[Edition 03/05/15]


Chapitre 3 : Quelques instants partagés.

Les premiers moments partagés ? Amusants. Déconcertants aussi.

Bien que face à moi elle ne semblait être qu'amatrice, comme moi, elle avait ce talent pour se contenir et se cacher, fourbe et trompeuse. Elle avait aussi ce côté doux, presque bonne samaritaine qui me faisait beaucoup rire.

Elle se jouait bien des apparences, elle essayait de me faire perdre les miennes, j'y arrivais en retour. J'ai toujours aimé ces instants où je pouvais l'amener à oublier, à ne plus forcer la bonne expression, à réagir d'une pulsion viscérale. A m'appartenir quelque part. Vous ne pouvez imaginer la satisfaction qui m'habitait à me sentir maître d'elle. Mais elle savait aussi me déstabiliser. Pas autant et aussi souvent qu'elle l'aurait souhaité mais suffisamment pour justifier les manœuvres dont elle a souffert. Comprenez bien, je ne pouvais pas la laisser être à son tour maître de moi.

Puis vint le Maître. Mais vous comprendrez plus tard.

Au tout début, elle n'était soumise qu'à ses addictions et son envie de contact. Elle créait des liens avec son nouvel environnement. Elle partageait.

Peut-être aurait-elle dû se retenir pour une fois.

T.N~

« Il y a deux sortes de femmes. La femme-bibelot que l'on peut manier, manipuler, embrasser du regard et qui est l'ornement d'une vie d'homme. Et la femme-paysage. Celle-là on la visite, on s'y engage, on risque de s'y perdre. »

Michel Tournier

-On-

« Surprise. »

Théodore Nott me considéra un instant avec amusement avant de reporter son attention sur le paysage. Il tira sur son join qu'il semblait avoir attendu avec impatience et je l'imitai sur ma cigarette. Je regardai à mon tour le soleil déclinant qui perçait encore au loin sous les nuages lourds. Un vague sourire planait sur les courbes de sa bouche comme une ombre. Monsieur Nott semblait donc être d'humeur relativement expressive ce soir. Sa langue glissa sur ses lèvres et son œil se planta dans le coin de son orbite pour me fixer. Monsieur Nott se décidait donc à relancer les provocations, appréciai-je. Je retins mon sourire et levai un sourcil innocent exprimant un "que se passe-t-il ?" muet et faussement ignorant. Le coin de sa bouche se baissa en une moue presque malicieuse – fuck, c'était ma technique de malice ça.

« Qui es-tu ? » lui demandai-je brutalement. Il tourna son visage vers moi, les yeux plissés, comme s'il cherchait à comprendre le sens de ma question. Il en jaugeait les sens et sous-entendu. « Là, en ce moment, précisai-je tout de même. À qui joues-tu ? »

Maintenant un silence résolument pesant, il m'étudia avec un intense intérêt avant d'amener le buzz à ses lèvres très lentement. Je m'en trouvai obsédée : elles se plissèrent autour de l'anneau en carton puis ses joues se creusèrent lorsqu'il aspira. Elles se regonflèrent lorsqu'il l'éloigna pour inspirer une goulée d'air et quelques instants plus tard, les deux parties de sa bouche s'ouvrirent de nouveau pour qu'en sorte l'épaisse fumée blanchâtre. Merde. Son pouvoir d'attraction était...je trouvai une alternative et fixai le pétard en y faisant passer l'envie que je ressentais pour l'homme. Puis je ramenai mon cancer en tube à se consumer pour moi. J'expirai vers lui et haussai un sourcil de rappel, toujours en attente d'une réponse. Il me tendit son join, je lui tendis ma clop. L'échange eut lieu et nous retournâmes à la contemplation des environs.

J'observai son œuvre pure finement roulée et souris. Je laissai même un rire secouer mes épaules, franchement amusée. Nott me regarda, intrigué. Des frissons coururent alors le long de mon dos, en partie liés à son regard sur moi mais surtout à l'excitation que je ressentais à l'idée de pouvoir fumer après mes quelques semaines d'abstinence forcée - depuis notre retour en Grande Bretagne. Je tirai délicatement et sentis la rugosité de la drogue brûler ma cavité buccale avec douceur et délice. J'aspirai et sentis ma gorge se contracter, surprise par l'assaut désiré. Mes poumons sursautèrent - je les ignorai. Puis je soufflai. Je fermai les yeux et aspirai plus fort, plus longuement, plus durement, profondément et sentis la fumée me pénétrer. Toute entière. J'expirai en me retenant de nouveau de tousser, contente de mes retrouvailles avec Marie Jane ma si vieille amie. Je tirai encore quelques taffs et nous échangeâmes de nouveau. Le tabac me parut tellement doux, tellement léger à côté de l'âpre implacabilité précédente. Mais le mariage était exquis. Je l'entendis déglutir et sortis de ma latence hypnotique. Ah merde, je ne devais surtout pas me laisser emporter, surtout pas perdre les commandes de ma conscience et plutôt chercher à en savoir plus sur lui. Je le regardai fixement, un sourire inquisiteur creusant ma fossette.

« Tu ne m'as toujours pas répondu, remarquai-je.

- Théodore Nott, 18ans, 7ème année, Serpentard, hocha-t-il des épaules.

- Tu sais ce que je voulais dire, répondis-je en levant les yeux au ciel.

- A toi de le découvrir, honey. »

Mon cœur déjà rendu anarchiste par l'arrivée de THC dans mon sang rata un battement au surnom. Oh God. Ses yeux verts étaient juste trop...trop verts, trop rouges, trop intenses, défoncés, rieurs, impatients, curieux. Tout son visage l'exprimait, cette attente ludique. Un jeu, non, un test. Quelque chose fit un salto dans mon ventre. Oh my fucking God.

« C'est bien ce que je compte faire...- ses paupières se plissèrent- babe ! » Mon sourire devint éclatant et son regard s'écarquilla à ma réponse. Il commença à rire bas et je le suivis, sortant un de mes rires les plus contrôlés. Il ne s'agirait pas de le faire fuir avec mes éclats hystériques ou ceux de démence.

Calmant ensuite mon hilarité, je tirai une dernière petite bouffée gourmande pour lui rendre la fin. Je rallumai une autre cigarette et savourai sa légèreté inconsistante dans ma bouche pâteuse. Puis j'avisai de mon verre au contenu ambré oublié par terre quand il était arrivé.

« Ça te tente ? » Il lorgna l'alcool et tendis la main pour le prendre d'entre mes doigts.

« Avec plaisir. » Oh, il avait une grande main, de longs doigts, de...glurb, je déglutis tant bien que mal pour faire passer le tressautement de mon bas ventre. Je maudis ma faiblesse aux mains masculines. Pas toutes, évidement ! Celles comme les siennes : assez larges, assez longues, avec une grâce prometteuse de compétences. Il s'agissait personnellement d'un critère d'appréciation inspirant à fantasmer, je n'y pouvais rien si j'aimais ses mains. Je me léchai les lèvres en le voyant grimacer. Il me déstabilisait putain, il fallait que je me reprenne.

Je tournai la tête pour me ressaisir de mes connexions nerveuses récalcitrantes à la ramasse. Hors de sa vue, je me recomposai doucement une expression plus maîtriser dans mon ivresse soudaine en observant de sous mes paupières à demi fermées les collines bouger et se confondre. Je luttai contre le sourire d'idiote et le rire stupide allant avec qui menaçaient de dépasser le filtre de mes pensées. Je fermai les yeux et ressentis mon corps se disloquer de la dimension, dériver de la graviter. Hmm, cela faisait si longtemps que je n'avais pu m'abandonner dans la sensation.

« Dore ? » me rappela à l'ordre sa voix rendue trop grave par l'alcool. Je lui lançai une œillade amusée en remarquant qu'il avait sifflé en un instant la moitié du verre qu'il me tendait en un nouveau défi de l'imiter. Mon appréciation retourna encore mes intestins, j'aimais qu'il me surprenne. Ses sourcils se froncèrent lorsque je tendis ma main pour lui reprendre le contenant désiré et je baissai les...Oh non. Toute chaleur interne me quitta. Mes doigts tremblaient comme des feuilles mourantes sous une rafale puissante. Il pencha la tête en signe de réflexion, je serrai le poing en évitant son regard. Il ne fit pas de commentaire et je tendis l'autre main. D'une large gorgée, j'avalai le contenu qui irradiant qui ramena subitement chaleur - pour ne pas exprimer la brûlure trop intense qui aurait pu m'étouffer - et ivresse dans l'atmosphère. Ma grimace devint un sourire insolent et l'hilarité nous reprit.

GOONG. L'horloge sûrement située à quelques tourelles claqua sèchement et le résonnement de la cloche me fit vibrer de la tête au pied. Je sursautai violemment et son rire redoubla. Je l'insultai en tirant d'un doigt la montre à gousset attachée à la chaîne à mon cou pour y confirmer l'heure. Son regard suivit l'action sans manquer l'effet du bijou extirpé d'entre mes seins ni l'heure annoncée du dîner commun. Puis il disparut ; s'en alla sans refermer la porte. Je bloquai mentalement sur son action. Ce con venait-il vraiment de se casser ? Osait-il vraiment me laisser en plan ? Je tirai rapidement trois ou quatre bouffée avant d'expulser mon mégot d'une pichenette rageuse pour contrôler les émotions qui me contrarièrent. Indignation, irritation, déception. Connard.

Je tirai violemment la porte pour à mon tour me précipiter en bas et bloquai de nouveau. Adossé au mur en face, me regardant avec victoire, Théodore Nott attendait de me voir tomber dans son piège. Il m'avait manipulé, parié et gagné sur ce coup-là : il savoura ma réaction colérique, je le vis dans son regard. Je retins mon envie de jurer.

« Tu tires jusqu'à la dernière bouffée hein ? Dit-il sur le ton de la conversation.

- Toujours tout consommer jusqu'au bout, répondis-je en me contrôlant également. »

Il ricana et brisa ma concentration. Après tout, je ne pouvais pas le laisser sur une telle satisfaction. Je ne compris pas totalement l'impulsion - pardon, je cédai finalement à mon envie refoulée et bloquai ses épaules contre le mur de mes paumes. Dans l'instant, je collai ma bouche sur la sienne et lui volai un baiser qu'il fut trop surpris pour me rendre. J'aspirai sa lèvre inférieure pour l'attraper entre mes dents. Je le mordis, fort. Ses bras le libérèrent en me repoussant brutalement au son de son cri d'indignation qui La fit trembler de satisfaction. Trop tard, babe. Je passai ma langue sur sa bouche et me reculai jusqu'à partir en courant, un sourire XXL sur la tronche.

« Carpe diem memento mori » hurlai-je.

Je ne me retournai pas lorsque l'écho de ses pas se mit à mes trousses. J'accélérai encore et manquai de me casser la gueule à chaque volée de marches. Mon rire fou à peine contenu résonnait dans les couloirs vides, mais bientôt – ou tard, aucune idée - fut absorbé par le brouhaha des élèves se rendant dans la grande salle pour dîner. Wouhouuu, je ne m'étais pas perdue ! Je m'arrêtai pour reprendre mon souffle et forcer mon corps à ne rien envoyer de trop anormal. Je doutais pourtant sérieusement du succès de l'entreprise : tout tournait beaucoup trop autour de moi, comme en moi pour que je sois sûre de réussir à marcher droit. Je commençai à me lancer ce sort que j'avais appris quelques mois plutôt qui avait pour effet de rendre à mes yeux un aspect correct. Je m'y repris à deux fois, incantant de la merde, puis abandonnai. Foutue pour foutue, d'une démarche que j'espérai alors digne je me perdis au milieu de la cohue pour atteindre la table des miens.

Daphné se tourna vers moi avec un agacement princier lorsque je la bousculai en tentant de m'asseoir discrètement. Je m'excusai à voix basse, le souffle encore court et commençai aussitôt à me servir du rôti. Oh, que j'avais faim ! Je bus un grand verre de jus de citrouille dans le but d'hydrater ma gorge aride et en fis couler sur mon menton. Je saisis ma serviette pour l'essuyer et ma fourchette tomba avec fracas au sol. Et merde. Je pris une inspiration profonde sous le nouvel œil noir de ma voisine pour m'intimer au calme. Une grande main se saisit du couvert quand je me penchai enfin pour le reprendre.

Je relevai les yeux sur Nott avec son air neutre et banal. Il me la tendit l'air normalement normal, tout ce qu'il y avait de plus sobre. Je pris le couvert et lui lançai un regard mauvais en le remerciant de son attention. J'eus droit à de nouveaux regards de mépris autour de moi quand lui s'en tira avec la pitié de l'homme parfaitement clean n'ayant rien à se reprocher que de m'avoir aidé. Quels cons. Moi, je voyais pourtant dans ses émeraudes l'éclat d'ivresse briller fièrement. Je voyais sa lèvre encore rougit et gonflée de ma morsure trophée. En se détournant pour trouver sa place entre les préfets, il me fit un clin d'œil que j'ignorai. Je me retournai vivement pour pencher mon nez dans mon assiette. Putain de merde, étais-je sérieusement en train de rougir ? Ma voisine de table et colocataire me lança – encore - un regard soupçonneux et je craquai.

« Vas-tu continuer à me fixer encore longtemps ou attends tu que je m'énerve ? » l'agressai-je. Greengrass se replongea simplement dans son assiette et continua à manger en prenant soin de m'ignorer.

Mon souffle fut bruyant lorsque j'expirai l'inspiration profonde qui m'emplit de lassitude. Les yeux fermés, j'appuyai ma tête sur mes paumes. Tout tournait, tournait si agréablement autour de moi. J'étais si légère et détendu dans ce vertige familier qui engourdissait mes sens. Pourquoi ne pouvais-je m'y abandonner davantage ? Il me fallait faire attention. Ramassant ma volonté, je me redressai en mesurant mes gestes. Je me saisis lentement de ma fourchette et la plantai avec application dans une pomme de terre qui se mit à trembler dès qu'elle s'éleva de mon assiette. Je la fixai avec incompréhension. Ma main droite convulsait encore.

« Bordel de putain de merde » le juron m'échappa en attirant encore des regards sur moi. Merde, merde. Pourquoi ? Pourquoi encore ? Je calai le membre récalcitrant sous ma cuisse et reprit mon repas de la gauche soudain plus alerte et attentive à mon environnement. Du moins le croyais-je jusqu'à manquer de renverser mon verre d'eau. Pour la troisième fois. Sans jamais avoir eus l'intention de m'en saisir. Merde, grognai-je encore. Je me résignai à interrompre ma récréation.

« Greengrass. » Nouveau regard hautain. « Puis-je te demander un service ? » Son sourcil épilé se dressa. « Pourrais-tu avec discrétion me jeter un sort de dégrisement…S'il te plait. »

Son expression d'ennui ne s'estompa pas lorsqu'elle articula doucement sa baguette sous la table. Un voile épais me tomba dessus, m'engluant totalement avant de se décoller de moi avec un claquement que je fus seule à entendre. Je retins ma grimace en fermant fort mes yeux. Damn it. Les éclats de voix, le tintement de centaines de couverts, la rumeur constante des conversations, l'oppression des centaines de personnes autour de moi : la réalité frappa mes sens inconfortablement. Je rouvris des yeux plus clairvoyants sur la Grande Salle, finalement consciente du ridicule inacceptable de ma situation. Fait chier.

« Mieux ? Me demanda-t-elle avec condescendance.

- Oh la ferme, dès qu'on finit j'y retourne. » Répondis-je en la foudroyant du regard.

Elle me fixa intensément, calculatrice. « Quoi encore ? » Aboyai-je.

Un sourire fin germa sur sa bouche et illumina ses yeux bleus malicieux. « Tu as encore soif ? »

Le repas finis, je la suivis jusque dans notre chambre. Je m'assis sur mon lit et croisai mes bras et mes jambes. Dubitative, je l'observai faire le tour de la pièce avec une moue victorieuse. Elle se baissa et tira de sous son lit une caisse en bois claire visiblement pesant. Je me rapprochai lorsqu'elle en retira le couvercle et-

« Oh, merci Merlin pour ma colocataire ! » Des Bierraubeurres, en quantité.

Je relevai mon regard sûrement ému sur ma chère nouvelle amie.

« Comment ?

- Milly, mon elfe de maison me les fait passer par les cuisines.

- Magnifique, magnifique... »

Son rire discret fut porté par le courant d'air frais qui s'infiltra dans la pièce lorsqu'elle ouvrit la fenêtre. Je lui fis écho lorsqu'elle s'empara des deux premières bouteilles.

« Trinquons.» Déclara-t-elle

Je la rejoignis sur sa couche et me saisis de celle qu'elle m'offrit. J'en ôtai la capsule d'un coup de baguette – ma main avait finalement cessée de trembler – avant de partager son toast.

« Au début d'une grande amitié. »

Bien plus tard lorsque l'ivresse m'eut reprit, je laissai mon corps partir en arrière et tombai sur l'oreiller. Etalée à côté de moi, Daphné lança un regard flou à la tige blanche de ma cigarette lorsque j'en expirai longuement la cigarette. Je lui souris en appréciant le tournoiement continu de mon environnement.

« Greengrass ?

- …

- Greengrass ?

- Hmm...

- Greengrass !

- Quoi ?!

- Passe-moi une 'teille.

- Encore !

- Passe la moi juste, ok ?

- Hmm hmm, tu exagères... » Marmonna-t-elle avant de se redresser pour attraper l'une des dernières de la caisse diminuée. La capsule sauta entre les doigts de ma copine qui s'en enfila quelques longues gorgées. Je l'attrapai difficilement lorsqu'elle me la tendit.

« Tu aimes boire à ce point ? » Son souffle était soucieux d'incompréhension. Il était vrai que j'en avais descendu quelques-unes de plus…je regardai en biais l'amas de cadavres dont on devrait se débarrasser. Je serrai la bouteille contre ma poitrine et lui susurrai des mots d'amour au goulot. Nous éclatâmes de rire. Elle n'avait pas idée de mon sérieux.

« Parles moi d'eux, repris-je.

- De qui ça ?

- Parkison, Zabini, Crabbe, Goyle, Nott...

- Ah... La clique sans leur prince.

- Sans leur prince ? »

Elle se recoucha à côté de moi. Nous étions toujours sur son lit, minuit approchait inexorablement au rythme de nos gorgées.

« Parkinson est une fille intéressante, même si elle peut manquer de finesse parfois

- Ça, j'ai remarqué…

- Mais je l'aime beaucoup. C'est une bonne amie. Elle sait calculer, organiser et ne se laisse pas impressionner. Par contre, elle fait une fixette que son image et les principes qu'elle veut défendre. Pansy à tendance à agir dans l'excès.

- Elle est mal dans sa peau, conclus-je après deux longues goulées.

- En partie, répondit-elle. Sa fierté l'oblige à se sentir supérieure. Je pense que Pansy ne te supporte pas à cause de cette espèce d'insouciance que tu dégages. Et puis tu es un élément perturbateur dans ses plans. »

Le mot ne collait tellement pas avec mes ressentis que j'en restai coite un moment. J'avais l'air insouciante ? Moi ?!

« Pas tellement à mon avis, reprit-elle. Mais c'est comme ça que d'autre le voient. Surtout que tu es nouvelle et désirable, tu attires l'attention.

- Je parie qu'elle aime se sentir importante. Elle est du genre à se croire irremplaçable et n'apprécie pas d'être contrariée. » Elle me confirma d'un hochement de tête avant de reprendre à son tour quelques gorgées.

« Zabini ?

- Lui est un peu insouciant à la base. Agréable à vivre, perspicace et presque trop amical. Mais depuis que le prince n'est plus là, c'est un peu lui notre nouveau centre de gravité. Il se démerde bien mais il est différent. Enfin il n'y peut rien. C'est un joueur, et par-dessus tout, un coureur. C'est un peu son point faible. Mais il sait en tirer des forces. Il sait comment arriver à ses fins. Il ne faut pas le sous-estimer. »

J'enchaînai ensuite sur leur fameux prince visiblement découronné.

« Malfoy. C'était un emmerdeur de première, le prototype du sang-pur parfait. Mais il a échoué à sa mission l'année dernière n'est pas revenu depuis. »

Elle ne s'étendit pas et je me demandai s'il s'agissait de l'élève fils de Mangemort, devenu lui-même partisan, responsable du raid dans Poudlard l'année précédente. Ce devait être lui, l'hypothèse était logique. Ce qui signifiait que toute cette petite bande était des Mangemorts potentiels. Je repensai à ce que j'avais vu dans le train. Nott aussi...certainement. Je ne sus s'il me fallait me sentir effrayée, révulsée ou si ma curiosité était déplacée.

« Et...

- Nott, me coupa-t-elle comme pour abréger. Une ombre à première vue. Mais...Je pense que c'est le pire de nous tous. Il manipule et se fait oublier. Je n'ai jamais vraiment réussis à le capter. Il cache quelque chose, mais il le cache trop bien. On en vient même à douter si ce quelque chose en question existe bel et bien, ou si c'est ce qu'il nous fait croire. Enfin, je me contente de ce que j'ai, comme nous tous. Quant à Crabbes et Goyle, ce sont des autistes non déclarés, des abrutis finis. Ils suivent les ordres. Sans intérêts.

Je fronçai des sourcils à ses catégorisations. « Et toi ? » Elle se tourna vers moi, une lueur mesquine dans ses yeux à demi fermés et me prit la bouteille des mains pour une longue rasade.

« Moi, j'aime bien me faire oublier aussi. Je me divertis à les regarder et participe passivement au jeu.

- Veux-tu animer un peu la partie ?

- Pourquoi pas, as-tu une nouvelle règle à ajouter ? »

Je repris la bouteille en me rapprochant davantage d'elle. Je la fixai, relâchant l'expression de la démence que je contenais souvent sous mes masques. Je lui souris lugubrement.

« Seulement si tu veux bien y assumer ton rôle.

- Hmm... Ce pourrait être intéressant. »

Elle se recula et se leva, retirant sa chemise et sa jupe pour passer sous ses draps.

« Jolie vue, remarquai-je. Mais du vert en sous-vêtements, n'est-ce pas un peu cliché ? »

Elle rit doucement en ouvrant une autre bouteille.

« Ça faisait longtemps que je n'avais pas senti quelque chose d'aussi prometteur. Qui es-tu vraiment Malvina ?

- Qui penses-tu que je sois ?

- Je cherche encore mais je compte bien trouver. Tu me fais penser à lui parfois, Nott. Mais souvent à Pansy aussi. L'écart entre les deux est tel que je me demande où se trouve ce que tu nous cache.

- As-tu au moins conscience que tu me connais déjà plus que les autres ?

- Ne t'inquiète pas. Je me confierais plus à toi qu'à Pansy.

- Oh, n'est-ce pas ton amie depuis la première année ?

- Si, depuis l'enfance même. Comme tous les autres. Tu l'apprécieras aussi quand elle finira par t'accepter. Mais nous sommes plus semblables toi et moi je pense. En plus de six ans, je n'ai jamais senti cette excitation, cette complicité. On va bien s'amuser je pense. J'ai à apprendre de toi et toi de moi. Les avantages tirés de notre amitié sont réciproques, je l'ai vite compris, c'est pour cette raison que notre contact est plus facile. Ça ne va pas être la même galère avec les autres, je te préviens.

- Je te respect Daphné. Et je ne pense pas pouvoir te manipuler facilement, ça incite à la confiance.

- Ça ne devrait pas plutôt être l'inverse ? Le fait que je ne puisse pas te manipuler qui t'amène à me faire confiance.

- Allons, tu t'en es déjà rendu compte n'est-ce pas ? Ce serait trop d'efforts pour d'insuffisants intérêts.

- Tu as raison, rit-elle de nouveau en se penchant vers la fenêtre. On devrait pouvoir faire quelque chose.

- Avons-nous un accord dans ce cas ? »

Elle revint se poser près de moi et nous trinquâmes de nouveau.

« Avec plaisir, répondit-elle. »

Au matin, j'entrai dans la salle de cours et pris directement place dans les derniers rangs. Je sortis quelques parchemins ainsi qu'une plume de mon sac et m'affalai sans grâce sur mes bras croisés en attendant l'arrivée de MacGonagall. Daphné me lança une œillade amusée bien que fatiguée en sortant ses propres affaires de cours.

« Ce n'est pas la peine de boire autant si tu ne peux pas assumer le lendemain.

- Rien à voir, niai-je. J'anticipe l'ennui que va transpirer cette matinée.

- La métamorphoses est loin d'être le cours le plus rébarbatif, me répondit-elle dubitative.

- Je me suis déjà entraînée aux sorts de modification d'état l'année dernière.

- Tu as pris de l'avance sur le programme ? »

Je hochai la tête avant de fermer les yeux. Ce double cours avec les Serdaigles était en effet un des cours les plus enrichissants, mais nous avions d'abord une bonne heure de théorie. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, je n'avais pas fait d'excès la veille. Boire autant se rapprochait de mon quotidien passé de Beauxbâtons. J'avais même hâte d'en finir avec cette journée pour m'y remettre. Je sentais la flemme parcourir mes veines accompagnant mon envie de m'affaler sur mon lit avec de la musique et un gros pet'. Nous étions à peine mardi et je ne rêvais que de vendredi soir où je n'aurais pas à me lever au matin. Je soufflai lourdement alors que la professeur à la mine tirée entrait dans la salle en faisant claquer ses talons difformes sur la pierre.

« Bonjour à tous, commença-t-elle d'une voix ferme. »

Les bavardages cessèrent progressivement sous son raclement de gorge et elle scanna les élèves d'un regard perçant. Ses yeux se firent réprobateurs lorsqu'ils passèrent sur moi avant de continuer sur le reste des Serpentards, occupant majoritairement le fond de la classe.

« Un peu de tenue je vous prie. J'exige une attitude correcte de vos parts, est-ce clair ? Gronda-t-elle, cassante ».

Aussitôt tout le monde se raidit, au garde à vous sur sa chaise et je me relevai paresseusement en affichant un sourire hypocrite me sentant particulièrement visée.

« Mal baisée, soufflai-je à Daphné

- Tu l'as dit, gloussa-t-elle.

- Immédiatement, repris l'écossaise. Bien. Nous allons donc entamer ce premier chapitre sur les changements d'états et de stases, un cours qui s'articulera en premier temps sur la liquéfaction des matières puis sur la solidification afin d'en venir à la dissipation et l'infusion.(1) Prenez vos plumes. »

Je levais les yeux au ciel et partageai un dernier sourire avec Daphné avant de me mettre à gribouiller distraitement les informations principales du cours. Au pire, je n'aurais qu'à récupérer le sien...

L'heure passait lentement.

« Comprenez bien que ce type de sorts ne s'appliquent pas de la même manière selon la nature primaire de l'objet ainsi que... »(1)

J'étouffai un bâillement et repoussai ma fatigue. Il était temps de trouver quelque chose d'amusant à faire avant de pouvoir enfin passer aux premiers exercices pratiques d'une facilité déconcertante. Franchement, ce n'était pas sorcier de changer de la glace en eau sans la faire fondre – sans mauvais jeux de mots - mais changer de la pierre en boue bien liquide semblait plus ardue, je n'avais jamais essayé. Mais j'aurais bien le temps d'apprendre, j'étais après tout là pour cette raison comme tous les autres élèves.

J'étudiai rapidement mes camarades tous penchés sur leurs parchemins, plus ou moins attentifs au cours débité par la professeur. Une fille de Serdaigle écrivait avec acharnement sans jamais lever les yeux de ses longs paragraphes n'aillant certainement aucun lien avec la métamorphose. Parkinson discutait à voix basse avec sa voisine aux traits ingrats. Boulstrad, Boulstrod, quelque chose comme ça, s'appelait-elle. Blaise avait l'air de se faire royalement chier en notant partiellement les définitions. Nott, l'air d'un gars qu'on ne remarquait pas, portait toutes les marques d'un élève lambda, studieux mais ennuyé. Je le détaillai assez longuement, me demandant à mon tour ce qu'il cachait, ce que tous cachaient en réalité. Comment s'organisaient leur monde et leur fonctionnement ? Comment m'y intégrer ? Daphné serait ma porte d'entrée, mais que devrais-je faire pour m'assurer une place ? Seraient-ils à la hauteur de mes attentes en termes de débauche ? Étaient-ils réellement dangereux ? L'idée ne faisait qu'aller et venir dans mon cerveau. Avais-je raison de vouloir m'associer à eux s'ils étaient vraiment en phase de rejoindre le camp du Lord Noir ? Mais d'un autre côté, ils me semblaient être les plus proches de ce que je recherchai, un moyen de m'assurer de belles soirées baignées d'alcool et de fête. S'ils venaient à s'avérer décevants, Daphné m'avait déjà montré qu'elle savait être à la hauteur, ou presque – je doutais qu'elle serait prête à me suivre quasiment tous les jours et à fortiori plusieurs fois par jour dans mes délires. A défaut, la solitude tiendrait compagnie à mes moments d'égarement malsains.

Quand subitement Nott releva la tête vers moi je laissai mon regard devenir vague, toujours fixe dans sa direction, et mâchonnai distraitement le bout de ma plume. Il finit par se replonger dans ses notes après m'avoir lancé un regard interrogateur que j'ignorai. Puis je repris mon analyse visuelle partielle.

« Elle m'a tellement gonflé n'empêche MacGo, piaillait la voix aigüe à la sortie du cours. Et qu'elle arrête de porter ces motifs écossais immondes pour épargner nos rétines, ne serait-ce qu'une fois !

- Ce n'est pas sa faute si tu es une incapable Parkinson. Ne reporte pas ta colère sur elle quand bien même sa robe manquerait de nous rendre aveugle. Mais si c'est de la compassion pour nos yeux que tu lui demande, je te prierais dans avoir pour nos oreilles. »

Je la dépassai et ignorai ses grognements outrés et les insultes qu'elle me balança. Il était vrai que ce n'était vraiment pas la meilleure chose à faire, ni la plus mature, mais la réplique avait juste été trop tentante. Qu'importait, j'assumais ma puérilité. Daphné secoua la tête, un sourire demi amusé aux lèvres et me laissa accélérer toute seule pour rester calmer Pansy – et l'empêcher de me jeter un sort si possible. J'arrivais donc avant elle devant la porte des cachots du professeur Rogue.

« 10 points en moins pour Gryffondor miss Granger, en raison de votre incapacité motrice à faire taire votre désir d'étaler votre savoir horripilant de je-sais-tout et sans en demander l'autorisation. »

J'étouffai un ricanement comme les autres Serpentards sous les protestations plus ou moins silencieuses de l'autre partie de la classe. Blaise qui était assis à côté de moi, ne s'autorisa qu'un sourire sans chercher à exprimer haut et fort sa moquerie comme le faisait Pansy par exemple. Weasley sembla être sur le point de protester, le rouge lui montant – c'était vraiment humainement possible de rougir à ce point ?! - aux visages et Potter le retint d'une main sur l'épaule et d'un regard ferme. Mais par la manière dont ses poings étaient serrés je pouvais voir que lui-même se retenait difficilement pour ne pas s'énerver et expliciter à Rogue le fond de sa pensée. Peut-être l'avait-il déjà fait auparavant ? Je croisai le regard de Granger et lui offris un sourire désolé auquel elle répondit par un froncement de sourcils avant de détourner la tête. Apparemment, elle ne croyait pas un instant que je pouvais être compatissante. M'avait-elle vu rire ou bien sous prétexte que j'appartenais désormais à "l'ennemi" me voyait-elle comme mauvaise ? J'appréciai le bien fondée des maisons et de leurs rivalités mais le rejet des Serpentards commençait déjà à me prendre la tête.

« Comme miss Granger nous l'a effectivement, encore une fois, débité avec satisfaction...

- Un problème Malvina ? » Me chuchota mon voisin.

Je hochai négativement la tête alors que le professeur reprenait l'explication de son cours.

« T'inquiète, je me demandai juste comment Weasley faisait pour s'énerver autant. Le self-control il ne connaît pas ?

-...Correctement lancé, avec précision et maîtrise, l'impact de ce sort...

- Faudrait qu'il fasse attention, un jour sa boîte crânienne va exploser sous l'afflux sanguin, continuai-je.

-...pourrait être d'ordre mortel. Dans le meilleur des cas, vous seriez amenés à passer le restant de vos jours à penser comme les légumes asséchés que vous êtes...

- Ça fait six ans qu'on attend ça, ricana-t-il. »

Zabini était vraiment un gars cool. Il ne perdait pas son temps à se foutre de la gueule des autres ou à les insulter, ne prenant part aux harcèlements contre les "sang-de-bourbes" que très rarement. Il pourrait être un bon ami, voir un bon coup à l'occasion. Une personne avec qui passer d'agréables moments. J'avais hâte de le voir agir avec de l'alcool dans son système. Il était temps de tendre quelques perches.

« Dis-moi Blaise, commençai-je avec un sourire entendu.

-...En effet, ce sort s'attaque au fonctionnement même de votre système nerveux...

- Vous ne faites jamais de petites soirées dans vos dortoirs ?

- Comment ça ? me répondit-il.

-...et ronge petit à petit vos capacités à vous mouvoir...

- De quoi boire, de quoi fumer, de quoi jouer, par exemple.

-...vos capacités de concentration, puis d'expression...

- En petit comité, histoire de décompresser de temps en temps.

-...Pour vous laisser prisonnier de votre corps à ressasser vos plus sombres angoisses et douloureux souvenirs...

- Ce sont des choses qui peuvent arriver, on peut toujours s'arranger, chuchota-t-il. Intéressée ?

-...Et enfin, au terme d'un processus long et complexe, la victime tombe dans un coma irréversible...

- Plutôt oui.

-...Ou meurt dans le cas d'une parfaite exécution du...ZABINI, DORE ! Silence ! Vos babillages incessants me cassent les oreilles. Bien, reprenons. C'est pour ces raisons qu'il est d'une importance capitale de savoir se protéger des sortilèges de ce type, proches de la magie noire. Ce sort d'Occlusion Mental(2) traverserait vos protego faiblards comme une cuillère chaude dans du beurre. Pour la prochaine fois, je veux donc trente centimètres de parchemin sur ses effets, et trente centimètres supplémentaires sur les moyens de s'en protéger. Cinq points en moins pour Gryffondor en raison de vos couinements ridicules Weasley, je vous ai entendu. Bien. Passons maintenant à l'ignominie suivante à savoir le sortilège de... »

Avec un clin d'œil complice je fis signe à Blaise que nous reprendrions cette conversation prometteuse plus tard.

« Allez-y d'abord, je vous rejoindrais » lâchai-je à la fin du cours.

Je laissai Daphné et les autres partir devant et me retournai pour m'élancer de l'autre côté. J'avais réfléchis à quelques choses pendant l'heure. Il n'était pas bon pour moi de devenir l'ennemie de Potter&Cie. Autant poser certaines cartes d'entrée de jeu. Je sentais que Granger avait un problème avec moi et les autres se fiaient à elle. Pourtant elle m'avait l'air d'une fille sympathique. Curieuse, rigoureuse, mais sûrement une excellente amie, prête à tout pour ceux en qui et en quoi elle croit. Cette fille pouvait être une personne utile, je ne pouvais accepter qu'elle et les siens me tiennent à distance en raison de ma répartition. Au détour d'un couloir je manquai de les percuter et me reculai de quelques pas en reprenant mon souffle après ma course.

« Ah ! Je vous cherchais ! »

Ils échangèrent des regards dubitatifs et, en garde, observèrent le couloir derrière moi comme s'attendant à y trouver quelqu'un de plus. Wouah ! Ils craignaient carrément un piège ou quelque chose du genre. Était-ce de la paranoïa ou l'expression de la méfiance extrême qu'ils nourrissaient envers les dorénavant miens ?

« Qu'est-ce que tu veux Dore ? Lança Weasley.

- Je suis surprise de voir la vitesse avec laquelle vous m'avez jugé. Je ne sais pas ce que les autres vous ont fait mais je tenais juste à m'excuser de m'être moqué de toi tout à l'heure Granger. Rogue n'est vraiment pas impartiale, ça frôle l'injustice.

- Ne t'inquiètes pas pour moi, j'ai l'habitude...

- Qu'est-ce que ça peut te faire ça vous arrange bien de toutes façons, la coupa le rouquin.

- Mais merci, j'apprécie l'effort, finit-elle tout de même.

- Écoutes Weasley. Je ne te connais pas, tu ne me connais pas non plus, alors je te prierais de ne pas me juger sans avoir la moindre idée de ce qui peut m'arranger ou non. J'ai beau être une vipère comme vous aimez le dire, je me fiche totalement des clichés qui peuvent exister autour de vos "maisons" et des rivalités qui vous suivent depuis des lustres. Je ne viens pas d'ici rappels-en toi. Quand je rencontre des gens avec qui je m'entends bien j'écoute mon impression première et je fais connaissance. Maintenant, libre à vous de me considérer comme les autres, à ce niveau c'est plus mon problème. Bonne journée à vous. »

Je n'attendis pas une seconde de plus et me dépêchai de partir dans l'autre direction, prenant sur moi pour ne pas m'énerver outre mesure. Nan mais je rêvais. Quel imbécile. Je fis cependant volte-face prête à tirer ma baguette, lorsqu'une main se posa sur mon épaule. Je me calmai en voyant Harry Potter, le Survivant m'adresser une moue gênée.

« Désolé de t'avoir fait peur.

- Ce n'est rien, j'étais distraite.

- Je voulais m'excuser pour Ron, il ne réfléchit pas tout le temps avant de parler.

- Ça j'avais compris, cinglai-je.

- Et je m'excuse aussi de t'avoir donné l'impression que nous t'avions jugé. Nous ne pouvons tout simplement pas ne pas être méfiants. Mais ça ne veut pas dire qu'on te rejette tu sais.

- Je comprends et j'avoue avoir été un peu sèche également, reconnus-je.

- Bien, c'est dit. Dans ce cas à plus. »

Je détaillai un instant le garçon légendaire, celui qui avait mis en échec l'un des pires Mages Noirs de l'histoire avant même de savoir dire 'maman' et qui depuis quelques années lui faisait face avec courage. C'était un adolescent presque un homme comme nous tous mais qui avait été confronté à des épreuves auxquelles certains d'entre nous auraient péris. Certains en étaient vraiment morts de ce que je savais. Derrière ses lunettes rondes, ses yeux verts attentifs, son visage aux traits légèrement carrés sous une masse noire de cheveux hérissés cachant partiellement sur son front, la cicatrise, fine et nette, la plus célèbre de tout le monde sorcier. Il me laissa la détailler quelques secondes avant que sa gêne ne soit palpable et que d'un mouvement sûrement involontaire il passe sa main pour déranger davantage ses cheveux.

« Ouai, merci Potter, j'apprécie. À un de ces quatre. »

Puis chacun repartis dans la direction opposée. Il me paraissait être un gars mature et intelligent bien qu'impulsif. Peut-être deviendrais-je leur amie, mon petit discours avait pour but de les amener à me voir comme ouverte et cela avait visiblement fonctionné puisque le héros de l'humanité lui-même était venu me présenter des excuses. En redescendant jusque dans le hall je ne suivis pas la masse continue des étudiants allant manger et me dirigeai vers le parc, ma clop déjà à la bouche. Soudain, quelque chose me heurta à toute vitesse et deux bras se serrèrent autour de ma taille. En reconnaissant leur propriétaire, mon cœur fondit et je ne pus m'empêcher de lui rendre son étreinte. Puis il releva un visage rayonnant vers moi.

« Coucou toi.

- Malvina, tu m'avais manqué ! J'ai plein de choses à te raconter, tu aurais du temps pour moi ?

- Bien sur Sasha ! Toujours. Tu m'accompagnes dans le parc fumer ma cigarette ? »

Nous commençâmes à marcher en direction d'une zone plus ou moins éclairée par le soleil dépressif de 13heures. Je n'avais pas croisé Sasha depuis une petite semaine. La dernière fois que l'on s'était rencontré par hasard il m'avait fait part de son désarroi à me voir auprès des Serpentards à la réputation si sale qui le harcelaient d'insultes et de moqueries. Mais en bon Serdaigle fière - et apparemment grâce à mes conseils - il restait stoïque à leurs attaques et attendait qu'ils se lassent pour passer à la prochaine victime. Il avait décidé que sa revanche aurait lieu lors des résultats trimestriels.

« Tu es la seule personne qu'on voit fumer ici. Tu sais qu'il faudrait que tu arrêtes ? Ma mère dit que ça rend moche en plus, me lança-t-il avec un regard moqueur.

- Mais je ne permets pas, petit insolent ! Tu mériterais que je te balance en croquette pour calamar géant dans le lac ! »

Il éclata de rire sous mon air faussement outré et je me sentis légère. Qu'est-ce que j'aimais le sourire de ce garçon.

« Bon alors, raconte à tata Malvina.

- Et bien en fait...comment dire...j'aurais besoin de euh…de conseils.

- En quoi puis-je t'offrir mes services ? Dis-je dans mon expiration.

- Déjà, arrêtes de me cracher ta fumée dessus ! Et puis...En fait, il y a euhm... Beh, il y a cette fille dans ma classe... »

-Off-

Hermione Granger avançait d'un pas vif dans les couloirs de l'école centenaire en suivant scrupuleusement le tracé qu'elle avait préparé afin d'effectuer sa ronde de préfète-en-chef dans les temps. A la lueur de sa baguette elle prêtait attention à la moindre ombre, au moindre bruit, au moindre courant d'air qui pourrait révéler la présence d'un élève hors de son dortoir. Ou d'un quelconque danger. Le couvre-feu était passé depuis une bonne demi-heure. Mais dans sa tête bien fournie tournait un certain nombre de préoccupations. Les garçons et elle avaient le jour même finalement eut des nouvelles de l'Ordre. Fred et Georges s'étaient introduits dans leur dortoir dans la journée, apparemment pris d'ennui. Elle les avait menacé de les dénoncer, les soupçonnant d'être venus vendre leur produits interdits et intérieurement contrariée qu'ils puissent perdre leur temps à venir à Poudlard alors qu'elle aurait tout donné pour être dehors à faire quelque chose, se sentir réellement utile. Mais peu importait, elle savait maintenant que les rangs de l'Ordre du Phoenix croissaient régulièrement, des alliés les rejoignant de partout. Il y avait cependant un revers à cette médaille, qui concernait les effectifs également croissants de Voldemort. Seule une minorité de géants ne l'avaient pas rejoint et son influence progressait à l'Est. Georges avait prononcé une phrase énigmatique plutôt, comme quoi Il cherchait des éléments nouveaux, des pouvoirs qu'ils n'avaient pas possédés avant et dont Il s'imprégnerait grâce à ses nouveaux rangs. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Elle se posait la question depuis maintenant des heures, rallongeant encore la longue liste des choses qui la tourmentaient mentalement. Elle entendit soudainement un bruit étouffé en provenance d'une salle de classe vide à quelques mètres devant elle.

«Nox.»

Sa main se serra sur le contact rassurant de sa baguette, lui donnant l'assurance d'avancer à pas de loup jusqu'à la porte entrouverte. Une légère brise venant visiblement d'une fenêtre ouverte porta à son nez une odeur de...de cigarette. Qui cela pouvait bien être ? Peut-être...Elle remarqua une silhouette assise sur une table près de la fenêtre ouverte, à côté de laquelle brillait le foyer incandescent, comme une luciole rougeoyante dans l'obscurité.

« Cinq point en moins pour Serpentard, Dore. Le couvre-feu est dépassé depuis longtemps. Lumos. Je vais devoir prévenir les profes... »

Elle s'arrêta cependant, remarquant sur les joues de la jeune fille, après qu'elle se soit retourné dans un sursaut, les striures de larmes. Elle fut déstabilisée. Qu'est ce qui pouvait amener la nouvelle Serpentarde à sortir de son dortoir au milieu de la nuit pour laisser libre cours à sa tristesse ?

« Ah. » prononça simplement la jeune fille métissée en séchant ses larmes.

« Dore...est-ce que ça va ? Tu as un problème avec tes...

- Non ce n'est rien, la coupa-t-elle, juste que...tout est plus dur que ce à quoi je m'attendais.

- Tu peux...m'en parler si tu veux.

- Je...Ne t'inquiète pas pour moi. Je vais m'adapter rapidement.

- Tu n'es pas obligée de te forcer tu sais. Sois juste toi-même, je suis sûre que tu trouveras les personnes prêtes à t'accepter pour ce que tu es vraiment.

- Ce n'est pas aussi simple. Il me faut réellement me battre. Être contre eux ne m'attirera que trop de problèmes. Je... j'ai beau ne pas totalement comprendre ce que je fais là-bas, je sais que je n'ai pas ton courage pour me dresser contre le système. Je préfère m'adapter quitte à changer et en souffrir, plutôt que souffrir du rejet, ajouta-t-elle avec un sourire triste. »

Hermione serra les lèvres mais sentit la compassion naître dans sa poitrine. Il était vrai que depuis le premier jour, elle ne pouvait s'empêcher d'être méfiante envers la nouvelle. Malgré les excuses bienvenues qu'elle lui avait présenté quelques jours plutôt, elle ne pouvait cesser d'être dubitative comme elle ne pouvait ignorer le rapprochement évident entre elle et l'ancienne clique de Malfoy. Elle avait même entendu dire qu'elle partageait son dortoir avec Daphné Greengrass. Cependant, la voir ce soir si vulnérable et en proie au doute et aux pleurs, avait quelque chose de... touchant. Elle la regarda tirer une dernière fois sur sa cigarette consumée et l'expulser d'une pichenette au dehors. Elle renifla avant de lui offrir un nouveau sourire triste et se leva, prête à partir. La préfète décida d'avoir pitié d'elle et de ne pas prévenir les professeurs ou Rusard.

« Eh Dore. Si tu as besoin de parler à quelqu'un...

- Merci, j'apprécie. Passe une bonne nuit...Hermione.

- Toi aussi...Malvina. »

Puis elle tourna des talons et s'en alla, laissant la Gryffondor aux cheveux en bataille se demander ce qui avait pu la pousser dans ses retranchements de la sorte. Il lui fallut quelques secondes pour se reprendre avant qu'elle ne reparte à son tour pour finir sa ronde. Mais elle ne savait pas, elle ne savait pas. Personne ne savait et ne devait savoir. Malvina avait compris qu'elle ne pourrait pas se retenir cette fois-ci et avait fui pour se laisser aller à des larmes libératrices. Elle n'avait pas pu, elle l'avait su, à cet instant. A l'instant où elle avait vu. Bêtement, elle avait trébuché et une grosse main secourable l'avait soutenue. Et ce fut en la touchant, en s'y agrippant avec soulagement qu'elle avait vu.

L'avant-bras grassouillet marqué du signe de la Mort. Noir et funeste, vicieux et terrible. Au bout duquel se dresse une baguette. Un garçon au sol hurlant de douleur, torturé. Ses mèches châtaines sont collés de sueurs. Son si beau sourire déformé d'horreur. Souffreteux, affreux. Le sang qui perle sur son corps. Sa peau scarifiée, marquée de son ignominie. Sang-de-bourbe.

Alors elle avait craqué. C'était dur, bien trop dur pour elle de voir ce petit homme qu'elle avait déjà appris à aimer se faire torturer. Tout comme Crabbes, Goyle était un crétin inconditionnel stupide au possible n'ayant d'autre utilité qu'exécuter les ordres, peu importait leurs degrés de cruauté. Mais elle savait que c'était faux, il n'avait pas mauvais fond. Pourtant...

Elle n'avait jamais autant haït son pouvoir, son "don". Elle n'avait jamais rien pu y faire. Que pouvait-elle y faire ? Elle ne voulait pas que ce futur arrive, elle ne voulait pas non, jamais. Mais que pouvait-elle y faire ? Elle ne le permettrait pas. Elle ne le permettrait pas. En s'assurant une dernière fois que son visage ne trahirait plus son désarroi, elle s'approcha du tableau dont l'habitant lui tirait la langue. Elle décida alors, elle décida qu'elle ferait tout son possible pour que ce futur ne se produise pas. Même si cela signifiait qu'elle devrait se rapprocher d'eux, les infiltrés jusqu'à pouvoir les influencer.

« Dragon d'Opium » dit-elle à l'homme au serpent. Et il se referma derrière elle sans un bruit.

« Je les boufferais » dit-Elle quelque part.


(1) Les sorts de modifications de stases et d'états, de mon invention, inspirés vous l'aurez sûrement compris des processus liés aux changements d'état de l'eau et autres liquides, à savoir les passages de solide à liquide, liquide à gazeux, gazeux à solide, etc et vice-versa. Je suis encore en recherche pour trouver des formules latines qui me conviennent.

(2) De la même manière, ce sort assez horrible d'occlusion mentale est de mon invention, dont la description est faite avec amour par un Rogue qui n'aime toujours pas être interrompu. En gros, correctement exécuté, l'étape ultime de ce sort va jusqu'à arrêter le système organique et la victime meurt. Ce qui peut aussi ne pas se produire et dans ce cas-là, la victime tombe dans le coma ou demeure légumifiée.

Nda : C'est à partir d'ici que le venin de Malvina prend, me semble-t-il... *niark niark*