Nda : Une autre précision : j'alterne entre point de vue interne et omniscient en précédant respectivement les passages par On et Off. (Rar fin de page)

[Edition 18/05/2015]


Chapitre 1 : Un aller simple pour les ennuis, merci.

Si je m'attendais à ce qui allait se passer ? Absolument pas. Sérieusement, qui peut être dérangé au point de faire ce genre de choses ? Elle a un putain de culot tout en étant si timide, si naïve. Pourtant, elle réussissait à nous entortiller autour de son petit doigt. Incompréhensible mais amusante. Incroyablement chiante aussi. Mais je ne m'en plains pas, moi aussi je jouais. Surtout moi en fait. Je jouais selon les règles, je trichais, je jouais avec elle, je me jouais d'elle, sans jamais la prendre à la légère cependant.

Parfois, j'ai pitié d'elle. Puis je me dis qu'elle avait accepté le jeu, qu'elle l'avait provoqué. Certaines parties étaient si douces, d'autres effrayantes. D'un Chat enfantin dans une cours de récréation à l'Apocalypse de la Guerre. Mortelle.

Enfin, c'est comme ça que tout a commencé je crois. Peut-être était-ce également écrit. Après tout, certains sont capables de voir nos destinées.

Je me demande si elle l'avait vu venir celle-là ?

T.N~

"Hate the Game, not the Players."

-On-

Je m'extirpai de l'étreinte chaleureuse de mes parents à contre cœur, leur promettant de faire de mon mieux et de prendre "soin de moi" pour reprendre la formule. A comprendre : être sage et ne pas me bousiller à faire des conneries. Ils comptaient sur moi, ils m'aimaient aussi fort que je les aimais. Je souris malgré les larmes qui trempaient mon visage, empoignant malle et sac de voyage pour monter à bord du train écarlate. C'était la cohue et les éclats de voix des mères inquiètes éclatant en sanglots résonnaient entre les murs bordant le quai 9¾ de la gare King's Cross.

Quand les sifflets crièrent quelques minutes plus tard, je sautai une dernière fois dans les bras de ma mère pour charger mon nez de son odeur si douce et rassurante avant de remonter sans lui laisser le temps de protester. « Je t'aime Maman, Papa ! » hurlai-je alors que la diligence s'ébranlait. Une fois la gare hors de vue, je décidai de disparaître avant de me faire remarquer. Le cœur lourd, j'essuyai mon visage avec mes manches et enfilai une paire de lunette noire. Heureusement que le soleil rare qui perçait exceptionnellement en ce 31 août me le permettait sans que cela ne paraisse trop déplacé. Je voulais être seule, je ne me sentais pas prête à affronter les regards curieux et les questions sur mon passé. Pas maintenant, pas encore. En passant dans les couloirs avec mon air hautain et préoccupé, j'avais conscience que ça ne faisait que repousser l'inévitable, d'abord, mais aussi donner une mauvaise image. Ma rancune envers moi-même pour cet excès de conscience de détails à la con tel que mon apparence me dégoûtait, cercle vicieux engendrant des prises de têtes malvenues. Mais c'était ainsi pour les nouveaux je ne le savais que trop bien. Enfin, qu'en avais-je à foutre ? Je n'avais après tout qu'une année à compléter avant d'avoir mes ASPICS et de dire adieu à l'école, bonjour la vraie vie, un nouveau monde et de nouvelles personnes.

Encore.

J'ignorai les regards curieux sur mon passage et fini par trouver un compartiment qui n'était pas plein ou presque. Les rideaux étaient tirés et il n'y avait qu'un gars assis dans le coin. Je rentrai et marmonnai des excuses. Il me lança une expression agacée sans même décoller les yeux de son livre de potion – à en juger par le schéma d'un chaudron sur la page qu'il consultait. Je me renfrognai. De toute façon, je m'installais. Il n'avait qu'à supporter ma présence. Je doutais qu'il y ait d'autres places aussi tranquilles dans la diligence. Je m'assis sur la banquette en face et tirai mes bagages sur mes genoux. Dans ma poitrine, une certaine pression tremblante en appelait à ce qui délivrerait ma tête du foutoir de sentiments que je ressentais. Tristesse, excitation, empressement, appréhension, fébrilité : il était temps de récupérer ce que j'avais jusque-là réussis à cacher entre pulls et culottes. Je ricanai intérieurement ; à peine mes parents dans mon dos, je retrouvai mes vices bien aimés. Je doutais pouvoir traverser l'enceinte de Poudlard en possession des dits vices, il me fallait donc les consommer pendant le trajet. Je passai discrètement les deux bouteilles de vin rouge changées en brique de jus d'orange, de ma malle à mon sac à main. Un coup d'œil à mon voisin m'apprit que sa tête brune n'avait toujours pas bougé de ses pages – il en tourna d'ailleurs une nouvelle. Que pourrait-il faire s'il saisissait mon manège ? Je repoussai à plus tard le moment de hisser mes affaires sur les filets au-dessus de ma tête et m'empressai de dévisser le bouchon. Les premiers temps à l'internat, je n'aurais certainement pas l'occasion de boire. Je ne doutais cependant pas un instant de ma capacité à trouver une solution pour palier à ce problème. Ce ne serait qu'une question de jours ou de semaines. Je portai le breuvage à mes lèvres et savourai la manière dont l'alcool prenait la bouche. La douce amertume, l'acidité fruité, la dureté terreuse. Après une longe rasade, je sortis l'Histoire de Poudlard en observant de nouveau le garçon qui me faisait face. Bon, c'était quasiment un homme il fallait dire. Il m'avait l'air grand, mince et ses cheveux de jais n'avaient pas été coupés depuis quelques mois de trop. Sans être un canon et bien que banal, il était loin d'être laid. Je bus quelques gorgée de plus et ne réussis pas à mettre d'accord deux de mes voix intérieures : était-ce une bonne chose ou pas qu'il se rende compte que j'étais en train de boire, seule, en fin de matinée, à bord du Poudlard Express ? Présenté de cette manière la réponse pouvait sembler évidente. Mais... s'il était le genre de bougre à consommer à outrance ou simplement boire aussi, ce pourrait être le moyen de me faire un ami ou du moins un convignon. Bien qu'à son air fermé et sérieusement concentré j'en doutais fortement, je savais qu'il ne fallait pas se fier aux apparences, j'en étais une des preuves. Qui aurait cru que cette gentille petite Malvina avec ses manières de fille bien élevée et son profil scolaire exemplaire était du genre à s'enfiler des pacs de bières ou des gros joins dès qu'on ne la regardait pas ? Je souris. Puis notant mentalement à quel point il faisait sombre, je me rappelai d'enlever mes lunettes de soleil. Il me sembla alors distinguer du coin de l'œil l'esquisse d'une moue moqueuse au coin de ses lèvres avant qu'elle ne disparaisse la seconde suivante. Oh le..! Si je ne me faisais pas d'idées, lui aussi me surveillait à la dérobée. Il me fallait être prudente. Je ne le connaissais pas et ne me laissai pas le droit à l'erreur. Après tout, je n'étais qu'une inconnue inopportune.

Dans l'absolue ironie d'un cliché, le train entra dans un virage déstabilisant au moment où je me levai enfin pour placer mes bagages. Mon cher voisin réagit avec une vivacité qui me surprit en me poussant sur sa banquette, me sortant de la trajectoire de chute dangereuse et m'évitant ainsi le choc d'une malle remplis. D'à moitié affalée et confuse, je m'empressai de me relever pour éloigner son regard indiscret de sous ma jupe. Je me maudis de ne pas avoir mis de collant en lui lançant un regard outré indigné. Je bafouillai tout de même quelques excuses en sentant mes joues chauffer. La honte, je jurai mentalement. Il hocha des épaules, l'air de rien, l'amusement flottant sur son visage et hissa sans effort mon bagage lourd à sa place. Je réalisai alors qu'il avait les yeux verts. De beaux yeux verts, vraiment. Je le remerciai sèchement pour ses efforts et repris fermement ma bouteille pour cacher mon trouble. J'ouvris le rideau de mon côté et me focalisai sur l'observation des paysages de la campagne britannique qui ne m'avaient pas tant manqué que ça. Je replongeai par la même occasion dans quelques pensées sombres. Je bus encore une longue gorgée.

Quand une vieille femme poussant un chariot plus remplit de bonbons que la physique ne le permettait sans magie passa en nous proposant d'en acheter, Beau gosse – le voisin que j'avais décidé de surnommer – et moi-même déclinèrent d'un même signe de tête avant que nos regards s'accrochent. Le garçon n'était pas celui dont les femmes rêvaient mais je trouvai à ses yeux une profondeur déconcertante que son air mystérieux ne faisait que renforcer. Il n'était sûrement pas dénoué de tout attrait et même doté d'un charme discret mais certain. Loin de l'élève en face de moi et pour mon plus grand plaisir, je sentais enfin la déconcentration et déconnexion mentale qu'apportait l'alcool. Ma tête tournait délicieusement ; mais je ne pouvais pas dissoudre l'agacement qu'il faisait monter en moi. Je soupirai de dépit en haussant un sourcil. J'essayai d'ouvrir le dialogue mais ce connard semblait heureux à me rendre mal à l'aise et m'intimider en me lançant ce regard si...indescriptible. Il s'amusait à mes dépends. Une nouvelle fois, je ne pus m'empêcher d'opposer l'appréciation grandissante que je lui trouvais face au manque de charisme, l'inexpressivité et la froideur que je lui avais identifiés plus tôt. Mon avis avait radicalement changé au moment où j'avais intercepté ses yeux balayer mes cuisses et se plisser pour en apercevoir plus. Déplacé et fichtrement puérile. Mais mon regard d'avertissement avait visiblement – la faute à l'alcool – manqué de la sévérité que je lui ordonnais et engendré…ceci. Il me provoquait.

J'avouerais m'être délaissé de ma colère responsable pour me prêter au jeu bien trop rapidement et facilement. Comment pouvais-je me défendre ? Chacun assumait ses propres faiblesses, la mienne se situant indéniablement à ce niveau : la provocation. Dès lors s'était installé dans le confinement du compartiment la tension d'un concours silencieux et visuel qui m'amusait beaucoup. Beaucoup trop. A la manière dont il la regardait, je n'avais plus aucun doute qu'il avait compris ce que contenait ma bouteille. Mais peut-être cela suscitait-il son intérêt ?

Une part de moi raisonnait encore, me rappelant avec vigueur que je ne devais pas jouer avec lui. Je le savais. Je le savais pertinemment et avais pourtant décidé de m'épargner à moi-même tout excès de réflexion dérangeant pour profiter des effets engourdissant du vin. Et surtout, du jeu futile que je menais pour l'instant, grâce à l'avantage étonnant de son attirance pour mes cuisses que je ne cessai de découvrir en relevant mes genoux. Que pouvait-il faire ? Il me surprit en déboutonnant les deux premiers boutons de sa chemise jusque-là fermé au col. Je retins à peine un gloussement et terminai ma bouteille. Que croyait-il que ça me faisait ? Je la fis disparaître d'un sort et calai ma baguette dans ma chaussette m'arrivant sous les genoux. Nous nous remîmes à nos lectures respectives et j'avisai de la tension de défis qui flottait dans l'habitacle. A savoir : que pouvais-je faire en réponse ? Une légère dose d'adrénaline courrait dans mes veines et je me motivai à surenchérir ou abandonner. Continuer risquait de me lancer sur une pente que je n'étais pas sûre de vouloir descendre. La simple énonciation mentale des risques que je pouvais prendre, connaissant mon putain de caractère trop enclin à me lancer dans des conneries que je ne pouvais assumer, aurait dû suffire à me décourager. Je refusais de me donner en spectacle en agissant comme la dernière des allumeuses pour venir pleurer par la suite que l'on me manquerait de respect. Mais…il me provoquait. Et la provocation de ce type d'homme était ce qui m'avait damné et pousser loin, loin dans mes addictions diverses.

Beau-gosse me ramena à la réalité – ou pseudo réalité embuée d'alcool – en soufflant bruyamment pour attirer mon attention. Il détacha un à un la totalité des boutons de sa chemise en s'amusant, j'en étais sûre, de son petit effet et de mon regard appréciateur sur son torse. Je cédai à son audace plaisantine. Il n'était pas taillé comme un joueur de Quidditch – il fallait reconnaitre que les muscles de Viktor Krum avaient de quoi faire baver – mais il n'avait rien d'un gringalet. Entre ses pectoraux, une légère toison qui réapparaissait sur la ligne partant de son nombril jusqu'à se perdre derrière sa ceinture. Je relevai les yeux sur son visage sans expression autre qu'un sourcil épais dressé et...j'en étais sûre, des coins de lèvres légèrement incurvés. J'entamai la seconde bouteille qu'il n'était pas question que je gaspille, quitte à arriver on ne peut plus ivre pour la rentrée. Je me rassurais en réalisant d'après le ciel sombre à l'extérieur que nous ne devions être qu'à la moitié du trajet.

Avec une maladresse naturelle dont je ne pouvais me détacher, je loupai mes lèvres en y portant ma bouteille et m'en renversais dessus. Comble du ridicule qui fit écarquiller ses yeux d'une stupeur moqueuse. Le liquide qui n'était indéniablement pas du jus d'orange coula le long de ma gorge pour venir tacher ma chemise blanche. Et merde. Mon partenaire de jeu eut ensuite un sourire en coin insolent en lançant un regard intéressé à mon décolleté. J'en profitai pour cacher ma gêne par un air de défi, utilisant ma gaffe comme nouvelle provocation. Je n'aurais pas dû, encore une fois. Je le savais. Je le savais sans y prêter la moindre attention, reconnaissant finalement que j'étais sûrement plus atteinte que j'avais bien voulu me l'avouer jusqu'à présent. Cependant, je ne pouvais pas abandonner maintenant, l'excitation était bien trop grisante.

Tout s'enchaîna alors. Vif, il se pencha pour me prendre la bouteille des mains et en bu de longues, longues gorgées. Bouche bée, enchantée et en quête de mon self-control disparu, je le fixai se lécher les lèvres avec gourmandise et ne pus détacher mes yeux de la goutte qui lui avait échappée et coulait du coin de sa bouche. Elle descendit jusqu'à son menton, tentatrice, puis continua le long de son cou, s'engagea vers son buste avant...D'être interceptée par ma langue qui traça le chemin inverse jusqu'à effleurer ses lèvres. Il écarquilla les yeux et me lança une ébauche de sourire qui fit battre mon cœur plus fort une fois...Je réalisai alors. Je m'insultai copieusement alors qu'une ébauche d'instinct de conservation sembla enfin refaire surface et me précipitai hors de la cabine. Quelle conne, quelle conne. Je n'oubliai pas de lui adresser le sourire vainqueur que je ressentais bien trop. Au moins, était-ce la tête haute que je m'étais cassé.

Quand je ressortis des toilettes après m'être rincé le visage, avoir effacé toutes les tâches de vin d'un sort et repris mes esprits – par ce que sans déconner, il fallait que je me calme un minimum avant de continuer – je croisai un jeune garçon assis par terre, retenant ses larmes de toutes ses forces. Mon cœur se serra et je me pris à vouloir le consoler. Il y avait quelque chose d'irrésistible chez cet enfant…Ça y était, mode grande sœur activé. Je m'agenouillai à côté de lui et lui offris un sourire chaleureux. Son air craintif me donna envie de le prendre dans mes bras et je lui tendis ma main. « Salut petit. Je m'appelle Malvina, et toi ? »

Il renifla avant de la serrer fébrilement.

« Sasha. Sasha Maddison.

- Ravie de te connaître Sasha ! Tu rentres en première année n'est-ce pas ? »

Il se contenta de hocher énergiquement la tête et je ris doucement.

« Moi aussi je suis nouvelle même si je rentre en septième année. Dis-moi, quelque chose te tracasserait-il Sasha Maddison ?

- Non, ce n'est rien. » Ses oreilles devinrent écarlates et il riva ses yeux sur ses pieds. Certaines personnes ne savaient vraiment pas comment mentir, c'en était effrayant. Mais pas sur lui. Il avait juste l'air trop mignon ainsi. Voir qu'un grand gaillard comme lui se trouvait presque dans l'incapacité physique de mentir, trahis par ses réactions, était attendrissant. Je passai ma main dans ses mèches châtaines et il me regarda sur le point de céder aux larmes.

« Aller, ne t'inquiètes pas. Et puis ne pleure pas, à ton âge les hommes ne pleurent plus. Racontes moi plutôt. » Voyant qu'il était toujours un peu méfiant, je soufflai intérieurement et utilisai une arme fatale pour gagner la confiance des enfants, même si c'était dur à son égard de le qualifier ainsi. « Ne t'en fais pas, je ne me moquerais pas. En plus, tu es un peu le premier ami que je me fais. » J'ajoutai un clin d'œil et un sourire rassurant.

Il finit par céder, me racontant à toute vitesse les railleries de ses futurs camarades. Oh my gosh, déjà ? Il était un né moldu encore effrayé par le monde de la sorcellerie qu'il découvrait à peine et avait vraisemblablement choisi un compartiment rempli d'idiots endoctrinés. Il s'était tellement fait rabaissé qu'il commençait à douter du fait même qu'il était un sorcier ayant sa place dans notre société. Ma colère monta en flèche, sûrement aidée par les reflux d'alcool dans mon système qui m'avaient rendu si mielleuse quelques minutes plus tôt.

« Raah ! Écoutes moi bien. Tu ne dois laisser personne te marcher sur les pieds ! Tu as compris ? » Il hocha la tête, toujours hésitant.

« Sors ta baguette.

- Hein ?

- Tu m'as bien entendue, sors ta baguette. »

Avec des gestes maladroits il sortit sa baguette de la poche de son jean et la garda dans sa main, la fixant comme une chose étrange qu'il ne savait appréhender. « Tu la sens n'est-ce pas ? Cette sensation dans le bout de tes doigts, comme si elle en était un de plus ? Tu sens cette chaleur déjà familière. » Il acquiesça encore silencieusement avant de la secouer légèrement. Quelques étincelles blanches jaillirent de l'extrémité.

« Tu sais ce que sont ces étincelles ?

- Non. »

Je m'approchai de lui pour lui souffler à l'oreille. « C'est de la magie. » Son visage s'illumina et il me regarda comme s'il m'avait poussé des ailes, une auréole et tout le tintouin. Réalisait-il que j'étais un ange ? Affirmation relativement contradictoire lorsque l'on songeait à mes actions. Mais que pouvais-je faire d'autre qu'assumer cette charge alors qu'il me regardait avec ces yeux larmoyants émerveillés. Me prenait-il pour sa sauveuse ?

« Tu es un sorcier, Sasha Maddison. Tu es un sorcier, ne laisses plus jamais, jamais quiconque le remettre en question. Devient un super sorcier et la prochaine fois que des imbéciles viendront te faire chier, tu n'auras qu'à les prendre de haut et leur dire que tu as d'autre choses à faire que gaspiller ton temps à les écouter balancer des inepties et que tous réunis ils ne possèdent pas le quart de tes neurones ! »

Lorsque je finis par quitter mon mignon petit Sasha, il arborait un air délicieusement déterminé. Un peu de courage voyons, ce gosse ferait bien d'appliquer mes conseils. Fais c'que j'dis, pas c'que j'fais, et tu iras loin dans la vie, petit. Il était maintenant temps de me mettre à la recherche d'une quelconque figure d'autorité, histoire de savoir ce que je devrais faire en arrivant à destination. Je remontai les rames en prenant bien soin de ne pas calculer les gens qui me dévisageaient. Faites comme si je n'étais pas là, je n'fais qu'passer. Quand j'arrivai devant la cabine apparemment réservée aux professeurs, j'inspirai profondément pour me donner du courage, mais avant que je ne puisse toquer, la porte coulissa. Personne. Hein ? Je baissai la tête pour voir un homme minuscule doté une moustache épaisse qui lui mangeait un bon quart du visage. Jolie calvitie aussi.

« Je vous attendais Miss Dore. Bien. A l'arrivée en gare, vous prendrez les diligences avec les autres élèves, puis attendez moi devant les grandes portes. Vous n'allez certes pas traverser le lac avec les premières années, mais vous aller participer à la répartition avec eux.

- Bien monsieur, lui répondis-je.

- C'est entendu alors. Regagnez votre compartiment et passez votre robe de sorcière, nous ne devrions plus trop tarder. »

J'acquiesçai et il me rendit un sourire chaleureux. Je repartis encore un peu hébétée. Je commençai à avoir mal à la tête en plus. Voilà ce qu'il se passait lorsque je me forçai à réfléchir et agir normalement alors que j'avais eus la possibilité alcoolisée de profiter tout simplement. Raah, je sentais la contrariété poindre dans ma conscience et me forçai à ne pas paraître trop énervée. N'empêche que. Je soufflai et continuai mon chemin, remarquant devant moi un groupe d'étudiants sûrement de mon âge. Ils discutaient à voix basses, l'air grave et se turent quand je passai. Eux au moins devaient avoir conscience des dangers de la situation actuelle et surtout autre chose à faire que de me dévisager. D'ailleurs je ne comprenais pas le choix de mes parents. Pourquoi rentrer en Angleterre maintenant ? Sérieusement. Après tant d'années passées à l'étranger, voyageant ci et là en fonction des affectations, ils ne trouvaient d'autre moment que le retour du Lord Noir et la mort du directeur de Poudlard pour revenir définitivement ? Notre cher royaume était d'une instabilité explosive, je ne comprenais tout simplement pas. Mais après tout, ce n'était pas à moi de choisir. J'avais beau penser qu'il aurait été plus avisé de continuer à voyager, la décision ne me revenait pas. Ils étaient mes parents, je me devais d'avoir confiance en leur jugement et appréciation du climat politique sans aucun doute bien meilleur que les miens. Je n'avais plus qu'à en profiter pour enfin réaliser mon plus ou moins rêve très inspiré de leur propres désirs et accomplir l'échéance de ma dernière année dans l'enceinte de Poudlard.

À quelques pas du compartiment que j'avais donc plus tôt partagé avec Mister Je-réponds-à-la-provocation j'hésitai, déjà coincée par la gêne que je sentais arriver. Mon estomac se retourna à l'idée de lui faire face maintenant plus alerte à la situation, en proie à regretter d'avoir encore et déjà trop abusé. Le plus dur dans toute chose était toujours l'après. « Aller, reprends toi, sorcière » m'encourageai-je. Quand je me décidai enfin à approcher suffisamment, ce ne fut que pour le voir se lever et sortir. Il portait déjà sa robe de sorcier noir arborant fièrement l'écusson de Serpentard – aaah... - et son visage était inexpressif, fermé, banal. Je crus même rêver le clin d'œil qu'il m'adressa et qui fit trembler mon ventre. Oh Merlin, je ne pouvais pas déjà m'enticher de ce mec ? Désespérant intérieurement de ma pathétique facilité à multiplier les accroches cœurs, je décidai de mettre celui-ci sur le compte de l'alcool. Et de la provocation. Et de ses yeux verts.

En le dépassant à ma droite, je lui haussai un sourcil malin et contre toute attente, je sentis sa main effleurer la mienne. L'imprévu se répéta : je vis.

Un sol terreux. Une atmosphère lourde, sombre, froide. Glaciale. La Mort qui rode sous forme d'un immense serpent. Des hommes à genoux têtes baissés. Les fidèles. Un homme par terre. Lui. Sa cape noire sale, comme traînée dans la boue. Ses mains griffent le sol, cherchent à s'y agripper, y laissent des traces de sang. Son visage est déformé par la souffrance. Sa bouche ouverte hurle, muette. Ses yeux verts deviennent blancs, révulsés. Torturé. La silhouette noire, flottante. Une main pâle, blanche comme os. Une baguette pointée, initiatrice du sort. Un visage de craie, veinules vertes et fentes sans replis. Des iris rouges. Voldemort.

Je me précipitai dans la cabine en fermant derrière moi. Putain, putain, putain. Je ne voulais pas voir. Je ne voulais pas y croire. Mes yeux fous balayèrent l'habitacle et je me saisis du reste de ma bouteille. Je la finis cul sec avant de me laisser tomber au sol. Je ramenai mes genoux contre mon torse et les entourai de mes bras, gardant mon regard résolument fixé sur l'extérieur. Non, non, non. Je laissai les vagues de frissons me secouer, me faire trembler jusqu'au plus profond de moi. Une minute ou une heure ? En réalité rien qu'un instant. Puis la chaleur de l'alcool dans mon estomac qui m'apaisa et me détendis. Je me relevai pour m'asseoir sur la baquette et collai mon front sur la vitre rafraîchie par la nuit. Pourquoi ? Pourquoi cela devait-il arriver maintenant ? Pourquoi cela devait-il arriver encore ? Puis la panique me ressaisis et je regardai derrière moi. Personne ne devait me voir ! Personne ne devait savoir ! Je ne devais rien montrer, cacher ce que je savais, cacher ce que je voyais. Personne. Personne ne pouvait. Je me détendis légèrement et m'assurai en observant mon reflet que rien ne transparaissait sur mon visage. Je m'armai d'un sourire poli, testai les muscles de mon visage. Personne. Rien ne devait me trahir. Rien ne devait montrer ce qui m'arrivait. Voir. Immense plaie suppurante qu'était mon fichu don qui s'éveillait. Cette idiotie écœurante qui me pousserait à annoncer prophéties, tragédies, ou n'importe quelle connerie mystique. Voir la Mort. Et ce n'était que le début. Mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas. Je n'avais aucune envie de connaître ou prédire l'avenir. Ma vision me revint en flash et je la chassai à grands coups de pieds au cul. Il était hors de question que je pense au lien qu'il pouvait y avoir entre Face-de-Serpent-de-la-Mort et Monsieur-Yeux-Verts-de-Serpentard. Personne ne devait savoir, personne ne savait, pas même mes parents. Je devais rester la seule détentrice de ce secret. Par ce que j'avais peur. Peur, peur, peur, peur, peur ! Mon reflet me renvoya une grimace d'effroi et je recollai ma joue contre la vitre froide. Je frissonnai. J'inspirai profondément pour me calmer. Ne pas fuir. Être forte, intérioriser. Je profitai de la sensation du nouvel afflux d'alcool dans mon organisme et secouai la tête, refermant mentalement le tiroir grinçant des choses auxquelles je ne voulais pas penser et débloquant la première phase de mon mode auto-pilote. Je ne pouvais pas. Rien ne devait sortir, rien ne devait être vu. J'enfilai ma robe de sorcière noire haute couture brodée sur le col à mes initiales. MD.

En faisant la queue à la gare de Pré-au-lard, bien plus tard après avoir suivis des choses dont je ne suivais le cours, je me rendis compte que je me trouvai derrière ceux que j'avais croisés un peu plus tôt dans le train. Tous trois arboraient les couleurs de Gryffondor. Ils discutaient joyeusement avec d'autres amis à eux, me sembla-t-il. La blonde de Serdaigle planta ses grands yeux bleus aux pupilles dilatés dans les miens. Était-elle défoncée ? Au signe de son attention détournée vers ma personne, tous se retournèrent vers moi. Priant mentalement à celle en moi qui me sauverait, j'en appelai à ma sociabilité et affichai une expression ouverte. Sûrement était-il temps de faire des connaissances.

-Off-

Quand à bord du Poudlard Express, Harry Potter, Hermione Granger et Ronald Weasley avaient été interrompus par Malvina Dore, ils discutaient à voix basse des derniers arrangements aux projets de surveillances qu'ils avaient montés pendant l'été. Ces dernières semaines ils avaient eus du mal à comploter à cause de la vigilance constante de Mrs Weasley qui craignait qu'ils ne décident de ne pas retourner à Poudlard pour accomplir leur soit disant mission. Malgré la mort de l'ancien directeur – achevé par le sort rongeant sa chaire contenu dans l'un des horcruxes éliminé de Voldemort – il était préférable qu'ils finissent leur cycle scolaire. De toute façon Hermione était intransigeante à ce sujet. De plus Harry avait le sentiment qu'il devait y rester, ne serait-ce que pour quelques mois encore. D'une part, il se sentait responsable de la mort de Dumbledore et prenait à cœur l'accomplissement de la tâche qui lui avait été confié. D'autre part, il ne se l'avouait qu'à moitié mais il avait l'intime conviction, appuyé par quelques visions persistantes et excursions dans la conscience de son ennemi, qu'une autre division de son âme ténébreuse y était cachée.

« ...salle sur Demande. On pourrait également... » Ron s'arrêta au milieu de sa phrase en remarquant la jeune fille à la peau halée qui arrivait à portée d'écoute, un air préoccupé sur le visage. Elle leur adressa un bref sourire poli mais lumineux ainsi qu'un hochement de tête avant de continuer son chemin. Ils ne la connaissaient pas. Ils la regardèrent s'éloigner un moment, intrigués, puis Hermione rappela à l'ordre ses deux amis, la mine étrangement méfiante. Une nouvelle par ces temps de troubles n'était qu'un élément de plus à surveiller. Elle pouvait cacher bien des choses et amener bien des dangers.

Ils finirent par regagner le compartiment qu'ils partageaient avec Luna, Ginny et Neville. Ensemble, ils réussir à se détendre et profiter de la réunion tout en abordant quelques sujets plus sérieux. Arrivés en gare de Pré-au-Lard ils avaient déjà oubliés jusqu'à l'existence même de la métisse, animés par la joie de retrouver la grande bâtisse dont les enchantements de protection avaient encore été renforcés. Ils profitaient de leur bonheur relatif mais les temps étaient graves et sombres, ils en avaient conscience. Aucun ne le disait ouvertement mais tous le ressentaient : quelque part ils regrettaient de ne pas être dehors, sur le terrain, par-delà les protections, à participer au combat. Puis un regard de Luna les interpella et tous se tournèrent vers la brune rencontrée plus tôt. Son expression qui ne révélait rien se changea en une mine de courtoisie timide. Elle tendit la main en une invitation à la saluer et son sourire découvrit une fossette sur l'une de ses joues.

« Salut. Je m'appelle Malvina Dore, inutile de vous dire que je suis nouvelle ! »

A bord d'une calèche, entourée d'Harry, Luna et la nouvelle dont l'uniforme était encore vierge d'écusson, Hermione se demandait comment en apprendre le plus possible sur elle sans paraître envahissante. Elle avait décidé de l'observer. Elle l'avait vu ne pas prêter attention aux Sombrals tirant les calèches et se demandait qu'elle en était la raison. Était-elle habituée à les voir ou ne les voyait-elle pas ? Le doute était crédible. Elle avait conscience de légèrement sur interpréter, mais on n'était jamais trop prudent. Et elle avec toute son ingéniosité, se devait d'être particulièrement prudente.

« Dore, l'appela-t-elle, comment se fait-il que tu ne sois transféré que cette année ? »

Il fallait avouer que la question était légitime et troublante ! D'autant plus qu'elle pouvait être n'importe qui.

« Mon père est diplomate pour le Ministère. Jusque-là j'ai voyagé avec lui et ma mère en fonction de ses différents postes. Ils n'ont décidés que maintenant de rentrer se réinstaller à Londres. Ils tenaient absolument à ce que je fasse au moins une année à Poudlard, alors...me voilà ! Termina-t-elle avec un sourire embarrassé.

- Tes parents étaient ici aussi avant ? » Demanda le Survivant.

Malvina répondit comme si c'était une évidence et la conversation s'orienta d'elle-même, Hermione enchaînant sur un certain nombre de point concernant son apprentissage sorcier. Ils apprirent donc que Dore avait beaucoup changé de systèmes, entre les écoles magiques étrangères et les cours dispensés en petits comités d'élèves par des parents ou professeurs particuliers. Elle revenait tout juste de Beauxbâtons.

« Mais j'ai passé mes BUSES par correspondance en même temps que vous.

- Tu as eu de bons résultats ? Continua l'inquisitrice

- Plutôt oui, rougit-elle en retour. Et vous ?

- On s'en est tous bien sortir, reprit Harry. Mais Hermione est brillante, major de promotion. » Rigola-t-il ensuite.

Luna qui n'avait que peu suivit la conversation, réfléchissait tout en pensant aux nargoles. Il lui semblait que les Dore étaient une famille de sang-purs qui ne faisaient pas trop parler d'eux, restant discrets et passablement neutres dans les conflits politiques actuels, comme à l'époque de la pleine puissance de Celui-dont-elle-n'aimait-pas-penser-le-nom. Mais plus intéressant encore, ce nom ravivait des souvenirs. Sa maman ne lui avait pas parlé d'eux une fois ?

« Dans quelle maison aimerais-tu aller ? » Posa ensuite la blonde lunaire.

La jeune femme ne savait que répondre. Petite, elle s'était toujours imaginée aller à Gryffondor. Mais ses résultats aux examens, notamment aux BUSES, confirmaient qu'elle disposait à priori des capacités nécessaires pour aller à Serdaigle, comme l'encourageait depuis toujours sa mère. L'idée avait au fil des années fait son chemin.

« J'espérais peut-être Serdaigle, comme ma mère. Mais je ne sais pas du tout, tout m'irait je pense... Wouah ! Reprit-elle, on est presque arrivé ! »

Cette diversion des plus naturelles lui permit d'éviter la question suivante, à savoir : et ton père ? Elle n'avait absolument pas de honte à ce propos mais elle savait en voyant le héros et ses amis que cette information serait mal vue. Son père venait d'une famille de sang-purs conservatrice mais pas totalement fermée d'esprit. Il avait été à Serpentard mais lorsque les choses étaient devenues trop tendues pour lui qui s'efforçait de ne pas prendre parti et ignorer le ralliement aux Mangemorts de ses camarades et même de certains de ses amis, il avait convaincu ses parents de le retirer de l'établissement pour finir ses études dans un lieu plus préservé par la guerre en cours. Sa mère quant à elle était également une sang-pur mais seulement au sens sorcier du terme. Elle présentait dans son arbre généalogique un certain nombre d'origines : Égyptiennes, Roumaines, Espagnoles, Brésiliennes, Angolaises, Écossaises ; et elle-même ne pouvait toutes les énumérer. Eux, depuis longtemps installés dans le nord de l'Angleterre, étaient très ouverts et compréhensifs. Ils étaient d'autant plus neutres qu'ils se fichaient de la politique et que leurs ascendances les avaient préservées du racisme idéologique sorcier. Si leur sang restait si "pur" ce n'était que par le fruit du hasard, comme celui de l'amour entre son père et sa mère, qui n'unissait quasiment que des couples sorciers. Mais tout cela n'était que la moindre des préoccupations de l'étudiante transférée, qui pour l'instant contemplait avec des yeux brillants les murs de pierre imposants de l'immense château. Elle en avait tellement entendu parler toute sa vie qu'elle croyait le connaître et être préparée à sa découverte. Pourtant, maintenant face à la force magique et mystique de ces remparts millénaires, elle se retrouvait toute chose, ébahie et émerveillée. C'est fascinée qu'elle s'avança vers ce qui devait être son destin.


Rar : JadeY : Je suis vraiment heureuse d'avoir titillé ta curiosité et espère te retrouver après ce chapitre! Merci beaucoup !

Nda : Optimisme déplacé ? Merci d'avoir lu.