulais ressentir cela, l'intimité, la volupté, le désir et le plaisir absolu.
À chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais les visages du couple marqués par le plaisir. Pour me faire oublier ces images volées, je me forçais à me souvenir pourquoi je me trouvais dans cette forêt en pleine nuit. Et fatalement, en quelques secondes, je m'imaginais intime avec Edward. Je tentais de deviner comment ses yeux se fermeraient sous l'effet du plaisir, attisant ainsi un brasier en mon ventre qui menaçait de me consumer toute entière.
Le ciel s'éclaircissait déjà quand je réussis à apaiser mes pensées. Ce désir d'être aussi proche avec un homme m'avait prise au dépourvu, je n'avais jamais été préparée à cette sensation. Avec le calme, les questions affluèrent dans mon esprit. Était-ce aussi sensuel à chaque fois, avec n'importe qui ?
Je revins à la maison des Cullen, poussée par mon ventre vide et par cette envie masochiste de voir Edward. Je n'eus même pas à le débusquer, il était assis sur le perron de la demeure, ses yeux cernés fixés sur moi. Quand je ne fus plus qu'à quelques mètres de lui, il se leva et traversa la distance qui nous séparait. Je tentai de maîtriser les battements de mon cœur qui s'affolait et qui me soufflait que peut-être il avait changé d'avis.
« Isabella, dis-moi ce que tu as. » me pressa-t-il en m'examinant.
Pourquoi s'inquiétait-il pour moi ? Pourquoi m'avait-il touché la joue ? Pourquoi je me sentais différente auprès de lui ? Pourquoi m'avait-il rejetée ? Répondrait-il à ces questions ?
« Pourquoi tu ne m'appelles jamais Bella ? »
« Je… Je préfère Isabella. »
Edward recula, il reprit la posture dans laquelle je l'avais aperçu, mais de plus près, je vis sa main tirer sur ses cheveux, sa bouche se pincer, ses sourcils se froncer.
« Pourquoi ? » insistai-je.
« Parce que je suis le seul ici à t'appeler ainsi, c'est comme si tu… Non, oublie ça. »
Il se redressa et gravit les marches très rapidement.
« Tu es tellement frustrant ! Dis-moi ! » m'écriai-je.
« Ça n'est pas utile, tu retourneras à ton époque et je resterai coincé ici, sans toi. »
Edward lâche-toi ! J'aurais bien aimé décider mais les personnages sont ce qu'ils sont, alors soyons patientes. -)
