Merci à vous pour vos reviews, j'ai dépassé les 100 reviews, ça peut paraître peu mais c'est énorme pour moi et hélas toutes mes fics n'ont pas atteint ce nombre, même en étant terminées. Merci beaucoup.
Chapitre 10
PDV Edward
Elle me torturait volontairement. Elle m'en voulait à ce point pour attiser ma souffrance. Elle était ma punition ultime pour mes crimes et mes erreurs, voilà pourquoi elle avait traversé le temps.
Isabella avait pénétré dans ce grenier et son odeur resterait accrochée à l'endroit des jours entiers. Le feu dans ma gorge était pourtant sous contrôle, j'avais chassé plus que de raison avant de retourner chez moi. Alors comment expliquer que l'or de mes yeux avait été noyé dans le noir dès que j'avais perçu son odeur florale.
Ces jours sans elle ne m'avaient pas guéri, au contraire, j'étais en manque d'elle. Tous ces sentiments illégitimes, je les avais recouverts avec une haine viscérale. Je la haïssais parce qu'à cause d'elle, jamais plus je ne serais simplement satisfait de mon existence. Je n'étais pas comblé avant elle, simplement heureux grâce à ma famille. Après Isabella, plus rien n'aurait de sens, elle n'y était pour rien pourtant je la haïssais aussi fort que j'en étais capable.
Je maîtrisai d'abord le monstre en moi, le forçant à se contenter des litres de sang animal ingurgités ces dernières heures. Une fois ma soif sous contrôle, je descendis les escaliers d'un bond et ouvris la porte de mon ancienne chambre avec fracas. Isabella était allongée sur son lit. La surprise passée, elle se redressa, affolée et coupable.
« Pourquoi tu es allée fouiller dans mes affaires ! » m'écriai-je.
Alice, Jasper et Emmett se tenaient déjà derrière moi, prêts à intervenir, je refermai la porte qui grinça violemment.
« Edward… Je suis désolée. » balbutia Isabella en descendant du lit pour mettre plus de distance entre nous deux.
« Tu n'avais pas le droit ! »
« Je sais… Pardonne-moi. »
Dans ses grands yeux marrons, ma propre image était déformée par la peur. La colère céda la place à la honte. D'instinct, j'inspirai pour recouvrir mes esprits mais cette erreur ralluma le brasier dans ma gorge.
« Isabella… Ne refais plus ça. » lui dis-je d'une voix hachée.
Isabella s'était recroquevillée aussi loin de moi que possible.
« C'est juré. »
J'aurais dû partir, m'éloigner encore, tenter à nouveau de tuer cette attirance. Pourtant je m'approchai encore plus d'elle, lui tendis la main. Elle l'accepta et se redressa en tremblant encore.
« Pardon. » souffla-t-elle, ses yeux baissés et les joues humides.
Je m'enfuis avant de commettre l'irréparable et de l'embrasser. J'étais déjà dehors quand les pleurs d'Isabella se transformèrent en sanglots.
_oOo_
« Esmé m'a demandé de t'aider. » annonça à deux kilomètres de distance mon frère.
« Je ne peux pas y retourner. » prévins-je sans cesser de courir.
« Tu le dois. Edward, écoute-moi. Tu fais la pire des erreurs. »
Je cessai ma course abruptement, Jasper me rattrapa alors facilement. Il posa sa main sur mon épaule et me tourna vers lui.
« Tu mens. » grondai-je, effrayé par ses pensées.
« Elle est amoureuse de toi, Edward. » insista Jasper, à vive voix cette fois.
« Comme elle l'était de Carlisle, ça lui passera. » rétorquai-je.
« Non, elle est vraiment amoureuse de toi, mais sache qu'elle lutte autant que toi. Surtout depuis que tu l'as repoussée. »
« Et qu'étais-je donc censé faire ? Tu peux me le dire ?! »
« Déjà, tu n'aurais pas dû lui crier dessus tout à l'heure. C'est en soi un miracle qu'elle ait attendu tout ce temps avant de fouiner dans la maison. »
« Son odeur… » me lamentai-je.
« Je sais, mais tu peux surmonter ça. »
Ses pensées tenaient un autre discours. Il imaginait Isabella immortelle, dans mes bras, sous mes lèvres.
« Non… »
Il me soumit ensuite à ses souvenirs d'une heure plus tôt, Isabella en pleurs, bercée par Esmé. Elle s'était excusée d'avoir fouillé, elle avait enfin dit tout haut qu'elle savait que notre secret était si gros que nous ne pouvions ni le cacher parfaitement ni le lui avouer. Elle avait accepté notre différence et ne demandait pas d'explications. Pouvait-elle être plus parfaite et moi plus monstrueux ?
« Esmé et Carlisle veulent que tu t'excuses auprès d'elle, maintenant. »
« Elle ne me pardonnera pas. Elle a peur de moi. »
« Tu te trompes. »
Je lui lançai un regard condescendant, Jasper rit tout bas. Il fit tomber un arbre puis s'assit sur le tronc couché.
« Elle a eu peur cet après-midi mais elle ne t'en veut pas, me promit-il. Elle est allée dans ta chambre parce que tu lui manques. Elle a voulu comprendre, tu t'es comporté si bizarrement depuis son arrivée, tu dois bien l'avouer. »
Je haussai les épaules.
« Tu savais que la nuit où Alice et Emmett l'ont faite boire, elle a surpris Rose et Emmett en train de faire l'amour ? »
« Quoi ?! »
« Elle s'est excusée pour ça aussi, s'il avait pu, Emmett aurait rougi. Heureusement pour Bella que Rosalie n'était pas encore rentrée. Elle a été sacrement secouée de les voir aussi intimes. »
Je chassai les souvenirs de la confession d'Isabella, les mots nu et sexe dans sa bouche avait éveillé le monstre d'une façon inédite.
« Je ne lui en veux pas, Jasper. J'ai été surpris, et en colère mais contre moi. »
« Je comprends très bien, et n'oublie pas que je ressens chacune de tes émotions avec autant de force que toi. Je ne me suis jamais cru digne d'Alice mais jamais je n'aurais pu la repousser. »
« Mais Alice était déjà un vampire ! » m'emportai-je, frustré par la cruauté de ma vie.
« Elle pu être humaine, ça n'aurait rien changé à mes sentiments. »
« Tu te trompes. »
Si Isabella avait été un vampire, j'aurais pu tomber amoureux sans souffrances, sans culpabilité.
« Rentre à la maison et va faire tes excuses à Bella. Elle se sent très mal, elle a compris que tu as tout fait pour l'éviter. »
Je suivis Jasper, soulagé de retourner auprès d'elle, anxieux de lui faire face, impatient d'entendre sa voix.
_oOo_
« Elle s'est endormie. » chuchota Esmé quand je pénétrai dans la maison.
Je la rejoignis dans la chambre d'Isabella.
« Ton père veut te parler. »
Carlisle, fidèle à lui-même, m'avait déjà pardonné d'avoir crié sur Isabella. Il était littéralement pétri d'empathie et bien que ça n'était pas de sa faute, il s'excusa de me mettre dans cette position.
« Au fait, Alice a toujours l'intention d'organiser une fête pour ton anniversaire. » me révéla-t-il, un sourire amusé aux lèvres.
« Alors je fuirais encore. »
« Fils, je pense que tu devrais laisser tomber ce combat. Cela pourrait aider notre famille à prouver à Isabella que notre secret n'est pas surnaturel. »
« Comme si c'était encore possible. » raillai-je.
« Nous allons vous laisser seuls tous les deux ce soir. Je suppose que ce sera ainsi plus simple pour toi de t'excuser sans audience. Rosalie n'a pas décoléré depuis l'incident. »
« Merci. »
Esmé descendit de la chambre, suivie par Alice et Jasper. Emmett et Rosalie avaient déjà décampés, les autres iraient chasser non loin.
« Assure-toi qu'elle mange ce soir ! » me commanda Esmé.
« Promis. »
Malgré l'assurance de Jasper, je ne pouvais pas croire qu'Isabella fusse amoureuse de moi. Je savais qu'un amour entre humains était rarement aussi fort qu'un amour entre vampires mais cela arrivait. La particularité de l'amour entre vampires était qu'il était forcément réciproque. Si d'aventure, deux vampires se laissaient tenter par une aventure sexuelle, l'ennui était leur principal motif.
J'avais été aux premières loges de la naissance de deux couples. Carlisle n'avait rencontré Esmé que brièvement quand elle était encore humaine. Elle avait éveillé en lui des sentiments qu'il n'avait pas facilement identifiés, et surtout, elle avait rendu sa solitude bien plus difficile à supporter. Après lui avoir offert l'immortalité, Carlisle avait patiemment attendu, quand elle réussit à contrôler sa soif, il se décida à lui faire sa déclaration d'amour.
Pour Emmett et Rosalie, cela avait été plus rapide mais pas plus simple. Ma sœur détestait être un vampire et s'en était voulue d'avoir infligé ce sort à Emmett. Il avait tout simplement obligé Rosalie à l'écouter, la retenant plaquée au sol, tandis qu'il la remerciait de lui avoir sauvé sa vie. Il lui avait fait ensuite jurer de ne jamais plus se reprocher quoique ce soit.
Si Isabella était un vampire, comment notre amour serait né ? J'y pensais souvent, la joie coupable que je ressentais en l'imaginant aussi forte que moi vite éclipsée par le remords et le dégoût de moi-même.
_oOo_
Isabella se réveilla peu après le départ de ma famille. Elle parut très surprise en me découvrant dans la cuisine, un poêle dans une main et une spatule dans l'autre. J'avais lâchement décidé de la laisser dîner avant de lui parler.
« La lune est pleine cette nuit. » dis-je pour meubler le silence pesant.
Isabella pouffa de rire, je me retournai vers elle, curieux.
« Tu me parles de la lune ? » s'expliqua-t-elle en rougissant.
J'avais en effet choisi un sujet de conversation bien banal.
« Un dîner en tête à tête ? » enchaîna-t-elle en promenant son regard sur le bar de la cuisine.
« Je ne mange pas. » dis-je pour confirmer ce qu'elle avait déjà compris au vu de la table dressée pour une seule personne.
Elle alla prendre place, crispée et déçue.
« Désolée que tu sois forcé de me surveiller. » me dit-elle.
« Et nous savons tous les deux que c'est une tâche ingrate. » plaisantai-je.
Ses yeux papillonnèrent, trahissant sa surprise, ses sourcils se séparèrent, son corps se relaxa un peu. Je lui servis son repas, du poulet curry avec du riz basmati, puis m'assis en face d'elle. Isabella se mordit la lèvre, hésitante, la libérant au bout d'une minute et treize secondes pour enfin parler.
« Je sais que ce que j'ai fait est mal, mais j'avais espéré que nous pourrions être amis, toi et moi. »
Elle avança sa main sur la table, j'étais bien trop hébété pour réagir rapidement. Quand ses doigts frôlèrent ma peau trop froide, je me reculai aussitôt. Le jour où je l'avais tenue et portée dans mes bras, tout mon corps avait été traversé d'un courant électrique de désir.
« Amis ? » répétai-je.
« Préfères-tu ennemis ? » se renfrogna-t-elle.
« C'est impossible. Amis ou ennemis d'ailleurs. »
Tout allait de travers, ça n'était pas à elle de s'excuser, ça n'était pas à elle de proposer une trêve. Pourquoi ne me haïssait-elle pas ?
« Je ne me suis jamais excusée pour mon comportement la nuit où j'ai bu. »
« Tu n'as pas à le faire. »
« Mais j'y tiens, et m'excuser auprès de toi est moins pénible que de le faire auprès de Rosalie. Je n'aurais pas dû me donner ainsi en spectacle. »
« Isabella, tu n'as rien fait de mal. »
« Alors pourquoi tu m'en veux ? »
« J'ai essayé de rester loin de toi, confessai-je. Je n'y arrive pas. »
Elle sourit comme si je lui avais annoncé la meilleure des nouvelles. Elle se pencha vers moi et posa sa main sur la mienne, cette fois-ci je ne la repoussai pas. J'étais à ce point pathétique pour lui prendre le peu que je pouvais sans lui révéler la vérité.
« Alors ne le fais pas. »
« Je devrais m'éloigner, pour ton bien. »
« Je suis toujours en vie. » murmura-t-elle gravement.
Elle ignorait justement que sa vie ne tenait qu'à un fil. Car même si je m'étais juré de ne jamais la blesser, de ne jamais céder à mes pulsions vampiriques, j'étais dangereux.
« Et tu dois le rester. » assénai-je en me levant brusquement.
« Edward, je suis coincée ici, je ne sais pas si un jour je retournerais à mon époque. Je vis jour après jour- »
« Isabella, c'est à moi de te présenter des excuses. J'ai été tellement rude avec toi, et tu n'as rien fait pour le mériter. Je manque de discernement et de contrôle, je n'ai que cette explication à donner pour que tu comprennes. Je ne suis pas fâché contre toi, je ne le pourrais jamais. »
Elle se leva, trébucha dès le premier pas fait. Face à moi, elle respira à pleins poumons. Ses mains chaudes capturèrent les miennes sans rencontrer la moindre résistance.
« Edward, ce secret que vous partagez tous, j'ai voulu le percer. Ce que je sais, c'est que vous n'êtes pas normaux, et que vous devriez tous être déjà morts, déclara-t-elle. Aujourd'hui j'ai découvert que tu es mort la même nuit où j'ai disparue. »
Ses yeux s'emplirent de larmes et elle serra mes mains encore plus fort. Je ne pouvais pas supporter de la voir triste, j'avais perdu la bataille et la guerre, pourquoi me sentis-je alors aussi victorieux ? J'allais tout lui dire.
« Tu te trompes, Isabella. C'est mon père qui est mort le 24 mai 1918. »
« Mais alors… »
« Je suis mort en septembre, le 7. 1918. De la grippe espagnole, comme mon père puis ma mère. » complétai-je.
« Oh mon dieu ! »
Au lieu de reculer, de partir en courant comme je m'y attendais, elle se blottit contre moi et passa ses bras autour de moi.
Ça avance enfin entre ces deux-là. Il y a un détail très important dans ce chapitre, quelqu'un devinera-t-il ce que ce détail va déclencher ? A bientôt !
