Nda : Bonne année ! Ce ne sont pas les résolutions qu'il manque à ce chapitre, alors bonne lecture. LISEZ & COMMENTEZ SVP !

[Édition : 01/02/16]


Chapitre 9: 31 Octobre 1997.

Maman me disait souvent que l'on récolte toujours ce que l'on sème.

M.D~

«Celui qui se présente en sauveur pourrait bien être crucifié.»

J. Collins

''Only for the night'' – French Montana

-Off-

La veille de ce jour mémorable, au soir du mardi 30 Octobre 1997, Alexy Langlais partageait son dîner avec ses parents et sa petite sœur, Clélia. Il était confortable dans le silence lourd qui pesait sur la salle à manger. Depuis que l'adolescent était revenu dans sa maison familiale près de Fort William quelques jours auparavant, il accompagnait chaque après-midi son père, Christian Langlais, dans ses déplacements. Le jour même, ils avaient retrouvé son parrain, Vincent Pringston, le père de Matthew ainsi que celui-ci dans un camp près de Bristol. Un camp particulier. Les deux hommes pensaient qu'il était important pour leurs fils de comprendre ce qu'impliquait de devenir un représentant du Seigneur des Ténèbres. Alexy était bien d'accord et ce fut avec attention qu'il examina chacun des prisonniers dont ils avaient visité les cellules, retenant même les quelques sorts et tortures que son père et son parrain avaient lancé sur certains de ces sangs de bourbe impurs. Un jour ce serait à lui et il en était fier et honoré.

« Christian, dit sa mère après avoir toussoté poliment, je ne pense pas que Alexy devrait continuer à te suivre. Il est jeune, il faudrait qu'il pense d'abord à achever ses études. Je suis sûre qu'il a de nombreux devoirs à travailler avant de...

- Femme, la coupa-t-il. Tais-toi. Mon fils est grand et deviendra un homme fort et respectable. »

Mrs Langlais baissa obligeamment la tête et attrapa sous la table la main tremblante de sa fille, son trésor s'éveillant à peine à la magie. Alexy acquiesça et continua à manger son steak en suivant le fil de ses pensées. Les femmes devaient vraiment apprendre à se tenir à leur place.

Lors de leur retour, son père lui avait fait comprendre qu'il avait plutôt intérêt à faire partie des élus, et ce, dès la rentrée une dizaine de jours plus tard. De ce qu'il avait entendu, le Lord comptait sur un groupe d'élèves pour en recruter d'autres. Le sixième année Serpentard n'avait aucun doute : il s'agissait de Nott et Zabini. Éventuellement, Parkinson serait des leurs. Alexy se souvenait de cette fille lorsqu'ils étaient gamins. Il y avait eu un gala ou quelque chose du genre organisé par sa mère et ses copines des Sorcièr'rusées, il devait avoir sept ou huit ans. Matt avait flashé sur cette fille irritante un peu garçon manqué qui jurait qu'elle pouvait tout faire comme eux. Il se souvenait aussi de Daphné, déjà douce et en retrait, comme une femme se devait de l'être.

Lorsqu'il sorti de table, il monta directement dans sa chambre. Il s'assit sur son lit et reprit le livre qu'il avait commencé la veille. C'était une lecture instructive que son père lui avait donné sur la bonne utilisation de la magie par les sorciers de sang pur et supérieur. Son paternel le tenait lui-même de son père, qui le tenait de son père avant lui. Alexy se sentait satisfait. Il était proche de ceux qui deviendraient importants et ne comptait pas s'en éloigner. Il ferait parti de leur groupe. Il était leur cadet d'une année, mais se sentait prêt à quitter Poudlard pour rejoindre le front s'il le fallait. Cependant, il n'était pour l'instant pas question d'entreprises si drastiques. Grâce aux flots d'alcool qu'il s'arrangeait à faire rentrer de temps en temps dans l'école, il avait une place auprès d'une future élite. Le garçon ricana en songeant que tout cela n'était possible que grâce à l'arrivée de cette fille. Depuis le temps qu'il connaissait la clique de Draco Malfoy, il n'avait pas pu les approcher avant le départ de ce dernier et l'apparition de cette espèce de métisse méprisable. Il lui concédait la pureté de son sang, certes, mais avait un réel problème avec le personnage. C'était une femme et pourtant, elle s'évertuait à boire comme un homme, possédait des habitudes abjects, et essayait de les manipulés avec ses doigts crochus de sorcière. Si ce n'était pas elle qui avait permis aux réunions dont il faisait à présent parti de se dérouler, il l'aurait volontiers remise à sa place. Il pensait d'ailleurs à le faire, un jour, lorsque l'occasion se présenterait. Il se ferait un plaisir de l'humilier pour qu'elle retienne une bonne fois pour toutes ce qu'était la soumission. Il ne comprenait pas comment les autres pouvaient la supporter. Il secoua la tête et se replongea dans sa lecture avant de se coucher. Une autre journée bien plus intéressante encore l'attendait le lendemain.

A son réveil, les pensées de Matthew Pringston se tournèrent comme à son habitude vers Pansy Parkinson. Le jeune homme avait encore rêvé d'elle, se souvenant d'un soir où il avait pu l'embrasser. Même si son souvenir était embué et tâché d'ivresse, son imagination s'était chargée de retranscrire ces instants embarrassants en vision de félicité pour lui. Elle tomberait amoureuse, il en était certain. Il l'aimait depuis si longtemps. En vérité, il lui vouait même une obsession que certains pourraient qualifier de malsaine. Matthew s'en fichait, du moment qu'elle était sienne - même si elle n'en avait pas encore conscience. Son amour était pur et fort. Il ferait tout pour elle, tout. Il mourrait sans hésitation. Son idéal restait de vivre avec elle, l'admirer et la chérir jusqu'à son dernier souffle, bien des décennies plus tard. Il avait de lui-même l'image d'un chevalier dévoué à sa dame, mais il savait qu'elle n'était pas une demoiselle en détresse. Il la voyait un peu comme une rose, une rose rouge et belle, fragile, mais si forte, épineuse. Il ne savait pas que Malvina également avait cette image d'elle.

« Matthew, mon chéri ! Viens prendre ton petit déjeuner » cria Mrs Pringston depuis la cuisine.

Annabelle Pringston était une femme cultivée, une épouse et mère aimante. C'était une femme active en société, secrétaire générale de l'association des Sorcièr'rusées. Elle menait une brillante carrière au ministère qui ne cessait de progresser depuis que les Mangemorts infiltraient doucement mais sûrement celui-ci. La femme de caractère avait fait de brillantes études de Droit Sorcier tout en élevant son fils et se sentait maintenant fière de voir ses textes sur la suprématie légitime du sang apparaître aux projets de leur communauté et son enfant unique s'introduire dans l'organisation les soutenants. Lorsqu'il sorti finalement de son lit, attiré par l'odeur alléchante des œufs brouillés, elle l'embrassa tendrement sur le front en lui rapportant les bonnes nouvelles de ce dernier mercredi d'octobre.

« Le ministère est de plus en plus sûr. Yaxley est passé dans mon bureau hier, si tout se passe bien une nouvelle commission de redressement des lois devraient bientôt voir le jour et devine qui serait la secrétaire en chef ? »

Son fils commença à manger pour seule réponse.

« Père est déjà parti ? Il est encore très tôt, lui demanda-t-il après avoir dégluti.

- Je suis contente que tu t'investisses dans les projets de ton père. Il m'a dit qu'il était fier de toi, tu deviendras un homme important mon Matty. »

Celui-ci grommela la bouche pleine au surnom ridicule que sa mère lui avait donné petit. Il s'en fichait un peu, il fallait le dire. Ce qui lui importait était la position que tout cela lui amènerait. En devenant un Mangemort, il s'assurait de pouvoir rester auprès de Pansy et la suivre dans son avenir. Elle qui deviendrait une femme et Mangemort respectée. Il était persuadé que leur bonheur les attendait quelques années plus loin s'il persévérait dans cette voix-là. De ce fait, il était plutôt heureux de l'intervention de Malvina Dore. Il comprenait pourquoi Alexy avec son machisme profond ne l'aimait pas, mais comprenait aussi l'affection que lui portaient les autres. Il était un peu indifférent à elle pour sa part. Il l'appréciait mais sans plus. Elle savait faire la fête et se rendre agréable à l'occasion. Elle lui permettait d'être proche de Pansy, alors peut-être qu'il lui en était reconnaissant quelque part. Il termina de manger pendant que sa mère lui expliquait que son père en raid était parti pour une mission d'invasion. Ce n'était plus qu'une question d'heure, d'après elle, avant que le quartier général de l'Ordre du Phénix à Londres ne tombe entre leur main. Il se demanda s'ils arriveraient à attraper Harry Potter. L'hériter Pringston en doutait. Ce type était doué comme une anguille lorsqu'il s'agissait de leur échapper. Il ne serait même pas étonné de le voir s'infiltrer dans le ministère et réussir à s'en échapper. Il termina son déjeuner et souhaita bonne journée à sa mère qui partait travailler. Il s'étira et bâilla largement en s'installant dans le canapé du salon. Il était tôt, il avait toute la journée devant lui. Il se demandait ce que faisait Pansy à cette heure.

La jeune femme en question s'étirait dans son lit, profitant du brouillard confortable du sommeil. Elle était contente d'être de retour chez elle, dans leur manoir de l'Anglia de l'Est. Elle enfonça sa tête dans son oreiller moelleux pour ne pas entendre le bruit dérangeant que ferait son elfe de maison en apparaissant. Truly vint donc tirer doucement ses rideaux de velours comme elle le faisait tous les matins. Elle plaça les chaussons de maison de Pansy au pied de son lit et s'inclina profondément le temps que sa maîtresse se lève.

« Bonjour jeune maîtresse, Trully vous souhaite un bon réveil. Votre bain est prêt miss et le cuisinier est aux fourneaux pour le petit déjeuner. »

La préfète bailla en se frottant les yeux.

« B'jour. Qu'est-ce qu'Alshy prépare ce matin ?

- Alshy, miss, dans sa cuisine prépare des pancakes. Trully a pensé que ça pourrait faire plaisir à sa jeune maîtresse. »

Elle bailla une nouvelle fois avant de se diriger dans sa salle de bain. En effet, les douces vapeurs chaudes de sa baignoire pleine envahissaient délicieusement la pièce. Elle abandonna sa robe de chambre au sol et s'y plongea sans plus attendre, remerciant mentalement Trully de ne pas avoir oublié d'ajouter quelques gouttes d'essence de roses à l'eau. Oui, Pansy Parkinson était heureuse d'être rentrée chez elle. Ces derniers jours avaient été le mélange de sa vie de princesse avec sa future vie de soldate. La jeune femme avait été élevée pour diriger une maison autant qu'une escouade. Elle avait accompagné son père dans certains de ses déplacements, celui-ci profitant de l'occasion pour l'introduire à ses collègues et autres camarades de l'armée des Ténèbres. Elle avait hâte que les choses commencent réellement pour elle, tout dépendrait du déroulement de la journée. Elle savait son père parti à l'assaut d'un QG de l'opposition et n'attendait que son retour victorieux pour qu'il puisse demander au Seigneur des Ténèbres la faveur de son admission.

Pansy Parkinson était une fille ambitieuse, une véritable Serpentarde dans l'âme. On ne pouvait pas dire qu'elle était née pour diriger mais elle aspirait pourtant à être celle que l'on admire, tout en haut des marches sociales. Elle se trouvait un grand nombre de défauts mais travaillait à être celle qu'elle voulait incarner. Elle s'adaptait. Comme un reptile, elle se pliait aux règles d'un groupe ou d'un mouvement important pour lui appartenir. Quitte à ne pas être l'être central, elle s'assurait de toujours faire partie de ceux que l'on respectait et craignait. C'était une jeune femme intelligente et habile, avec un caractère bien trempé. La préfète était quelque part peu sûre d'elle mais débordait d'une fierté qu'elle s'était forgée en assumant ses convictions, son éducation et sa personnalité. C'était une grande narcissique qui savait garder la tête haute peu importe les claques qu'elle pouvait se prendre. Pansy était quelque part une optimiste. Elle voyait le bon côté des choses tout en étant impliquée dans ce qu'il y avait de plus mauvais. Cette sorte d'innocence qui l'entourait était bien protégée par les crochets venimeux de son caractère. Elle était agressive, imbue de sa personne et se braquait au quart de tour. Si l'on creusait bien, on pouvait révéler sous sa peau de serpent, une adolescente douce et aimante. Mais elle s'assurait que ses écailles soient faites de roches. Ou de diamants plutôt. Voir d'émeraudes. Oui, elle aimait bien les émeraudes. Elle prévu de faire un caprice à sa mère pour obtenir quelques-unes de ses pierres montées sur de l'argent. Elle ricana dans son bain. La brune claqua ses doigts humides et Trully réapparu dans un crack sonore, une épaisse serviette déjà entre les mains pour la tendre à sa maîtresse lorsque celle-ci sortit de son bain. Enroulée dans le tissu doux et épais sur sa peau, elle alla s'allonger sur son lit maintenant impeccablement fait. Elle décida d'envoyer une lettre à Daphné, histoire de savoir ce que cette dernière faisait en ce jour. Elle pensa également à Malvina mais préféra attendre quelques jours de plus.

« Trully.

- Oui, jeune maîtresse ?

- Fais porter cette lettre à Daphné.

- Tout de suite maîtresse. Dois-je d'abord sortir les habits que vous porterez ?

- Évidement. Je veux ma robe Gai Chiffon, la bleue et argenté. Sors-moi la veste de soie blanche aussi.

- Bien, jeune maîtresse.

- Une dernière chose, prépare mon ensemble noir. Je le mettrai peut être ce soir, il doit être impeccable.»

Et l'elfe s'exécuta après une nouvelle révérence.

Le temps poursuivit sa course, il fut près de onze heures lorsque Daphné émergea enfin de son sommeil lourd. Elle sentait ses membres lourds de courbatures indolores. Elle gagna sa salle d'eau paresseusement. Son bain était déjà prêt et encore chaud. Elle se pencha sur ses toilettes et lança un sort à son bas ventre. Plusieurs sorts. Elle se mit alors à vomir, vomir pour oublier ce de quoi sa nuit avait été faite. Une fois cette tâche ingrate effectuée, elle alla se brosser les dents et se passer de l'eau fraîche sur le visage. Elle se souvenait encore du goût de Yaxley dans sa bouche et fut prise de frissons. Elle se brossa les dents une deuxième fois avant d'entrer dans son bain. Elle y resta un long moment, se demandant ce qu'il se passait dehors ou chez les autres. Elle pensait à Blaise avec tristesse, se rappelant de tous les moments qu'ils avaient partagés ces dernières années jusqu'à ses dernières semaines. Leur relation avait commencé tôt, très tôt, mais dans le plus dans secret. Elle savait que Draco avait été au courant et elle en avait parlé à Pansy bien plus tard, mais doutait que quiconque sache hormis ces deux-là. En sortant de sa baignoire après avoir méticuleusement frotté son corps - deux fois et sûrement trop fort - elle trébucha et rencontra brutalement le sol, encore. Elle se releva doucement, testant avec habitude chacune de ses articulations pour détecter la moindre erreur de fonctionnement. La jeune femme était incapable de sentir la douleur physique, découvrait juste de temps en temps des bleus sur son corps. Ce dont seul Blaise était au courant, et depuis peu Malvina, était qu'il y avait des fois où la douleur qu'elle était sensée ressentir se muait en une sorte de plaisir infus. Une sensation différente dont elle avait finis par s'enticher à cause de toute la violence qu'elle avait subie. Elle jeta quelques sorts à son genou qui n'avait pas l'air totalement droit et se plaça en face du grand miroir à griffes afin de détailler son épiderme. Elle était presque sûre que ce porc de Mangemort à qui son père avait sûrement dû une faveur lui avait griffé la nuque pendant qu'elle le suçait. Au moins s'en était-elle sortis avec quelques attouchements et une gâterie. Elle était soulagée de ne pas avoir eu à ouvrir les cuisses. Pour une fois.

Daphné Greengrass était une jeune femme soumise. Elle avait été élevée pour, mais nourrissait des désirs de liberté et de choix. Elle n'avait jamais vraiment eut le choix dans sa vie. Elle n'était pas simple d'esprit, mais se sentait bien trop souvent dépossédée de son corps. Ce n'était pas sa faute si elle avait une pathologie que la magie n'était capable de soigner. Ils avaient pourtant tout tenté. Tout essayé. Daphné se souvenait encore avec indifférence des dernières séances d'électrosorts avant qu'elle n'entre à Poudlard. Le sortilège du Doloris ne lui créait qu'un frisson vaguement dérangeant. Autant que curieusement sensibilisant. Ce pourrait peut-être un jour devenir un réel avantage. Elle comprenait ce qu'était la douleur, la comprenait rationnellement mais ne la ressentait pas sur son corps. La jeune Serpentard identifiait pourtant clairement ce qu'était de ressentir de la souffrance. Dans son amour propre, son intégrité et son cœur. Elle soupira en se lançant les sorts de cicatrisation adéquats. Ce ne fut que lorsqu'elle sortit de sa salle de bain dans son peignoir douillet que Milly, son elfe de maison, apparut. Sa jeune maîtresse avait, bien des années auparavant, exigée de ne jamais au grand jamais voir qui que ce soit avant d'être sortis de la salle de bain. Elle faisait une exception à Poudlard, ayant appris à y gérer la situation.

« Bonjour Milly, lui dit-elle en contemplant les habits que celle-ci lui avait déposé sur son lit.

- Bonjour jeune maîtresse ! Comment allez-vous aujourd'hui ?

- Comme d'habitude Milly, comme d'habitude. Et toi ?

- Milly est toujours heureuse lorsque maîtresse Daphné est à la maison.

- Qu'y a-t-il de neuf aujourd'hui ?

- Miss Astoria est partie avec madame en ville et monsieur le maître s'est absenté tôt ce matin avec maître Parkinson. Trully m'a fait parvenir une missive de miss Pansy.

- Ah, très bien, répondit évasivement la jeune femme. »

Daphné avait cru comprendre qu'une opération importante avait lieu le jour même. Elle répondit à Pansy qu'elle était toujours partante pour une ballade dans les Jardins et s'apprêta en silence. Elle était quelque peu perturbée par une envie qui gémissait dans son ventre. Celle de boire.

« Milly ?

- Oui, jeune maîtresse ? En quoi Milly peut-elle vous aider ?

- Tu serais gentille de me porter un verre de lait ainsi qu'un verre de Thé-Quila, s'il te plait.

- Bien miss, ce sera tout ? »

Si l'elfe fut perturbée par la demande elle n'en montra rien et disparut pour obéir aux ordres donnés. La brune acquiesça simplement et acheva de se préparer. Elle pensa à Malvina, se demanda ce qu'elle faisait. Elle pensa à Malvina et ses addictions. Elle s'interrogea sur les raisons qui l'avaient poussée à se mettre à consommer autant. Elle songeait commencer à la comprendre, ou en tout cas, comprendre l'envie de celle-ci de s'abandonner à l'ivresse dès le matin. Comme la métisse n'avait cessé de lui promettre. En se rendant dans le boudoir qu'elle s'était installé au rez-de-chaussée pour y boire son premier verre, elle savait qu'elle continuerait à boire jusqu'au soir, histoire d'être prête pour ce qui l'attendrait. Elle savait également que lorsqu'elle proposerait à Pansy un verre, celle-ci crierait sûrement que ce n'était ni bien, ni sain et trop typique de leur nouvelle amie, mais qu'elle finirait par céder et s'adonner elle aussi à quelques verres réconfortants. Elle s'imagina ce que Blaise dirait.

Daphné Greengrass aimait la vie. C'était une jeune femme douce, peut-être trop docile, mais elle était une personne qu'on ne pouvait pas impressionner facilement et qui gardait les pieds sur terre. Peut-être était-elle trop détachée ou bien trop passive, mais elle aimait à observer les choses. Elle était malicieuse et savait calculer même si elle ne préférait pas. Elle avait un esprit sarcastique et très secret. On ne pouvait pas vraiment dire qu'elle était ambitieuse, elle n'avait pas souvent l'occasion d'avoir un objectif à tenir et se résignait facilement. Mais elle était une femme têtue. Elle ne le faisait pas remarquer, pourtant lorsqu'elle se décidait, rien n'y personne ne pouvait l'empêcher d'atteindre son but. Elle se savait prête à tout pour une résolution, même si elle n'avait pas vraiment eut l'occurrence de le prouver. Daphné Greengrass pouvait être prise pour une fille sans histoire et elle n'en faisait pas. La jeune femme possédait un potentiel obsessionnel caché. Les conséquences de la libération de celui-ci restaient nonobstant d'un hasard douteux. La jeune Serpentard sirota son verre à petites gorgées jusqu'à sentir les premiers fourmillements de l'alcool dans son système insensible. Elle se resservi en attendant patiemment que sa mère et sa sœur rentrent pour le déjeuner. Elle se laissa aller dans la chaleur remontant de son abdomen et choisi de se mettre à rêver éveillée. Elle s'imagina encore et encore dans les bras de Blaise, de son Blaise, son Blaise qu'elle aimait et qui l'aimait en retour. Son Blaise peut être fou, mais si doux dans son esprit. Que pouvait-il bien faire en ce moment ?

Serait-il étrange de remarquer que Blaise Zabini pensait à elle ? Le jeune homme se rappelait avec nostalgie de ses sourires lorsqu'il lui faisait un compliment, des rougeurs sur ses joues quand il l'embrassait et autres détails ou anecdotes datant de l'époque où ils sortaient ensemble. Il se souvenait aussi du moment où ils avaient commencé à coucher ensemble. Ce devait être en troisième année. Leur première fois à tout deux. Il se souvenait encore de leur embarra et de leur gêne jusqu'à ce que ceux-ci ne laissent place à la fougue de l'envie. Le souvenir lui rappelait assez funèbrement sa violence lorsqu'il essayait de lui faire l'amour. Elle pouvait bien être insensible à la douleur, il souffrait. Daphné ne comprenait pas la blessure que creusait le plaisir de voir les bleus et autres contusions apparaître sous ses doigts ou prendre la forme de ses poings. Il n'arrivait pas à contrôler Joker lorsqu'il s'emballait et ne voulait pas qu'elle en paye les frais. Sa hantise était de la tuer un jour, cédant à la pulsion de son autre lui. Blaise Zabini continua à discuter avec sa mère, ne l'écoutant que d'une oreille alors qu'elle le couvait de ses yeux aimants. Il attrapa sa main et ils continuèrent tous deux à avancer sur l'allée principale et huppée du Chemin de Traverse beaucoup moins fréquenté depuis le début de la guerre. Ils déjeunèrent au Phénix Gourmand, le restaurant chic que sa mère préférait.

« Est ce que Mrs et Mr Zabini désireraient un dessert ? » demanda un serveur en s'inclinant légèrement.

Il resservit une coupe de champagne à Mrs Zabini et Blaise ressentit l'impulsion de l'accompagner. Ils étaient tout de même à leur deuxième bouteille.

« Merci Antonio, je prendrais une salade de fruit à la cannelle. Et n'oubliez pas le doigt de rhum.

- Bien sûr madame.

- Et toi mon chéri ? Reprit-elle.

- La même chose, répondit le jeune homme. Avec un whisky. »

Puis lorsque le serveur, Antonio, fut reparti, Mrs Zabini se remit à parler, posant à Blaise des questions sur le déroulement de la première partie de l'année.

« Non, je ne ressors pas avec Daphné, Mère.

- Allons, je suis pourtant sûre que tu l'aimes encore. Ou alors est-ce la jeune métisse que j'ai aperçue à la gare qui a fini par obtenir tes faveurs ? »

Mrs Zabini était bien évidemment au courant de la relation de son fils avec l'aînée Greengrass. Elle les avait toujours vus ensemble et la jeune fille avait passé bien des journées dans leur villa près de South Hampton.

« Malvina ? S'étonna Blaise. Mais non maman, rigola-t-il, c'est juste une très bonne...amie. »

Il avait commencé à nier en riant, mais terminait sa phrase sur une hésitation. Vraiment, Malvina était son amie ? Sa réflexion le perturba un peu. Le Serpentard décida de ne plus y songer. C'était le mot le plus approprié pour parler à sa mère et qu'importait ce qu'elle était pour lui, il était certain qu'ils partageaient dorénavant un lien puissant. Un pacte, se rappela-t-il. Blaise Zabini était un jeune homme énigmatique mais simple en son for intérieur. Il était curieux mais n'aimait pas se prendre la tête. Il ne se posait pas de questions inutiles dont il ne pouvait ou ne voulait entendre les réponses. Il assumait juste ce que ses envies lui dictaient et agissait souvent comme bon lui semblait. Il appréciait être au centre de l'attention et aimait à se voir comme ce gars cool, sans trop de prises de têtes, ami avec tout le monde. Et il l'était : une personne sur qui l'on pouvait compter – tant que ça ne lui portait pas préjudice. Par ce qu'il était aussi un bel enfoiré. Et en avoir conscience lui procurait une satisfaction presque perverse. Certains pouvaient dire que sa mère l'avait trop couvé. Il était indéniablement un "fils à maman". Sa mère l'avait également laissé accéder à une liberté parfois excessive. On ne pouvait pas vraiment dire qu'il avait manqué d'une présence masculine, mais plutôt d'une présence respectable et permanente. Ça ne l'avait cependant jamais dérangé. Il avait compensé ce manque secondaire en acquérant une maturité qu'il s'amusait à cacher sous ses airs insouciants et la compagnie de son lui si sombre. Il avait toujours été un garçon sociable, un homme de présence qui réussissait à toujours être entouré. Il avait cependant du mal à faire confiance aux gens car il se refusait à l'accorder à qui que ce soit. Une part du jeune homme s'attachait pourtant avec bien trop de rapidité et de sincérité et il se retrouvait bien trop souvent à compter sur les autres. Pas d'une manière évidente, certes, mais plutôt...Blaise n'aimait pas se sentir seul. Peut-être ces deux aspects assez contradictoires de sa personnalité étaient liés à ce qu'il avait vécu. Mais peu lui importait, il voyait ceux-ci comme de simples faits et ne cherchait pas à pousser plus loin vers le pourquoi du comment. Lorsqu'ils eurent fini de manger et payée l'addition, Blaise et sa mère repartir faire quelques magasins. Bien vite, le jeune homme lui annonça qu'il la laissait pour rejoindre Théo. Derrière ce début de journée on ne pouvait plus banal, cette date était importante. Ce mercredi du dernier Octobre marquait sa destinée. Il s'éloigna ainsi vers l'allée des embrumes. Le noir entra furtivement chez Barjow & Beurk. Il ressortit à peine trois minutes plus tard en glissant dans sa poche une fiole de cristal. Il avait bien des mois plus tôt commandé cet élixir contenant entre autres griffes de dragon, poils de loup-garou, essence de poisson du diable et sang de Licorne. Il rabattit la capuche de sa cape sur son visage et transplana une minute plus tard.

Sa silhouette encapuchonnée apparut dans l'ombre d'un moulin abandonné. Il leva sa baguette en signe de reconnaissance à l'homme lui aussi camouflé déjà présent derrière la bâtisse. Théodore Nott ricana dans la pénombre relative.

« Tu l'as ? » demanda-t-il à son Fou.

Celui-ci répondit en brandissant avec un sourire justement fou, la fiole d'un liquide prune qu'il avait tant attendu. Avec ceci, leur petite expérience pourrait commencer. Avec un nouveau sourire criminel, les deux jeunes hommes s'en allèrent cueillir celle qui serait leur victime. Nott avait attendu cet instant depuis des jours. Depuis qu'il était revenu de Poudlard, et même avant : il avait attendu patiemment ce que la liberté d'être de retour chez lui lui promettait. Il pouvait enfin exprimer et mettre en pratique les plans qu'il avait depuis si longtemps imaginés. Il avait pendant des mois prévu ce moment où il observerait ce que son camarade faisait pour laisser libre cours à son sadisme schizophrène. Les désirs fous de Blaise l'avaient toujours fasciné depuis l'enfance. À l'âge de sept ou huit ans, il se grisait déjà de le voir disséquer des petits animaux avant que lui ne leur donne la mort. En grandissant, ils étaient passés à des proies plus imposantes, des expériences bien plus concrètes. Et alors qu'il observait avec intérêt le noir jeter des gouttes de cette potion sur le corps de l'inférieure moldue qu'ils avaient sélectionnée pour leur jeu macabre, Théodore se sentait enfin puissant. Cet homme ne vivait que pour la satisfaction que lui procurait sa supériorité sur les autres. Il était le Roi. Le roi manipulant les gens comme il manipulait des pions. Il avait toujours été très intelligent, peut-être trop. Déjà, enfant, on l'admirait pour son intellect brillant. Il se souvenait encore des parties qu'il avait jouées contre de célèbres tacticiens. On le qualifiait de génie. Certains avaient même dit qu'il avait des tendances mégalomaniaques. Le jeune Serpentard manipulateur préférait à se voir comme un dieu se distrayant du monde, non comme un fou. Il s'était identifié au pion dominant et voyait la société à travers un plateau sur lequel il jouait. Il y voyait quelques adversaires à détrôner, un rôle à incarner, des expérimentations à faire. Comme présentement où la chaire de cette femme insignifiante fondait jusqu'à l'os, prêt de son épaule. Théodore avait découvert cette potion dans le manuel de préparations obscures qu'il lisait au début de l'année. Il s'agissait d'une sorte d'acide corrosif magique, rongeant les chaires lorsqu'il entrait en contact avec la peau. Les blessures étaient incurables mais ne pouvaient conduire à la mort grâce au sang de licorne. Il l'aurait bien confectionné lui-même mais elle était composée de trop d'ingrédients rares et demandait trop de temps et d'attention. Alors Blaise et lui s'étaient cotisés pour la commander dans une boutique spécialisée. Il détailla minutieusement la manière avec laquelle la zone infectée fondait sur elle-même, se liquéfiait sans discontinuité sur le bas ventre de la femme jusqu'à atteindre le bas de son dos. Le trou sanguinolent formé s'enfonçait dans ses replis internes et traversait toute sa largeur sans toucher les os de son bassin ou ses côtes. L'orifice créé était un trou, un tunnel parfait au milieu de son torse. S'il ne se trompait pas, il venait même de lui faire une appendicectomie. Il était en transe, transporté et grisé de satisfaction. Les hurlements suraigus de douleur et d'agonie commençaient par contre à engourdir ses tympans.

« Silencio. » Et il laissa ensuite Joker continuer sa torture en silence.

Théodore Nott n'était pas vraiment un homme sain d'esprit. Rationnellement, il dépassait les limites de la moyenne par sa perspicacité pénétrante. Il analysait absolument tout et se plaisait à animer ce qui l'entourait, juste pour son occupation. Il avait passé un stade sur la compréhension humaine, si bien qu'il ne considérait plus les êtres que comme des outils, des jouets. Ces révélations faisaient de lui un homme sans personnalité active. Malgré son caractère bien identifié, il n'était pas normal. Solitaire dans la société, il se voyait au-dessus d'elle mais s'amusait de son système. Il ne pensait pas comme les autres. Il était une coquille vide. Un être mût par ses impulsions et son instinct. C'était un être primitif doté d'une capacité d'analyse démentielle et d'un esprit calculateur visionnaire. Il se considérait comme un être brut à l'essence même de la Création. Il ne vivait que pour les émotions qu'il pouvait créer. Il manipulait pour réaliser les situations qui l'amèneraient à se divertir.

Pendant un long moment, son esprit fut exalté par la torture physique vicieuse que Blaise pratiquait sur cette femme quelconque. Son corps n'était plus qu'une épave. Ils constatèrent même qu'appliquée sur les cheveux, la Goutte Putride m'était le feu à ceux-ci. En fin de journée, lorsqu'ils eurent respectivement repues leurs envies malsaines, Théodore Nott jeta enfin le sortilège de mort qui flottait sur ses lèvres.

« Avada Kedavra ! » Joker, enfonçant une lame dans la trachée de leur victime, cueillit à même sa bouche le dernier souffle de vie qui lui échappa.

Ce n'était pas la première fois qu'il tuait. Pour dire vrai, il devait avoir dix ans lorsqu'il avait tué son premier homme. Il ne se souvenait même plus quels âges, en compagnie de Blaise et de Draco, ils avaient lorsqu'ils avaient commencé à torturer puis tuer des animaux. Ses deux amis aimaient faire subir des sévices corporels quant lui aimait contrôler puis ôter la vie. Le noir en était psychologiquement forcé et se devait de laisser éclater ses pulsions meurtrières. Théo avait analysé ce comportement comme étant l'expression véritable du traumatisme dont celui-ci avait été victime. C'était la face caché de Blaise, l'horrible démence qu'avait créé son esprit pour rester sain. D'autre part il y avait Draco qui entrait dans de véritables états d'hystérie jouissive lorsqu'il pouvait torturer un être vivant. Heureusement qu'en étant Mangemort à plein temps, l'ancien élève de Poudlard pouvait pratiquer quand il le voulait. Théodore trouvait néanmoins dommage que son ami ne soit pas présent avec lui pour observer l'expression du troisième en pleine crise. Remarquant ensuite que la nuit était tombée, Nott décida qu'il était temps de passer au jeu suivant. Il était homme à prévoir et ranger chaque action, chaque fait, chaque instant, comme appartenant à des parties distinctes. Il décidait de sa vie comme de mouvements à contrer. Ses pensées n'étaient tournées que vers les défis constants des successions quotidiennes. Alors qu'ils brûlaient le corps pour se débarrasser de toutes traces, il s'imprégnait déjà des règles de la prochaine manche. Hochant la tête à son vis à vis, ils transplanèrent ensemble devant le manoir Malfoy. Celui-ci les attendait adossé contre un arbre bordant la propriété. Après des mois de séparation, les trois acolytes se retrouvaient enfin. Ils s'égarèrent en accolades chaleureuses et mots de réjouissance. Théodore Nott était content de retrouver l'élément manquant à ses jeux de stratégie. L'autre Fou sur son Plateau.

Une fois dans la chambre de l'ancien préfet des verts et argent, celui-ci exprima son rapport des dernières semaines. Jusqu'à cette journée. Ce 31 Octobre était une date importante. La récréation de l'après-midi n'était qu'un passetemps. Ce jour était place d'événements bien plus grands figurants sur ses plans. Draco leur expliqua tout jusqu'à la victoire gagnée un peu plus tôt. La prise du quartier général de l'Ordre du Phénix. Il avait même participé à l'assaut et à la bataille contre l'ennemi aux côtés de leurs pères. Il était un officier confirmé. Il avait fait ses preuves, avait été marqué et entraîné pour servir le Seigneur des Ténèbres avec sa vie. Et dès ce soir, lui, Théodore Nott, et Blaise Zabini, ainsi que Crabbe, Goyle et Parkinson - qui les rejoignirent sur les coups de huit heures – auraient la chance de faire leurs preuves à leur tour avant d'être enrôlés définitivement. Comme une période d'essai où ils devraient exécuter des ordres amusants qu'il prévoyait comme une épreuve exaltante. Théodore Nott était un visionnaire qui anticipait et manipulait même son avenir. Il n'avait pas de contre temps, juste des obstacles dont il s'accommodait. L'adversité du jeu d'aventure qu'il entretenait avec sa vie sur sa scène des enfers. Toute sa vie - de ses activités sombres et souterraines à son quotidien actif, à Poudlard, dans ses rapports communs et sociaux - n'était que de dossiers à entretenir. Jusqu'à la moindre de ses relations avec les gens : son père, sa mère, Blaise, Draco, Daphné, Pansy, Gregory, Vincent, Astoria, Malvina, Alexy, Matthew, les professeurs, les élèves de Poudlard, le reste du monde sans exhaustivité ; tout n'était qu'analyses en cours. C'était ainsi qu'il pouvait concevoir parfois résumer les choses. Lorsque l'heure fut venue, Théodore Nott ainsi que tous ses pions – ses Fous Blaise et Draco, ses Tours Daphné et Pansy, ses Chevaliers Gregory et Vincent, et le Roi, lui-même – s'avancèrent devant l'assemblée des Mangemorts et le Seigneur des Ténèbres, Lord Voldemort en personne.

Draco Malfoy regardait avec fierté et impatience mêlées ses amis se faire adopter dans la véritable pureté de leur Communauté. Ils étaient à présent en phase de devenir, tout comme lui, des fils et filles de l'idéal sorcier et membres des forces qui domineraient le monde. Après cette réunion grandiose, porteuse de leurs victoires sur le terrain face à l'Ordre du Phénix, Draco Malfoy était satisfait. D'autres bonnes nouvelles ravirent même le Maître qui exauça quelques faveurs. Le ministère était à chaque heure un peu plus leur et des batailles avaient été menées au Nord du pays et à l'Est, sur les terres froides. Ils avaient fait nombre de prisonniers importants. Lui-même avait pu en capturer certains et en torturer d'autres. Le jeune homme à la blancheur d'un albinos enveloppé dans son costume haute couture d'un noir intense alla s'enfermer dans les cachots une fois la foule dissipée et la nuit bien avancée. Il prit un plaisir fou et infini à mutiler les chairs de quelques sangs de bourbes détenus à sa merci. Il tua même malencontreusement un des traîtres à son sang de l'Ordre qui ne voulait pas lui révéler où était Potter. L'héritier Malfoy était heureux, même s'il aurait aimé trouver son rival pour rapporter sa dépouille au Maître. Il aurait pu demander de garder la fille. Mais le fameux Trio d'Or avait encore une fois été manquant sur le champ de bataille, apparemment partis en mission. C'était une bonne information qu'il pouvait transmettre à son père et la hiérarchie.

Lorsqu'il fut enfin satisfait, le jeune homme quitta l'enclos aux bêtes. Il croisa sa tante Bellatrix qui disait s'être amusée avec la sang de bourbe de Potter qui avait été chopée par des rafleurs un peu plus tôt. Draco sous son incrédulité cachée se souvenu qu'il y avait aussi la blonde nommée Loufoca qui était en otage dans l'aile inférieure. Sa tante s'en alla après lui avoir souhaité bonne nuit et il se dirigea, piqué au vif, vers la cage de la fameuse sang de bourbe. Il découvrit sa silhouette pleurnichante dans le coin de sa cellule. Son avant-bras était tailladé en lettres douloureusement sanguinolentes du nom que portait sa race hideuse. Draco avait un véritable mépris pour la race inférieure de sorciers, s'ils pouvaient être nommés ainsi. Il prenait son goût à le leur rappeler. Rien ne perturbait sa conviction, elle souffrait juste d'une unique défection. Elle. Hermione Granger. Il ne savait pas quand c'était arrivé, il ne savait pas comment c'était arrivé l'échappatoire en était pourtant condamnée. Le jeune homme était tombé pour cette femme d'exception. Il s'était un jour trouvé épris d'elle et de chaque facette de son être jusqu'à son innocence. Le désir, non, le besoin qu'elle lui appartienne le ravageait continuellement. Il avait d'abord cherché à la détruire, corps et âme. L'assiéger pour qu'elle ne voit plus lui, ne respire que lui et lui seul. Il n'était peut-être pas parvenu à briser sa futile fidélité et son dévouement à sa bataille pour la liberté, mais il avait envoûté la femme en elle comme elle avait su le conquérir.

Draco Malfoy était un homme amoureux du fruit défendu. Et présentement, la tentation pécheresse gourmande et prohibée lui était présentée comme sur un plateau d'argent. Elle eut un espèce de cri de misère en entendant la porte de sa cellule s'ouvrir et se tassa un peu plus sur elle-même. L'homme était totalement, complètement, rigoureusement...coi. Il ne savait pas quoi faire, ne savait pas quoi ressentir, ou même penser. Tout se bousculait entre la satisfaction de pouvoir la posséder en l'instant et la crainte pour sa vie si fragile.

« Disparaissez, veille sorcière, cria-t-elle encore dans ses larmes, je croyais que vous en aviez fini pour... » Ses mots s'éteignirent dans sa gorge alors qu'elle jetait finalement un œil à la personne présente.

Draco Malfoy vit se jolies prunelles ambrées encore rougies s'écarquiller de stupeur puis se baigner de nouvelles larmes. Elle se releva précipitamment avec ses membres sûrement douloureux et se jeta sur lui.

« Oh Draco » souffla-t-elle en se mettant à pleurer à chaudes larmes.

Ce fut comme un rappel à l'ordre et l'ancien Serpentard enroula ses grands bras autour de son corps gracile. Il y avait toujours eut quelque chose dans la manière avec laquelle elle prononçait son nom. Quelque chose qui lui donnait l'impression d'être précieux, important. Mais à l'instant, il y avait une dévotion et une joie sans limite, comme s'il était le véritable joyau de cette planète. Et c'était ce qu'elle était pour lui, somptueuse et brillante femme qu'il devait chérir.

« J'ai eus tellement peur...renifla-t-elle. Ça veut dire que je suis au Manoir Malfoy ? Oui, forcément puisque tu es là. Que fais-tu là d'ailleurs ? Et Harry...oh mon dieu, je ne sais même pas quand est-ce que tout à foiré. On était chez Luna pour parler à son père mais, par Merlin, Luna ?! C'est vrai que vous l'avez enlevée ? Il faut qu'on la sorte d'ici ! Mais je suis enfermée aussi et Be...Bellatrix m'a... Elle m'a... » La brune se remit à pleurer alors qu'il lui tapotait doucement le dos en lui murmurant de douces paroles.

Il l'aimait et ne mesurait même pas ce qu'il pourrait faire pour elle. C'était un amour sombre. Draco Malfoy était un homme endoctriné qui ne pouvait en aucun cas se détourner de ses convictions et de son goût pour la torture. Mais elle. Il n'y avait qu'elle qui était différente. Les choses n'avaient plus la même portée lorsqu'il s'agissait d'elle. Étriper à mains nues n'importe laquelle de ses vermines ne le dérangeait pas, le grisait même, mais lorsqu'il s'agissait d'elle il ne pouvait pas. Il ne pouvait tout simplement plus.

Il ne pouvait plus fantasmer de la blesser comme il le faisait auparavant sans être rebuté. Il ne pouvait plus songer à lui faire mal, ou tolérer l'idée que quelqu'un puisse poser un doigt sur elle. L'homme fut effrayé en se rendant compte qu'il n'aurait pas hésité à tuer sa tante - et même ses parents - s'il l'avait prise sur le fait. Il la serra fort dans ses bras, le plus fort qu'il le put en entendant des mots réconfortants et des promesses inconcevables passer ses lèvres. Puis il la repoussa assez pour la regarder, détailler son visage qu'il aimait tant maintenant légèrement tuméfié, sale et marqué de détresse. Il tenait entre ses deux paumes larges le désespoir de son Eve. Ils se jaugèrent quelques secondes et il se demanda ce qu'elle pouvait bien regarder avec autant d'attention dans ses yeux orageux. Puis l'électricité qui précédait toutes leurs rencontres se remit à grésiller entre eux.

« Dis le » dit-il en écrasa sa bouche sur la sienne.

L'incompréhension marqua ses traits avant qu'il ne revienne sur sa bouche. Elle répondit à son baiser maintenant dévastateur. Elle s'y abandonna, s'y perdit et s'y accrocha avec toutes les forces qu'il lui restait. Et lui ne la lâcha pas. Il ne la lâcherait pour rien au monde. Jamais. Elle lui appartenait.

« Dis le » marmonna-t-il encore sur ses lèvres habituellement si bavardes.

Elle savait ce qu'elle avait à dire. Depuis le début de l'aventure qui les avait poussés à devenir amants, il lui réclamait ces mots chaque jour, à chaque étreinte, chaque baiser. Il se souvenait dans les couloirs de Poudlard de leurs accrochages rudes, de l'aide qu'elle lui avait fournis en tant que souffre-douleur. Jusqu'à ce que l'autre devienne addiction. Et lorsque cette réalisation édifiante s'était faite dans la tête du blond, il s'était décidé à tout faire pour la briser davantage. Comme si les violences physiques et psychologiques n'avaient pas été suffisantes. Mais le soir où il avait prévu de la violer haineusement, il s'était retrouvé incapable d'autre chose que de fondre pour son minois délicieux, sa touffe désordonnée et ses yeux clairs si confiants. Il s'était retrouvé à lui faire l'amour, la déflorer en lui disant des mots doux et passionnés. C'était indigne de lui, mais à chaque fois qu'elle posait les yeux sur lui, il n'y pouvait rien. Elle l'avait ensorcelé.

Leur fougue crût encore et il se recula pour commencer à retirer leurs vêtements avec des mouvements brusques. Il lut une hésitation dans son regard avant qu'elle ne cède, comme toujours face à lui. Ils se déshabillèrent avec empressement. Leur temps était compté. Ils ne savaient pas quand un garde passerait, ils ne savaient pas s'ils se reverraient, ils ne savaient même pas s'ils survivraient à cette nuit et leur étreinte parjurieuse. Alors ils se laissèrent consumer par leur passion. Par ce que c'était une véritable passion viscérale qui les liait. Ils se rejoignirent enfin peau contre peau alors qu'il la défiait encore et encore du regard et que son nom passait encore et encore d'entre ses lèvres. Il l'embrassa, la toucha, la lécha, voua un culte à son corps.

« Draco, Draco, Draco…soupirait-elle désespérément.

- Dis-le ! » Grogna-t-il à son oreille alors qu'elle gémissait encore dans la sienne.

Il continua à la caresser, la faire sienne dans son plaisir jusqu'à ce que le sien s'éveille. Jusqu'à ce qu'il soit assez dur pour s'enfoncer dans ses chairs, à même le sol répugnant qui avait vu plus de morts qu'il ne pouvait en compter. Ses yeux se révoltèrent et ses mains se figèrent dans son dos.

« Dis le » ordonna-t-il après un deuxième coup de rein.

Elle cria de sa voix déjà cassée par les pleurs et il se mit vraiment, encore et encore et à aller-et-venir dans sa moiteur réceptive frissonnante.

« Dis-le ! » exigea-t-il de nouveau alors qu'il lançait un nouvel assaut en ramenant une de ses jambes sur son épaule.

Elle se mit à hurler et gémir, pleurer même, alors qu'il sentait dans tous ses muscles la jouissance monter. Alors il frappa davantage, s'enfonça aussi profondément qu'il le pouvait alors qu'elle frémissait et convulsait autour de lui, alors qu'il se sentait en elle, là où ses muscles internes et chauds serrait son propre plaisir.

« Dis-le ! »

Elle se brisa.

« Je suis à toi, rien qu'à toi. Je t'appartiens, je t'aime. Je suis à toi, rien qu'à toi, je suis à toi, rien qu'à toi, rien qu'à toi... » Se mit elle enfin à répéter, inlassablement, alors que son corps les emmenait tous deux à l'orgasme.

Par ce qu'elle lui appartenait, à lui Draco Malfoy et à personne d'autre. Surtout pas au singe qui croyait être son âme sœur. Elle était sienne.

« Je suis à toi, rien qu'à toi. Je t'appartiens, je t'aime. Je suis à toi, rien qu'à toi, je suis à toi, rien qu'à toi, rien qu'à toi... Je t'aime. »

Sienne.

Ronald Weasley était au comble de l'inquiétude et tremblait de détresse. Il pensait à ce que sa pauvre Hermione, la lumière de sa vie, pouvait subir en ce moment. Mais il tint bon du mieux qu'il le put. Pour elle, pour leur avenir et tout simplement pour lui sauver la vie. Il échangea un regard angoissé avec Harry et Neville et tous trois attrapèrent la main maigre de Dobby.

Crack.

Ils arrivèrent dans l'obscurité d'un couloir désert. La nuit bien avancée servait de couverture à leur mission de sauvetage inespérée. Ron ne comprenait pas à quel moment tout avait foiré à ce point. Dès leur arrivée au Terrier, le samedi précédent, les choses s'étaient déroulées exactement comme Hermione l'avait prédit. Ils avaient laissé le week-end passer et écouté tout ce que Mrs Weasley avait à dire. Aucune de ses restrictions, menaces et autres chantages affectifs n'avaient pu les empêché de partir pour le quartier général le lundi à l'aube. Ils y avaient passé un jour et une nuit très instructifs. Le Trio d'Or était même allé dans le nouveau QG officiel de l'Ordre étant donné que la place Grimmaud n'était plus sûre avec autant de gardiens du secret. Grâce à Kreattur, ils avaient pu récupérer le véritable médaillon Serpentard, le horcruxe de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom que RAB avait volé au péril de sa vie.

Cependant et même aux périls des leurs s'étaient-ils retrouvés sans rien pour détruire. Alors dès le lendemain, et toujours sous les plans de Hermione, ils s'étaient tous trois rendus à Godric's Hollow. Ils y avaient fleuris la tombe des parents de Harry et trouvé l'épée de Gryffondor – comme la préfète le pensait - dans les ruines de sa maison d'enfance. Ils avaient même rencontré Bathilda Tournsac. Ce fut à ce moment que les choses avaient dérapées pour la première fois. La vieille femme était morte depuis seul Merlin savait quand, laissant sa dépouille au serpent de maudit de Voldy qui les avait attendus. Ronald Weasley avait légèrement été dépassé par les événements, mais heureusement encore une fois, son Hermione avait réussi à les sortir de ce mauvais pas. Ils avaient passés le reste de leur nuit à camper dans une forêt qu'elle avait jadis visité avec ses parents. Au petit matin du mercredi 31 octobre 1997, un patronus de Tonks les réveillait sous la nouvelle alarmiste de la prise d'assaut du QG et de la bataille qui y faisaient rage. Aucun d'eux n'avait réussi à le concevoir : ils avaient été trahis ! Lui aurait été d'avis d'immédiatement rentrer pour prêter main forte au combat si leur devoir n'avait apparemment pas été plus important. Sauf qu'après avoir détruit l'immonde collier, ils avaient de nouveau été sans priorité. Hermione avait alors parlé de ce symbole étrange qui ne cessait de revenir. Le triangle cerclé et barré calligraphié dans le livre qu'elle avait hérité de Dumbledore ainsi que dans des lettres rédigées par celui-ci. La coïncidence avait trouvé son point culminant sur la tombre d'un certain Ignotus Peverell. Même s'il n'aimait pas trop l'idée, il avait concédé à l'avis général et suivit Harry lorsqu'il avait affirmé que le père de Loufoca saurait leur apporter des réponses. Ronald s'était senti si frustré à l'idée de rendre une ''visite de courtoisie'' à leur amie pendant que tout le monde était en danger. Il ne savait même pas lesquels des siens étaient au front, lesquels étaient blessés ou pire…Ron était un homme d'action qui préférait suivre ses impulsions parfois trop brusques plutôt que de se sentir inutile. Il avait été élevé pour agir et participer. Il était prêt à donner de sa personne pour la communauté. Être à couvert pendant que les autres le protégeait ne lui plaisait absolument pas. Il ne supportait pas non plus d'être tenu à l'écart. Heureusement que son Hermione adorée était amoureusement à ses côtés. Il ne pouvait pas la quitter ou laisser quiconque s'en approcher.

Ce ressenti agressif qui le tenait était éventuellement une manifestation de son besoin d'attention ou les prémices du complexe du héros qui atteignait déjà son ami, mais il ne voulait pas être de ceux qui se rongent les ongles dans l'ombre. C'était une chose que le Trio d'Or partageait, leur besoin d'action et de justice. L'inquiétude les envahissait lorsqu'ils avaient frappés chez Lovegood, ce qui pouvait expliquer leur manque de méfiance face à l'absence de Luna ou les excentricités de son père pour cacher son embarras. Si seulement... Ron Weasley regrettait amèrement de n'avoir su la protéger. Il se fichait un peu qu'elle ait obtenue les réponses qu'elle cherchait dans cette version du Conte des Trois Frères, ce qui était important était le fait qu'elle soit tombée aux mains des Rafleurs venus les attaquer. Ils avaient réussi à fuir encore une fois grâce à elle mais lorsque les Mangemorts les avaient rattrapés, elle s'était presque sacrifiée pour eux ! Le rouquin sentait depuis une colère chaude lui parcourir les veines. Il en voulait à Xénophilius Lovegood de les avoir dénoncés, il en voulait même à Luna pour s'être faite capturée. Il en voulait aux monstres qui l'avaient emmenée, à Voldemort en personne et tout ce qu'il représentait pour la persécuter. Il en voulait à Hermione pour les avoir sauvés et à Harry pour l'avoir laissé faire. Mais il s'en voulait surtout à lui-même de ne pas avoir su la protéger. Elle était son pilier, une femme extraordinaire et brillante qu'il se devait de préserver. Sans elle, leur quête ne pourrait pas continuer, ne pourrait pas exister. Ils n'auraient même pas survécu au filet du diable bien des années plus tôt si elle n'avait été là pour les guider. Alors il ferait tout pour la sauver. Il ne savait pas comment Neville avait eu toutes les informations nécessaires pour sauver Luna et son Hermione, mais il lui en serait reconnaissant pour très longtemps s'ils réussissaient.

Au signal de Harry, ils passèrent en formation et s'enfoncèrent dans les couloirs sous les indications de Dobby. Ils neutralisèrent efficacement et en silence tous les gardes qu'ils croisèrent. Il se sentait chanceux – ce qui était peut être lié à la gorgée de Félix Félicis qu'il avait bu avant de partir. Les couloirs étaient déserts à cette heure avancée. Ces porcs devaient avoir grassement fêtée la prise de leur ancien QG et tous les morts qu'ils avaient semés. Le sang battait dans ses tempes bruyamment alors que l'adrénaline le poussait à ignorer son angoisse pour continuer à avancer en direction des cachots. Il se fichait éperdument des raisons techniques qui leur permettaient de se trouver au domicile même de leur ennemi sans que celui-ci ne soit au courant, c'était les détails qu'avaient mis au point Harry et Neville grâce aux informations de celui-ci et l'aide de l'ancien elfe de maison des lieux. Son esprit ne se concentrait à présent plus que sur l'essentiel. Il espérait qu'il en était de même pour ses deux camarades avec qui il avait partagé le fond de la fiole de potion.

« N'oubliez pas, on doit faire extrêmement rapidement. Dès que nous allons entrer dans les sous-sols, des alarmes vont se mettre en route. On aura exactement une minute et trente-cinq secondes avant que les Mangemorts ne rappliquent et nous coincent, réexpliquait Neville. Hermione devrait être au premier niveau dans une cellule sur la gauche et Luna se trouve juste en dessous.

- Je viens avec toi en bas, il devrait y avoir des prisonniers d'aujourd'hui. On doit pouvoir libérer le plus de personnes possible, reprit Harry.

- La priorité est de ramener les filles, mais on fera tout ce qu'on peut. Une minute et trente-cinq secondes, c'est tout ce que nous avons. »

Les trois garçons et l'elfe acquiescèrent gravement.

« Dobby va aller avec messieurs Harry Potter et Longdubas pour les ramener au cottage sûr et revenir pour amener monsieur Weasley et Miss Granger. Dobby ne faillira pas. »

Après un nouvel hochement de tête collectif, Harry leva sa baguette pour donner le signal. Une minute et trente-cinq secondes était un délai incroyablement court. Tellement que des sueurs froides les envahissaient.

« Bombarda ! »

Top départ. La lourde porte renforcée céda et ils s'engouffrèrent dans l'humidité froide des cachots du Manoir Malfoy. Aussitôt un son plus strident qu'aucun cri que Ron Weasley n'avait entendu dans sa vie retentit. L'ignorant, il se contenta de continuer à courir le plus vite possible en cherchant frénétiquement des yeux la cellule sur sa gauche où Hermione serrait retenue. Son cœur était lourd et assourdissant dans sa poitrine, il avait l'impression que tout son corps tremblait sous la menace de leur échec. Mais il savait que ses doigts étaient fermes sur sa baguette, par ce qu'il ne doutait pas. Il la sauverait. Peu importait les risques ou les chances, il la sauverait coûte que coûte. Il en était certain.

Vingt-sept secondes. Ronald ne savait pas où en était les autres mais gardait confiance et se concentrait sur sa propre mission. Il ne faisait même plus attention à l'agitation qui régnait dans l'atmosphère glacée de l'alerte continue du charme du Cridurut(1). Seul son objectif l'animait : il était de sa responsabilité à lui de trouver et ramener Hermione. Il ne pouvait pas vivre sans elle. Il allait la sauver.

Quarante-deux secondes. Le Gryffondor élimina trois cellule de plus et s'enfonça encore sur sa gauche vers un nouvel alignement de barreaux. Ron était dégoûté de parcourir l'étendue des galeries de cages qui fondaient le manoir. Tout était répugnant chez les Malfoy, absolument tout. Mais ce n'était pas sa préoccupation. Hermione, où était-elle ?

Cinquante et une secondes. L'illumination. Là !

« Hermione ! cria-t-il. Bombarda Maxima

L'immense porte de grille et de bois fut balayée par le souffle de l'explosion et une silhouette féminine se révéla dans le fond de l'alcôve.

« Hermione tu es là, merci Merlin ! Hermione ! S'exclama-t-il en l'embrassant à la hâte.

- Ron?! C'est impossible..? C'est toi qui..

- Oui ! Aller dépêches toi, on doit y aller !

- Oh ! Ronald ! Comment est-ce que vous...

- On n'a pas le temps Mione, il faut qu'on court. Maintenant ! Ajouta-t-il en attrapant sa main. Tiens, ta baguette, je l'ai gardé après qu'elle soit tombée dans la forêt.

- Et les autres ? Il y a Luna aussi, et tous les..!

- Pas le temps, les autres s'en chargent !

- Qui est là ? Vous êtes fous d'être venus, et si...

- Hermione ! La coupa-t-il. On verra tout ça après, on doit juste courir pour l'instant ! »

Une minute et six secondes. Ronald était à la limite de l'apoplexie. Maintenant qu'il tenait dans sa grande main celle de Hermione, qu'elle était à ses côtés et en vie, le bonheur de l'avoir retrouvé paralysait sa capacité à tenir la crainte à l'écart et progressivement l'assurance de l'élixir dorée s'estompait dans sa conscience. Pourtant, il se refusait à arrêter. Il ne pardonnerait à personne, même dans la mort, s'ils n'arrivaient pas à s'échapper d'ici et la ramener. Il ne pouvait pas laisser qui que ce soit les capturer maintenant alors qu'ils étaient déjà allé si loin. Son angoisse remontait avec une puissance écrasante et seul l'espoir de s'en sortir et sa détermination à la sauver permettaient à son corps d'enchainer les foulées toujours plus vite. Son souffle oppressé écrasait son torse et lui faisait tourner la tête, mais il n'abandonnerait pas. Jamais.

Une minute et dix-neuf secondes. Il atteignit enfin les escaliers, Hermione sur ses talons, seulement pour entendre les cris et pas précipités des Mangemorts alertés au-dessus de lui. Que faisait Dobby ?

« Repulso !

- Stupefix ! »

Les sorts jaillirent de leurs baguettes au même instant et percutèrent les premiers gardes qui descendaient. L'urgence les prenait comme l'ultime espoir de s'en sortir. Le temps était presque écoulé, les ennemis étaient déjà là et leur porte de sortie ne daignait apparaître. Ronald commença à douter et craindre pour leurs vies.

« Hermione ! Ron !

- Harry ?! Mais vous êtes fous, comment on sort d'ici ?

- Pourquoi tu n'es pas parti avec Dobby ? C'était trop dangereux !

- Je ne pouvais pas vous laisser derrière, reprit le héros. Expelliarmus ! Venez, ça sera plus sûr un peu plus bas ! »

Une minute et vingt-huit secondes.

« Dobby ? S'enquit la préfète en chef.

- Oui ! Lui répondit le roux, c'est lui qui nous a fait entrer, on doit encore l'attendre pour sortir !

- Par les caleçons de Merlin, Dobby où es-tu bonsang ?!

- Ils arrivent ! Alerta Hermione.

- Vous ne m'échapperez pas ! Hurla soudainement la voix folle de Bellatrix Lestrange. Ça ne se passera pas comme ça ! Incarcerem !

- Protego ! Réagit Harry.

- Vous n'avez aucun moyen de sortir d'ici ! Stupefix ! Bande de petits rats répugnants ! Crucio ! Crucio ! Crucio !

- Protego Totalum ! Crièrent-ils en cœur.

- Dobby !

- Harry Potter monsieur ! Dobby est là !

- Sales vermines, je ne vous laisserais pas ! Avada Ked...

- Allons-y !

- Prend ça ! Lâcha alors Bellatrix en lançant un poignard.»

Une minute et trente-cinq secondes.

Crack.

Lourdement, ils s'effondrèrent sur l'herbe humide de la cour de la Chaumière aux Coquillages. Ils avaient réussis ! Toujours essoufflé et transi de l'excitation de la confrontation et du stress du sauvetage, Ronald Weasley enlaça enfin comme il le voulait sa bienaimée qu'il avait réussi à ramener en sécurité. Il avait réussi. Il n'écouta pas Harry crier la mort de Dobby par la lame que cette tarée de Lestrange avait lancée. Il serra juste son corps de toutes ses forces, de toute l'intensité de son soulagement et de son amour. Son visage était rougi des larmes qu'elle avait dû verser pendant les dix longues heures où elle avait été aux mains de l'ennemi. Qui savait ce que toutes ces pourritures de Mangemorts avaient pu lui faire ? La haine que Ron ressentait à l'égard des forces des ténèbres n'était rien face à ce qu'elle aurait été si il n'avait pas pu la récupérer assez bien portante. Il voyait les bleus, coupures et blessures diverses sur les zones découvertes de sa peau mais préférait penser qu'il ferait tout pour qu'une telle situation ne se reproduise plus jamais.

Ronald Weasley n'en avait pas conscience, de la lueur triste dans les yeux de sa femme parfaite qui ne l'était pas tant que ça. S'il n'avait pas été aussi amoureux et transporté par le torrent d'émotions soulagées qui le tenait, peut-être aurait-il pu. Peut-être aurait-il interpréter la fièvre de son corps autrement. Ou encore ses rougeurs pour de la culpabilité, ses larmes pour de la honte, ses bleus pour des suçons. Mais il était arrivé à temps pour la sortir de son emprisonnement, juste après qu'elle se soit réveillée, seule, la clef de sa cellule dans la main. Le timing avait été trop parfait. Aussi impeccable qu'était la conscience de Ron qui retournait les baisers heureux de celle qui serrait un jour sa femme et la mère de ses enfants. Il la tint fermement contre son torse et la porta même à l'intérieur de la maison. Elle pleurait et hoquetait, sûrement sous le choc des tortures qu'elle avait subi et le contre coup de leur échappée in extremis. La pauvre. Ronald Weasley la porta jusque dans un lit, lui promettant encore et encore qu'il ne laisserait pas une telle situation se reproduire et la sauverait toujours. Il la borda jusqu'à ce que ses poings qui l'agrippaient désespérément ne se détente et qu'elle s'endorme en murmurant son prénom.

Le soleil se levait et apparaissait enfin au loin au-dessus de la mer agitée lorsqu'Harry Potter passa le seuil de la Chaumière aux Coquillages. Ses genoux et ses mains étaient couverts de terres et son visage trahissait sa peine. Neville Longdubas le regarda passer rageusement ses doigts dans ses cheveux noirs hirsutes et vint lui taper sur l'épaule. Malgré la mort de Dobby et de celles de nombre de combattants lors de l'attaque de la veille, l'aurore de ce 1er Novembre n'était pas si mauvaise. Ils avaient sauvé des vies. Harry avait tout fait pour permettre au plus de prisonniers possible de s'évader. En plus de Luna Lovegood, Ollivander le fabriquant de baguettes et Gripsec le gobelin qui partageaient sa cellule, une dizaine d'hommes et de femmes, dont des membres de l'Ordre capturés le jour même, avaient pu revoir la liberté. C'était pour ce genre d'actions inconsidérés mais altruistes que les gens continuaient de croire en l'espoir de Harry Potter. Une trop grande part de la notoriété du héros était le fruit de la légende urbaine qu'avait créé la mort première du mage noir, mais l'homme qui aujourd'hui incarnait la rébellion était digne d'être suivis, même s'il ne comprenait pas pourquoi. Son refus d'être celui que l'on attendait, son caractère naturellement humble et son infatigable tendance à se sentir responsable de tous les malheurs de la guerre faisaient de lui celui qu'on voulait soutenir. Harry tourna ses yeux verts fatigués vers lui et Neville lui fit un petit sourire encourageant. Il savait que son ami n'avait pas envie d'entendre le moindre mot sur les résultats de leur entreprise. Même si la majorité survivait, chaque perte était une perte de trop.

William Weasley arriva alors de la cuisine et leur proposa un thé à chacun. Les trois hommes s'installèrent donc autour de la table à manger. Neville observa les cicatrices encore boursouflées qui lacéraient le visage du propriétaire des lieux. Ces marques étaient des blessures lourdes à porter. Bill lui adressa un sourire déformé et souffla, comme pour relâcher la pression.

« Eh bien, commença-t-il. Ce fut une longue journée. »

Les deux adolescents hochèrent simplement la tête.

« Je suis vraiment épaté par ce que vous venez d'accomplir. Je n'aurais jamais cru qu'on puisse infiltrer le Manoir Malfoy... Et en sortir vivant ! Continua-t-il sur un ton enjoué. Avec des otages importants, et sans subir de dégâts supplémentaires ! Votre mission officieuse a été un réel succès. Je pense que personne n'y aurait cru. Vous allez sûrement vous faire engueuler par Maman à cause de la prise de risques, mais nous ne pouvons que nous réjouir. C'était du bon boulot les gars.

- Il y en avait encore...

- Et il y en aura toujours Harry. C'est la guerre. On ne peut pas sauver tout le monde, mais chaque personne que vous avez aidée cette nuit est une vie qui ne terminera pas dans ces cachots immondes. »

Le Survivant attristé baissa la tête et attrapa sa tasse fumante. Il aurait plutôt préféré parler des raisons ayant conduites à la chute de la place Grimmauld. Il s'agissait tout de même de son héritage de Sirius et quelqu'un, un membre de l'Ordre du Phénix l'avait trahi. C'était un poids colossal qui leur pesait à tous et qu'ils préféraient taire pour le moment.

« D'ailleurs, comment est-ce que tout ça a été possible ? Je ne comprends pas comment vous avez pu réussir en si peu de temps et quasiment sans aucune préparation.

- Dobby était l'elfe des Malfoy, il connaissait le manoir. Pour tout le reste, Neville semble avoir reçues toutes les informations mais persiste à ne pas vouloir en partager la source. Il nous a retrouvés lorsque Hermione s'est faite...

- C'est vrai ? Demanda Bill en fronçant des sourcils. »

Neville ressentit un instant de malaise à voir ses amis de confiance le regarder avec méfiance. Il avait promis pourtant. Lui-même n'avait pas tout à fait saisit comment tout cela était possible. Ce jour-là, il commençait à paniquer de ne pas avoir de nouvelles de sa Luna et était parti faire un tour. Comment aurait-il pu s'attendre à voir cette personne apparaitre à ses côtés ? Elle lui avait expliqué avec précision ce qu'il devait faire, comment et en combien de temps, s'il voulait sauver celle qu'il aimait et les autres prisonniers. Tout cela contre l'unique prière de garder le secret et surtout, d'y arriver.

« Comment as-tu su ce qu'il fallait faire Neville ? Retenta Harry.

- Pourquoi te taire ? Reprit Bill.

- J'ai juré.

- A qui ?

- Je lui ai promis que je ne dirais rien à son sujet, je suis désolé.

- Tu ne sais même pas comment ces informations sont tombées entre ses mains ?

- Je dois reconnaître que ton informateur mystère a fait énormément pour nous, mais comment est-ce que tu savais que tu pouvais le croire ?

- C'est fou mais...Luna m'avait dit avant que je la quitte sur les quais de faire confiance au messager qui viendrait. Je n'avais pas compris, mais c'est Luna, elle a toujours raison. Alors même si j'étais dubitatif, quand elle est venue me voir...

- Elle ? L'interrompis Harry. »

Neville Longdubas n'était plus le garçon maladroit et empoté d'antan. Celui qui avait besoin d'un rapeltout pour ne pas oublier de s'habiller le matin. Il était devenu un lion de Gryffondor dans toute sa splendeur. Il était un homme sur qui l'on pouvait compter, aimant, bon et juste, qui donnait tout ce qu'il avait pour parvenir à ses buts. Mais…il avait toujours eu énormément de mal à garder les secrets. Il perdit un peu son calme alors que le rouge lui montait aux joues sous l'embarras.

« Oui, elle. Voilà c'est une fille ! Ne m'en demandez pas plus, s'il vous plaît. Je lui ai promis. »

Les deux autres hommes le regardèrent avec sérieux. Il soutint successivement les airs critiques de l'aîné Weasley puis les yeux suppliants de son camarade. Ils finirent par se résigner à lui faire confiance. De toute façon, cette personne avait prouvé son honnêteté par la véracité de ses propos. Elle avait été d'une grande aide.

« Elle était sincère » ajouta simplement Neville.

Ainsi s'acheva ce mercredi 31 Octobre, jour marqué de réussites et d'échecs pour tous. À l'aurore de la fête des morts, tous avaient des raisons de se réjouir comme de pleurer. Dans le manoir Malfoy beaucoup de soldats furent punis pour leur incompétence et leur négligence qui avait non seulement permis une intrusion mais aussi la fuite de prisonniers. Cependant, le Seigneur des Ténèbres n'ôta que quelques vies, encore satisfait de la prise de la place ennemie la veille. De plus les otages spéciaux du troisième sous-sol n'avaient pas été relâchés. Draco Malfoy put aisément cacher son soulagement et son implication dans l'évasion brillamment réussite. Même si le plan qu'il avait mis au point pour permettre à Granger – et Granger uniquement - de s'en tirer n'avait pas été appliqué, il était soulagé qu'elle soit sauve, tant pis s'il s'en sentait humilié. Tant pis si elle était maintenant avec Weasley. Ce dernier put donc passer sa journée au chevet de la belle, à la consoler et la chérir. Neville attendit que Luna se soit remise avant de l'escorter – et de rester - jusqu'à chez elle pour qu'elle retrouve son père. Bill Weasley fit de nombreux allers et retours entre les différentes places fortes de l'Ordre pour s'assurer que chaque évadé ait une place sûre où rester. Il géra au mieux l'effervescence d'après bataille ravivée par l'annonce du succès de Harry pour que celui-ci puisse profiter d'un peu de calme et de repos avant d'être assaillis de toutes parts. Le garçon qui a survécu était certes soulagé mais rien ne pourrait lui faire oublier tout ce qu'il lui restait encore à accomplir. Il voulait prendre Gringotts depuis des semaines et avait maintenant une chance de transformer cette étape encore floue à définir en une occasion à saisir. Il leur restait des Horcruxes à détruire et le pire mage noir du siècle à vaincre avant qu'il ne puisse réellement croire en la paix. Harry décida qu'ils partiraient le surlendemain.

La journée fut exceptionnellement belle. Le ciel était dégagé de ses brumes malheureuses et le soleil perçait haut grâce au vent froid et puissant qui soufflait sans discontinuer. C'était un courant strict et dur, mais pour tous il apporta un renouveau d'inspiration et de soutien pour toutes les épreuves qui étaient encore à venir.


*Parjurieux(/se) : qualificatif d'un parjure. J'ai conscience que ce mot n'existe pas.

(1) « Le Charme du Cridurut est un enchantement servant à alerter si une personne pénètre dans une zone protégée par le sort. » Le Wiki Harry Potter.