Cinquième partie

Une autre semaine s'écoula et une routine à la fois lassante, déprimante, mais rassurante s'installa. Fang faisait d'énormes progrès et avait recommencé à côtoyer ses amis. Elle acceptait de se joindre à eux le soir et éviter de se morfondre toute seule dans son coin. Serah et elle se soutenaient mutuellement. Chacune profitait de l'autre pour déverser ses angoisses ou transmettre une nouvelle dose d'espoir quand elles en avaient besoin. Dans ces moments, Vanille et Snow étaient des alliés de pointe, toujours présents quoiqu'il arrive et à n'importe quel moment.

C'était presque fou la faculté qu'ils avaient de s'apercevoir quand elles avaient une baisse de moral. Eux-mêmes devaient aussi s'inquiéter et gérer leurs émotions, après tout, malgré quelques prises de bec avec le blond, tous les trois avaient appris à tisser un lien ensemble. Vanille et Lightning avaient appris à se connaître et à s'apprécier et Snow adorait sa belle-sœur malgré sa susceptibilité et ses airs ronchons.

Assise sur ce fauteuil qu'elle connaissait bien maintenant, Fang avait emprisonné entre ses doigts la main de Lightning. Ses yeux fixaient le visage endormi de son amante, ayant du mal à se détacher de l'énorme hématome qui s'étendait tout le long de la tempe gauche. Après deux semaines, il était encore bien visible, tirant à présent vers le violet et englobant tout son œil. Les fractures guérissaient doucement et à cette allure, elles auraient toutes disparu quand elle se réveillerait.

Fang glissa son autre main dans la masse des cheveux roses. Elle avait toujours adoré leur couleur si étrange. Ce blond-fraise qui allait si bien avec l'ensemble de son physique. C'était doux et ça mettait en valeur son teint de porcelaine. Ce qui lui manquait le plus, c'était ses yeux. Ce bleu limpide et profond dans lequel elle avait envie de plonger de nouveau. Lightning était le genre de femme au caractère impassible. Il était rare qu'elle montre ses émotions, mais elle n'avait pas besoin de s'exprimer pour que Fang la comprenne. Tellement de choses transperçaient dans son regard que souvent, ça lui suffisait.

- Sauf cette fois, marmonna-t-elle toute seule.

Cette fois, elle avait été aveugle et ça lui avait coûté cher. Elle pria Etro de lui accorder une seconde chance et se secoua pour éviter de retomber dans la morosité. Si elle revenait de l'hôpital le visage défait et le moral dans les talons, elle savait déjà comment allait se passer la soirée. Elle ne voulait pas donner plus d'inquiétude à Vanille ou à Serah et puis, ça allait beaucoup mieux.

D'accord, Lightning lui manquait, mais c'était normal. Elle était triste et elle souffrait, ça aussi, c'était normal, mais ils avaient tous raison. Continuer à s'apitoyer sur son sort n'arrangerait en rien la situation. Ça ne réveillerait pas son amante plus vite.

Fang caressa du pouce le dos de la main de l'endormie et du bout des doigts de l'autre, la joue fraiche.

- J'ai de la chance de tous les avoir auprès de moi, tu sais, Sunshine. Serah est vraiment courageuse. Elle me fait énormément penser à toi. Elle est petite et semble inoffensive, mais elle a une volonté de fer, tu peux être fière d'elle. Snow prend bien soin d'elle, tu n'as pas à t'inquiéter. Tu nous manques à tous. C'est particulièrement atroce pour Serah et moi, mais je sais que tous attendent avec impatience que tu te réveilles.

La pulsienne bougea un peu sur son siège inconfortable, sentant quelques larmes poindre au coin de ses yeux. Elle réprima et esquissa un léger sourire.

- Ton ancien lieutenant, Amodar, et quelques-uns de tes collègues sont venus te voir. Ils espèrent tous te revoir sur pieds bientôt, mais je te garantis, Sunshine, que tu ne vas pas remettre les pieds dans l'équipe de protection du village avant un bout de temps, réveillée ou non.

Elle soupira un peu. C'était devenu une habitude de lui parler de tout et de rien pendant ses visites. Elle arrivait, aérait la chambre de la brise printanière, l'embrassait tendrement sur le coin des lèvres, puis elle s'asseyait et commençait à raconter les dernières nouvelles. Elle passait parfois du coq à l'âne, racontant ce qui lui passait par la tête sans vraiment s'arrêter sur quelque chose de précis. Ça la détendait. Dans ces moments, Fang avait l'impression de partager quelque chose avec Lightning. Souvent, elle revenait durement à la réalité, se rappelant qu'elle n'entendrait pas la voix si particulière de sa compagne lui répondre avec son petit ton supérieur comme elle en avait régulièrement l'habitude. La pulsienne déglutit et secoua la tête, chassant les idées néfastes de son esprit.

Tu sais que tu fais peur à plusieurs de tes collègues, reprit-elle doucement, un sourire aux lèvres. Un ou deux, des jeunes recrues apparemment, on même dit que ce n'était pas grave si on ne te disait pas qu'ils étaient venus te rendre visite. C'est bien toi, ça, de terroriser tout le monde, rigola Fang. Je suis sûre qu'en fait, ça t'amuse.

Elle posa ses yeux sur le visage de Lightning et son sourire s'effaça doucement. Aucune réaction, comme toujours. Les seuls mouvements que son corps produisait étaient ceux de ses globes oculaires, qui bougeaient sous ses paupières closes. D'après les médecins, c'était une bonne chose, mais le fait qu'elle ne réagisse pas à la douleur voulait dire qu'elle était plongée dans un coma plutôt profond et ce n'était jamais bon signe. Malgré tous les progrès de la médecine, le coma restait quelque chose d'abstrait où, dans le meilleur des cas, seule la patience pouvait apporter des résultats.

Fang était plongée dans ses pensées, ne quittant pas le visage de son amante, quand un bruit provenant de la porte d'entrée de la chambre attira son attention. Se trouvant pile en face, elle avait une vue directe dessus. Elle eut le temps de voir une petite tête blonde penchée dans l'encadrement, ses petits yeux noirs brillants de larmes, avant que la gamine ne détale comme un lapin en s'apercevant qu'elle avait été repérée.

Surprise, il fallut une seconde pour que Fang réagisse et se mette à sa poursuite. Déboulant dans le couloir désert, elle vit l'enfant qui tournait déjà à l'angle au bout de l'allée. Cette petite était rapide. La brune se dépêcha de la rattraper, cependant quand elle arriva à son tour au croisement du couloir, la gamine n'était déjà plus visible. Fang resta plantée à l'entrée de l'espace vide donnant sur les ascenseurs et les escaliers, sentant la frustration gronder dans sa poitrine.

Le tintement du monte-charge qui arrivait à son étage lui fit tourner la tête tandis que les portes coulissaient. Une famille en sortit et la pulsienne soupira. Elle tourna les talons, ne désirant pas attirer l'attention sur elle, retournant auprès de Lightning. Serah ne devrait pas tarder à la rejoindre et elle se demanda si elle ne pourrait pas discuter avec elle de la présence récurrente de cette enfant.

oOo

Une troisième semaine débuta, rythmée comme la précédente. Fang partageait ses journées entre le groupe de chasseurs qui s'occupait de ravitailler le village en viande, ses amis, qu'elle essayait d'inquiéter le moins possible et la chambre d'hôpital de Lightning.

Elle avait repris une certaine routine. Allait à la chasse comme elle le faisait régulièrement avant lui avait fait du bien. Le groupe auquel elle appartenait l'avait accueilli avec plaisir. Tous avaient été contents de son retour et tous lui avaient fait part de leur soutien. C'était un petit village, tout se savait rapidement et parfois, les autres habitants se rendaient compte des choses avant la personne concernée. Fang n'aurait pas dû oublier ça. Elle qui avait vécu à Oerba il y a des siècles de ça, dans une petite ville où tout le monde se connaissait, dirigée par des clans familiaux, mais où tout le monde se souciait de son voisin.

La pulsienne avait craint pour la réputation de son amante. Pour l'image que Lightning montrait d'elle en tant qu'ancienne militaire surdouée et promise à un avenir prometteur. Qu'est-ce que ses collègues auraient dit d'elle ? Comment aurait-elle réagit face aux comportements dénigrants des autres si leur couple était devenu officiel ? Fang se connaissait. Elle n'aimait pas se cacher, mais une fois que sa relation serait établie et officialisée devant tout le monde, elle ne pourrait s'empêcher de se montrer tactile. Elle était une femme entière. Est-ce que Light ne le prendrait pas mal si elle la câlinait ou l'embrassait en public ? Elle savait se tenir, mais elles n'étaient pas à l'abri d'une main sur une cuisse ou dans les reins, ou alors d'un baiser furtif sur une tempe ou sur les lèvres.

Finalement, Fang s'était aperçue que beaucoup avaient déjà des doutes sur elles. Certains étaient même déjà persuadés qu'elles avaient une relation et que ce n'était qu'une question de temps avant que les deux femmes ne le disent ouvertement. D'autre étaient sceptiques, notamment à cause du caractère inapprochable de Lightning.

La chasseuse s'était alors sentie stupide. Elle n'avait pas démenti ni confirmé les affirmations ou les suppositions, se répétant que ce serait quelque chose qu'elle ferait une fois que Lightning serait réveillée et à ses côtés.

Assise sur le rebord du ponton qui donnait sur la mer, le bout de ses pieds nus frôlait l'eau tiède. Elle soupira, ses yeux ne lâchant pas l'horizon. Une brise estivale s'engouffra dans ses vêtements et dans ses cheveux, qu'elle rabattit derrière l'une de ses oreilles avec une main. L'odeur de sel embauma ses narines et remplit ses poumons.

Elle se rappellerait toujours la première fois qu'elle avait vu la mer sur Cocoon. C'était peu de temps après leur réveil, à Vanille et elle. Tout lui avait semblé artificiel, jusqu'au paysage. Ici, sur Gran Pulse, tout était naturel et il n'était pas nécessaire de devoir goûter l'eau pour se rendre compte qu'elle était salée, ça se sentait. Le soleil réchauffait autant que le vent apportait sa dose de fraîcheur.

Elle n'avait pas assez profité de son retour dans son pays. Il avait fallu se dépêcher de trouver un lieu dans lequel vivre et qui leur apporterait tous les besoins indispensable à leur survie. Un endroit qui ne soit pas trop exposé aux monstres, mais qui ne soit pas non plus trop éloigné pour qu'ils puissent profiter des bienfaits de la chasse. Avec chance, ils avaient découvert ce petit coin de paradis.

Des falaises sur une bonne partie du terrain qui les protégeaient de moitié. De cette façon, ils n'avaient plus qu'à surveiller l'entrée principale qui longeait une plage et un terrain plat ou ils avaient établi leur village. La mer et la nature à proximité, ils ne leur restaient plus qu'à cultiver quelques parcelles de terre et à y faire pousser les légumes les plus rudimentaires et ils pourraient survivre longtemps.

Ça avait pris près de trois ans pour qu'ils en arrivent à ce résultat et qu'ils puissent enfin tous jouir d'une vie prospère. Les habitants commençaient à s'y faire. Tous avaient trouvé leur place et un nouveau but, et Fang était comme eux. Elle avait été tellement occupée ces dernières années qu'elle n'avait pas eu le temps de profiter de Gran Pulse avec Lightning. Elle avait pourtant eut dans l'idée de lui montrer ce qui faisait la beauté de son pays. Comparé à Cocoon, il y avait ici des endroits qui regorgeaient presque de magie tellement ça semblait surréaliste, et pourtant.

« Quand tu te réveilleras, Sunshine, nous allons en profiter, tu vas voir ! » pensa Fang, le regard fixant les myriades d'étincelles que provoquait le soleil sur l'étendue bleue qui lui rappelait les yeux de son amante. La première chose que la brune ferait serait de s'excuser. Ensuite, si Lightning le voulait toujours, elle dirait à qui veut l'entendre qu'elles étaient ensemble. Elle le crierait même sur les toits s'il le fallait. « Je vais me rattraper, Light, alors réveille-toi, s'il te plaît. »

Fang sentit une boule grossir dans sa gorge. Son ventre se noua tandis que la tristesse reprenait ses droits, comme souvent en fin de journée. Généralement, elle faisait en sorte d'être toujours occupée, même un minimum, pour éviter ce genre de baisse de moral. Quand elle était chez elle, Fang s'était même attelée aux tâches ménagères. Pas qu'elle ne donnait pas un petit coup de main à Vanille quand cette dernière en avait besoin, mais la plus âgée des pulsiennes préférait largement fuir dehors à l'air libre, plutôt que de devoir supporter les corvées de poussières ou le récurage des toilettes.

Maintenant, Vanille n'avait plus rien à faire. Au moins, la brune estimait que c'était un très bon exercice d'entraînement en sachant combien Lightning était maniaque. Fang soupira doucement, jouant quelques instants avec l'eau du bout de ses pieds. Soudainement, elle avait eut la forte envie de retourner à l'hôpital et de secouer son amante dans l'espoir de la réveiller. Mais elle y avait déjà été une bonne partie de l'après-midi et actuellement, Serah était en train de lui tenir compagnie.

Depuis que Fang allait un peu mieux et qu'elle s'était de nouveau rapprochée de ses amis, elle et la jeune Farron avaient pris l'habitude de se retrouver ensemble au chevet de Lightning. La cadette avait vite acceptée sa relation avec sa sœur et elle lui avait dit qu'étant de la famille, elles devaient se soutenir. Elles vivaient toutes les deux le même drame. Elles étaient belles-sœurs, même si ce n'était pas encore officiel. Dans un sens, Fang était rassuré d'être aussi bien acceptée. Elle n'était pas certaine qu'elle aurait pu supporter que Serah se comporte avec elle de la même façon que se comportait Lightning, au début, envers Snow. Cependant, il arrivait des jours où elles avaient besoin d'être seules avec l'inconsciente. Parfois, il y avait des moments où il fallait qu'elles relâchent la pression, qu'elles disent ce qu'elles avaient sur le cœur, même si Lightning ne pouvait pas les entendre. Et par soucis de pudeur, elles préféraient ne pas étaler ça devant l'autre.

Fang se rejeta légèrement en arrière, prenant appui sur ses mains, exposant son visage aux doux rayons solaires. La soirée arrivait à grand pas et, les yeux fermés, elle appréciait le courant d'air frais qui passait sur elle. Elle se rappelait des premiers temps où elle allait rendre visite à son amante. Pendant deux ou trois jours, elle était restée silencieuse, se contentant de rester assise dans le fauteuil, le regard dans le vague ou posé sur l'endormie. Les jours suivants, elle avait pleuré comme elle ne l'avait plus fait depuis très longtemps. Finalement, elle s'était mise en colère. Stupidement et naïvement, elle avait supplié Lightning de se réveiller, comme si cela allait changer quoi que ce soit.

Durant un instant, Fang en avait presque voulu à cette petite fille que son amante avait sauvée. C'était de sa faute si l'ancienne militaire se retrouvait dans cet état. Elle avait tout rejeté sur les frêles épaules de cette gamine qui devait avoir à peine entre six et huit ans et qui, quand on l'observait bien, s'avérait aussi dévastée qu'elle.

A plusieurs reprises la pulsienne avait pu voir cette petite tête blonde. Serah et Vanille lui avaient appris qu'elle ne parlait plus trop depuis l'accident. Elle répondait sommairement aux questions qu'on lui posait, mais ça s'arrêtait là. Fang s'était rendu compte que, même si cette gamine n'avait rien à faire dans la zone dangereuse où elle s'était trouvée, elle ne pouvait continuer à la blâmer. La brune aurait quand même voulu savoir pourquoi, mais l'enfant n'avait toujours pas ouvert la bouche pour apporter des explications. Et ça la frustrait. Serah et Vanille avaient bien essayé de la faire parler, sans résultat.

La pulsienne avait révélé à la cadette des Farron la présence de la petite à l'hôpital. Ça ne l'avait pas surprise, mais leur curiosité s'était de nouveau éveillée. Fang se redressa en soupirant. Elle rouvrit les yeux sur la mer, l'observant pendant encore un moment avant de se décider à rejoindre le Nora House ouvert sur la plage. Elle n'avait aucune envie de rentrer chez elle et probablement que Vanille serait en train de tenir compagnie à Lebreau.

Elle sortit ses pieds de l'eau et enfila ses sandales. Elle était en train de se relever et d'épousseter ses vêtements quand elle sentit qu'on la fixait. Elle chercha du regard la source de son malaise avant de tomber dans les petits yeux noirs de la gamine. Fang haussa les sourcils. L'enfant se trouvait au bout du ponton. Elle semblait hésitait entre la rejoindre ou fuir à toutes jambes.

Ça faisait combien de temps qu'elle attendait là, sans rien faire ? La petite se décida enfin, pour la fuite. Elle se détourna et détala comme une flèche. Elle était rapide pour son âge ! Néanmoins, c'était une occasion trop belle et il était évident qu'elle avait envie de se rapprocher de Fang. Ce n'était pas la première fois que la brune la voyait rôder pas loin d'elle. La pulsienne se mit aussitôt à sa poursuite.

Elle aussi était rapide. C'était comme chasser une proie et à ça, elle était douée. Fang bloqua sa vision sur la cible mouvante qu'était la gamine. Il ne fallait pas qu'elle la perde de vue. Elle était peut-être petite et pouvait se faufiler partout, il n'en restait pas moins qu'elle n'était qu'une enfant. Ses petites jambes ne couvraient pas assez de distance, comparées à celles de Fang.

La tête blonde parcouru la plage, contournant au dernier moment l'un des gros rochers à l'extrémité du village. Elle espérait certainement que cette manœuvre mettrait sa poursuivante en difficulté et qu'elle aurait, comme ça, le temps d'aller se glisser dans un trou de souris.

« Ce n'est pas comme ça que tu vas m'avoir, petite. » pensa Fang. La brune sauta sur le rocher, l'escaladant à toute vitesse avant de sauter pour manger le reste de distance qui la séparait de la flèche. Elles quittèrent la zone sécurisée du village en passant les barrières et la main de Fang se referma enfin sur l'un des bras de la gamine.

- Lâche-moi ! cria Tama en se débattant.

- Sûrement pas ! répondis Fang sur le même ton.

- Lâche-moi ! Mais lâche-moi ! répéta la petite blonde.

- Non ! Et tu vas te calmer ! Tu n'as pas à quitter le village toute seule de toute façon. Tu ne crois pas que tu as causé assez de dégâts comme ça ?

Cette réplique eut le mérite de stopper Tama dans ses gesticulations. Fang en fut tellement surprise que pendant une seconde elle eut l'impression de tenir une poupée désarticulée par un bras. Puis, sans qu'elle s'y attende, elle reçut un boulet de canon dans l'estomac. Tama enserra sa taille, enfonçant son nez dans son ventre tandis que de lourds sanglots lui échappaient.

Fang pinça les lèvres, retenant un soupir. Elle rendit l'étreinte, soutenant l'enfant avec toute la tendresse dont elle était encore capable. Un souvenir fugace lui revint en mémoire. La façon qu'avait sa mère de la consoler quand elle faisait un cauchemar ou qu'elle se faisait mal. Cette petite faisait partie des orphelins, elle n'avait plus de bras maternels pour lui apporter le réconfort dont elle avait tant besoin.

Elle s'accroupit à la hauteur de Tama, glissant l'une de ses mains dans les cheveux blonds, caressant tendrement le cuir chevelu. De l'autre, elle frotta doucement le dos jusqu'à ce que les pleurs se tarissent. Une série de reniflements et de hoquets se succédèrent et Fang prononça quelques mots de réconfort dans l'oreille à sa portée.

Elle finit par se laisser tomber dans le sable, accusant le poids de Tama qui ne voulait pas la lâcher. La brune se rendit compte du silence qui les entourait quand le soleil commença enfin sa descente sur l'horizon, nimbant cette dernière de ses magnifiques éclats flamboyant.

- Je suis désolée, fit enfin la petite blonde.

Fang baissa la tête vers Tama, qui gardait la sienne collé à sa poitrine. Un nouveau reniflement résonna et la pulsienne lissa les mèches blondes derrière l'oreille.

- De quoi es-tu désolée ?

- C'est ma faute si Light est à l'hôpital, répondit Tama en se redressant légèrement pour planter ses yeux dans ceux de Fang.

Cette dernière soupira légèrement, continuant ses douces caresses dans les cheveux de l'enfant.

- Pourquoi as-tu quitté la zone sécurisé ce jour-là ? Tu veux bien me le dire ?

Tama baissa la tête, mordant férocement ses lèvres.

- Tu peux m'en parler, tu sais, ajouta Fang. Je ne me fâcherais pas.

L'enfant releva la tête vers elle, jaugeant si elle pouvait vraiment avoir confiance. Elle grimaça et se tortilla un peu, hésitante. Finalement, elle se décida.

- A l'école, mademoiselle Vanille nous raconte l'histoire de Gran Pulse. Avec ça, on apprend aussi à reconnaitre les monstres et ce qu'ils peuvent faire. Je sais lire, tu sais.

- Je n'en doute pas, répondis Fang, surprise par le changement soudain de sujet.

Tama acquiesça et repris :

- J'adore les monstres ! Alors j'ai demandé à mademoiselle Vanille si elle était d'accord pour me prêter un livre sur eux. Et puis, on est allée en excursion avec la classe, je suis rapide, alors je me suis enfuie du groupe. Je voulais trouver un Otyugh parce que…

- Parce que quoi, Tama ?

La lèvre inférieure de l'enfant se mit à trembler, signe que les pleurs allaient reprendre d'un moment à l'autre. Cependant, elle poursuivit courageusement.

- J'avais lu… Que plein d'herbe les recouvrent et qu'une fleur très spéciale poussait sur leur dos.

Fang suspendit ses caresses dans les cheveux de Tama qui s'était recollée contre sa poitrine. Elle fronça les sourcils. Oui, elle avait déjà entendu parler de cette fleur. A son époque, c'était très à la mode de concourir pour être la première personne qui réussirait à la récupérer. Elle servait pour plusieurs usages. Dont certains très basiques, comme les soins. Une fois extraite, la sève qu'elle sécrétait faisait une excellente pommade pour les brûlures.

En dehors de ça, beaucoup s'en servaient pour prouver leur valeur. Fang se souvenait de jeunes hommes de son époque qui se battaient pour l'obtenir dans l'espoir de l'offrir à l'élue de leur cœur. Elle possédait une forte connotation d'amour en plus d'être l'une des fleurs les plus belles de Gran Pulse.

- Dans le livre, il dit qu'elle servait à plein de choses. Comme… Pour montrer qu'on est fort ou dire à quelqu'un qu'on l'aime…

- Oui, souffla Fang. Elle représente l'éternité. Elle exauce les vœux aussi.

- Tu connais cette fleur ? demanda Tama, se redressant rapidement pour fixait Fang.

Cette dernière acquiesça, surprise. Le visage de l'enfant venait presque de s'illuminer. Des étoiles brillaient dans ses prunelles noires et la pulsienne fronça légèrement des sourcils.

- C'est pour cette fleur que tu t'es retrouvée devant l'Otyugh ?

Le sourire qui étirait les lèvres de Tama disparu et elle se tassa sur elle-même. C'est la tête baissée qu'elle avoua son méfait.

- Oui, marmonna-t-elle. Je pensais que si j'arrivais à l'attraper toute seule, alors Light…

- Attends ! Light ? Tu veux parler de Lightning ?

Fang se rendit compte que c'était la deuxième fois que Tama utilisait le diminutif de son amante. Elle semblait familière avec l'ancienne militaire et la brune se demandait comment c'était possible. Elle n'avait pas le souvenir d'une enfant traînant dans les pattes de Lightning. Pas que cette dernière les détestait, mais généralement, ils la fuyaient tous. De plus, Fang était persuadée de n'avoir jamais vu Tama dans leur entourage.

- Oui, répondit Tama sans prêter attention au trouble de son interlocutrice. Mais je préfère dire Light, c'est plus facile.

- Je ne savais pas que tu la connaissais.

Tama haussa les épaules.

- Une fois, madame Jin nous a emmené nous promener, mais je m'ennuyais, alors j'ai quitté le groupe. Je suis partie trop loin et il allait pleuvoir. Je suis tombée sur un groupe de drôle de crapauds. J'ai voulu repartir, mais j'ai fait trop de bruit. Je me suis cachée dans un gros buisson pour pas que les monstres me trouvent. J'y suis restée un moment, mais ils partaient pas et j'ai commencé à fatiguer. Je suis tombée et les bêtes m'ont vu. Ils allaient me manger toute entière quand Light est arrivée pour me sauver.

La gamine conclut sa tirade avec un large sourire et une note enjouée. Par Etro, dans la bouche de cette enfant, Lightning semblait être une super-héroïne.

- Elle a tué les monstres en deux coups d'épée, c'était énorme ! s'exclama Tama, excitée.

Fang esquissa un sourire, son cœur se gonflant d'amour et de joie. C'était bon d'entendre cette chaleur dans la voix de cette petite quand elle parlait de Lightning. Dans leur groupe, tout le monde aimait Light. Serah l'adorait inconditionnellement et Fang pouvait partager ça avec la jeune Farron, mais là, c'était différent.

- Oui, elle est très forte, dit Fang avec douceur.

- Oh oui, alors ! Bon… Elle m'a quand même vachement grondée quand elle a eu fini et elle fait super peur quand elle se met en colère.

La pulsienne rigola, sentant son corps se remplir d'allégresse.

- Alors là, tu as entièrement raison. Elle peut être terrifiante.

Tama pencha la tête sur un côté, semblant réfléchir.

- Tu la connais bien toi aussi ? demanda-t-elle. J'ai vu comment tu étais triste, tout le temps. Et à l'hôpital, tu as pleuré.

- Oui, souffla Fang. Elle avala difficilement sa salive puis adressa un léger sourire à Tama. Je la connais très bien.

- Elle te manque ?

- Oh oui, énormément !

- A moi aussi.

Un doux silence se posa se posa entre elles, qu'elles utilisèrent pour se remettre toutes les deux de leurs émotions.

- Tu sais, reprit Tama, après m'avoir grondé, elle s'est assise à côté de moi et elle a regardé le ciel. C'était la première fois que quelqu'un avait l'air content d'être avec moi. Ma maman est morte sur Cocoon.

Face à cette brutale révélation, Fang sursauta, posant ses yeux sur Tama qui s'était installée dos à elle entre ses jambes.

- Madame Jin s'occupe bien de nous, mais on est beaucoup et elle, mademoiselle Julia et mademoiselle Zoé ne peuvent pas vraiment prendre du temps pour chacun de nous. Mais, Light… Elle, elle restait avec moi, même si elle avait encore plein de choses à faire et qu'elle allait être en retard.

La pulsienne esquissa un sourire. Elle leva la tête vers l'horizon. La nuit était tombée et le soleil avait laissé sa place à l'astre lunaire qui conférait à la mer une apparence de cristal. La fraîcheur s'était installée et il allait bientôt falloir qu'elles rentrent. Surtout parce que d'ici quelques instant, toute une horde inquiète allait finir par partir à leur recherche.

- Light est quelqu'un de très gentil, finit par dire Fang. Elle aime donner de sa personne et aider les autres. Elle est revenue te voir après ça ?

- Oui. Elle m'emmenait en promenade aussi.

Le moral de Tama eut l'air de chuter rapidement tandis qu'elle se tassait dans l'étreinte de Fang.

- Quelque chose ne va pas, Tama ?

La petite soupira avant de dire :

- Elle m'avait fait promettre de ne plus jamais m'éloigner du groupe si elle m'emmenait régulièrement me promener… Je voulais pas qu'elle soit blessée, sanglota Tama.

- J'en suis sûre, chuchota Fang. La fleur, c'était pour elle ? Tu voulais aller la chercher toute seule pour l'offrir à Light, c'est ça ?

Tama hocha plusieurs fois de la tête, reniflant sous ses pleurs.

- Je pensais que si j'arrivais à l'attraper et à lui ramener, elle verrait combien je suis forte et que je l'aime vraiment beaucoup. Je voulais être importante pour elle, pour toujours.

- Oh, Tama. Je suis certaine que c'est déjà le cas. Mais je comprends.

- Tu l'aimes beaucoup toi aussi, pas vrai ?

- Oui, beaucoup, beaucoup, répondit-elle en resserrant son étreinte autour de l'enfant.

La petite blonde rejeta la tête en arrière, leur regard se rencontrant.

- C'est ton amoureuse ? interrogea Tama avec espièglerie.

Fang pouffa franchement de rire et pour la première fois, elle se sentait libre et sereine face à cette question qui paraissait si évidente.

- On ne peut rien te cacher, avoua-t-elle avec joie.

Les yeux de Tama s'illuminèrent.

- Allez, il faut qu'on rentre, lança la pulsienne en se redressant. Je m'étonne qu'on n'ait pas déjà mis la cavalerie à nos trousses pour nous retrouver.

- On est obligé de rentrer ? quémanda Tama en grognant presque.

- Oh oui, jeune fille. Mais nous allons faire un pacte toi et moi.

Tama redressa la tête vers Fang alors qu'elle sautillait sur place pour se débarrasser du sable qui s'était infiltré dans son short. Pendant une seconde, la pulsienne eut l'impression de se retrouver face à un renard. Aux aguets, malin et curieux.

- Quoi comme pacte ?

- Serah et Vanille m'ont dit que tu restais souvent dans ton coin dernièrement. Alors, j'aimerais que tu recommences à t'amuser comme avant. Personne ne t'en veut pour ce qui s'est passé et Light va nous revenir. Je suis sûre qu'elle aussi, elle ne t'en veut pas. Ensuite, tu ne pars plus à l'aventure toute seule, l'intrépide ! ria doucement Fang. Plus jamais ! En contrepartie, nous irons voir Light ensemble à l'hôpital de temps en temps et je t'emmènerais en promenade à mon tour.

- Vraiment ?

- Vraiment ! ça marche ?

- Ça marche, acquiesça Tama.

Fang sourit et pointa le village du menton.

- Allez, rentrons maintenant.

Tama hocha la tête et emboita le pas à la pulsienne. La brune sentit le regard de la gamine la fixer, mais elle ne fit rien pour le montrer ou l'empêcher. Elle se laissait analyser par cette crapule qui avait, semble-t-il, réussi l'exploit de rentrer à son tour dans la carapace de glace que son amante s'était forgée. Finalement, ce qu'elle voyait dû lui plaire, car Fang sentit une petite main se glisser dans la sienne. Elle referma aussitôt ses doigts sur ceux de Tama, tournant enfin la tête vers elle.

Cette fois, ce fut à l'enfant de garder les yeux droits devant elle et Fang sourit. Elle cala difficilement son pas au sien, gardant un maintien raide et un air fier malgré sa fatigue flagrante. « Nous voilà bien, nous avons une mini Lightning en puissance sur les bras maintenant. » pensa Fang avec amusement. « Tu viens d'assurer la relève, Sunshine, tu ne peux donc pas continuer à dormir. Tu as des responsabilités auprès de cette petite… Et auprès de moi aussi. La responsabilité de nous avoir fait t'aimer. »

Après quelques pas, la pulsienne hissa Tama sur l'une de ses hanches lorsqu'elle vit sa tête dodeline dangereusement. Elle la cala doucement contre elle et avala les derniers mètres qui la séparaient du bar de Lebreau.

Quand elle arrive à destination, elle grimpa rapidement les marches avant de passer l'encadrement de l'entrée du café. Il était tard, ce qui expliquait certainement le fait que les lieux soient aussi tranquilles. Les lumières étaient tamisées et il ne restait qu'une poignée de clients qui ne se préoccupèrent même pas d'elle quand elle s'avança dans l'établissement. Fang rehaussa son fardeau endormi sur sa hanche tandis qu'elle s'avançait vers ses amis, qu'elle venait de repérer dans un coin isolé.

Les regards se levèrent vers elle quand elle arriva à leur table et Fang esquissa un léger sourire.

- Je suis étonnée, vous savez. Je m'attendais presque à voir débouler un escadron à cause de mon retard, fit la brune, moqueuse.

Ils rirent tous tandis que du coin de l'œil, elle put voir Gadot en train de se faire remonter les bretelles par Lebreau. C'était une scène plutôt récurrente. Et dire que ce pauvre bougre faisait tout ce qu'il pouvait pour aider le tyran qu'était ce petit bout de femme.

- On commençait à s'inquiéter quand on a entendu quelques habitants dire que tu avais l'air d'avoir retrouvé toute ton énergie parce qu'ils t'avaient vu courir comme un lapin sur la plage, expliqua Vanille.

- Madame Jin nous a appris que Tama s'était encore volatilisée et on a supposé que c'était après elle que tu courais, ajouta Serah.

- Bon… Snow a quand même été vérifier, par précaution, que vous n'étiez pas en danger, renchérit Yuj en souriant.

- Le complexe du héros, rigola Maqui.

- Bande d'idiots ! s'exclama Snow, frappant son poing sur le dessus de la tête de ses deux amis. C'était seulement pour ma survie ! Imaginez ce que ma belle-sœur m'aurait fait s'il était arrivé quelque chose à Fang !

- C'est toi l'idiot, grogna Lebreau en arrivant avec Gadot.

- Ouais, quoiqu'il arrive, Light aura toujours une bonne raison pour te cogner, compléta ce dernier.

Fang pouffa de rire avec Vanille et Serah, tandis que Snow croisait ses gros bras sur son torse, vexé. Yuj et Maqui le tapèrent dans le dos à grand renfort de moqueries.

- Tu sais que Sis' t'adore, mon héros, fit Serah entre deux hoquets de rire. Elle s'ennuierait si tu n'étais pas là.

- Hé ! Tu n'es pas sensée me soutenir, toi ? réprimanda le blond, pinçant doucement le bras de sa compagne en riant.

Un gémissement provenant de son cou ramena l'attention de Fang sur le paquet qu'elle portait à bout de bras.

- J'ai un colis qu'il faudrait que je dépose dans son lit, dit doucement la pulsienne une fois que l'hilarité ambiante se fut calmée.

- Tu veux que je t'accompagne ? demanda Vanille.

- Comme tu veux, répondis Fang. Je compte rentrer juste après, alors si tu as envie de rester un peu plus longtemps…

- Non, ça ne me dérange pas. Je suis fatiguée ce soir.

La rouquine esquissa un sourire puis se leva de la banquette sur laquelle elle était assise. D'un signe de la main, ils se dirent tous bonne nuit et les deux pulsiennes quittèrent le café tranquillement.

oOo

Note : La possibilité de choisir un chiffre d est toujours valable.

A mercredi prochain pour la suite.