Nda : Nous entrons par la suite dans un symbolisme haut perché, quelle(s) image(s) insensée(s) !

[Edition 18/05/2015]


Chapitre 5 : Qu'importe demain, pourvu qu'il y ait l'ivresse.

Ce jour-là. Ces jours-là. Comment oublier la puissance des allusions nées ? Comment oublier que ces mots, ces proses, sont devenus les outils même de nos renaissances ? Elle n'aurait permis que ces instants racines de nos décadences ne puissent briller dans ma mémoire à jamais. Elle aurait volé le fil des Parques pour s'en assurer. Elle le fit. Aujourd'hui tissé en moi, se répète inlassablement la puissance de ce duel couru d'avance.

Cette fille. Ce n'était qu'une petite fille capricieuse. Une fille de plus, une fille de moins. Une fille, ce n'était qu'une fille manipulable. Ou peut être une femme. Une jeune femme indépendante. Voilà. Malvina. Elle n'était qu'elle-même dans toute sa complexité. Mais rien face à moi. Elle méritait que je l'écrase. Elle en méritait l'honneur, elle en méritait l'horreur. Elle n'était qu'une femme et non la force qu'elle se décrivait. Elle en incarnait l'obscurité certes, mais une noirceur raillée de faiblesse à la manière du plateau sur lequel j'étais le Roi.

Elle était faible, si faible et…si forte dans sa faiblesse. Je l'ai une fois comparée à une fourmi. Une fourmi amusante, une fourmi attirante puis désobligeante de provocation qui s'obstine à ne se laisser écraser. Résistante. Forte. Mais faible, infime. Infiniment changeante.

Je doute que le sens de mes mots vous parvienne. Pourtant, leur symbole caché souffre de ne pouvoir s'exprimer. Sous les couches épaisses du déni pitoyable qui vous entoure et vous recouvre, il devrait y avoir un espace. Un trou dans vos morales futiles qui pourrait vous susurrer à l'oreille l'étendu sinueuse de ce double sens. Les paroles à venir. Approchez, approchez-vous. Il ne s'agit pas uniquement de lire. Imaginez, recherchez s'il le faut, comprenez. Comprenez les mots. Comprenez la promesse. Comprenez la condamnation.

Un échange. Cet échange. Comment l'oublier ? Il fut sans doute l'énonciation de l'enjeu mortel de notre affrontement. Les mots prononcés, dépecés, assemblés. Les images confuses de sources et déformées. Les sens prononcés d'ivresse et de menace. Le tout défini de malheur et d'une majesté olympienne. De notre attraction aussi. S'était-elle rendu compte de la portée de ses dessins volatiles ? S'était-elle doutée que nos formules romanesques selleraient nos sorts funestes ? S'était-elle attendue à… Non en fait, laissez tomber. Cette meuf ne voyait que ce qu'elle voulait voir.

Ce n'est pas comme si je n'avais pas essayé, mais…franchement. Si j'avais su à ce moment-là, je l'aurais déjà tué.

T.N~

«Le Symbole se présente comme un support à travers lequel l'absolu pénètre le relatif, l'infini le fini, l'éternité le temps. Grâce à lui un dialogue s'engage, une transfiguration s'opère : le transcendant s'impose. »

Marie-Madeleine Davy

-On-

Théo se cala contre moi, empoignant durement ma hanche dans un élan violent et possessif.

Son autre main vint glisser de ma cheville à l'intérieur de ma cuisse pour remonter ma jambe sur le dossier du canapé. Puis son bassin se plaqua contre le mien dans un mouvement effroyablement…sensuel. Je retins un soupir d'appréhension.

« Hmm…qu'est-ce que tu crois faire là ? » le défiai-je.

Il ne répondit pas, préférant enfouir son visage dans mon cou. Sa peau était chaude contre la mienne. Des frissons traversèrent mon corps comme des décharges électriques et je lâchai un gloussement incontrôlé en me débattant. Ses mains attrapèrent mes poignets pour m'empêcher de le repousser tandis que sa bouche glissait jusqu'à mon oreille.

« Shhh…. » y murmura-t-il avant d'attraper mon lobe entre sa langue et ses dents.

Son susurrement sonnait comme un danger autant qu'une promesse irrésistible. Je me sentais incapable de me retenir et me tortillai sous les chatouilles efficaces qui irradiaient mon corps de la pire des meilleures façons. Je sentais sa bouche aspirer sévèrement la peau de mon cou, laissant toute une traînée de suçons probablement bleus comme une punition sur ma peau halée. De ses reins entre mes jambes, il engagea des à-coups d'une pression douce et circulaire. Chaude. Il s'arrêta quand il fut visiblement satisfait mais décida apparemment de ne pas me libérer. J'essayai de calmer mon hilarité allumée pour retrouver mon souffle. Son expression était neutre, dure, mais ses yeux me paraissaient fluorescents. Son regard brillant de centaines d'émotions enfouis et d'un éclat fou d'excitation qui était prouvé par la fameuse bosse plus bas.

« Tu croyais faire quoi là, me rendre jaloux ? Dit-il en me détaillant.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, niai-je.

- Tu n'es rien de plus pour moi, cingla-t-il.

- Je n'ai jamais prétendu le contraire.

- Tu penses que je ne te vois pas ? Tu me cherches, tu me veux, tu me dévor… »

J'explosai d'un rire sans humour, le coupant dans sa réponse.

« Par ce que toi, tu crois que tu es quelque chose pour moi ? Mentis-je. Ne me fais pas rire, babe, le Jeu est juste entraînant.

- Par ce que tu crois pouvoir me battre ? S'amusa-t-il.

- Parce que tu crois me battre ? Répliquai-je.

- Ne te leurre pas, honey, je te mènerai à ta perte.

- C'est une menace ?

- Une promesse, sourit-il. Ce jeu n'a qu'un seul maître.

- Heureuse que tu le reconnaisses, me vantai-je. »

Son regard hypnotisant à quelques centimètres du mien se teinta d'une lueur mesquine et cruelle.

« Dieu donnant la mort sur le plateau de vie. Puissant. D'un pas à l'autre, d'une case à l'autre, je juge puis exécute : Echec-et-mat. Absolu dirigeant des pions et des fous qui nous entourent. Je manipule et dirige en retrait, fort de la couleur de l'ombre et du mal : je suis le Roi sur l'échiquier. »

Je claquai ma langue contre mon palais à plusieurs reprises en secouant la tête. Puis je laissai un rictus vainqueur naître sur mes lèvres.

« Tirée du sors en un sort, carte de noirceur annonciatrice de malheur. Fille de Méfiance et de Tromperie, celle qui ne respecte ni épargne mais prédit souffrance et désespoir. Déchéance et débauche. Je condamne. La veuve sanglante et menaçante, du signe grave de l'obscurité tranchante : je suis la Dame de Pique. »(1)

« Je suis la Dame de Pique » dit-Elle.

Je laissai ma langue courir sur ma lèvre inférieure et ses yeux suivirent sa course. Il paraissait tiraillé entre le désir de la capturer et la frustration apparente qui crispait maintenant ses traits. Il effectua d'un coup de rein une pression surprenante contre mon corps et sourit à son tour, prenant son temps pour se coller langoureusement à moi. Je voulais le toucher, l'embrasser le mordre je voulais le dominer et le contraindre sous mon corps. Je tirai sur mes bras pour le forcer à les lâcher mais il raffermit sa prise. Je l'emprisonnai entre mes jambes croisées à la place, l'incitant du même fait à reproduire cette poussée contre moi. Sa langue se faufila sous mon col et tira habilement d'un coup émoustillant la chaîne à mon cou. Il recula un instant son visage si attirant pour lire l'heure indiquée par les aiguilles du cadrant de style gothique.

« C'est que tu m'aurais presque distrait, ma Dame. Mais je maintiens que tu ne peux rien face à ton roi. Il est temps pour le souverain de s'éveiller. Bonne nuit, femme. »

Et subitement, plus rien. Plus de Théo, plus d'ivresse, juste un sommeil lourd qui m'englobe. Connard.

.

« Senteeeez le chakraaaa de la divinatiooooon s'éveilleeeeeer dans vos âaaaames. Élevez vouuus à la sensibilitééééé au delàààà de touuuuuuutes vos barrières mentaaales. Ouvrez, ouvreeeez vous au troiiiisieeeme œeiiiil… »

Quel ennui. Quel ennui. Quelle imposture aussi. J'observai avec le désintérêt le plus total Sibylle Trelawney s'emmêler dans les innombrables châles à son cou, ses épaules et sa taille en remuant la boule à thé dans ma tasse fumante. Les herbes de mon infusion spéciale se diffusaient doucement dans l'eau chaude, teintant progressivement celle-ci d'ambre. Les effluves de chanvre, de jasmin et de sureau s'élevèrent bientôt dans l'atmosphère pourtant saturée d'encens à s'en asphyxier. Et la prof qui s'évertuait toujours à jouer à la pseudo-voyante avec ces foutues cul-de-bouteilles sur le nez. Quelle insulte. J'observai les quelques autres élèves présents, mon regard se fixant avec dégoût sur deux filles de Gryffondor totalement passionnées, suspendues à chaque connerie que débitait cette amatrice médiocre.

« Le futuuuur ne se perçoiiiiiit que dans l'esseeeence puuuuuure du criiiiiiistal... »

J'avais choisis la divination en option, pensant apprendre des choses concrètes, comprendre voir appréhender le plus de choses possibles sur ma…faculté. Lourde erreur, j'aurais mieux fait d'aller en Arithmancie comme les autres, comme lui... Je soufflai mon dépit sur mon breuvage pour le refroidir et m'installai plus confortablement sur le pouf d'un horrible orange criard. J'avalai quelques douces gorgées de cette préparation savamment exécutée : au pif en fonction des sachets à thé que cette folle nous distribuait à chaque début de cours. J'ajoutai un sucre roux et le laissai fondre en regardant les quelques herbes échappées de la boule tournoyer dans un courant invisible. Je me laissai aller à mes réflexions. Même si j'avais chargé la dose il me fallait compter au moins trente minutes avant que les substances ne commencent à faire effet, puis jusqu'à une heure pour vraiment être à l'aise. Et ce serait parti pour le restant de l'après-midi jusqu'au soir.

Ce petit impertinent imbu de sa personne m'avait bien foutu les boules la veille. Je comptais bien me venger de son altesse royale. Il me suffisait juste de trouver comment. Peu importait lequel des idiots qui me regardaient, je trouvais toujours des idées sournoises – ou pire – pour me faire justice. Mais les choses se compliquaient davantage quand il était question de lui. Un roi. Pardon, Le Roi de l'Échiquier avait-il dit ? Je ris intérieurement, repensant à cet échange si fondé et sérieux, lyrique et à double sens alors même que nous n'étions plus en mesure d'entrevoir correctement. Depuis, il faisait comme si je n'existais pas. Il ne m'avait pas calculé un instant. Le pire était cependant que je savais qu'il savait que je savais qu'il n'avait pas tort : je l'observais, pensais à lui bien plus que de raison. Cet homme accaparant m'obsédait et s'en jouait effrontément. Il alimentait en permanence mon envie de réponses. Théodore Nott.

Je passai ma main sur ma nuque, m'assurant que mon écharpe y était toujours bien en place. Malgré les quelques sorts de maquillage que je connaissais, pas moyen de camoufler les foutues marques qu'il m'avait faites. Je lui avais pourtant bien précisé que je ne voulais pas porter de trace de lui sur ma peau. Le Serpentard me défiait donc en sachant pertinemment que cela m'agacerait et m'empêcherait de ne pas penser à lui. Pendant ce temps, lui, prenait soin d'ignorer mon existence. Je serrai des dents sous le renouveau de ma colère. Je refusais que les choses se déroulent selon son bon vouloir. Le soir même, je trouverais de quoi me venger. Je le marquerai à mon tour. Monsieur était possessif ? Bien, monsieur n'avait pas idée d'à quel point je me retenais en sa présence pour ne pas le mordre, le griffer ou le couvrir de suçons. Les trois ou quatre tâches sombres sur ma peau étaient négligeables face à ce que je complotai. Je me sentais emballée, presque fière de ma résolution.

Une minute passa...

Mais putain, ce con me faisait chier ! Il m'avait endormi et ce fait me plongeait dans une incompréhension insoutenable. J'étais impatiente. Ne pouvait-il pas me baiser une bonne fois pour toute ? Je ne supporterais pas longtemps l'attente et le désir qu'il faisait monter en moi. J'obtenais ce que je voulais, il n'était pas question que je le laisse me pousser à bout jusqu'à ce que je réclame du sexe. J'étais certaine que c'était dans ses plans. Me faire bouillir pour lui. J'avouerai cependant respecter le personnage pour se faire subir à lui-même ces multiples insatisfactions. Comment se retenait-il ? Sa virilité finirait par s'engourdir s'il continuait trop longtemps. Je ricanai doucement et repris quelques gorgées de plus. Délicieux. Plus que quelques heures à tuer, mais déjà, déjà, je sentais le bien être apaiser mes nerfs et détendre mes membres.

Je passai la porte du dortoir des garçons accompagnée de Daphné et de son rire aux notes cruelles. J'adorais son rire. Je le trouvais communicatif et chargée d'une hystérie cachée peut être malsaine. Cette femme poussait un rire capable d'effrayer les plus sensibles. C'était délectable.

Puis son visage détendu grâce aux premiers affres de l'ivresse se figea un instant avant qu'elle ne s'avance dans la pièce avec une mine enjouée. En la suivant, je regardai à mon tour l'intérieur pour ne voir que Théo, allongé sur son lit avec un livre entre les mains. Se pourrait-il que… ? Ses yeux verts quittèrent les pages pour se poser sur moi. Je m'attachai à cet affront visuel et ne m'en détachai pas malgré son intensité…folle. Le reste s'évanouit. Je soutins ses lueurs calculatrices et supérieures, refusant de le laisser m'intimider davantage. Mais je savais, je savais, je le sentais bien. Le sourire que ses lèvres ne montraient pas, le sourire suffisant de celui qui sait qu'il a gagné. L'expression de défi dangereuse que son visage ne traduisait pas, l'expression du vainqueur. Le ricanement prétentieux que sa bouche ne libérait pas, le rire moqueur de la pitié. Le tout compilé dans ses prunelles en un message éloquent. Il savait que j'étais prête à tout pour l'atteindre. Il savait que je voulais l'écraser dans le creux de ma paume et que sur le plateau de ce jeu insolite, je ne le laisserais pas me dominer. Mais il m'attendait. Il attendait, curieux de voir ce que je tenterais pour lui résister avec la certitude de mon échec. La certitude qu'il pulvériserait mes défenses et mes attaques. J'en restais coite. Il baissa les yeux, satisfait et suintant d'arrogance.

Ma tête se mit à tourner. Non. Je refusais ce que sa présence était en train d'appliquer sur moi. J'arrivais, pleine de détermination vengeresse et lui, lui, d'un regard m'abaissait à une sotte incapable de prononcer le moindre mot. Comment ce mec pouvait-il m'influencer autant ? Comment pouvait-il me démonter de la sorte d'un battement de cils ? Non. Foutaises, ce n'étaient que des foutaises. Cela ne pouvait pas arriver. Jamais, jamais je ne le laisserais me détruire comme il semblait si bien le croire. Jamais, reprit-Elle. Il me ferait trembler et trembler encore certes, j'en avais conscience, mais un jour, un jour, je l'abattrai comme je finirai par abattre tous ceux qui me défieraient. Il était absolument hors de question que je ne réplique pas.

Je laissai un son de dédain remonter de ma poitrine pour attirer son attention. Les jambes pourtant flageolantes et le cœur abasourdi, je lui offris un immense sourire carnassier et à mon tour imbu de l'assurance vindicative de sa reddition. Non mais ! Je ne le laisserai pas me faire plier sous la menace de l'échec-et-mat, ô mon Roi, non. Du Pique, pouvoir qui décide et tranche, la Dame est avant tout la Reine dans l'ombre de son présage. Alors, sa majesté Nott devrait plutôt craindre pour son trône. La guerre était déjà déclarée. Après un semblant d'éclat de rire contenu dans un haussement d'épaule, je me détournai de lui de la même manière provocatrice et me tournai vers Daphné qui semblait avoir remarqué l'étrangeté de mon regard. Je lui adressai un sourire similaire, laissant mes yeux la regarder sans la voir. Ses sourcils se déplissèrent légèrement, preuve qu'elle mettait cette nouvelle réaction inattendue dans l'énorme gouffre de mes comportements dû à l'ivresse. Je maîtrisai les masques sur mon visage.

« Je reviens Daph', lui lançai-je. J'ai oublié mon jeu de carte dans la chambre. » Et je partis alors que son attention dérivait vers Blaise qui sortait de la salle de bain, les reins entourés d'une serviette verte.

.

Je considérais que sur cette Terre, il n'y avait pas grand-chose sur lesquels on pouvait compter. Je ne voyais aucune sincérité à des expressions comme celle d'avoir confiance. En qui pouvais-je croire quand mes propres corps et esprits ne répondaient pas à mes attentes et échappaient à mon contrôle ? Si je ne pouvais pas déjà être assurée par mon unité première, comme pouvais-je envisager de faire quelque chose d'aussi irrationnel que de croire en eux ? Ou en qui que ce soit ? Les gens étaient indignes d'eux-mêmes et insupportables. J'étais exactement pareille, si ce n'était pire encore. Je ne méritais même pas de croire en moi-même. J'avais souvent cette sensation de ne pas m'appartenir. Il y avait ce fantôme en moi, Elle, qui creusait mes entrailles et m'en demandait toujours plus. Plus. Plus. Toujours plus. De quoi ? Si seulement je le savais. Mais non. Mon esprit illusionné ne le comprenait pas. Je ne comprenais pas ce sentiment, ce vide qui croissait encore et encore au creux de mon ventre. Ce vide inexplicable et engouffrant. Ce malaise malsain qui torturait mon intérieur et me poussait à en vouloir toujours plus. Plus. Plus. Toujours plus. De quoi ? Toujours plus d'ivresses et d'oubli, toujours plus d'abandon et de folie. Toujours plus de ces choses délicieuses et amères qui me remplissaient.

Je me laissais remplir jusqu'à saturation.

Toute ma bouche était chaude, ma gorge me brûlait et je sentais mon œsophage irradier en protestation. Autour de moi les cris d'encouragements, les gloussements excités et les rires incontrôlables résonnaient en une cacophonie euphorisante. J'ignorai mon dégoût instinctif et continuai à avaler. Encore, encore, encore. Glurp. Glurp. Glurp. Encore, encore, encore plus vite ! Je rejetai la tête en arrière et repoussai l'envie saccadée d'avaler pour laisser l'alcool s'écouler en moi à grosses gorgées. Gluuuurp. Gluuuurp. Gluuuuuuuuuuuurp... blurb! Puis l'air remplaça le liquide. Je levais les bras en une pose de triomphe et lançai la bouteille de Vodk'abricot que je venais de descendre au hasard avec un hurlement victorieux. Toutes lignes se confondaient autour de moi et mon amusement était au summum. Je lançai un autre cri enjoué et m'exclamai.

« Je t'avais dit que je buvais plus vite que toi minus » dis-je à l'adversaire que je venais de ridiculiser. Alexy Langlais dont le teint verdâtre témoignait de la rage, m'assassinait du regard. Ce jeune homme persuadé de me dominer ne digérait pas d'avoir perdu face à moi dans ce concours de cul sec. Il ne me connaissait pas, ne savait pas de quoi j'étais capable. Les moqueries et les acclamations des autres étaient comme une piste musicale sur laquelle mon corps se mit à danser de félicité.

« Je ne pensais sincèrement pas que tu pouvais le faire Mal', cria Pansy dans son fou rire.

- J'ai bien cru qu'elle n'y arriverait pas, enchaîna Matt.

- N'empêche, t'as une sacrée descente putain, commenta Blaise.

- Ce n'est pas le genre de pente agréable à remonter, n'est-ce pas Alex ? Le provoquai-je davantage »

Ce dernier grimaça à ma moquerie mais fini par se joindre à nous dans le rire. Je jubilai de le voir se plier à l'a clameur collective et ignorer sa rancune envers moi. J'aimais lorsque le pouvoir social jouait en ma faveur. Je lui adressai un immense sourire. « A qui le tour ? » clamai-je ensuite. Je retombai sur mon canapé – celui que je ne prenais même plus la peine de renvoyer et gardais constamment devant mon lit – cédant finalement à mon manque d'équilibre et aux croche-pieds que mes faisaient les carreaux.

Crabbes n'était pas là ce soir, ce qui était dommage pour lui. J'avais eus l'inspiration de proposer une compétition de rapidité à boire, pour faciliter l'arrivée du moment où j'aurais tellement d'alcool dans mon système que je ne me souviendrais plus de mon nom. Le premier round s'était déroulé entre Goyle et Pringston, sur sept shots de Vodka-Du-Nord. La manière dont l'alcool fort coulait sur les joues gonflées de Greg était divertissante et les larmes qu'il faisait perler sur ses yeux juste hilarantes. Le duel avait été remporté haut la main par Matthew qui avait évidemment nominé Pansy pour le second tour. Elle avait affronté Daphné sur deux bouteilles de Bierraubeurre en cul sec chacune que Daph avait éliminées avec bien plus d'aisance. Elle avait gagné son titre de buveuse et m'avait ensuite désignée pour le défi suivant contre Langlais. C'était maintenant à mon tour de désigner les prochains concourants de notre tournoi d'alcooliques.

« Bon. Zabini, Nott : vous avez à disposition une demi bouteille de Whisky-Pur-Feu chacun. Qui de vous deux serra le plus rapide ? Annonçai-je à la manière d'une animatrice radio.

- Tu es méchante Mal, rit Pansy.

- Mec, tu sais que je vais t'exploser, provoqua Blaise avec un sourire insolent que je ne lui voyais pas souvent.

- C'est ce que tu crois, lui répondit Théodore en jouant de ses sourcils épais.

- Ouuh, la tension est à son comble ! Qui de nos deux buveurs du dimanche remportera cette manche décisive de la compétition ? Leur détermination est palpable dans l'air et la…

- Malvina…me coupa Daphné.

- Oui, oui, pardon, me rattrapai-je. Bon. Bras droit dans le dos.

- Je suis gaucher, m'interrompu Blaise.

- C'est faux, démenti Daphné avec certitude.

- Blaise, encore une tentative de triche et tu es disqualifié !

- Oh ça va, si on peut même plus rigoler…

- Ce fut hilarant, visiblement. Allez-y, je n'ai pas que ça à faire. Bras droit dans le dos. Bouteille dans la main gauche et sur la table. A vos gorges…Prêts…BUVEZ ! »

L'hilarité commune reprit alors que nous commentions et nous foutions tous de leurs grimaces visibles.

« Ouh ! Zabini rentre fort dans ce round, il enchaîne de nombreuses gorgées rapides ! Il prend de l'avance sur Nott qui avale mais ne semble pas boire. Oh mais ! Wouah ! » Théo créa une sorte de pression dans la bouteille en avalant quelques gorgées serrés, puis d'un coup, laissa l'appel d'air propulser le reste du liquide à grande vitesse dans sa gorge. Blaise avait apparemment utilisé la même technique, mais avec une efficacité légèrement inférieure ce qui donnait un résultat équivoque.

« ET THEO L'EMPORTE ! » cria Matthew alors que le dernier vainqueur tout sourire, tirait la langue à un Blaise tout de même hilare.

- Je t'ai appris cette technique piccolo* ! Décria ce dernier en pointant un doigt accusateur

- De quoi tu parles, bambino*, ça a toujours été moi le Roi ! »

La clameur de l'hilarité reprit aussitôt et j'appréciai la flamme joueuse dans les iris de Nott alors que son regard nous traversait tous. Je lui retrouvai son fond calculateur et vicieux. Quels travers se cachaient derrière ses yeux si lumineux ? Malgré l'ivresse qui me prenait, je n'oubliais pas que je me devais de l'analyser et de le garder à l'œil. « Alexy, Malvina, nous interpella-t-il. Prêts pour les demi-finales ? » Mon sourire carnassier refit son retour alors que sept shots de Gin-Déchiré étaient placé devant chacun de nous. « Prêt pour ta défaite Pringston ? Dis-je en plaçant ma main droite dans mon dos.

- Surtout ne t'étouffes pas de rage quand j'aurais finis, me répondit-il sur le même ton de défi.

- Pas de risque, le gin est et moi sommes des aimants transis incapables de trahir l'autre. »

Théo me regarda avec considération. Il était le seul à comprendre le double sens de cette affirmation. Je compris qu'il voyait plus que la moyenne. Il était initié au monde des symboles. Et ses yeux me disaient que lui aussi savait que je savais. Qu'elle situation étrange. Il retint difficilement un sourire en reprenant son décompte.

« Attrapez… BUVEZ ! » L'adrénaline me poussa à réagir au quart de seconde et j'attrapai à la hâte le premier verre. Je n'avais pas le temps de penser, ni de l'observer, ni de sentir le goût souffreteux, la douleur de l'alcool, la brûlure intense. Non, je ne devais qu'avaler et surtout, surtout, gagner. Sept shots, sept gorgées. Mon chronomètre précis de femme compétitive était lancé.

Un. Meeeeerde. Deux ! Putain. Trois. Avale. Quatre. Plus vite. Cinq. Plus vite ! Six ! Encore ! « SEPT ! » Le verre claqua quand je le reposais sur la table violemment, deux secondes à peine avant que Matt ne rabatte le sien. « OUAIIIIIIIIIIIII » Le cri de la victoire repassa mes lèvres sans que je ne m'en rende compte. Je sentais enfin l'alcool dans chacune de mes veines. Omniprésent. C'était l'abandon que j'attendais tant. À ce stade, je ne contrôlais plus grand-chose… J'attrapai Blaise par les épaules et le forçai à me suivre dans mon improvisation ridicule d'un nouveau gigotement de triomphe. Je tanguai avec lui avant de me mettre sur les genoux dans mon canapé.

« Booon ! Daphné, Théo ! » Un rire étonnamment menaçant mua sur ma langue pour paraître sadique alors que je regardais ma supposée amie comme si elle était une proie. « Bahaha, Daph t'es dans la merde. Ce sera sept de Thé-Quila, articulai-je froidement.

- Han ! Tu n'aurais pas pu faire un meilleur choix pour moi, Mal. La tequila au thé sucrée c'est mon pêché mignon, j'ai boirais même au réveil !

- J'attends plus que tu ne le penses le jour où ça arrivera, murmurais-je. Théo, un commentaire ?

- Je n'aime pas la Thé-Quila.

- Mais encore ?

- Il n'y a pas match de toute façon, lâcha-t-il avec un sourire prétentieux. On fait quoi pour la finale ? Me déstabilisa-t-il.

- Hmm...Ah ! Me repris-je. C'est bon ? Les Bras ? Prêts ? Alors à vos cuites… BUVEZ ! »

Nous commençâmes tous ensemble à hurler le décompte et Daphné commença à enchaîner les shots rapidement, une légère avance sur Théo. Mais au quatrième, sa gorgée fut laborieuse et…« Cinq ! » Clap. « Six ! » Clap-ap. « SEPT ! » Clap-clap. Le décalage à l'atterrissage des verres fut distinct. « Théodore Nott l'emporteuh ! » s'exclama une nouvelle fois Matthew.

Le finaliste secoua la tête pour chasser sa grimace de dégoût et ses yeux dans le vague brillèrent de l'excitation de la victoire. Il regarda à droite, à gauche, avant de revenir sur moi. Sous mes paupières à demi closes, je vis double le sourire effroyablement provocateur qu'il me lança à m'en faire trembler les orteils. Les murs dansaient derrières lui et dans mon ventre les alcools se mélangeaient d'une façon tout sauf agréable. Pourtant, l'instant était encore magnifique. Embuée, floue, distordue, la réalité méliorative était altérée par ma conception simpliste de la réponse à un désir. Je léchai mes lèvres et laissai mon envie s'afficher sur mon visage un instant, le sachant réceptif et même sûrement similairement avide. Il était intéressait d'avoir une double conversation avec quelqu'un à l'intellect aussi poussé que le mien. Sans vouloir me vanter d'être supérieure, bien évidemment.

« Bon, et pour la finale ? demanda Alexy.

- Oublis, ils sont plus capables de boire, rigola Pansy. On finira dem…

- NON ! La coupâmes-nous d'une même voix. »

On ne plaisantait pas avec ce genre de chose. Un tournoi était en cours. Une bataille décisive de notre confrontation perpétuelle. Ils n'avaient même pas conscience du lien qui nous unissait. Personne ne voyait derrière ses yeux vitreux les explosions incessantes de ses neurones en ébullition. Personne ne voyait mes sourires pervers qui y répondaient. Ils ne savaient pas interpréter, ces misérables. Toujours était-il que j'avais un combat à mener. Ni Pansy, ni quiconque ne l'empêcherait. Je sentais mon adversaire d'accord avec moi.

« Pas question, continuai-je.

- On termine, enchaîna-t-il.

- Wouah…pardon les gars, mais vous allez vomir. Je dis ça pour vous, se justifia-t-elle.

- Pas grave, contrai-je.

- Des choses qui arrivent, reprit-il.

- Il y a des batailles qu'on se doit d'engager et de mener. Même si l'on est blessé, enfonçai-je.

- Il y a des guerres dont on ne ressort pas indemne. Même lorsqu'on est victorieux, gronda-t-il. »

Il y eut un vague moment de silence où personne ne comprit la portée de nos déclarations de guerre. Il y eut un moment de flottement où malgré la pagaille instable qui m'entourait, son regard était une ancre fixe. Ses yeux si magnifiquement verts me défiaient avec ferveur et je tâchai de lui montrer toute mon assurance en le regardant de haut, levant même un sourcil. Puis quelqu'un se gratta la gorge d'un toussotement et l'effet fut brisé. Mais les mots étaient gravés.

« Bon, alors on prend quoi pour la finale des soûlards ? » relança Matthew. Tous se tournèrent vers nous, inquisiteurs. A ce niveau, il n'y avait qu'un seul alcool que j'aimais suffisamment pour encore l'apprécier et être sûre que mon corps n'allait pas le rejeter dans la minute. Quoique, avec tous les mélanges que je comptais déjà à mon actif, des régurgitations étaient certaines…Je n'eus cependant pas besoin de parler que Daph comprit et s'exprima à ma place. Théo non plus d'ailleurs.

« Rhumocitron » annonça-t-elle en même temps que Blaise. La surprise nous balaya tous alors que les deux énonciateurs partageaient un étrange regard dialogueur complice. Je reportai cependant le mien sur mon adversaire. Je trouvai ridiculement plaisant de constater que son altesse le roi Nott savait apprécier la maturité gustative exceptionnelle d'un rhum travaillé à l'acidité sucrée. J'aurais plutôt parié sur un alcool plus tape-à-l'œil. Je pensais qu'il était de ceux qui ne s'exprimaient que par la tourbe du Whisky.

« Prêt Monseigneur ? » soufflai-je. Mon cœur battait si anarchiquement qu'il me semblait le sentir dans mon cerveau à embrouiller toutes mes perceptions. Oh putain, la cuite qui allait dévaster mon corps après ces verres serait franchement terrible. Je forçai les images de mes vomissements à venir hors de ma tête pour plutôt voir les quatre verres de liquide d'un jaune pastel trouble devant moi.

« J'espère que Son Altesse à soif ? » Souffla-t-il à son tour. Il se positionna face à moi, face aux cinq verres devant lui. Cinq ? Six ? Je fermai un œil, éventuellement l'autre et ne comptait finalement que trois verres devant chacun de nous. Mais pas des shooters. De vrais verres communs à plus grande contenance.

« Le bras dans le dos.

- Tu me fais confiance ? Lus-je sur ses lèvres

- Prêts ?...

- Bien sûr que non. Articulai-je.

- BUVEZ ! »

Je me saisis du premier verre et l'avalai en quatre grandes gorgées. Le deuxième parti de la même façon. Et je me dépassai pour conclure le dernier de trois lampées profondes. « TROIS ! » Clap.

« Oh putain, EX-EAQUO ! S'enthousiasma Matt.

- Trois autres, lâchai-je avec une grimace.

- Deuxième round, dit-il en même temps d'une voix rauque.

- Mais vous êtes malades ! S'ébahit Pansy.

- Mal, Théo, ne poussez pas non plus…hésita Daphné.

- Le gagnant…salle de bain…en premier, les ignorai-je.

- Ça marche, acquiesça-t-il. »

Je plissai mes yeux pour voir au mieux, le plus stablement possible les verres devant moi et n'en comptai que deux. Ou quatre.

« Un, commençai-je.

- Deux, continua-t-il.

- Trois ! »

Je me saisis du premier verre et essayai de compter mes gorgées. Je confondu la première avec la troisième et compris que mon niveau d'incohérence atteignait le stade d'oublier ce qu'étaient des chiffres. Lorsque je voulus me ressaisir, seule une de mes paupières daigna paresseusement s'ouvrir et ma main ne fit que la moitié du trajet nécessaire pour atteindre mon deuxième verre. Oh Santa Maria. Il me sembla encore avaler plus de cet acide doucereux et entendre les autres crier que c'était impossible.

« Ils ne peuvent pas boire autant !

- Je ne sais même plus lequel à but plus que l'autre !

- C'est impossible qu'ils soient à une parfaite égalité!

- Ils commencent même à vomir exactement au même moment!

- Ça, c'est dégouttant par contre. »

Je reconnus la voix haut perchée de Pansy mais réalisai que je me fichais éperdument de ce qu'elle pouvait dire. J'avais achevé la partie au même instant que lui. Aucun de nous n'avait gagné. Mais aucun de nous n'avait perdus. Je tombais enfin sur les toilettes et l'entendis s'écrouler pas très loin de mon épave. Tout l'intérieur de mon buste se mit à brûler et des contractions violentes et incontrôlables me ravagèrent, propulsant déjà mon corps vers l'avant. Heureusement que j'avais été du bon côté putain. Alors qu'une nouvelle slave de pression douloureuse fit remonter la bile à ma gorge et que j'étais déjà assise, je m'effondrai sur le sol instable juste au pied de la déesse de porcelaine. Il me sembla l'entendre s'accrocher au bidet. Lui aussi avait trouvé son dieu de porcelaine. Ainsi, roi et reine couronnés sombres idiots compétiteurs se tinrent compagnie devant nos icônes respectives. Pour ma part je passai le reste de la nuit à la vénérer.

Un bourdonnement insupportable, sifflement continu à mon oreille. Putain de bruit agaçant. Mon corps était lourd, une masse de plomb tremblant vidé de toute force comme du désir de me mouvoir. Je m'en retournais vers l'obscurité attrayante du sommeil imposé à mes membres et conscience. Mais ce bruit…Ces éclats insupportables perçaient la bulle floue qui m'entourait et piquaient ma réactivité comme une pierre jeté sur de la mousse. Un coton brumeux apposé sur mes sens qui s'effritait progressivement et m'en laissait entendre davantage.

« … » Une voix ? Non, je ne voulais pas, je ne voulais pas. Un gargouillis brûlant pétrissait ma gorge, la protestation que je n'arrivais pas à formuler. Mais qui était-ce ? Laissez-moi mourir ici putain. Mais les paroles m'interpellèrent et forcèrent mes paupières à trembler.

« Malvina ! Malvina ! » Daphné ?

« Fous-moi la paix. Dégage ! Et crèves » dit-Elle. Que me voulait-elle ? Me porter dans mon lit ? Mais je m'en foutais. Je voulais rester ici, membres et muscles déformés par l'inconfort de ma position, incendiée de l'extérieur comme de l'intérieur par les relents rendus par mon estomac.

« Recurvite. » Le sort qu'elle lança avec rage me libéra au moins du dégoût que je n'avais plus la force de ressentir mais mes lèvres ne voulaient pas formuler les remerciements que je devais lui adresser.

« Regarde-moi Malvina ! Arrête de m'insulter merde, laisse-moi t'aider !

- Hm…Casse-toi…pu…putain. » J'entendis son grognement de frustration et sa promesse colérique de me laisser à mon sort. Mais c'était exactement ce que m'évertuais à lui imposer : qu'elle me fiche la paix. Ma tête claqua contre le carrelage froid et je me laissai de nouveau aller à l'inconscience lourde.

Quelque chose de chaud. Quelque chose de mouillé. Quelque chose de confortable. L'eau fumante qui coulait sur ma peau. Ô plaisir d'un instant de détente dans l'horreur qui agitait la tornade de mon corps et de mes veines. Des sanglots m'échappèrent. L'affreuse acidité dans ma gorge, la douleur de sentir mon estomac vide se vider encore et encore. Mais toujours, toujours cette sensation diffuse d'un manège implanté dans mon crâne. Un manège qui tournait, qui tournait, qui tournait…et m'emportait dans un sentiment de paix chaleureux.

-Off-

Ce matin-là, une tension inconnue régnait dans Poudlard. Alors que le soleil pointait à l'horizon peinant à éclairer le ciel lourd et chargé d'orage, un vent glacial semblait avoir pénétré les murs et dansait entre les pierres, d'un étage à l'autre, d'un couloir à l'autre. La nuit avait-elle été le témoin d'une tragédie sanglante ? La morbidité de l'aurore semblait en être la preuve. Certains, superstitieux, auraient sans doute attribué cet effet à la pleine lune sinistre qui avait orné le brouillard nocturne.

Ce matin-là beaucoup se lèveraient avec la désagréable urgence d'une catastrophe à venir ou du moins l'angoisse instinctive d'une terrible nouvelle. Le soleil s'éveillait, caché derrière une brume menaçante quand Pompom Pomfresh achevait de se préparer. Jetant un dernier regard aux mèches blanches dépassant de sous sa coiffe d'une propreté impeccable, elle regagna son bureau en lissant les plis inexistant de sa robe tout aussi écarlate. Elle expira lourdement en faisant ses inventaires matinaux. Elle sentait au plus profond d'elle-même que cette journée ne serait pas placée sous le signe de la gaieté ni de la légèreté. Elle s'assura que la jeune seconde année de Poufsouffle dont la peau des deux bras avait fondu suite à un accident de Potions dormait toujours paisiblement. Ses bandages étaient également encore propres, montrant ainsi que ses soins avaient été efficaces. Elle se dirigea ensuite vers les grandes portes de bois qu'elle entrouvrit, une vieille habitude sûrement étrange pour s'assurer qu'il n'y avait aucun malade derrière. Sentant l'air frais lui fouetter les joues, elle referma rapidement et silencieusement les lourds battants puis relança quelques sortilèges de chauffage avant de retourner à ses occupations.

Son corps tremblait. Ses membres étaient transis de froid et chacun de ses muscles semblait prit de convulsion. Mais elle ne s'en rendait même pas compte. Elle faisait ce qu'elle avait toujours su faire de mieux. Se laisser aller. Se laisser glisser dans le quotidien des uns ou des autres sans réfléchir aux conséquences, sans avoir la moindre conscience du présent, du passé ou même du futur. Jusqu'à ce que tous trois la rattrapent. Elle se laissait juste amener, emporter dans son inconscience par une main. Sa main. Cette main. Cette main traîtresse et tremblante qui évoluait sur la pierre sévère et chargée de magie. Elle n'avait même pas la force de lutter. Elle se laissait guidée par la voie qu'elle voyait. Il y avait les projections : éclairs jaunes, rouges, verts, bleus ; feux d'artifices de sortilèges et de maléfices destructeurs qui feraient voler les mailles de l'édifice millénaire comme un souffle face à un château de carte. Elle les voyait, les affres d'une bataille à venir : les corps mutilés balayés par les explosions, les vitraux annihilés par la férocité des attaques, la résolution des combattants fauchée par le sang, la douleur et la mort ; les ravages qu'elle seule pouvait anticiper. Mais elle y restait sourde, muette et aveugle. Blasée par ce qu'elle ne voulait appréhender, déconnectée de cette austère réalité future. Elle n'était qu'un spectre impuissant traînant inlassablement son cadavre vers l'avant. Où allait-elle ? Elle ne le savait pas, elle n'en avait rien à foutre et se fichait de ne pas en avoir cure. Encore une fois, cette paume frémissante aux doigts incertains la menait avec dextérité sur un chemin tracé. Et pour une fois elle se laissa faire, incapable de se rebeller contre la destinée dont elle niait l'immuable.

Malvina Dore, dans les couloirs traversés d'un râle morbide, avançait comme une condamnée, un être damné par son intégrité en fuite. Que faisait-elle là ? Elle l'ignorait. Comment était-elle arrivée là ? Elle l'ignorait. Où allait-elle ? Elle l'ignorait. Elle ne se souvenait même pas. Elle ne voulait pas se souvenir. Les relents régurgités qui brûlaient son œsophage étaient suffisamment explicites pour que quelque part, dans une partie oubliée et maintenue de son intellect, elle conserve une apostrophe de l'un de ses pires enivrements. Mais elle était propre et changée, sans avoir aucune idée du moment où cette toilette avait été réalisée. Elle était simplement hébétée par l'épuisement intense de son corps vidé de force, couplé au profit intrusif de son parasite personnel en ce moment de faiblesse. Le froid l'enveloppa comme un linceul, engouffrant en elle les maux de la nuit. Elle attrapa la mort.

A bout de force, elle tourna la tête vers l'extérieur. Observant les premiers éclats étouffés de l'aurore. Au loin, en amont de l'immense forêt interdite, un brouillard épais et opaque entourait l'horizon. La brume paraissait si dense qu'elle aurait pu s'en saisir. Elle cligna des yeux durement, confondant au-delà l'agitation lente de la cime obscure à l'envol d'une nuée de Détraqueurs. Elle abattu son poing sur le bois sombre de la large porte double. Lorsque celle-ci s'ouvrit, elle aperçut l'effroi se peindre sur les traits maternels de l'infirmière et n'eut qu'une pensée avant de sombrer de nouveau.

« Se rendra-t-elle compte que je suis ivre ? »

Daphné Greengrass se retourna dans son lit afin d'enfouir son visage plus profondément dans son oreiller. Elle commença à se rendormir aussitôt. Son corps était lourd d'une gueule de bois douloureuse. Mais un son, un horrible son l'empêchait de retourner à son sommeil réparateur. Avec un grognement de fureur inhumain, elle s'arracha à ses draps pour faire taire la source de cette torture : le réveil de Malvina ! Cette pensée ramena à la surface la rancœur qu'elle portait à sa colocataire depuis la soirée de la veille. Cette imbécile d'ivrogne toxicomane s'était non seulement prise une cuite monumentale, mais en plus elle...Daphné ne pardonnerait pas de sitôt à son amie de l'avoir envoyé chier de la sorte.

Il fallait dire qu'elle avait la rancune facile, mais pas immuable. Elle envisageait déjà de lui pardonner si la journée qu'elle aurait à subir s'avérait être une punition suffisante. En songeant à la manière dont, vexée, elle l'avait laissée seule à se vomir dessus dans le dortoir des garçons, la Serpentard fut prise d'une vague de remords qu'elle s'empressa de balayer mentalement en rentrant sous la douche. Demeurait tout de même en elle une inquiétude incompréhensible. Peut-être devrait-elle s'assurer avant de partir que Malvina allait bien ?

« Merde. » Telle fut la seule pensée de Théodore Nott lorsqu'il s'aperçut de l'absence de Malvina dans son lit. À coups de pied il vira Alexy, Matt et Gregory dans un élan violent pour évacuer son semblant d'inquiétude soudaine. Il n'aimait pas ça. Il n'aimait pas ça. Il prit alors une décision troublante : celle de se venger d'elle car elle l'avait atteint et qu'il n'aimait pas ça. Il exécrait cette attention. Le jeune homme reprit ensuite sa routine matinale.

« Où est-elle ?! Où. Est. Elle. ?! » Blaise Zabini s'éveilla en sursaut, subitement arraché d'un rêve impliquant des cuisses galbées se serrant autour de sa taille. Il ronchonna quand Daphné se mit à le secouer en lui hurlant dessus. Il ne comprenait rien et ne savait pas ce qu'elle pouvait bien foutre à cette heure-ci dans sa chambre. Quand il fut suffisamment alerte pour assimiler les paroles de sa camarade, il se rendit compte qu'en effet Malvina n'était plus là. Pourtant, il se souvenait clairement avoir vu Théo la coucher dans son lit après qu'il l'eut douché. Il se retint cependant de partager ce souvenir avec la brune de peur de se faire engueuler davantage. Puis de nouvelles images entrevues lui révélèrent l'inattendu. Elle était partie avant l'aube. Le noir garda encore le silence.


*Piccolo : petit ; *Bambino : enfant. Je trouvais ça marrant et approprié de mettre des mots en Italien.

(1) « La dame de pique présente une femme hostile, seule, et négative. Dans la cartomancie, la dame de pique se place au côté du roi de pique. Elle évoque de la même manière que le roi un conflit d'intérêt. Animée par des pulsions négatives, la dame de pique se place en travers du chemin du consultant dans le but de le nuire. La dame de pique présente une femme envieuse, animée par un désir de vengeance. Elle est jalouse et se met en travers du bonheur d' souvent médisante, la dame de pique aime raconter des mensonges afin d'en étudier leurs répercutions. Elle se place au centre de situations qui ne la concernent aucunement et tente d'apporter sa pierre à l'édifice. Une pierre par définition remplie de choses négatives qui entachera le quotidien du consultant et de son entourage. » Source : tiragecarte . fr/cartomancie

Nda : En espérant que tout ça vous aura plu, un feed-back serait le bienvenu !