Nda : Anyways & caetera, je me suis senti un peu trop inspirée pour ce chapitre, notamment avec les musiques. J'y ai néanmoins pris un plaisir incommensurable (et éventuellement fou), peut-être saurez vous l'apprécier également...? Ça serait sympa de le dire, au cas ou ! Bonne lecture.

[Edition 19/06/2015]


Chapitre 8 : Une éternité de mensonge.

Les anges dans nos campagnes (Gloria In Excelsis Deo) - Comptines & Chants Religieux

Le mensonge est une chose poisseuse. Un acte répugnant qui nous souille mais dont ils aimaient tant la saveur. Je ne les ai jamais compris. On m'a accusé d'être trop saine ou simple d'esprit. Comme si je ne portais pas mes propres démons. Mais ce n'est pas grave. Ils sont partis maintenant. Ils ne pourront plus me corrompre, ils sont morts. Et je pourrais vivre sans eux même si le monde n'a plus de sens. Sans lui. Je veux mourir aussi mais je ne peux me résoudre à tuer. Comprenez-vous ce que ça implique ? Je porte une autre vie. J'en ai la responsabilité maintenant que vous sombres addicts malsains, menteurs, tueurs, m'avez laissé seule. Mais je l'ai lui. Il sera pur. Ce sera un garçon. Il portera les couleurs de mon amour dans votre monde de pourriture. Vous irez en Enfers, lui sera un ange. Mon ange. Qu'importe le trèfle qui orne mon ventre rond. On m'a nommé Dame d'un royaume écroulé. Un château de carte dominé par la Dame de Pique. Son Roi est tombé avec elle. Ils sont morts, le Jeu est fini et avec lui tous ses symboles. Je ne suis pas la Tour survivante sur le plateau. Quand bien même le Fou serait tombé à la mort du duo princier. Je ne veux plus voir cette Dame matérialisée être envahit par les ronces grimpantes de la Rose. La Dame de Cœur. La Dame au Chevalier servant. L'Épée si l'on préfère. Je ne veux plus penser à vous. Laissez-moi pleurer en paix et reposer mon chagrin sur ma chair. J'aurais toujours un souvenir de vous gravé sous mon nombril mais ce ne sera pas une mémoire nostalgique. Ce sera une mémoire lourde de tristesse et de regrets. Vous êtes morts et vous me pourrissez quand même. Vous êtes des monstres, noirs et sanguinaires. Noyez-vous dans vos mensonges pendant que vous êtes encore vivants.

Puis souffrez en Enfer.

J'entends déjà les carrions divins de sa naissance. Ce sera un être absolu. Un messie, un prophète. Oui, mon fils sera le prochain dirigeant de ce monde. Je ferais tout. Je vendrais mon âme que vous avez bousillée et noircie pour voir le miracle de Sa réussite. Son futur. Le futur de mon futur. Je suis en vie et je vivrais. Moi. Je le hisserais au sommet du bordel idéologique que vous avez semé. Vous étiez des apôtres. Mais vous étiez impurs. Voici venir l'avènement de ce fils qui grandit en moi. Je ne les laisserais plus mettre une camisole sur mon dos, non, j'élèverais cet enfant miraculeux. Par ce que vous m'avez maudits. Mais vous avez été le sacrifice à ce pouvoir. Vous êtes morts et c'est mieux ainsi, qu'importe la douleur de votre perte. Il ne serait pas en moi sinon. Grandit, mon enfant, ta mère t'aime peu importe d'où tu viens. Tu es divin. J'ai suffisamment de passé pour nous deux. Mes pêchers compenseront tes crimes. Tu n'auras rien à te reprocher. Il sera beau, n'est-ce pas ? Vous les entendez aussi, les clochers ? Les échos de son avenir flamboyant. C'est magnifique. Cet enfant est magnifique. Un miracle. Vous êtes d'accord les gars ? Ah oui. Vous ne pouvez plus être d'accord. C'est con, j'ai tendance à l'oublier.

Vous êtes morts.

D.G~

«L'homme n'est que mensonge »

Ps 116,11

Lies (Tourist remix) – CHVRCHES

-Off-

Elle nageait dans les nuages, surfait sur le vent. Non, elle trônait dans un siège de coton. Elle se sentait libre et libérée, insensible et bien heureuse. Elle pensait même à de la félicité. Son esprit volage était au paradis. Il n'y avait rien de mieux au monde que ces instants d'oubli absolu. C'était magnifique. Un envol chargé, au milieu des cumulus du vent. Au-delà du Temps. Elle voyait en résonance avec un autre univers. Chose inespérée et incroyable, elle semblait en être le Dieu. Un espace alternatif, non, réel ; réel mais transcendant. Elle se voyait dans un monde de Liens Temporels soutenue par des ailes douces et moelleuses. Ses membres tremblaient mais elle ne ressentait pas le froid. Assise à même le sol de pierres froides, le dos contre la même matière, elle ne sentait même plus l'inconfort de sa position. Elle oubliait son présent dans chacune de ses gorgées, oubliait ce qu'elle était dans chacune de ses gorgées. Elle oubliait où elle était, ce qu'elle y faisait, ce qu'elle y avait vécu ou ce qu'elle y vivrait, grâce à l'apport constant d'alcool dans son corps. Elle respirait l'abandon sans voir la buée qui se confondait à la fumée qu'elle expirait. Elle fumait, se fumait elle-même ; elle buvait, se buvait elle-même ; elle planait, elle se bousillait.

C'est ainsi que Blaise Zabini la découvrit, le corps prit de spasme, le nez et les joues rougis par le froid ainsi que les lèvres bleuis par ce même fléau et le vin rouge. C'est ainsi que Blaise Zabini la découvrit, à même le sol, jambes et bras écartés, une bouteille de vin dans la main gauche et sa baguette dans la droite. Mais ce qui choqua le plus Blaise Zabini fut son expression. Il n'avait même pas les mots pour la décrire. Son sourire, la manière dont ses pommettes ressortaient, ses cheveux anarchistes bouclant et frisant autour de son visage, comme un soleil noir. Et ses yeux. Ils étaient perdus dans un univers que le préfet des Serpentards savait être le sien. Elle voyait des choses, elle voyait au-delà du présent. Mais elle était perdue dans cette béatitude malsaine. Elle porta sa bouteille à sa bouche et but encore. Il savait qu'elle n'avait même plus conscience de ce qui l'entourait. Elle ne le voyait pas, ne l'entendait pas, ne sentait pas sa présence. Il se demandait même si elle s'était rendu compte que le soleil se levait. Sept heures étaient déjà bien avancées. Sachant qu'il ne pourrait pas la raisonner ainsi, il lui jeta un sort de dégrisement. Mais à sa plus grande surprise, elle tourna au même instant son visage de démente vers lui en leva sa baguette d'un mouvement qui tenait plus du réflexe que de la réflexion.

« Protego » murmura-t-elle. La métisse but une autre gorgée de sa bouteille presque vide avant de diriger sa baguette dessus et d'y lancer consécutivement des sorts qu'il ne connaissait pas, jusqu'à ce que celle-ci se remplisse de nouveau. Il souffla et vint s'asseoir près d'elle.

« Ne penses-tu pas avoir assez bu pour auj...

- Toi, le coupa-t-elle en dardant ses yeux fous sur lui. Je te reconnais, tu es le Joker. »

Il souffla de nouveau, dépité, avant de secouer la tête négativement.

« Bonjour ma Dame, dit-il avec une révérence dans la voix. Peut-être est-il l'heure de laisser place à Malvina ?

- Blaise, je t'ai dit que nous ne sommes qu'un. Que nous veux-tu ? »

Zabini ne comprenait pas, elles n'étaient pas comme lui et Joker. Il accepta tout de même cette incompréhension.

« Je suis bourrée Blaise, reprit-elle, il n'y a rien d'assez important pour que tu me déranges.

- Le train. As-tu préparé tes affaires ? Tout le monde s'est levé en catastrophe pour les faire et tu n'étais même pas là.

- Je suis folle, pas conne. Mes affaires sont prêtes et je serais revenu à huit heures pour me doucher et m'habiller.

- Je m'inquiétais juste pour toi.

- C'est pour ça que tu me suis partout ? Par ce que tu es inquiet ? »

Le jeune homme fronça des sourcils, il ne pensait pas qu'elle avait remarqué. Il était vrai que ces derniers jours, il avait voulu voir où cette fille intrigante allait pour boire ou se droguer. C'était grâce à ces investigations qu'il avait été en mesure de la retrouver présentement. Et ce n'était pas la seule chose qu'il avait découverte. Il la regarda encore, le corps souffrant, ses yeux embués luttant contre la fatigue, ses gestes maladroits quand elle s'obstinait à boire. Il ne la comprenait pas. Elle transpirait la faiblesse mais en même temps...elle paraissait si forte, si sûre d'elle.

Ou plutôt d'Elles, souffla une voix dans sa tête. Oui, il pensait également que telle était sa puissance. Il voulait tellement la comprendre, savoir comment elle faisait pour garder la tête haute.

« Je sais plus de chose que tu ne veux bien le croire Malvina.

- Et quel genre de choses ? Le provoqua-t-elle avec un sourire en coin.

- Je t'ai reconnu hier soir.

- Je ne vois pas de quoi tu parles. »

Il la détailla. En mettant de côté l'expression caractéristique de son ivresse, il vit ses sourcils se froncer en signe d'incompréhension et sa bouche se tordre en niant, innocente. Mais cet homme ne doutait pas de lui. « J'adore les bruits que tu fais pendant l'acte. Tu as beau lutter de toutes tes forces pour ne pas crier, ne pas montrer que tu aimes ça, mais tes gémissements sont tellement doux à l'oreille... » Il la regarda avec une lueur lubrique, un air victorieux, en attendant de la voir accepter qu'il l'avait percée à jour sur ce coup. Mais lorsqu'elle parla, son visage était toujours le même. Il trouva cela perturbant.

« Soit. Ensuite ? » Il força ses muscles faciaux à se détendre pour ne pas lui montrer son trouble. Elle le prenait vraiment de cour. Puis elle se mit à rire. Son sang ne fit qu'un tour et il senti la colère remonter en lui.

« Qu'y a-t-il de drôle ? Cracha-t-il.

- Je suis bourrée Blaisounet, je suis bourrée et je ris de moi-même. Et de toi aussi, par ce que je te trouve assez risible, je dois l'avouer. Tu es le Joker, mec ! Why so serious ?(1) Laisses couler les choses, laisses toi emporter. Je la vois dans tes yeux tu sais. Je vois ton envie de me comprendre, d'appréhender ma personnalité, mes habitudes, mes liens avec les autres jusqu'à pouvoir prédire mes actions. Mais pourquoi fais-tu ça ? Quel est ton but ? Tu veux me posséder ? Me comprendre ? Me protéger ? Derrière ta face insouciante et ton pile complètement fou, tu es un gentil garçon. N'est-ce pas Blaise ? »

Il serra des poings et se retint de lui répondre, de peur de devenir violent envers elle. Colérique. Il se leva et s'approcha d'elle pour l'aider à se relever. Elle tangua sur ses jambes et s'accrocha à lui. Elle était gelée.

« N'as tu pas froid ? Lui demanda-t-il.

- Peut-être, répondit-elle en claquant des dents. Mais j'ai choisis de ne pas y faire attention.

- C'est ce que tu fais avec tous tes problèmes hein ?

- Oui, souffla-t-elle.

- Tu fuis la réalité dès que celle-ci ne te convient plus. »

Elle ne répondit pas mais il sut qu'il avait vu juste. Toujours à son bras, elle but encore quelques gorgées. Ils rentrèrent ainsi dans le château en direction de leur dortoir.

-On-

« Malvina, pourquoi tu t'arrêtes ?

- Ça va, on a encore le temps. Je veux juste me griller une clop.

- On est en plein couloir. Ne t'assois pas par terre !

- Depuis quand quelque chose m'empêche de faire ce que je veux ?»

Je laissai mon dos glisser du mur au sol et sortis une cigarette. Blaise vint accessoirement s'asseoir à côté de moi et sortit son zippo pour me tendre la flamme qui s'y alluma. J'appréciai cette odeur d'essence, inflammable, toxique. Je tirai une longue taff alors que le foyer s'incendiait et la recrachai du même temps avant d'inspirer profondément, de forcer mes poumons sifflants à s'imprégner de fumée. Puis je lui passai ma clop alors que l'air se troublait autour de nous.

« Tu trembles toujours, me fit-il remarquer au bout d'un moment.

- Mon corps tremble mais mon esprit reste ferme. Je plis, et ne romps pas. » Ajouta-t-Elle.(2)

Il souffla lourdement, comme s'il portait un lourd fardeau. Je le détaillai de ma vision double avant de plus ou moins la fixer sur la cigarette que je repris entre mes doigts effectivement incertains. Et roses. Roses ? Ah oui, j'avais froid. Mais ce n'était pas important pour l'instant.

« Tu sembles vouloir partager ton avis, je t'écoute my Dear. » lui dis-je en cédant à ma curiosité.

Il me regarda un moment, semblant trouver mon expression à la fois déplaisante, désolante et intrigante.

« Mal...Je ne sais pas à quoi tu joues avec Théo mais...arrête. Ce mec n'est pas comme nous. Il n'est pas fou, il est malade. Théodore Nott est malade. Je me suis souvent demandé s'il n'était pas sociopathe. Il va te briser, te posséder, te tuer. Si tu l'affrontes, tu perdras Mal. Et tu peux y perdre bien plus que ta vie. Aucun de nous ne se tient sur son chemin, tu comprends ? Aucun de nous ne sait ce qu'il se passe dans sa tête. Ce mec est capable de tout. De tout. Il n'est pas comme nous, je le répète. Aussi dissociative que tu peux être, tu ne peux pas avoir la main sur un type comme lui. Il est vide Malvina. Vide. »

J'inspirai encore profondément en laissant ses mots glisser sur mon corps, s'inscrire dans ma conscience. Je laissai leur sens entrer dans mon crâne pour prendre le temps de les comprendre lorsque j'en aurais le temps, plus tard. « Je prends bonne note de tes paroles Joker » soufflai-je en regardant le sol. Puis je relevai mes yeux lourds vers son visage grave et esquissai un sourire que j'espérais doux.

« Merci, ajoutai-je à demi-mot.

- Je suis sérieux sur ce coup Malvina.

- Tu crois que je ne te prends pas au sérieux ?

- Tu te rends compte à quel point tu as bu ? »

Il était vrai que j'étais tout sauf sobre, assez proche de ''totalement déchirée'' même. Mon corps malmené et frigorifié que j'avais successivement forcé, ignoré, scarifié, défiguré, souillé, frustré, bourré, affamé, gelé, délaissé puis encore ignoré, était en mauvais état. Mais mon esprit divaguait et cela me convenait. Je me préoccupais bien plus de mon état émotionnel et psychologique : mes pathologies, mes addictions, mes calculs et schémas illusoires, mes dons et mes désirs ; que du reste. Je m'émancipais de mon corps pour ne plus être que divagations. Esprit. J'étais libre dans un autre univers soutenu par mes consommations. Je me sentais différente, je n'étais pas dans le même monde qu'eux. Je voyais l'avenir bonsang !

Alors non, même si mon corps incertain titubait malgré le fait que j'étais assise, non monsieur Zabini, je refusai que vous pensiez que j'étais si faible.

« Blaise Zabini. Je ne sais pas à quel point tu me sous estimes mais je tiens à te prévenir que je suis bien plus forte que ça. Tu ne connais pas mon passé. Je te rappelle que je ne viens pas d'ici. Je ne suis pas comme vous. Tu ne sais pas ce que j'ai vécu, ce que je vis et ce que je vivrais. Et sur le sang de mes ancêtres et de cette main habité, j'ai vu ton passé et ton avenir tout comme j'assiste à ton présent.

- De quoi tu parles ? Se tendit-il.

- Tu ne sais pas qui je suis. Tu ne sais pas qui nous sommes. Tu ne vois que notre unité, la Dame. Nous sommes bien plus que ça. Tu n'as jamais connu la Moi pure comme tu n'as jamais connu Pique pure. Tu ne vois que l'entente à laquelle nous sommes parvenues pour nous partager ce corps que tu aimes, le malmener à nos guises. Tu ne nous connais pas.

- Je...

- Et toi dans cette histoire, tu es le Joker. Notre Joker. Je sais d'où tu viens. Et je t'affirme savoir ce que tu as vécu. »

Dire à un fou, un homme perdu, désespéré ou ayant connu d'importantes souffrances que l'on connaissait plus de chose que lui et a fortiori sur sa vie était le meilleur moyen pour déclencher la colère de celui-ci. Aussitôt, Blaise s'offusqua et vint me saisir violemment la gorge.

« Tu penses savoir qui je suis ? Toi, misérable vermine que j'écorcherai vive ! Que crois-tu savoir de ce je suis ?! »

Un éclat de rage sadique perça dans son sourire. L'ébauche de ce sourire. Joker arrivait.

Je venais avec quelques mots talentueux de faire surgir le double psychotique de Blaise afin de passer un pacte avec lui. M'assurer de sa fidélité en lui promettant une contrepartie. C'était un jeu dangereux. Cet homme ou semblant de Berserk mal contenu dans sa conscience n'hésiterait pas à me tuer. Il y prendrait même du plaisir.

« Hein ? Tu fais moins la maligne maintenant. Qui crois-tu être ? Tu n'es rien, rien du tout. »

J'étouffai. Ses paumes larges serraient mon cou jusqu'à la nuque, m'empêchant de respirer l'air impur que mes poumons n'arrivaient pas à atteindre. Je sentis mon visage crispé par le froid se mettre à brûler alors que le sang me montait à la tête, faisant siffler mes oreilles et pleurer mes yeux. Il me serrait trop fort, merde ! Mon centre de vision déjà tronqué par l'alcool s'assombrit encore et mon crâne se mit à tourner si vite que j'eus envie de vomir. Je hoquetai et commençai à me débattre en vain. Puis je plantai avec une dextérité surprenante l'embout enflammé de ma cigarette sur sa main à la base de mon visage. Il enleva donc une de celles-ci vivement alors que l'odeur de brûler s'étendait dans l'air, me permettant de respirer, enfin. Mais sa deuxième poigne me tenait toujours en place. Je grimaçai en me rendant compte que je m'étais cramé le menton en cramant sa main. Une grosse brûlure rougeâtre et noire de cendres, ronde, boursouflait sur la peau ébène de Blaise.

Je lui prouvais par cet acte que j'avais conscience des règles du jeu. Je savais dans quoi je m'engageais. J'étais capable de survivre et de chasser. En le brûlant, je soumettais la bête en lui à me faire confiance. J'effrayai le reptile avec du feu. Il fallait montrer au serpent aux crocs diaboliques que moi aussi je savais me battre. Je n'étais pas une proie faible et quelconque. Je savais.

« Que dis-tu, femme ? » me menaça-t-il de nouveau.

Je crachotai, ma gorge me faisait bien trop souffrir, sèche et tourmentée. Ma gorge saignait ! Il relâcha un peu la pression de ses doigts sur ma trachée pour me permettre de respirer davantage et je m'évertuai à reprendre le souffle qu'il m'avait arraché à main nue. Il me rappela d'une pression qu'il attendait une réponse. Je relevai la tête comme je le pus pour planter mes yeux dans les siens. Des points blancs dansaient devant moi et j'avais beau voir quatre globes oculaires sur son visage, je savais que lui se perdait dans mon expression exaltée. Il paraissait que les yeux étaient les fenêtres de l'âme, qu'il apprécie la vue. Tout cela n'était que mon bordel psychologique que je voulais bien lui faire voir. Je déglutis malgré la pression visuelle.

« Ne me sous-estime pas.

- Comment ?!

- Repulso ! »

[I Can't Keep Up (feat. Will Heard) – Tourist]

Avant même qu'il ne puisse terminer son mot, ma baguette toujours dans ma main droite avait fait jaillir l'éclair. Je l'envoyai à l'autre bout du couloir. Le temps qu'il se relève j'avais ramassé ma bouteille de vin par terre et me massais la nuque. Je bus une longue gorgé pour hydrater d'acide ma gorge écorchée. Ma voix n'était que l'écho d'un croassement. Il fit encore un pas vers moi, je le renvoyai du mot à quelques mètres.

« Repulso ! ».

Il fallait remarquer que j'adorais littéralement cette formule. Je l'avais tellement utilisée qu'elle devenait un réflexe, comme une marque de fabrique, une signature. Elle était toujours la première à traverser mon esprit et franchir mes lèvres, cette formule qui me permettait de repousser physiquement tout ce que mon déni ne pouvait supporter. Mais je me distrayais.

Je l'éjectai une troisième fois puis titubai quelques secondes avant de me stabiliser sur mes pieds. Je n'oubliai pas que je me devais de prouver mes dires. « Tu ne me crois pas » affirmai-je avec supériorité. Il secoua la tête pour me confirmer sa négation, l'air de dire ''prouves le moi.'' Je pris alors mon rôle de petite fille. Je fis ressortir ce qu'il y avait de plus espiègle en moi. Des gamineries d'enfants perdus dans un manège. Je me mis à tournoyer sur moi-même, m'assurant de toujours rester à bonne distance de lui. Et je rigolai. Je lassai un petit rire remonter de cette phase d'une innocente façade. Blaise enrageait. Je voyais ses traits se déformer de colère et d'incompréhension.

« Très bien » scellai-je alors. Puis je fermai les yeux. Je continuai à tourner sur moi-même, sentant mon corps faible lutter contre ma volonté pour s'écrouler. Je tenais ma main droite, mon incontrôlable main maudite bénie d'un don, ma baguette de pouvoir et dans la gauche, le pilier puissant de la force de mes addictions, la bouteille de vin ainsi que la fin de ma Marlboro. Je tournai et repris de ma voix d'outre-tombe mais aux accents enfantins et suppliants.

« Aujourd'hui, c'est mardi et Blaise a six ans... Il n'aime pas les mardis. Il est toujours tout seul. Il n'aime pas être seul avec lui. Il ne l'aime pas trop en fait, c'est celui qui fume. Il fume tout le temps. Mais il a un briquet... » Je bus une longue gorgée sur ma bouteille et ouvris un œil pour voir son visage révolté.

« Aujourd'hui c'est mardi et Blaise a sept ans... Blaise n'aime toujours pas les mardis et encore moins ce père. Il est seul à souffrir. Blaise vit dans la haine des mardis et de ce père. Mais Blaise ne peut rien faire. Joker est toujours là pour lui, toujours là. Joker continu à lui dire des choses dans sa tête... » Je laissai mon ricanement résonner dans les couloirs et m'adossai sur un mur. Le sol était étrangement instable. Tout cela me donnait envie de rire. Jusqu'à Blaise qui tombait contre un mur en portant ses mains à son crâne. Il me lançait même des œillades haineuses. J'avais envie de rire, de rire, de rire...

« Aujourd'hui c'est mardi et Blaise à sept ans et onze mois. Blaise rigole. Il rigole avec Joker. C'est le dernier mardi. Blaise et Joker ont décidé que c'en était fini. Finis. » Je pris le temps de rallumer ma cigarette oubliée et de tirer un longue bouffée. Je lui recrachai au visage.

« Rien qu'à eux. » murmurai-je dans un sourire. Et je ris, je ris de tout mon cœur alors qu'il acceptait ma dominance. Je rigolai comme une tarée de le voir reconnaître ma victoire. Il était venu me prévenir de la mort et il se retrouvait humilié pour la deuxième fois. Il devait être perdu, le pauvre. Je décidai d'enfoncer le couteau dans la plaie, histoire de frôler son cœur avec ma Pique acérée.

« Alors docteur ? C'est grave, qu'en pensez-vous ? Demande Mrs Zabini. Pauvre Mrs Zabini. Et pauvre Blaise abusé et ignoré. Pauvre Blaise qui est devenu fou. » Je m'arrêtai alors dans mes élans puériles et me fixai du mieux que je pus sur mes deux jambes, m'imprégnant de sérieux. « Alors, me prends-tu toujours pour une femme impuissante Zabini ? »

Il tremblait littéralement. Se consumait sur place. Ses doigts partir se saisir du fameux briquet pour l'enfermer dans son poing serré de rage. J'avais su les clouer tout deux. Les apprivoiser en quelque sorte. J'imaginais qu'il était peu probable que les dompteurs de tigres aient toujours envie de mettre leur main dans la cage au fauve. Par extension, j'assumais que les dompteurs de serpents schizophrènes non plus. Je me réjouissais juste du pouvoir que je me sentais maintenant posséder sur cette nouvelle carte. La première que j'introduisais officiellement à ma Main dans ce jeu à mort. Il était mon Joker. Le Fou sur le plateau du Roi certes, mais mon Joker bien acquis.

Je me redressai soudainement, faisant disparaître d'un léger mouvement du poignet mégot et cadavre de verre. Je chancelai sur mes jambes et m'approchai de lui, assis au sol contre le mur.

« Allons-y Blaise. Moi j'ai une place pour moi. » Je fis ensuite ce que je venais à peine de discréditer. Je tendis ma main vers le monstre. Je lui offris en sachant qu'il pourrait me l'arracher. Je l'entrevis se demander, ne pas comprendre, chercher l'erreur. Je vis même son désir de torturer cette main tendue. Je vis l'ampleur de sa folie, ses envies de torture. Il décollerait chacun de mes ongles avec plaisir, découperait chacune de mes phalanges pour me les faire bouffer, tailladerait mes paumes jusqu'à l'os. Lui aussi vit que je lui présentais en connaissance de cause. Je venais de lui prouver que j'avais la force de l'assumer.

« Je vous accepte Blaise. Je ne me rétracterais pas. » Je laissai mes premiers mots flotter dans l'air. « C'est un pacte. »

Mes genoux ne tenaient toujours pas en place et ma voix était un souffle hurlant, mais j'étais sérieuse. Il comprenait là que j'étais déjà prête au pire qu'il puisse y avoir à offrir. Je décidai de le provoquer, le faire chavirer de mon côté et endosser la responsabilité d'être dans ma manche. Il ne se doutait pas que je prenais son âme et sa vie. J'étais un monstre également, un Succube ai-je pensé à un moment. Peu importait quoi mais j'étais simplement. Et j'étais sur le point d'obtenir mon droit sur sa destinée. Je me reculai donc, comme prise d'hésitation.

« Ou bien n'es-tu pas encore prêt ? »

Il grogna puis attrapa ma main d'un mouvement brusque.

« C'est un engagement...

- Un engagement, répéta-t-il.

- De moi Malvina Dore...

- De moi Blaise Zabini.

- Dame de Pique.

- Joker. »

Autour de nos poings liés s'enroulait un fin cercle de lumière, filament sortis de ma baguette et marquant notre engagement. Il m'appartiendrait. Et je marquais ce qui m'appartenait. L'heure viendrait.

« J'assumerais » dîmes-nous en chœur.

Nous nous relevâmes et repartîmes sur le chemin du dortoir. Il me soutenait toujours.

« Tu m'apporterais un truck à manger pendant que je me douche. Ça serait con que je meurs aujourd'hui.

- Ouai, grogna-t-il. Je descendrais tes valises avec celles des filles. »

Je fis ce qui était prévu. Je sortis de la douche beaucoup plus fraîche mais toujours faible. Je m'habillai et serrai de nouveau mes cheveux dans un élastique tendu. Mes affaires étaient déjà parties pour la gare, il ne me manquait plus qu'à rejoindre Blaise dans la salle commune pour prendre mon petit déjeuner. Au détour d'un couloir j'aperçus Théo. Mon sang se glaça avant d'entrer en ébullition lorsqu'il posa son regard vide et supérieur sur moi avant de continuer son chemin. Je continuai le mien également jusqu'à le croiser entre les murs.

« Repulso. »

La cigarette que je tenais alla directement se poser dans son cou, la braise rouge attaquant instantanément sa peau, la calcinant. Puis je me retirai avant qu'il n'ait le temps de me repousser. Je partis sans même regarder l'expression qui ornait son visage à ce moment, avec la certitude que ma blessure resterait.

« Pour que tu penses à moi pendant les vacances... »

Même si ma revanche n'égalait en rien ce qu'il m'avait fait, je l'avais niqué. Il m'avait bousillée, démolie, m'attaquant de plein fouet dans mon amour propre. Croyait-il avoir gagné ? Je n'allais pas laisser passer ça. C'étaient les règles implicites du jeu, n'est-ce pas ? Celui que l'on avait un jour commencé dans un train. Une sorte de Cap ou pas Cap ayant évolué des jeux coquins aux jeux morbides. Cap ou pas Cap de me faire plus mal que ce je t'ai fait ? M'avait-il défié. Je lui montrais que je ne me laisserais pas briser pour si peu. Elle ne le permettrait jamais. Jamais.

« Médite sur ça, connard. »

-Off-

Il était temps pour les élèves de Poudlard ayant un foyer où rentrer de profiter d'un moment privilégier avec leurs proches hors des murs. Avant 10heures, tous embarquèrent à bord du Poudlard Express direction Londres, direction la gare de King's Cross. Des centaines d'élèves des quatre maisons et des sept niveaux d'étude trouvaient leurs places dans les diligences impatientes.

Et dans ces temps de troubles, l'homme figure de la résistance était présent sur les quais de cette gare. Harry Potter, le nom que les gens murmuraient en secret dans leur désespoir pour garder la foi. Le dernier recours d'un peuple redoutant l'oppression. Lui, ce jeune homme promis. Il ressentait toute cette pression sur ses frêles épaules. Il ressentait la douleur dans ses tripes et le poids sur sa conscience. Il avait hâte comme il redoutait de retourner à Londres. Retourner au sein de la ville, ne plus être isolé à Poudlard. Pour la première fois, il ressentait cet endroit qu'il considérait être sa maison, son foyer véritable, comme une cage restreignant ses mouvements. Il avait peur de ce qu'il verrait une fois en dehors de ces murs chaleureux. Mais il était prêt à faire face à ses problèmes. Et il savait que ses amis étaient prêts eux aussi. Il était temps de rentrer, de reprendre de l'importance dans les activités de l'Ordre, relancer leurs recherches sur le terrain. Ils n'avaient que deux semaines. Heureusement et grâce à Hermione, ils avaient déjà achevé tous leurs devoirs de vacances la veille. Ronald n'avait quasiment pas dormi et était d'une humeur massacrante. Le bon côté des choses était cependant qu'ils n'auraient plus à se préoccuper de l'école jusqu'à leur retour. Le Trio d'Or avait déjà planifié des opérations. Ils pensaient par exemple à aller faire un tour à Gringotts. Ils savaient que ce n'était plus qu'une question de semaines avant que le ministère ne tombe et devaient absolument s'introduire dans un coffre avant que les protections ne soient encore renforcées. Et ce n'étaient pas les seules choses qu'ils avaient étudiées. On pouvait vraiment considérer que ces trois-là étaient prêts. Du mieux qu'ils le pouvaient.

C'était également le cas de Neville, Ginny, Luna, Dean, et de tous ceux qui se battaient à l'intérieur comme dehors : les membres de l'Ordre, toute la fratrie Weasley et Angela, Alicia, Fleur, Hagrid et tant d'autres. Il y avait un monde qui entrait en guerre avec eux même s'ils ne voulaient pas tous les jours le voir. Ils n'étaient au fond que des adolescents, de grands enfants auxquels on arrachait leur innocence. Ils étaient aussi des hommes et des femmes engagés. Ils étaient le corps d'une armée, l'Armée de Dumbledore, vous vous souvenez ? La mémoire de cet homme d'exception brillait et brillerait toujours dans chacune de leurs têtes. Aucun d'eux ne pouvait oublier ce qu'il avait été, ce qu'il avait accompli et ce pourquoi il était mort. Quand bien même certains pouvaient se sentir trahit par les révélations d'une véracité douteuse ventées légitimes qu'avait divulguées Rita Skeeter dans son dernier ouvrage, Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore resterait à jamais le symbole bienveillant de leurs résolutions. Son enseignement perdurerait et permettrait aux futures générations de s'épanouir. Sa cause survivrait…mais l'homme était mort. Son corps reposait et reposerait à jamais dans le marbre blanc de sa dernière demeure, dans un coin reculé du parc de Poudlard, tandis que le fantôme de son esprit animerait à jamais sa toile représentative fixée dans son cadre d'or du bureau directorial. Pérennité idéologique.

Ainsi, en saluant évasivement ses amis, Harry Potter était tourné vers l'avenir tout en étant englué dans le passé. Il adressa distraitement un sourire à Luna Lovegood et entra dans le compartiment qu'il partagerait avec ses autres camarades. Il embrassa Ginny alors que Ronald tournait rapidement la tête en grognant. Ils partagèrent tous un rire réconfortant, un rire léger et prometteur. Ils savaient intimement à quel point l'heure était grave. Le dernier Weasley attrapa entre les siens les doigts de Hermione avant que tous ne replongent dans leurs pensées en attendant le départ. La destination était la même pour eux quatre, le Terrier. M. et Mrs. Granger étant actuellement en Australie par l'intervention préventive de leur – maintenant oubliée – fille unique et adorée, celle-ci n'avait d'autres choix que de regagner le foyer de Mrs Weasley. Elle avait conscience que leur séjour ne serait pas ce que l'on pouvait réellement appeler des vacances. La jeune femme avait déjà organisé, réorganisé et ré-réorganiser une liste de tâches qu'ils devraient remplir. Elle ne comprenait pas la raison pour laquelle ils rentraient au Terrier et pas directement au QG de l'Ordre du Phénix, 12 Square Grimmaud. Elle oubliait presque que depuis la mort de son parrain, la villa n'était plus qu'un quartier secondaire entre d'autres places sûres. Hermione avait dans l'idée que les adultes ne voulaient pas les laisser avoir trop de liberté, les laisser livrés à eux même, et il était clair que l'autorité de cette mère aimante et surprotectrice était ce qui avait le plus de chance de les retenir de se mettre en danger. Mais ils avaient des choses à accomplir et ne laisseraient personne leur barrer le chemin trop longtemps. Il y avait des choses qui ne pouvaient être faites que par eux.

La préfète-en-chef de Poudlard pensait passer le week end avec tout le monde, se doutant qu'un dîner avec les membres de l'Ordre disponibles serait organisé pour leur retour. Elle avait même hâte de retrouver la convivialité de la demeure des Weasley mais elle était prête dans son esprit à devoir les blesser s'il le fallait – sans violence bien sûr – pour pouvoir partir. Dans le programme qu'elle s'était représenté, avec des marges variables et plans de secours, ils iraient dès le lundi au QG secondaire pour être fixés une bonne fois pour toute sur l'état actuel des choses – le nouveau QG, leurs forces, leurs faiblesses, leurs projets, les avancements, échecs etc – et éventuellement s'entretenir avec Kreattur. C'était quelque chose que Harry avait mentionné en se rendant un jour compte, après avoir parcouru d'anciens journaux de Poudlard, que le R.A.B du message sur le faux médaillon ne devait être autre que Regulus Arcturus Black, le petit frère devenu Mangemort de son défunt parrain. Elle savait également que son ami tiendrait à se rendre à Godric's Hollow, bien qu'elle soutienne l'imprudence de cette entreprise. Il y avait aussi l'éventualité qu'il leur faudrait camper quelques jours pendant leurs missions. Elle prévoyait tout, des sorts de protections qu'elle lancerait, aux draps qu'elle placerait dans la tante qui était toujours dans son sac de perles. Et il y avait un million de choses qui tournaient dans son esprit, tellement de questions sans réponses, de recherches qu'elle devrait encore faire sur les horcruxes, sur les moyens de les détruire, sur le symbole caché dans le livre qu'elle avait hérité de Dumbledore, les sentiments qu'elle éprouvait toujours pour lui, un moyen de récupérer l'épée de Gryffondor, le sens que prendrait la guerre, comment et où survivre s'ils se retrouvaient livrés à eux-même, comment réagir en cas d'urgences, ce qu'il leur faudrait faire si une catastrophe survenait, comment...oh Merlin. Alors que Ronald caressait doucement sa paume, son cœur se tordait d'une douleur traîtresse. Dans le silence relatif de leur compartiment alors que la mécanique enchantée du train s'agitait, son soupir leur fit tous baisser la tête. Hermione Granger pensait même au dîner que Molly Weasley ne manquerait pas de préparer pour leur retour à Poudlard dans seulement deux semaines. Mais voilà, la lourdeur sous entendue dans l'habitacle signifiait bien plus qu'une quelconque parole. Le temps passerait d'une rapidité inquiétante, ils en avaient conscience. Les prochains jours pouvaient sceller leurs avenirs, leurs vies. Dans quels états seraient-ils une fois que leur créneau de manœuvre serait écoulé ? L'appréhension était légitime. Pourtant, l'interrogation principale était autre.

Le tout était de savoir si, ils rentreraient.

Ils étaient prêts à affronter ce qui viendrait. Aussi prêts que pouvaient être de jeunes adultes face à leur mort. L'épée de Damoclès les surplombant n'avait jamais été si menaçante. Il ne fallait pas oublier qui était leur ennemi et sa puissance incomparable. Ils combattaient Lord Voldemort.

De son côté Luna Lovegood rentra dans le train après avoir observé son reflet dans son miroir de poche. C'était un miroir magique que sa mère lui avait donné lorsqu'elle était petite. C'était même la dernière chose qu'elle lui ait donné avant de rejoindre les étoiles. Grâce à ce miroir d'un diamètre restreint par l'ambre qui faisait son cadre et son dos, elle pouvait observer la profondeur des choses. Elle sut ainsi qu'à sa suite arrivait le groupe des Serpentards de Septième année et leurs nuées de Joncheruines. Elle avait de la peine pour eux, sincèrement. Elle se demandait ce qui avait bien pu leur arriver pour que leurs auras deviennent si sombres. Son cœur était particulièrement triste pour Malvina Dore. Elle regarda comment cette fille se laissa guider par ses camarades jusqu'à une cabine inoccupée. Elle semblait si perdue, si perdue. Puis Neville attrapa sa main pour la tirer près de lui. Son cœur sourit d'amour alors que son visage restait paisible. Elle planta ses orbes d'un bleu plus profond que celui du ciel dans les yeux pétillants de vie du jeune homme. Tendrement, elle se mit sur la pointe des pieds pour embrasser délicatement sa joue masculine et mal rasée. Il était son soleil.

« Qu'est ce qui ne va pas ma Lune? » lui demanda-t-il d'un souffle. Il était depuis longtemps habitué à sa personnalité si empathique que ça en frôlait l'insanité. Il l'aimait comme ça. Il avait choisi d'accepter chaque éclat de folie qui constituait cette personne formidable, brillante, lumineuse qu'était sa Luna.

« Elle me fait tellement de peine... » Chuchota-t-elle en retour. Ce n'était pas la première fois que le Gryffondor entendait la compassion que la jeune Serdaigle possédait pour la nouvelle Serpentard.

« Tu sais, nos mamans étaient copines. Elles étaient dans le même dortoir. Je me souviens d'une fois où Maman me parlait d'elle. J'aimerais bien qu'elle comprenne. Elle est si perdue. » Le jeune homme ne dit rien et tira sa Luna avec lui dans le compartiment qu'ils partageaient avec Dean et Seamus. Il l'embrassa doucement sur la joue et elle lui retourna un sourire éclatant. Ce qu'il aimait avec elle, c'était qu'elle souriait avec les yeux. Sa bouche n'était toujours qu'un très fin étirement de ses lèvres closes, mais lorsqu'il était avec elle, ses grands, trop grands yeux de saphir brillaient de milliers d'éclats précieux. Ils s'installèrent l'un contre l'autre et Luna sortis un magazine d'exploration en mettant ses lunettes roses aux ailes violettes. Le train s'ébroua avant de démarrer. Il n'avait pas envie de la quitter, il avait un mauvais pressentiment. Mais il ne pouvait rien y faire. Elle lui avait dit un jour que parfois, le pire devait arriver pour faire ressortir le meilleur. Il ne se sentait pas réellement prêt à affronter ce qui pourrait arriver, mais elle l'était. Elle l'était suffisamment pour qu'il tire sa force d'elle.

Lorsque le train démarra, Pansy Parkinson attrapa son crâne des deux mains. Elle avait tellement mal à la tête. Elle n'était vraiment pas en forme, ils avaient encore abusés la veille. Elle regarda autour d'elle Daphné et Blaise qui ne semblaient pas dans un meilleur état. Mais encore une fois, la pire était Malvina. La nouvelle était amorphe et ne tarderait pas à s'endormir. La préfète des Serpentards ravala ses critiques acerbes en se demandant si elle n'allait pas faire de même. Elle échangea un regard avec son homologue qui lui répondit un hochement de tête. Oui, ils allaient se reposer pendant qu'ils en avaient encore l'occasion. Après tout, ce ne serait pas de réelles vacances pour eux non plus. Leurs responsabilités les rattraperaient pendant ces deux semaines. Ils se savaient approcher du point de non-retour. De ce que son père lui avait confié avant la rentrée, le Maître aimait bien à se constituer des groupes, des sortes de sections dont les officiers étaient liés. Ils seraient apparemment la nouvelle génération de recrues à Poudlard, dirigés par Draco Malfoy. Un élan de nostalgie la prit en pensant à Draco. Elle n'avait pas pensé qu'il lui manquerait, ce salaud avec son esprit pervers. Mais elle savait que ce n'était plus qu'une question de jours avant qu'il ne puisse de nouveau lui adresser son ricanement sarcastique. Pourtant, celui à qui il devait vraiment manqué était Blaise. Ils étaient meilleurs amis depuis l'enfance. Elle se souvenait encore de leurs visages gamins, bien des années auparavant, lorsqu'ils étaient encore innocents. Même si ces deux-là, accompagnés de Théo, avaient toujours eut un goût prononcés pour les jeux dangereux. Elle se rappelait même de la douce Daphné qui était si timide à l'époque. Pansy secoua la tête pour se reconcentrer. Il n'était pas l'heure de se replonger dans ses souvenirs. Elle avait été élevée pour devenir Mangemort, de la même manière que les garçons, et serrait donc impliquée dans cette guerre du côté sombre. Le côté des gagnants, pensait-elle. Elle était parfois jalouse de Daphné qui ne se retrouverait pas sur le front avec elle. Son amie avait été élevée pour devenir femme de Mangemort, comme leurs mères ou celles de Théo et de Draco. Elle se gifla mentalement pour parvenir une nouvelle fois à garder la tête froide. Mais celle-ci lui faisait bien trop mal. Finalement, elle s'adossa contre la paroi et ferma les yeux. Il lui restait encore quelques heures avant de devoir retourner au manoir, elle pouvait s'autoriser à se laisser aller à un peu d'émotions et de fantaisie avant la dure réalité. Elle bailla et son bâillement reçu les échos de ceux de ses camarades.

Daphné Greengrass se frotta les yeux et s'adossa contre le corps de son amie. Elle aussi se souvenait de leur enfance, elle aussi appréhendait ce qui allait venir. Dans une moindre mesure, éventuellement, mais elle avait ses propres problèmes à prendre en compte. Pansy et les autres deviendraient des Mangemorts. Oh, ils ne seraient pas marqués tout de suite, elle avait compris que le Maître avait besoin d'eux à Poudlard. Ils seraient sûrement chargés d'une mission, de recrutement parmi les élèves, pensait-elle. Pour sa part, elle était déjà affiliée à ce monde. Mais d'une toute autre manière. Quand on attendait des autres qu'ils exécutent les missions, on attendait d'elle qu'elle soit présentable, irréprochable et désirable. En regardant Blaise à travers ses cils, elle eut une remontée de tristesse. Elle l'aimait encore et l'aimerait sûrement toujours. Elle n'avait pas voulu qu'il la quitte, elle l'aimait, peu lui importait sa folie et ses vices. Il pouvait la battre, la prendre violemment et la battre encore pendant qu'il la prenait, elle s'en fichait. Elle ne sentait pas la douleur. Elle l'appréciait même. Son insensibilité congénitale l'avait conduite à recevoir toutes formes de blessures comme un plaisir. Alors pourquoi se retenait-il ? Ce corps qu'il percevait trop fragile était conçu pour lui et son double, prêt à accepter d'eux toutes formes de traitement. Elle était une experte des sorts de guérisons, il ne la tuerait pas. Mais non, malgré tout ce qu'ils avaient vécu ensemble et en secret, il avait fini par prendre peur et refuser sa dévotion. Elle savait qu'il l'aimait quand même. C'était d'ailleurs pour ça qu'il ne voulait plus la toucher. Il se considérait trop dangereux pour elle, mauvais. Pourquoi ne voulait-il pas comprendre qu'elle l'aimerait toujours ? Par ce que Blaise était avant tout un garçon honnête et bon. Une personne bien élevée et respectueuse qui avait subi des traumatismes irréversibles. Il n'avait jamais voulu lui dire ce qu'il lui était arrivé pour que Joker apparaisse. Ce manque de confiance la chagrinait encore, mais elle acceptait tout de lui, tout ce qu'il avait à lui offrir. Elle l'aimait pour le meilleur comme pour le pire.

Oui, Daphné Greengrass était une amoureuse inconditionnelle. Mais elle était dépassée, blasée, par ce qu'elle n'avait pas son mot à dire. Elle n'avait aucun droit sur son destin. Autant Blaise décidait que leur couple n'était pas sain, autant son père décidait de ce qu'elle devait faire de son corps. Et elle savait ce qui l'attendait. La brune était bien la seule à avoir une idée assez précise de ce qu'elle devrait subir. Elle voyait déjà ce qu'il se passerait. Sa sœur, sa chère petite sœur serrait chérie, protégée et préservée tandis qu'elle, la fille défaillante, l'erreur de la nature, devrait assister à toutes les choses horribles qu'il se passait dans les cachots au sous-sol. C'était comme ça depuis le retour du Seigneur des Ténèbres. On la donnerait comme une vulgaire prostituée. Elle n'était qu'une poupée que l'on guidait. Elle devait accepter les décisions des autres et composer avec son corps qu'on souillait. Composer avec les mains sales qui courraient sur sa peau et les laisser faire en souriant. Elle soupira lourdement en détaillant de nouveau l'homme qu'elle aimait. Son cœur était brisé, mais elle n'avait plus envie de pleurer. Daphné avait déjà trop pleuré, il ne lui restait plus qu'à subir et continuer sur le chemin que l'on avait fixé pour elle. Elle était résignée. Elle s'endormit.

Blaise Zabini observa les trois jeunes femmes autour de lui sombrer doucement dans le sommeil. Il attendit quelques minutes avant de se lever pour sortir en silence du compartiment. Mut d'une pulsion remontant d'un amour qu'il s'évertuait à oublier, il embrassa le front de Daphné et referma la porte coulissante. Peu importait ce que son cœur lui disait, il n'avait pas le droit de l'approcher. Il se l'était interdit. Cette fille était pure, il ne voulait pas la briser. S'il avait su, s'il savait... Il ne savait pas. Ce qu'il savait était qu'il voulait la préserver. Il était content qu'elle n'ait que peu de risque de prendre part à la guerre qui les attendait, dehors. Lui aurait pu s'en affranchir également, sa mère n'avait que faire des problèmes de politique ou d'idéologie. Elle s'aimait et aimait son fils, ce qui était suffisant. Mais Blaise ne pouvait se contenter de ça. Il était déjà le mal, il n'avait plus qu'à prendre les armes. Il accompagnerait son frère, ses frères même dans les confins de l'enfer. Il deviendrait Mangemort.

Il alla retrouver Théo dans le compartiment qu'il partageait avec Astoria, Greg et Vince. Lorsqu'il rentra, la jeune fille se leva obligeamment pour les laisser seuls, entre hommes. Il soupira de la naïveté et de la soumission de cette pauvre fille. Il savait que Daphné avait tout tenté pour la protéger de Théo, mais personne ne pouvait se dresser entre lui et ce qu'il voulait. Il avait essayé de le dire à Malvina mais... Il eut envie de rire, lassé, en se demandant à quel point cette fille pouvait être dérangée. Il s'assit donc à côté de son ami et prit l'air de la conspiration.

« Je vois qu'elle vous a encore entraîné dans son ivresse, dit celui-ci avec une grimace.

- Tu n'étais pas là, répondit simplement le préfet. »

Le sujet de cette fille fut ainsi clos. Chacun aurait tellement eut à dire sur elle. Aucun ne voulait pourtant partager ces informations. Théodore sentait encore une légère douleur à la brûlure qu'elle lui avait faite, sa ridicule vengeance qu'il était tenu de garder. Blaise avait encore chacune des phrases échangées le matin en tête, sa puissance alors même qu'elle était sur les berges de l'inconscience. Mais cela n'importait pas pour l'instant, ils avaient bien plus sérieux à gérer. Aussi, se lancèrent-ils avec Crabbes et Goyle dans une grande discussion pleine de langages codés et de références pour prévoir leur retour dans la société. Ils établirent des plans de batailles sur la manière dont ils devraient se comporter. Ce qu'ils devraient dire ou ne pas dire lorsqu'ils seraient convoqués. Ce qu'ils devraient faire ou ne pas faire lorsqu'ils seraient mis à l'épreuve. Ce qu'ils devraient exprimer lorsqu'ils juraient leurs allégeances.

Une bonne heure plus tard, Blaise sortis enfin du compartiment pour rejoindre celui qu'il avait au démarrage partagé avec les filles. Il entra en silence pour ne pas les réveiller et constata avec agacement que Malvina n'était plus présente. Cette fille devait encore être ivre et dormir, pourquoi était-ce Astoria qui se tenait à sa place ?

« Tu n'as pas vu Mal ?

- La fille avec qui vous traînez, la nouvelle ? »

Il hocha la tête pour toute réponse, se souvenant qu'Asto ne l'avait pas fréquenté comme eux ses dernières semaines.

« Elle est parti quand je suis arrivée, je ne l'ai pas vu depuis. » Blaise acquiesça et jura dans sa barbe. Où est ce que cette fille avait bien pu aller ? Elle était vraiment comme une épine dans le pied. Il hésita à partir à sa recherche avant de décider que lui aussi avait besoin de sommeil. Il échangea donc sa place avec la cadette Greengrass qui retourna certainement auprès de son copain et s'allongea confortablement sur la banquette. De toute façon, elle n'était certainement pas sortie du train, il la reverrait avant l'arrivée. Et puis qu'avait-il à lui dire ? Avant de fermer les yeux, il observa le visage endormis et paisible de Daphné. Il put ainsi s'endormir à son tour.

Malvina Dore avait la tête qui tournait. Elle était assise à même le sol, les genoux contre sa poitrine, essayant en vain de ne pas penser. La jeune fille 'disparue' ne savait pas vraiment où elle était. Peut-être près des toilettes. Elle releva ses yeux lourds en sentant quelqu'un s'asseoir près d'elle. Elle reconnut derrière des lunettes d'un horrible rose criard accompagnées d'ailes violettes montant jusqu'à son front, la jeune fille qu'elle avait vu au début de l'année. Elle regarda ses grands yeux bleus la fixer avec sincérité et su que cette fille était...spéciale.

« Bonjour, dit-elle d'une voix chantante. »

Malvina se racla la gorge avant de reprendre d'une voix cassée.

« Bonjour Luna. J'aime beaucoup tes lunettes. »

Et elle le pensait, elle adorait l'originalité quand bien même pouvait-elle être déplacée.

« Merci. Elles me permettent de voir plus clair, il y a beaucoup de Joncheruines autour de toi. Je n'en avais jamais vu autant.

- Ah. J'espère qu'ils ne te dérangent pas trop, ils sont assez persistants en ce moment.

- Ce n'est pas grave. Si tu veux, je pourrais t'aider, dit-elle en regardant quelque chose sur le mur. Je pense pouvoir t'apporter certaines réponses. »

La jeune métisse fut piquée au vif par les paroles de sa cadette de Serdaigle.

« Si tu pouvais, je t'en serrais reconnaissante. »

Luna lui sourit et elle se rendit compte qu'elle souriait avec les yeux. Elle n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi sincère et brillante.

« Tu es belle, reprit-elle ensuite. Tellement que je n'ai même pas la force d'envier la tienne. »

La blonde rigola doucement pour toute réponse.

« Ma mère est morte quand j'étais petite. Elle était une chercheuse et un jour, une de ses expériences à mal tournée. C'était une femme formidable. Elle était à Serdaigle. Elle me parlait beaucoup et je me souviens de ce qu'elle me disait de sa meilleure amie de Poudlard. » Les phrases de Luna sonnèrent une cloche dans la mémoire de Malvina qui se souvint avoir un jour entendu sa mère parler de la mort d'une de ses amies les plus proches. Elle retint d'abord un hoquet de surprise, étonnée par la mémoire et la perspicacité de celle que l'on appelait Loufoca. Celle-ci releva la tête vers le plafond, comme perdue dans la contemplation de ses souvenirs alors que Malvina reprenait une position plus convenable. Elle redressa les épaules et déplia les jambes, suspendue aux mots que sa vis à vis ne prononçait pas et tout ce qu'ils impliquaient.

« Ce n'est pas une malédiction tu sais, reprit ensuite la plus jeune.

- Comment pourrais-je le qualifier alors ? J'use du mot 'don' pour y faire référence, mais ce savoir n'est pas quelque chose de bon.

- Il n'a pas de but, il est neutre. Mais il peut servir à faire le bien. »

Malvina n'avait jamais vraiment révélé à qui que ce soit qu'elle pouvait voir. L'avenir ou le passé des gens – et même l'entité puissante du château de Poudlard - elle ne comprenait plus vraiment, mais se trouvait réellement soulagée que Luna Lovegood soit au courant. Sa mère, Hélia Talish de son nom de jeune fille, devait avoir parlé du talent de ses ancêtres dont elle n'avait pas hérité à son amie qui plus tard épousa Xénophilius Lovegood. Ainsi cette mère devait un jour en avoir parlé à sa fille, l'adolescente maintenant assise à côté d'elle. Elles ne se connaissaient pas, pourtant semblaient se comprendre sur certains points. Il y avait comme une entente implicite entre elles, une complicité inattendue de retrouvailles d'amies d'enfance. Peut-être avaient-elles réellement joué ensemble à l'âge le plus tendre de leurs vies tronquées par l'horreur d'une guerre.

« Ce n'est pas tant l'avenir que tu vois Malvina. Ce sont les liens des choses par le temps.

- C'est à dire ? Demanda l'intéressée.

- Je pense que notre avenir, comme notre passé, possède des ancres dans le présent. Comme un long fil de vie au milieu des autres. Ce seraient ses nœuds, les ancres que tu frôles qui te permettent de voir. Ces événements dans temps. »

C'était une phrase énigmatique, mais Malvina comprit le sens de ces mots. Elle repensa à tout ce qu'elle avait déjà vu à travers le temps et ressenti de la gratitude envers Luna. Elle se saisit à travers le pull qu'elle portait, du médaillon pendant près de son cœur. Le Temps. Les choses lui semblaient étrangement plus claires à présent. Elle se souvenait même avoir un jour décidé qu'elle ferait tout pour sauver son petit Sasha, empêcher le futur qu'elle avait une fois vu ancré à Gregory Goyle. De la même manière qu'elle pensait empêcher Blaise d'un jour tuer Hermione Granger. Elle se rappela même de la décision lourde qu'elle avait alors prise. Les choses se concrétisaient. Elle devrait bientôt, comme tout le monde, faire face à son avenir proche et certain.

Aucun mot ne pouvait exprimer avec toute la force de son émotion à quel point elle voulait remercier Luna. Celle-ci avait sûrement conscience de cela mais regardait toujours avec intérêt son environnement. Elle sortit de sa poche un petit miroir rond dans un cadre d'ambre et le tandis à sa voisine.

« C'est un miroir magique, dit-elle. » Et lorsque Malvina se regarda elle ne ressentit que du dégoût pour elle-même. Elle détailla son visage terne, ravagés par ses consommations. Les cernes qui pendaient sous ses yeux embués. Elle avait encore maigris et ne semblait plus être qu'une ombre. Elle rendit le miroir à Luna avec un sourire reconnaissant. Cette fille était vraiment trop intelligente. Elles restèrent encore quelques minutes comme cela, sans bouger, perdue dans leurs pensées respectives. Il y avait quelque chose de familier dans le silence confortable et leur proximité aux ballottements du train. Il leur semblait même entendre au loin dans un souvenir perdu, un homme rire joyeusement de ces deux petites filles allongées dans l'herbe pour avoir la tête dans les étoiles. Luna décrocha d'une de ses oreilles l'un des nombreux objets qu'elle avait transformé en bijou. Il s'agissait ici d'une sorte de champignon sec, une graine peut être ?

« C'est un radis magique, répondit-elle à l'air interrogatif de la métisse. C'est moi qui les prépare. J'en mange un bout de temps en temps, ils aident à rendre la vie plus belle. Je te le donne, je pense que tu en as besoin aujourd'hui. » Puis elle se leva et commença à s'éloigner. Malvina, vive, se releva et attrapa ses doigts de sa main droite. Elle ferma les yeux. Pour la première fois depuis des années, elle se laissa envahir par la pression familière. Son esprit se concentra. Elle chercha, surpassa son vertige du futur pour trouver dans celui de la jeune lune, un éclat. Un remerciement à lui offrir. Un instant la projeta à travers les épreuves d'un avenir autrement terrible. Il y avait cet espoir dans l'instinct vital inconscient de cette fille. Qu'elle force. Que pouvait-elle lui apporter ? Elle serra ses doigts plus fermement.

« Ils viendront pour toi. » annonça alors solennellement Malvina. Luna Lovegood lui répondit encore un de ses sourires uniques, des yeux, avant de prendre la main qui la tenait entre les siennes. « Je sais. » Il y avait une innocence et une puissance si pure dans ses mots que Malvina en trembla sur ses jambes. Lorsque Luna fut partie et avec elle son aura douce et lumineuse, la métisse enroulée dans son écharpe Serpentard décida de faire quelque chose de bien.

« Je m'y engage, ils te sauveront » promit-elle à sa silhouette dansante qui s'éloignait. Elle s'en alla à son tour et parcourut les couloirs du train, regardant dans chaque compartiment jusqu'à retrouver le garçon qu'elle cherchait. Avec une énergie et un amour débordants qui ne lui étaient plus familier, elle répondit à ses signes de mains joyeux et le serra fort, si fort contre sa poitrine. Elle eut envie de pleurer de joie et de douleur lorsqu'il releva ses yeux heureux vers elle et lui adressa un sourire rayonnant. Malvina adorait ce sourire, Malvina adorait ce garçon. Elle l'adorait. Ses doigts glissèrent dans ses doux cheveux châtains pendant qu'elle lui embrassait le front. Elle ne laisserait pas ce sourire disparaître de ce monde, quitte à se sacrifier.

« Malvina ! Je suis content de te voir ! Tu veux bien passer le reste du voyage avec moi ? Je vais te présenter mes copains !

- Bonjour Sasha Maddison. J'en serais heureuse.

- Cool, t'es vraiment la plus géniale.

- Attention, tu vas me faire rougir petit charmeur, lui dit-elle, attendrie. »

Ils partagèrent un rire, un rire réconfortant. Elle était apaisée et pour l'instant, en paix. Oui, Malvina Dore était une jeune femme assez troublée et faisait bien trop souvent les mauvais choix. Encore une fois trop absorbée dans ce qu'elle ne faisait que se persuader, elle se disait préserver cette innocence. Leur futur.

La diligence fini par s'immobiliser sur ses quais de Londres où les centaines de parents attendaient avec impatience, fébrilité, ou même indifférence pour certains, l'arrivée de leurs enfants. Daphné et Astoria Greengrass rejoignirent leur mère et prirent la cheminette. Blaise serra tendrement la sienne dans ses bras avant de la suivre dans la calèche qu'elle avait louée. Pansy s'inclina devant son père avant qu'il ne passe son bras par-dessus son épaule et l'entraîne à sa suite. Sasha Maddison courut dans les bras de ses parents perdus au milieu de tous ces sorciers étranges. Neville Longdubas rejoignit sa grand-mère qui attrapa fermement son bras et l'amena en vitesse au point de transplanage le plus moins enclavé. Luna Lovegood alla s'asseoir tranquillement sur un banc en attendant que son père arrive. Molly Weasley se jeta sur ses enfants ainsi que Harry Potter et Hermione Granger, les étouffant dans ses étreintes et baisers maternels avant de les pousser avec précipitations vers le moyen de transport sûr que l'Ordre avait mis en place. Théodore Nott rejoignit sa mère, isolée en retrait et lui offris un baisé sur chaque joue avant de la prendre à son bras et de transplaner avec elle un peu plus loin. Malvina Dore se jeta dans les bras de sa maman, l'étouffant dans son étreinte alors que toutes deux se mettaient à pleurer à chaudes larmes en s'embrassant, encore et encore, se répétant combien elles s'aimaient et combien l'autre lui avait manqué avant de finalement prendre le chemin de la maison. Bientôt, la gare fut déserte.


(1) Batman référence !

(2) Le chêne et le roseau - Jean de la Fontaîne.