Ce chapitre reprend à la fin du chapitre 11, Bella vient de disparaître. Voici le PDV d'Edward. C'est le dernier chapitre, un épilogue suit.
Chapitre 13
PDV Edward
« Où est-elle ? » me questionna Alice en s'asseyant à mes pieds.
« Elle a disparu. » hoquetai-je.
Dans le creux de ma main droite, la bague que je lui avais passé au doigt une heure à peine plus tôt. Je l'avais demandée en mariage, en sachant qu'un jour elle risquait de disparaître.
« Elle est retournée à son époque ? » s'enquit Emmett.
Je hochai la tête puis partis m'enfermer dans ma chambre, celle que Bella avait occupé quatre semaines. Son odeur était partout, je pouvais l'imaginer allongée sur le lit, endormie, je l'avais admirée ainsi de nombreuses nuit à son insu.
« Et si elle se souvient de tout ? » chuchota au rez-de-chaussée Esmé.
« Alors il faut prier que - »
En même temps, Carlisle et Esmé poussèrent un cri de surprise, alors que j'allais me connecter à leurs pensées, mon esprit refusa et me plongea dans des souvenirs nouveaux.
(Souvenirs d'Edward, nouveaux puisque Bella est de retour dans le passé et le change)
« Miss Swan ? »
« Bonjour, Edward. »
Je la trouve trop jeune pour être une infirmière, a-t-elle réellement recueilli les dernières paroles de mon père comme elle l'a prétendu dans sa lettre ? Elle m'observe longuement, tellement que j'en suis gêné. Je ne m'intéresse pas aux filles, aucune, j'ai des ambitions et je ne veux pas en dévier.
Elle sort de son sac de toile un livre, je le prends et attends. J'ai eu raison de ne rien dire à ma mère, elle aurait éclaté en sanglots en plein milieu du parc Horner.
« Il a voulu un poème. » enchaîne-t-elle.
« Je savais que vous mentiez. Mon père détestait la poésie. » je réplique sèchement.
« Je te jure que- »
« Vous espériez de l'argent ? »
« Non ! Je te jure qu'il a voulu un poème de Tennyson. Je lui ai lu 'Les mangeurs de Lotus'. Il a dit qu'il t'avait souvent entendu le réciter. »
Elle ne ment pas, elle ne pourrait pas inventer cela. Personne ne sait que c'est mon poème préféré, que je l'ai appris à dix ans et n'en ai saisi le sens que quatre ans plus tard. Personne ne sait que mon père a brûlé sous mes yeux le recueil de poèmes, la veille de mon entrée en internat.
La gorge serrée, je m'approche d'elle, je regrette de lui avoir parlé aussi méchamment et d'avoir présumé de ses intentions.
« Qu'a-t-il dit d'autre ? » je lui demande seulement.
« Il t'a demandé pardon de ne pas avoir écouté avant. Il a eu ensuite une terrible quinte de toux et a sombré. Je suis désolée. »
Elle tend la main vers moi, effleure ma joue où une larme a coulé malgré moi.
« Merci, Miss Swan. »
« Appelle-moi Bella. Veux-tu marcher ? »
« D'accord. »
_oOo_
« Pourrions-nous revoir ici samedi prochain ? »
« Non, je crois que ça me sera impossible. » répond Bella en se détournant.
Je ne parviens pas à cacher ma déception. Nous avons passé l'après-midi à discuter dans le parc Horner, ça ne m'était jamais arrivé de parler autant à une fille. Tout est beau chez elle, ça ne m'a pas pris longtemps à le réaliser.
« Mes parents vivent à Niles Center, ne l'oublie pas. Ils ont peur pour moi. C'est pour cela que je ne peux plus être volontaire à l'hôpital. » m'explique-t-elle et je respire un peu mieux.
« Alors je viendrai te voir samedi prochain. Mes cours se terminent le mardi suivant, ensuite j'ai tout l'été de libre. » je lui dis plein d'espoir.
« J'aimerais beaucoup. »
Je suis fasciné par ses joues qui rosissent, je m'approche d'elle, un peu trop près selon les règles de bonne conduite qu'on m'a inculquées. Je l'escorte jusqu'à la station de tram, je ne comprends pas pourquoi mon cœur se serre quand elle s'en va.
_oOo_
« Madame Swan, monsieur Swan, je suis honoré de faire votre connaissance. »
La mère de Bella me sourit, impressionnée et émue. Son père, au contraire, me détaille de la tête aux pieds. Il compte bien rester dans les parages en cet après-midi ensoleillée. Il me faudra du temps pour l'apprivoiser, après tout il ne me connaît pas et il n'a qu'une seule fille… en âge de se marier. Il est difficile d'occulter ce fait, ma mère m'a prévenu, ma visite signifie que je veux courtiser Bella.
C'est pourquoi je suis aussi nerveux depuis plusieurs jours. Je n'arrête pas de me questionner. Quand je décide de continuer ma vie comme j'en ai convenu, devenir soldat et servir mon pays, je ne peux pas y inclure Bella et ça me déchire le cœur. Quand je décide de courtiser Bella, il me manque quelque chose pour que ce soit parfait. Pour le moment, j'ai instauré un statu quo, j'avance jour après jour, je n'ai que dix-sept ans et mon père est mort, j'ai renoncé à mentir sur mon âge pour être enrôlé. Mais l'année prochaine ? Je ne sais pas ce que je ferai à mes dix-huit ans, seulement ce que je vais faire avant cela.
Bella n'a pas les moyens de séduire, pas de jolies robes ni de chapeaux à la mode, elle n'en est pas moins ravissante. Malgré le respect que j'aurais à jamais pour mon père, je sais qu'il aurait désapprouvé ce rapprochement.
Installé dans le salon rustique des Swan, je me sens tout de même à ma place. Peut-être bien qu'il me suffit d'être avec Bella pour me sentir à ma place.
« Pourquoi n'iriez vous pas cueillir des pommes et des poires au verger ? » propose Mme Swan.
Son mari la fustige en silence, Bella le remarque mais ignore la réprobation et se lève du fauteuil. Je l'imite et après un dernier signe à ses parents, je la précède et lui ouvre galamment la porte. Nous ne sommes qu'à quelques mètres de la bâtisse quand nous entendons Charles Swan perdre son calme.
« Et pourquoi pas les envoyer tous les deux dans une chambre ! »
« Tu exagères, Charlie. »
« On ne sait rien de lui ! Et que va-t-on faire à propos de Andrew ? Hein ? »
Bella avance rapidement, les voix s'estompent mais son malaise à elle n'a fait qu'empirer. J'attends d'être loin de la route et des regards indiscrets pour lui prendre la main.
« Je suis désolé. Je n'avais pas l'intention de créer des problèmes. »
« Ça n'est pas le cas, voyons. » répond-elle poliment en me lâchant la main.
Elle court presque jusqu'aux arbres fruitiers, je ne peux pas m'empêcher de rechercher le moindre contact avec elle, visuel ou tactile.
« Qui est Andrew ? » je la questionne après l'avoir rejointe.
Bella n'ose pas me regarder, elle commence à attraper les fruits qu'elle peut atteindre. Moi qui suis plutôt doué pour deviner ce que les gens pensent, je bloque souvent face à Bella.
« Bella ? Tu vas bien ? »
« C'est à moi de m'excuser, ce que tu as entendu… Mon dieu, j'ai si honte. Je t'assure que mon père est un homme bien mais il s'inquiète toujours pour moi. »
« C'est bien normal. »
Mon propre père m'a si peu accordé de temps ces dernières années, j'envie un peu Bella.
« Tu m'autorises à venir à nouveau te rendre visite ? » je lui demande, trop proche d'elle pour ne pas être affecté par son parfum floral.
Le panier qu'elle porte est désormais lourd, je le lui prends des mains et le pose à terre. Je fais confiance à Charles Swan pour rappliquer très bientôt.
« Isabella, dis-moi ce qu'il y a. » j'insiste.
Elle me regarde comme si je l'avais choquée.
« Dis-le encore. » exige-t-elle en souriant finalement.
« Quoi donc ? »
« Mon prénom. »
Je me félicite intérieurement, je l'ai troublée et dans le bon sens du terme. Je n'ai jamais écouté les exploits de mes camarades du lycée auprès des jeunes filles, je n'ai aucune idée de comment m'y prendre pour me rendre séduisant.
Je lui fais le sourire qui m'a sorti de bien des punitions, ma mère a du mal à y résister.
« Isabella. »
« Edward… Je veux que tu reviennes, plus que je ne peux te l'expliquer. » déclare-t-elle gravement.
« Un seul panier ?! » s'exclame M. Swan, nous faisant tous les deux sursauter.
_oOo_
« Avec elle, j'arrive de nouveau à respirer. Je ne peux pas partir, pas maintenant. »
Ma mère sourit tristement, je sais qu'elle a raison, nous devrions partir de Chicago et fuir l'épidémie qui semble redoubler de cruauté. J'ai juste besoin de voir Bella chaque jour et je ne le peux qu'une fois par semaine.
« Je me doutais que tu refuserais. Et si nous louions une maison au bord du lac ? Tu ne serais pas si loin de Niles Center. »
« Merci, maman. »
_oOo_
« Papa, nous n'irons pas loin. » soupire Bella.
C'est le troisième samedi que je viens à Niles Center, le père de Bella semble avoir fléchi quelque peu. C'est Renée qui m'a dit la semaine précédente qui était Andrew. Il a déjà fait sa demande à Bella l'année dernière, il est tenace mais Renée m'a assurée que Bella ne l'aimait pas et ne se marierait pas avec lui. Cela m'a donné du courage et m'a rassuré quant à l'avis des parents de Bella sur mon compte.
Il est clair que Charles Swan écoute sa femme, ils forment une véritable équipe, c'est assez moderne. Toute ma vie j'ai vu ma mère et mon père vivre leurs vies en parallèle, se croisant rarement, en tout cas en ma présence.
« En fait, Isabella, j'aimerais parler à ton père un instant. »
Renée pousse un petit cri de joie, elle attrape sa fille avant qu'elle ne proteste.
« Je t'écoute. » enchaîne M. Swan.
« Monsieur, je vous demande la permission de courtiser Isabella. »
« Et pourquoi ? »
« Je veux l'épouser. » je réponds en souriant.
J'avais préparé tout un discours, une liste d'arguments pour qu'il m'autorise à m'engager auprès de Bella, je perds un peu mes moyens mais pas de ma volonté. De toute façon, il va me mettre à l'épreuve.
Charles Swan lève les yeux au ciel alors qu'en fait, il cache sa fierté. Je crois qu'il m'appréciera rapidement en fait.
Bella apparaît avec sa mère, elle me regarde et m'interroge ainsi. J'aurais sans doute dû lui demander son avis avant, je sais qu'elle est de ces jeunes filles qui partagent les idées des suffragettes. Son père, par contre, n'aurait pas aimé si sa fille et moi avions décidé seuls.
« Isabella, j'ai demandé la permission à ton père de te faire la cour. Il ne manque que ton accord. »
Renée enlace son mari tant elle est heureuse. Bella s'avance vers moi, son regard humide, avec un magnifique sourire sur le visage.
« Oui. »
_oOo_
Ma mère et Bella ont passé la journée à cuisiner. L'été touche à sa fin et l'épidémie de grippe continue ses ravages. Nous avons eu notre première dispute, Bella et moi. Le pays tout entier réclame des volontaires dans les hôpitaux en ville et ceux constitués de tentes en périphérie. J'ai déjà perdu mon père à cause de cette maladie, je ne peux pas perdre Bella également. Elle a beau m'assurer qu'elle sait quelles précautions prendre, j'ai fait front avec ses parents et ma mère.
Bella est en contact avec un des médecins de l'hôpital où elle était bénévole. Elle le porte en haute estime et c'est lui qui vient collecter trois fois par semaine les repas que Bella prépare. Aujourd'hui, il est venu en compagnie de sa fiancée à la maison au bord du lac que ma mère et moi occupons depuis le mois de juin.
Esmé Platt et Bella sympathisent immédiatement et insistent pour faire la vaisselle toutes les deux. Carlisle Cullen saisit l'occasion pour nous questionner sur nos projets. Il appuie la décision de ma mère que de rester encore un mois au bord du lac. Moi je n'ai pas le choix, je dois entamer ma dernière année à l'internat de droit avant d'aller ensuite à l'université.
Septembre arrive et je vais devoir dire au revoir à Bella. Finis nos jours ensoleillés à travailler à la ferme de ses parents et à nous balader autour du lac, soi-disant sous la surveillance de ma mère qui nous a toujours laissés seuls au bout d'une vingtaine de mètres. Mais je ne peux envisager de partir sans faire ma demande en mariage.
_oOo_
Le soleil se couche sur la campagne, Bella pose sa tête sur mon épaule et tente de ne pas pleurer. Elle m'a supplié de ne pas retourner à Chicago, elle et Carlisle m'ont donné des dizaines de conseils pour ne pas tomber malade. Je leur ai promis de me couvrir le visage, d'éviter tout contact avec une personne qui me paraît malade, de m'habiller chaudement et de ne pas prendre les transports en commun.
La bague que ma mère m'a donnée pour Isabella est lourde d'espoirs dans la poche de mon veston. Je parviens à la sortir au moment où Renée nous interpelle depuis le porche de la maison. Bella se lève, elle époussette sa jupe et s'attend sans doute à ce que je sois moi-même debout à ses côtés.
Quand elle se retourne, elle me découvre un genou à terre. J'entends derrière nous Renée pousser ce petit cri caractéristique, mais je n'ai d'yeux que pour la jeune femme qui me regarde avec amour.
« Isabella Swan, je promets de t'aimer à tous moments et pour l'éternité. Me feras-tu l'immense honneur de m'épouser ? »
Elle cligne plusieurs fois des yeux, ses parents se sont approchés en silence et partagent la solennité de cet instant.
« Bella ? »
« Oui… Oui, je le veux, Edward. »
Cette dernière soirée à Niles Center est douce amère. Les parents de Bella insistent pour que le mariage ait lieu au plus tôt au printemps prochain. Je ne voulais pas attendre mais comme le dit mon futur beau-père, Bella et moi avons toute la vie devant nous.
_oOo_
Je cours pour attraper le dernier tram. J'ai l'air ridicule avec ce masque de tissu sur le bas de mon visage même si peu à peu, les gens font de même dans les rues et les lieux publics. Je vais faire la surprise à ma fiancée, c'est son anniversaire aujourd'hui et je veux dîner avec elle et lui offrir trois livres qu'elle va adorer.
Elle a dix-huit ans comme moi, nous pourrions nous enfuir et nous marier. C'est tentant, parce qu'elle me manque et que j'ai hâte de me coucher auprès d'elle chaque soir et de me réveiller chaque matin toujours dans le même lit.
La station du tram est bondée, je me demande si je vais pouvoir y monter. Une mère et deux jeunes enfants se font bousculer dès que le tram apparaît au coin de la rue. Je me précipite pour les aider, choqué et inquiet. L'un des enfants, un petit garçon tombe sur la voie, sa mère crie, j'arrive à temps pour le tirer de là avant que le tram ne lui roule dessus. Peu de gens ont accordé un regard à ce qu'ils viennent tous de provoquer. Je porte le garçonnet et attire la mère et l'autre petite à l'écart. Nous avons raté le dernier tram, elle me remercie de l'avoir aidée puis s'en va, ses enfants déjà fatigués vont devoir marcher.
Il me faut près d'une demi-heure pour trouver une voiture taxi, ça va me couter très cher mais la nuit est quasiment noire. Je remarque seulement à mon arrivée à Niles Center que j'ai perdu mon masque, sans doute dans la cohue à la station de tram.
Le père de Bella m'aperçoit le premier, il fume sa pipe devant la grange. Il me sourit rien qu'un instant puis me fait les gros yeux.
« Elle croit que tu l'as oubliée. »
Il ne me laisse pas m'expliquer, il me pousse vers la maison puis retourne fumer. Isabella est à la cuisine et discute tout bas avec sa mère tout en essuyant la vaisselle. Je l'observe quelques secondes, si gracieuse, sublimée par l'éclairage faible de la lampe à huile.
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« Depuis quand est-il alité ? »
J'ouvre les yeux et les referme presque aussitôt, ma mère est dans ma chambre à l'internat. Je crois rêver et je me rendors.
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« J'aurais dû le retenir prisonnier, je l'aurais attaché à un arbre, j'aurais pu… »
« Arrête de te fustiger, ma chère. Tu n'aurais pas pu l'en empêcher. Il est aussi têtu que son père et tu sais comme il voulait réussir ses études et pouvoir vous offrir à tous les deux une belle vie. »
« Il va mourir… Je ne peux pas… » sanglote Bella.
J'aurais reconnu sa voix n'importe où, malgré mon corps aux prises avec cette fichue toux qui m'empêche de rassurer ma fiancée. Ma mère et Esmé sont auprès d'elle dans le couloir, elles partagent son angoisse depuis plusieurs jours. Je me maudis d'être tombé malade quand je suis conscient, ce qui n'arrive pas souvent.
Parfois, je sens une main froide sur mes joues et mon front.
Voilà c'était le dernier chapitre, l'épilogue suit ! J'attends vos reviews avec impatience !
