Nda : Warning! Ce chapitre est assez dur, dirons-nous. Mature contente, don't forget. Et pendant que j'y suis, pourriez-vous me poster une review exprimant ce que vous pensez de Malvina, Théo ou simplement Version 3 en général, s'il vous plait ? Merci de vos lectures.

[Edition 19/05/2015]


Chapitre 6 : Can't you see my Poker Face ?

C'est ce jour-là que j'ai compris qu'on était tous dans la merde.

B.Z~

« Le regard est un choix. Celui qui regarde décide de se fixer sur telle chose et donc forcément d'exclure de son attention le reste de son champ de vision. C'est en quoi le regard, qui est l'essence de la vie, est d'abord un refus.»

Amélie Nothomb

Dirty little secret – Bullet For My Valentine

-On-

« Si c'est pour me faire chier tu peux te casser de suite, Pans'. Je te vois venir avec ta tronche de "Je-te-l'avais-dis".

- Tu ne pourrais pas être un peu aimable de temps en temps, Dore ?

- Suis pas d'humeur.

- Moi non plus. »

Parkinson avait en effet l'air fatiguée et sa colère était palpable. Elle s'affala à mes côtés sur le lit d'infirmerie et enleva ses chaussures.

« Je suis malade Parkinson, tu déranges ma tranquillité.

- Oh la ferme ! Est-ce que tu as la moindre idée de comment je me sens là ? Non, bien sûr que non, miss Dore est bien trop imbue de sa personne pour se soucier des autres, cingla-t-elle.

- Je pensais que d'après toi l'égocentrisme était une vertu, alors ces mots dans ta bouche Pansy...

- Mais la ferme putain ! Malvina tu ne te rends pas compte ! Tu n'es qu'une putain d'imbécile, espèce de pimbêche, as-tu une idée de ce que nous avons ressenti ce matin ?

- Non, mais je sens que tu ne vas pas tarder à...

- La ferme ! LA FERME ! »

J'inspirai profondément pour me calmer et fermai ma bouche. Pansy s'était relevée et semblait lutter pour ne pas me frapper. J'hésitai à la pousser du lit pour la faire taire. Puis je me résignai plutôt à la laisser finir. Débattre avec elle aurait été un effort physique épuisant. Mais qu'est-ce qu'elle venait me faire chier alors que je venais d'échapper à une hypothermie et me remettais à peine de ma cuite ? Je décidai de l'écouter et baissai les yeux un instant pour ne pas les lever au ciel. Je la fixai en attente de la suite.

« Malvina, tu es incroyable. Et tu n'as même pas la décence de te remettre en question. » A la manière dont elle plissa les paupières, je sentis la menace monter. Elle ne s'en prendrait pas à moi, pas physiquement du moins. J'avais appris à ne pas sous-estimer ses paroles venimeuses. Je me repliai là où ses reproches ne m'atteindraient pas. Un sourire de dégoût cruel fleurit doucement sur ses lèvres. Elle aiguisait sa langue de vipère.

« Tu sais quoi ? Je vais peser mes mots, je ne veux pas être...méchante. Mais il faut que tu comprennes, grotesque petite sotte. Hier soir. Tu t'es donné en spectacle. Tu as été d'un ridicule frisant le pathétique. L'essence du pitoyable. Navrante. »

Aïe.

« Mais soit, reprit-elle. On arrive à s'accommoder à cela. A la longue, ton pittoresque personnage nous est tolérable. Le pire. Le pire, ah ah ! Est-ce-que tu imagines un instant ce que Daphné a ressenti ce matin ? Ce que nous avons tous ressenti ? Tu sais, au moment où nous sommes tous arrivés en cours et que personne ne savait où tu étais ? Que personne ne t'avait vu ? »

Oops.

« Pardon ? Je ne t'entends pas. Y as-tu pensé à ce fait ? Tu as disparue au milieu de la nuit. »

Euuuh...

« Est-ce-que tu sens ce malaise qui flotte dans l'air aujourd'hui ? Est-ce-que tu sens cette aura de catastrophe ? C'est la guerre Malvina. On a tous vu la Mort.

- Oh. »

Les yeux verts de Pansy étaient humides de soulagement et de colère. En effet, j'avais déconné. J'ai disparu sans prévenir, sans les avais inquiété. J'ai...Mais putain, laissez-moi rire ! Comment pouvait-elle faire comme si c'était de ma faute ! C'était quoi son putain de problème ? Espèce de connasse. Je m'en foutais de ce qu'elle ressentait. Je m'en foutais avec la plus grande négligence. Cette "aura de catastrophe" ? La "Mort" ? Haha ! Elle ne savait rien, elle ne comprenait rien. Comment pouvait-elle comprendre ce que ma malédiction impliquait ? Elle ne savait pas ce que je voyais. Ce que j'avais vu. Elle ne prédisait pas la mort des choses et des gens. La destinée plus loin dans le temps. Elle ne savait pas ce que je devais faire. Je, je...

« Je suis désolée, murmurais-je.

- Pff. Ne me raconte pas de conneries. Tu n'as toujours pas compris. Tu t'en fous, n'est-ce pas ? Mais Malvina...Tu es notre amie. Je...Je n'ai pas envie de te perdre, je n'ai pas envie qu'il t'arrive quelque chose. Et Daphné tient encore plus à toi que moi. Visiblement, peu importe ce que je te dis, tu nous ignores tant que tu as ton ivresse adorée, hein ? Tu sais quoi, fais comme tu veux. Comme tu le fais toujours. N'oublie juste pas. Si tu préfères te foutre de nos gueules, vas-y. Tu finiras juste par nous perdre. Et crois-moi, ce ne sera pas en douceur. »

A ce moment-là, quelque chose me traversa. Un éclair de compréhension qui fit vibrer mon cœur. Il était vrai que je me laissais bien trop dépassée par les évènements. Des événements futurs. Elle ne comprendrait jamais ce que signifiait de voir s'écrouler les murs du centenaire Château de Poudlard alors que ses pieds fouleraient les couloirs présents mais condamnés. C'était mon fardeau. Il incombait à moi seule d'anticiper les visions, ou de les ignorer. Elles, Pansy et Daphné, elles étaient à mes côtés malgré tout cet univers secret effrayant. Elles se préoccupaient de moi. C'étaient ce que les morsures orales de la Préfète voulaient signifier. Ce qu'elle voulait me dire.

"Tu es notre amie." Oh. "J'ai pas envie qu'il t'arrive quelque chose." Oh. "Tu sais, au moment où on est tous arrivé en cours, et que personne ne savait où tu étais ?" Oh. "Non, bien sûr que non, miss Dore est bien trop imbue de sa personne pour se soucier des autres." Oh... "Tu finiras par nous perdre." Oh !

Une soudaine envie de pleurer remonta du plus profond de moi avec la violence d'un torrent. Je ne pouvais pas lui permettre, ni à elle, ni à aucun d'eux, de se détourner de moi. J'avais trop besoin d'eux. Ils devenaient réellement mon monde et mes alliés. Comment avais-je pu laisser ces liens se construire ? Comment pouvais-je exprimer à ses presque encore inconnus que je partageais leurs affections ?

« Pansy, dis-je en attrapant sa main, je ne sais rien faire d'autre. Je suis exécrable, odieuse, mauvaise et je le sais ! Mais... T'es une pouffiasse, toi aussi, par exemple. Mais tu es mon am...tu es import...Enfin, je t'aime beaucoup. Et, je...

- Ouais, c'est bon. Maintenant la ferme et fais-moi de la place. »

Elle commença à tirer mes couvertures pour se mettre dessous.

« Tu n'es pas censée être en cours ? Repris-je.

- La ferme je t'ai dit, j'ai mal à la tête. »

Je rigolai doucement, la gorge serrée.

« Mais au fait, comment tu as sus que j'étais là ?

- Pomfresh a envoyé une note volante larmoyante d'inquiétude à Rogue pour qu'il excuse ton absence. Tu vas sûrement avoir de ses nouvelles. Et plus tôt que tard.

- Qu'est-ce qu'elle leur a...

- Ta gueule, putain. File-moi plutôt tes médocs. »

Je me retournai dans le lit et collai mon dos à celui de Pansy. Je la sentais juste derrière moi, encore tressautante des émotions qui l'avaient traversées. Elle était à mes côtés, chaude, vivante et réelle. Je laissai ma vue se perdre dans la contemplation brouillée du sol devant moi. Je laissai mes pensées vagabonder autour de sa présence. Je divaguai. Douce et cruelle, fragile mais épineuse. Faible, sanglante, précieuse. Elle serait la Rose. Ma Dame de Cœur sans merci. Je clignai des yeux, les contours redevinrent nets avant de se confondre et fondre de nouveau. Une sorte de tristesse saisissante rampait sous ma peau. Une mélancolie cognitive qui guettait mes faiblesses comportementales. Je me trouvai en proie à une introspection blasée. Les questions se bousculaient dans ma tête. Où était ma place ? Des questions, des souvenirs, des visions, des projets. L'avenir. Étais-je importante pour eux ? Je m'accordai à leur ouvrir ma personne, mais eux, seraient-ils à trahir mes attentes ? Me trahir ? L'on pourrait croire que le fait de voir puisse ôter l'incertitude. Mais rien n'était plus flou que des bribes entrevues. Ces souvenirs inachevés en attente d'exécution. Je ne savais plus où se situait le présent.

« Rien à foutre du présent » me dit-Elle. Surprise mais soulagée, je portai alors mon regard à ma montre. Je m'en saisis comme d'une supplication. Il était neufs heures cinquante. Je refermai le médaillon et le serrai dans ma paume un instant. Je caressai ses gravures abstraites, les adorai. Puis je le glissai sous ma chemise, le calai bien au chaud contre ma poitrine. Je remuai mes genoux pour mieux me caler dans la couche.

Un mouvement attira mon regard et je me relevai doucement pour ne pas réveiller Pansy. Crabbe, Goyle et Nott s'avançaient vers moi l'air soulagés pour les premiers et presque moqueur pour le dernier. Mais ce n'était pas son expression habituelle. Immédiatement alerte à cause de sa présence, je leur fis signe de garder le silence d'un doigt sur mes lèvres. Je me levai doucement, forçant mes jambes encore trop fraîches à affronter l'air. Le froid de la pierre envoya des frissons dans tout mon corps dès que mes pieds nus s'y posèrent et je me rendis compte que je portais toujours la même chose qu'en arrivant.

« Tu nous as inquiété Dore, dit Goyle.

- Oui, c'est vrai ! Enchaîna son double.

- Je suis désolé les gars. Je ne pensais pas que vous paniqueriez. Je n'ai pas fait exprès, soufflai-je. »

Je leur offris une étreinte légère mais honnête à chacun et Gregory garda une de mes mains dans la sienne en me rendant un petit sourire.

« Bien sûr qu'on a pensé à toi, Mal ! reprit Crabbe.

- On ne te laissera pas derrière. »

Je fus touchée par les mots du véritable duo rarement séparable du...groupe. Ils avaient tendance à repousser les gens en jouant de leurs physiques imposants pour inspirer la crainte. Mais ils étaient des garçons dévoués, avec deux grands cœurs attachants - même s'ils étaient cruels. Puis Nott se rapprocha et s'en m'en rendre compte je gravitai plus proche de lui. Il me regarda avec intensité, se lécha les lèvres et s'exprima à son tour.

« On va te laisser, Malvina. Tu es encore bleuie de froid et tes genoux tremblent. Tu ferais mieux d'enfiler autre chose que ma chemise.

- Même pas un vœu de bon rétablissement ?

- Pourquoi faire ? Je suis sûr que tu es increvable, me dénigra-t-il avec malice.

- Tu ne peux pas le savoir sans essayer.

- Compte sur moi pour le faire.

- Si tu veux me détruire, attends des représailles.

- Des représailles, de ta part ? Amusante jeune femme. Pourquoi faire ? Tu es impuissante. »

Je souris et m'éloignai.

« Je suis fatigué et tu m'ennuies. Repassez quand vous voulez les gars. Mais de toute façon, je pense pouvoir sortir avant ce soir. Alors on se verra dans mon dortoir.

- Tu as besoin de repos et non d'alcool si tu veux être apte.

- Alors je ne boirais pas, monseigneur. Il existe d'autres moyens de s'amuser, n'est-ce pas ? Suis-je obligée de conjurer à boire pour que vous déniiez passer du temps avec moi ?

- Très bien dans ce cas. On se verra en soirée, conclu Théodore en s'en allant.

- Prends soin de toi, Dore, me lança Crabbe.

- On se voit tout à l'heure Malvina, termina Goyle.

- Salut, soufflai-je en remuant la main. »

Lorsqu'ils disparurent en refermant la porte, madame Pomfresh sorti la tête de son bureau pour m'ordonner de me vêtir et de retourner me coucher. Je lui sortis l'excuse des toilettes et elle s'en retourna à ses affaires. Ni une, ni deux, je me saisis d'une bouteille de potion antidouleur sur le plan de travail. Je la savais entre autre à base de lait de pavot. Je rie intérieurement, furieusement excitée malgré ma fatigue envahissante. Je bus de longues gorgées avant de me recoucher. Muahaha. Quelques minutes suffirent pour me faire entrevoir d'immenses étendues de nuages cotonneux.

.

Je ne suis pas si mauvaise. Je ne suis pas si méchante. Je suis juste impure. Et contagieuse. Je ne sais pas préserver, je ne sais que consumer. Je suis désolé les amis, je vous aime beaucoup. C'est pour cela que je vous souillerai. Que nous vous souillerons. Profondément. Le plus profondément possible. Par ce que je suis irrécupérable. Par ce que Nous le sommes. Et j'aime ça autant que je le hais. Autant que je La hais. Autant je L'aime. De toute mon âme. La nôtre.

.

Je passai le reste de la journée à glander dans un demi sommeil comateux. Vers midi sûrement, l'infirmière vint m'apporter de quoi manger ainsi que les potions de rétablissement notamment contre la méchante grippe que je 'étais arrangée pour attraper. Elle chassa Pansy de mon lit à grands cris. Malheureusement pour elle - et sous mon hilarité - notre directeur de maison aux cheveux gras adoré choisi ce moment précis pour venir me voir. Elle fut collée pour avoir séché les cours de la matinée. Je ricanai.

« Vous feriez mieux de vous taire miss Dore, votre sanction sera la même. Que faisiez-vous hors de votre dortoir après le couvre-feu ? Êtes-vous encore plus stupide qu'une Gryffondor écervelée en quête de reconnaissance pour vous balader seule au milieu de la nuit et en si...petite tenue ? ajouta-t-il avec une moue de dégoût. Ou bien est-ce là une démonstration de votre impudente tendance à...

- Techniquement professeur, le coupai-je, je n'ai pas vraiment enfreint le règlement. Il était déjà cinq heures lorsque je suis sortie pour une promenade vivifiante matinale... L'aurore approchait et euh... »

J'écopai d'une deuxième heure de colle pour ma soit disant insolence.

« Je vous attends donc vendredi, ainsi que le suivant devant la porte du cachot de cours, à huit heures précises. Ne soyez pas en retard. Et bon rétablissement, miss Dore. Je suis sûre que vous saurez faire des choix plus pertinents dorénavant. » Et il s'en alla dans un bruissement de cape.

-Off-

Le jeune homme se glissa derrière une tapisserie pour passer inaperçu. La cavité sombre dissimulée dans un mur faisait une ébauche de cul de sac secret. Il sorti de sa poche un paquet de cigarette et en porta une à ses lèvres. Une minute passa. Puis une deuxième. Il pensait. Il réfléchissait. Dès le début, il s'était rendu compte que quelque chose n'allait pas avec cette fille. Elle l'attirait, à n'en pas douter. Mais il n'y avait pas que ça. Il y avait plus en elle qui l'appelait. Et à présent...il se demandait. Il avait une idée en tête et voulait vérifier sa théorie. S'approchait-elle de lui ? Lui ressemblait-elle ? Ou plutôt, en possédait-elle aussi ? D'un geste vif, il récupéra dans sa poche le zippo que son "père" lui avait donné. Il l'observa une seconde. Le capuchon d'argent émit un petit bruit à l'ouverture, suivi du grincement de la pierre contre son pouce. Il inspira un instant cette légère odeur d'essence qu'il aimait bien. Elle lui rappelait ce père. Lui rappelait qui il était, ce qu'il était. Lui rappelait ce qu'il ne devait oublier. Lui rappelait ce que tout fils aurait dû vouloir oublier.

Dans l'obscurité de son espace, la flamme orange léchée de bleu était trop brillante. Il y porta l'embout blanc de sa Marlboro et dans un nouveau claque, referma l'outil. Le briquet d'argent massif - outragé de cette image, ce sourire - regagna sa poche arrière alors qu'un nuage blanchâtre emplissait l'habitacle. Il savait qu'elle viendrait. Il savait qu'elle se guiderait d'elle-même jusqu'ici. Il devait juste attendre. Attendre pour en savoir plus. Un peu plus pour être sûr de lui, être sûr d'elle. Avant de lui présenter, avant de leur présenter. Il pensait. Il pensait à lui, à elle. À ce qu'il avait vu. Car lui, lui, ô lui ! Lui avait été le seul à se rendre compte. Le seul à voir, voir ce qu'il s'était passé ce matin-là. Il l'avait vu, Elle.

Au fur et à mesure de chaque bouffé, sa cigarette se consumait selon ses inspirations. Bientôt, il ne resta qu'un embout consumé. Il l'écrasa. Elle n'était pas encore là. Il serra un poing avide pour s'intimer au calme. Patience, patience : « tout vient à point à qui sait attendre. » Il sortit un gaillon. Pile... Face... Pile... Face. Pile. Face. Pile. Face. Pile, face, pile, face, pile, face, pi...puis il sortit une autre clop. Il était prêt à l'allumer quand il l'entendit. Des bruits de pas. Doux, hésitants, discrets...mais inquisiteurs. Puis plus rien. Elle était là. Il n'y avait qu'elle – ou presque - pour être attiré par cette odeur. Ses doigts fins élégants attrapèrent le rebord de la tapisserie proche et...

« Depuis quand tu fumes toi ? » cracha Malvina Dore en le toisant.

Il hocha des épaules et sourit. Elle était là, juste là à essayer de le regarder avec sarcasme quand bien même n'était-elle captivée que par la cigarette dans sa bouche. Elle pénétra l'espace semi clos et lui ôta des lèvres pour la pincer entre les siennes. Il ressorti son zippo d'argent et tendit légèrement son bras pour l'actionner devant elle. Ses yeux bruns hagards glissèrent de l'homme à l'outil alors qu'elle aspirait pour incendier le tabac. Il la voyait suspicieuse, méfiante même. Mais elle avait confiance en elle-même. Cependant, ce n'était pas assez pour lui. Il voulait, il voulait...

« Je veux la voir. » Dit-il.

Elle haussa un sourcil et lui souffla sa fumée dessus avec un sourire en coin. Il avait remarqué qu'elle portait souvent ce rictus malicieux. Une expression de confiance moqueuse. Cette moue creusait une unique fossette sur sa joue gauche. Il savait qu'il devait se méfier de la malice de Malvina.

« De quoi tu parles ?

- Je sais, déclara-t-il.

- Félicitations. Puis-je savoir ce que tu as découvert ?

- Je l'ai vu, insista-t-il.

- Fantastique. Et, qui ça ? Ironisa-t-elle.

- Je l'ai vu. Ce matin. »

Elle se figea à l'éloquence et il eut alors un étrange sourire. Son visage craqua en un immense rictus malin. Il s'agissait de l'essence même du rictus diabolique. Une image qui rappelait ce même sourire.

« Moi aussi » révéla-t-il sans quitter sa suffisance.

Il vit ses yeux s'écarquiller d'une ébauche de compréhension puis à nouveau aller et venir visuellement du briquet entre ses doigts à son visage. Il voyait les liens se lier dans son esprit et les ponts de former vers la solution.

« Le Joker, souffla-t-elle... C'est un joker...

- Je suis Joker

Puis un éclair de panique. Il capta le mouvement de sa main droite. Tremblante, elle s'agrippa à quelque chose sous sa chemise blanche. Son pendentif ? Il s'approcha d'elle, la dominant de toute sa hauteur. Il la vit frémir d'horreur. Mais elle ne bougea pas. Il le savait ! La satisfaction de la connaissance l'envahit à son tour. Elle avait peur des contacts qu'elle n'engageait pas. Il pouvait la contraindre à le craindre. Elle était de ceux qui aimaient avoir une longueur d'avance. Une joueuse, comme lui et Joker l'étaient. Il pouvait la vaincre. Alors il vint pratiquement se coller à elle. Il l'oppressa pour lui répéter des mots à l'oreille.

« Montre la moi » disait-il.

Elle ne répondit pas. Il s'éloigna un peu, reculant juste assez pour l'observer. Il voulait voir l'expression de la peur qu'il lui inspirait briller dans son regard brun. Il voulait la voir trembler d'horreur. Quand il réussit à forcer ses yeux à le regarder, il ne put lire quoi que ce soit en elle. En un instant, son regard se vida d'émotions claires à tourmenter. Il vit la lueur de ses iris s'éteindre de conscience. Elle se referma devant lui. Une insolence inexpressive s'imprégna sur ses traits aux courbes harmonieuses. Elle le fixait sans le voir.

Voilà qui le contrariait, il ne s'attendait pas à une telle défense. Il s'agissait d'une contrariété. L'offense manqua de lui faire perdre son calme bien trop fragile. Il avisa de ses longs doigts incertains. Ils allaient et venaient jusqu'à ses lèvres ourlées et avides pour y poser le cylindre enflammé. Ses joues se creusaient et ses yeux se fermaient lorsqu'elle tirait dessus. Il n'y avait devant lui qu'une fumeuse comblant le manque. La beauté indifférente s'enivrant. Il la trouva hypnotisante. Il la trouva sensuelle.

« Je veux la voir, répéta-t-il.

- Non, répondit-elle enfin. »

Sans appel. Mais il ne pouvait abandonner. Il était allé jusqu'à lui faire comprendre, lui prouver. Il n'hésiterait pas à afficher son existence. Il la ferait céder à sa demande. Il voulait la voir, la forcer à se dévoiler. Et il le ferait.

« Montre la moi.

- J'ai dit non.

- Je veux la voir, s'obstina-t-il.

- Elle est à moi. Je ne suis à personne, dit-Elle.

- Je veux la voir.

- Elle est à moi ! Je suis toi.

- Je. Veux. La. Voir.

- Suffit ! S'énerva-t-elle finalement. »

Il se félicita de l'avoir sorti de son isolement mais n'était pas encore satisfait. Il allait obtenir plus de cette fille. Elle se décolla de lui et s'éloigna autant que lui permettait l'espace concis. Il décida d'utiliser d'autres tactiques pour la forcer à lui répondre.

« Je te donnerais quelque chose, marchanda-t-il.

- Ah oui ? En quoi pourrais-tu me satisfaire ?

- Je vous donnerais quelque chose. Un plaisir pour toutes deux, proposa-t-il, suggestif.

- Par ce que tu crois que je suis comme toi et ton Joker. Laisses moi rire, ce n'est pas comme ça que ça marche.

- Je t'autoriserais à le rencontrer alors.

- Par ce que tu le fais aller et venir sur commande ? Tu n'es qu'un gamin pitoyable, le dénigra-t-elle. Je n'ai pas besoin de toi. »

Un éclair de fureur le traversa. La rage s'empara de lui jusqu'au bout de ses terminaisons nerveuses. Avec violence, il la repoussa contre le mur. Il la bloquait avec son corps, coupant son souffle de son avant-bras. Aussi fulgurante qu'elle était arrivée, sa colère subite se dissipa. Elle ne laissa derrière elle qu'une vague expression d'excitation sur son visage et la tension résiduelle de la menace échappée. Pourtant, chacun d'eux était parcouru d'une adrénaline sauvage en réaction. Il la relâcha et attendit la suite, il la sentait proche de sa capitulation. Il savait qu'il avait réussis à découvrir plus d'elle. Peu importait ce que cela lui coûtait en échange. Il en apprendrait plus sur elle et son autre Elle.

-On-

Le dos contre le mur, je me laissai glisser jusqu'au sol en reprenant mon souffle. Foutu connard. Mon cœur soutenait la cadence effrénée d'une peur malvenue. Toutes mes alarmes mentales braquaient vers les problèmes. Mais je devais la laisser s'occuper de celui-ci. Je me forçai de nouveau à rompre avec ma raison.

« Casses-toi » soufflai-je.

Il ne bougea même pas et je relevai le visage vers lui. Je regardai son grand corps ébène me dominer avec une obsession presque évidente. Je le voyais réagir d'instincts malsains et viscéraux. Il était plus qu'un simple homme. Je me remasquai d'obstination alors qu'une angoisse étrange se mêlait à l'intensité de la situation.

« Je t'ai dis de te casser Blaise.

- Je t'ai dis que je voulais la voir.

- T'as cru que la vie c'était un Fizwizbiz ? Fais pas comme si tu comprenais.

- Montre la moi.

- Non.

- Montre la moi.

- Non.

- Montre la moi !

- Non !

- Montre la moi !

- Mais tu es con ou quoi ? M'emportai-je. Tu ne sais pas qui elle est, tu ne sais pas ce qu'elle est, tu ne sais pas d'où elle vient ! Peu importe qui tu es, ce que tu es, d'où tu viens. Tu n'es pas comme elle, tu es...

- Joker, compléta-t-il. Je sais ce que c'est ! Tu ne le connais pas non plus, tu ne...

- Je m'en fous ! Ce que tu ne sembles pas enregistrer dans cette mignonne boîte crânienne qu'est la tienne, est que je me contre fous avec la plus stricte indifférence de toi et de ton clown

Il me fallait masquer la réalité de mon appréhension par d'odieuses lapidations verbales. L'art du crachoirs d'immondice selon les Serpentards vaniteux. C'était mon dernier ressort, présentement, après tous les événements qui m'affaiblissaient déjà. Jouer la pute. Il s'abaissa subitement à mon niveau et attrapa brusquement ma main droite. De nouveau ces éclats de violence. Je l'avais remarqué lutter contre ses pulsions agressives. Son Joker n'avait pas la moindre once de patience, il était dangereux. Mais je ne voulais pas céder, non.

« C'est cette main n'est-ce pas ? Reprit-il victorieux dans sa colère.

- Lâches moi.

- Tu fumes de la main gauche, tu bois de la main gauche, tu sors ta baguette de la main gauche, mais tu es droitière. N'est-ce pas ?

- Lâches moi.

- Malvina...

- Je. Ne. Veux. Pas. Ce n'est pas négociable. Lâches moi maintenant ! »

Ses yeux noirs furieux plantés dans les miens, il me détailla sans faillir. Ses narines frémirent un instant et les prémices de son sourire de psychopathe étirèrent sa joue gauche. L'apparition de ses dents blanches sur sa peau bien plus sombre que la mienne rendait lourde l'atmosphère de la cavité isolée. Il était impressionnant. Un homme dans toute la splendeur de son autorité. Mais je ne me laisserais pas dominer si aisément.

« Tu as peur.

- De quoi tu parles ? Lâches moi, putain. Blaise !

- Tu as peur d'Elle, n'est-ce-pas ?

- Blaise, arrête ! Blaise.. ! Arrêtes.. !

- On dirait presque que tu me supplies, femme, soupira-t-il avec langueur. Comme une douce proie apeurée...

- La ferme !

- Dis-moi, que t'a-t-Elle fait ? Que t'a-t-Elle poussé à faire ? Qu'a-t-Elle engendré en toi ?

- Rien qui te concerne, crachai-je. »

Et il continua à me souffler des inepties, des questions malvenues qui secouaient en moi sa conscience illuminée. Il posait les bonnes questions. Des réflexions que seule l'expérience pouvait engendrer. Il ne mentait pas. Il possédait aussi son démon. Je ne voulais pas qu'il rappelle le mien. Mais il continua à murmurer, de plus en plus proche, intrusion tournant autour de moi, soufflant d'une de mes oreilles à l'autre.

« Où est-Elle ? Comment s'appelle-t-Elle ? Que fait-Elle ? »

Et je ne savais lutter. Je ne voulais pas, je ne voulais pas ! Mais...un souffle chaud si près de moi. Les frissons qui le suivirent. L'envie profonde qui se matérialisa. Une contraction dans mon bas ventre. Et un soupir qui s'échappa d'entre mes lèvres. Mon corps me trahissait.

Il finit par lâcher mes poignets pour venir presser ses paumes contre ma nuque, en une caresse à peine appuyée. Il emmêla ses doigts à mes cheveux, fit courir ses pouces contre mes joues, alors que sa bouche cherchait la mienne sans totalement s'en approcher. Il me maintenait sous contrôle de sa force. Les mots que j'aurais dû hurler tournaient dans ma tête. Éloignes toi. Ne m'envahit pas. Dégages, dégages, dégages ! Mais les sons restaient coincés dans mon crâne. Mes yeux papillonnèrent. Je saturais. Je ne supportais pas son invasion. Recules, recules, recules ! Puis je la sentis, cette main. Ma gauche. Loin de cette main tremblante, j'avais mon autre, capable. Il avait raison. Vous me saouler. Réagis. Maintenant! S'excéda-t-elle.

« Pousses toi » prononçai-je en l'accompagnant d'une pression importante et inattendue.

Il bascula sur les fesses et je me relevai. J'accordai alors quelques phrases à son vœux premier, me provoquer.

« Elle n'est pas si distincte de moi que peut l'être ton Joker. Je ne suis pas double, nous ne sommes qu'un. Elle est ma force, ce que j'aime et ne peux assumer. Je suis une part d'elle, une part de moi-même comme elle en est une. L'Autre, la Dame. Un jour, vous me subirez, mais pas aujourd'hui. Laisses nous d'abord le découvrir.

- Suis-je censée t'accorder quoi que ce soit en échange d'énigmes ? Accompagna-t-il de son dédain.

- Shut, la ferme. Non seulement tu n'as pas le choix mais en plus tu vas la faire, cette chose pour nous.

- Crois-tu que tu possèdes le moindre moyen de me contraindre ? Tu ne sais absolument rien de qui nous sommes, voulu-t-il me narguer.

- Combien de fois devrais-je te dire que je m'en fous, souriais-je avec suffisance. Maintenant, fais-nous plaisir. »

Je l'empêchai de se redresser en appuyant mon genou sur son épaule. Il me regarda un instant et son sourire fut de retour. Je le regardai avec plus d'attention. Il avait quelque chose de flippant. L'ombre brillante d'une sournoiserie cachée qui ne ressemblait tellement pas au Blaise que je connaissais mais...lui convenait bien plus en quelque sorte. Le Joker était un psychopathe sûrement atteint d'un profond sadisme.

« Vous vous foutez de ma gueule depuis le début hein, compris-je. Surtout toi.

- Que croyais-tu ? Une place au Royaume des Serpents ne se garde qu'en étant vil.

- Tais-toi, ta langue a mieux à faire. »

Et c'était le cas. L'envie chaude et poisseuse coulait dans mes veines. A cause de cet être inopportun qui venait m'étaler des partielles de sa folie. A cause de lui et de sa violence. Je me laissai aller contre le mur alors que toujours assis devant moi, il remontait ses mains le long de mes cuisses pour venir attraper les ficelles de mon string. Lorsque celui-ci se décolla de moi, je sentis à quel point j'étais humide. Damn it.

« Tu mouilles, dit-il en se léchant les lèvres.

- La ferme. »

Je flanquai ma main dans sa tignasse crépu pour le tirai contre mon entre jambe. Sa tête disparu sous ma jupe et je laissai la mienne partir en arrière. Oh putain de bordel de merde. Il commença par lécher l'intérieur de mes cuisses, puis tourner tout autour de mes lèvres, ce qui fit se contracter les muscles de mes fesses en saccade. Je montai mon genou et passai ma jambe par-dessus son épaule pour lui laisser plus d'accès. Son souffle était si brûlant sur mes parties sensibles qu'il lança frissons et chatouilles courir sur tout mon corps. L'adrénaline battait dans mes oreilles et mon crâne comme un shot de tequila après trois ou quatre pétards. Puis sa langue, chaude et habile qui remontait le long de ma fente pour venir se poser sur mon clitoris. Et elle tournait, tournait, tournait : autour, dessus, dedans j'en avais aucune idée. Je la sentais juste s'activer et me lancer, me propulser même. Oh merde. Ma bouche était ouverte, retenant à grand peine mes cris pour l'instant muets. Sa langue ralenti un moment la cadence, me laissant reprendre un souffle que je ne m'étais même pas rendue compte avoir perdu. L'une de ses mains tenait ma cuisse en place près de sa tête tandis que l'autre voyageait entre mes hanches et mes genoux. Et sa langue se frottait à mon bouton de nerfs d'avant en arrière, toujours plus mouillée, sûrement chargée de mes sécrétions. Langoureusement, de plus en plus doucement, amenant quelques éclairs de plaisir profondément en moi, une contraction bienvenue. Puis d'un coup, des doigts s'enfoncèrent dans mes replis brûlants pour toucher l'origine de cette contraction. Le gémissement que je peinais à taire m'échappa alors que mes abdos, comme tous mes muscles, se crispèrent une demie seconde. Ma mâchoire tremblait, mes doigts et orteils étaient crispés au possible. Mon bassin se lançait contre lui de manière incontrôlée et je serrai mes deux mains contre sa tête, sentant mes ongles le griffer. En retour sa main s'enfonça douloureusement sur ma cuisse et ses doigts en moi bougèrent pour de nouveau glisser sur ce point magique. Sa langue repartie dans un rythme tourbillonnant effréné soutenu par son doigté. Un autre gémissement m'échappa et je commençai à perdre l'équilibre, ma jambe au sol se mettant à trembler également. Oh putain, putain, putain. Son rire étouffé fit vibrer mon intimité et je craquai de nouveau en vocalise. S'en était presque trop. Les quelques éclats douloureux de la force brute de ses paumes et de sa langue buttant avec souplesse sur mon clitoris ne faisaient qu'attiser mon désir et mon plaisir. Putain...! Mon poing s'abattu contre les murs autour de moi et des larmes vinrent s'accumuler dans mes yeux. Il montait, l'orgasme montait, montait, montait, il me fallait m'y abandonner, il me fallait jouir.

Oh oui, encore, cria-t-Elle. Mais avant il me fallait voir, pendant qu'il ne pensait pas à me bloquer le passage vers sa mémoire. Je glissai ma main de sa nuque à sa joue alors qu'il créait une succion avec sa langue chaude et m'arrachait un nouveau cri. Ma main droite. « Putain de merde, oui! » Je fermai fort les yeux et m'abandonnai au pouvoir qui l'imprégnait.

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« Blaise. BLAISE ! Qu'as-tu fais?!

- Pardon Mère. »

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« Non madame, ce n'est pas vraiment de la schizophrénie.

- Mais docteur, il lui a donné un nom ! Il n'est plus le même quand il se nomme ainsi, n'importe qui pourrait le voir. Attendez, je vais vous montrer. Trésor ?

- Oui Mère ?

- Parle un peu de toi au docteur, veux-tu ?

- Bonjour monsieur docteur, je m'appelle Blaise Zabini, j'ai bientôt huit ans.

- Bonjour Blaise. Alors dis-moi, il parait que tu as un ami toujours avec toi.

- Non, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas mon ami.

- Qui est-ce alors ?

- Joker.

- Juste Joker ? »

L'enfant hoche la tête de haut en bas.

« Et où est-il ce joker ? Tu pourrais me le présenter ?

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, dit-il en tapotant sa tempe de ses doigts.

- Il est dans ta tête alors ? Et pourquoi ça ?

- Si vous voulez. Par ce qu'il fait peur à Mère, murmure-t-il ensuite sur le ton de la confidence.

- Que veux-tu dire par si je veux ? »

L'enfant hausse des épaules.

« En fait, je vais vous dire quelque chose de compliqué, alors écoutez bien.

- Très bien, je t'écoute Blaise.

- Joker, c'est moi. Mais je ne suis pas Joker. Il n'est pas comme moi, mais c'est moi. Parfois c'est lui, parfois c'est moi. Il me parle dans ma tête. Il vient juste quand c'est amusant. »

Le docteur prend quelques secondes pour analyser la phrase et croise le regard suppliant de Mrs Zabini.

« Joker aime les choses amusantes ?

- Euh... »

Blaise lance un regard embarrassé à sa mère et s'approche du psychomage.

« Si je vous raconte la dernière chose amusante qu'on a fait, vous me promettez de ne le dire à personne ?

- D'accord.

- Personne, personne, hein ?

- Promis. »

Il se met alors sur la pointe des pieds pour lui murmurer son histoire à l'oreille. Le teint du quadragénaire blanchit progressivement et son front se trempe de sueur alors que le petit Blaise contient difficilement son hilarité. Puis il retourne sagement s'asseoir sur les genoux de sa mère. Celle-ci reprend la parole.

« Alors docteur ? C'est grave, qu'en pensez-vous ? Vous savez, mon mari est mort il y a peu de temps, Blaise l'aimait beaucoup et...c'est lui qui a découvert le corps vous savez...Il n'est plus le même depuis... »

L'homme est tenté de tout raconter à cette mère aimante et inquiète, mais un clin d'œil entendu de l'enfant fait courir des frissons d'horreurs dans son dos.

« Je pense que c'est lié au traumatisme. Ce n'est qu'une question de temps, votre fils va bien et ne fera qu'aller mieux... »

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Aujourd'hui, c'est mardi et Blaise a six ans et sept mois. Comme tous les mardis, sa maman rentre tard du dîner avec ses copines de l'association des Sorcièr'rusées. Il ne sait pas trop ce que c'est, il sait juste qu'il n'aime pas les mardis. Il est toujours tout seul.

Aujourd'hui, c'est mardi et Blaise a sept ans. Il n'aime toujours pas les mardis. Quand sa maman rentre le soir du dîner avec ses copines buveuses de thé et de champagne, elle est toujours trop joyeuse, elle parle trop, trop vite, trop fort et va se coucher tôt avec son père. Enfin, son père en ce moment. Il n'aime pas être seul avec lui. Il ne l'aime pas trop en fait, c'est celui qui fume. Il fume tout le temps. Mais il a un briquet. Un très beau briquet comme Blaise n'en a jamais vu avant. Rectangulaire, tout en argent, avec de jolies gravures. Enfin, lui les trouvent jolies, mais elles sont effrayantes. Plus que des gravures, c'est un visage. Un visage souriant, mais du pire sourire qui puisse exister.

Aujourd'hui c'est mardi et Blaise a sept ans et deux mois. Blaise n'aime toujours pas les mardis et encore moins ce père. Il est 23heures, sa maman dort. Elle a enfin arrêté de gémir avec son père. Blaise n'aime pas les mardis, surtout vers 23heures. Par ce qu'à ce moment-là, ce père vient le voir. Il arrive, pose son briquet sur le bureau, enlève sa ceinture, son pantalon et le bas de pyjama de Blaise. Et il n'a pas le droit de pleurer, pas le droit de crier, il ne doit surtout pas réveiller Mère. Il est seul à souffrir. Mais il regarde le briquet. Il regarde le sourire. Il regarde le joker. Il sait lire. J-O-K-E-R. Avant il lui faisait peur, le sourire lui faisait peur. Le sourire de quelqu'un qui aime faire souffrir les gens. Et qui aime voir la souffrance de Blaise. Mais ce n'est pas grave. Par ce que Joker est là au moins. Joker l'aide à ne pas trop pleurer.

Aujourd'hui c'est mardi et Blaise à sept ans et six mois. Blaise vit dans la haine des mardis et de ce père. Mais Blaise ne peut rien faire. Il est 23heures 30 et ce père lui fait mal, mal, mal à toujours venir lui mettre de force. Mais comme toujours, il y a le briquet. Il le regarde tout le temps, il ne le quitte jamais du regard, jamais. Même pas quand il y a trop de larmes dans ses yeux. Il ne s'accroche qu'à ses cinq lettres et ce sourire. Et au rebord du bureau aussi. Un joker. Le joker. Le Joker. Joker. Joker. Joker. Seulement Joker. Il ne pense qu'à Joker, Joker et son sourire, Joker qui aime ça, qui aime rire de ça. Joker qui lui dit des choses dans sa tête, que ce n'est pas grave d'avoir mal. Qu'il doit juste attendre, qu'ils prendront ensemble leur revanche. Et puis le joker part. Son père le reprend de là où il l'a posé, maintenant qu'il a fini. Mais Blaise pense encore à Joker. Joker qui est toujours là pour lui, toujours là. Et puis son père part. Après avoir nettoyé le sang et le sperme par terre. Et Joker continu à lui dire des choses dans sa tête.

Aujourd'hui c'est mardi et Blaise à sept ans et onze mois. Blaise rigole. Alors qu'il regarde le liquide blanchâtre taché de son sang qui coule entre ses jambes, il rigole. Il rigole avec Joker. Par ce qu'il est content. Ils sont contents.

Aujourd'hui c'est mardi, oui mais c'est le dernier mardi. Blaise et Joker ont décidé que c'en était fini. Joker et lui volent le briquet joker, ils le prennent à ce père. Et alors qu'il est en train de remettre son pantalon, ils sourient. Ce père s'énerve, il lui ordonne de lui rendre, mais ils ne veulent pas. Alors ils partent en courant et le père leur court après. Et Joker rigole, Blaise rigole, ils sont contents. Mais le père ne l'est pas, il hurle, il leur hurle dessus, mais ils s'en fichent. Ils attrapent une bouteille d'alcool très très fort sur le buffet et continuent à courir. Ils courent, ils courent et le père leur court toujours après. Il leur court après en s'énervant de plus en plus, en le menaçant, le menaçant toujours plus. Mais quand Blaise s'arrête subitement, il s'arrête aussi et le regarde. Joker sourit, il sourit sur le visage de Blaise et le père à l'air d'avoir peur d'eux. Surtout quand ils ouvrent la bouteille et lui jette le contenu dessus. Et le père hurle encore, il est mouillé et fou de rage. Mais le sourire, ce sourire ne quitte pas le visage de Blaise. Il a toujours joker dans sa petite main. Et avec ses petits doigts, Blaise ouvre le capuchon d'argent. Il y a cette odeur entêtante, celle de l'essence. Blaise prend le temps d'inspirer en contemplant l'expression horrifié de ce père. Il est content, il est euphorique et son sourire est le meilleur qu'il n'ait jamais senti. Puis il fait rouler la pierre sous son pouce et...lance le briquet droit devant lui.

Et le joker d'argent fut à eux. Rien qu'à eux.

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« Oh, oh ! OH ! Santissima Maria, Madre di Gesù*! PUTAIN de MERDE ! » Furent mes seuls mots hurlés.

Quel choc. Quelles révélations.


Nda : J'espère ne pas vous dégoûtées ! J'attends vos avis avec appréhension et impatience. Encore une fois, des reviews seraient vraiment géniales !