Voici la suite (tant attendue ?).


Chapitre 12

PDV Bella

Mon père me souleva pour me remettre sur pied. Je ne savais pas quoi dire, et je n'étais pas sûre de pouvoir parler. J'avais envie de me mettre en boule et pleurer.

J'étais de retour à mon époque, sans Edward.

« Tu es revenue, répétait-il. Merci mon dieu ! »

Il garda ma main dans la sienne et me força à le suivre à vive allure jusqu'à la carriole. Sans surprise, ma bague de fiançailles avait disparu. Ma seule consolation était que je me souvenais de tout ce qu'il s'était passé dans le futur.

Mon père me lançait des regards de plus en plus inquiets tandis qu'il guidait le cheval à travers les champs. J'étais raide comme un piquet, cherchant comment expliquer mon absence, comment leur cacher l'amour que je portais pour un garçon qui ne me connaissait pas encore, comment me faire pardonner pour les peines que je leur infligerais sûrement encore.

« Tu es habillée bien étrangement. » nota plus tard mon père en m'aidant à descendre de la carriole.

« On m'a donné ces vêtements. »

Ma mère sortit de la maison, son visage en larmes et fendu d'un immense sourire. Elle m'attrapa dans ses bras et ne me relâcha pas.

« Bella ! Ma Bella ! Tu es revenue ! Je savais que tu étais en vie ! »

« Oh maman... » sanglotai-je, incapable d'en dire plus.

Ils attendirent patiemment le temps de me calmer, de me nourrir et de retrouver quelques couleurs.

« Que s'est-il passé ? » me questionna ensuite ma mère, sa voix encore plus douce que d'habitude.

« J'ai été mise en quarantaine. »

« Quoi ?! Mais nous sommes allés à l'hôpital ! Nous t'avons cherchée partout ! » s'emporta mon père.

« J'étais à Michigan City, m'empressai-je d'ajouter. Je me suis portée volontaire pour un convoi, et j'ai eu de la fièvre, on m'a gardée en quarantaine. Je vous ai écris, je croyais que vous étiez au courant. »

Ma mère s'était déjà interposée, une première dans nos vies, jamais je n'avais vu mon père réagir aussi violemment.

« Non, ma petite, nous n'avons rien reçu. » me dit-elle.

Je me laissai câliner par ma mère, mon père se calma peu à peu puis il repartit travailler.

« Tu vois que j'avais raison, déclara ma mère une heure plus tard en m'apportant de l'eau pour mon bain. Tu ne dois plus travailler à l'hôpital. L'épidémie de grippe fait des ravages à Chicago. Même ici, les gens se méfient, la famille Glendale a perdu un de ses fils il y a une semaine, et un couple de fermier ont été emporté au début du mois. »

« Mais vous deux, vous allez bien ? » m'inquiétai-je.

« Ça va mieux maintenant. Bella, tu n'imagines pas comme ça a été dur. Les gens ont dit que tu étais partie avec un homme. Allons ensemble au marché ce matin, rétablir la vérité. Je n'ai jamais douté de toi, mais ton père, le pauvre, n'a pas été épargné par ces commérages. »

« Maman, je suis très fatiguée. »

_oOo_

Mes parents me gardèrent chez nous, j'étais toujours surveillée et je me cassais la tête pour trouver un moyen de retourner à Chicago. J'avais besoin de retrouver Edward et de parler avec Carlisle. Je savais que ce dernier vivait à Palos Park dans la banlieue ouest de Chicago, donc assez loin de Niles Center. Le plus simple pour moi était de le rencontrer à l'hôpital et c'était hors de question selon mes parents.

Je n'allais pas leur obéir, quand bien même cela me coutait de les décevoir et de les inquiéter. Je fus forcée d'attendre deux semaines avant de pouvoir quitter la demeure familiale. Un dimanche, je prétendis être souffrante et ne pas pouvoir aller à l'église. J'avais ensuite enfourché la bicyclette de mon père et avait parcouru les kilomètres sans broncher. Mes parents liraient mon message, déposé sur la table, je leur avais écrit devoir rendre mon uniforme à l'hôpital et que je voulais surtout rendre visite à une amie.

Les couloirs étaient déserts ce jour-là, les infirmières accaparées et les médecins peu nombreux, je pus me faufiler sans être inquiétée après avoir posé sur mon nez et ma bouche un masque. Je me souvenais que Carlisle travaillait chaque weekend à la morgue, prenant le relais du docteur Danton, en plus de ses gardes la nuit.

Carlisle s'était déjà levé en m'entendant arriver, et m'accueillit sur le seuil, un grand sourire aux lèvres. Un livre ouvert sur le bureau m'apprit que j'avais interrompu sa lecture. Et ce livre, je l'avais vu dans le futur, il devait lui être cher.

« Isabella ! Tu vas bien ? Je me suis inquiété ! »

« Bonjour, je vais bien, je suis revenue il y a deux semaines. Mes parents n'ont pas voulu que je revienne ici plus tôt, hélas. »

Il me fit signe de m'asseoir mais je préférais rester debout.

« Je leur ai parlés, les pauvres étaient tellement malheureux et inquiets. Que t'est-il arrivé ? »

« J'ai dû inventer quelque chose, je leur ai dit que j'avais été mise en quarantaine à Michigan City. »

« Pourquoi mentir ? Que s'est-il passé, Bella ? »

À lui, je dirais toute la vérité, il ne me prendrait pas très longtemps pour une folle.

« Cela va vous sembler difficile à croire mais nous savons tous les deux que vous êtes familier avec le surnaturel. »

« Que veux-tu dire ? »

« Carlisle, écoutez-moi, c'est très important. Je connais votre secret. » déclarai-je plus bas.

« Quel secret ? »

« Vous êtes éternel, votre clan aussi. Où sont-ils ? » débitai-je avec impatience.

Il mit quelques secondes à réagir, ce qui était très long pour lui. Je n'avais d'ailleurs connaissance que d'une partie de son secret.

« Bella, je ne suis- »

« Ne me prenez pas pour une idiote. »

« Je t'écoute. » céda-t-il, plus curieux qu'inquiet.

« Où se trouve Esmé ? Emmett ? Alice ? Où sont-ils ? »

« Je ne connais pas d'Emmett ni d'Alice. »

« Mais vous êtes marié avec Esmé, n'est-ce pas ? »

« Non, je suis seul, depuis longtemps. » m'apprit-il, sa voix tendue et triste.

Il retourna derrière son bureau et ferma son livre. Mon cœur se serra en pensant qu'Esmé vivait très certainement un enfer avec son premier mari.

« Je n'ai connue qu'une femme de ce nom, je l'ai soignée il y a sept ans, continua-t-il. Et je ne l'ai jamais revue. »

« Carlisle, vous devez la sauver, maintenant ! Son mari la maltraite ! Elle va mourir sinon. »

« Bella, tu es souffrante ? »

« J'étais dans le futur, pendant un mois j'ai vécu à une autre époque, en 2018, avec vous et votre clan. » lâchai-je en priant pour être crue aussitôt.

Carlisle se laissa tomber sur sa chaise qui se brisa comme si elle n'avait pas été faite d'un bois robuste mais de fétus de paille.

« C'est… »

« Impossible ? terminai-je à sa place. Non, ça ne l'est pas. Nous n'avons pas le temps de comprendre pourquoi. Je suis revenue, j'ai appris tant de choses incroyables, je sais que vous allez fonder un clan, une famille, et pour cela il vous faut Esmé, Alice, Jasper, Emmett et Rosalie. »

J'excluais volontairement Edward, lui était encore en vie, ici, et je voulais le rencontrer même sans l'aide de Carlisle. J'ignorais tout des autres membres de cette famille, je n'avais que les confidences d'Esmé, alarmantes, et j'espérais lui épargner le plus de souffrances possible.

« Bella, que racontes-tu ? »

« Vous devez m'aider à retrouver quelqu'un également, éludai-je. Un jeune homme, Edward Masen. »

« Edward Masen ? Il est mort, la nuit où tu as disparu. Tu te souviens ? »

Je ne m'étonnai même pas, Carlisle se souvenait d'un homme mort un mois plus tôt, je savais que sa mémoire était illimitée. Puis je réalisai que le père d'Edward était l'homme à qui j'avais lu un poème, celui-là même qui, dans ses derniers instants, avait cru parler à son fils.

« Non, je vous parle d'Edward Junior. Il est aussi en danger. Si nous ne faisons rien, il mourra en septembre, également de la grippe. »

Le médecin retrouva un peu de sa contenance, il pesait le pour et le contre. J'avais l'espoir que la mention d'Esmé suffirait à le faire m'aider, et en effet, Carlisle m'interrogea à son sujet.

« Vit-elle toujours à Columbus ? »

« Je suppose. »

« Je peux retrouver Edward, je pense. » annonça-t-il.

« Merci. »

« Viens. »

Carlisle ne trouva pas d'adresse dans les registres, le dossier d'Edward Masen Senior avait été rempli à la va vite, la maladie l'avait emporté en trois jours seulement.

« Tu dois rentrer chez toi, je viendrais te prévenir dès que je l'aurais trouvé. »

« Mes parents refusent que j'aille en ville. »

« Tu devrais les écouter, cette épidémie est la pire de toutes. »

« Je le sais, et c'est pour cela que je dois sauver Edward. »

« Je ne comprends pas, tu l'as connu avant de partir dans le futur ? »

« Non. »

Il fronça les sourcils, resta une minute, silencieux.

« Il était avec vous, lâchai-je, enfin il sera avec vous, sauf si nous le sauvons. »

« Rentre chez toi, je le trouverai. »

_oOo_

Une lettre arriva à la ferme de mes parents trois jours plus tard. Une adresse et la promesse de venir me voir prochainement. La lettre fut froissée et fourrée dans la poche de mon tablier, j'avais eu de la chance d'avoir croisé le facteur. Mon père arriva pour déjeuner peu après, il lava ses mains en m'observant.

« Andrew va venir souper chez nous. » m'annonça-t-il.

« Non. » soufflai-je en reculant.

« Isabella Marie Swan, tu vas m'écouter maintenant. »

« Je ne veux pas me marier avec lui ! » m'époumonai-je.

« Tu le feras. Je ne permettrais pas que les rumeurs continuent à courir sur toi et salissent notre nom. Andrew et sa famille sont prêts à effacer l'affront que nous leur avons fait de l'automne dernier. »

Je me mordis la lèvre, j'avais des dizaines d'arguments pour ne pas me marier contre ma volonté mais j'étais de retour en 1918 et je devais obéir à mes parents. Devais-je mentir et m'éviter un mariage forcé en abondant dans le sens des commérages ? Jamais mes parents ne me le pardonneraient, ils pourraient même me fermer leur cœur et leur porte. Pourtant seul le déshonneur le plus grave me détacherait de mes obligations.

L'autre choix était la fuite.

_oOo_

« Combien de temps avant qu'il ne la reçoive ? » interrogeai-je le facteur, le lendemain matin.

« Deux jours au plus tard. »

« Merci. »

Je filai ensuite jusqu'à la maison, ma mère ne tarderait pas à se demander pourquoi j'étais aussi longue à étendre le linge propre.

Les jours qui suivirent furent les plus longs de mon existence. Je mis au point ma fugue, elle ne durerait qu'une journée, j'espérais que mes parents ne la remarqueraient même pas. J'avais dû demander l'aide de ma meilleure amie, Angela, pour échapper tout le samedi suivant à la surveillance de mes parents. Angela ne me posa pas de questions, j'aurais été malheureuse de lui mentir.

_oOo_

Il me tournait le dos mais je le reconnus aussitôt. Ses cheveux un peu moins roux, son corps plus mince, Edward était là, à quelques mètres de moi. Je m'approchai en silence, tentant de calmer mon cœur qui battait furieusement. J'étais si nerveuse, j'appréhendais sa réaction, je redoutais son indifférence. L'Edward du futur m'avait dit qu'il aurait été séduit au premier regard, j'allais vérifier cette théorie et cela me terrorisait.

Je m'arrêtai à deux mètres de lui et inspirai profondément. Il se retourna lentement, ses yeux rencontrèrent les miens, deux pupilles de jade que je ne connaissais pas.

« Miss Swan ? »

« Bonjour, Edward. »


Elle l'a retrouvé ! Prochain et dernier chapitre à suivre, il sera d'un PDV d'Edward. Merci pour vos reviews !