Troisième partie

Elle courait aussi vite que ses jambes le lui permettaient, l'oxygène lui manquant cruellement et brûlant douloureusement ses poumons. Il faisait un temps maussade. Le ciel était bas et orageux et l'humidité collée ses vêtements à son corps, rendant ses déplacements désagréables tandis qu'elle foulait le sol des plaines arides à l'extérieur de son village, essayant de sauver sa peau d'une horde de crapauds sauvage et hargneux.

Elle n'arrivait pas y croire. Elle s'entraînait depuis son plus jeune âge, son peuple était des experts, elle avait ça dans le sang alors elle devait être capable de s'en sortir. Par Etro, ce n'était même pas des gorgonospides, des loups ou même un béhémoth…

Elle sauta par-dessus un large rocher, s'aidant d'une main comme appui. Au moment où ses pieds allaient toucher le sol, les créatures firent une attaque commune. Une partie du rocher explosa et elle fit plusieurs sauts pour échapper aux projectiles, mais l'un des cératoraptors projeta sa queue vers elle, fauchant ses jambes.

Elle jura tandis qu'elle perdait l'équilibre, chutant lourdement face contre l'herbe humide. Elle jeta un coup d'œil derrière son dos pour se rendre compte qu'elle allait rapidement se retrouver dépasser par le nombre. Ils devaient être une dizaine, leurs yeux rouges ne quittant pas leur proie du regard, leur longue queue frétillante en l'air, prête à s'abattre sur elle.

La jeune fille avait lâché son arme un peu plus tôt et elle se retrouvait à présent sans défense. Plus que la peur de se faire dévorer par ses créatures, c'est la honte et la colère qui lui rongeait les entrailles. Ces bêtes n'étaient que des démons mineurs, à peine assez puissants pour causer une égratignure et elle était incapable de leur faire face. Des larmes de rages et de frustrations lui montèrent aux yeux et elle se mordit durement la lèvre inférieure.

Peut-être que si elle se jeter dans la mêlée… Elle était douée, elle pouvait y arriver, même à main nues. Alors qu'elle perdait son temps à tergiverser, l'un des crapauds se décida à attaquer et sauta sur elle. Instinctivement, elle mit son bras devant son visage, se protégeant. Des griffes acérées lui transpercèrent la chair, lui arrachant un cri de douleur. La bête atterrie un peu plus loin sur son côté droit avant de faire demi-tour. Cette chose allait attaquer de nouveau, désireuse de croquer a pleine dent sa victime.

Des cris suraigus lui parvinrent, l'avertissant que les autres monstres étaient tout aussi prêts à passer à l'assaut. Elle déglutit, expirant lourdement, jugeant préférable de se relever. D'une roulade, elle se remit sur ses pieds, anticipant la prochaine attaque, ses yeux guettant tous les côtés. La première à agir fut celle qui lui avait déjà sauté dessus. Certainement trop pressé d'en finir.

La jeune fille essaya de calmer sa respiration et de détendre son corps. Elle s'entraînait tous les jours, elle était capable de tenir tête à de petits crapauds insignifiants. D'une impulsion, la bête s'élança vers elle, suivit par une autre qui venait d'en face. Ecarquillant les yeux, elle agit instinctivement, décalant ses pieds pour se sortir de la trajectoire de celui qui venait de droite. Sans savoir réellement comment ça s'était produit, ses mains se refermèrent sur la queue d'un des crapauds. Sans réfléchir, elle tourna sur elle-même, se servant de lui comme d'une arme.

Elle faucha l'air devant elle, percutant deux autres créatures qui avaient bondi. L'une d'elles, touchait de pleins fouets, alla s'écraser avec brutalité contre la paroi rocheuse de la falaise qui longeait son côté gauche, puis chuta au sol, morte.

Elle savait qu'au village, personne ne la prenait vraiment au sérieux. Fille du chef d'Oerba, arborant une fine silhouette, une démarche chaloupée et gracieuse ainsi qu'un visage charmeur avec ses yeux brillant comme des émeraudes au milieu de son visage halé, tout le monde soutenait à dire que sa place n'était pas parmi les chasseurs. Mais contre toute attente, elle avait une force colossale et elle était douée au corps-à-corps. Très jeune, elle avait déclaré qu'elle serait l'une des plus grandes chasseuses de son village et elle comptait bien s'y tenir.

Alors qu'elle gardait les yeux fixaient sur la créature qu'elle venait de tuer, une autre profita de son inattention, la ramenant brutalement à la réalité. La bête faucha l'air de sa queue, la balançant vers sa cuisse nue. Elle grogna de douleur. Ces affreux crapauds étaient recouverts d'écailles dures et tranchantes. Elle jeta un rapide coup d'œil vers la plaie. Le sang se mit à couler le long de la jambe et si ça continuer, l'odeur allait bientôt finir par rameuter des créatures plus grosses et plus dangereuses.

Elle focalisa de nouveau son attention sur le combat, esquivant de justesse le saut d'un des monstres. Elle enchaîna des coups à l'aide de son arme improvisée dont elle se servait comme d'une lance, prenant l'initiative d'attaquer en premier celui qui était le plus proche d'elle. Elle le sonna d'un coup brutal à la tête avant de bloquer sa queue avec son pied, de l'autre, elle exerça une pression sèche dans le cou. La créature s'écroula, inerte.

Cependant, voire trois de leurs congénères morts durent attiser leur soif de sang, car les cris aigus s'intensifièrent. Trop tard, elle se rendit compte qu'elle était encerclée et qu'ils allaient tous lui sauter dessus en même temps. Le crapaud dans ses mains pendant inutilement dans le vide, la jeune fille se fit la remarque qu'elle était foutue. Elle allait se faire dévorer par une horde de cératoraptor et à la place de devenir la plus grande chasseuse d'Oerba, elle serait la chasseuse la plus médiocre de tous les temps, dont les parents se serviraient dans leurs histoires le soir pour amuser leurs enfants avant qu'ils aillent se coucher.

Du coin de l'œil, elle vit trois bêtes prêtes à bondir, probablement suivit par les autres. Elle ferma fermement les yeux, attendant la douleur suite aux griffures et aux morsures. A la place, elle sentit une rafale de vent fouettait ses longues mèches noirs, tandis que des bruits de coups et des couinements résonnèrent à ses oreilles.

Elle rouvrit brutalement les yeux, découvrant une tornade à la peau halée et tout aussi brune qu'elle, anéantir les créatures. La bouche légèrement entrouverte, elle resta subjuguée devant le spectacle qui lui était offert. Puis, bien vite, la personne se redressa, rattachant dans son dos son arme, représentative d'une hache dont le manche était plus stylisé et la lame, plus longue, arrondis et fine, qu'elle savait être aussi tranchante d'un rasoir.

Leurs regards semblables se rencontrèrent sauf qu'il mettait en valeur un visage masculin aux traits enjôleur et taquin. Thorgas, son grand frère. Il avait six ans de plus qu'elle. Au village, il était déjà un homme et un chasseur aguerris aux yeux de tous. Vanille, sa meilleure amie, était même complètement folle amoureuse de lui, mais autant dire qu'âgée de seulement quatorze ans, elle n'intéressait pas réellement son frère.

- Bah alors, Cait Sith, on a été dépassé ? Je croyais que tu voulais devenir la plus grande chasseuse d'Oerba.

Rageuse, elle sentit ses joues prendre feu devant la moquerie et elle jeta de toutes ses forces le crapaud mort qu'elle tenait toujours dans l'une de ses mains à la tête de son aîné. Il esquiva en riant. Elle était frustrée, en colère et humiliée.

- Arrête de m'appeler comme ça, grogna-t-elle.

- Pourquoi ? Je trouve que tu leur ressembles à ces petites bêtes. Surtout quand tu sors les griffes comme maintenant.

- Va donc jouer à chat avec un béhémoth, crétin ! cracha-t-elle, tournant le dos à son frère et prenant la direction du village.

Un autre rire retenti à ses oreilles, puis son frère lui emboîta le pas.

- Allez frangine, le prend pas mal.

Elle se contenta de grogner pour toutes réponses, continuant d'avancer sans adresser un seul regard à Thorgas. Elle savait que cela devait plus l'amuser qu'autre chose. Ça faisait bien longtemps que son aîné ne se préoccuper plus de ses perpétuelles sautes d'humeur. Il mettait ça sur le compte de son adolescence, la charriant sur ses hormones qui la travaillaient alors qu'elle essayait désespérément de devenir une femme.

- J'ai récupéré ton chocobo qui s'était fait la malle, ainsi que ton arme. Tu n'aurais pas dû partir comme ça, Fang, fit soudain son frère, cette fois d'une voix sérieuse et peut-être un peu réprobatrice.

Fang tourna la tête vers lui, détaillant son profil. Ses yeux étaient plissés comme le coin de sa bouche, signe qu'il était mécontent. La petite brune retint un soupir dans le creux de sa gorge. Il avait raison, elle le savait. Thorgas avait accepté de l'emmener avec lui pour une première chasse, mais il lui avait scrupuleusement répété de ne surtout pas s'éloigner de lui. Bien sûr, il avait fallu qu'elle n'en fasse qu'à sa tête.

- Je suis désolée, marmonna-t-elle enfin.

- Tu as intérêt de l'être ! Je t'avais demandé de ne pas t'éloigner.

- Mais ce n'était que de simple cératoraptors…

- Et tu étais quand même en très mauvaises postures ! Un chasseur n'abandonne jamais son arme et un bon chasseur, a toujours une stratégie pour ne pas se laissait dominer et acculer !

Thorgas s'arrêta soudainement dans sa marche, attrapant le bras de sa jeune sœur qu'il tourna vers lui. Dans la manœuvre, il remarqua la blessure qui saignait toujours. Il détailla sa petite sœur du regard, découvrant la deuxième plaie à sa cuisse. Le chasseur releva les yeux vers ceux de sa cadette.

- Si je n'étais pas arrivé à temps, ces simples cératoraptors, comme tu dis, n'auraient fait qu'une bouchée de toi, Fang !

Haussant les sourcils de surprise, la petite brune fixa le visage de son frère. Il avait les yeux largement ouverts, les traits tirés et les lèvres plissaient. Le cœur de Fang cogna dans sa poitrine et un nœud noua son estomac. Il a eu peur. Son frère, ce chasseur qui était capable de tenir tête à un béhémoth empereur ou un amam, avait eu peur pour elle. Réalisant ça, elle prit conscience de sa stupidité. Leur vie n'était pas aussi paisible que celle des gens qui vivaient sur Cocoon. Fang posa ses yeux sur l'énorme sphère dans le ciel brumeux de Gran Pulse. Eux n'avaient pas à vivre chaque jour en risquant leur peau contre des monstres sanguinaires.

Elle replongea son regard dans celui de son frère qui avait posé ses grandes mains sur ses épaules. A sa place, elle aussi aurait eu peur.

- Je suis vraiment désolée, répéta-t-elle en baissant la tête.

Cette fois, Thorgas dut se rendre compte de la sincérité de ses paroles, car il la relâcha, acquiesçant doucement avant de reprendre la marche. Ils arrivèrent à un petit étang au bord duquel s'abreuvait deux chocobos domptaient. Son frère flatta l'encolure d'une des créatures, qui avait l'air d'apprécier la main dans ses plumes vu le petit cri appréciatif qu'elle poussa.

- Tu es encore jeune, Fang, dit-il en grimpant sur sa monture. Ne te précipite pas comme ça. Prends ton temps, d'accord ?

- D'accord, soupira l'adolescente en enfourchant à son tour son chocobo.

- Bien. Et sinon, qu'as-tu pensais de cette première chasse ?

Les yeux de Fang détaillèrent son frère avant qu'ils ne se posent sur son arme dans son dos. Une évidence lui sauta presque au visage tandis qu'elle se souvenait son combat contre les cératoraptors. Elle esquissa un sourire en coin, espiègle, et reporta son attention sur Thorgas qui haussa un sourcil interrogateur.

- Que l'arme que vous m'avez attribuée ne me convient pas du tout, déclara-t-elle en tapotant la large épée que ses aînés chasseurs lui avaient donnée.

- Vraiment ? rétorqua Thorgas. Et que voudrait notre chère princesse comme arme ?

Ils firent avancer leurs chocobos, synchronisant leur avancé pour être côte à côte.

- Une lance, s'enthousiasma Fang. Je voudrais une longue lance !

- Une lance ? répéta Thorgas, comme pour confirmer qu'il avait bien entendu.

- Oui ! Je suis sûre que je m'en sortirais super bien avec une telle arme.

Thorgas s'esclaffa devant l'ardeur de sa petite sœur. Elle avait toujours été vive et pleine de fougue. Elle faisait la fierté féminine du clan Yun.

- Je vais voir ce que je peux te trouver. Mais je te préviens, papa et maman ne vont pas être content de te voir te ramener avec ça à la maison.

- Ils s'y feront, tu vas voir. Et je vais redoubler d'efforts à l'entraînement.

Thorgas ria de nouveau de bon cœur, se penchant légèrement en avant sur son chocobo.

- Aller, rentrons. Il faut soigner tes blessures.

- C'est seulement des égratignures, je vais survivre.

- Ouai, mais moi, non, quand les parents vont voir ça.

Fang soupira légèrement.

- Ce n'est même pas douloureux, pas la peine d'en faire toute une histoire.

- Mais oui, on sait, tu es aussi résistante qu'un Adamancallie.

- Carrément ! fanfaronna Fang, sous l'amusement de son frère.

Ils avancèrent en silence pendant plusieurs minutes, profitant du paysage et de la fraîcheur du début de soirée.

- Tu as peut-être raison… finit par lâcher Thorgas. Tu deviendras peut-être la plus grande chausseuse d'Oerba, Cait Sith, s'exclama-t-il, un large sourire étirant ses lèvres, faisant s'élancer sa monture au galop sous les cris de rage de Fang qui s'élança à sa poursuite, à la fois flattée et outrée par le surnom.

oOo

Une violente secousse ramena Fang à la réalité et elle secoua durement la tête. Ses doigts n'avaient pas de prise sur sa colonne de rocher. Ses mains et ses genoux la faisaient souffrir à force de les enfonçaient dans le sol pour se maintenir en place et elle avait la désagréable impression d'avoir de nouveau quatorze ans et de s'être comportait comme une idiote, partant au-devant du danger sans réfléchir. Sauf que cette fois, son grand frère ne serait pas là pour venir la sauver. Une boule obstrua sa gorge et elle chassa rapidement les sentiments incongrus qui lui nouèrent le ventre. Ce n'était pas le moment de faire du sentimentalisme.

Les mots de son frère lui revinrent en mémoire. « Un chasseur n'abandonne jamais son arme et un bon chasseur, a toujours une stratégie pour ne pas se laissait dominer et acculer ! » Oui, et bien, elle avait beau réfléchir, cette fois elle ne trouvait aucune solution pour s'en sortir. Fang avait beau regarder à droite et à gauche, rien de ce qu'elle avait pu avoir comme idée ne s'avérait réellement concluant. Quoiqu'il puisse arriver, elle finissait toujours entre les pattes des béhémoths. Elle avait pensé prendre la fuite, mais il n'y avait même pas un trou de souris dans lequel elle pouvait se cacher. Même pas une maudite fissure dans la falaise qui longeait sa gauche.

Un coup d'œil aux créatures lui apprit qu'elles s'étaient quelque peu éloignées de là où elle se trouvait. Pendant une seconde, Fang pensa avoir peut-être de la chance et que les mastodontes allaient poursuivre leur combat plus loin et qu'elle pourrait sagement attendre qu'ils ne soient plus dans les alentours pour partir. Cependant, elle écarquilla les yeux, son souffle restant bloquer dans sa gorge quand l'un des deux béhémoth se redressa sur ses pattes arrières, arrachant son épée de son crane avant d'abattre un coup mortel à son adversaire.

L'impact créa une onde de choc. Un souffle phénoménal lui arriva en pleine figure, l'obligeant à s'accrocher encore plus fermement sur la surface de son pilier. Puis, sans rien pouvoir faire, elle vit la bête morte être propulsait vers son rocher, le percutant de pleins fouets. Une partie explosa, la secousse ébranlant les maigres fondations. Fang lâcha prise, dégringolant de sa cachette improvisée. Elle se rattrapa à ce qu'elle put alors qu'elle sentait son corps être entraînait dans l'effondrement du pilier. Sa chair s'écorcha là où elle était nue et avec son sari, autant dire qu'il y avait beaucoup de zones à découvert.

Son souffle se coupa quand son dos heurta le sol. Elle avait du mal à reprendre sa respiration et elle sentie une sourde angoisse battre à ses oreilles, quand elle se rendit compte qu'elle était bloquée sous quelque chose de très lourd. Fang essayait de s'extraire de sous le béhémoth qui entravait toute la partie inférieure de son corps, mais un grognement assourdissant lui fit relever la tête. D'autres bruits en fond résonnèrent à ses oreilles, mais rien n'avait plus d'importance que les yeux fous du monstre, ses crocs acérés dans sa gueule immense et son énorme patte griffue qui allait prochainement lui arracher la tête.

Fang ferma fermement les yeux, attendant le coup de grâce. Ça allait être tellement rapide qu'elle devrait ne rien sentir, non ? A la place, un bruit de rafale provenant d'une arme à feu la fit sursauter et rouvrir les yeux sur sa situation présente. Des balles perçaient difficilement la peau dure de la bête. Elle n'avait pas rêvé, c'était bien des armes à feu.

- Fang !

Difficilement, la brune tourna la tête vers la voix qui venait de l'appeler, pour voir arriver dans sa direction trois motos sur lesquelles étaient montés Snow, Gadot, Serah et Vanille. Les deux hommes tiraient sur le béhémoth pour le mettre en difficulté, tandis que la jeune Farron amorçait son arc de chasse.

Elle attendit le dernier moment avant de lâcher sa flèche qui vint se planter dans la chair robuste d'une épaule de la créature. Rapidement, Serah en lâcha une seconde dans la foulée qui, cette fois, transperça profondément l'un des yeux. La bête émit un râle de douleur et de rage.

Dans un dernier effort, le béhémoth voulut chargeait sur eux, comptant bien piétiner Fang dans la manœuvre, toutefois, il en eu pas le temps. Des câbles vinrent s'enrouler autour de son large cou. Vanille propulsa son bolide à fond, contournant la bête affaiblie à laquelle elle fit perdre légèrement l'équilibre, dévoilant les zones les plus sensibles. Une nouvelle flèche vint se logeait dans la chair tendre du cou tandis qu'une nouvelle rafale de balles vint perforait le ventre souple.

Le béhémoth s'écroula dans un gargouillis sous les yeux effarés de Fang. Ça faisait deux ans qu'ils avaient tous été libérés de leur statut de l'cie et la brune était venue à en oublier à quel point ils avaient tous été des combattants hors pair. La brune n'avait jamais vu Serah à l'œuvre, ni même Gadot, mais elle se rappelait que Snow et Vanille étaient aguerri, et aucun de ces deux-là n'avait l'air d'avoir perdu la main. S'ils avaient eu encore leur pouvoir, autant dire qu'ils auraient fait qu'une bouchée de ce béhémoth.

Pendant une fraction de seconde, Fang pensa au passé avec nostalgie. Ce passé où ils n'avaient à se préoccuper de rien d'autre que de survivre. Ou elle ne faisait qu'un avec Lightning sans qu'elle ne pense à rien d'autre qu'à profiter un maximum de tout ce que la soldate voulait bien lui offrir. Cette période était presque plus facile. Elle vivait au jour le jour sans se préoccuper des répercussions. Auprès de la sergente, Fang avait eu le sentiment de retrouver un peu de son insouciance de quand elle était jeune et qu'elle vivait encore à Oerba.

Alors que l'adrénaline et la pression des événements qui venaient de se déroulaient diminuait, elle sentit cette boule revenir obstruait sa gorge avec plus de virulence.

- Fang !

Les voix autour d'elle la tirèrent de ses pensées et elle papillonna des yeux, toujours étendue sur le dos, fixant le ciel bleu. Une certaine agitation se fit autour d'elle tandis que Snow et Gadot soulevaient la bête qui l'entravait. Dans un état second, elle laissa Serah et Vanille l'aidait à s'extraire et à se relever. Elle entendait les deux jeunes femmes lui parlaient sans qu'elle réussisse à comprendre le sens des phrases.

Fang se sentait épuisait. La fatigue alourdissait ses épaules et tout ce qu'elle essayait de fuir depuis des jours lui revenait brutalement au visage. C'était trop en si peu de temps. Ça faisait des années qu'elle n'avait pas pensée avec autant de force à son frère et en un instant, son aîné revenait hanter son esprit, accompagnait de ses remords et de sa stupidité face à sa relation avec Lightning.

Ses oreilles bourdonnaient et sa tête lui tournait. Fang était pourtant certaine de n'avoir pris aucun coup et de s'être seulement fait quelques bégnines égratignures. Elle ferma fortement les yeux, sentant un besoin urgent de s'asseoir, alors que la boule dans sa gorge se mit à grossir. La brune enfouit son visage dans ses mains, la nausée l'assaillant à son tour tandis que la douleur émotionnelle qu'elle éprouvait se faisait physique. Ses jambes lâchèrent légèrement lorsque les premiers sanglots traversèrent ses lèvres.

Fang n'avait pas pleuré une seule fois depuis que Lightning était dans le coma. Elle s'était montrée forte et courageuse comme on lui avait appris et elle avait enterré ses angoisses et sa souffrance sous une couche d'impassibilité teintée de rancœur. Elle avait laissé la culpabilité la rongeait, restant seule comme devait l'être la coupable.

Fang n'eut pas vraiment conscience des bras fort de Snow qui se refermèrent autour d'elle pour lui éviter de tomber, ni même des mains de Serah et de Vanille qui la soutenait, caressant ses cheveux ou son dos. Elle laissa retombait ses bras le long de son corps, posant sa tête contre l'épaule qui la soutenait. Elle ouvrit les yeux, son regard tombant sur les deux jeunes femmes qui l'observaient avec inquiétude. Elles avaient toutes les deux le teint pâle, ce qui n'était pas réellement alarmant pour Serah, qui était déjà très blanche de nature, mais qui s'avérait alertant pour Vanille qui avait, d'ordinaire, un grain de peau plus foncé. Signe distinctif qu'elle était une native de Gran Pulse, comme elle. Toutes les deux arboraient des cernes sous leurs yeux et Fang se rendit compte qu'elles aussi, elles devaient souffrir de leur côté.

- Je suis désolée, souffla-t-elle, sa voix sortant difficilement.

Que cela soit Serah ou Vanille, elles secouèrent toutes les deux la tête de gauche à droite, voulant probablement lui faire comprendre qu'elle n'avait rien à se reprocher.

- Nous devons rentrer tout de suite, intervint Gadot. La nuit ne va pas tarder à tomber, il ne faut pas qu'on traîne.

- Oui, tu as raison, agréa Snow. Vanille et Serah, vous montez ensemble. Je vais prendre Fang avec moi, d'accord ?

Les femmes acquiescèrent, grimpant chacune leur tour sur l'une des motos qu'elles avaient laissées sur place avant de se précipiter sur Fang. Snow en fit de même, enfourchant le bolide après avoir installé Fang devant lui. La brune était dans ses pensées et elle se contentait de suivre le rythme sans protester. C'était trop étrange de la voir ainsi. Le blond avait l'habitude de côtoyer une femme vive et pleine d'entrain. Forte et indomptable. Fang ressemblait à un électron libre d'habitude, mais là, c'était comme si toute l'énergie qu'elle possédait d'ordinaire, s'était envolée. Snow démarra, faisant vrombir le moteur de son engin avant de suivre ses amis. Il se focalisa sur le trajet, préférant occulter l'état désagréable dans lequel se trouvait Fang.

oOo

J'espère que ça vous intéresse toujours et a mercredi prochain pour la suite.