Sixième partie
Durant la quatrième semaine, Fang et Tama apprirent à se connaître un peu mieux. La petite s'était montrée très ouverte avec la pulsienne. D'ailleurs, ça l'avait plutôt étonnée que l'enfant se dévoile aussi facilement à elle alors que ça faisait des jours qu'elle fuyait tout le monde.
Sur le moment, Fang n'y avait pas vraiment prêté attention, mais en y repensant, elle se demandait pourquoi Tama ne s'était pas plutôt confiée à Serah. Après tout, c'était la sœur de Lightning. La personne qui se rapprochait le plus de l'ancienne militaire.
Un rire la ramena la réalité et la brune fixa son attention sur la petite blonde qui jouait à patauger dans l'eau d'un lac. Elles se trouvaient dans le renfoncement d'une falaise, autant que possible à l'abri du danger. L'avantage, c'est que les monstres terrestres ne pouvaient passer que par un seul endroit. Fang les verrait donc arriver3. Et si ce n'était pas le cas, le chocobo qui leur servait de monture donnerait vite l'alerte.
Il commençait à faire chaud sur les terres arides de Gran Pulse. Bientôt, l'été les frapperait et ils n'étaient pas à l'abri d'une sècheresse. L'année précédente, la saison avait été clémente, mais le climat ici n'était pas celui de Cocoon qui, géré par les fal'cies, s'avérait toujours constant. Même ça, c'était sans saveur dans cette sphère paradisiaque. Certes, le froid de certains hivers, l'humidité de l'automne ou les fournaises de l'été étaient parfois difficiles à gérer, mais toutes ces saisons regorgeaient chacune de tellement de charme que ça serait décevant de s'en passer.
Et encore, grâce aux progrès des siècles et à la technologie de Cocoon qu'ils avaient réussi à reproduire, Fang trouvait que leur vie était presque facile. A son époque, ils n'étaient pas des arriérés, mais plusieurs installations, comme le chauffage sans feu, étaient à la fois abstraits et fascinants pour elle. Dans son village, chacune de leurs maisons avait une cheminée et mine de rien, Fang et Vanille trouvaient que c'était quelque chose qui leur manquait. Peut-être demanderait-elle à Light si elle était d'accord pour qu'elles en construisent une dans leur future maison.
La brune soupira légèrement. Ces derniers jours, elle s'était mise à développer tout un tas de projets dans sa tête. Une vie de couple, une maison et, pourquoi pas, un chat. Assise dans l'herbe, Fang planta son menton dans l'une de ses mains, soupirant de nouveau. Ça, c'était la faute au nouveau matou de Serah. Cette bestiole était trop mignonne pour son propre bien et elle avait fait craquer tout le monde. Même ces gros malabars qu'était Snow et Gadot roucoulaient presque devant l'animal. Ça mettait un sérieux coup à leur QI déjà restreint. Fang sourit, l'image des deux hommes traversant fugacement son esprit.
Ça serait bien de vivre tout ça avec Lightning. Une telle routine sans crainte ni inquiétude serait rassurante. Elles seraient heureuses. Fang pouvait presque entendre les moqueries de son amante à l'encontre du fiancé de sa sœur. Mais tout ça n'arriverait peut-être jamais…
Elle allait de nouveau s'abîmer dans les limbes de la tristesse quand une gerbe d'eau lui arriva en pleine figure, la faisant violemment sursauter. Fang, la bouche ouverte de surprise et aspergée d'eau, posa les yeux sur une Tama écroulée de rire.
- Sale petite peste ! grogna la pulsienne en se relevant. Tu vas voir !
Elle s'élança vers la gamine, qui cria d'amusement. Elle essaya de prendre la fuite et de se protéger comme elle put, mais Fang l'attrapa par la taille avant de la jeter à l'eau tout entière. Fière d'elle, la brune posa ses mains sur ses hanches, un grand sourire étirant ses lèvres. Tama, plongée dans l'eau jusqu'à la taille, croisa les bras sur sa petite poitrine en boudant. Fang pouffa de rire devant la moue vexée de l'enfant.
La pulsienne profitait généralement de ces moments passés avec Tama pour se débarrasser de la pression qui pesait constamment sur ses épaules. Elle se pencha vers la gamine.
- Allez, l'intrépide, ne fais pas la tête ! C'est toi qui as commencé.
Tama lui tira la langue avant de se relever, dégoulinante. Fang allait faire demi-tour pour retrouver la terre solide quand un boulet de canon percuta brutalement ses jambes. Elle ne s'attendait pas à des représailles, mais elle aurait dû s'en douter. Cette petite était une vraie teigne quand elle s'y mettait, autant que pouvait l'être Lightning. Ce qui n'était pas étonnant, vu que cette dernière était comme un modèle pour Tama.
Fang se débattit pour garder son équilibre, et elle pensa y être arrivée. Néanmoins, il ne fallait pas sous-estimer cette crapule blonde qui profita de son inattention pour se reculer et la percuter une seconde fois avec élan. Elle explosa de rire, se laissant volontiers dominer par la demi-portion. Fang chuta dans l'eau, emportant Tama avec elle qui se mit à rire, elle aussi.
A grand renfort de cris, de rires, de bousculades et d'éclaboussures, elles jouèrent pendant un long moment dans le lac. Après un bon moment elles finirent allongées dans la partie la moins profonde de l'eau, les yeux rivés sur le ciel bleu et clair.
- Tu sais, j'avais peur de venir vivre ici, sur Gran Pulse, finit par révéler Tama.
Ses petites mains posées sur son ventre, elle était calme. C'était presque étrange. Cette gamine avait de l'énergie à revendre, mais d'après Serah et Vanille, c'était le cas pour tous les enfants de huit ans.
- Ah oui ? demanda nonchalamment Fang.
Cette révélation n'avait rien d'étonnant et ça ne la mettait pas en colère. Elle pouvait comprendre la peur qu'avait ressentie cette petite fille à arriver sur une terre inconnue alors qu'elle venait de perdre sa mère. Une terre dont on apprenait aux enfants à l'école qu'elle était hostile, peuplée par des monstres assoiffés de sang et quelques rares barbares humains qui devaient être cannibales. Ce n'était ni charmant, ni valorisant pour une gamine. Et en plus, c'était faux. Enfin, pour la partie barbare cannibale, parce que pour les monstres sanguinaires, ça, malheureusement, c'était vrai.
Elle imaginait parfaitement ce que ça avait dû être pour Tama, et pour les autres aussi, de s'être retrouvé ici, sur Gran Pulse. Natif de Cocoon, ils avaient tous appris à vivre dans l'opulence des fal'cies. Tout était facile pour eux là-bas, et ils avaient soudain dû apprendre à vivre de leur propre chef. A survivre en s'aidant de leurs mains et en s'entraidant avec les autres alors qu'il était évident que sur Cocoon, la devise pour la plupart, était « chacun pour soi. »
Fang comprenait parfaitement ces gens et leurs sentiments. Elle avait éprouvé la même chose en découvrant pour la première fois la patrie ennemie qu'était cette sphère qu'elle avait souvent observée dans le ciel de Gran Pulse, depuis Oerba. La voix de Tama la tira de ses pensées.
- Quand il y a eu l'attaque sur Cocoon, les gens y parlaient tous de l'cies de Pulse et certains disaient que tous ceux qui venaient d'ici n'étaient que des monstres. Qu'ils allaient tous nous tuer.
Elle tourna la tête vers Fang qui la regardait déjà. La brune l'écoutait avec attention et Tama se sentit en confiance.
- La première fois que j'ai vu mademoiselle Vanille, elle m'a fait un peu peur, mais elle a était très gentille… Et puis, elle est jolie.
- C'est vrai que Vanille est jolie, sourit Fang. Faudrait qu'elle pense à raconter ça à sa cadette, tiens, pensa la pulsienne.
- Mais pas autant que Lightning, rétorqua Tama avec vigueur et sérieux, surprenant Fang. Comme si c'était un énorme drame que la brune puisse trouver une autre femme jolie.
- Aucune femme n'est plus belle que Lightning, assura Fang en souriant.
Tama la jaugea du regard pendant un instant, fronçant les sourcils. Puis, elle dut penser à quelque chose, car elle détourna les yeux en rougissant, amusant un peu plus la pulsienne.
- Tu m'as fait trop peur la première fois que je t'ai vue, mais j'ai trouvé que tu étais super belle pour une barbare, marmonna Tama.
Fang haussa les sourcils hauts sur son front, la surprise frappant son visage, puis ses traits s'adoucirent. C'était adorable, cette façon enfantine et innocente qu'avait Tama de lui faire comprendre que finalement, ça n'avait aucune importance qu'elle soit de Gran Pulse et elle de Cocoon. Elles étaient pareilles.
Une légère brise passa sur elles, annonçant l'approche de la soirée. Fang vit la petite frissonnée. Elle-même n'avait plus aussi chaud. Elle allait lui dire qu'il fallait qu'elles rentrent, quand un puissant rugissement les fit sursauter. Ça venait de loin. Certainement de l'autre côté de la falaise.
- C'est quoi ? demanda Tama, à la fois curieuse et apeurée.
Fang esquissa un sourire en coin, espiègle.
- Ça te dit que je te montre ?
Tama hochât plusieurs fois de la tête. Son petit corps frétillait presque d'excitation. Elles se relevèrent et Tama sautilla derrière Fang pour rejoindre leur chocobo. La brune hissa l'enfant sur le dos de l'énorme volatile avant de grimper à son tour derrière elle. Fang analysa les corniches et le haut de la falaise.
- Accroche-toi, on va escalader la falaise pour pouvoir les voir correctement.
Tama sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, tandis que Fang intimait d'un coup de talon à leur monture de se mettre en marche. Elle fut secouée dans tous les sens lorsque le chocobo sauta à l'aide de ses puissantes pattes, gravissant rapidement la paroi rocheuse. Ça avait un goût d'aventure qui fit se tortiller son ventre.
Elle adorait aller se promener avec Lightning, mais cette dernière était très prudente et ne l'emmenait jamais près des monstres, qu'elle jugeait trop dangereux. Cependant, avec Fang, c'était différent. La pulsienne faisait toujours attention que les bêtes ne les attaquent pas, mais elle se rapprochait le plus possible pour pouvoir les observer.
Le chocobo exerça un dernier saut, atterrissant en souplesse sur le haut de la falaise. Tama écarquilla les yeux de joie. Elle avait l'impression de pouvoir toucher les nuages et de voler. Doucement, Fang descendit du volatile, avant de réceptionner la petite qui glissait au sol. La brune attrapa sa main et la mena jusqu'à l'extrémité de la paroi, avant de se mettre à plat ventre. Tama l'imita, laissant seulement le haut de sa tête dépasser.
- Wouah ! s'exclama Tama en chuchotant. Ils sont énormes ! C'est quoi comme monstre ?
Fang sourit, les yeux rivés sur les deux gigantesques créatures. Leur peau grise et épaisse luisait sous le soleil de cette fin d'après-midi. Leurs éléphantesques pattes s'enfonçaient dans le sol alors qu'ils prenaient appui dessus pour s'affronter. Ils ouvrirent leurs monstrueuses gueules, lâchant un nouveau rugissement qui fit trembler les os de son corps. Leurs longues défenses se présentaient fièrement au ciel, menaçantes. C'était un spectacle rare que de voir ces colosses s'affronter, et généralement, ça ne se passait qu'une fois dans l'année. Fang tourna la tête vers Tama avant de reporter son attention sur les bêtes.
- Ce sont des Adamankhélones, souffla-t-elle. Tu vois leurs défenses et la forme de leur carapace sur leur dos ?
Tama acquiesça, subjuguée par ce qu'elle voyait.
- C'est ce qui les différencie des Adamancallies. Tu te rappelles d'eux ? Je t'en ai montré quelques-uns la dernière fois.
- Oui, je m'en rappelle. Mais pourquoi ceux-là, ils se battent ?
- Ah ça… Regarde un peu plus loin, là-bas, expliqua Fang en pointant leur droite du doigt.
Tama suivit le geste, plissant un peu les yeux pour mieux distinguer ce qu'il y avait au loin.
- Oh, il y en a un autre ! Il va venir se battre celui-là aussi ?
- Non, rit Fang. C'est tout le contraire. Ces deux grands gaillards sont des mâles. Ils se battent pour savoir qui est le plus fort et pouvoir s'accoupler avec cette femelle, là-bas.
- S'accoupler ? questionna Tama, curieuse.
Fang sourit, tournant la tête vers la petite blonde avide d'en savoir plus.
- Pour lui faire des bébés, éclaircit-elle. Enfin, un bébé. Ce genre de chose n'arrive qu'une fois dans l'année et les adamankhélones n'ont qu'un seul bébé à chaque fois.
- Roh ! Wouah ! Il va y avoir un tout petit comme eux ?
- Oui, enfin, il sera déjà énorme à sa naissance, tu sais.
- C'est trop fort !
Un agréable silence les enveloppa, pendant lequel elles profitèrent du spectacle que leur offraient les deux mâles. Puis, sans crier gare, Tama lâcha :
- Et pour… Faire un bébé, y font comment ?
Sérieuse, elle tourna la tête vers Fang, qui l'observa sans rien dire.
- Comment ça ? demanda la pulsienne, pas certaine de comprendre le sens réel de la question.
- Eh ben, je sais que nous, on est dans le ventre de notre maman avant de naître.
Fang acquiesça doucement, sentant l'entourloupe arriver.
- Mais eux, alors, comment le bébé y va arriver dans la maman s'il y est pas déjà ?
Elle aurait dû se douter qu'éduquer cette gamine au sujet des monstres de Gran Pulse n'avait pas été sa meilleure idée.
- D'ailleurs… Comment le bébé, il arrive dans le ventre des mamans… De nos mamans à nous ?
Alors, celle-là, Fang ne l'avait pas vu venir. Elle avait quel âge déjà la gamine ? Huit ans, bientôt neuf d'après Tama. Et elle avait perdu sa mère à seulement six ans. C'est vrai que c'était encore très jeune et que la maman en question n'était peut-être jamais rentrée dans les détails.
Une seconde… A quel âge elle avait appris cette partie de la vie, elle ? Fang fronça les sourcils, recherchant activement dans sa mémoire des souvenirs de son éducation sexuelle. Une fois, elle était tombée sur le forgeron qui était en train de se taper la boulangère. Curieuse et choquée, elle en avait parlé à son frère pour comprendre ce qu'elle avait vu.
Ce bougre, pas gêné pour un sous, lui avait tout expliqué pour ensuite, lui faire un cours supplémentaire sur la sexualité des humains et des monstres. Elle grimaça presque quand elle se rappela les bêtes que son frère avait choisi de lui montrer pendant l'accouplement.
La vache ! Elle avait quoi ? Neuf ans ? Dix ans à tout casser. Fang posa ses yeux sur Tama, qui attendait patiemment sa réponse. Bon, pourquoi pas ? Il n'y avait rien de mal à expliquer à cette petite les bases de la vie, non ? Si elle y mettait les formes, ça passerait très bien. Après tout, son propre frère lui avait tout enseigné et elle n'en avait pas été traumatisée. Elle esquissa un sourire en coin, puis se redressa en position assise, imitée par Tama, qui se rapprocha d'elle.
- Tu connais la différence entre les filles et les garçons ?
Tama sourit, se mettant sur ses genoux.
- Bien sûr que je sais ! Les garçons ont un zizi et les filles des nénés, s'exclama-t-elle, amusée, en plantant le bout d'un index dans l'un des seins de Fang.
- Tama ! sursauta la pulsienne, surprise. On ne touche pas les nénés des autres filles, réprimanda-t-elle sans conviction. Sauf si c'est ton amoureuse bien sûr, mais ça, c'est pour quand tu seras beaucoup plus grande. Tu voudrais que je touche les tiens, moi !?
- J'ai pas encore de nénés, moi ! Rigola Tama.
Fang soupira. C'était un cas désespéré. Elle se demandait même comment Lightning, avec son caractère, sa rigidité et son impatience, arrivait à supporter cette petite tête blonde. La pulsienne passa l'une de ses mains dans ses cheveux en soupirant.
- Bref, soupira Fang. Sinon, tu as raison, dit-elle, regardant Tama. Je vais tout t'expliquer. Tu vas voir, ce n'est pas compliqué.
Tama acquiesça plusieurs fois, pressée d'avoir les réponses à ses questions. Finalement, c'était plutôt amusant et pendant une seconde, Fang eut l'impression d'être à la place de son frère aîné, plusieurs siècles auparavant.
oOo
Deux jours plus tard, Fang était de nouveau dans son fauteuil inconfortable, veillant Lightning. Aujourd'hui, elle avait décidé de venir seule. Elle avait besoin de se ressourcer auprès de son amante, même si cette dernière n'avait conscience de rien.
Elle avait emmené Tama avec elle une ou deux fois en début de semaine. Ensuite, elle s'était retrouvée en compagnie de Serah. Pas que cela l'aie dérangée, mais elle avait trouvé ça presque épuisant. Quand elle venait seule, elle pouvait seulement rester assise, parler, se reposer et profiter de la présence de Lightning. Alors que s'il y avait quelqu'un avec elle, Fang avait le sentiment de devoir se forcer.
La pulsienne soupira. Ça faisait déjà deux heures qu'elle était là et elle avait épuisé son quota de nouvelles. Elle était fatiguée, alors elle se contentait de rester assise, le regard posé sur le visage de l'endormie, l'une de ses mains glissée sous celle de Lightning. Elle caressait tendrement les doigts, observant l'hématome sur sa tempe qui faisait un dégradé de couleurs, le violet et le noir bataillant avec le rose et le jaune.
Fang luttait contre le sommeil qui la menaçait. Ses paupières papillonnaient et elle allait sombrer quand quelque chose la fit sursauter. Se redressant violemment, le cœur tambourinant tellement qu'elle avait l'impression qu'il se trouvait au bord de ses lèvres, elle fixa sa main liée à celle de son amante. Elle ne l'avait pas imaginé. Elle avait senti une pression autour de ses doigts. Elle ne l'avait pas imaginé. Elle releva les yeux sur le visage de Lightning, délaissant son fauteuil pour s'asseoir sur le lit, penchant le haut de son corps au-dessus de l'inconsciente.
- Sunshine ? souffla Fang, l'espoir d'obtenir une réponse rongeant ses entrailles.
Par Etro, elle n'avait pas rêvé. Ce n'était pas possible. Son esprit n'avait pas pu lui jouer un tour aussi cruel. Les médecins les avaient prévenus que c'était des choses qui pouvaient arriver. Les réflexes nerveux pendant le sommeil étaient courants, mais ça ne s'était encore jamais produit.
Une grimace de douleur tordit les traits de Fang alors qu'après des jours à espérer, à se remettre moralement à flot et à être courageuse, la souffrance de la perte et l'angoisse reprenaient ses droits.
- Sunshine, s'il te plaît, gémit Fang, glissant son autre main sur l'une des joues de Lightning.
Fang sentis les larmes monter et ne fit rien pour les arrêter. Elle posa juste sa tête sur la poitrine de l'ancienne militaire, sanglotant doucement, écoutant et suivant le rythme doux de sa respiration.
Elle n'eut pas conscience de s'être endormie et c'est uniquement quand une main la secoua doucement qu'elle sursauta en se redressant.
- Mademoiselle, vous ne pouvez pas rester dormir ici, expliqua une jeune infirmière en blouse blanche avant de la regarder avec inquiétude. Vous allez bien ?
Fang sentit ses joues tirailler, signe des larmes qui y avaient séché. Petite, le visage rond et avenant, l'infirmière avait dû remarquer sa mine défaite. Elle détourna la tête des prunelles marron qui l'observaient pour tomber sur Lightning, toujours profondément endormie. La pulsienne déglutit, reportant son attention sur la soigneuse.
- Elle a bougé, souffla Fang, la voix un peu rauque.
- Je vous demande pardon ?
- Tout à l'heure… Je suis certaine qu'elle a pressé ma main, éclaircit Fang, ses yeux ne lâchant pas leurs doigts, toujours enlacés.
- Il n'y a pas eu de changement dans ses constances, je vous assure. Les machines nous auraient prévenues.
- J'en suis certaine, marmonna Fang.
Une main légère se posa sur son épaule, la faisant sursauter. Elle tourna la tête vers la jeune femme qui la regardait avec compassion. Elle devait être habituée à côtoyer les familles désespérées.
- Le médecin vous a expliqué que c'était des choses qui pouvaient, peut-être, arriver.
- Je sais, mais…
Fang ne savait pas quoi dire. Mais quoi ? Qu'elle ne voulait pas croire s'être trompée. Qu'elle ne voulait pas avoir imaginé que peut-être, son amante était en phase de réveil.
- Je voudrais juste… Que ce soit un signe qu'elle est en train de se réveiller.
- Je sais. Et je vous promets, que s'il y a le moindre changement, vous serez prévenue le plus rapidement possible.
La main sur son épaule se resserra gentiment.
- Ne perdez pas espoir. Je suis certaine qu'elle sait que vous êtes là pour elle et qu'elle se nourrit de votre force et de votre présence pour revenir parmi nous. Nous savons tous combien l'ancienne sergente Farron est forte et obstinée.
Fang s'esclaffa doucement de rire, frottant le bout de son nez du dos de sa main.
- Vous avez entendu parler d'elle ? demanda-t-elle en tournant la tête vers l'infirmière.
Cette dernière souriait chaleureusement, replaçant négligemment une mèche de ses cheveux châtains derrière l'une de ses oreilles.
- Oui. Je m'occupe d'elle depuis son admission. Sa petite sœur m'a raconté quelques anecdotes avec l'ancien lieutenant Amodar. Vos amis aussi m'ont un peu parlé d'elle. Et puis, peu de personnes ignorent qui est Lightning.
- J'espère qu'ils ne vous ont dit que des éloges, rit Fang.
- Même s'ils ne l'avaient pas fait, je ne les aurais pas crus. Nous vivons dans un petit village maintenant, nous avons tous appris à nous connaître, plus ou moins. Beaucoup savent les exploits qu'elle a accompli avec vous et votre groupe.
- Tu entends ça, Sunshine ? Tu as accompli des exploits, lança Fang à l'adresse de Lightning.
Peut-être espérait-elle encore un réveil soudain, ou que son amante ouvrirait les yeux et lui répondrait moqueusement qu'elle était stupide d'écouter des rumeurs. Son cœur se serra dans sa poitrine et elle soupira.
- Je vais rentrer.
L'infirmière hocha la tête et recula de quelques pas. Fang se mit sur ses pieds avant de se pencher pour embrasser Lightning. Un simple baiser au coin des lèvres, comme elle en avait pris l'habitude. Finalement, elle se redressa difficilement. Elle avait le sentiment qu'une partie d'elle était en train de s'arracher et délier sa main de celle de son amante fut plus éprouvant que n'importe quel autre jour. Ce faux espoir venait de douloureusement rouvrir la blessure de sa poitrine qui commençait à cicatriser
Elle quitta la chambre les bras croisés autour d'elle, dans le vain espoir de se réconforter. L'infirmière l'observa partir, peinée par son impuissance. C'était certainement l'un des moments les plus difficiles pour les proches d'une personne dans le coma, après leur avoir annoncé que celle qu'ils aimaient ne se réveillerait peut-être jamais. Et c'était probablement pire que la mort. La personne était là, bien vivante, mais endormie.
La soigneuse fit ce qu'elle avait à faire, puis, avant de partir pour le patient suivant, s'approcha du lit de Lightning. Prise d'une impulsion qui lui venait d'elle ne savait où, elle posa ses deux mains sur l'avant-bras de l'ancienne militaire.
- Si vous m'entendez, réveillez-vous vite. Il y a des personnes ici qui vous aiment plus que tout et à qui vous manquez. Ça serait injuste de les faire souffrir plus longtemps du poids de votre absence. Prouvez-nous une fois de plus combien vous êtes forte, Lightning.
Dans un soupir, l'infirmière ôta ses mains du bras de la patiente et quitta la chambre, refermant la porte derrière elle.
oOo
A mercredi prochain
